‹ Traité de la maladie vénérienneChapitre 57 sur 84 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Lorsque les chanoines sont guéris et que toute virulence est détruite, il arrive quelquefois que le prépuce reste encore considérablement tuméfié ; cette tuméfaction entretient rallongement et l'étroîtesse morbides de ce repli qu'on ne peut porter en arrière sur le corps de la verge pour mettre le gland à dé« couvert.

Dans beaucoup de cas, il n'existe aucun traitement à opposer à cet état morbide ; cependant il faut essayer tous les moyens possibles. La vapeur de Veau chaude, les fomentations avec la ciguë et les fumigations avec le cinabre sont souvent très utiles.

Si malgré ces moyens les parties conservent leur volume et leur conformation vicieuse, il peut être utile d'exciser une partie du prépuce morbidement développé. C*est au chirurgien à déterminer la quantité de peau qui doit être enlevée. On peut en général exciser toute la partie qui fait saillie au deli du gland.

Le meilleur procédé opératoire consiste à enlever la partie exubérante avec le bistouri ; mais il faut avoir grand soin de bien distinguer d* abord le prépuce trop développé du gland. Après s*être parfaitement assuré de la position de ce dernier, la verge étant tenue horizontalement, on pratique à la face supérieure du prépuce une incision que Ton continue jusqu'à la face inférieure, avec précaution, car si Vincision était trop rapprochée du gland, on courrait grand risque de le léser.

On peut faire cicatriser les parties sous l'influence de pansements simples ; car on peut considérer la surface divisée comme une plaie récente. Cependant la cicatrisation ne s'en effectue pas aussi facilement que celle d'une plaie pratiquée dans une partie entièrement saine. En effet, dans cette opération, on ne fait qnWever une portion superflue d'un organe malade,

494 m' CHAWCBB.

et ce qui reste est malade, iiinis non assez pour entraîner à l'avenir des accidents.

Quelques soins sont nécessaires pendant la cicatrisation de la plaie, car la cicatrice peut se contracter et produire de nouveau un phimosis. Le malade lui-même peut mieux que personne prévenir cet accident, en ramenant souvent le prépuce sur le corps de la verge; mais cette manœuvre ne doit être tentée que lorsque la cicatrisation est presque achevée ; il Taut l'exécuter lentement et avec beaucoup de précaution 11).

Les chancres, tant chez les hommes que chez les femmes, acquièrent souvent, pendant le traitement, des dispositions nouvelles qui varient quant à leur nature. Quelques unes ont pour effet de retarder la gui^rison, comme je l'ai dît, et, quand les parties sont guéries, elles les laissent dans un étut de tuméfaction et d'indolence, ainsi qu'on vient de le voir pour les cas d'engorgement chronique du prépuce. D'autres fois, la noa* velle disposition morbide ennjiL'chG ht cure ou cicatrisation des parties, et souvent donne naissance à une maladie plus grave que celle d'où elle tire son origine. Ces nouvelles dispositions morbides produisent aussi dans les parties affectées des tumeur* dont il sera question ci-après.

Ces nouvelles dispositions morbides sont plus communes chez l'homme que chez la femme, et il est probable que cela dépend de la nature des parties qui en sont le siège. Elles ne se forment gui! re que lorsque l'inflammation a été violente; or cette violence dépend de la nature des parties plutôt que de celle de la maladie, et par conséquent elle est liée moins à la maladie qu'aux conditions que présentent les parties malades ou la constitulioii. Cependant on conçoit qu'elles puissent se développer lors même que l'inflammation n'a pas eu une grande intensité.

En général, on suppose qu'elles sont de nature cancéreuse; mais je pense qu'il en est rarement ain^i, bien que cela ne soit point impossible.

(I) Voir l'addilion do la page 42».

m- CHANCRE. 485

On doit considérer comme des effets de ces nouvelles dispositions morbides, ces inflammations, ces suppurations et ces ulcérations continues et souvent avec exacerbatîons, qui s'étendent à la totalité du prépuce et même se propagent tout le long de la peau de la verge qui contracte une couleur livide, et sous l'influence desquelles le tissu cellulaire s*engorge et s'épaissit dans toutes les parties delà verge, de manière à accroître con* sidérablement le volume d^ cet organe.

L'ulcération qui a son siège à la face interne du prépuce s'accroit quelquefois, se dirige entre la peau et le corps de la verge, et produit des perforations en différents points, jusqu'à ce que toute la surface de l'organe se trouve criblée d'ulcères à bords frangés. Le gland subit souvent le même sort, et une partie plus ou moins considérable en est détruite ; dans beaucoup de cas, l'urètre est entièrement détruit dans ce point par l'ulcéra* tion, de sorte que l'urine s'écoule par une perforation située plus ou moins en arrière de son orifice naturel. Si l'on n'arrête les progrès de la maladie, l'ulcération continue ses ravages jusqu'à ce que les parties soient entièrement détruites. Je soupçonne que, parmi ces cas, il en est quelques uns qui sont de nature scrofuleuse.

