‹ Traité de la maladie vénérienneChapitre 8 sur 84 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DU POISON V^NiRIEN.

La maladie vénérienne a pour cause immédiate on poison^ et comme ce poison est le produit d'une maladie et jouit de la propriété de produire une maladie semblable , je Tappelle un poison morbide^ pour le distinguer des autres poisons animaux, végétaux ou minéraux.

Les poisons morbides sont nombreux, et différent les uns des autres sous le rapport du mode et de la puissance d'infection. J'appelle poisons morbides simples ceux qui ne peuvent infecter le corps que localement ou constitutionnellement , mais non des deux manières; et poisons morbides composés^ ceux qui possèdent ces deux modes d'infection. Le poison vénérien, quand il a été communiqué au corps humain, a la faculté de se propager ou de se multiplier, et, comme il peut agir également d'une manière locale et sur toute la constitution, il constitue un poison morbide composé. Comme tous les poisons de cette espèce, il peut être conununiqué d'un grand nombre de manières différentes, et produit toujours la même maladie sous l'une ou l'autre de ses formes.

S Z. Se la première origine du poison vénérien.

Bien que la première apparition de ce poison appartienne certainement à l'histoire des temps modernes (1), cependant l'époque précise et le mode de son origine ont échappé jusqu'à

(4 ) Cela n'est pas prouvé. P. Ricord

PU ronoN winÈBOM. 19

fiéMDt à nos recherches, et Ton est encore dans le doute pour moir 8*il a pris naissance en Europe ou s*il a été importé ^Amérique. Je ne chercherai point à discuter cette question. Ceux qui voudraient examiner longuement les faits, les auto« TÎtéB et les arguments qui ont été cités en faveur de la dernière de ces deux opinions, peuvent consulter Touvrage d'Astruc(l); et pour la première, on peut lire un court traité qui a été publié en 1151, sans nom d'auteur (2). L'auteur de ce livre paraît avoir étudié profondément ce sujet, et il démontre, autant qu* on peut le faire par le raisonnement, que la maladie vénérienne n'a pas. été apportée des Indes occidentales. Non content d'avoir établi ce fait, il cherche à expliquer la naissance de cette maladie en Europe ; mais il n'est pas si heureux dans cette partie de sa tâche. C'est un sujet difficile à traiter, et le défaut d'un nombre sufSsant de faits laisse trop de champ aux conjectures.

Nous ne pénétrerons donc pas plus avant dans cette question. Il importe peu, en effet, de savoir à quelle époque et dans quel pays cette maladie a pris naissance. Les animaux ne sont point formés naturellement dans un état de maladie» et les actions morbides ne naissentpoint spontanément dans l'économie tnimale ; mais les corps vivants sont doués de susceptibilité pour des impressions capables de produire ces actions morbides, de sorte que les maladies ont toujours pour point de départ sue impression qui s'exerce sur le corps. Or, comme il est probable que l'homme est de tous les animaux celui qui est sus-

lî

1) De nuirbis veneriiê. Paris, 4740, 2 vol. in-4\

(i) Cet ouvrage a pour titre : A diMerlalim on the ohgin of th$ «•diMeate, proving IAa( H was not broughl from America, tmt bcgan Al Europe from an epidemical distemper. TranêlaUd from thê original Mcmiscrfpl of an eminent physician. London. 1751

Le oom de laaleur est Antoine Nunès Ribeiro Sancbez, né à Pogna- Macoes (Portugal), en 1699. mort à Paris, le 4 4 octobre 47S3. Son oufrage a été publié en français : Dinserlalion sur l'origine de la maladie vénérienne , dans laquelle on prouve quelle na point été apportée de TAmirifme et quelle a commencé an Europe par une épidémie. Paris , 1713. — Ensuite il a publié : Examen historique sur l'apparition de la maladie vénérienne en Europe. Lisbonne, 4 774. Enfin, après sa mort, il a élépabKé, parlessoiDsdudocteorCh.-L.-Fr. Andry, un dernier ouvrage deSancbes, OUervationê sur les maladies vénériennes, Paris, 1785.

20 DU POISON véNÉaiEK.

ceptible du plus grand nombre d'impressions capables de deve* nir des causes immédiates de maladie, et qu*il est est en outre le seul animal qui crée des impressions artificielles agissant sur lui-même, il est aussi celui qui est sujet au plus grand nombre de maladies. C'est sans doute dans une de ces conditions crééee artificiellement qu'a été produite l'impression qui a donné nais* sance à la maladie vénérienne.

{î II. CTetl àmoÈ l'«spè«e himmino et dant lef partÎM de la géaératîiM

q«e le peiiiMi vénérien a prif naisMinoe.

