XXIV. Lavemens
L'administration des médicamèns par Fânus ne diffère , selon moi, de Fadministration par
Clôture , Pinot, etc. Fondé sur leurs vertus toniques, Pujol les ordonnait souvent aux écrouelleux , à petites doses , mais pendant long-temps ; il prescrivait les eaux sulfureuses aux tempéramens ordinaires , réservait les eaux ferrugineuses pour les constitutions froides et lâches , les gazeuses et les acidulés pour les constitutions sèches et irritables. Eordeu se plaint de la timidité avec laquelle certains praticiens administrent ces eaux à l'intérieur. Les craintes , dit-il , de ceux qui en défendent Tusage intérieur ou extérieur , ou qui du moins le bornent à de très-petites doses, viennent de l'inexpérience : on ne prend plus ces eaux en tremblant et en tâtonnant; on en Uae aujourd'hui très-communément en boisson ordinaire ^ en bain , en douche , et de toutes les façons. ( Loc. cit. ) M. Dubois est dans l'habitude de prescrire aux scrophuleux deux ou trois verres d'eau sulfureuse d'Enghien , qu'il fait prendre le matin à jeun.
RusHel a renouvelé l'usage de l'eau de mer, autrefois recommandée par Oribase. Dans une letîi^e adressée à cet auteur , Lée dit que cette eau , prise chaque matin à la dose d'unelivre jusqu'à laconsoiHmationde vingt cinq onces , guérit complètement la maladie scrophuleuse ( de tdbe glanduhiri , sive de usu aquœ jnarinœ in morbis gtandu iarum } ; et Lorry nous apprend qu'ayant fait usage de l'eau de mer dans cette maladie , il n'a jamais été déçu de ses espérances'. On la donne ordinaire-^
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la bouche que sous le rapport des surfaces avec lesquelles les substances médicamenteuses sont
ment à l'intérieur à la dose d'une livre et plus , cependant cette dose est variable : il peut être nécessaire de l'augmenter ou de la diminuer , suivant le tempérament des malades , et suivant la proportion des principes constitutifs du remède, car cette proportion- varie. Dans le nord de la Baltique, une livre d'eau de mer contient à peine deux gros de sel ( rauriate de soude) , tandis que sur les côtes de la Grande-Bretagne, elle en contient près d'une once ; dans la Méditerranée, deux onces; et dans l'Océan atlantique, sous la ligne, près de trois onces. Par où l'on voit que la quantité du sel est en raison directe de l'intensité de la chaleur.
L'usage extérieur de l'eau de mer n'est pas moin« efficace que son usage intérieur. On a remarqué que les écrouelleux sont rares dans les ports de mer , surtout parmi les garçon» qui , dès l'âge de six ou sept ans se baignent dans la mer et s'exerr^ent à la natation. M. le professeur Delpech incline à penser que l'eau de mer est le moyen le plus efficace qu'on puisse opposer à la diathèse scropliuleuse. Ce célèbre praticien en fait un grand usage depuis plusieurs années,, et, au rapport de M. Monoyer ( de V Emploi thérapeutique de l'eau de mer. Montpellier, i8 18 ) , il en a retiré des effets extraordinaires. Il l'a employée avec un succès complet dans le carreau , même dans les cas 011 la fièvre hectique , le dévoiement et l'infiltration des membres inférieurs annonçaient les désordres les plus graves. Il a eu plus de peine à faire disparaître les engoigemens jcrophuleux qui se manifestent sous la peau chez les adul-
mises en contact. Mais , dans Fun et l'autre cas, elles agissent de la même manière, c'est-à-dire
tes ; cependant il a devers lui plusieurs observations qui démontrent que l'impression des eaux delà mer sur la constitution , peut se prolonger long-temps , et amener la résolution des tumeurs dont nous parlons , au bout de cinq ou six mois.
