‹ Traité de la maladie vénérienneChapitre 10 sur 84 · DU P0I80N VÉNÉRIEN · texte numérisé non relu

DU P0I80N VÉNÉRIEN

Mais si le poison est le même dans le chancre et dans la gonorrhée, pourquoi ces deux formes morbides ne s 'observent-elles pas toujours sur la même personne t II est naturel, en efifet, de supposer que la gonorrhée, une fois établie, ne puisse manquer de donner naissance à des chancres, et que le chancre, quand il apparaît d'abord, doive avoir pour effet consécutif la production d'une gonorrhée. S'il n'en est pas souvent ainsi, cependant, ce sont des faits qu'on observe quelquefois ; au moins ai-je de puissantes raisons pour le croire. J'ai vu des cas où une gonorrhée s'était montrée priii. iti vement, et où ensuite des chancres se sont formés, tantôt au bout de quelques jours, tantôt au bout de quelques semaines. J'ai vu de même des cas où des chancres s'étaient manifestés d'abord, et où, dans le cours du traitement, il est survenu un écoulement accompagné de douleur ^ urinant. On peut admettre que les deux maladies avaient leur origine dans l'infection primitive , et que seulement elles s'étaient manifestées à des époques différentes ; et l'on est presque forcément amené à expliquer ainsi pourquoi elles ne se présentent pas plus souvent ensemble, puisque la matière morbide est la même dans les deux et peut produire indifféremment Tune ou l'autre.

Je soupçonne que l'existence de Tune de ces deux irritations a pour effet général de prévenir le développement de l'autre. J'ai déjà fait remarquer que les deux parties qui sont le siège de ces maladies sympathisent dans leurs affections morbides, et il est possible que ce soit précisément cette sympathie qui empêche la manifestation de la maladie réelle. En effet, une action morbide non vénérienne (jrend naissance , et , tant que cette action existe, il est impossible que la même partie en contracte une autre ; il est probable aussi que cette action sympathique persiste aussi longtemps que Taffection morbide qui en est la cause excitante. Ainsi, quand les deux maladies se manifestent en même temps sur la même personne, je pense que cela vient ou de ce que la sympathie de l'urètre n'a point été éveillée par le chancre, ou de ce que cette sympathie a cessé et a permis au pus vénérien de développer dans la partie qui en a subi rinfluence son action morbide spécifique.

▲ddiuoii M G.-6. BABiNin'ON. — Il y a !ui argument plus fort que tous ceux qui sont donnés ici. Hunter a inoculé sur lui-même Je pus de la blennorrhagie , et le résultat de* cette opérMioD a été la production de chancres, suivis de bubons et ^^sjrmptômes constitutionnels. L'expérience est rapportée avec détail ci-après, partie VI, chap. ii, § u.

Cependant l'identité du virus de la blennorrhagie et de celui du chancre a été révoquée en doute, et combattue par des raisons qui méritent d'être pesées.

Relativement aux arguments tirés du transport de la maladie vénérienne aux îles de la mer du Sud , on a répondu en niant que cette maladie y ait jamais existé. M. Wilson, chirurgien du vaisseau /e Marsouin j a visité Otaïti en 1801, et après une investigation faite avec soin, il est arrivé à cette conclusion, que la maladie vénérienne était alors inconnue dans oeiteile.

On pent d'ailleurs objecter que lors même que cette maladie y aévirait actuellement, ainsi que d'autres personnes l'ont rapporté, il ne s'ensuivrait point qu'elle y ait été importée sous ' forme de blennorrhagie. Les faits établis par Huuter ne comportent point la conclusion qu'il en a tirée. Buu^ainvilie quitta Rio de la Plata en novembre 1767, et arriva à Otaiti en avril 1768. Il est très possible qu'un chancre ait existé parmi les gens de son équipage pendant les cinq mois que dura sa traversée. On voit souvent des chancres primitil's persister pendant un espace de temps plus considérable , sans produire une destruction remarquable de tissu, et certainement sans rendre le coït impossible.

