TRAITEMENT DE LA OONORRH
D'après l'idée générale que je me suis efforcé de donner de la maladie vénérienne, savoir, qu'elle provient toujours de la même cause morbide, sous quelque forme qu'elle se présente, on pourrait supposer que, puisque nous avons un spécifique pour quelques unes des formes de la maladie, ce spécifique doit être un moyen thérapeutique sûr contre toutes les autres ; et que, par conséquent, il ne doit pas être difficile de guérir la maladie quand elle se manifeste sous forme d'inflammation et de suppuration, et qu'elle a pour siège la surface sécrétante d'un des conduits du corps. Mais l'expérience nous apprend qf^ de toutes les formes de la maladie vénérienne la gonorrhée est celle qui varie le plus sous Tinfluence des agents thérapeutiques,
(1) Que cet époux eût confiance dans sa femme, c'était naturel, beiiraos même; mats que Hanterait partagé la confiance dn mari, voilliqin B*est ni naturel, ni scientifique. P. Ricoko.
(2) Ce que Hunter dit ici des effets de la gonorrhée sur la couatiUi- UoB dans les deux sexes, est de la plus grande justesse et conforme è robsenralkm rigoureuse. Ce sont des raisons de plos qui font de la Mett- Borrhagie et do chancre deux affections absolument diflférentes.
P. Ric^a».
\§0 UK IJi tiONOKRHKK.
fique, le traitement local peut être ou irritant ou adoucissant. L'emploi des topiques irritants s'accompagne alors de moins de dangers que lorsque Tinflammation est de nature irritative (1), et il peut modifier raction spécifique ; mais, pour que l'irritatfam que ces topiques font naître soit suivie de cet efiet, il faut qu'elle soit plus forte que celle qui résulte de la lésion primitive. Les parties malades se rétablissent ensuite d'elles-mêmes, comme elles se rétabliraient de toute autre inflammation commone. Après tout, cependant, je crois qu'au début la méthode adoucissante est la meilleure. Si l'inflammation est intense et de l'espèce irritative, il faut éviter dans le traitement toute espèce de violence, car on ne pourrait ainsi qu'exLaspérer les symptômes, à moins qu'on ne soit certain que la grande intensité de l'inflammation dépend entièrement d'une susceptibilité particulîèrt pour l'irritation gonorrhéique , et que la constitution ne présente point d'irritabilité générale, ce dont on peut rarement s'assurer. Dans le cas où les symptômes s'élèvent très haut, on ne doit point chercher à arrêter l'écoulement , soit par des moyens internes, soit par des agents thérapeutiques appliqués à l'extérieur. On ne gagnerait rien à agir ainsi, car on peut suspendre l'écoulement, mais non mettre fin à l'inflammation. Il faut modifier la constitution, si cela est possible, par l'emploi de médicaments appropriés aux diverses dispositions qu'elle peut présenter, dans le but de modifier les actions locales qui dérivent de ces dispositions, et de ramener la maladie à sa forme la plus simple. Si la constitution ne i>eut être modifiée,
(4 ) Il est très dif6cile de donner ane idée claire des distinctions qui existent entre les maladies, quand ces distinctions ne sont pas caractérisées par quelque chose de permanent sous le rapport du temps, de retendue, etc. J'ai adopté l'expression inflammation irritative , parce que Je erois que l'espèce d'inflammation que je veux désigner par ces mots se développe chez les sujets à constitution faible et irritable plutôt quecbec les autres : les lois qui président à sa manifestation me sont entièrement inconnues On pourrait l'appeler une inflammation mal formée^ en ce sens qu'elle n'arrive point, en passant par les phases ordinaires, à une terminaison naturelle, mais qu'elle se continue en présentait peu de changements, et que lorsqu'elle se développe dans le lissu cellulaire, le gonflement qu'elle produit est œdémateux et ne ressemble point à celui qae détermine l'exiravasation de la lymphe coagulable dans ce que je serais (enté d'appeler la véritable inflamm«ilion. J. Hi 5trr.
