FACULTÉ DE MÉDECINE DE PABIS
c Paris, Cê 20 novembre i847.
» Monsieur et cher confrère,
» La Faculté, après avoir visité les nouvelles (galeries du Musée d'anatomic comparée dont ses collcclions viennent d'ôtic augnieiiiées, a désiré qu'un rapport destiné à constater les titres des savants qui ont bien voulu coopérer à cette œuvre, lui fût adressé, et fût inséré, comme témoignage de sa reconnaissance, dans les procès-verbaux ilc ses séances. Les travaux si intéressants dont vous avez bien voulu enrichir notre nouveau musée, Monsieur et cher confrère, devaient être l'objet d'une mf ution particulière dans le rapport dont il s'agit, et je me fais un plaisir de vous lare connaître dans quels termes M. le Rapf.orlcur s'est exprimé sur vos travaux : « Nous ne pouvons passer ^ous silence les pièces curieufe^c'e M. le docteur llariborski, sur l'ovulation cl les quatre planches dans lesquelles il
Pendant que nous poursuivions nos recherches anatomolysiologiques sur les ovaires et que nous étudiions les diiïcntes modifications qui s'y accomplissent successivement par s propres efforts de la nature, M. Bîschoff cherchait aussi, \ son côté, la solution du même problème. Mais cet habile lysiologisle ayant une grande habitude des expériences sur s animaux, préféra avoir recours pour cela à la physiologie ;périincnlale. Pour s'assurer si les ovules quittaient sponlasment leurs cellules, sans l'intervention du mâle, M. BischofT ut n'avoir rien déplus concluant à faire que d'enlever l'uté* is à qudques femelles d'animaux domestiques, telles que : uies, lapines, chiennes, etc., en laissant seulement les vaires. Tous les animaux qui avaient survécu à cette mutilaon, étaient gardés sans aucuns rapports avec des mâles, jus* u*à ce que les signes du rut se fussent franchement déclarés, es ayant ensuite sacrifiés à la fin du rut, M. Bischoff fut gréablement surpris de trouver les ovules déjà sortis de leurs apsules et arrêtés dans des culs-de-sac formés à l'endroit es sections, au-dessus des ligatures apposées sur les oviuctes.
Ce résultat fut annoncé à l'Académie des sciences de l'instiut par Breschet, précisément le même jour où nous avions u, devant ce corps savant, les principales conclusions de nos ecberches. La méthode employée par l'illustre physiologiste llemand n'offrait pas sans doute Tavantage qu'avait la nôtre, le présenter la fonction de l'ovulation dans son ensemble, nais elle conduisait directement au but final, et mettait l'é-
nission spontanée des ovules hors de toute contestation; elle
Uii représenlcr les principales circonstances de ce curieux phénomène, non lus que Tadmirable dissection de l'appareil respiratoire et des réservoirs aériens t% oiseaux ches le cygne, due au scalpel expérimente d'un de nos agrégés, M. le octeur Sappey. Cet préparations ont le mérite particulier de démontrer et d'! conacrer des décofwertet anaiomiques dues à leurs auteurs, n
» Je suis heureux d'avoir à vous transmettre les expressions accueillies et conrméespar la Faculté^ et d'y joindre le témoignage de ma reconnaissance et de mon ffectueuse oonsidération. » Le Doyen de la Faculté y
» Obhla. »
lACIMBftU. 3
3& PHYSIOLCXUE DE Î.V MBNSTBUATION.
a, on peut dire, décidé la victoire de rovulation spontanée, resiée, depuis, comme un fait parfaitement acquis à la science.
§ II. - CaracCèreM anatoiitiqaepi den véRleules de ^rmmt aux épaqaei «le rat chcs lent mainmlfèrcA donieiiCIqttoa.