Hunter affirme qu'on observe des cas dans lesquels de véritables chancres sont produits sur les parties qui sont baignées par la matière de l'écoulement blennorrhagique; en même temps il reconnaît que ces cas sont extrêmement rares. Mais rien n'est plus commun que de voir des excoriations se former sur la surface du gland ou à la face interne du prépuce, par suite dttcoi^act du pus de la blennorrhagie. Si ces excoriations sont négligées, elles peuvent durer indéfiniment; si, au contraire, la matière irritante est enlevée avec soin par des lavages fréqymts , eUea se guérissent en deux ou trois jours, sans que

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r usage du mercure soit le moins du monde nécessaire. Pourquoi oe revètent-elIes pas les caractères dn chancre, et pourquoi n*infectent*elle8 pas toute Vëconomiet A coup sûr, leur innocuité apporte, en faveur de la diversité des virus, une preuve négative plus concluante que la preuve positive qui pourrait être déduite, en faveur de Tidentité, de la production très rare de chancres véritables. En effet, on ne doit point perdre de vue que dans ces cas le chancre peut être attribué à une autre cause. Le malade peut s*être exposé de nouveau à la contagion^ et le chancre peut provenir d*une seconde infection. Dans de telles circonstances, le malade est naturellement porté à cacher sa conduite coupable. Souvent, par un interrogatoire attentif, on peut amener le malade à avouer la vérité ; et lorsqu'un tel aveu n'est point obtenu, il est peut-être rationnel d'admettre que la honte seule en est la cause.

On ne peut nier qu'il ne se présente des cas dans lesquels des symptômes constitutionnels paraissent être la conséquence d'une blennorrhagie ; mais ces cas sont si rares, qu'ils doivent être plutôt considérés comme des anomalies dont nous ne pouvons point encore rendre compte , que comme des faits capables de renverser les résultats de l'expérience de chaque jour. Il est rare que la nature des symptômes constitutionnels soit alors parfaitement évidente. On peut révoquer en doute que des tubercules cuivrés bien distincts aient jamais succédé à une simple blennorrhagie. Ce qu'on observe ordinairement, c'est un aspect marbré de la peau , ou bien ce sont les formes les plus légères et les plus fugitives du lichen» ou enfin de légères excoriations de la superficie des amygdales.

On a dit que souvent des femmes qui ne sont atteintes que de blennorrhagie communiquent des chancres aux hommes qui ont des relations avec elles. Sans vouloir nier positivement ce fait, je dois faire remarquer qu'il a rarement été démontré d*une manière satisfaisante, si même il Ta été jamais. Les investigations des chirurgiens ont été évidemment limitées aux parties externes delà génération ; l'intérieur du vagin n*a point été exploré. Or il est certain que des chancres peuvent exister dans cette région profonde, bien qu'ils y soient moins communs que dans des points plus apparents, et alors leur présence ne peut

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être constatée qu'au moyen du spéculum. Si, en outre, on prend enooDsiâérationles moyens de déception dont on envelo|^e toujours tout ce qui concerne les relations sexuelles, on sera obligé de convenir que Vassertioaqui précède mérite peu deconfiance.

Il reste encore l'expérience de John Hunter ; si de pareilles expériences étaient présentées en grand nombre, on ne peut nier qu elles ne fussent décisives. On ne peut guère révoquer en doute que, dans ce cas, Téconomie entière n'ait été infectée du virus syphilitique ; mais on peut se demantler si ce virus n'est point provenu de quelque autre source que de l'inoculation du pus blennorrhagique. Les chances d'erreur sont si nombreuses, que de semblables expériences doivent être fréquemment répétées. Tel qu'il est, ce cas reste seul opposé aux résultats de l'expérience générale et à des expérimentations qui ont pour appui l'autorité du nom de Benjamin Bell. Ce furent des élèves en médecine qui sesoumirent à ces expérimentations dans la vue expresse d'arriver à la solution de la question. Les expériences sont rapportées de la manière suivante par Bell ( On venereal diseate^i, I*% p. 439):