Comme c'est une affection aiguë, il est nécessaire de la combattre immédiatement, s'il est possible ; mais comme elle peut dépendre de diverses particularités de la constitution, et que ces particularités ne sont pas connues tout d'abord, aucune mé* thode rationnelle de traitement ne peut être indiquée ici. La décoction de salsepareille est souvent utile, mais il faut la donner à hautes doses. On a administré avec beaucoup de succès la tisane allemande (German dietàrink). J'ai vu un cas de cette espèce où la guérison a été opérée par cette boisson, après que tous les moyens connus avaient échoué (1). L'extrait

(4) Oo a beaucoup précoDisé les formules suivanUs :

ÂnUmoine pulvérisé et renfermé dans un nouet de linge, pierre ponce pulvérisée et enveloppée dans le même nouet, de chaque, une once ; squîne coupée par tranches, salsepareille effilée et contuse, de chaque, une demi-once; dix noix avec leur brou, contuses; eau de fontaine, quatre chopines. Faites bouillir jusqu^à réduction de moitié et filtrez la

4!|^ UV CrlANCHH.

de ciguO est quelquefois utile. J'rÎ vu les bnina de mer produire une giiériaon coinpIHe, In malade qui i^tait arriv»' d'IHand^ aviv nne affection de ce genre, après avoir essayé toutes MH «(•thidea connues de traitement, comme la sa Isepn raille, lip| pî^ë, la tisane allemande, et apr^s avoir eu recours à un ^mnè nombre de topiques qui furent tous rejetés, excepté l'opium pnrcp qu'il calmnit la douleur, prit des bains de mer et se girfrit, Quelfjuefois i! est nécessaire d'introduire une boug^ sfin d'empêcher que l'orifice de l'urfetre ne s'oblitère, oq ne devienne trop étroit pendant le travail de cicatrisation.

Addition DE G. -G. Babingtos. — La description de Monter est Bivogue,qu'ilest difficile de déterminer avec certitude quelle est l'psp&ce d'ulcère qu'il a eu l'intention de décrire. 11 est probable qu'il a en principalement en vue les ulcères qu'on ap. petlc phagèdiniijtifs , et qui sont d'ailleurs assez itnporl&nta pour exiger une description particulière.

On a donné h ces ulcères le nom de pha^édêniqitet, parce qu'on a supposi* que ce sont les mêmes que c^ux qui ont été décrits par Celse sous le nom de phaf^fdœna . Bien qu'on puisse mettre en question l'exactitude de ce rapprochement, cependant il est convenable de conserver une dénomination qui donne une idée assez juste des ulcères qui nous occupent, soit que l'on envisage la rapidité qu'ils présentent quelquefois dans leur marche, soit qu'on ait en vue les traits les plus remarquables qui caractérisent leur aspect extérieur.

On ne peut guère douter que les ulcères phagédéniqnes ne reconnaissent pour cause l'application d'un virus, car il n'existe aucune preuve suffisante qu'ils se développent jamais dans des parties qui n'ont point été exposées à une infection, et ils sont

décoction. Celle boisson doit être prise dans la journée en plusieurs fois.

Salsepareille, boii de santal blanc cl rouge, de cliaqoe, trois onces ; réglisse, mézèréon. de chaque, une demi-once ; bois da Rhodes, gaïac, safisafras, do chai^ue, une once; anlimoiiie cru, deux onces. Mélei ces substances, versez dessus dix chopincs d'eau bouillanle, laissez infuser pendant vingt-quatre heures, et Tailes ensuite bouillir jn^qn fi nvluclian de moitié. Le malade doit eo boire d'une chopine d ili'nûe à quairo cbopiaes par jour. i. Hcnto,

Dl' CHANCRE. «187

suivis des symptômes secondaires delà syphilis aussi constamment que les formes ordinaires du chancre qui ont été décrites ci-dessus. En outre, malgré toute l'attention qui a été donnée à ce sujet, il n'a pas été possible d'établir, entre ces ulcères et le chancre huntérien, une ligne de démarcation assez constante pour que l'on pût admettre que le virus qui produit les premiers est différent de celui qui donne naissance à ce dernier. Les caractères de l'ulcère phagédénique diffèrent beaucoup de ceux du chancre ordinaire : si le virus n'était pas le même dans Tun et Tautre cas, cette diversité serait constante ; on pourrait la reconnaître également dans l'individu qui donne et dans celui qui reçoit, dans la partie d'où l'infection tire sa source, aussi bien que dans celle à laquelle elle est communiquée. Or, c'est ce qu'il n'a pas été possible de constater. Dans plusieurs cas, au contraire, l'ulcère phagédénique a paru provenir d'individus qui étaient atteints des formes ordinaires du chancre.

L'ulcère phagédénique débute par une légère tuméfaction locale et par une légère excoriation de la surface. Cette surface excoriée devient bientôt putride, se recouvre d'une escarre jaune, et laisse écouler une sanîe aqueuse d'une teinte brunâtre. A mesure que l'ulcère détruit la partie sur laquelle il est situé, la surface devient de plus en plus inégale, et sa circonférence présente une ligne irrégulicre qui lui donne un contour festonné. Cet aspect est l'effet du mode de progrès de l'ulcère, qui ne s'étend pas d'une manière régulière et uniforme dans toutes Tes directions, mais se propage dans quelques points avec plus de rapidité que dans les autres. La partie centrale et quelquefois un des côtés de l'ulcère cessent alors leurs ravages, et quelquefois se nettoient ; tandis que dans les autres points, l'aspect putride se conserve et l'ulcère continue à s'étendre. La partie qui fait des progrès est toujours un peu tuméfiée ; mais cette tuméfaction est celle de l'inflammation commune et n'est point nettement circonscrite comme celle du chancre ordinaire. Loin de se terminer brusquement, elle se fond d'une manière insensible dans les tissus environnants. Dans le fait, cette tuméfaction est simplement causée par l'irritation que produisent les progrès de l'ulcère ; on ne l'observe pas dans les points qui ont pris un aspect sain. Aussitôt qu'une partie de l'ulcère se

486 m' CHAKCRE.

nettoie, la tumct'actioii se dissipe , bien que l'ulcération i longtemps encore non cicatrisée. On ne peut pas dire que V tuméfaction précède l'ulcération ; elle accompagne plutôt la mortification des tissus, si l'on peut appeler ainsi ce qui n'est en général qu'une ulcération putride.

