‹ Traité de la maladie scrophuleuseChapitre 89 sur 94 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

1°. L'hydropisie du cerveau dépend quelquefois du vice scrophuleux, et par conséquent n^est pas toujours le produit d'une inflammation de cet organe. En effet, il n'a paru dans les deux cas que je viens de rapporter aucun signe d'inflammation; au contraire, les malades étaient scrophuleux , et l'on a trouvé des îsignes non équivoques de scrophules dans le sein même du cerveau.

Or, on sait avec quelle facilité la dialhèse scrophuleuse , en ralentissant l'absorption , produit l'accumulation de la sérosité. Dans la première observation , il semble que le catarrhe dont la malade était affectée , ait eu quelque influence sur l'hydrocéphale; car, dès que ce catarrhe vint à cesser, les symptômes de l'hydropisie s'accrurent rapidement. Le catarrhe doit être considéré dans ce cas comme uu point de fluxion.

2°. Parmi les hydrocéphales produites par le vice scrophuleux, il en est dont on ne soupçonne même pas l'existence, et qui peuvent causer une mort subite.

3°. Il est vraisemblable qu'une partie de l'eau qui forme ces espèces d'hydropisies , est renfermée dans des hydatides. Or , ne peut-il

DE I.A MAIiADIE SCROPHULEUSE. 56 1

pas arriver qu'une de ces vésicules se crève subitement, et que, soit par l'irruption de Feau qu'elle contenait , soit par la place même qu'elle occupe dans le cerveau , cet organe éprouve tout à coup un degré d'irritation suffisant pour déterminer subitement des convulsions et une apoplexie mortelle ? C'est une espèce d'hydropisie enkystée du cerveau, à laquelle on peut appliquer ce que Stoll dit des liydropisies enkystées de l'abdomen : Si hy drops saccatus rumpitur abit in hfdropem unipersalem^plerumque syncope sequitur, quœ aliquoties in veram mortem transit y ratio est , quia circulus sanguinis repente valide immutatur disrupto sacco. Hœc quoque est causa , cur homines , multis jam annis hydrope saccato laborantes ^ in- aliquo exercitio corporis repente moriuntur, (i)

4°. Au reste , toutes les accumulations de sérosité ne sont pas des hydatides : qu'un point d'irritation se fixe sur un vaisseau lymphatique, dès lors celui-ci devient le siège d'un spasme , le cours de la lymphe est gêné , et il y a bientôt accumulation. Sans doute une hydatide peut produire le même effet , mais toute irritation peut en faire autant, et les hydatides

(i) Rat. med. Y, II. , p. 229.

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elles-mêmes doivent être considérées comme

des causes d'irritation.

II I. Elephantiasis dépendant du vice

SCROPHULEUX:.

Une fille d'une constitution scrophuleuse , ayant eu dans son enfance des écoulemens par les oreilles, les paupières ulcérées et tous les symptômes d'une diathèse scrophuleuse , fut, affectée de la petite -vérole dans sa onzième année. Elle se porta très-bien pendant environ deux ans ; mais dans le cours de la treizième année, il se manifesta sur le pied gauche une tuméfaction qui s'étendait jusqu'au mollet. Celte tuméfaction disparut par l'effet d'un traitement tant interne qu'externe , mais elle reparut bientôt après, et prit un tel degré d'intensité qu'elle s'empara de toute la longueur du membre depuis les orteils jusqu'à la hanche; le pied était deux fois plus volumiueux que celui du côté sain , plus froid que chaud , pâle et tellement dur que l'impression du doigt n'y faisait rien. A cela près , la santé de cette fille était assez bonne, elle avait le teint fleuri, l'humeur gaie; cependant le sommeil était quelquefois un peu troublé; les fonctions na^ tureiles se faisaient bien.

Après avoir passé environ six mois dans cet

état, sans fliire aucun remède, un médecin fut consulté. II prescrivit un traitement dont les purgatifs faisaient la base. Cependant la malade devenait toujours plus faible, elle perdait ses couleurs et son appétit; voyant que le pied n'allait pas mieux, elle cessa toute espèce de remèdes , et reprit en quelques mois ses forces et sa gailé.

Mais un peu plus tard il se manifesta , sur la partie interne du genou malade, une vésicule d'où s'écoulait un fluide séreux, jaunâtre. Celte vésicule se cicatrisa , et reparut quelque temps après ,• la matière qu'elle rendit cette fois ressemblait à du lait caillé, et telle était son acre té , que toutes les parties environnantes étaient enflammées. Cependant le pied devenait toujours plus enflé et plus dur; enfin , dans quelques endroits on aurait cru toucher du cuir. L'autre pied se conservait parfaitement sain. Vers ce même temps, il survint quelques accès vioîens de délire, d'oppression et de congestion sanguine vers le cerveau, accès qui dépendaient des efforts auxquels la nature a coutume de se livrer aux approches de la première menstruation dont l'époque ne paraissait pas éloignée.

