CHEZ LA FEMME AVEC LA MENSTRUATION
Ce chapitre sera entièrement consacré à la théorie moderne le la menstruation fondée sur les observations anatomiques et a physiologie expérimentale. Contrairement aux anciennes )pinions, la théorie de Yovulation ou de la ponte spontanée mvisage la menstruation comme une fonction inhérente à la nature de la femme et de quelques mammifères domestiques. >tte fonction s'exerce pendant toute la durée de la période de la vie destinée à la reproduction et se manifeste périodiquement par l'orgasme vasculaire des ovaires et de l'utérus. Cet 3rgasme se reproduit chez la femme une fois par mois aux approches de la déhiscence physiologique spontanée des follicules de Graaf, en vue de la fécondation ou de l'émission spontanée les ovules non fécondés.
Comme la plupart des faits considérables dans les sciences, l'ovulation spontanée n'a pas été adoptée d'un seul coup, car sUe ne reposait pas toujours sur des observations aussi promises et aussi variées que celles que nous possédons aujourf hai. Pendant longtemps elle était déjà assez généralement idmise dans les classes inférieures des animaux, comme chez 'es insectes, les crusiacés, les poissons, les oiseaux, etc., etc.
Mais on possédait à peine la description de quelques faits isolés et pour ainsi dire perdus de la déhiscence spontanée des vésicules de Graaf chez les mammifères. Plus récemment, Négrier prépara un peu les esprits à Tidée de l'ovulatioii spontanée chez la femme pendant les époques menstruelles. Mais sa théorie ne prit déOnitivement place en physiologie que depuis les travaux de MM. Pouchet, Bischoff et les nôtres. La jeune génération médicale qui n'a pas assisté à celle conquête scienlifique, doit nécessairement être désireuse de connaître les différentes phases qu'elle a traversées. Il est d'ailleurs bon que Ton connaisse bien la part de chacun dans la construction de cet édifice. Par ce double motif, nous avons cru convenable de faire précéder la partie dogmatique de la question par son historique.
§ I. — Exposé historique des données relatives à roTulatlon spontanée
ehez la femme et les mammifères.
Depuis qu'il a été démontré que l'ovule préexistait à la fécondation chez les mammifères et en particulier chez la femme, on s'est mis à chercher à déterminer l'époque de sa formation. D'après les observations de Carus, confirmées par la plupart des physiologistes modernes, les ovaires possèdent déjà pendant la vie fœtale des germes de la génération future. Leur action physiologique consiste précisément à conduire ces germes, par une série de modifications successives, jusqu'au degré de maturité qui les rend aptes à êlre fécondés. D'après Carus, on voyait d'abord se former autour de chaque germe une enveloppe membraneuse dont l'intérieur se remplissait progressivement d'une sécrétion albuniineuse presque claire. C'est ce qu'on prit pendant longtemps pour des œufs et ce qu'on désigne maintenant sons le nom de vésicules de Graaf: ces dernières ne commencent à paraître, d'après la pinpart des physiologistes, que dans le courant de la première année de la vie extra- utérine des petites filles. Chez une enfant
OVULATK>N SPONTANÉE. 23
morte quatre jours après sa naissance, Car us n'en a pas encore reiicontré qui fussent remplies de liquide, c En revanche, dil-il, il se présente déjfi très-sensiblement des œufs plus ou moins grands, parfaitement indiqués par le vilellus et la vésicule primitive, lesquels se trouvaient pourtant encore étroitement enveloppés de la substance du follicule et de l'ovaire (1).
A cette époque, c'était en 1837, Carus était loin de se douter de l'ovulation spont^mée aux époques menstruelles. € Quand, par Téloignement du follicule et la formation du li- (luide granuleux, Tœuf mûr de la femme est isolé davantage, dit-il, de la substance des organes maternels, il reste dans l'état d'une vie latente pendant un nombre d'années qui n'est pas fixé définitivementy«^55r?^'à ce que par T acte de la fécondation il soit tiré de cet état dépenda^it et appelé à un développement ultérieur.