L'ulcère pbagédénique peut détruire tout tissu, quoiqu'il soit, sur lequel il s'est formé, mais ses ravages sont plus rapides dans le lîssu cellulaire que dans la peau du prépuce ou le corps de la verge. 11 en résulte qu'il se fraye une route entre le corps de la verge et la peau qui \f. recouvre, disséquant sur son trajet les corps caverneux qu'il sépare des téguments, et s'insinuant de bas en haut entre ces parties, souvent jusqu'aux pubis. Dans ces circonstances, le fond de l'ulcère ne peut être mis pleinement k découvert. La partie de l'ulcère qui est accessible à la vue est ordinairement nette et quelquefois en voie de cicatrisation Ipnte, tandis que la partie qui est cachée est putride et jaune, et sécrète une grande quantité d'un pus clair et brunâtre. Le côté de l'ulcère qui poursuit ses ravages est entouré par la tuméfaction ordinaire, que l'on peut sentir extérieurement comme un anneau indun'' embrassant le corps de la verge. Cet anneau indique la distance à laquelle l'ulcère s'est étendu, et, dans les progrès de la maladie, il s'approche de plus en plus de la racine de la verge. Tant que ce bourrelet épaissi est appréciable au toucher, l'ulcère continue à s'étendre. Si le fond de l'ulcère se nettoie et revêt une tendance à se cicatriser, on reconnaît cette amélioration à la disparition du bourrelet, aussi promptement et aussi certainement que si toute la surface était exposée à la vue.

Dans les circonstances ordinaires, l'ulcère phagédénique se propage par une ulcération putride; il se creuse une voie très lentement et d'une manière presque imperceptible. Mais il devient parfois lesiége d'une disposition gangreneuse accidentelle, par suite de lar|uellc de larges portions du prépuce, du gland ou des corps caverneux, se mortifient et sont éliminées. Il j a peu de cas de longue durée dans lesquels ces gangrènes ne se soient pas présentées. Dans la plupart des cas une partie de l'urètre est détruite de cette niunière, et il se forme, à environ un pouce nu-dessus du méat nuturrl, mie cuvcrlurc par laquelle

l)t CHANChE. 489

Turine s'écoule. La manière soudaine dont ces gangrènes font irruption, et la destruction irrémédiable qu'elles entraînent, font une loi impérieuse de ne jamais perdre de vue dans le traitement la possibilité d'un tel accident.

La matière qui s'écoule de l'ulcère pbagédénique est abondante et de mauvais caractère ; mais elle ne parait pas, comme le pus fourni par le chancre ordinaire, affecter les surfaces avec lesquelles elle vient en contact. II est très commun de voir le prépuce et le gland presque constamment baignés dans ce liquide, et cependant il est rare, si même cela arrive jamais, qu'il se forme d'autres ulcères sur ces parties par suite d'un tel contact. En outre, les surfaces contiguës ne sont point affectées. L'ulcère peut être situé sur le corps de la verge, tandis que le prépuce qui est en contact avec celui-ci reste libre de toute ulcération. Il n'est pas rare de voir l'ulcère pbagédénique situé sur un des côtés du méat urinaire, détruire une portion considérable du gland avant qu'on ait pu en arrêter les progrès ; et cependant l'affection ne s'étend pas à l'autre côté du méat, bien que la surface ulcérée demeure constamment en contact avec lui.

L'ulcère pbagédénique s'accompagne d'un peu d'inflammation, mais non d'inflammation aiguc. La douleur n'est pas très vive, si ce n'est pendant une attaque de gangrène. Le prépuce est ordinairement rouge, quelquefois pourpre, presque toujours chargé de sérosité et tuméfié ; mais il n'est pas ordinairement induré ou ferme au toucher, et il n'a pas cette coloration vermeille et brillante qui accompagne le phimosis aigu causé par le chancre ordinaire. Mais les symptômes généraux sont plus intenses : le pouls est ordinairement rapide et facile à exciter, la peau est chaude, l'appétit est diminué, et le sommeil est agité et interrompu.

Il est rare de voir un bubon suppurant provenir d'un ulcère pbagédénique. Quelquefois une glande de l'aine se tuméfie, mais il est rare qu'elle soit très douloureuse, et, en général, elle reprend son état naturel en moins de huit jours.

Les symptômes secondaires qui succèdent à l'ulcère pbagédénique sont d'une grande violence et difficiles à traiter. Ce sont ordinairement des rujiia, des gangrènes de la gorge, l'ul-

490 Uf CIIANCBB.

c^ration du nez, des donleurs musculuîrea aussi cnieltps qa'opi* niâtres, et plus lard l'inflammation du périoste et dca os. Des symptômes semblables succèdent au chancre ordinaire; mats quand ils surviennent consécutivement à nn ulcère phag^dënique, ils sont très difficiles à guérir; et il n'est pas rare de voir la constitution s'affaiblir à la longue aotis lenr influence, et la mort en être l'effet.

