XII. Digitale pourprée
Cette plante a quelque anale gie de propriété avec les narcotiques • mais elle agit plus pnis'
que prend le vice se rop] mieux, Ainsi , ces moyens peuvent être Irès-uliles lorsqu'il occnpe un orgnne très-" irritable , comme^ par exemple , les yeux et le poumon. C'est, au reste , une pratique presque banale de l'aire entrer quel-jue substance stupéfiante dau:* les topirpies qu'on applique sur les yeux. M. Oriila compose a\ec leau de roses , le sulfate de zinc et quelques goutte., de laudanum liquide, un collyre qui lui réussit pre-.que con.-itamnient dans les ophtlialmie^ chroniques. Qui ne connait encore l'utilité de la belladone , de la ciguë , etc. dans les toux opiniâtres et dans tous les ca d'irritation fixée sur les organes de la respiration? Mai.^^ je le répète pour la sévérité du raisonnement, ce n'est pas en cojnbattant directement le vice scrophuJeux que le. narcotiques se rendent utiles dans cette maladie . mai-^ serdement en faisant cesser l'iniluence de cejlaines circonstances qui s'oppo-aient à sa giiérison ; telle e t , dans les cas dont nous venons de parler, l'irritabilité des parties affectées.
C'est à la présence du spasme et de la douleur qu'il faut attribuer l'utilité des narcotiques dans les inßanimations et les engorgemens douloureux. J'éprouve, j'en conviens, quelque satisfaction à voir recommander par un homme tel que M. Hufeland, une pratique que j'ai conseillée moi-même dans un mémoire sur l'inflammation. {^Application de l'analyse à l'inflanima^ tion, Paris , 1818 ). Tout en avouant que la douleur
DE LA MALADIE SGROPHULEUSE. 'ity^
sammeiit sur le système lymphatique ; elle facilite la résorption , augmente la sécrélion des reins et quelquefois celle des glandes salivaires.
ne mérite le plus souvent aucune considération clans le traitement des phlegmasies , je disais pourtant qu'il est des cas que j'indiquais, où elle réclame un traitement particulier , indépendant de celui qui convient à l'affection avec laquelle elle se trouve. Ainsi, la plupart des praticiens regardent comme un point important de calmer les douleurs atroces du panaris, et prescrivent à cet efîet de tiemper le doigt dans une forte dissolution d'opium, appliquent des compresses imbibées de la même liqueur sur la partie enflammée, etc. ; ils ne balancent pas non plus à administrer la même substance dans quelques espèces de dysenteries, etc. Mais ces faits sont si connus que je ne m'appuyais, clans mon mémoire, que de l'exemple de Sarcone , qui , dans une épidémie de pleurésies , donna l'opium avec le plus grand succès. A l'exemple de cet auteur , je conseillais de faire toujours précéder les stupéfians de la saignée , des délayans et de tous les moyens indiqués par la phlogose ,. car je n'ignore pas que les narcotiques ne sont pas les moyens curatifs de l'irritation. C'était assez dire, ce me semble, de quelle réserve, de quels ménagemens il fallait user dans les cas rares où je crois qu'il faut recourir aux narcotiques dans le traitement des phlegmasies. Cependant je n'ai pu trouver grâces auprè . de quelques censeuis sévères ; ils ont condamné l'us^ige de ces moyens dans tous les cas, sans se donner la peine de discuter
Sous ce rapport, Ja digitale pourprée doit être comptée au nombre des moyens aiiti-scropliuleux les plus héroïques.
1°. Elle contribue à l^i guéri «^on radicale du vice scrophuleux, en favorisant la résorption. Cependanl , l'usage trop sou^em^ de celle plante ne serait peut-être pas sans inconvénient.
2°. Elle fond les engorgemens glanduleux ^
les exceptions que j'avais ^signalées ; de sorte qne la question en est toujours au même points mai; j'ai pour moi l'autorité de M. Hufeland.
Parmi les narcotiques qui peuvent concourir à la ^uérison des scrophules , on a recommandé d'une manière spéciale j l'usage de la ciguë; Conium inaciilcitiun , L. Cicuta major , Lamarck ;. Mais il est à remarquer que cette plante est principalement efTicace contre les affections nerveuses, et contre les engorgemens douloureux^ ou contre ceux qui occupent des organes très-sensibles, tels que les testicules , les mamelles , etc. C'est même à la propriété doot jouit la ciguë , de faire taire la douleur et de détruire les spasmes^ qce plusieurs auteurs attribuent son efficacité contre la maladie dont nous parlons. Tels sont entre autres MM. Menuret et Hanin. «Indépendamment, dit ce dernier , de ses propriétés sédatives et narcotiques^ la ciguë a aussi une action médicatrice très-marquée sur d'autres systèmes, et particulièrement sur le système lymphatique ; mais on soupçonne que ce:te vertu n'est autre chose qu'un attribut de la vertu narcotique de ce végétal. » ( Cours de ma^ tière médicale, ii , 65o ). ( Isfote du traducteur^ )
surtout: quand on l'unit aux mercuriaux.