DE LA GONORBIIKE. J31
il ny a rieii ù faire qot de laiiser l'action morbide B'uBer d elte* même.
Lonque Tinflammation a diminué beaucoup , et que la ma^ ladie ne te montre plus qu'avec des symptômes modérés, on ppBt en tenter la oure par des moyens internes ou par des ap* ptications locales* Si l'on choisit un traitement local , il faut éviter toute thérapeutique violente , car elle pourrait renouveler Vinitation. A cette période, on peut employer de légers astringents avec des chances de succès.
Quand la maladie est peu intense dès le début , et que rien n'annonce une disposition inflammatoire commune ou irritative, ou peut , pour faire cesser promptement le mode spécifique d'action , employer des injections irritantes qui exaspéreront momentanément les symptômes, mais à la cessation desquellei las symptômes diminueront dans la plupart des cas , ou même disparaîtront entièrement. Dans de telles conditions des parties, on peut avoir recours aux astringents ; car la seule indication qiii se présente alors, c'est de faire cesser l'écoulement, qui est en effet le symptôme principal (l).
Dans les cas où le prurit , la douleur , et d'autres sensations inaccoutumées se font sentir pendant quelque temps avant que l'écoulement apparaisse, je crois qu'on doit préférer la méthode calmante ou adoucissante à la méthode irritante, afindedéterfluner Técoulement, qui est un pas vers la résolution de l'irritation ; mais je n'ai pas assez d'observations par devers moi pour pouvoir dire, d'une manière absolue , jusqu'à quel point cette manière de procéder est réellement la plus convenable dans les cas ell question. Toutefois, ce que l'on peut établir par le raisonnement, c'est que l'emploi des astringents constituerait ane mauvaise pratique, car ces médicaments ne doivent tendre qa'à empêcher l'écoulement de se former, ce qui peut prolonger l'inflammation et retarder la cure. Dans le cas où il y a rétréii:ent de l'urètre ou engorgement du t< sticule, il faut éviter
(4) On troave rie plus dans l'édition de Home : « Il arrive 1res souvent qos lorsque l'écoulement a élô suppritné par une injeclion , ménio 1res douce, le malade perçoit au périnée une sensation pénible qui se propage à la vessie , détermine de fréquentes envies d'uriner . et cesse dès quo récsalement se r^roduil. •
132 DE LA GONORAHSK.
ki astringento ; car il est d'observation que dans Tun et l'autre ds ces deux cas» TafTection concomitante présente de l'améKoration tant que l'écoulement persiste. Il faut donc , dans les cas de cette espèce , agir avec plus de réserve que lorsque les organes sont sains d'ailleurs. Lors même que nous aurions un spécifique pour la gonorrhée vénérienne , on aurait encore à se demander si ce spécifique pourrait guérir ce mode d'irritation, avant que l'action morbide se soit manifestée dans toute sa plénitude.
% I. Am dhrert af eato tli^apeiitM|a«f «mployé* émgu le traiHMeat de la gonorrhée ; des éveewuits ; det offringeBlf .
On peut comprendre dans deux classes, les évacuants et les astringents , les moyens internes qui ont été communément recommandés contre la gonorrhée. Les évacuants appartiennent principalement aux purgatih et aux diurétiques, et ne sont point limités à certains médicaments particuliers, car chaque praticien croit posséder le meilleur. Quelques médecins emploient les évacuants mercuriels, tandis que d'autres évitent avec soin l'usage du mercure, sous quelque forme que ce soit. Les sels neutres ont été recommandés, dans la pensée qu'ils sont rafraîchissants. Certaines personnes ont insisté principalement sur l'emploi des diurétiques , soit qu'elles aient pensé qu'ils sont propres à agir mécaniquement sur les voies urinaires et à les débarrassser du pus vénérien, soient qu'elles les aient considérés comme des agents spécifiques relativement à ce dernier effet : le nitre a été employé dans cette vue. On a supposé en outre qu'il avait la propriété de diminuer Tinflauffination ; mais ce fait me paraît très douteux. Sous l'influence de ces diverses méthodes de traitement , les malades se guérissant toujours, et chaque médecin attribue le succès à la méthode qui lui est propre.