Si l'on compare la description de l'ulccre phagédénii^uc ivec celle du chancre commun, qui a été donnée dans un chafiitre précédent, les signes qui distinguent ces deux affections deviennent évidents. Le chancre commun est précédé et suivi par une induration de caracttre particulier, qui suit son cours en qnelque sorte indépendamment de l'ulcération elle-même. L'ulcère phagédenique ne montre aucune induration de ce genre ; l'époiasissement qui l'accompagne ne diffl-re point de celui qui coïncide avec tous les autres ulcères, et n'est qu'un phénomène lié i la malignité de l'ulctre. Le chancre commun s"(?tend également dans toutes les directions ; l'ulcère phagédénîque s'étend irrégulièrement, et se guérit fréquemment d'un côté tandis qu'il gagne du terrain de l'autre. Le clinniTe commun tend à se multiplier et A produire des ulc&res semblables sur les surfaces qui lui sont eontiguë-» ; l'ulcère phagi^dénique reste isolé et les surfaces contigui's ne s'affectent point. Il existe aussi une diflSrence, quoique moins évidente, dans les symptômes secondaires qui succèdent à ces deux espèces d'ulcères, et le traitement doit différer dans l'un et l'autre cas.

Si l'on traite un ulcère phagédcnique par l'usage du mercure largement administré, on observe le plus souvent que famdiorntion est plus immédiate et plus prononcée que dans le cas de chancre commun. En très peu de jours, l'inflammation se dissipe, la surface malade se nettoie, et l'ulcère commence  se cicatriser ; mais celte amélioration n'est ordinairement que temporaire; en général, quelques jours plus tard, si l'usage du mercure est continué, et surtout si son influenre sur l'ensemble de l'économie est très marquée, l'aspect dos parties change ; les tissus environnants deviennent noirs et violacés; il se forme soudainement des gangrènes qui envahissent la totalité de l'ulcère et souvent une grande partie du prépuce et de la verge.

fJ ^

D'un autre coté, ai Ton omet entièrement l'emploi du mercure et qu'on n'applique à cette affection que le traitement usité pour guérir un ulcère commun, Tulcère phagédénîque conserve opiniâtrement son mauvais caractère et fait des progrès constants, quoique moins rapides, par une ulcération putride.

Le mercure est d'une grande utilité dans le traitement de Tulcère phagédénique ; mais si on lui laisse produire ses effets déprimants, la conséquence en est presque toujours la production de la gangrène. Il faut donc l'employer de manière à prévenir un tel résultat. Il faut l'administrer aux doses et sous les formes qui dépriment le moins la circulation , et le combiner avec des médicaments capables de soutenir en même temps la constitution. L'oxymuriate de mercure donné à la dose d'un huitième de grain deux fois par jour, et combiné avec la décoction de salsepareille, est la préparation la plus efiBcace et celle qui présente le plus de sécurité ; mais, même sous cette forme, il faut suivre attentivement les effets du mercure; et si les téguments deviennent pâles ou livides dans le voisinage de l'ulcère, ou si l'on remarque de la langueur dans l'état général du malade, il faut suspendrece traitement pour ne le reprendre qu'après que ces symptômes de gangrène imminente auront disparu.

Je ne dois pas oublier de dire que l'usage interne de l'hydriodate de potasse exerce souvent une influence marquée sur cette forme de la syphilis.

Addition DE P. RicoRD. — Je ne saurais laisser passer la note de M. Babington, sans y signaler des assertions tout à fait inexactes.

Avec les chancres qui dès le début deviennent phagédénîques on n'observe jamais d'accidents secondaires.

L'expérience m'a appris que dans les cas où l'on avait observé des accidents constitutionnels à la suite de chancres phagédénîques, le phagédénisme avait été postérieur à Tinduration.

Ces apparentes exceptions que semble présenter l'histoire du chancre phagédénique sont d'autant plus rares que le phagédénisme a été gangreneux dès l'origine, car la gangrène détruit rapidement la spécificité des chancres , les tissus qu'ils occupai ef empêche ainsi Tinfection d'avoir lieu.

uaMH

489 nt- niAKCRB,

Mes expérieiiceii ont encore prouvé qu'il n'y avait début particulier pour ie thancie pbagedéniquc, l'inoculai {lomiant d'abord les mènies résultats pour toutes les variétés du chancre. Seulement, selon les individus, la déviation de la fonae régulière est plus ou moins rapide.

Le pus fourni par le chancre phagédénique dipbtLéritique, ou aerpigineux, inocule tout aussi bien les parties voisines que celui fourni par le chancre indurv; et mieux encore, plus longtemps inoculable : il n'en est pas de même àa pua chancre phngêdénique gangreneux proprement dit.

Les bubons sont loin d'être rares à la suite des chancres phi gédéniques diphtbéritiqucs ; rien de plus commun, au contraire, que de les voir affecter eux-mêmes la forme pbagédémqtte pendant U durée, ou après la disparition des ulcères auxquels ils avaient succédé. Ce qui est vrai, c'est que les bubons sont rares à la suite du chancre phagédénique gangreneux, et qu'il arrive assez souvent même qu'on les voit disparaître ou s'affaisser, lorsque déjà ils avaient commencé avant le développement de la gangrène.

