‹ Traité de la maladie scrophuleuseChapitre 47 sur 94 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

JD'aprés ce que j'ai dit jusqu'ici sur la nature et les causes de la maladie scrophaleuse , il est aisé de voir que le traitement repose sur les indications suivantes : (i)

1°. Soustraire le malade à l'influence des causes de la diatlièsesçrophuleuse; car il n'y a pas de guérison possible tant que ces causes continuent d'agir.

2^. Quoique les acides et les mucosités , qui surchargent les premières voies, soient bien évidemment l'effet du vice scrophuleux; cependant ces matières réagissent à leur tour sur la cause qui les produit, et s'opposent à la guérison ; de ià la nécessité d'entretenir la liberté du ventre, et de neutraliser les acides à mesure qu'ils se développent.

Après l'élimination- des causes, rindication

(i) Je me permets d'intervertir l'ordre dans lequel Fauteur a disposé les indications curatives, pour les offrir au lecteur comme elles doivent se succéder dans la pratique.

( Note du traducteur, )

dont il s'agit est certainement la plus importante, puisque le succès du traitement en dépend. Avant d'en venir aux anti-scrophuleux proprement dits, il faut donc préparer les premières voies par des absorbans, des résolutifs, des anthelmintiques ou des évacuans, suivant le cas. Il est même nécessaire de revenir de temps en temps sur ces moyens préparatoires. Combien de fois , après leur administration, n'ai-je pas vu le système lymphatique se restituer, pour ainsi dire, de lui-même dans son état naturel !

Pour moi, je ne doute point que si le quinquina s'est montré si souvent impuissant dans le traitement de la diatlièse écrouelleuse, c'est parce qu'on avait négligé de préparer les premières voies à le recevoir ; préparation sans laquelle ce moyen glisse sur le tube digestif, et ne produit aucun effet.

5°. Relever le ton de la constitution , et plus particulièrement celui du système lymphatique. — Telle est la base fondamentale du traitement. Quels que soient les moyens préparatoires qui vous paraissent indiqués , ne perdez jamais de vue cette indication, et souvenezvous que l'hygiène a des ressoirrces qui ne le cèdent ni par leur nombre, ni par leur importance à celles de la pharmacie. Une bonne

nourriture, un air sain, etc., ne sont pas moins utiles que les amers et les astringens; je n'en excepte pas même le quinquina, les martiaux, les bains, le café de glands, etc.

ff. Régulariser et ranimer les fonctions du système ly^mphatique, tout en cherchant à calmer l'irritation dont il est le siège.

Il est des moyens propres à ranimer la force absorbantedu système lymphatique, etd'étéindre l'irritation spécifique qui constitue le vice scrophuleux; de dissiper les spasmes de ce système et de rétablir l'équilibre entre ses fonctions. Tels sont les révulsifs , par la propriété dont ils jouissent de distribuer d'une manière uniforme sur tout le corps les forces inégalement réparties sur les divers organes j tels sont encore les bains tièdes , les antimoniaux , les mercuriaux , la ciguë, la douce-amère, la belladone, l'opium, la barite, la chaux, le gayac.

Enfin il faut ranger ici les toniques , parce que l'irritation du système lymphatique dépendant d'un état de faiblesse, les toniques en sont souvent les plus sûrs moyens curatifs.

5^. Des alimens sains et riches en principes nutritifs, des bains, un air pur et sec, de la lumière et du soled.

6°. Corriger les effets inimédiats du vice

scrophuleux, tels que les engorgeniens des glandes 5 l'acrimonie de la lymphe, etc.

