‹ Traité de la maladie scrophuleuseChapitre 57 sur 94 · V. Muriate de baryte · texte numérisé non relu

V. Muriate de baryte

Quoique le muriate de baryte soit , pour ainsi dire, un remède nouveau, les propriétés

dans une cuillerée à bouche de sirop anti-scorbutique ^ le tout étendu dans un verre de tisane de houblon et de saponaire , et répètent cette dose une ou deux fois dans les vingt-quatre heures ; tantôt ils font prendre le sirop mercuriel dans le suc même des plantes anti-scorbutiques , ou dans une décoction de douce-amère , de gentiane , de sassafras, de quinquina ,etc. ; d'autres fois ils substituent au sirop, une dissolution de muriate suroxigéné de mercure à laquelle ils donnent le même véhicule. ( Voyez le Traité de la phthisie pulmonaire et celui du rachitisme^ par M. Portai. — Le Précis d^'ohservations pratiques sur les maladies de la lymphe ], par M. Salmade. )

Les auteurs que nous venons de citer ont une telle confiance dans les vertus anti-scrophuleuses du mercure, que désespérant de pouvoir le remplacer, ils n'ont songé qu'à en varier les formes et les préparations pour l'approprier aux tempéramens des malades. Cependant un jeune médecin^ à qui le défaut d'expérience n'aurait pas dû permettre de se prononcer sur les vertus d'un médicament, puisqu'il se trouvaiten opposition avec des praticiens célèbres^ M. Lepelletier , n'a pas craint d'avancer que le mercure est contraire à la constitution strumeuse , et même qu'il est susceptible de la produire lorsqu'elle n'existe pas. Il ajoute que ceux qui sont à cet égard d'une autre opinion, ont pris j pour Icl guérison radicale de Vaf*

dont il jouit contre le vice scrophuleux, sont bien connues. Ayant fiiit ailleurs riiistoire clé-

fection strurneuse , la disparition de quelques tumeurs , de quelques engorgemens lymphatiques dont les emplâtres jnercuriels favorisent assez souvent la résolution , et qu'ils nojit par CO nséque fit obtenu que l'élimination du symptôme par un moyen toujours dangereux , relativement à la maladie générale. ( Traité complet sur la maladie scrophuleuse , p. SSg , /^o. )

De ces trois propositions , je ne m'arrêterai ni à la première, ni à la dernière , parce qu'elles me paraissent suffisamment réfutées par les observations des médecins dont nous venons d'exposer rapidement les méthodes curatives. A l'égard de la seconde , je me contenterai de faire observer que personne ne nie que le mercure ne puisse provoquer, hâter le développement des scrophules en excitant l'action des glandes ou des vaisseaux lymphatique!; mais outre qu'il ne produit cet effet que chez les personnes qui sont entachées d'une disposition écrouelleuse , il suffit , dans ce cas même , d'en continuer l'usage pour voir la maladie disparaître , ainsi que l'a judicieusement observé M. Baumes. ( JLoc. cit. , p. 267 ).

Cependant la maladie scrophuleuse n'admet pas l'usage du mercure dans tous les cas. M. Hufeland dit fort bien qu'il ne convient pas dans la dernière période, parce qu'il existe alors un relâchement, une dissolution organique que ce médicament ne ferait qu'aug-» menter. Par la même raison il serait nuisible aux tempéramens mous, dont les chairs décolorées baignent, pour ainsi dire, au milieu d'une grande quantité de

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taillée de cette substance , je crois devoir renvoyer à cet ouvrage (i), pour ne pas répéter ce que j'ai déjà dit. Je me contenterai d'exposer ici les principaux résultats de mes recherches.