Lorsqu'il arrive iloi symptômes secondaires à la suite des chancres devenus phagédéniques, leur gravité n'est pas la conséquence de celle de l'accident primitif : elle est uniquement due à la cause qui avait rendu grave l'accident primitif luimême ; et cette cause se trouve encore dans les conditions individuelles du malade.

Quand on se rappelle led principales variétés que peut offrir le chancre et les nuances infinies qu'il présente, on sent le peu de valeur du diagnostic différentiel absolu qu'a voûta établir M. Babington, et qui ne porte même, avec de grandes inexactitudes, que sur le chancre induré et le chancre phagédénique mal défini.

Dans les chancres phagédéniques le mercure souvent est plus nuisible qu'utile. Donné à des doses insignifiantes, ses effets sont illusoires. Les cas où il réussit sont exceptionnels. Du reste, il n'est pas de rcnii'Jcs qui n'aient réussi ou échoué dans le traitement des ulcères [■'^■agédéniques. Jusqu'à présent il n'existe aucune méthode absolue. La chose pririiipale, pour la cure, c'est de trouver la cause qui donne celt^' marche (acheusQ

UV CHANCRE. 493

à Tulcère syphilitique ; et cette cause , si souvent liée à des conditions scorbutiques, contre-indique l'emploi du mercure, qui devient puissant quand il ne reste plus à combattre que l'accident syphilitique pur.

Faisons encore observer, comme le font déjà pressentir quel« ques unes des assertions de Hunter, qu'on peut confondre avec les chancres phagédéniques des ulcères esthiomènes, cancroïdes, qui quelquefois succèdent à des ulcères syphilitiques ou surviennent après des antécédents dits suspects, ulcères qui ont été d'abord ou qui deviennent plus tard étrangers à la sy* philis. Voyez les additions des pages 411 et 449, ainsi qu'un bon travail de M. le docteur Huguier Sur Vesthiomène de la vulve (1).

$ n. 11m alttéralîoiis qui reatembleat «a ehanere.

Il arrive souvent qu'après que les chancres se sont cicatrisés et que le virus est entièrement détruit, les cicatrices s'ulcèrent de nouveau et se rouvrent sous forme de chancres.

Bien que ce phénomène morbide s'observe le plus souvent dans le siège des anciens chancres, il ne se limite pas toujours à ces surfaces, car il se manifeste souvent des ulcères sur d'autres parties du prépuce ; mais ces derniers ulcères eux-mêmes paraissent dépendre de l'existence d'une maladie vénérienne antérieure, car ils attaquent rarement les sujets qui n'ont jamais eu ni gonorrhée, ni chancre. Ces ulcères ressemblent tellement à des chancres, que je suis convaincu que dans beaucoup de cas on les traite comme tels, bien qu'ils n'aient rien de vénérien. Ils diffèrent des chancres, en général, en ce qu'ils s'étendent beaucoup moins rapidement ; ils ne sont point aussi douloureux ni aussi enflammés, ne présentent point la base indurée des ulcères vénériens, etne produisent point de bubons. Cependant ces ulcères, quand ils sont très graves et qu'ils attaquent une mauvaise constitution, peuvent être pris pour des chancres bénins, ou pour des chancres qui se sont formés dans une bonne constitution (2] .

(j) Mémoires de V Académie nattonale de médeciM. Paris, 4849 ^ t. XIV, p. 504.

(S) On lit ici , dans rédilion de Home : c J*ai vu plusieurs cas de MM iipèee qvl m*ODt eitrèmement embarrassé. •

494 Dl' CHANCRS.

On doit s*en rapporter un pea au récit du malade; quand il y a du doute, c'est au temps à le dissiper. Xai vaki mêmes apparences après une gonorrhée, mais cela est phi rare. Il semble que le poison vénérien laisse après loi anedi^ position à une ulcération différente de celle qui lui est paiticaliëre. J'ai vu un cas où ces ulcères s'ouvraient régulièranat tous les deux mois.

Ces ulcères n'étant pas vénériens, leur traitement pitesiB des difficultés, car l'indication consiste plus à empêcher le i»* tour des ulcères qu'à produire la cicatrisation de ceu ifk existent.

Ils réclament une attention toute particulière ; car s'il m sont point accompagnés de danger, ils sont souvent pfnMB, parce qu'ils tiennent J*esprit en suspens pendant ub temps pin ou moins long.

J'ai essayé un grand nombre de mo3''ens divers, mus avec peu de succès; cependant ces ulcères finissent par se gaérir. Dans le cas suivant, la lessive des savonniers a produit ne guérison rapide.

Un homme fut atteint sur le prépuce de trois ulcères qoi avaient la plus grande ressemblance avec des chancres bénins. N'étant pas fixé sur leur nature, j'attendis quelque temps, et je prescrivis seulement des soins de propreté. Ces ulcères ne prenant pas une marche favorable, plusieurs moyens thérapeatiques furent essayés. On les pansa avec l'onguent mercaiîel] mais ce topique produisait toujours une grande irritation, et Ton fut obligé de l'abandonner. Le mercure calciné fut prescrit comme moyen d'essai et afin de préserver la constitution ; mais les ulcères restèrent dans le même état. On les cautéiîfll avec le nitrate d'argent, ce qui parut produire un meilleur e& fet que tout ce qui avait été employé jusque-là, et pourtant ils n'étaient pas cicatrisés au bout de cinq mois. Je prescrivil quarante gouttes de lessive des savonniers à prendre matinit soir dans une tasse de bouillon. Au bout de trois jours de l'emploi de ce moyen, le malade observa un changement remarquable dans les ulcères, et, au bout de six jours, ceux-ci étaient parfaitement cicatrisés. Il avait eu plusieurs fois antérieurement des ulcères semblables, qui toujours avaient été traiMi

or CHANCRE. 4S5

luoe vénériens ; mais il commença à douter qu'ils le fussent illement quand il les vit se gudrir si rapidement sous Tinence de la lessive des savonniers.