Il semble au premier coup d'œil que cette indication rentre dans les précédentes. En effet, combattre une maladie n'est-ce pas combattre ses symptômes? Oui, sans doute; mais nous ferons observer que certains symptômes, à force de se perpétuer, finissent par acquérir une existence indépendante de la cause qui les a produits; en sorte qu'ils peuvent subsister après sa destruction. Les engorgeniens des glandes, par exemple, prennent un tel degré de fixité, et l'acrimonie de la lymphe s'identifie si intimement avec nos humeurs, qu'il ne suffit pas d'éteindre le foyer du mal , il faut résoudre les engorgemens eux-mêmes, et purifier la lymphe. Ce n'est pas tout : il faut encore tâcher de susciter les mouvemens critiques dont se sert la nature pour parvenir à ses fins , et s'appliquer à prévenir les métastases sur les organes essentiels à la vie. C'est dans ces vues que je conseille les sucs d'herbes, et particulièrement les sucs de tussilage, de beccabunga , du pissenlit, etc.; l'eau de chaux, les absorbans, les substances alcalines et savonneuses ^ les bains, les révulsifs, les exutoires, etc.

C'est beaucoup sans doute de connaîire les indications dont se compose le traitement d'une

maladie; mais cela ne suffit pas. Il reste encore à savoir Tordre , la succession qu'il convient d'établir entre les moyens curatifs , le temps de leur administration et l'influence des circonstances particulières. Voici quelques considérations générales qu'il est bon de ne pas perdre de vue.

Après avoir soustrait le malade à l'influence des causes morbifiques, après avoir convenablement disposé l'état des premières voies , il faut en venir aux moyens curatifs. On commencera par ceux qui paraissent avoir une action spéciale sur le système lymphatique, et sur la lyinplie elle-même , ou par les anti-scrophuleux proprement dits 5 tels sont les mercuriaux , les antimoniaux, les plantes résolutives, etc. ; et l'on aura le soin d'y joindre de temps en temps quelques Stimulans du tube digestif, pour mieux en assurer les effets, (i)

La résolution des glandes obtenue, les ul-

(1) Je prie le lecteur de s'arrêter un instant pour considérer la manière dont M. Hufeland dispose les ressources que l'art met en notre pouvoir^ pour attaquer le vice scrophuleux ; car , quoiqu'elles ne se suivent pas ainsi par écrit, c'est dans cet ordre qu'il les recommande en pratique. Il veut d'abord qu'on commence par éliminer les causes morbifiques , parce qu'il n'y a

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cères de la peau cicatrisés, les phleginasies scro» phuleuses et tous les symptômes du même

p^s de guérison possible tant que ces causes continuent d'agir.

Cette indication se présente si naturellement qu'il serait puéril de nous y arrêter. Prétendre détruire l'eiFet en laissant subsister la cause ^ est une de ces absurdités dont le simple énoncé révolte le sens commun. Voilà pourtant ce qu'exigent de nous d'injustes malades, et surtout ceux qui sont affectés du Vice écrouelleux. appartenant pour la plupart à la classe la moins fortunée de la société , privés par conséquent des moyens nécessaires pour se procurer un logement plus sain , une nour° riture plus substantielle , etc. , les scrophuleux veulent guérir en restant continuellement sous l'influence des causes qui les ont rendus malades. Aussi , l'on n'en saurait douter , si nous n'avons pas plus de succès dans le traitement des scrophules , c'est moins à l'art qu'il faut s'en prendre qu'aux malades eux-mêmes , ou si Ton veut^, à la vie sociale qui place si souvent les hommes entre la misère et les infirmités.

Le second précepte donné par M. Hufeland , est de disposer les premières voies à recevoir les anti-scrophuleux proprement dits. L'art de préparer les malades avant de leur faire subir un traitement important, ou une grande opération de chirurgie, constitue une des questions les plus import ntes de la thérapeutique générale. Les anciens médecii. < "nmençaient le traitement de la plupart des maladies saigner et par purger ;

cette pratique était sans doute'ridicule ; mais au lieu de réformer ce qu'elle a d'abusif, les modernes ont près-

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genre dissipés, ou du moins sensiblement diminués, on passera à l'usage des toniques fixes.