» Le pus. raconte un des jeunes gens soumis aux expériences, fut recueilli dans un chancre situé sur le gland, avant qu'on y (Ut fait aucune application; après l'avoir placé à l'extrémité d'une sonde, on l'introduisit complètement dans l'urètre, dans l'intention de produire une blennorrhagie. Pendant les huit premiers jours qui suivirent cette application, je ne ressentis aucun malaise local ; mais au bout de ce temps, l'écoulement de l'urine s'accompagna de douleur. En dilatant l'orifice de Torètre autant que possible, on aperçut la plus grande partie d'un large chancre, et peu de jours après, il se forma un bubon dans chaque région inguinale. Il ne se fit aucun écoulement par l'urètre poidant toute la durée de la maladie ; mais on ne tarda pas i constater la présence d'un autre chancre sur la paroi oppoeée du canal de l'urètre. Ces deux chancres furent traités parle précipité rouge, qu'on appliqua sur leur surface au moyen d'une sonde préalablement mouillée. On pratiqua en même tempe à la partie externe de chaque cuisse des frictions mercttrielles qui déterminèrent une salivation abondante. Les bubons, qui jusque-là avaient fait des progrès continuels, devinrent

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stationnaires , et disparurent enfin entiërement. Les chancres se nettoyèrent, et après un usage suffisamment prolongé dn •mercure, une guérison complète fut enfin obtenue.

•• L'expérience suivante fut faite avec le pus de la blennot^ rhagie, dont on plaça une certaine quantité entre le prépuce et le gland, où on le laissa agir sans être troublé. Le second jour, il se manifesta une légère inflammation à laquelle succéda une sécrétion purulente qui disparut en deux ou trois jours.

I* Le même élève répéta cette expérience plusieurs foi8,aprfe8 avoir préalablement irrité la partie sur laquelle le pus biennorrhagique fut appliqué ; mais il n'en résulta jamais aucun chancre.

I* Deux jeunes gens, qui se livraient à Tétude de là médedne, conçurent le désir de décider la question. En conséquence, ili résolurent de faire les expériences suivantes. Ils n'avaient ja* mais eu ni Tun ni l'autre, ni blennorrbagie; ni vérole ; et le pus fut recueilli, comme dans les expériences précédentes^ sur dès malades qui n'avaient jamais fait usage du mercure :

♦• Un petit plumasseau de charpie imbibée de pus blennorjrhagique fut placé et maintenu pendant vingt «quatre heures entre le prépuce et le gland. Ils s'attendaient à voir cette application produire des chancres ; mais il n'en fut rien. Che« ruh, il se développa sur tout le gland et sur le prépuce une violente inflammation qui présenta toutTaspect de ce qu'on appelle ordinairement une fausse blennorrbagie ; un pus abondant el fétide s'écoula des surfaces enflammées, et il se forma un parè^ phimosis pour lequel on craignit pendant plusieurs jours d'èv% obligé de recourir à l'instrument tranchant. Toutefois, par l'usage des cataplasmes unis aux préparations saturnines, dei laxatifs et d'un régime sévère, l'inflammation céda, l'écoulement cessa, aucun chancre ne fut produit , et la guérison M tarda pas à être complète.

» L'autre jeune homme ne fut pas aussi heureux. L*inflaitt* mation extérieure, il est vrai, fut légère; mais le pus s'étant introduit dans l'urètre , il se développa , le second jour, UM blennorrbagie intense qui persista pendant un temps ootisidé* rable et devint extrêmement pénible. La guérison entibre s'en fit attendre plus d'un an.

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- Ce dernier expérimentateur , 'frappé des dangers de cette soTte d'expériences, refusa de les pousser plus loin pour son compte, mais son ami les poursuivit avec ardeur. Peu de temps après la guérison de l'inflammation qui avait été causée par sa première expérience, il introduisit avec la pointe d'une lancette du pus blennorrhagique sous la peau du prépuce et dans le tissu du gland ; mais cette opération , bien que répétée trois fois, ne produisît pas un seul chancre. Il en résulta une légère inflammation qui se dissipa bientôt sans aucun traitement. Sa dernière expérience eut des suites beaucoup plus graves. Le pus d'un chancre fut introduit, sur l'extrémité d'une sonde , à un quart de pouce, ou un peu plus, de profondeur dans le canal de l'urètre. H ne survint point de blennorrhagie ; mais au bout dé cinq ou six jours on aperçut un chancre enflammé et douloureux dans le point sur lequel le pus avait été appliqué. Il se forma ensuite un bubon, qui suppura malgré Tapplîcation immédiate du mercure, et donna lieu à une plaie aussi douloureuse que difficile à guérir. Enfin des ulcères se montrèrent à la gorge, et le malade ne put être guéri qu'après avoir employé une très grande quantité de mercure et gardé la chambre pendant plus de trois mois. -

Ces expériences, dont les résultats s'accordent avec l'observation de chaque jour, renversent entièrement l'argument qu'on peut tirer de la diff'érence qui existe entre une surface sécrétante et une surface non sécrétante, et tendent puissamment à faire admettre que le poison de la blennorrhagie, au moins dans la grande majorité des cas, n'est point identique avec celui du chancre.