J'ai connu un homme qui pendant plusieurs années fut sujet les ulcères de cette espèce, qui s'ouvraient et se cicatrisaient kemalivement. Il prit des bains de mer pendant un mois ou ■X , et sous cette influence les ulcères se guérirent définitif ment.

Additiov db p. Ricord. — A part les ulcères de différente itare, tels que l'herpès et Teczéma, qui peuvent survenir chez BB individus qui ont actuellement ou qui ont eu des accidents fphilîtiqttes primitifs, les organes génitaux, ainsi que toutes ■ autres parties du corps, deviennent quelquefois plus tard t flîége d'accidents secondaires qui embarrassent dans le dianoatîe les gens peu versés dans la filiation des symptômes, qn'fls les confondent alors avec les accidents primitifs^ semble l'avoir souvent fait Wallace.

% m. Mm Vè^êSmlMmwamaX et de rîadarAtîon dei parlMf .

Dans quelques cas, les parties ne s'ulcèrent point, mais elles 'épaississent et deviennent dures et résistantes. Le gland et B {ir^mce semblent se tuméfier, et forment une tumeur ou exloissance qui naît de l'extrémité de la verge sous la forme Tiin chou-fleur. Cette excroissance, qui se montre extrême- Dent indolente dans toutes ses opérations, présente, quand on a divise, des rayons qui se dirigent de sa base ou origine à Rsniiace externe. Cette affection, plutôt que celles qui préèdent, fait naître l'idée d'un cancer, car elle consiste princi- Mlement dans une substance de nouvelle formation. Quoi qu'il B soit, elle n'est pas toujours une conséquence de la maladie pàiénenne, car je l'ai vue se former spontanément.

Cette maladie est constituée par une tumeur de nature tel- IsBsent indolente, que je ne connais aucun médicament sur lepd on puisse compter le moins du monde pour en accomplir Jagnérison. J'ai pratiqué l'amputation de ces tumeurs, et j'ai va faire la même opération par d'autres chirurgiens, dans la

4Mi OV CHkSCBF.. V

pensée (Qu'elles étaient cancéreuses, et ia plaie qui en est rf4H eiiltée s'est cicatrisée régulièrement. ■

Dans la plupart de ces cas, il faut enlever une porticn L-on- .1 sidérable de la verge. Aussitôt après l'amputation, on introduit I dans l'urètre une algalie lie grosseur convenable. Sans cettéj précaution, il pourrait survenir des accidents très pénibles. Bm effet, les premiers appareils de pansement adhèrent à l'oriBcSn du canal par le moyen du sang extravasé, et s'opposent à l'écowM lement de l'urine, ce qui doit entraîner des inconvénients facïlein k prévoir. C'est ce qui est arrivé chez un malade dont j'ai lat^M paté la verge. ■

Addition de P. Ricori», — Le chancre peut laisser à nir^ suite de l'œdème, et souvent de l'œdème liur, squirrboïde ; des engorgements des vaisseaux lymphatiques vulsins, plus ou inoins limités en longueur, et offrant des canaux qui deviennent souvent fistuleux ; du tissu inodulaire, et surtout des indurations spécifiques. Mais il arrive quelquefois qu'un chancre devient végétant, fongueux, ou passe sur place à l'état de plaque muqueuse avec plus ou moins d hypertrophie. Ces plaques plus ou moins tuberculiformes peuvent être confondues, faute de connaissances ou d'attention, avec de véritables végétations, ou, ce qui est plus fâcheux encore, avec le cancer. J'ai vu, pat suite de ces erreurs, amputer quelques verges qu'on aurait sauvées en y regnrdaiit de plus près !

Ç IT. Dei poireaux.

Une autre disposition que le poison vénérien développe dons les parties de la généralion, c'est une disposition à former des excroissances ou tumeurs cutanées appelées poireaux. Cette disposition est plus intense dan^ les points qu'occupaient les chancres que partout ailleurs, et même ceux-ci se terminent souvent par un puireau. Peut-être les parties acquièrent-elles cette disposition par le contact longtemps prolongé de la matière vénérienne, car elle se manifeste souvent après des gonorrhées qui ne s'étaient accompagnées d'aucun chancre ; il est probable que cela n'arrive que diin^ les cas où la matière véné'

DU CHANCRB. 497

rienne a fait Daiire l'excitation vénérienne sur le gland et 8ur le prépuce, et y a produit ce qu'on peut appeler une gonorrhée insensible.