3°. Elle dissipe les épanchemens lymphatiques et les hydropisies scrophuleuses.
4°. C'est un excellent moyen dans l'asllime et dans la toux scropliuleuse; en excitant les reins il débarrasse d'autant les poumons.
6°. On l'erti ploie avec avantage à l'extérieur sur les indu}^ations glanduleuses , soit le suc , soit en fomentations, soit en onguent.
On a beaucoup déprécié la digiîale pourprée, depuis les déclama lion s de Letsom contre cette plante. Mais de tous les inconvéniens qu'on lui a reprochés, il n'en est qu'un seul qui me paraisse fbndé.v Cette plante, en effet, engourdit la sensibilité, et trouble la vue. Encore ces effets sont-ils ordinairement passagers ; cependant , je les ai vus durer plusieurs semaines dans une circonstance où le malade avait fait un long usage de cette substance.
Au reste, il sufBt, pour éviter ces inconvéniens , de ne pas administrer la digitale à trop haute dose; ce qui d'ailleurs est inutile, l'observation m'ayant appris que lorsqu'elle n'agit pas à petite dose (deux grains pour un adulte), elle n'agit pas mieux en plus grande quantité; on parvient au même but en en suspendant l'usage tous les quinze jours , ou bien en la combinant avec les anîi-spasmodiques et
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les iiervins, tels que le valériane, l'opium, le sel volatil de corne de ceif ( sous-carbonate d'ammoniaque ) , le castoréum , et de fréquentes lotions sur les yeux avec du vin. Que si malgré ces précautions, les inconvéniens que nous avons reconnus à la digitale : se manifeslent, il n'est pas de meilleurs moyens à leur opposer que les vésicatoires , les sels volatils et les opiacés. Avec ces précautions, j'ai donné la digitale aux enfans avec le plus grand, succès, depuis un huitième jusqu'à un quart de grain, le plus souvent en poudre avec l'étliiops minéral , ou le soufre dore d'antimoine.
Je dois répéter ici ce que j'ai dit de la ciguë , c'est que depuis que les pharmaciens cultivent la digitale dans leurs jardins, celte plante a beaucoup perdu de son énergie. Si l'on veut en retirer tous les cffeis qu'on a droit d'en attendre , il faut la cueillir sur les montagnes où elle croît naturellement.
Un enfant de trois ans était scrophuleux au plus haut degré, et commençait à devenir rachitique : ventre enflé, engorgemens glanduleux au cou , au sternum , aux côtes , aux bras , aux mains, aux jambes et aux pieds. La plupart étaient aussi gros qu'une petite pomme. On avait cherché à les faire résoudre 5 mais ils
renflaient déjà un pus aqueux et de mauvaise qualité, et cependant leur volume restait toujours le même. Tel était l'état de ce malade loisque je me décidai à lui administrer la digitale pourprée. Je prescrivis matin et soir un quarl de grain de digitale en poudre, trois gr.iins d'éthiops minéral (sulfure de mercure noir j, cinq grains de résine de gayac , et un peu de sucre; pour boisson, une infusicHi de sassafras et de douce-amère 5 tous les deux jours , un bain tiède dans lequel on faisait dissoudre du savon, et où l'on versait une décoction d'orge et de calamus aromaticus. Ce traitement réussit à souhait. Je revis l'enfant au boui de six semaines : il avait le teint frais, le ventre souple ; les eiigorgemens glanduleux avaient en parlie disparu , le volume des autres était considérablement diminué. Enfin, il commençait à mari her, ce qu'il n'avait pu faire jusqu'ici. J'ordonnai les sucs d'heil)es et les amers pendant quelques semaines, des bains de quinquina et de ciguë- ce qui compléta la cure.
Une dame de trente-quatre ans , qui avait été scrophulcuse dans sa jeunesse, portait depuis quelque temps, sur l'usîe des parties latérales du cou, des gland es qui grossissaient chaque jour davantage ; elles étaient parvenues
au point de gêner la respiration. Je lui cïonnaî sans succès l'éponge brûlée qui me réussit ordinairement dans ces cas. Les mercuriaux, le inuriate de baryte, divers onguens et divers emplâtres ne produisirent aucun effet avantageux ; au contraire, les glandes deveaiaient toujours plus dures et moins mobiles. Je prescrivis une poudre composée de digitale , deux grains; éthiops antimonial (sulfure de mercure antimonié), follicules de séné, sucre blanc , douze grains de chaque ; pour une dose qu'on répétait soir et matin ; frictions sur les glandes avec un onguent dans lequel entrait la digitale; vésicatoires aux bras. Après huit jours de ce traitement, le volume des glandes commençait déjà à dinânuer, et cinq semaines après la malade était guérie.