Sans aucun doute, il convient, dans la plupart des cas, d'entretenir le ventre libre, lors même que le malade jouit d'ailleurs d'une bonne santé. Mais comment peut-on concevoir qu'une irritation déterminée dans le canal intestinal guérisse une inflammation spécifique qui a son siège dans l'urètre t Cependant on a vu dans plusieurs cas un purgatif drastique produire
DE LA OONORBHÉE. 13S
d'heureux résultats , et même quelquefois amener la piérisou. Mue je aoupçonne que dans ces cas Técoulement n'était {dus entretenu que par l'effet de l'habitude , et que cette pratique n'aurait point eu le même succès au début de la maladie. Un homme qui avait une gonorrhée dont tous les symptômes du* raient depuis deux mois , fut immédiatement guéri après avoûr pris en une seule dose dix grains de calomel qui le purgèrent Tiolemroent. Le calomel n'a pu agir spécifiquement, mais seule» ment comme dérivatif; c'est-à-dire , qu'une irritation produite dans un organe en a guéri une qui existait dans un autre. Mais, ea accordant même que dans certaines constitutions les purgatifs aient la propriété de rendre les solides moins susceptibles de l'irritation gonorrbéique , on ne saurait admettre qu'ils ont cette vertu dans tous les cas. Dans quelques constitutions, ils peuvent diminuer les forces , accroître Tirritabilité , et par conséquent exaspérer les symptômes. Ces effets opposés doivent être produits dans les différentes constitutions, lorsque les agents thé* n^ieutiques n'exercent point sur elles une action spécifique. Lors même qu'on supposerait que la guérison pût être hfttée par l'évacuation d'une certaine quantité de liquide qu'on extrait du sang • quel avantage peut-on retirer , pour combattre une inflammation qui a son siège dans une partie , d'une pareille évacuation qui se ferait dans une autre partie sous la forme d'une sécrétion % Si ce phénomène pouvait avoir quelque utilité, ne pourrait-on pas guérir également la gonorrhée en provoquant d'abondantes sueurs , Ih déterminant un accroissement de la sécrétion salivaire par l'usage du tabac , ou en stimulant la sécrétim des fosses nasales à l'aide de la même substance réduite en poudre! Mais on a considéré let humeurs comme étant la cause de toutes les maladies, et surtout de celles qui s'accompagnent de la formation du pus et de la production d'un écoulement : or, les purgatifs étant supposés guérir les humeurs^ on a dû naturellement recourir aux purgatifs dans le traitement de la gonorrhée, et, comme les malades se sont toujours guéris, cette pratique s'est établie d'une manière générale.
Les thérapeutistes qui ont recommandé l'emploi du mercure dans la maladie qui nous occupe, l'ont fait très probablement dans la pensée que cette substance est le spécifi(}ue de la liia-