qu'eiltièrement renoncé aux préparations : in vitium ducit culpœ fuga si caret arte. Les préparations doivent varier suivant la nature de l'affection , les médicamens à employer , le tempérament des malades , et bien d'autres circonstances que nous ne devons pas exposer ici. L'observation a prouvé qu'il est des médicamens qui ne manifestent toute l'énergie dont ils sont doués, qu'après avoir été précédés de quelques autres , bien que ceux-ci ne paraissent avoir aucun rapport avec les premiers. Ainsi le tartre stibié n'est jamais plus actif que lorsqu'on a fait précéder son administration de quelques verres d'une tisane délayante. Au reste, ces faits ont leurs analogues dans la vie animale ; mais cenx-ci sont si communs , ils sont si près de nous qu'ils ne sont pas remarqués. Tout le monde sait que le vin produit sur l'organe du goût une sensation bien différente suivant qu'on a mangé du fromage , ou des fruits verts y etc.

Le tempérament dei malades est quelquefois le plus grand obstacle à leur guérison. Tel est le cas où se trouvent les sujets très-irritables lorsqu'ils sont affectés d'une maladie dont les moyens curatifs sont plus ou moins irritans. Les scrophuleux ne nous offrent que trop souvent l'exemple de cette réunion d'élémens contradictoires. Il est évident que, dans ces cas , il faut commencer par diminuer la sensibilité des malades avant d'attaquer de front l'aftection pour laquelle ils réclament nos soins. Sans cette précaution , les moyens curatifs , tels que le mercure, les antimoniaux, etc. , ne feraient qu'exalter

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Il n'en est qa'un seul auquel on peut recourir plutôt, et même dès le commencement ; c^est le café de glands.

l'éréthisme nerveux , et le vice scrophuleux n'en deviendrait que plus difficile à déraciner. C'est dans des cas analogues, que Fouquet avait éprouvé que la combinaison du mercure avec l'extrait de ciguë , était infiniment préférable à l'administration isolée de l'une ou de l'autre de ces substances. Il est inutile de faire observer qu'au lieu de recourir aux nervins, il faudrait commencer par remonter le ton de la constitution , si les malades se trouvaient affaiblis ; on les saignerait au contraire, s'ils étaient pléthoriques , etc.

Après avoir préparé le malade , il faut attaquer la maladie. L'auteur nous avertit de commencer le traitement par les moyens qui vont agir spécialement sur le système lymphatique, et qui paraissent doués d'une vertu particulière contre le vice écrouelleux , tels sont les mercuriaux, les antimoniaux , etc. Ce n'est pas à dire pour cela que ces médicamens soient des spécifiques , dans le sens rigoureux qu'on attache à ce mot ; mais il est incontestable qu'ils sont préférables à tous les autres pour remplir l'indication dont il s'agit. Ce serait une bien faible objection que d'avancer qu'il en est de plus toniques, ou de plus irritans , car certainement il n'est pas prouvé qu'ils agissent en irritant, quoi qu'en disent ceux qui ne veulent voir qu'une atonie générale dans les scrophules. Au surplus, que pourrait-on opposer au témoignage de l'expérience ? Ce n'est donc qu'après avoir détruit la modification, quelle qu'elle soit, qui constitue le vice «crophuleux, qu'on doit recourir aux toniques fixes ,

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Toutefois , on doit recherclier avec le plus grand soin si la maladie scrophuleuse s'accompagne d'irritation ou d'asthénie. Car quoique celle-ci domine ordinairement , cependant il arrive quelquefois que le système lymphatique est fortement irrité dans sa totalité, ou dans l'une de ses portions. Il faut alors recourir aux anti-phlogistiqueSy jusqu'à ce que l'irritation soit calmée. Souvent dans ces mêmes cas , comme par exemple dans les ophthalmies violentes, il est nécessaire de pratiquer quelques saignées locales. Les toniques feraient alors le plus grand mal. Mais ces cas ne sont pas les plus fréquens; il existe en général, dès le principe , un état de faiblesse si prononcé , une absence d'irritation si complète, qu'on peut débuter hardiment par les corroborans , surtout dans le rachitisme où les martiaux ne sontpasmoinsefficaces que les mercuriaux dans les autres formes de la maladie scrophuleuse.

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