Mais c'est principalement dans les lésions organiques des os, telles que la carie , les tumeurs blanclies des articulations , la maladie vertébrale , etc. , que M. Delpech a éprouvé l'efficacité des bains de mer. Mais laissons-1» parler lui-même :
(c Un jeune tonnelier, grand et maigre, provenant de parens scrophuleux , et que nous avons gardé longtemps à l'hôpital Saint-EIoi portait une tumeur blanche du genou droit. Nous avions tout à craindre pour ce malheureux lorsqu'il quitta Montpellier pour se rendre à Celte, afin d'y faire usage de l'eau de la mer. La tuméfaction de l'articulation était encore considérable , les douleurs étaient vives, et le pouls conservait une fréquence inquiétante. Ce ne fut qu'avec la plus grande réserve que nous prescrivîmes des bains rares et de peu de durée. Nous ne savions pas encore avec quelle facilité l'action de l'eau de la mer, en augmentant la masse des forces, diminue la somme de l'irritabilité, et peut calmer des douleurs dont la vivacité tient essentiellement à une débilité profonde. Encouragé par les premiers succès, je multipliai les bains et permis l'eau en boisson , et je ne tardai pas à melouer de cette différence dans l'administration du remède. Le malade en a usé pendant deux saisons de suite, et il est parfaitement
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par absorption , ou par Fimpression qu'elles exercent sur le système nerveux. Dans cette
guéri ; il est même remarquable qu'il n'y a point d'ankylose^ et que les mouvemens sont très-peu gênés,
ce Ayant été appelé à Pézénas , on me montra un enfant de douze ans , souffrant depuis cinq ans d'une tumeur blanche du genou droit , et n'ayant que le développement d'un enfant de quatre à cinq ans. La jambe était fixée dans la flexion par l'action des muscles , mais sans antylose ; le genou était extrêmement volumineux, et présentait trois ulcérations qui communiquaient avec l'articulation , et d'où découlait un ichor brunâtre trèsfétide. Rien ne peut être comparé au degré de dépérissement et de consomption dans lequel le corps avait été jeté par la suppuration , le dévoiement et la fièvre. Je conseillai l'usage des eaux de la mer ^ comme la seule ressource que l'on pût invoquer , mais sans aucune confiance. Je fus très-étonné, lorsque ayant perdu ce malade de vue pendant plus de huit mois, je le trouvai grandi, bien en chair, parfaitement guéri du genou , dont tous les mouvemens étaient interdits par une ankylose osseuse complète. );
Le même praticien cite un cas de maladie vertébrale ^ compliquée d'un abcès par congestion , qu'il a guérie par les bains de mer et l'application de deux cautères autour de la difformité. Cependant l'abcès avait été ouvert à plusieurs reprises , et par des ponctions réitérées. M. Delpech ne se dissimule pas le rôle important que les cautères ont dû jouer dans le traitement de cette maladie ; mais il croit néanmoins que les bains de mer ont pris une grande part à sa guérison, puisque les pre-
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maladie, comme dans toutes les autres, les lavemens ont des avantages qu'il est important de bien connaîire.
miers de ces moyens n'ont jamais suffi pour prévenir une funeste terminaison dans les mêmes circonstances.
Un enfant de treize ans était affecté d'une carie du ealcanéum ^ d'une nécrose des deux phalanges du gros orteil^ et d'ulcérations correspondantes. Depuis longtemps il éprouvait une toux très-fréquente et très-incommode , accompagnée d'oppression ^ de douleurs vagues et fréquentes aux épaules et sous Tun et l'autre sein, et de lièvre hectique. La toux avait été sèche pendant les six premiers mois ; elle amena ensuite des crachats formés de mucosité transparente et mêlée de sang * et successivement de matières puriformes. M. Delpech désespérait avec raison de cet enfant; mais obsédé par les parens , il voulut essayer ce que feraient les bains de mer. A son grand^onnement , les dix premiers bains diminuèrent singulièrement la toux , l'expectoration et la fièvre. Encouragé par cet amendement , il permit la boisson de l'eau de mer , et l'état du malade s'améliora encore A la fin de la saison , il avait repris l'appétit et des chairs ; la fièvre était beaucoup moindre , ainsi que la toux et l'expectoration ; les nécroses tombées et les ulcérations cicatrisées. Cet état se maintint pendant cinq mois de suite , après lesquels , lorsque l'hiver devint rigoureux, les symptômes de la phtisie reprirent leur intensité, et le malade mourut dans le printemps suivan»t.
Malgré cette terminaison, j'ai cru que l'observation qu'on vient de lire était assez intéressante pour la rapporter. N'est-il pas en effet très-remarquable que^ dans l'état
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1**. Il est tel et tel médicament bien approprié d'ailleurs au caractère d^une maladie, mais qui devient nuisible à cause de la sensibilité spécifique de Testomac , ou de Fidiosyncrasie des sujets. On évite cet inconvénient en faisant prendre les mêmes substances en lavement. On sait qu'il est des personnes qui ne peuvent supporter le camphre par la bouche, et qui le supportent très-bien par l'anug.