1°. Le muriate de baryte agit par une irritation particulière sur le tube digestif, les glandes conglobées, le système lymphatique, et sur les nerfs qui entrent dans la composition de

sucs lymphatiques. Est-il besoin de dire qu'il est également contre-indiqué dans tous les cas d'irritation, qu'il faut user de la plus grande circonspection lorsqu'on se trouve forcé de le donner à des sujets très-irritables^ surveiller attentivement ses effets , et se tenir toujours prêt à y renoncer au moindre accident qu'il détermine?... Mais vous remarquerez que les contre-indications viennent bien moins de la maladie scrophuleuse elle-même que des complications qui peuvent l'accompagner. Au reste, quel est le médicament sur lequel on ne peut faire les mêmes observations ? Il y a de plus à dire de celui-ci que ses effets ont besoin d'être consolidés par l'emploi des toniques, pour mieux assurer la guérison de la diathèse scrophuleuse , et pour en prévenir la

récidive.

[ Note du traducteur. )

(i) J^ollstaendige Darstellung der Kraef te undAïitvendung des Salzsauren Sc/iwerde in Krankheiten. Berlin, 1 794 ; c'est-à-dire , Exposition complète des propriétés et de l'emploi de la terre pesante salée ( muïiale de baryte ) dans les maladies.

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ces parties. Il résout les embarras les plus visqueux du tube digestif, et les obstructions des glandes mésentériques. Ainsi que l'antinioine , il dissipe les spasmes des vaisseaux capillaires et des glandes, et modifie les sécrétions elles-mêmes. Aussi cette substance agitelle très-efficacement dans les affections locales qui dépendent d'un vice des sécrétions , telles que les éruptions cutanées, les ulcères, les inflammations chroniques, etc. ; enfin, lemuriate de baryte est un très-bon vermifuge.

2°. Mais c'est surtout dans le traitement des symptômes tels que les engorgemens des glandes, les hydropisies , les affections de la peau ^ les ulcères, les oplithalmies, etc., que le muriate de baryte est efficace ; il ne le cède dans ces cas, ni au mercure, ni à Fantimoine 5 ajoutez à cela qu'il est moins débilitant pour les organes digestifs; ce qui fait qu'on en peut continuer l'usage pendant plus long-temps. Mais il ne saurait détruire entièrement la disposition scrophuleuse, à moins qu'on ne l'associe aux amers, car il ne jouit par lui-même d'aucune vertu tonique.

5^. Il convient spécialement lorsque le système lymphatique est irrité, irritation que le fer , le mercure , le quinquina, etc. , ne manqueraient pas d'aggraver-; ainsi que dans les

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cas 011 les scropliules occupent des organes très-irritables , comme sont les yeux , le poumon , etc.

Dans l'affection scropliuleuse du poumon, qu'il est si facile d'exaspérer, et où le mercure doux est lui-même trop irritant , je regarde le muriate de baryte comme un des meilleurs mo^^ens curatifs que nous ayons. J'ai vu souvent, et bien d'autres médecins ont vu, comme moi, cette affection céder dans sa première période à l'usage soutenu du muriate de baryte , ou suspendre sa marche pendant fort long-temps.

4^. 11 est moins avantageux dans la seconde période des scropliules, dans la complication scorbutique , dans les cas de grande faiblesse y et lorsque la désorganisation est imminente.

5**. Quant à la forme à donner au muriate de baryte , la plus simple est toujours la meil" leure. On peut le faire dissoudre à la dose d'un demi-gros dans une once d'eau distillée. Cette dissolution se donne par gouttes , depuis dix jusqu'à cinquante, selon les âges. Quand on la prescrit aux enfans, on ajoute un peu de sirop pour diminuer ce qu'elle a d'irritant; au lieu de sirop, on y mêlerait quelque substance aromatique, ou des anti-spasmodiques si Festomac était affecté de spasme ou d'atonie.

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Oii augmente considérablernent son activité dans les maladies de Ja peau , en ajoutant trois gros de vin émétique par once de dissolution , ou en donnant en même temps l'éthiops minéral (sulfure de mercure noir), la poudre de Plummer, la douce-amère, la ciguë, etc. Cliez les sujets faibles et tout-à-fait exempts d'irritation , la combinaison du muriate de baryte avec le fer jouit d'une grande activité. Je me sers ordinairement de la formule suivante : muriate de baryte, muriate de fer, ana demi-gros; faites dissoudre dans eau distillée, sirop d'écorce d'oranges, ana une once. La dose est de vingt à trente gouttes , et plus , toutes les trois heures.