134 D£ L% fi^vlKOUlUÉE.
ladie véoënaine, quelle que soit la forme de cette dernière. Dans cette supposition, leur pratique se montre rationnelle ; ear le médicament étant absorbé dans les intestins, est porté, avec le sang qni circnle, dans les vaisseaux enflammés de l'u-^ rètre, et doit y détruire l'irritation vénérienne. Ici , on ne peut supposer qu'une chose, c'est que le mercure agit par sa vertu spécifique. Mais je doute beaucoup que le mercure soit doué d'aucune propriété spécifique contre la gonorrhée, car j'ai ob* sarvé que cette maladie se guérit tout aussi vite lorsqu'on n'a point recours au mercure que lorsqu*on l'emploie. Dans les cas m ce métal n'est administré qu'à titre de purgatif et on il est promptement expulsé de l'économie, de manière qu'il n'ait pu agir que sur l'intestin, il est impossible d'admettre qu'il exerce sur l'inflammation vénérienne de l'urètre une autre influence que celle qui résulterait d'une irritation quelconque produite sur rintestin par tout autre purgatif. Et en effet, le mercure est si peu efficace contre la gonorrhée, que j'ai vu une gonorrhée survenir au milieu d'un traitement mercuriel suffisant pour guérir un chancre. Je ne saurais dire si la gonorrhée provenait de l'infection qui avait produit le chancre; c'est ce qu'il est difficile de déterminer dans de tels cas. On a vu aussi des hommescontracter la gonorrhée dans le temps même où ils étaient saturés de mercure pour la cure d'une syphilis constitutionnelle, et alors la guérison de la gonorrhée a été tout aussi difficile qu'à l'ordinaire (1).
Un homme se confia à mes soins, le 27 juin, pour être traité de deux chancres et d'un bubon. J'obtins la résolution du bubon ; mais le malade ayant de la répugnance pour les frictions mercurielles, je fus obligé de les remplacer par l'emploi quotidien du mercure calciné , que je prescrivis à la dose de deux grains le soir et un grain le matin. Vers le milieu de juillet, la bouche s'affecta et l'usage du mercure fut suspendu. Huit jours après, ce médicament fut repris, et le malade parut complètement guéri de sa maladie vémVienne ; cependant je le fis persévérer dans l'emploi du mercure, qui entretint un ptyalisme
(4) El cela, toujours, parco que la blennorrhagie et le chancre sont dsui maladies diflérentea. P. Hicsaa.
DE LA OONORRllÉE. 185
constant. Dans cet état, le 16 août, cet homme eut commerce arec une femme ; il renouvela cette relation le lendemain. Cinq ioon iprès, il fut pria d'une gonorrhëe qui le montra très violeatefl).
Les mêmes considérations générales qui ont été exposées oi« desnis peuvent être appliquées aux effets produits par les diu* rétiquea considérés comme évacuants.
Il serait possible que des médicaments spécifiques (si nous en possédions), introduits dans l'éc^momie, fussent éliminés arec l'urine qui leur servirait de véhicule, et qu'ils exerçassent lenr influence sur la paroi interne de l'urètre au moment de leur passage à travers ce canal. Les baumes et les térébenthines sont éliminés par cette voie et deviennent des sjiécifiques contre plusieurs irritations de l'appareil urinaire. Mais je ne sais jusqu'à quel point des médicaments qui ont la faculté d'affecter certains organes déterminés, soit à l'état de santé, soit atteints de maladies qui leur sont propres, je ne sais, dis-je^ jusqu'à quel point ces médicaments ont aussi la propriété d'exsrrer une influence sur une irritation spécifique de ces mêmes organes; mais je ne pense pas que cette influence puisse être bien considérable. Il est possible, toutefois, qu'ils aient le pouvoir de faire cesser une irritation concomitante quelconque, bien qu'ils ne puissent enlever l'irritation spécifique (2). Quoi qa*il en soit, les diurétiques ont leurs avantages, car s'ils augmentent la quantité de l'urine , par cela seul ils font du bien ; mais je crois que le meilleur moyen d'obtenir cet effet, c'est l'eau simple, ou l'eau unie à des substances propres à encourager le malade à boire beaucoup, comme le thé, le sirop de capillaire, l'orgeat, et autres semblables.
