II. HyDATIDES produites par liE VICE SCROPHULEUX
J'ai trouvé deux fois dans le cerveau des Iiy* datides qui dépendaient manifestement du vice scrophuleux^ L'un et l'autre cas étaient compliqués d'une hydropisie cérébrale , et se terminèrent par une mort subite.
Le premier de ces malades était une petite fille de trois ans , issue d'un j)ère très-faible, laquel le avait toujours joui d'une bonne santé :son corps était bien nourri, bien développé; elle marchait bien et paraissait douée d'une assez grande énergie musculaire. Des chairs flasques et bouffies, un teint blanc, nuancé d'une belle couleur rose , un esprit vif et précoce , une parole facile, un ventre ballonné, les glandes du cou légèrement tuméfiées, un calarr lie qui paraissait et disparaissait tour à tour, la lèvre inférieure enflée , souvent gercée et recou verte d'une éruption croûleuse : tels sont les symptômes qui annonçaient la diathèse scrophuleuse.
Le catarrhe disparut tout à coup. Aussitôt le sommeil fut troublé, et la malade poussait des cris en dormant. Vers le quatorzième jour, à dater de la disparition du catarrhe , une fièvre lente s'empara de la malade; dès lors , inappétence, lassitude, somnolence; la fièvre n'avait aucun caractère déterminé, la langue était assez nette , point de toux , point de lésion de la respiration , ni de nausées , ni de vomissemens ; le jour, la fièvre était à peine sensible; mais elle augmentait le soir. Il fut prescrit un mélange de tartre tartarisé ( tartrate de potasse ) , de manne , de vin antimonial et d'un peu de nitre : le tout étendu dans une petite quantité d'eau ; la malade en prenait de temps en temps quelques cuillerées. Cette potion produisit quelques selles liquides, et peu à peu la fièvre diminua à tel point que la malade courait tout le jour , et ne voulait plus garder la chambre. Quatre jours après, elle se plaignit d'un tiraillement dans le creux de l'estomac, accompagné d'un sentiment de plénitude ; la langue commençait à se couvrir d'une légère croûte , l'appétit ne revenait pas. Le cinquième jour , je lui fis prendre une potion émétique ; elle était à peine à la seconde cuillerée lorsqu'elle vomit à quatre fois différentes une matière liquide d'un vert foncé, et puis elle
s'endormit pendant quelques heures. A son re'veil , elle désira de manger ; elle prit une soupe et une compotte de pommes avec le plus grand plaisir. Le pouls était tranquille 5 l'aprèsmidi fut bonne, mais il ne se manifesta point de selles; le soir elle se rendormit, mais d'un sommeil agité ; elle repoussait sans cesse les couvertures; vers minuit, sentiment de strangulation, convulsions générales ; à midi , perte de connaissance , convulsions terribles , yeux égarés, trism us, écume à la bouche, rougeur de la face, oppression extrême. Les anti-spasmodiques et des lavemens irritans ne produisirent aucun effet. Friciions sur le ventre et sur la colonne vertébrale avec un uniment composé d'huile camphrée , de liqueur de corne de cerf succinée (ammoniaque liquide , succiné ) , et de laudanum liquide ; sinapismes aux pieds, bains de lait tiède, ventouses scari* fiées derrière les oreilles: tout fut inutile. La face se couvrit d'une rougeur intense; le râle se fit entendre , la malade tomba dans un état apoplectique et mourut vers les trois heures et demie du matin.
L'ouverture du corps fit voir tous les vaisseaux cérébraux remplis de sang : la substance même du cerveau paraissait injectée ; les ventricules latéraux étaient distend us et rem plis de
sérosité jusque sous la tente du cervelet , dans la proportion de trois à quatre onces. Les plexus choroïdes présentèrent quelques engorgemens glanduleux et des hydatides. On trouva une vésicule d'eau jusque sur laglande pinéale 5 cette vésicule pouvait avoir un pouce de long sur un demi-pouce de large ; une légère incision en fit sortir une lymphe claire , et la vésicule s'affaissa.
Le cœur et les poumons étaient sains ; cependant en comprimant ce dernier organe, il était aisé de voir qu'il contenait plus de sang qu'à l'ordinaire. Le foie était dans le même état ; la vésicule du fiel contenait moins de bile qu'à l'ordinaire; l'esîomac renfermait encore une petite quantité de la boisson dont la nialade faisait usage ; à cela près , il était dans son état naturel , ainsi que les intestins. On trouva un ver dans le tube intestinal , et la place qu'il occupait était un peu plus rouge que les autres ( c'est une observation que j'ai faite souvent); enfin le mésentère était farci de glandes très- dures.
Un petit garçon de six ans, scrophuleux et rachitique depuis la première année de sa naissance , avait les jambes déformées , les articulations volumineuses , le visage pâle et bouffi , la colonne épinière courbée , le ventre enflé ^
les glandes du cou tuméfiées, la tête couverte de croûtes qui tombaient quelquefois lorsque les yeux se prenaient d^inflammation. Il éprouvait aussi de temps en temps des douleurs de tête passagères. Il y avait trois semaines que cet enfant faisait usage des moyens anti-scrophuleux, et notamment du muriate de baryte, des préparations de ciguë, d'une infusion de sassafras et de fréquens purgatifs , lorsqu'il fut pris d'une petilefièvre quidisparut auboutde quelques jours. Après cette fièvre, le malade manifesta pendant unejournéeplusdegaîtéqu'à l'ordinaire, et se mit à courir dans sa chambre, ce qu'il n'avait pu faire depuis long-temps. Mais le soir de ce même jour, il tomba subitement entre les bras de sa mère , dans des convulsions terribles^ au milieu desquelles il périt, après avoir éprouvé pendant une demi heure tous les symptômes d'un véritable état apoplectique.
A l'ouverture du corps , on trouva les ventricules du cerveau pleins de sérosité, des hydatides et de petits engorgemens glanduleux dans le plexus choroïde. La poitrine et l'abdomen contenaient pareillement plus de sérosité qu'à l'ordinaire; le mésentère était farci de glandes scrophuleuses très-dures; le colon était très-distendu , et l'intestin rectum rétréci.
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