XXI. Sucs (F herbes
11 existe une différence essentielle entre la décoction et les extraits des herbes fraîches ; cette différence est assez analogue à celle qui distingue la viande crue de la viande cuite. Il est des principes subtils et volatils dans les plantes qu'elles ne conservent que dans leur état de fraîcheur , et qui s'évaporent par 1^ dessication , ou par l'ébullition. Le gazon^ même , lorsqu'il est vert , est un excellent moyen curalif, comme le démontre la prompte résolution des glandes mésentériques dans les
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animaux qu'on fait paître au printemps; mais îe foin , la vieille paille et les racines de chiendent n'onl pas les n}ên}es vertus. Il suffit d'avoir observé la différence entre les effets du suc frais de chiendent et la décoction des racines de cette même plante , pour être convaincu de cette \ériié. Les sucs de beccabunga , de laitue, de cerfeuil , de laiteron (sonchus) , de bourrai lie, et de bien d'autres végétaux, sont Jes incisifs, les dépuratifs par excellence. Prenez ces mêmes végétaux desséchés, leurs effets sont entièrement nuls : ces deux propositions se vérifi nt chaque jour dans îe traitement du scorbut. Tout le monde sait que les sucs des plantes qMC nous venons d*énumérer triomphent assez facilement de cette maladie essentiellement aslhénique, et que ces mêmes plantes ne produisent presque aucun effet lorsqu'elles sont desséchées. L'école de Boerhaave était surtout bien pénétrée de cette vérité ; aussi faisait-elle u*n grand usage du suc de ces végétaux , et toujours avec un succès extraordinäre. Il me semble qu'un les néglige trop de nos jours.
Je ne saurais trop recommander de fciire prendre, tous les printemps, les sucs d'heibes aux scrophuleux, toutefois en ayant égard aux observations suivantes :
1°. Jamais ces plantes ne sont plus efficaces que lorsqu'elles commencent à pousser.
2°. Au printemps, le système lymphatique se trouve 5 comme nous l'avons dit, dans un état de turgescence si favorable à la guérison du vice scrophuleux, que les moyens curatifs font plus en quelques semaines qu'ils ne feraient en autant de mois dans une autre saison. La meilleure manière d'administrer les suc3 de tussilage, de beccabunga, de marrube blanc, de cerfeuil , de cresson , de laitue , de fumeterre , est de le donner tous les matins pendant cinq ou six semaines , depuis une once jusqu'à quatre, dans une infusion de mélisse, ou dans un bouillon de viande maigre ; ce dernier mode convient particulièrement aux enfans. On les combine aussi avec les extraits amers , les élixirs, ou les antimoniaux, et les effets n'en sont que plus prompts.
J'ai si souvent employé les sucs d'herbes, qu'il me serait facile de citer un grand nombre de faits qui mettraient hors de doute les propriétés que je leur attribue dans la diathèse scrophuleuse ; mais je craindrais d'abuser de la patiçnce du lecteur en rapportant des observations qiii ne présentent d'ailleurs rien de bien remarquable. Qu'il me suffise de dire que j'ai vu fréquemment les engorgemens glan-
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duleux, les éruptions de la peau , des ulcères scrophuleux, disparaître sous Tinfluence des moyens que je préconise en ce moment. Dans quelques cas , il est vrai , ces symptômes semblaient empirer dans îe commencement: mais les apparences étaient trompeuses; en effet, il survenait ensuile des niouvemens critiques ^ et la maladie cédait promptement aux toniques , et aux antiscrophuleux proprement dits.
Enfin, l'expérience m'a prouvé que l'usage des sucs d'herbes , continués pendant plusieurs années , était un des plus sûrs moyens de détruire insensiblement la disposition aux scrophules. (i)
(i) Les sucs exprimés des herbes fraîches sont certainement un des remèdes qui méritent le plus notre confiance. L'extrait^ l'infusion^ la décoction, etc. de ces mêmes plantes ne sont pas comparables aux sucs qu'on en retire par l'expression ; mais il est bien important, quand on les prépare , de ne les purifier que par résidence^ c'est-à-dire par un repos de quelques heures; car le filtre et les autres moyens de clarification leur enlèvent la plus grande partie de leur énergie et de leurs propriétés. Zimmermann regardait le suc de pissenlit ( léontodon - taraxacum. L. ) comme le meilleur fondant des tubercules pulmonaires. J'ignore les effets qu'il produit dans cette maladie , mais il agit très- efficacement contre l'atrophie mésentérique desenfans^ et contre les
XXI L Extraits amers et sucs (Fherhes épaissis.