En 1838, l'Académie royale de médecine de Paris avait donné au concours la question suivante : « Faire l'histoire de » la menstruation, faire connaître l'influence que cette fonc- » tion exerce sur les maladies et celle.qu'elle en reçoit. > Après une lutte prolongée qui avait occupé deux commissions, l'Académie avait décerné le prix consistant en une médaille de 1200 francs à deux mémoires dont Tun avait pour auteur M. Brierre de Boismont, et l'autre Tauteur de cet ouvrage. Ne nous doutant pas encore alors de l'ovulation spontanée chez la femme, nous avons adopté les idées de Tilluslrt» physiologiste allemand Carus, c'est-à-dire un développement progressif des follicules de Graaf et des ovules pendant quelques années de la vie extra-utérine, et puis l'état stationnaire jusqu'au moment ilo la fécondation.
Cependant, pour expliquer l'hémorrhagie périodique des
(1) Comptes rendus hebdomadaires de rimlitut {Académie des sciences^ séance du 7 aoiil 1837), Le résultat des obscrvn'ions de Carus ne diirèrc pas d'ailleurs sensiblement de ce que nous avaient déjà appris à cet égard les observations de Rœderer [fcones tUeri humant , Gœttingœ, i 779), et celles de UaWer (E!em. physiologiœ, t. Vin,lib. 28, secl. il, § Zh).
femmes, nous avons admis une théorie qui nous appartenait en propre, et qui, il faut l'avouer, à partie fait de l'expulsion des ovules, se rapprochait beaucoup de la théorie moderne. Carus subordonnait tout au coït ; dans sa manière de voir, l'œuf était déjà prêt depuis longtemps pour être fécondé, et c'est l'excitation du coït qui devait suffire à tout le reste ; c'est elle qui devait amener l'application du pavillon de la trompe contre l'ovaire , conduire le sperme dans l'ovule et faciliter enfin le retour de Tœuf fécondé dans la cavité de la matrice. Comme on voit, il n'y avait point de place dans cette hypothèse pour l'hémorrhagie menstruelle. Quant à nous, nous avons supposé que cette application du pavillon ne devait pas dépendre exclusivement du coït. Dans notre pensée, cela devait être un acte spontané dont la nature devait se charger elle-même périodiquement, en vue delà fécondation, à l'aide d'un puissant orgasme vasculaire auquel l'hémorrhagie menstruelle servait de crise. C'était la disposition des ovaires chez les mammifères domestiques qui nous avait surtout suggéré cette manière de voir (1). Ainsi chez les chiennes, ces organes se trouvent enveloppés dans des sacs qui renferment en même temps l'extrémité du pavillon. Le passage du sperme vers l'ovaire et le retour de l'œuf fécondé vers la cavité utérine, se trouvent de cette manière anatomiqueraent assurés. Chez d'autres animaux, comme par exemple chez la truie, il n'y a pas le sac dont nous venons de parler, mais le pavillon est très-vaste et forme une sorte de capuchon qui, sous l'influence de l'orgasme vasculaire, embrasse facilement Tovaire en totalité. Comme chez la femme il n'y avait rien de pareil en permanence, il nous a paru évident que la nature, ordinairement si riche et si variée dans ses procédés, devait remplacer chez elle, par quelque autre mécanisme, les dispositions favorables dont nous venons de parler. Un de ces moyens nous parut consister (2)
(1) Nous avons lu en 1842 ou 1843, à l'Institut {Académie des science*)^ un mémoire sur les rapports des trompes avec les ovaires chez les mammifères domestiques (voy. les Comptes rendus, t. XIV, p. 958, et notre livre O0 la puberléj e(c., p. 381) .
(2) Journal CExpériencCy 1841.
dans une turgescence sanguine considérable d'un des ovaires, de la trompe correspondante et de la matrice. L'artère ovarique semblait surtout jouer un rôle important dans ce travail ; donnant des rameaux h la fois aux ovaires et aux pavillons des trompes, on comprend qu'à l'état de turgescence elle doit faciliter le rapprochement de ces derniers vers les ovaires. Ce qu'il y a de certain, ajoutions-nous, c'est que, d'après Burdach, on iroît souvent l'artère ovarique acquérir un grand volume et le pavillon se gonfler en même temps, chez les oiseaux, aux époques de la ponte. Haller (1) et J. 6. Walter (2) étant parirenus à bien injecter les artères ovariques sur des cadavres de femmes, virent également les trompes s'ériger et s'appliquer contre les ovaires. Enfin Dugès ayant eu Toccasion d'examiner le cadavre d'une femme morte au moment des règles, avait noté également une turgescence très-forte du pavillon de la trompe et son rapprochement de l'ovaire qu'il embrassait dans une partie de sa circonférence (3).