La dissolution du muriate de baryte est encore très-utile dans les éruptions de la peau et les taches de la cornée, (i)

(i) Adair Crawford^ médecin anglais , passe généralement pour avoir introduit le muriate de baryte dans la matière médicale , et pour en avoir fait connaître le premier les vertus anti-scrophuieuses, ( On the inedicinal proprieties of the jnuriated baryte, etc. , 1789. ) Depuis lors, on a répété ces expériences dans tous les pays ; mais on ne s'accorde pas sur les résultats. Premièrement , Crawford regardait le muriate de baryte comme un tonique spécial du système lymphatique , et l'on vient de voir que M. Hufeland nie formellement qu'il pos-

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yi. Muriate de chaux.

Cette substance jouit à peu près des mêmes propriétés que celle dont nous venons de par-

sède cette propriété , puisqu'il lui refuse pour cette raison la faculté de guérir radicalement le vice scropliuleux , à moins qu'on ne l'associe avec les amers.

Parmi les médecins français qui ont employé le muriate de baryte , MM. Portai^ Larrey, Salmade ^ Jadelot, etc. , présentent cette substance comme très-incertaine ;' tandis que MM. Pinel, Chaussier , Fournier , lui reconnaissent assez d'énergie pour opérer une prompte guérison. Feu M. Hébréard , qui a répété ces essais avec beaucoup de soin , rapporte également plusieurs guérisons obtenues dans l'espace de six, trois et deux mois. M. Baumes a fait une observation qui lui semble expliquer la différence de ces résultats. En employant le muriate de baryte , j'ai vu , dit-il , qu'il ne réussit point chez les sujets très-irritables, nichez ceux qui ne le sont pas assez. Loin de lui contester d'ailleurs les vertus antiscrophuleuses , il déclare qu'il pourrait citer des faits qui ne permettraient pas d'en douter. Cependant il n'en rapporte qu'un seul , mais il est intéressant. Il s'agit d'un homme ce qui arriva à Montpellier avec des engorgemens glandulaires très-durs dans le cou. Sa maladie portée au plus haut point, avait produit une difformité hideuse. Tous ceux qui l'avaient examinée ou traitée l'avaient jugée incurable. M. Poutingon , professeur en médecine, et chirurgien très-distingué de Montpellier^ voulut essayer la dissolution de muriate de baryte , remède que nul n'avait tenté; et cette dissolution admi-

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îer , excepté qu'elle est plus irritante; elle excite en effet plus fortement les sueurs et les

wistrée avec constance , opéra une guérison radicale. De semblables observations doivent prouver que le muriate de baryte est un des remèdes héroïques de la matière médicale , et une des plus grandes ressources que puisse avoir la médecine pratique. » ( Traité sur le vice ßcrophuleux , 2®. édit. p. 296 ).

Je viens de lire dans le Bulletin des sciences médicales du département de l'Eure , janvier 1820, que M. Mollet a traité avec succès plusieurs scropbuleux par le seul emploi du muriate de baryte.

Mais l'administration de cette substance exige la plus grande attention , et les plus grands ménagemens. Tous les praticiens qui Font employée , conviennent que , même à petite dose, elle cause des coliques, des cardialgies , des nausées , des vomissemens , des vertiges , des trerablemens , des superpurgations y et tous les accidens d'un empoisonnement. M. Hébréard raconte qu'un infirmier de Bicêtre ayant pris , par mégarde , sept grains de ce sel dans quatorze onces d'eau, éprouva des chaleurs d'entrailles , des cardialgies , des sueurs froides , etc. , et ne fut qu'avec peine rappelé à la santé ^ par des potions huileuses. Cet auteur ayant fait prendre à des chiens jusqu'à trente grains de cette substance , vit survenir des diarrhées sanguinolentes, des hoquets^ des nausées, des convulsions et la mort. L'autopsie cadavérique fit voir l'estomac rétréci , et des traces d'inflammation dans toute l'étendue du tube digestif.