Pour faciliter l'élude des modifications des follicules de Graaf chez la femme aux époques menstruelles, nous allons décrire d'abord les caractères anatomiques des époques de rut chez les mammifères domestiques, en commençant par la truie, à cause de la situation tout à fait superficielle des vésicules de Graaf dans la race porcine (1). Dès la première année, on les aperçoit à la surface des ovaires, comme de très-petites perles demi-transparenfes. Dès la deuxième année, elles forment déjà des grains séparés, rappelant par leur grosseur et leur aspect extérieur, une grappe de raisin (pi. I, fig. 1); elles sont d'un blanc jaunâtre, et renferment wtï liquide légèrement visqueux. C'est l'âge où les jeunes truies deviennent aptes à la reproduction et commencent à entrer en chaleun Les époques de rut se répètent habituellement' dans la race porcine tous les quinze ou dixhuit jours, lorsqu'il n'y a pas eu de fécondation. C'est ce qui nous a été affirmé par les éleveurs, et ce qui a été déjà établi dans le dernier siècle par Kulilemann, chargé de recueillir là-dessus des observations pour l'immortel Haller. Dans l'intervalle de deux époques voisines de rut, un certain nombre de vésicules augmentent relativement de volume; ce sont toutes celles qui sont destinées à arriver les premières à la maturité. Leur tunique interne se boursoufle, s'hypertropbie et forme une sorte de circonvolution; sa vascularilé augmente en même temps, comme on peut en juger d'après la pi. I, iîg.2,
(1) La plupart des détails anatomiques qui se trouvent consignés dans ce paragraphe ont été transcrits de notre livre ; De la puberté et de l'dge critique,etc. Paris, 1844. Les figures ajoutées au texte sont reproduites d'après l'atlas dont nous avons fait hommage au musée de la Faculté de médecine de Paris, en 1847.
qui représente une de ces vésicules ouvertes. Le liquide ren- Terme dans les vésicules devient en même temps plus visqueux. L'ovule, qui avait grossi progressivement, occupe généralement à celte époque, chez la truie, comme chez d'antres femelles de mammifères, la partie la plus élevée de la capsole (1).
Au moment tout à fait voisin de la déhiscence, mais évijemment avant la solution de continuité, il se fait dans Tintérieur des vésicules de Graaf un épanchement de sang qui finit par en remplir la cavité. Nous ne saurions trop insister sur !:etle particularité que l'hémorrhagie dont il est question, a'a rien de traumatique dans son origine ; contrairement à :e qu'avaient prétendu quelques physiologistes, elle est antérieure à la rupture des vésicules, elle est, en un mot, de l'ordre des hémorrhagies dites actives, et semble tenir à Tessence même du grand phénomène physiologique qu^elle accompagne. Nous aurons, d'ailleurs, l'occasion de revenir là-^ dessus en nous occupant des caractères anatomiques des époques menstruelles.
La poche vésiculaire étant ainsi distendue par du sang, prend souvent l'aspect conique, et devient presque pointue (pL I, fig. 3). Un degré de plus, et la distension se trouve poussée à ses dernières limites. Les parois des vésicules perdent alors de leur consistance, surtout dans la partie la plus élevée, s'infiltrent de sang, et deviennent ecchymosées (pi. 1, fig. 3). A ce degré de développement, il suffit d'une légère pression pour les faire éclater vers le sommet. On comprend dés lors facilement que l'aspiration qu'exerce dans ce point l'application du pavillon de la trompe, soit pendant le coït, soit lorsqu'il s'agit de faciliter l'expulsion de l'œuf non utilisé, doive amener sans peine une solution de continuité. Lors-
(1) Le grossissement des ovules à l'époque de leur maturité a été constaté par M. Cosle, déjà avant la proclamation de l'ovulation spontanée comme une lot générale de U reproduction dans le règne animal. Suivant le savant profebseur du Collège de France, à en juger d'après le volume des œufs^ un pourrait d'aVauce désigner ceux qui sont destinés à tomber.
36 PHYsionor.ic de la menstruation.
qu'on sacrifie Tanimal, à celle période de rul, avant la déhis* cence, on Irouve le sang pris en caillol, remplissant totalement la poche vésiculaire à l'instar d'un bouchon.