Effectivement cette époque arriva quelques mois après 5 la malade avait alors seize ans. La

maladie , qui durait déjà depuis trois ans , faisant toujours des progrès , je prescrivis la lessive d'épongé brûlée avec la racine de serpentaire j des pilules de scille et une décoction de bois de gayac ; à l'extérieur , des applications d'herbes émoUientes , des frictions avec le liniment ammoniacal camphré , et de l'eau de Goulard sur les parties ulcérées.

Ces moyens excitaient les selles, les urines, et quelquefois le vomissement; mais le pied restait toujours dans le même état, excepté ce qu'il y avait d'ulcération qui se cicatrisa. Cependant on ne crut pas devoir changer de traitement; au bout de quelques semaines , il se manifesta un de ces accès dont nous avons déjà parlé , marqué par une oppression extrême , le délire et une turgescence sanguine évidente. Cet accès dura quelques jours , à la suite duquel la jambe malade parut plus faible, et se couvrit d'une couleur rouge, mêlée d'une teinte bleuâtre. En même temps , on vit paraître sur le mollet une petite plaque luisante et très-tendue , dans laquelle la malade ressentait des élancemens violens.

Néanmoins elle continua toujours l'usage des mêmes moyens, auxquels on ajouta seulement les pilules de sublimé de Hoffmann ; quatorze jours après , la petite plaque dont nous

venons de parler s'enflamma , puis s'abcéda et donna issue à un pus extrêmement fétide. La vésicule du genou s'ulcéra aussi de nouveau, et le pied diminua un peu de volume pendant quelque temps.

Pendant une année entière, on mit en usage les moyens les plus énergiques : sublimé corrosif, poudre de Plummer, arnica, assa-fœtida, vitriol blanc (sulfate de zinc), ciguë, frictions mercurielles , fumigations de cinabre , bains résolutifs, douches sulfureuses et martiales.

Le volume et la dureté du pied, loin de diminuer , augmentèrent considérablement.

Outre les accidens dont il a déjà été parlé , il se manifesta dans diverses parties du corps des engorgemens glanduleux qui s'enflammèrent, s'ouvrirent et rendirent un pus très-fétide ; la malade éprouvait souvent des douleurs très-vives danslepied.il survenait de temps en temps des accès de fièvre qui duraient quelques jours, puis s'évanouissaient , et l'affection locale s'aggravait encore. Les menstrues reprirent leur cours dans le milieu de l'année, sans rien changer à la maladie principale.

A la fin de l'année, la jambe était monstrueuse, dure et squirrheuse dans toute son étendue jusqu'au bas-ventre, recouverte dans divers endroits de points enflammés , d'ulcé-

rations et de croûtes, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que le développement de la constitution n'en avait pas souffert. Le cours des règles était assez régulier ; l'appétit était bon; en un mot, toutes les fondions se fai* saient comme dans Fétat naturel , ce qui prouve que l'affection du membre était purement locale.

Cette fille vécut dans cet état encore pendant trois ans, durant lesquels l'affection locale fit constamment des progrès , et finit par amener la fièvre hectique à laquelle la malade succomba.

J'ai tiré cette intéressante observation des registres de mon père. D'après les symptômes et la marche de cette maladie, je n'hésite point à déclarer qu'elle dépendait d'une altération des glandes et des vaisseaux lymphatiques : c'était donc une affection scrophuleuse , parvenue à son plus haut degré; mais on a dû remarquer combien elle est resiée bornée dans le lieu même qu'elle occupais

Quant à la forme de cette maladie, je la compare à celle dont Hillary (i)nous a donné la

(i) Beohachtungen über die J^erœnderungen der Luft und Krankheiten auf der Insel Barbados ^ übersetzt von Ackermann f 1776.

description sous le nom d'éléphantiasis. En effet, la jambe du malade était d'une grosseur monstrueuse , dure comme du cuir , recouverte d'écaillés et de gerçures , ce qui n'empêcha pas la malade de vivre pendant vingt ans , sans éprouver aucun trouble dans le reste de ses fonctions. L'auteur remarque aussi qu'il se manifestait de temps en temps quelques mouvemens fébriles qui ne manquaient jamais d'aggraver l'affection locale, et qui provoquaient toujours de nouvelles métastases sur le pied malade.

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