Pour combattre les funestes effets de ce poison , M. Pelletier a proposé de faire prendre une certaine.

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urines. Il faut cloue l'employer avec plus de précautions.

Fourcroy en a fait de grands éloges. Les médecins hollandais l'emploient beaucoup dans la maladie scrophulense, et je m'en suis servi moi-même avec succès.

Un enfant de six ans portait depuis longtemps des glandes très-dures autour du cou. Je lui fis prendre toutes les trois heures, trente gouttes d'une dissolution d'un gros de muriato de chaux dans une once d'eau distillée. Ce médicament procura journellement des selles fluides , et augmenta sensiblement la transpiration et les urines. En quinze jours, le vo-

quantité de sulfate de potasse. Ce chimiste pense que le muriate de baryte est décomposé , et qu'il se forme du sulfate de baryte qui , d'après des expériences faites sur des chiens , n'est nullem.ent dangereux. Mais on conçoit qu'on ne devrait recourir à ce moyen qu'à l'instant où le poison vient d'être avalé ; après cette époque , il faudrait s'attacher uniquement à prévenir ou du moins à diminuer l'inflammation par une abondante boisson mucilagineuse , laquelle aurait le double avantage d'étendre le muriate de baryte et de- combattre ses effets. Il est des praticiens qui croient qu'on peut les prévenir en ajoutant à la dissolution de ce sel, quelques gouttes d'eau distillée de laurier-cerise.

{^Note du traducteur. )

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lume et la consistance des glandes cervicales étaient considérablement diminués.

VIL Quinquina et autres toniques astringens.

Le quinquina occupe une place dislinguée parmi les médicamens qu'on peut opposer au vice scrophulenx. Il serait inutile d'exposer ici les preuves d'une vérité connue de tout le monde; je vais donc me borner à faire quelques observations,

1°. Puisque la cause procliaine de la maladie scrophuleuse consiste dans un état simultané de faiblesse et d'irritation, le quinquina ne peut manquer d'être fort utile dans cette maladie : en relevant les forces , il doit faire disparaître l'irritation qui, dans ce cas, est une suite de l'atonie. Je suis convaincu que l'usage soutenu de ce médicament, secondé par un bon régime , est un des moyens les plus efficaces que nous ayons contre la maladie qui nous occupe.

2^. Cest au moins un excellent palliatif. En montant la Constitution au degré d'énergie nécessaire, il opère la résolution des cngorgen\Qns atoniques avec autant de certitude que les meilleurs fondans; au lien que les résolutifs proprement dits, usant^ les forces plutôt

qu'ils ne les réparent , ne font qu'augmenter ce genre d'obstructions.

5°. Le même médicament nous ojffre des ressources précieuses dans les inflammations scropliuleuses. Mais ces cas exigent une indication bien précise ; il faut s'assurer avant tout s'il y a réellement atonie, et si Tirritalion qui constitue l'inflammation est une suite de la faiblesse , comme elle l'est dans les plilegmasies qu'on nomme passives. C'est alors que lé quinquina est un puissant anti-phlogistique ^ et comme ce cas est le plus commun dans les inflammations scropliuleuses^ il s'ensuit que le médicament y convient parfaitement.

Mais il est d'autres cas où ce médicament loin d'être utile, est au contraire très - nuisible ; c'est-à-dire qu'il augmente l'inflammation , et même la fait passer à la suppuration. Tels sont ceux où l'hypersthénie forme le principe de la flegmasie. D'autrefois, le quinquina ne devient nuisible que parce que les malades sont doués d'une si grande susceptibilité que les toniques les plus doux sont pour eux des Stimulans.