Le poireau parait être une excroissance de la peau ou une tumeur qui se forme sur elle ; d'où il résulte qu'il est recouvert par un épidermequi, de même que tous les autres épidermes, est fort et dur ou mince et mou, exactement comme l'épiderme qui recouvre la partie sur laquelle Texcroissance s'est élevée. Ces productions sont rayonnées de la base à la circonférence. Les rayons se manifestent à la surface extérieure par des points ou des granulations qui ressemblent beaucoup à des granulations de bonne nature, excepté que ces petites saillies sont plus dures que les véritables granulations et s'élèvent au-dessus de la surface. Il semblerait que la surface sur laquelle chacune de ces excroissances se développe n'a de disposition qu'à en former une seule, car la surface environnante qui lui est continue ne participe pas à la même végétation. Ainsi, une fois qu'un poireau a commencé à se montrer, il ne s'accroît point par Té* largissement de sa base , mais il s'élève de plus en plus. Les poireaux ont en eux-mêmes une puissance d'accroissement, car lorsqu'ils se sont élevés au-dessus de la surface de la peau, au niveau de laquelle ils ne peuvent pas s'étendre en largeur, ils se gonflent de manière à former un corps épais et arrondi qui devient de plus en plus inégal.

Cette structure les expose à être lésés par tout corps qui frotte contre eux, ce qui souvent les fait saigner abondamment et les rend très douloureux.

Beaucoup de pathologbtes pensent que ces excroissances ne sont pas seulement un effet consécutif du poison vénérien, mais qu'elles sont douées de la disposition spécifique de ce poison ; en conséquence, ils les traitent par l'emploi du mercure, et Ton affirme que ce traitement réussit souvent. Je n'ai jamais observé cet effet favorable du mercure, bien que je l'aie administré à une dose qui aurait suffi pour guérir chez les mêmes malades des chancres récents et quelquefois même une syphilis constitutbnnelle.

Ces végétations étant des excroissances qui émanent da oorps, on ne doit pas les considérer comme une véritable par*

iSS »l' CHANCliB.

lîp de l'animal , ni coinmo (?tant donées des Corces vilnles naturelles; ce qui fait que la guérison en est plus facile. Elln constituent si peu une véritable partie de l'économie, et élira sont tellement une production morbide, que plusieurs circonstances insignifiantes en amènent la destruction. Une inflanw mation qui s'allume dans les tissus naturels et sains autour d'un piùreau y fait naître une disposition en vertu de laquelle il se détruit. Divers stimulants appliqués à la surface d'où naiseetit ces végétations les font souvent périr. L'électricité y détermine une action qu'elles ne sont paa capables de supporter ; l'inSainnation s'allume autour d'elles, et elles tombent.

D'après cette manière d'envisager les poireaux, il ne parait pas qu un doive toujours nécessairement avoir recours au bistouri et aux escarro tiques, bien que ces moyens agissent plus rapidement que tout autre dans beaucoup de cas, surtout si le pédicule est petit. Pour les poireaux à pédicule étroit, une paire de cieeaux est le meilleur instrument. Lorsque le malade aune aversion insurmontable pour l'instrument tranchant, quel qu'il soit, on peut employer avec succès un fil de soie que l'on serre autour du pédicule. De quelque manière qu'on ait séparé ces végétations, il est nécessaire, en général, de cautériser laaorface qui constituait leur base.

X.es escarrotiques agissent sur les poireaux de deux manières, c'est-à-dire, en frappant de mort une partie de l'excroissance et en produisant une stimulation dans la portion qui survit ; de sorte qu'en renouvelant suffisamment les cautérisations, la totalité de l'excroissance se détruit assez rapidement, et qu'il est rarement nécessaire de cautériser jusqu'à la racine, parce que souvent la base ou racine se sépare d'elle-même et est éliminée. Cependant il n'en est pas toujours ainsi ; la racine du poireau De se sépare pas toujours et elle peut se développer de nouveau. Dans de tels cas, il est nécessaire de cautériser plus loin même que la surface de la partie, afin de détruire la racine.

Tous les caustiques, comme la potasse caustique, ainsi que les sels métalliques, tels que le nitrate d'argent, le vitriol bleu, etc., jouissent d'une force suffisante. Le vert-de-gri» mêlé avec la poudre de feuilles de sabine constitue un des meilleurs stimulants.

DU CHANCRE. 49ft

Après que les poireaux ont été, en apparence, suffisamment détruits, il arrive souvent qu ils se développent de nouveau^ non parce qu on en a laissé une portion, mais parce que la surface de la peau reste douée de la même disposition . Il faut alors renouveler le même traitement, afin de détruire cette surface.

Addition de P. Ricord. — Le court paragraphe de Huntef sur les poireaux est loin de donner une idée exacte de toutes les variétés de végétations qui ont été à tort ou à raison rapportées à la syphilis.

Il ne s'agit souvent que de véritables verrues, dues à une maladie des follicules cutanés ou muqueux, que précèdent souvent de simples tannes. Dans ce cas, la sécrétion fournie par les follicules affectés devieht de plus en plus concrète ; tandis que les follicules eux-mêmes finissent par subir une scjrte d'extroversion, et présentent un fond granulé d'où naissent des aspérités qui leur donnent quelque ressemblance avec les poireaux. Mais le plus fréquemment les végétations réputées vénériennes consistent dans un tissu épigénique de nouvelle formation, et qui tend ordinairement à croître. Ces végétations, dont la vascularité est plus ou moins régulière et qui jouissent, dans quelques cas, de beaucoup de sensibilité, sont tantôt sessiles, tantôt pédicuJées. Dans le premier cas, elles peuvent être plus ou moins nombreuses et étendues, offrir une surface granulée, plate ou convexe, plus ou moins rouge, et dontraspect rappelle assea souvent celui des fraises ou mieux encore des framboises, aux* quelles on les a comparées. Quand elles sont pédiculées, on voit, d'une tige unique plus ou moins épaisse , partir des branches qui irradient en tous sens, et qui représentent assez bien le chou-fleur , lorsque , par leur siège , elles n'éprouvent pas de gêne dans leur développement, tandis que dans des circonstances contraires, différemment comprimées et aplaties, elles peuvent affecter la forme de crête de coq. Humides, friables, facilement saignantes, et baignées souvent par une sécrétion mucoso-purulente lorsqu'elles siègent sur des muqueuses recouvertes, elles deviennent sèches, dures et même cornées, sur les points du derme exposés à l'air.