Ainsi, avant de connaître le premier mot de l'ovulation spontanée chez la femme, nous avions déjà admis la nécessité d'un acte physiologique spécial qui devait se répéter périodiquement dans les ovaires en vue de la reproduction de l'espèce, d'une manière tout à fait spontanée, sans intervention du mâle, sans coït, et que nous considérions comme la source de l'hémorrhagie menstruelle. Ne nous préoccupant alors nullement de l'ovulation, cette explication paraissait suflire pour le besoin de la cause.
En 18S9, au moment de terminer notre mémoire destiné au concours de l'Académie de médecine, nous avons appris la publication d'un livre de M. le docteur Gendrin (4) soutenant pour la première fois la thèse de l'ovulation spontanée chez la femme. L'auteur prétendait que la menstruation était immé*
(1) Haller, Elem, physiologiœ, t. VIII, p. 28.
(2) J. G. Walter, Belrachtungm uber die C^mrUlheile, Berlin, 1776, § 28.
(3) Boivin et Dug^, Traité des maladies de l* utérus^ t. I, p. A9. (à) Gendrin, Traité philosophique de médecine, 1839.
diatement liée à une autre fonction qui avait lieu dans les ovaires et qui amenait tous les mois une vésicule de Graaf et un ovule à la maturité. Cette nouvelle théorie ût d*abord une certaine sensation, mais comme les faits qu'on invoquait à son appui manquaient évidemment d& précision, son effet n'a été que passager. Quant à nous, il n'y avait pas de raison pour que nous nous fussions montré plus convaincu que les autres. En 1841, le journal l'Expérience^ dont nous étions alors un des rédacteurs en chef, avait publié une série de mémoires relatifs à la menstruation, extraits de notre travail couronné par l'Académie de médecine en 18&0. En lisant ces extraits, on peut s'assurer encore facilement que nous n'en étions pas convaincu davantage à cette époque. Et pourtant la théorie de M. Gendrin venait de recevoir l'appui des observations bien autrement détaillées de Négrier (d'Angers), que ce mpdecin venait de publier (1840) (1).
C'est que sur trois principaux faits, publiés par Négrier, à l'appui de sa théorie : un était relatif à une fille publique et un autre à une fille qui a été exposée pendant une nuit entière aux emportements luxurieux d'un jeune homme, la veille de rinvasion de la maladie qui la fit mourir. Comment conclure d'après des observations prises dans des conditions pareilles, à l'existence de l'ovulation spontanée ! comment se défendre de l'idée qui pouvait se présenter fort naturellemept à l'esprit, à savoir, que les caractères anatomiques trouvés chez ces femmes dans les ovaires, pouvaient être l'effet du coït?
Nous ne voulons pas par là amoindrir le mérite du travail de Négrier. Il est incontestable que c'est à ce médecin distingué que revient Thonneur d'avoir Tait connaître le premier quelques-uns des caractères anatomiques qui précèdent ou suivent la déhiscence spontanée des follicules de Graaf. Mais les circonstances au milieu desquelles ces caractères furent
(1) Négrier, Recherches anatomiques et phymlogiques sur les ovaires de l'espèce humaine considérés spécialement sous le rapport de leur influence sur /« menstruation, 18A0.
OVULàT(ON SPONTANÉS. 27
lés, sont telles, que s'ils ont quelque valeur aujourd'hui pour us qui avons appris à les connaître autrement, ils n'étaient s du tout concluants à l'époque où ils ont été publiés. Aussi ns nos mémoires publiés en 1841, dans le journal VExpé" mce, ne considérons-nous pas du tout comme prouvé que ; ovules arrivassent successivement à la maturité à chaque oque menstruelle.