Assez souvent on est averti de cette fach en se disposition par l'habitude du corps, la sécheresse et la tension des fibres, un état pléthorique, etc. Mais le plus ordinairement on a

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besoin de preuves plus directes : il faut donner alors le quinquina , et surveiller attentivement ses effets , afin d'en continuer ou d'en suspendre Fusage, suivant Fimpression qu'il fait sur le malade.

4^. De là vient la nécessité d'associer au quinquina des anti-spasmodiques , des narcotiques et même des anti-plilogisliques , pour enlever à ce médicament ce qu'il a de trop irritant , et pour le forcer k n'agir que par ses propriétés toniques. Tel est le but de sa combinaison avec l'opium, la jusquiame, la ciguë, etc.

5°. C'est dans des vues analogues qu'on associe les toniques, et particulièrement le quinquina, avec les résolutifs. Il arrive souvent qu'on a détruit toutes les complications , le malade est bien disposé , et cependant les meilleurs fondans ne produisent aucun effet. Ce n'est pas que la cause primitive des engorgemens subsiste encore, mais les vaisseaux lymphatiques manquent de force pour en opérer la résolution. Il est évident que la durée de ces obstructions dépend alors de l'atonie. En vain s'obstinerait-on à prescrire les fondans ; l'indication de ces moyens est passée , ils aggraveraient le mal au lieu de le diminuer. Il faut recourir aux toniques ; ce sont les véritables résolutifs dans ces cas.

Il en est de même lorsqu'il existe au début un grand degré de faiblesse; c'est-à-dire qu^il faut unir de suite les toniques avec les fondaris , surtout lorsque les scropliules sont le fruit de l'iiérédité , de l'épuisement des parens , ou lorsque les malades ont vécu dans un air liumide et malsain.

6". Il est bien important de surveiller les organes digestifs pendant l'administration du quinquina , car l'observation a prouvé qu'il ne produit aucun effet lorsque ces organes sont en mauvais état. Je suis persuadé que c'est à l'oubli de ce précepte qu'il fliut attribuer l'insuffisance de ce médicament dans beaucoup de cas. On fera donc passer quelques purgatifs appropriés aussi souvent que l'indication s'en présentera; et dans les cas douteux, on associera le quinquina avec la rhubarbe , le tartrate de potasse ^ la terre foliée de tartre (acétate de potasse j, le muriate de baryte, etc.

7°. La nature des complications, et la période de la maladie, fortifient quelquefois l'indication du quinquina. Telle est la réunion du scorbut avec le vice scrophuleux , la période de désorganisation qui constitue le troisième degré de la maladie, etc.

La meilleure manière d'administrer le quinquina, est de le donner en substance; mais il

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faut qu'il soit fraîcliement pulvérisé et réduit en poudre très-fine.

L'union de ce médicament avec l'élhiops minéral ( sulfure de mercure noir), et un peu de cannelle, m'a paru très-active.

Si l'estomac ne peut le supporter sous cette forme, on le donne à l'état liquide. Mais je ferai remarquer que la décoction fait perdre à cette substance ses principes les plus subtils et les plus actifs, et que Feau froide ne dissout qu'une très - petite quantité de ses principes astringens. Ainsi, chacune de ces préparations a ses avantages et ses inconvéniens 3 c'est pour profiter des uns et pour éviter les autres , que je mêle l'infusion à froid avec la décoction. Je fais infuser une demi-once de quinquina dans huit onces d'eau froide, pendant quelques heures; d'autre part, je f^is bouillir une once de cette même substance dans douze onces d'eau, jusqu'à réduction de six; je filtre, et puis je mêle l'infusion avec la décoction. La dose de ce mélange est de deux cuillerées toutes les deux heures.

On augmente l'activité des boissons préparées avec le quinquina , en y joignant les antiscrophuleux, tels que la ciguë, l'antimoine, la baryte, etc. ; combinaison d'autant mieux entendue que les sels métalliques ^ et notamment

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ceux d antimoine , perdent par là la faculté d exciter le vomissement , et d'irriter les intestins.

