‹ Traité de la maladie scrophuleuseChapitre 63 sur 94 · XVII. Eau de chaux · texte numérisé non relu

XVII. Eau de chaux

L'efficacité de l'eau de chaux ne peut être un sujet de contestation ; j'en ai fait un très^ grand usage dans ma pratique , et si j'ignore

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comment elle agit, du moins je puis parler avec connaissance de cause des effets sensibles qu'elle produit : or, Texpérience m'a prouvé que c'est un moyen héroïque dans les cas que je vais indiquer :

i''. Dans les maladies scrophuleuses des os, la carie, le spina ventosa , — combinée avec le calamus aromaticus et l'assa-foelida.

2**. Dans les indurations glanduleuses rebelles pour en opérer la résolution.

~ 5°. Dans les obstructions du mésentère, et les troubles des fonctions digestives qui dépendent de cette cause ; pour corriger les acides des premières voies , et pour assurer une bonne chiiifîcation ; dans la diarrhée et dans la plupart des écoulemens muqueux. La constipation même cède quelquefois à ce moyen, lorsqu'elle est la suite de l'obstruction des glandes, comme je l'ai vu sur un hypocondriaque.

4*'- Dans les tubercules pulmonaires et même dans la phtliisie commençante.

Qu'il me soit permis de rapporter deux observations pour motiver les éloges que je fais de l'eau de chaux.

Un jeune homme de seize ans, tailleur, d'une constitu tion scrophuleuse, et d'une structure phthisique, se plaignait d'une douleur con-

stante sous le sternum, et de plusieurs points douloureux dans la poitrine, qui paraissaient et disparaissaient tour à tour : respiration courte et difficile, surtout en montant un escalier; toux sèche qui s'augmentait par le mouvement, expectoration quelquefois sanguinolente, pouls petit sans être vif, rougeur circonscrite des joues, l'appel it bon, les digestions faciles. Ce jeune homme s'était affaibli de bonne heure par l'habitude de la masturbation. Tous ces symptômes annonçant clairement des turbercules scrophuleux dans les poumons , je prescrivis les sucs frais de pissenlit, de tussilage, de beccabunga et de cerfeuil dans le petitlait; une dissolution d'extrait de chiendent et de pissenlit dans le vin antimonial; et; je fi^ ouvrir un exutoire sur chaque bras. Quatorze jours après , il y avait un peu de mieux ; l'expectoration commençait à devenir muqueuse* c'est alors que le malade commença l'usage d'une infusion dedouce^amère et de lichen d'Islande, coupée avec le petil-iait ; entretien des exuloires. Huit jours après, toux plus fréquente, pouls plus vite et plus dur; la douleur du ster^ num était plus intense; il y avait des sueurs pendant la nuit. Néanmoins je crus devoir insister sur le même traitement , auquel j'ajoutai seulement une poudre tempérante , conipo-

sée de nitre, de magnésie, de sucre de lait, d'i xtrait de jusquiame, et d'un peu d'ipécacuanlia. Ce traitement parut calmer un peu le-» spasmes; mais les douleurs augmentaient , le pouls était un peu dur quoique petit ; je prescrivis une saignée du bras de cinq onces 5 et des délayans à l'intérieur pour m'opposer à l'inflammation qui s'eniparait des tubercules pulmonaires. Le malade s'en trouva soulagé. A dater de cette époq «je, il prit alternativement, pendant environ un mois , des anti-spasmodiques rafraîc hissans et des toniques ; mais l'usage du petit-lait e! des exutoiies ne fut jamais interrompu. Cependant, la douleur du sternum se faisait ton jours sentir, la respiration était grasse et très-difficile, la toux humide le mialin et sèche le reste du jour, les éternuniens fréquens , le pouls vif; sueurs presque contijuielles, éruptions miliaires, hémorrhagies nasales de temps en temps. Comme il paraissait que la phthisie dépendait, dans ce cas, de la faiblesse du poumon et du vire scropliuleux, je prescrivis une infusion de demionce de quinquina et d'autant de quassia dans deux: livres d'eau de chaux, infusion dont le malade prenait de trois à quatre demi-tasses tous les jours. Ce traitement amena d'abord peu de changement ; quelquefois même on eût dit que

les douleurs de la poitrine revenaient plus fréquemment. Mais au vingt-quatrième jour, la douleur du sternum avait cessé, la respiration était libre et se faisait sans bruit, la toux devint plus rare , l'expectoration moins abondante, plus de sueurs la nuit. On augmenta la dose des mêmes moyens , et deux nouveaux exutoires furent appliqués aux bras. Au bout de six semaines , tous les symptômes graves avaient disparu, et les forces étaient rétablies. •— Toutefois ce malade éprouva une récidive six mois après, mais elle céda promptement à Feau de chaux et au quassia.

Une femme âgée de trente ans , disposée à la maladie scrophuleuse, quoiqu'elle n'eût aucun des symptômes qui la caractérisent, et dont deux des frères étaient morts de phthisie , ressentait une douleur aiguë au côté droit de la poitrine : respiration difficile, particulièrement en montant un escalier, toux intense, expectoration fréquente, souvent moulée sur la forme des ramifications bronchiques, pouls fébrile tous les soirs. D'ailleurs, l'appéût était bon et les digestions se faisaient bien. Prenez : sel ammoniac (muriate d'ammoniaque), nitre ( nitrate de potasse), de chaque, une once; soufre doré d'antimoine (oxide d'antimoine h ydro-sulfuré orangé), six grains; extrait de

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chiendent 5 trois gros 3 eau de fontaine, cinq onces; sirop commun , une once. La malade prenait deux cuillerées à bouche de celte potion quatre fois par jour^ et plusieurs verres d'une tisane composée avec la douce-amère ^ le pissenlit, la bardane, la réglisse et les semences de fenouil. Je proposai deux cautères aux bras; mais la malade ne voulut pas s'y soumettre. Ce traitement la soulagea pourtant : la respiration devint un peu plus libre, mais l'expectoration continuait avec la même intensité, quelquefois même elle était un peu sanguinolente, et la fièvre revenait tous les soirs. Il est évident que la malade était menacée d'une phthisie tout à la fois scrophuleuse et catar- ^ rhale; en conséquence, je crus devoir ajouter le lichen d'Islande aux moyens dont nous venons de parler, et lui faire prendre tous les jours trois tasses d'eau de chaux ^ coupée avec un peu de lait. Ce traitement eut les effels les plus heureux; dans le cours de la quatrième semaine, la respiration devint naturelle, la douleur s'évanouit , la fièvre cessa; il restait seulement une légère expectoration qui disparut à son tour par l'addition d'une demi-otn e d'extrait de myrrhe à la potion indiquée. La guérison s'est maintenue.

H'JÖ TRAITE

XYII. Sapon.

Le savon possède les mêmes propriétés que les alcalis , si ce n'est qu'il est moins irritant à cause de l'huile qui entre dans sa composition. Il ne faut donc pas l'effacer du catalogue des anti-scrophuleux comme le voudraient quelques auteurs. Non-seulement il est incisif et désobstruant, mais encore diurétique et purgatif; ce qui le rend très-précieux dans le traitement de la maladie qui nous occupe. Je l'ai guérie souvent chez les enfans , à la vérité dans sa première période, sans autre moyen que huit à dix grains de savon de Venise, répétés soir et matin , et secondés par un régime approprié.

Les bains et les onguens savonneux ont aussi leur utilité.

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