AnomoN de P. Ricord. — On a longtemps discuté et l'on discute encore aujourd'hui la question de savoir si la blennorrhagie, quant à sa cause et à ses effets généraux, est une affection identique avec le chancre dont elle ne différerait que par sa forme primitive, due elle-même au siéç:e particulier et aux conditions aratomiques et physiologiques des tissus qu'elle affecte!

Il faut convenir que malgré les nombreux travaux faits jusqu'à ce jour pour résoudre cet intéressant problème , travaux a la tète desquels, depuis Tode, je placerai l'ouvrage remar-

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quable d'Hernandez, couronné en 1810 par la Société médicale de Besançon , on n'est point arrivé à une solution qui ait satisfait tons les esprits. Les faits propres à élucider la question et les expériences capables de la résoudre n'ont cependant pas manqué; mais l'esprit de système qui a présidé à l'observation des uns et dirigé faussement les autres, a dû conduire le plus souvent à des conclusions erronées. Il a fallu fréquemmentéluder un cas contradictoire, suspecter la bonne foi d*un expérimentateur opposé , ou même nier formellement un fait : l'ouvrage d'Hernandez, le plus complet dans ce sens, en est un exemple.

Pour moi, c'est dans la concordance absolue de tous les écrivains, c'est dans l'acceptation complète des matériaux qu'ils ont fournis, que je trouve les plus puissants arguments ; car un fait est une chose matérielle quon ne saurait détruire par un autre fait, mais une bonne explication peut en détruire de fausses.

Hunter a inoculé du pus fourni par une blennorrhagie, et a déterminé un chancre suivi d'accidents généraux caractéristiques. Harisson a porté, à l'aide d'une sonde, du pus de chancre dans l'urètre, et a produit une blennorrhagie, d'où l'on a conclu à l'identité de cause. D*un autre côté,Tode et Duncan, comme dans les expériences rapportées par Bell, n'ont jamais pu produire le chancre avec là matière de la gonorrhée, tandis que le pus du chancre, introduit dans l'urètre, y a déterminé un chancre; ce qui, de nécessité, a dû faire admettre une différence absolue dans la nature intime des deux maladies. Et cependant toutes ces expériences sont vraies, quoique contradictoires, car leur différence n'est qu'apparente et tient à une mauvaise interprétation.

Pour tirer une conclusion rigoureuse des faits, il ne faut négliger aucune de leurs conditions. Toutes les fois que les expérimentateurs ont pris du pus à la surface d'un chancre, et qu'ils l'ont appliqué sur une surface facile ensuite à observer directement, ils ont donné lieu à des chancres, à quelque doctrine qu'ils aient appartenu. Ce n'est donc que lorsque la matière morbide a été prise venant de parties profondes et cachées, et dont les conditions matérielles de tissu ne pouvaient être directement observées, ou qu'elle y avait été portée dans les mêmes conditions , que les résultats ont pu paraître différents et les

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condosioiis opposées. On ne trouve dans aucun des expérimen- Utean, que du znuco-pns provenant d'une ophthaimie blennor- Aagiqiie, d'une balanite non ulcéreuse, et inoculé sur la peau oame muqueuse visible, ait donné lieu à un chancre. Les faits de M.Puche, d'inoculation du muco-pus de la balano-postbite, qa*on avait crus contradictoires, ont été révoqués par M. Puche Ini-mème, après de nouvelles expériences mieux faites. D*uu aotrecôté, quand le pus du chancre a été convenablement inoculé, quels qu'aient été les tissus sur lesquels onXa inséré, il a, de nécessité, produit le chancre , et lorsque des symptômes de blennorrhagie ont semblé seuls succéder à son application sur les muqueuses, de deux choses l'une, ou bien, commejeTaidit ailleurs, il n'avait point alors agi d'une manière spécifique , et n'avait donné naissance qu'à une affection catarrhale incapable a son tour d'être inoculée, ou bien le chancre produit, échappant à Tobservation à cause de son siège, ne fournissait extérieurement qu'un écoulement, pris à tort pour une blennorrhagie.