La magnésie , les alcalis , la teinture volatile de gayac , et les substances aromatiques , associés au quinquina, ajoutent à son action. Ges préparations plus ou moins excitantes sont particulièrement indiquées dans les cas où la sensibilité est en défaut. Les toniques seub ne produiraient alors aucun effet, parce qu'ils lie seraient pas ressentis. C'est pour ranimer la sensibilité , qu'il faut unir les Stimulans aux toniques.

L'usage extérieur du quinquina a le double avantage de faire pénétrer une plus grande quantité de cette substance dans le corps, et d'en permettre l'application sur les ulcères et les ophtalmies chroniques, où les fomentations réitérées de quinquina et de ciguë produisent de très-bons effets.

Tout ce que nous venons de dire de Fécorce du Pérou, est applicable aux écorces de saule et de marronnier , qui possèdent les mêmes propriétés, excepté qu'elles sont moins ac« tives.

Nous terminerons cet article par quelques observations.

Un enfant de deux ans , évidemment rachi-

tique, avait plusieurs glandes engorgées; le ventre était un peu enflé , il ne pouvait se soutenir sur ses jambes, et tout annonçait une grande faiblesse. Je prescrivis un mélange d'un gros de carbonate de potasse , dissous dans une once de vinaigre , d'une demi-once de teinture de rhubarbe et d'autant de sirop. Le malade prenait tous les jours deux cuillerées à café de ce mélange, et faisait des frictions sur le ventre avec une flanelle imprégnée de vapeurs aromatiques. Ce traitement ne produisant aucun bien , il lui fut substitué une décoction de garance avec addition du sel de tartre. Il survint une diarrhée qui ruinait les forces; la maladie faisait chaque jour de nouveaux progrès. Tout à coup les extrémités des os s'enflèrent; le ventre devint plus volumineux, et les engorgemens scrophuleux se multiplièrent. Tel était l'état déplorable de ce petit malade, lorsque je lui prescrivis une infusion d'une once de quinquina , deux gros d'écorces d'oranges , un gros d'écorce intérieure de noix muscade (i), dans une livre de vin doux;

(i) L'écorce intérieure de la noix muscade est un très- bon moyen contre le rachitis et l'atrophie scrophuleuse , surtout quand on l'unit aux apéritifs.

( Note de l'auteur. )

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infusion dont le malade prenait une demî-cuiî- Jerée trois fois par jour ; on lui faisait en même temps des lolions sur tout le corps avec de l'eau froide. Ce nouveau traitement fut bientôt suivi d'un mieux sensible. Quelques semaines après ^ le petit malade était gai ; il pouvait marcher ; la tuméfaction du Yentre et celle des extrémités des os étaient diminuées. L'usage soutenu du quinquina et la ciguë , achevèrent la guérison.

Une fille de quinze ans^ scrophuleuse dans son enfance , autrefois sujette à un écoulement fréquent par les oreilles , qui s'accompagnait de surdité, fut prise, il y a un an, d'une fièvre scarlatine. Il se fit une métastase sur une oreille qui rappela pendant quelque temps l'écoulement; l'écoulement cessa et l'ouïe resta très-dure. On espérait qu'elle se rétablirait avec l'éruption des menstrues; mais au contraire, la surdité n'était jamais plus intense qu'à l'époque des rèi^les. Il restait encore quelques sympiômes du vice scrophuleux, et une grande faiblesse dans tout le corps. J'ordonnai, tous les matins , un verre d'eau de Seidschilz (i), l'application d'une ventouse scarifiée

(i) Bailliage de Bohème, voisin de Sedtlitz , où l'on trouve une eau plus forte et plus aigre.

( Note du traducteur. )

à la nuque , tous les mois; des frictions mercurielles derrière les oreilles , une décoction de quinquina pour boisson, et un vésicatoire sur chaque bras. Huit jours après, le malade entendait un peu mieux ; j'augmentai la dose du quinquina, et au bout de trois semaines l'ouïe fut entièrement rétablie.