Les astringents, quoique souvent prescrits, ont toujours été condamnés par les médecins qui se sont posés comme des pra-
(\) On trouve en outre dans rédition de Home : « Un autre homme ^Lant sous l'influence d'un trailement mercuriel pour la cure de plusieurs chancres, eut des relations avec une femme avant d'avoir cessé l'usage du mercure, et deux jours après il survint une gonorrhée. *
(2) L'action spéciale des balsamiques sur l'urètre est un fait démoutré. C'est l'urine chargée des principes actifs, spécifiques, du copabu et do cubèbe qui agit directement sur Turèlre, comme je l'ai expérimentalement démontré P R»co«»
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lent , lorsqu'il est enlevé, les a<reiits Ihérnpeutiques peuenir en contact immédiat avec la surface enflammée. Je es porté à croire que ce n'est que de cette manière que Tsion du pus peut être utile. Les médicaments solides it rester appliqués longtemps ; sous ce rapport, ils ressemvax pièces de pansement qu on emploie dans le traitement aies. Quand les parties ne sont pas assez enflammées pour
doive en rejeter l'emploi, ils paraissent avoir sur les aments liquides un avantage qu'ils doivent à la durée de pplication; mais en général ils irritent immédiatement,
fait seul de leur solidité. On est obligé de les employer orme de bougies ; mais je suis porté à penser que lorsque rties malades sont dans un état d'inflammation , l'usage us fréquent des bougies est le meilleur , bien que je ne i pas dire que j'aie jamais vu leur emploi produire des f&cbeox, lorsqu'elles étaient appliquées avec les précauconvenables.
ipi^ation des médicaments liquides à la surface interne rëtre constitue ce qu'on appelle communément des injec-
Le nombre de ces dernières , comme celui des médica- \ internes , est infini , car chaque praticien a pensé ou a
fiûre penser à tout le monde que celle qu'il avait adoptée la meilleure. Mais toutes les inflammations vénériennes se cnt sous l'influence des injections les plus variées (ce qui
188 DB LA QONORRHBB.
plu8 grande vertu spécifique n'est point encore connue. Toute injection qui n'a aucune vertu spécifique doit être très incertaine dans ses effets» et n'est de quelque utilité qu'autant qu*elle peut être appropriée à quelque particularité de la constitution ou des parties malades. Les injections n'étant que des applications temporaires, il est nécessaire de les renouveler souvent, surtout dans les casoii Von observe qu'elles produisent de bons effets. Il faut , en conséquence , les appliquer aussi souvent qu'on le juge convenable , peut-être toutes les heures ou même plus souvent. Mais la fréquence de leur emploi doit être réglée jusqu'à un certain point par la nature de l'injection ; en effet , si elle est de nature irritante , son application trop fréquemment renouvelée pourrait avoir des suites fâcheuses.
Parmi les injections que l'on emploie contre la gonorrhée , il en est plusieurs qui ont la propriété de faire cesser les symptômes immédiatement, ou du moins très peu de temps après leur application, et qui empêchent la suppuration de s'établir, ce qui a fait nidtre l'idée qu'elles refoulent la maladie dans la consti* tution. Mais cette hypothèse se trouve directement en opposition avec ce qui a lieu en réalité. En effet, ainsi que j'ai déjà cherché à le prouver , le pus est la seule substance qui serve de véhicule au poison, et la formation du poison est impossible sans la formation du pus. Si donc cette dernière peut être empêchée, la premi6re ne pourra avoir lieu, et alors il n'y aura rien à faire pour l'absorption ; de sorte que le malade n'aura point à craindre une infection générale, et ne sera point susceptible de communiquer l'infection à d'autres individus i voyez pag. 22 et suiv.).
Lorsque l'écoulement est l'effet d'une inflammation qui existe actuellement, on peut l'arrêter par des injections, bien que l'inflammation persiste jusqu'à un certain point et qu'elle puisse être dissipée ensuite sans que l'écoulement ait reparu. Mais je orois que par cette pratique on gagne peu de chose , car on ne guérit ainsi que l'effet de l'inflammation , et ce n'est pas là la maladie qu'on se propose de guérir. Cependant, on voit dans certains cas le mode de traitement qui arrête Vrcouloment guérir aussi rinflammation ; mais je pense que cela n'a lieu que lorsque l'inflammation est peu intense.