2^. C'est un moyen sûr de prévenir les suites fâcheuses qui résultent de l'ingestion de certaines substances dans l'estomac, lorsque cet organe est embarrassé. Il est en effet des médicamens qui ne manifestent aucune propriété tant qu'il existe un embarras gastrique, complication très-commune dans la maladie scrophuleuse. Qu'on introduise ces mêmes substances dans l'intestin rectum , et l'on profitera de leurs propriétés sans avoir à redouter les inconvéniens que pourrait accompagner leur ingestion dans l'estomac.
avancé de phlhisie où se trouvait cet enfant , l'usage des bains de mer ait pu suspendre la marche de cette maladie pendant si long-temps; et n'est-il pas probable qu'il agirait encore plus efi&cacemeut dans des circonstances moins fâcheuses ?
( X^ote du traducteur. )
3^. On ne trouble point les fonctions de l'estomac , et l'on ne se prive pas des moyens vraiment efficaces contre la maladie principale, auxquels pourtant on sérail forcé de renoncer à cause des accidens qu'ils produisent lorsqu'on les met en contact avec cet organe. C'est ainsi que la plupart des narcotiques, les sels , les résolutifs , peuvent être indiqués dans la maladie scropliuleuse ; mais ils dérangent tel^ leraent les fonctions de l'estomac, que c'est presque sacrifier ce viscère. au reste de l'économie, que de les faire prendre par la bouche. Le seul moyen de ménager l'estomac, sans nuire aux autres organes, c'est de les administrer en lavemens.
4°. Les lavemens sont notre unique ressource chez les enfans qui s'obstinent à ne rien avaler, et chez ceux qui montrent un dégoût invincible pour certains médicaniens.
5°. Ils ont l'avantage d'agir immédiatement sur le siège du mal , dans les affections du mésentère, et de susciter dans les vaisseaux absorbans de cet organe l'action nécessaire au ramollissement et à la résolution des engorgemens.
6°. Enfin , ils excitent, surtout s'ils sont un peu Stimulans, ils excitent, dis-je , l'absorption dans toute l'étendue de l'abdomen, et
même cbez les parties voisines, comme , par exemple, dans les membres abdominaux, dans 3a région vertébrale, etc.
J'etnploie fréquemment les lavemens dans ma pratique, et je n'ai qu'à m'en louer 5 je les ordonne , soit à tilre d'auxiliaires , soit comme moyens cura! ifs , lorsque le vice scropliuleux a son siège dans le bas- ventre ; dans les obstructions des glandes raésen tériques ^ dans les mauvaises digestions, la constipation habituelle , les maladies du foie , de la rate , etc.
Je les compose avee les racines de pissenlit , de bardane , de saponaire , de garance ; avec le tussilage, les fleurs de bouillon blanc, la camomille , 1a douce-amère, etc., bouillies dans l'eau de son de seigle • et j'ajoute , selon 3e cas , la ciguë , le fiel de bœuf, le quinquina, ou l'eau de chaux. J'ai retiré de très-bons effets du vin antimonial à petite dose , administré par la même voie»
Les lavemens produisent quelquefois un effet débilitant. On le prévient en ajouîant aux moyens indiqués les toniques proprement dits, en les faisant prendre froids au lieu de les ordonner chauds. Il ne faut pas non plus les faire trop copieux, ni les donner d'une ma* iiière continue- Je suis dans l'habitude de les prescrire pendant quatorze jours , de deux
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jours l'un, puis quatorze jours de suite , et puis je recommence comme la première fois, et pendant le même espace de temps, (i)
(i) Après les sucs récens des plantes résolutives ^ les extraits ou sucs épaissis sont de toutes les préparations de ces plantes celles qui en conservent le mieux les propriétés. Kocmpf faisait un grand usage de ces extraits en pilules , en électuaires , et surtout en lavemens ; mais il avait une manière particulière de les préparer, ce II faisait broyer les plantes fraîches dont nous parlons , et, après les avoir arrosées avec un peu de vin , il les exposait à la fermentation dans un vaisseau légèrement couvert^ et dans un endroit chaud. Il décidait quelquefois la fermentation d'une manière plus sûre^ en mêlant aux plantes broyées quelques ingrédiens susceptibles de la déterminer sur le-champ. Lorsqu'elle était commencée , il ajoutait à la masse sufiSsante quantité d'une infusion des mêmes plantes , préparée au vin , et quelques substances végétales , contenant le principe sucré en abondance , telles que les raisins de Corinthe , le chiendent, la carotte , etc. Il exposait le tout pendant quelques heures sur un fourneau chauffe avec modération, lien exprimait ensuite le suc qu'il faisait évaporer à consistance de miel. » ( Nouveau formulaire de M. Sainte-Marie ). Tels étaient les extraits avec lesquels Kœmpf père et fils composaient ces fameux lavemens viscéraux qui leur firent une si grande réputation. Ils y joignaient ordinairement quelques sels neutres, et les employaient dans la plupart des affections chroniques du bas ventre , comme le carreau , la jaunisse, les en-
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