Une femme âgée de soixante-quatre ans . d'une constitution srrophuleuse , portait un ulcère sur un pied; l'un et l'autre étaient enflés depuis long-temps; mais ce qu'il y avait de plus digne de remarque dans catte maladie, c'est que la peau de tout le corps était dure comme du cuir (symptôme remarquable de la maladie scrophuleuse ). Cette femme avait pris pendant quelque temps de la scille sans un grand avanlage. Je bu prescrivis matin et soir deux grains de digitale dans une tisane
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appropriée. Cette prescription produisit une abondante sécrétion d'urines, et dès ce moment la peau devint souple, la tuméfaction des pieds s'afïliissa , et l'ulcère se cicatrisa dans , l'espace de trois semaines, (i)
(i) Darwins, Baker, Fowler, Drake, ont préconisé l'emploi de la digitale pourprée contre la phthisie pulmonaire , et l'enthousiaste Beddoes la regardait comme un spécifique de cette maladie non moins infaillible que le quinquina dans le traitement des fièvres intermitentes , ou le mercure dans celui de la syphilis.
Les nombreuses analogies qui rapprochent la phthisie des scrophules inspirèrent à quelques médecins l'idée de leur appliquer le même traitement ; il en est résulté que la digitale dont on ne fait^ plus aucun cas dans la première de ces maladies, figure encore parmi les moyens les plus efficaces contre la seconde. Quoique l'observation clinique ait seule le droit de prononcer sur les vertus d'un médicament , cependant je crois devoir faire observer que celui dont il s'agit exerce une action bien marquée sur le système lymphatique , ainsi que le prouve son efficacité contre les liydropisies et les infiltrations séreuses.
Haller , cité par Murray , rapporte un cas presque désespéré de scrophules, dans lequel la digitale jDourprée produisit les plus heureux effets. Stromayer , au rapport de Schiemann , a guéri plusieurs scrophuleux dans l'hôpital de Gottingue , avec cette même plante prise intérieurement; et Quarin^ qu'on ne saurait trop citer en médecine pratique , vante aussi ses vertus.
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XI IL Assa-fœticla .
Si Fassa-foeticla ne peut être mis au nombre des moyens eu ratifs du vice scropliuleux , il n'en est pas moins fort utile pour résoudre les glandes engorgées , dans les afFeclious scrophuleuses des os , le spina-ventosa , la carie , et dans les affections nerveuses, consécutives de la dia thèse scrophuleuse.
«Nous eûmes l'an passé, dit- il, dans l'hôpital plusieurs malades affectés de tumeurs scrophujeuses, qui prirent sans succès l'antimoine , le soufre , l'étliiops minéral , les amers , la décoction de salsepareille , les savonneux, les gommes fétides, le quinquina, les mercuriaux, etc. ; mais l'application du suc de digitale récemment exprimé, et l'usage intérieur de l'extrait de cette plante leur furent en général très-avantageux. Nous commençâmes par un grain de cet extrait, et nous en portâmes la dose, par la suite, jusqu'à cinq ou six grains , et même jusqu'à dix et douze pour quelques malades, j) Il fait observer que plusieurs d'entre eux éprouvèrent une espèce de chatouillement dans les parties affectées ; d'autres y ressentirent de la douleur. Il s'en trouva même qui, bien que la digitale leur fût administrée à très-faible dose, se plaignirent de douleurs de tête, de trouble dans la vue, de vertiges; leur tête paraissait gonfler ; la dose en fut diminuée , et ces malades la supportèrent ensuite sans la moindre incommodité, jusqu'àleur entier rétablissement.
( Note du traducteur. )
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Dans tous ces cas^ l'assa-foetida est précieux en ce qu'il a l'avantage de ne pas affaiblir les forces digestives , ni le ton général de la constitution ; mais il faut s'en abstenir lorsqu'il existe un état fébrile prononcé.
Une petite fille de douze ans, à la suite d'une éruption croùteuse à la tête qui disparut d'ellemême , fut affectée de spasmes dans tous les membres, compliqués d'une paralysie périodique des mains ^ en sorte qu'elle ne pouvait rien saisir sans le laisser tomber. Elle s'éveillait tous les matins avec une douleur de tête violente, et les narines étaient toujours sèches. Je lui fis prendre, trois fois par jour, dix grains d'une masse pilulaire , composée de parties égales d'assa-fœtida, de résine de gayac, et d'extrait de valériane; une tisane de sassafras, et tous les huit jours un léger purgatif. La guérison fut complète au bout de trois semaines.