Les théories peuvent changer ; ces moyens occuperont toujours un rang distingué parmi les
engorgemens abdominaux qui accompagnent Thypocondrie , ou qui succèdent aux fièvres intermitlesites prolongées. Dans tous ces cas, c'est un remède admira^ ble , s'écrie M. Sainte-Marie , pourvu qu'il soit administré à très-haute do e ( nouveau Formulaire ?nèdical , 389 ). Il commence par un demi-verre de table ( environ trois onces ), et il augmente rapidement cette dose jusqu'à ce que le malade en prenne deux verres ( envi» ron douze onces ) tous les matins, et continue de cette façon pendant deux ou trois mois On ordonne rarement les sucs d'herbes purs ; on les fait prendre plus souvent avec du petit-lait, du bouillon de veau , ou un lait de poule. Le jaune d'oeuf avec lequel on prépare ce dernier moyen, ajoute, dit-on, à la vertu fondante des sucs dont nous parlons
Le même praticien fait encore un grand usage du cerfeuil ; il suit ordinairement la formule suivante : Prenez suc exprimé de cerfeuil , vingt-quatre cuillerées à bouche ; sel de nitre ( nitrate de potasse ) , demi- gros ; mêlez , et divisez en quatre doses que le malade prendra le matin à jeun , à une heure d'intervalle l'une de l'autre , dans un verre d'infusion de réglisse , animée d'une petite quantité de vin blanc vieux. Cette formule est assez analogue à celle de Bouvart : Prenez vingts quatre cuillerées à bouche de suc de cerfeuil dépuré par
anti-scrophuleux. En effet, ils remplissent la plupart des indications que présente la diathèse écrouelleuse : ils assurent de bonnes digestions , dissipent les engorgemens pituiteux, excitent le mésentère , le système lymphatique et les organes sécrétoires, mais surtout les reins et la peau. C'est donc avec raison qu^on leur accorde la propriété àe purifier le sang, pourvu qu'on donne à ce mot un sens raisonnable. Enfin , ils augmentent le ton général de la constitution, les forces vitales, et sous ce rapport, ils sont analogues au quinquina , sans avoir sa propriété astringente. Aussi conviennent-iîâ bien mieux , et sont-ils en effet d'un usage plus général, toutes les fois qu'il existe des crudités dans les premières voies , comme cela se rencontre fréquemment chez les enfans ; on ne peut nier au moins qu'ils ne soient très-précieux pour ménager le passage des résolutifs au quinquina.
Les moyens dont nous parlons conviennent dans presque toutes les périodes et toutes lès complications du vice scrophuleux ; mais surrésidence ; le suc exprimé de cent cloportes ; vingtquatre grains de sel de genel ; à prendre en trois ou quatre doses dans les vingt-quatre heures. ( Journal de médecine , drînée 1782.)
( Note dû traducteur. )
tout dans les cas de mauvaise digestion , de faiblesse, de relâchement j et lorsqu'il existe des acides ou des mucosités dans le tube digestif. Cependant, il est vrai de dire qu^ils appartiennent bien plus au traitement direct de la diathèse scrophuleuse, qu'à celui de ses symptômes.
Les plus efficaces de ces moyens sont tes extraits de chiendent, de pissenlit, de marrube blanc , de gentiane , de saponaire, de trèfle d'eau , etc. L'extrait de chélidoine est un peu phis irritant* celui de quassia l'est encore davantage. Quant au mode d'adojinistration , le 3îiieux est de les faire dissoudre dans le vin antimonial , avec quelques grains de muriate de baryte, de terre foliée de tartre (acélaterde potasse), ou de sel ammoniac (muriate d'ammoniaque).
XXI IL Eaux minérales f eau de mer.
Je n'ai pas fait un grand usage de ces eaux ; mais j'ai bien de la peine à croire qu'elles suf« fisent pour opérer la guérison radicale de la maladie scrophuleuse; car je ne nie pas qu'elles ne puissent y concourir, à cause de la propriété dont elles sont douées de favoriser les sécrétions, de réveiller l'action du système lymphatique , et de le mettre en état de réagir. En
même temps que j'employais les anti-scrophulenx proprement dits j ii m'est arrivé plusieurs fuis de faire b^ire aux eufans quelques verres d'eau de Seltz ou de Wildungen , chaque jour (l'une et l'autre contiennent du fer), et j'en ai vu de 1res bons effets. Ces sources paraissent être spécialement utiles dans les affections scropliuleuses du poumon , dans celles de la peau, et dans le carreau.
Tout le monde connaît les éloges que Rüssel et d'autres médecins ont donnés à l'eau de mer. Au reste, les sources muriatiques, et particulièrement celles qui contiennent beaucoup de gaz acide carbonique, sont douées à peu près des mêmes propriétés, et ont l'avantage d'être plus facilement supportées par l'estomac. Telles sontentr'autres les eaux minérales de Pyrmont et de Silésie. (i)
(1) Qnel est le médecin qui ne connaît les éloges donnés par Bordeu , aux eaux minérales Bonnes et à celles de Barèges dans le traitement du vice scrophuleux ? Il se peut , il est même probable que l'amour que cet ingénieux écrivain avait pour son pays , lui ait fait exagérer les vertus de ses sources. Cependant il faut dire que parmi les auteurs qui ont écrit sur les eaux minérales , il n'en est pas un seul qui n'ait vanté l'usage de ces eaux contre la maladie qui fait le sujet de cet ouvrage. Tels sont MM. Pilhes^ Dufau, Lepect de la
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