Je divise les injections, d'après leurs effets partiruli^^rs sur
DB LA OONORBIléB. 181^
l'arètre , en quatre classes : elles sont irritantes , sédatives, inollMites oa astringentes. Je ne pense pas qu'une injeétiM spésifique ait été encore découverte , bien qu'un grand nombre de personnes croient que les injections mercurielles , sons une forme ou sous une autre, possèdent une telle vertu, et que par ■nite de oette croyance ce métal fasse partie de plusieurs daa injections qui sont actuellement en usage.
Je pense que toutes les infections irrilaniêM , de quelque nature qu'elles soient , agissent en vertu du même principe, savoir, en produisant une irritation d'une autre nature que celle qu'elles sont destinées à combattre, irritation qui doit être plus considérable que l'irritation vénérienne, d'où il résulte que celte dernière est détruite , et que la maladie est guérie , bien que la douleur et l'écoulement puissent être encore entretenus par l'injection. Ces derniers effets ne tardent point à se dissiper quand l'injection est abandonnée, parce qu'ils dépendent seules ment des qualités irritantes de celle-ci. On peut admettre que les bougies, ainsi que plusieurs injections, amènent la guérison de cette manière ; bien que ces moyens exaspèrent les sym** piômea pour le moment, ils ne peuvent japiais accroître la maladie elle-même , pas plus que l'injection qui produirait lea mêmes symptômes, si elle était appliquée à la surface de l'urètre d'un homme sain , ne peut faire naître la maladie vë« nérienne. La plupart des injections irritantes ont une action astringente , et ne sont qu'astringentes quand elles sont mi* tigées; leur qualité irritante dépend principalement de leuf concentration.
Les injections irritantes ne convenant pas contre toutes les inflammations qui dérivent du poison vénérien (1), il se présente naturellement une question, c'est celle de savoir dans quels cas les injections irritantes peuvent être employées avec avantage. C'est une chose que je n'ai pas pu déterminer d'une manière absolue. Toutefois , je pense que les injections irritantes ne doivent jamais être prescrites lorsqu'il y a déjà beaucoup d'inflammation , et surtout chez les sujets dont la constitution n'est
(I) Bn siBl, jai déjà bit rrnnarqoer que rinflamniatioa varie suhrant laconslitulioB. J. Ho5Tn.
140 DE LA GONORBHÉE.
pas capable de supporter une forte dose d'irritation, ainsi qu on peut le savoir dans certains cas, lorsque le malade a déjà été atteint de la même affection. Elles ne doivent pas être prescrites non plus, lorsque l'irritation s'est étendue au delà delà distance spécifique; ni lorsque les testicules sont douloureux; ni lorsque ces organes se sont engorgés à la suite de la cessation rapide de l'écoulement ; ni lorsque le périnée est très susceptible d'inflammation, surtout s'il a suppuré antérieurement ; ni enfin lorsque la vesbie a de la disposition à s'irriter , ce qu'on reconnaît lorsque le malade est pris depuis quelque temps de besoins fréquents d'uriner. Dans tous les cas de ce genre , je les ai employées sans succès ; et non-seulement elles ne font pas de bien , mais encore elles font souvent du mal , car je les ai vues déterminer une extension plus grande de l'inflammation dans le canal de l'urètre (l) ; et je crois être fondé à leur attribuer la formation de certains abcès du périnée. Mais lorsque l'inflammation est peu intense et que la constitution n'est point irritable, ces injections sont souvent suivies de succès , et elles font dispariutre la maladie presque immédiatement. Néanmoins, ce moyen de traitement doit être employé avec précaution , et peut-être ne doit-on y avoir recours que lorsque les moyens plus doux ont échoué. Une solution de deux grains de sublimé corrosif dans huit onces d*eau distillée constitue une des meilleures injections de cette espèce. Mais on peut^se servir d'une solution moitié moins forte, lorsqu'on ne se propose pas d*obtenir une guérison aussi prompte. Si cependant , même dans cette dernière proportion , l'injection détermine une vive souffrance ou augmente beaucoup la douleur en urinant, il faut encore l'affaiblir.