Du reste, quelle que soit la variété à laquelle elle^ appar-

500 UC CHANCU.

tiennent, les végétations ne omissent pas toujours tlKoa \m mêmes circonstances ; tr^ souvent lenr cause échappe. Dand* quelques cas cependant elles soccèdenl i des irritations eczémateuses ou herjiéliqaes. L'état de grossesse, la malpropreté dans les deux sexes p«i?enl les produire. Les différentes tariétés de la blennorrbagie semblent quelquefois présider à leur développement ; tandis qu'on les voit dans d'autres circonstances être la conséquence d'un chancre à la période de néparation vicieuse, au le produit des plaques muqueuses.

Les végétations ont pour siège la muqueuse balanique et préputiale, et bien souvent leâ environs du frein et la rainure de la base du gland ; l'entrée de la vulve ; les anfractuoàtés des caroncules myrtiformes, qu'un prend souvent pour elles ; les différents points de l'étendue du vagin ; le col et les cavités de l'utérus; l'urètre et la partie inférieure du rectum dans les deux sexes ; la langue, surtout à sa base, oii les papilles fongifurmes les simulent quelquefois ; le voile du palais, et plus particulièrement les bords de la luette ; le larynx, où les a si bien ilécrites mon savant condisciple M. Senn, de Genève ; et enfin la peau dans différentes régions, et surtoat aux enTinma des organes génitaux et de l'anus.

Quant à la cau^je spéciale qui détermine et entretient les végétations, on ne saurait, d'après ce que j'ai dit autre part, la chercher dans le virus syphilitique. Aussi leur distinction en primitives et en secondaires n'a-t-elle aucune valeur ; car elles sont toujours matériellement les mêmes, et ne sauraient, dans aucun cas, servir à distinguer une infection locale d'une syphilis constitutionnelle. Il est faux qu'elles soient contagieuses, comme quelques personnes l'ont avancé. On peut rencontrer des individus qui, ayant eu des rapports avec des personnes affectées de végétations, en présentent ensuite, sans que cependant elles leur aient été communiquées. Dans ces cas, du reste fort rares, il n'y a certainement qu'une simple co'incidence et non un Î&H de contagion, comme on en trouve de plus nombreux exemples pour la phthisie et le cancer.

Les végétations ne sont ni la preuve d'une infection récente, ni celle de l'existence d'un empoisonnement général. Quand elles ont été précédées par des accidents vénériens

Dl' CHANCRE. 501

primitib, ou par la syphilis constitutionnelle, elles semblent être une con:^équence fortuite des irritations locales que ces con* ditions peuvent produire, mais non un effet spécifique, puisque d'autres causes peuvent les faire naître.

Les végétations peuvent être compliquées d'accidents vénériens primitifs ou secondaires, dans le lieu même qu'elles oc* cupent ou à distance. Les complications les plus voisines sont la blennorrhagie, les chancres à la période de progrès ou de ré* paration, les chancres indurés, qui peuvent encore leur servir de base, les papules ou plaques muqueuses, etc. Elles déterminent souvent, ou tout au moins entretiennent dans beaucoup de cas, des écoulements blennorrhoïdes, gênent quelques fonctions, et peuvent donner lieu à des accidents plus ou moins graves, selon les sièges que j'ai énumérés plus haut.

Leur diagnostic est ordinairement facile, et il faut être bien peu attentif pour les confondre avec les tissus normaux de quelques régions, ou, par une erreur plus commune, avec des tumeurs dues à une hypertrophie des tissus, sans productions épigéniques, comme cela arrive dans quelques cas de plaques muqueuses. Souvent, développées dans des proportions énormes et incarcérées dans un prépuce étroit, elles compriment et atrophient le gland, ou contractent des adhérences avec le prépuce. Là, elles s'indurent dans un point, se ramollissent dans un autre, et, gênées dans leur circulation, elles sont frappées de gangrène, fournissent des suppurations fétides etichoreuses, et peuvent être prises pour des dégénérescences dues au cancer. Ces erreurs ont pu être encore plus faciles dans quelques circonstances où, indépendamment de la déformation des parties par leur grand développement et d'abondantes suppurations, elles déterminaient une pâleur souvent analogue à la teinte paille de la cachexie cancéreuse*

Quant au pronostic des végétations, s'il peut être grave, ce n*est jamais qu'en raison des circonstances accessoires.

Sous le point de vue de leur traitement, je suis tout à fait de l'avis de Hunter Les traitements généraux : mercure, or, sudorifiques, etc., n'ont sur elles aucune influence. Elles continuent fréquemment à croître, pendant qu'on les traite ; disparaissent ou tombent quand on ne fait plus rien , et sans qu'on saisisse

zzi.zzrri ! Lî ".ci-c: îi:.: e..€-s sôccèdr

.r^-r - .- j.T:i-il de ^y

Page 1