Un jeune liomme de dix-huit ans , dont l'enfance avait été scrophuîeuse et rachitique , avait les os du pied tuméfiés , des ulcères scrophuleux, des engorgemens glanduleux, une cachexie générale ; il était très-faible , stupide, mais exempt d'irritation. Je lui fis prendre l'essence balsamique de sublimé, tant recommandée par Piderit (i) , avec une décoction de bois de gaïac , de tiges de douce-amère , et de bourgeons de pin ; quelques semaines après , ^une forte décoction de quinquina et deux bains de pieds par jour dans une décoction concentrée d'écorce de saule, dans laquelle on trempait

(i) Prenez une dissolution d'un scrupule de sublimé dans quatre onces d'esprit-de-vin rectifié , une teinture composée d'une once de baume du Canada , autant de résine de gaïac sur quatre onces d'alcool , plus deux gros d'huile de sassafras. La dose est depuis dix jusqu'à vingt gouttes dans un peu d'eau ou de vin. ( Voyez Piderit , Pharmacia rational. )

( Note de l'auteur. )

des compresses pour les appliquer sur les parties ulcérées. L'amélioralion fut sensible au bout de quelques mois : les ulcères se fermèrent ; la luniéfaction des os et des glandes diininLia, et le malade acquit tout le degré de guérison dont il était susceptible, (i)

(i) Quoique les mercuriaux, les antimoniaux , la ciguë , etc. , soient les véritables moyens curatifs de la diathèse scrophuleuse , puisqu'ils sont les plus propres à détruire la modification organique qui constitue cette maladie , cependant ils ne suffiraient pas pour compléter la guérison 3 et pour prévenir les récidives. Les scrophules s'accompagnent souvent d'un état de relâchement et d'atonie que les médicamens dont nous parlons ont l'inconvénient d'aggraver et même de produire lorsqu'il n'existe pas. En effet, ces médicamens sont essentiellement fondans : fondans est le mot propre ;, car ils commencent toujours par ramollir la matière des engorgemens scrophuleux, avant que cette matière devienne la proie de l'absorption ; et ce ramollissement est une condition tellement essentielle que s'il n'a pas lieu , les vaisseaux absorbans restent passifs , ou sont impuissàns. Ainsi, dans l'apoplexie, tant que le sang épanché est coagulé , l'action de ces vaisseaux est entièrement nulle ; ce n'est qu'après la fonte du caillot qu'ils manifestent leur puissance , et le font disparaître.

Le mercure, l'antimoine, la ciguë, etc. , ne conviennent donc pas dans tous les cas de la maladie scrophuleuse. Nous avons dit, quelques pages plus haut, que lorsque les scrophuleux se trouvent frappés de faiblesse.

DE LA MALADIE SCROPHULEUSE. ail et surtout de cette faiblesse qui paraît résulerde l'abondance des sucs lymphatiques , et de la mollesse de la fibre, il faut, avant de prescrire les anti-scrophuleux proprement dits , corriger cet état de la constitution. L'indication est la mémep que cette atonie soit naturelle , qu'elle provienne du A'ice scrophuleux , ou des médicamens employés pour le combattre.

Outre l'atonie générale , il est des symptômes particuliers dans la maladie scrophuleuse dont la disparition laisse souvent une débilité bien marquée dans les parties qui en étaient le siège Ainsi , les engorgemens font éprouver aux organes des extensions considérables qui leur enlèvent leur élasticité , et mettent les vaisseaux dont ils sont composés hors d'état de réagir sur les fluides qui les pareourent ; de manière que ceux-ci circulent lentement , s'arrêtent , el forment bientôt de nouvelles obstructions. Pour prévenir ces accidens , il est essentiel de rendre aux vaisseaux la force qu'ils ont perdue.