hes injections sédatives sont toujours utiles lorsque l'inflammation est intense , non qu'elles amendent la maladie en ellemême , mais parce qu'elles diminuent l'intensité de l'action morbide , ce qui permet toujours aux actions naturelles de la partie de s'accomplir plus facilement. Elles sont aussi très utiles
(4) Cependant, on ne doit pas toujours leur attribuer celte extensiOD, cir on robeerve souvent dans des cas où l'on n'a point eu recours i leur emploi. J. Hn«Tiii.
DE LA UONOR||U££. l4l
pour adoucir les senmtions douloureuses du malade. L opium peut être considéré comme le meilleur sédatif que nous ayons, •nssi bien lorsqu'il est administré par la bouche ou par le rectum, que lorsqu'il est appliqué sur la partie malade sous forme d'injection. Mais l'opium lui même ne convient pas à toutes les constitutions et à toutes les parties , et n'agit pas toujours comme sédatif. Souvent, au contraire, il produit des efiets toat opposés 9 et développe une grande irritabilité. Le plomb doit être rangé parmi les sédatifs, en ce sens qu'il abat l'inflammation, en même temps qu'il agit comme un doux astringent. Quatorze grains d'acétate de plomb dans huit onces d'eau distillée forment une bonne injection sédative et astringente.
L'usage abondant des boissons délayantes peut être considéré comme ayant un effet sédatif, car il fait disparaître quelques-unes des causes d'irritation en rendant l'urine moins stimulante soit pour la vessie , lorsque cet organe est dans un état d'irritation , soit pour l'urètre, dans son passage s travere ce canal : il est même possible que ces boissons délayantes diminuent la susceptibilité des organes pour l'irritation. On a recommandé l'emploi des mucilages qui sont fournis par cer*taines semences et par certains végétaux , ainsi que celui des gommes émollientes. Mais je crois que cette pratique est fondée sur des idées trop mécaniques, et qu'aucune de ces substances n'est d'une grande utilité ; suivant moi, l'avantage qu'on en retire dépend principalement de la quantité d'eau qui est bue, et l'on peut atteindre parfaitement le but qu'on se propose en ajoutant i l'eau toute substance propre à engager le malade i boire abondamment , pourvu qu'on en écarte les spiritueux. Cependant quelques malades m'ont dit qu'ils cro3'aient avoir remarqué que la douleur en urinant était moins forte loraque des substances mucilagineuses étaient mêlées avec leurs boissons.
Les injections émollientes sont le meilleur de tous les topi* ques lorsque l'inflammation est très grande. Très probablement, leur utilité consiste d'abord à enlever simplement le pus, et ensuite i off'rir un contact très doux à la surface malade ; de cette manière, je conçois qu'elles puissent être extrêmement avantageuses, en atténuant les effets irritants de l'urine. Et
143 l>£. LA aONORIIHÉfi.
en effet, c/ett ce que rexpérienpe dAnentre ; on voit souvent une solution de gomme arabique, un mélange d*eau et de lait, ou de rhuile douce» diminuer la douleur et les autres sympta* mes, lorsque des injections plus actives n'avaient rien fait , ou paraissaient avoir fait du mal.
11 arrive tr^ souvent que Tirritation est intense i lorifioe de l'urètre, que le malade ne peut supporter l'introduction de la oanule de la seringue. Quand il en est ainsi , il faut s'abstenir de toute injection jusqu'à ce que l'inflammation ait perdu de son intensité. Les émollients peuvent aussi être employés sons forme de fomentations.