De quelque manière que le poison vénérien ait pris naissance, il a certainement débuté dans Tespèce humaine , car nous ne connaissons aucun autre animal que l'homme qui puisse en être infecté (l). Il est probable aussi que ce sont les parties de la génération qui en ont été affectées les premières. En effet, s'il avait pris naissance dans toute autre partie du corps, il n'aurait sans doute pu se propager à d'autres personnes que celle qui en eût été atteinte d'abord, et par conséquent il n'aurait jamais été connu ; tandis qu'ayant pour siège les parties de la génération, qui sont les seuls moyens de connexion naturelle qui existent entre les êtres humains (2), à part les rapports qui ont lieu entre la mère et l'enfant, il s'est trouvé dans la condition la plus favorable à sa propagation. En outre, comme nous le verrons dans l'histoire même delà maladie, les effets constitutionnels de ce poison n'étant pas susceptibles d'être communiqués,

(1) Gelto opinion de Honter paraît vraie. J'ai tenté rinocalation du pus syphilitique, pris dansloutes les conditions possibles, sur des chiens, sur des chats, sur des lapins, sur des cochons d'Inde , sur les pigeons qu'on avait dit être bientôt tués par rabsorption du virus vénérien. Dans aucun cas, et malgré la diversité des expériences, il n*a été possible de transmettre la maladie. On a dernièrement réussi , après de nombreux insuccès, à inoculer des accidents primitifs (des chancres non indurés) sur divers animaux : sur des singes, des chats, etc., et de cet animaox à l'homme : mais sans production do bubons , ni d'accidents constitutionnels I Ce n'est pas encore la syphilis.

11 ne faut pas, comme l'a fait dans ces derniers temps l'école physiologique, confondre les ulcérations simples et les affections catarrhales , dont les animaux peuvent élre affectés comme l'homme, avec la véritable syphilis ; ni les accidents primitifs avoc les accidents secondaires.

[i) Cela trest pas absolu. P. Ricokd.

DU POISON VÉNiBlEN. 21

nous «omiDes nécessairement amenés à cette conclubion, que 1C8 prenûert efiets ont été locaux (1).

§ m. 9e la BAlore da poison ▼éaérioa.

Noot ne connaissons pas le poison vénérien lai-même; nousniQ connaissons que les effets qu*il produit sur le corps humain. Il se présentecommunément sous forraede pus, ouuni soit avec dupus, soit avec quelque autre sécrétion analogue, et produit une matière semblable chez les sujets auxquels il est inoculé, ce qui prouve qu'il est Je plus ordinairement, mais non d'une manière nécessaire, un produit d'inflammation. Il détermine donc le plus souvent une inflammation dans les parties affectées ; outre cette inflammation, il se développe dans ces parties un mode particulier d'action, différent de toutes les autres actions qui se manifestent sous l'influence du travail inflammatoire ; et c'est ce mode spécifique d'action qui produit la qualité spécifique de la matière sécrétée. La présence de l'inflammation n'est pas nécessaire pour que ce mode particulier d'action persiste, car le poison continue à se former, longtemps après que tous les signes d'inflammation ont disparu. C'est ce qui résulte des faits suivants : des hommes qui n'ont que ce qu'on appelle un suintement habituel ou un chancre en voie de guérison , communiquent la maladie à des femmes qui étaient saines, et l'on voit des gonorrhées vénériennes qui se sont établies sans aucun signe visible d'inflammation (2).

Chez les femmes, l'inflammation est souvent très légère ; dans beaucoup de cas même on n'en observe pas le plus léger signe ; car il n'est pas rare de voir des femmes qui commu*

!ii

Il Cette proposition est encore vraie. P. Ricoed.

ï) Il est bien constant que par mpammation, Hunier entend ici Tintammation aiguë ; car, autrement , il ne serait pas conséquent avec sa propre doctrine, qui veut que le pus soit le produit d'une inflammation ei le véhicule obligé du virus.

Les chancres en voie de réparation absolue passent à l'étal d'ulcères sinples et cessent d'être conUgieux. Les expériences que j ai faites sur riaocolation mettent cette vérité hors de doute. Dans les cas où l'on a cm observer le contraire, la période de réparation était incomplète, et qMlqoes points de l'ulcération devaient être encore à la période uicéspécifique. P. Ricoao.

SS w poiioN viiqbnBi.

niqnent la maladie à d^s hommes, bien qu'elles n'aient éprouvé aucun des symptômes de Tinflammation, et qu'elles île pr^aeii* fent ancune trace de maladie vénérienne sous quelque forrae que ce snit U). Uinflammation et la suppuration, quand elles existent, ne sont donc que des phénomènes comitanta du mode particulier d*action qui constitae la maladie vénérienne, et leur degré d'intensité dépend plus de la nature de la constitotîoB que de celle du poison.