Voici, en résumé, le résultat de mes expériences et des ob* lervations recueillies depuis plus de vingt années :

1* Toutes les fois que du muco-pus a été pris sur une surface non ulcérée, quels qu'aient été les antécédents du malade , le siège actuel de l'affection, sa durée, son degré d'intensité, les résultats de l'inoculation artificielle ont été négatifs, quels que fassent les tissus sur lesquels elle a pu être faite.

2* La présence d'une ulcération sur des muqueuses actuellement affectées de blennorrhagie ne suffit pas, sans distinction d'espèce, pour que celle-ci donne lieu à un chancre. Une blennorrhagie, comme toute autre inflammation, peut entraîner l'ulcération simple des tissus qu'elle affecte; mais il faut, pour produire le chancre, du pus provenant d'un chancre à la période de progrès spécifique.

3« Lorsque j'ai pris du muco-pus ou du véritable pus provenant d'une muqueuse que je n'avais pas préalablement explorée, éL que j'ai pu obtenir des résultats positifs de l'inoculation, j'ai du conclure à l'existence d'un chancre caché. Ce diagnostic rationnel a toujours été vérifié chez la femme à l'aide du spéculum, qui, dans ces cas, n'a jamais manqué de mettre le chancre k découvert. Chez l'homme, il a été souvent facile de voir

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Tolcère spécifique , plus ou moins profondément dans Turètre, par l'écartement des lèvres du méat. D'autres fois, trop pro* fondement situé, le chancre ne s'est trahi au dehors que par le développement d'une induration plus ou moins étendue, ou bien encore par la perforation du canal et l'envahissement des parties extérieures. Enfin ^ l'anatomie pathologique est venue ajouter le dernier argument qui devait emporter la conviction. J'ai montré à l'Académie de médecine deux urètres appartenant à des individus morts avec des symptômes de blennorrhagie ^ diez lesquds j'avais diagnostiqué des chancres urétraux; et qui en étaient effectivement afiectés à des profondeurs diffi^rentéft, et l'un d'eux, jusque dans la vessie (boy. pi. 8 et 9) (1).

4* Les chancres profonds du vagin et de lutérus sont plus communs que les chancres profonds de l'urètre; et, d'un autre côté, ces derniers affectent plus fréquemment la femme. Apséi voit-on, et cela est d'accord avec ce qu'ont dit les auteurs, les femmes plus souvent que les hommes communiquer des chancres avec de prétendues blennorrhagies , et chez elles en<tore bien plus que chez ces derniers, arriver des accidents génén&ux qui n'ont été précédés que d'un écoulement dont on n'aVait point exploré la source.

S'' La rareté des symptômes secondaires , chez l'homme, à la suite d'écoulements blennorrhoïdes , edt encore plus grande que celle des chancres urétraux : tout chancre , qliel que soit son siège, ne devant pas de nécessité donner lieu à l'empoisonnement général.

6* Il n'existe pas un seul fait authentique dans la science , qui prouve qu'un individu dont on a pu inspecter la muqueuse, pendant le cours d'une affection blennorrhagique, sans complication de chancre, ait offert plus tard des accidents de s}rphilis constitutionnelle.

7* Il n*y a pas deux espèces de blennorrhagie. Tune virulente et l'autre bénigne, et qui ne différeraient que par la nature de leur cause, la qualité de leur sécrétion et leurs conséquences possibles, sans différence dans l'altération des tissus primiti*'

(4) Voy. mon Ttaité pratique des maladies vénériennes. Paris » h 8S8 , pag«sS74-t76.

tment affectés. Ce que les auteurs ont appelé blennorrhagie Tirulente, n*est qu'un chancre caché dansTurètre, le vagin, etc., reconnaissant d'une manière absolue une cause spécifique, ne le montrant souvent que sous les apparences d'un écoulement Uennorrlioïde, mais n'existant qu'en vertu d'une ulcération qui seule peut alors donner lieu à l'empoisonnement général. Il n'y a pas une exception à cette règle qui soit déduite de faits rigoufeusement observés.