Nous n avons pas été d'ailleurs le seul que les observations ibliécs par le docteur Gendrin, et un peu plus tard par îgrier (l), n'aient pas réussi u convaincre. Pour beaucoup I médecins, le fait physiologique annoncé par ces deux mfrères passa inaperçu. Cazeaux, qui publia la première lilion de son Traité des accouchements en 1840, n'en dit pas Q mot. Le docteur Brierre de Boisraont, dans son livre pulié en 1842, consacre à peine quelques lignes à la doctrine 5 la ponte spontanée de M. Gendrin et Négrier pour la trai- T ^'ingénieuse hypothèse. Il est certain que si les faits puliés jusqu'alors à Tappui de l'ovulation spontanée et de ses ipports avec la menstruation n'avaient pas été suivis d'autres lus convaincants, la plupart des médecins auraient imité la mdente réserve du docteur Brierre de Boismont.
Le plus grand mérite de Négrier, c'est d'avoir le premier ppelé sérieusement l'attention sur un fait qu'il était facile e prévoir depuis longtemps; si on ne l'a pas fait avant lui, 'est que les exemples de rupture spontanée des vésicules de Iraaf ne s'étaient jamais rencontrés en nombre suffisant entre 5S mains d'un seul observateur, pour qu'il eût osé en faire ine loi générale; on les trouvait néanmoins en assez grand lombre, dans les ouvrages des auteurs de différents pays, ^our en tirer parti, il eût fallu que quelque esprit supérieur se
(1) Au dire de Ni-grier, il aurait déjà fait connaître son opinion sur Tovuilion spontanée et ses rapports avec la menstruation, dans ses leçons publiques à École de médecine d'Angers, à partir de 1832. U paraîtrait mémo qu'il aurait ommuniqué le manuscrit de sa brochure publiée sur celte question en 1840, à pluieurs professeurs de l'École de médecine de Paris, longtemps avant la publication u livre de M. Gendrin.
38 PHYSIOLOGIE DE Là MENSTEUATIO!!.
lût chargé de les rapprocher, de les analyser, de les assimiler en quelque sorte, et l'ovulation spontanée des mammifères, et en particulier de la femme, n'aurait pas manqoé de sortir, comme une conclusion toute logique de ce travail intellectaeL Cette tâche, comme nous le verrons tout à l'heure, parait avoir été réservée à M. Pouchet, et son accomplissement constitue un des plus beaux titres de ce savant distingué, en physiologie et en histoire naturelle.
Vallisnieri, en examinant les ovaires d'une chienne qui commençait déjà à entrer en rut, mais que le mâle n'avait point encore approchée, trouva sur l'ovaire droit deux tumeurs, qu'il appelle corps glanduleux^ au sommet desquelles on distinguait très-bien une fente d'un dcmi-miliimètre environ de diamètre. Une de ces tumeurs insufflée par la fente se laissa distendre et acquit un volume assez considérable (1). D*après ce que nous verrons prochainement, ce fait constitue le dernier degré de l'échelle ascendante des follicules de Graaf. La fente trouvée au sommet d'un des follicules chez une femelle qui n'avait eu aucune relation sexuelle pendant toute la durée du rut, est une preuve évidente de la déhiscence et de l'ovulation spontanées.
Bertrandi étant en possession d'une femelle de cochon d'Inde ayant des petits, avait mis à part trois jeunes femelles et les fit élever ensemble sans aucun contact, avec des mâles. Quinze mois après, elles furent sacrifiées et l'on trouva chez deux de ces femelles une très-grande turgescence des ovaires, plus, ce que Bertrandi appelait des corps jaunes parfaitement mûrs, remplis de liquide (2). Cet état des ovaires représente, comme nous le verrons bientôt, un autre degré de développement des follicules de Graaf, celui qui précède immédiatement la rupture.
Au nom de ces physiologistes, on peut ajouter celui de
(1) Vallisnieri, htoria délia generatione deîl uomOt etc., pars II, cap. III.
(2) BufTon, Œuvres complètes asec des extraits de Daubenlon, etc. Paris, 1839, chap. VUl, p. 101.
Malpighi, Brugnone, Santorini, Cruiksank et de plusieurs autres encore qui avaient également remarque des corps jaunes chez les femelles des animaux domestiques n'ayant jamais eu de rapports sexuels, ainsi que chez des filles vierges. Peu de temps avant que Négrier eût fait connaître sa théorie, quelques médecins anglais comme Power, Montgomery, Lee, Paterson, Jones, avaient déjà pubhé des travaux intéressants sur les modifications éprouvées par les follicules de Graaf, pendant les époques menstruelles. D'un autre côté, comme le fait remarquer M. Longet, M. Coste, des 1837, avait nettement exprimé l'idée qu'à l'époque de rut chez les mammifères, les œufs tombaient spontanément de l'ovaire (1).