La formation du pus , bien qu'elle s'observe généralement dans les cas de maladie vénérienne, n*en est pas un 83rmptôm« constant , car il arrive quelquefois que Vinflammation prodaite par le poison vénérien ne se termine point par suppuration ; je suppose qu'alors l'inilnmmation est de nature érysipélateuae. C'est le pua qui est formé , soit sous l'influence de Tinflammation, soit sans inflammation, qui seul renferme le poison, car. sans la formation du pus, il ne peut point y avoir de poison vénérien. H résulte de là qu'une personne qui est atteints de l'irritation vénérienne, sous quelque forme que ce soit, ne peut communiquer la maladie à une autre s'il n'y a point de sécrétioB pumlente. Il est donc nécessaire, pour que la maladie soit communiquée, que l'action vénérienne prenne naissance d'abord , que du pus soit formé comme conséquence de cette action « et que ce pus soit appliqué sur une personne ou sur une partie saine (2).

f4) Si cette observation était vraie . Hanter serait encore ea eofitradiclîon complète avec loi-mAme. Les femmes ne penvent tranamettre la synYitirs qnA lontqn'elles en sont actuellement affectées. Quand on a cm qnVIIes avaient pu communiquer la maladie sans en présenter ancaoe trace, c/es' qu'elles étaient atteintes HesvmptAmes pmfonds et cachés , qu*on ne rt^ouvrait pas alors faute rt*exnlo«9lion k Taide do tpéculnm ; on bien qu'ayant eu des rapports préalables avec des hommes infectés, elles avaient momentanément recueilli, dans leurs ori?a nés, du poa vira» lent qu'elles avaient po transmettre ensuite, sans devenir e1les*métnss malades. P.Ricoid.

(î) La proposition de Hunter est ab«iolue et vraie: il n*y a pas de virus syphilitique produit sans suppuration . et pas de contaipoo oa ds transmission possible sans pus virulent. LVxception que HonCer loi* même semble apporter à celte loi n'est qu'apparente, et tient è ce qa*il n'a pas reconnu les deux propriétés distinctes do pas viraient, qui pesi •p> comme a^nt simple et à la manière des autres pas, peur pMwrs

f«iU qui prouvent que la maladie vénérienne ne se propage que par rintermédiaire du pus s'observent tous les jours eo grand nombre. Des hommes mariés contractent la maladie , et, ne sachant cas qu'ils sont en proie à l'infection, ils cohabitent avec leurs femmes pendant une ou plusieurs semaines; puis, voyant des symptômes se manifester, ils cessent leurs relations. Eh bien* dana tout le cours de ma pratique, je n'ai jamais va que la maladie se soit communiquée dans de telles circonstances, ai ce n*e8t dans les cas où les malades, faisant peu d'attention aux symptômes, continuaient à avoir des rapports avec leurs femmes après que le pus avait commencé à être sécrété. J'ai conseillé à des maris, malgré l'infection, mais avant tout écou* lement, de voir leurs femmes , afin de sauver les apparences, et je n'ai jamais eu à m'en repentir. Je crois même qu'on pourrait aller plus loin, et qu'on pourrait laisser un homme atteint de gonorrbée avoir commerce avec une femme saine , pourvu qu'il eût soin de bien nettoyer préalablement les parties de tout le pus qui peut les recouvrir, en injectant de Teau dans l'urètre, en urinant, et en lavant le gland.

Lorsque le pus qui est imprégné du poison vénérien vient en contact avec une partie vivante, il irrite cette partie et y tait naître communément une inflammation. Il faut qu'il soit appliqué à l'état liquide, ou qu'il soit rendu tel parles hun.eurs de la partie sur laquelle il est appliqué ; car il n'existe aucun cas ou il ait causé l'infection sous forme de vapeur, comme cela a lieu pour plusieurs autres poisons (1).

Addition de G. -G. Babington. — La dernière proposition de l'avant-demier alinéa a été omise dans l'édition de Home , et ce n'est point sans raison , car cette doctrine , pour ne rien

des inflammations non spécifiques, érysipélateoses ou autres, mais qui, lorsqo*tl agit primitivement en vertu de sa spéciGcilé, produit de rigueur des ulcères ei la suppuration. P. Ricord.

(I j Celle ot>ftervalion de Hunier est très juste ; le pus virulent , pour agir, doit êlre liquide ou rendu tel. Les croules qui se forment sur les chaocres, et qui s'y dessèchent, conservent la propriété virulente, et, délayées dans uo liquide, après une longue conservation , elles peuvent. conine les croûtes de la variole et du vaccin, servir è l'inoculation.

P. Hicoia.

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