BepfoÎB mes expériences, il n'est plus permis de cherche^ les dîflMrences de formes et d'effets entre la blennorrhagié et lé chancre:

!• Dans la nature des tissus, avec Hunt^r, qui voulait qu'une mrbce sécrétante ne fat propre qu'à la blennorrhagié , tandis que les surfaces non sécrétantes se prêtaient au développemèrtl dv chancre ;

S* Dans une différence d'intensité dans l'action de là cause spécifique. Car ici, tandis que Swédiaur dit qu'une actiôh trop forte de la part du virus produit un écoulement qui , en garantissant les surfaces, les empêche de s'ulcérer, et prévient l'absorption et les effets constitutionnels , M. Lagneau soutient la thèse opposée, et ne voit dans la blennorrhagié qu'un effet superficiel du virus vénérien, qui alors est insuffisant pour t>roduire le chancre, et qui même, /tout être absorbé par les surfaces tcûines^ exige t intégrité de celles-ci ;

3* Avec Thomas Rose , dans les dispositions idiosyncrasiques;

4* Avec Hufeland, dans certaines conditions du virus : libre dans le chancre, et incarcéré dans la blennorrhagié dans une coque de mucus qui, en Visolant des sur faces qui le sécrètent y empêche celles-<i de s'ulcérer !

Aujourd'hui Vinoculation a prouvé que la blennorrhagié et le chancre sont deux maladies distinctes; elle seule constitue le signe pathognomonique différentiel entre deux âf* fections qu'il importe plus de distinguer entre elles que ne pensait Hunter .

44 Jjv ponoN vimbuBN.

{ TI. Hé la 0S1IM qai oommanî^pM mm pof vénénen «m ptopriélif

Je m'arrêterai quelques instants sur ce sujet, dont l'étude et Tëlucidation peuvent jeter de la lumière sur la nature et le traitement de la maladie qui nous occupe. Quelques pathologistes ont supposé que les qualités virulentes du pus vénérien sont l'efiet d'une fermentation qui s'opère aussitôt qu'il est formé. Or je vais maintenant examiner si cette cause est admissible , ou si ces propriétés virulentes ne dérivent point de la faculté dont jouit le corps vivant de produire telle ou telle matière suivant le mode d'irritation auquel il est soumis, faculté en vertu de laquelle les forces vitales , toutes les fois qu'elles sont irritées d'une certaine manière, font naître dans les parties affectées une action particulière qui a pour effet la production d*une matière semblable à celle qui a agi comme cause excitante de l'action.

Dans l'examen de ce sujet, je me bornerai à la gonorrhée. Pour soutenir l'une ou l'autre de ces deux opinions, il faut admettre que le pus vénérien, en vertu de ses qualités spécifiques, jouit d'une puissance d'irritation plus considérable que le pus ordinaire. J'ai déjà fait observer qu'il a la propriété d'exciter l'inflammation même sur le tégument commun , et de donner naissance à des chancres, propriété que le pus ordinaire ne possède point. Dans la doctrine de la fermentation, il faut supposer que l'application du pus vénérien produit, non une inflammation et une suppuration spécifiques, mais seulement une inflamma* tion et une suppuration communes ; que la matière qui est capable de déterminer ces effets agit comme un ferment sur le pus nouvellement formé, de manière à le rendre vénérien aussitôt ou presque aussitôt après qu'il est formé ; et que la fermentation succède immédiatement à la formation du pus, à mesure qu'il est sécrété.

Voyons donc jusqu'à quel point ces idées s'accordent avec les phénomènes variés de la maladie. Premièrement, on peut demander ce que devient le ferment dans tous les cas où la suppuration ne se forme que plusieurs semaines après que l'irritation et l'inflammation se sont développées. Dans les cas de