Le terrain se trouvait par conséquent préparé pour de nouveaux progrès qui, dans de pareilles conditions, ne pouvaient pas manquer de s'accomplir. L'émotion produite par les conclusions de Négrier ne pouvait que précipiter ce moment.
Plusieurs voies pouvaient conduire vers la solution du problème physiologique qui occupait tant les esprits. On pouvait presque indistinctement entreprendre l'une ou l'autre de ces Yoies, selon ses aptitudes, ses études habituelles et son goût. Quant à nous, à cause de tous ces motifs, nous avons préféré la voie qui était déjà tracée. Prenant pour point de départ les faits anatomiques dont on trouvait mention dans les auteurs, nous n'eûmes d'abord d'autre ambition que celle de nous assurer de leur exactitude. Le succès dépassa bientôt nos espérances. Après une année et demie de recherches, nous étions déjà convaincu de la déhiscence spontanée des vésicules de Graaf chez les animaux aux époques de rut et chez la femme aux époques menstruelles. Le fait de l'ovulation spontanée était do cette manière acquis pour nous définitivement, et en même temps nous avons conclu à l'analogie des époques des règles avec le rut.
D'un autre côté, l'examen attentif de difTérentes pièces ana*
(i) LoDget, TfQiU d$ pkyiiologie^ t. H, p. 718.
30 PHYSIOtOGIE DE LA MENSTRUATION.
tomiques qui passaient sous nos yeux nous permit de linguer, au milieu des caractères de la déhiscence, ceux a|)paiienaienl c^ la déhiscence spontanée de ceux qui îndfc quaient la fécondation. C'est ainsi que nous avons cru devoù rattacher à la première : Thémorrhagie intra-vésiculaîre elj rhéniorrhagie utérine qui constitue les régies. La fécondaUc nous a semblé, au contraire, pouvoir se passer aussi bien Tune (jue de Tautre.
C'est au moment de communiquer le résultat de ces intére»*1 saules recherches à l'Académie de médecine (1) et à l'Institnli (184*2), que nous apprîmes par une lettre adressée à celte] occasion, à l'Académie des sciences, que l'honorable professeur de l'Académie de Rouen avait publié, quelques mois avant, un travail dans lequel V ovulation spontanée était déjà proclamée comme une loi générale de tout le règne animal (•2). C'élail une œuvre remarquable d'érudition et de logique, un admirable plaidoyer faisant accepter l'opinion de l'auteur par la force du raisonnement, malgré Tabsence de preuves direcles. Cependant, pour bien des personnes, il n'était pas difficile de saisir du premier coup d'œil, l'immense différence qu'il y avait entre le travail de M. Pouchet, dont nous venons de parler, et le résultat de nos recherches, dont nous avons fait l'exposé en 1844 (3). Comme le font remarquer avec beaucoup de justesse deux illustres membres de Tlnstitut, MM. Geste et Longel, M. Pouchet s'e^t beaucoup moins préoccupé de faire admettre Tovulalion spontanée pur la voie de l'expérience, que par celle de latuilogiey pitr la voie de la pratique que par celle de f induction {fi),
Quant à nos conclusions à nous, elles étaient au contraire Texpression tîdèle de l'examen direct des pièces anatomiques
({) Raciborski, Bull, de rJoiUemie de mèdecim*. Paris, lS42-i3, t. TUI p. 5<>A, et (;x5tf<t«f vtctikvùf dtr Pam, L ^\, N* l.
(t) Pvticfcet» r^UfTw |MMà^H,tf da ia féL-Oêndatimy etc., lSd2.
,^3) lUcibonài* £>e 't* puberté et da Cdife criiiqttey etc.
^i> C»»W, riL^bjir^ gtfn^rtxie ef partKtài.ére du d^veiopptfmmt des êtres orgainitftf. Pir», IWiJ. t. l, p. !»*• LoQcH^ Trmté et fh^sOfio^m^ i. !I, p. 7ia.
aidé, en ce qui est relatif à la femme, de renseignements cliniques, pris pendant la vie (1).
