‹ Traité de la maladie scrophuleuseChapitre 55 sur 94 · III. Antimoine · texte numérisé non relu

III. Antimoine

L'antimoine produit des effets extraordinaires sur le corps humain. Il irrite à sa ma-^ nière l'estomac et les intestins; il irrite aussi les systèmes lymphatique et glanduleux; et c'est à ce qu'il y a de spécifique dans l'irritation qu'il détermine, bien plus qu'à son intensité^ qu'il doit la propriété de faciliter la résolution des engorgemens , de rétablir et de corriger les sécrétions en rendant les organes sécrétoires à leur état naturel.

Pour produire ces effets, il n'est pas néces^ saire que l'antimoine suscite des phénomènes sensibles de réaction ; l'expérience a prouvé que

(i) C'est le nom qu'on donnait autrefois à certains purgatifs auxquels on attribuait la propriété d'évacuer les humeurs vicieuses de tous les genres.

( Note du traducteur. )

les résultats sont les mêmes lorsqu'il est administré à très-petite dose, et sur des individus dont l'estomac est peu irritable.

I**. L'antimoine remplit toutes les indications de la maladie scropliuleuse, excepté celle de rendre à la constitution l'énergie qu'elle a perdue. Il détruit l'irritation du système lymphatique, résout les engorgemens , corrige les vices des sécrétions, favorise la résorption des fluides épanchés, etc., en un mot, c'est une des plus puissantes ressc?u.rces de la thérapeutique contre Fa diathèse écrouelleuse.

2°. Mais il n'est jamais plus efficace et plus précieux que lorsque la peau ne remplit pas bien ses fonctions , ou lorsqu'il existe une sécrétion morbide, comme, par exemple , dans les éruptions cutanées , et dans les ulcères.

5° Toutefois assurez-vous bien, avant d'en, faire usage , qu'il n'existe point de contre-indication, et prenez conseil des complications et de la période de la maladie.

l\ , Le seul inconvénient qu'on puisse reprocher à ce métal , c'est d'affaiblir à la longue le ton général de la constitution , et particulièrement celui de la peau et des intestins; à& là vient qu'il peut être nuisible aux personnes faibles , et dans les cas de sueurs colliquatives; mais il est facile de prévenir cet inconvénient

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en choisissant une préparation qui ne porte pas trop à la peau , en Fassociant aux amers , et en fciisant prendre aux malades quelques bains toniques.

5°. Les formes et les préparations qu'on peut faire subir à l'antimoine , présentent des particularités qui méritent d'être connues du praticien ; mais ces particularités sont si variables suivant les individus, qu'il est très-difîicile d'établir des règles générales à ce sujet. Je me contenterai de faire une seule observation tirée de mon expérience.

Le vinémétique et les sels antimoniaux sont certainement au nombre des préparations les plus efficaces et les plus énergiques de ce métal; mais il n^en est pas dont l'usage long-temps continué soit suivi d'un plus grand relâchement ; ainsi c'est une pratique très-sage de leur associer les toniques. Je pourrais citer ici plusieurs exemples qui prouveraient que la simple dissolution du tarlré siibié dans une préparation tonique a suffi pour guérir la maladie scrophuleuse , et même le rachistisme commençant.

Les combinaisons de l'antimoine avec le soufre, comme le soufre doré d'anliraoine et le kermès minéral (oxide d'antimoine hydrosulfuré rouge ) , sont encore plus irritans que

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les préparations dont nous venons de parler. Elles exercent une plus grande influence sur la circulation, et sont par conséquent peu convenables aux personnes disposées aux inflammations; mais elles sont d'autant mieux indiquées chez les sujets froids , affaiblis, et dans les affections pituiteuses ; c'est encore ici qu'il faut placer la teinture acre d'antimoine, et le soufre doré d'antimoine liquide. L'une et l'autre de ces préparations sont très-énergiques , surtout la dernière , dans les obstructions opiniâtres, les éruptions cutanées , les flux atoniques m uq Lieux, les sécrétions vicieuses, et généralement toutes les fois qu'il est nécessaire de produire une forte irritation pour déterminer une fièvre artificielle.

Uantimoine en subtancc , ou sulfure d'antimoine, a aussi ses avantages. L'expérience a prouvé qu'il est plus efîicace que les préparations les plus énergiques de cettç substance, d'où l'on a conclu que ses effets médicinaux ne dépendent pas seulement de sa propriété nauséabonde, car l'antimoine cru ne jouit pas de cette propriété; mais il est très-difficile de distinguer d'une manière générale les cas qui réclament l'antimoine cru de ceux où les combinaisons de ce métal sont mieux indiquées; cependant il semble que l'antimoine en sub-

stance soit préférable : 1^. Toutes les fois que la susceptibilité de Festomac est telle, que les préparations ordinaires excitent le dégoût , le vomissement , ou la diarrhée.

2°. Dans tous les cas où l'estomac et les forces digestives sont languissanties ; car le sulfure dWlimoine n'est pas aussi débilitant que les sels antimoniaux.

5\ Lorsqu'il faut en continuer l'usage pendant long-temps.

4''. Lorsqu'il existe une disposition immi-* nente aux sueurs colliquatives , disposition qui serait peut-être aggravée par les préparations les plus simples de cette substance.

5°. Dans les éruptions dartreuses opiniâtres qui dépendent du vice scropliuleux. L'antimoine en substance est tellement efficace dans ces cas , que j'ai guéri de cette manière des dartres qui avaient résisté non -seulement aux moyens ordinaires, mais encore aux prépara* lions d'antimoine les plus énergiques. Je ne citerai qu'un seul fait :

Une petite fille de douze ans , issue de parens scropliuleux , avait présenté dans son enfance des symptômes non équivoques de la diathèse scrophuleuse; elle portait encore des glandes engorgées autour du cou, et depuis trois ans , des dartres sur les bras et sur le

visage. L'éruption était sèche , écailleuse, et quelquefois comme teigneuse ; on avait déjà fait usage, sans aucun succès, d'une foule de moyens difFérens, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Je prescrivis d'abord un mélange de poudre de Plummer (i), de douce-amère, de ciguë et de garou, mais je ne fus pas plus heureux que les médecins qui m'avaient précédé; cependant je ne me rebutai pas, j'ordonnai l'anlimoine en substance à la dose d'un scru-^ pule trois fois par jour, avec une poudre absorbante, un peu de sucre et de cannelle; j'augmentai peu à peu cette dose jusqu'à ce que la malade prît demi-once d^antimoine par jour; pour boisson , une décoction de douce-amère ; à l'extérieur, quelques bains sulfureux. Ce traitement fut bienlôt suivi d'un changement favorable , et la guérison fut complète au bout de six semaines; cependant il est vrai de dire qu'il s'est manifesté depuis quelques légères récidives; mais elles ont cédé promptement aux mêmes moyens. (2)

(1) Poudre de Plummer : muriate doux de mercure ^ soufre doré d'antimoine^ parties égales.

(2) La plupart des auteurs qui ont écrit sur les scrophules , ont vanté l'antimoine contre cette maladie. Mais chacun préconise une préparation différente. Ainsi

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