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oeUe eqpèce, on ne peut guère supposer que le pus vénérien qui a été déposé sur les tissus soit resté là pour agir comme un ferment. Secondement, quand Técoulement et toute formation do pas viennent à cesser, ce qui a lieu quelquefois pendant un temps fort long, et que tous les symptômes se reproduisent ensuite t quel est l'agent qui détermine la fermentation cette seconde fois! On ne peut rien concevoir qui puisse produire cet effet, si ce n*est une nouvelle application de pus vénérien récemment formé. Par exemple , lorsque Tirritation se porte sur le testicule et que l'écoulement est entièrement supprimé, ce qui s'observe souvent, que devient le virus ; et comment un nouveau virus se forme-t-il quand Tirritation se rétablit dans le canal de l'urètre t (1). Troisièmement, si la virulence du pus était produite par une fermentation qui s'opérât dans ce pus déjà formé, il ne serait pas facile de s'expliquer comment les symptômes vénériens pourraient jamais cesser, car d'après l'idée que je me fais d'un ferment, il n'y aurait pas de raison pour qu'une telle substance cessât d'agir tant que du pus nouveau viendrait s'ajouter i celui qui existe déjà, et l'on ne pourrait en arrêter les effets que par l'emploi d'une substance capable de suspendre ou de prévenir la fermentation dans le pus nouvellement formé, et qui serait appliquée directement sur la partie malade. Mais comme dans cette forme de la maladie (la gonorrhée), Tinflammation vénérienne ne persiste pas au delà d'un certain temps, la production du virus ne peut point dépendre delà fermentation. Quatrièmement, si la production du virus était l'effet de la fermentation du pus sécrété, tous les cas d'affection vénérienne seraient semblables entre eux , aucun ne serait plus grave que les autres, et la seule différence sous ce dernier rapport ne consisterait que dans le plus ou moins grand nombre de surfaces en fermentation. Tous les cas seraient aussi également faciles à guérir, car la fermentation aurait le même degré d'intensité dàtiB les cas légers et dans les cas graves. Le pus ne peut entrer en fermentation qu'après qu'il est sorti des vaisseaux.

(I ) Cette preuve est mauvaise, attendu que répididymite blenuorrbagique n'est pas plus due au virus syphilitique que la blennorbagie à la* quelle elle a succédé. A cela près, Hunier a raison. P. UicotD.

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Qaand du pua vénérien, appliqué sur une plaie, vient à l'irriter, il y produit une irritation et une inflammation vénériennes. Mais cet effet n*a pas toujours lieu, car le pus ordinaire qui s'écoule de la plaie peut emporter le pus vénérien qu'on j ap> pHque, avant qu'il ait eu le temps d'affecter la plaie et d'y produire l'inflammation et la suppuration vénériennes. J'ai Fait cette expérience plusieurs fois , et je n'ai réussi qu'une seule fois à produire l'inflammation vénérienne. Or, si le pus vénérien pouvait agir comme un ferment, il produirait dans tous ces cas du pus vénéritfi sans modifier la nature de la plaie.

Les effets du poison vénérien découlent de l'irritation particulière ou spécifique à laquelle il donne naissance, et de la susceptibilité du principe vital à être irrité par lui ; les parties quisont soumises à ce mode d'irritation agissent en conséquence de ces deux causes, qui combinent leurs effets. Je le considère donc Gomme un poison qui, en exerçant sur les tissus vivants une irritation qui lui est propre, détermine une inflammation particulière à cette irritation, d*où il résulte une matière purulente qui également n'est produite que par cette espèce d'inflammation. Examinons jusqu à quel point cette manière de voir s'accorde avec les phénomènes variés qui caractérisent la maladie.

1* Le pus vénérien, ayant une plus grande force d'irritation que le pus ordinaire, éveille plutôt l'idée d'irritation que celle de fermentation.

2*' Comme il produit une maladie spécifique dont les symptômes et les formes extérieures sont spécifiques , il en résulte qu'il est doué d'une faculté spécifique d'irritation , les forces vitales agissant nécessairement conformément à cette irritation.

3* L'inflammation qu'il produit a son époque déterminée d'apparition et de terminaison , ce qui s'accorde avec les lois auxquelles l'économie animale est soumise dans la plupart des cas, car on observe la même circonstance dans d'autres maladies qui ont une crise ; et lorsque la maladie dure plus longtemps chez certains sujets que chez les autres , c'est que les premiers ont beaucoup plus de susceptibilité pour cette espèce d'irritation que les derniers. Du reste, il peut se présenter d'autres ôroonstances concomitantes.

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