Il ne faut pas croire cependant que , pour administrer les fortifians , il soit nécessaire d'attendre que les glandes scrophuleuses aient été complètement résolues. Quelquefois, dit M. Baumes, il n'y a pas de meilleur moyen pour déterminer leur fonte que d'user de ces mêmes toniques. Cette considération a sagement fait dire au professeur Hufeland , que c'est agir très- rationnellement que d'associer l'usage du quinquina à celui des fondans, ou de terminer la cure par l'usagé de ce remède, qui a les effets les plus avantageux lorsqu'il est placé convenablement. Souvent , après l'administration des moyens les plus efficaces , la stagnation des fluides subsiste encore parce qu'il manque aux vaisseaux la force nécessaire pour se contracter , et pour réagir avec effica^

cité sur les fluides qu'ils contiennent. Le mal ne se maintient que par ratonie\, et l'on aurait beau continuer l'usage des fonda ns, bien loin de le dissiper , ils Fentreliendraient plutôt^ et pourraient même l'augmenter. Si dans ces circonstances on donne le quinquina, lacascarille, le quassia^, ou d'autres remèdes analogues, on est étonné de voir avec quelle rapidité les engorgemens disparaissent ; c'était le seul moyen d'en terminer complètement la guérison.

Quel que soit le siège de l'atonie, et quelle qu'en soit la cause , dès qu'elle existe, les toniques sont toujours bien indiqués , pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de contre-indication : telle serait une vive irritation, soit sanguine, soit nerveuse. Parmi les toniques , le quinquina tant recommandé par Fordyce , Fothergill , \Vhyt, Bordeu , etc. , dans le traitement des maladies scrophuleuses , mérite une distinction particulière. Fothergill déclare formellement que de tous les médicamens , c'est celui sur lequel il compte le plus. Voici la formule qu'il avait coutume d'employer: prenez quinquina en poudre , une once ; faites bouillir dans une pinte d'eau jusqu'à réduction de moitié : ajoutez, sur la fin, demionce déracine de réglisse coupée par petits morceaux ; ajoutez à la cola ture deux onces d'eau de noix muscade. A prendre deux ou trois fois par jour à la dose de deux, trois ou quatre cuillerées , avec dix, vingt et jusqu'à soixante gouttes de teinture de gaïac ( d'après 31. Baumes ,loc. cit. ,t^.'So2).

Tout ce que dit M. Hufeland de l'écorce du Pérou, peut s'appliquer à la saponaire, la gentiane, aux fleurs de houblon, etc. , qui sont fort employées en France à titre de toniques contre la maladie qui nous occupe. La

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décoction de houblon compose la boisson habituelle des scrophuleux. M. Dubois la conseille aux repas avec un peu de vin, et fait ajouter assez ordinairement à chaque verre pris hors des repas , deux ou trois gouttes de potasse liquide.

Le x'va. de gentiane est préférable à la décoction de cette plante. M. Lepelletier propose une formule qui peut être adoptée , en ayant soin de la modifier suivant l'âge, le tempérament, etc. du malade. Prenez bon vin blanc, un litre ; racines de gentiane sèches et concassées, demi-once ; racines de raifort sauvage, deux gros ; écorce d'orange , un gros ; écorce de cannelle , demi- gros ; carbonate de potasse , un gros. Renfermez le tout dans une bouteille bien bouchée , que vous exposerez pendant trois jours à quelque distance du feu, ou mieux à Faction des rayons solaires ; après quoi , passez et conservez pour l'usage. La dose est d'un quart de verre chaque matin : afin d'éviter une action trop vive sur l'estomac, on pourra prendre en même temps un peu de pain. Cette formule est pour les adultes d'un tempérament froid, et peu irritable. Il n'est pas besoin de dire que si l'on avait à traiter des sujets très-sensibles ou des enfans , il faudrait diminuer la dose des médicamens indiqués , et même supprimer le raifort sauvage. ( hoc. cit. , p. 384. )

( Kfote du traducteur. )

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