Nous ne coraprenons pas, en vérité, comment on ait pu dire, en appréciant comparativement nos travaux : que nous avons étendu à la femme le résultat des observations de M. Pouchet sur les mammifères. Ce qui nous étonne encore plus, c'est d'avoir vu M. Pouchet se servir de cette appréciation, comme d'un argument d'une grande valeur, pour soutenir la priorité de ses recherches (2). En général, les discussions de priorités ont fort peu de notre goût; le plus souvent on s'y préoccupe davantage des questions d'amour-propre ou des intérêts personnels, que des droits sincèrement acquis et de l'amour de la science. Qu'y a-t-il après tout de surprenant que trois hommes aient eu simultanément la pensée de s'occuper de la même question, pour la résolution de laquelle tout était préparé depuis longtemps et sur laquelle l'attention était appelée de tous les côtés ! Ce qui devrait étonner davantage, c'est de voir ensuite ces hommes se disputer l'honneur de la priorité, par ce seul motif qu'il leur serait arrivé de publier le résultat de leurs recherches, qui ont dû nécessairement durer longtemps, à quelques mois ou quelques jours de distance l'un de l'autre I Aussi n insisterons-nous pas davantage là-dessus et nous nous bornerons à déclarer une fois pour toutes, que jusqu'à 18â/i, époque de la publication de notre ouvrage (3), personne n'avait trailé de l'ovulation
(i) Nous ne trouvons dans le travail cité de M. Pouchet qu'un seul fait où il soit question des caractères anatomiques des ovaires, notés par lui-mènic, que l'on puisse à la rigueur invoquer comme preuve du développement progressif des foUicules de Graaf, en vue de la dchiscence spontanée. C'est l'observation d'une vache pleine que M. Pouchet a eu roccasion de disséquer, et où il découvrit « trois corpora lutea à la s\irface d'un des ovaires et deux sur l'autre ; ils étaient diversement développés, et l'ulérus de cet animal ne contenait qu'un fœtus d*environdeux mois. Puis en outre, sur l'un des ovaires,, on observait deux grosses vésicules, à Tintérieur de chacune desquelles il se trouvait un œuf. » (Ouvrage cité, p. 667.)
(2) Pouchet, Théorie positive de VovtHaiion et de la fécondation dans V espèce kumaine et les mammilhres, basée sur l'observation de toute la série animalâé Paris, 18&7. ln-8, avec atlas in-4.
(3) Raciborski, De la puberté et de CAge critique chez la femme et de la ponte periodi^M chez la femme et les mammifères»
32 rilY^^IOLOGlE DE Ik MENSTRUATION.
dans son ensemble, comme nous l'avons fait dans le livre que nous venons de ciler. Nulle part, avant la publication de ce livre, on ne trouvera de description détaillée de toutes les phases du développement progressif des follicules de Graaf, non-seulementjusqu au moment de la déhiscence, mais même après la sortie des ovules chez la femme comme chez les mammifères. Enfin, toutes ces phases ont été reproduites par nous, d'après nature, dans un allas ({ui devait figurer dans un ouvrage complet sur la matière. Des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ayant permis de publier en 18/i A qu'une partie du travail projeté, la publication de l'atlas se trouvait par la même raison relardéc.Nousne manquâmes pas toutefois de saisir l'occasion qui se présenta de l'utiliser pour finstruction des élèves. En 1847, Orfila, qui venait de doter la Faculté de médecine de Paris d un magniûque musée d*anatomie comparée qui porte son nom, nous avait fait l'honneur de nous demander des pièces anatomiques relatives à l'ovulation. Nonseulement nous lui fîmes présent de notre collection anatomique, mais par la considération que la couleur des organes conservés dans l'esprit-de-vin devait néccssairemenl subir une altération, nous avons fait accompagner nos bocaux de quatre planches coloriées d'après nature (1).
(1) Comme la date de ce dépôt pourrait quelquefois avoir de l'importance, qotis demanderons la permission de passer sous les yeux de nos lecteurs la copie de U lettre de l'illustre doyen de la Faculté; elle pourra servir d*acte d'état civil à notre allas.