^Les injections attringentês ne peuvent agir qu'en diminuant l'écoulement. Elles ne peuvent exercer aucune influence spécifique sur l'inflammation ; mais, puisqu'elles peuvent modifier les actions du principe vital, il est posijible qu'elles aient la fa- (mité de modifier la disposition vénérienne. On ne doit les employer que vers la fin de la maladie, lorsque celle-ci a perdu sa violence, et que les parties malades commencent à devenir le siège d'un prurit. Mais l'application de ce précepte doit être dirigée d'après les circonstances ; car si les symptômes sont modérés au début de la maladie, ces injections peuvent être prescrites tout de suite. En diminuant graduellement l'écoulement sans augmenter Tinflammation, on obtient par leur emploi une guérison complète, et Ton prévient la continuation de l'écoulement ou suintement habituel. Il est très probable que les injections de cette espèce produisent une stimulation qui est de nature à faire contracter les vaisseaux et à empêcher l'acte même de la sécrétion. On ne peut guère supposer qu elles agissent chimiquement en coagulant les fluides. Les injections astringentes trop fortes deviennent irritantes ; elles perdent par là une grande partie de leurs propriétés astringentes, ou plutôt il résulte de cette nouvelle influence, que les parties deviennent le siège d'une action contraire u celle qu'elles accompliraient sous l'influence d'un simple astringent. Ainsi, elles augmentent souvent l'écoulement au lieu de le diminuer : de cette manière, elles peuvent aussi guérir la maladie comme les injections irritantes, c'est-à-dire, en modifiant ladisposition inflammatoire. Quand elles sont plus douces, elles font souvent cesser Técoule- ,
bh LA GONORRHÉK. 143
ment, sans cependant hâter la guérUon dans tous les cas ; cac alors rinflammation peut durer encore plus longtemps qu'elle n'aurait fait si la tendance à la sécrétion purulente n'eût été arrêtée. J'ai déjà fait remarquer que lorsqu'une surface est en voie de suppuration, c'est qu'elle a contracté l'action de la maladie dans toute sa plénitude, ce qui est un pas vers la terminaison, c'est-à dire vers la guérison. Néanmoins, il arrive quelquefois qu'une injection astringente guérit une irritation légère en très peu de jours. Mon expérience ne m'a point appris qu'il y eât ime substance astringente qui fût préférable à toute autre.
Les gommes astringentes, comme le sang-de-dragon , les Imomes et les térébenthines, dissoutes dans l'eau ; les sucs de plusieurs végétaux, tels que l'écorce de chêne, le quinquina, la racine de tormentille ; et peut-être aussi tous les sels métalliques, comme les vitriols bleus, verts et blancs, les sels de mercure et l'alun, agissent probablement de la même manière, bien qu'on puisse affirmer que ces diverses substances n'agissent pas toujours également bien dans toutes les gonorrhées, car une nouvelle injection réussit quelquefois après que plusieurs autres ont été essayées en vain.
Les applications externes se composent en général de cataplasmes et de fomentations ; mais ces moyens ne peuvent être que de peu d'utilité, à moins que les parties extérieures, telles que le prépuce, le gland et l'orifice de l'urètre, ne participent à l'inflammation ; il est vrai que l'orifice de l'urètre est presque toujours plus ou moins affecté.
Lorsque les glandes de l'urètre sont assez tuméfiées pour être senties à l'extérieur, il peut être convenable de faire des frictions sur la partie tuméfiée avec l'onguent mercuriel ; mais il est très probable que ces frictions sont plus utiles après la chute de l'inflammation que pendant qu'elle existe dans toute sa force. Quoi qu'il en soit, on applique souvent l'onguent mercuriel sur toute la surface externe des parties malades lors(|u'elles sont dans un état d'inflammation, et on les recouvre ertsuite d'un cataplasme. Mais je ne suis pas entièrement convaincu de Vutilité de cette prati(]ue.
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