Examinées quelques jours après la déhiscence spontanée, les vésicules de Graaf sont affaissées et présentent à la surface une fente de 3 à A millimètres de longueur, dont les lèvres sont déjà la plupart du temps agglutinées. La cavité de la vésicule diminue alors généralement d'espace et se moule sur le caillot central. Les modifications que subit dans ce momenl la tunique propre de la vésicule sont intéressantes à étudier. Gomme nous favons dit, la membrane interne commence déjà à s'hypertrophier un peu avant la déhiscence, mais après faxpulsion de Tovule, cette hypertrophie fait encore de nouveaux progrès(l). La tunique externe se rétracte après la disparition de l'orgasme, qui tenait tout l'ovaire gonflé, et produit sur la tunique propre de la vésicule un effet analogue à celui que produirait, par exemple, la pression de la main sur une vessie vide (2). Obligée de céder à la pression, elle se plisse et forme des circonvolutions d'autant plus profondes que la force de rétractilité est plus grande et la tunique elle-même plus épaisse. Pressées les unes contre les autres, ces circonvolutions finissent par s'agglutiner et même par adhérer les unes aux autres ; celles d'un côté touchent souvent par leurs extrémités à celles du côté opposé, de manière que bientôt on n'aperçoit plus qu'une seule masse charnue remplissant la cavité de la vésicule de Graaf. Lorsqu'il s'agit de la déhiscence spontanée, cette transformation de la tunique interne en une masse char-
(1) Tout ce qui est dit ici de la tunique interne et de ses modifications, n'est qui la reproduction de ce que nous avons déjà dit là-dessus, en ISA 4, dans notre ouvrage De la puberté, page 371 et suivantes. Par conséquent, c*est à lorl que M. Longet nous reproche dans son Traité de physiologie (t. II, p. 713) de ne psJ avoir assez tenu coiii|.te de l'hypertropliie cl d avoir trop attribué à l'épaississcnieiil de la tunique interne.
(2) Comme nous le verrons plus loin, la lôli action en question s'opère à l'aide de la contraction des Hbrcs musculaires qui eulrent dans la composition de la tuniqne, dite fibreuse, et la constituent presque à elles seules.
e s'opère relativement moins vite, et l'on peut toujours ren- Dtrer, au centre, un caillot de sang, qui ne diminue qu'au • et à mesure qu'il se trouve plus ou moins pressé par nvahissement de la tunique interne qui l'enveloppe. A une upe horizontale ou perpendiculaire, ces masses présentent spect rayonné; tous les rayons se dirigent concentriqueînt pour aboutir à une espèce de cheville centrale, forte de tissu fibreux d'un blanc mat, servant de point de inion ù tous les rayons. Une autre fois, au lieu de ce tissu inc, on trouve au centre un tout petit èaillot d'un rouge e, reste de l'ancienne hémôrrhagie. Enfin, nous avons renitré des ovaires dans lesquels les circonvolutions de la tu- |ue interne, au lieu de se joindre, comme nous venons de Jire, avec celles du côté opposé, s'arrêtaient à une certaine tance du milieu, de manière à laisser une cavité vide au itre. Nous insistons sur cette dernière disposition, car on la rouve chez d'autres mammifères domestiques et même assez ivent chez la femme. Tout porte même à croire que c'est cette position qui avait donné le change ù plusieurs auteurs qui, exemple de Montgommery, Paterson, Négrier, etc., avaient isidéré ces masses charnues, appelées vulgairement corps r/ies, chez la femme, comme des produits formés en dehors la cavité de la vésicule de Graaf. Ces auteurs avaient pris dcmment la cavité centrale dont nous venons de parler ar la cavité normale de la tunique interne. [)'après M. Longet, cette hypertrophie de la tunique propre la vésicule de Graaf consisterait dans l'agrandissement des Iules qui la composent; elles prendraient alors un diamètre ou huit fois plus considérable qu'avant la déhiscence. Les mules moléculaires que renferment ces cellules se muiti-- 3nt en même temps et se transforment en globules volu- (leux(J).
liBS figures A et 5 de la planche 1 représentent très fidè-
l) Longet, Traité d0 physiologie, t. H, p. 714.
iement cet état de retrait progressif du caillot central, sous la pression de l'hypertrophie concentrique de la tunique interne, jusqu'à sa résorption complète. Ce remarquable travail semble avoir pour but de réparer les pertes de substance occasionnées par chaque déhiscence dans les ovaires, et d'assurer ainsi l'exercice régulier de leur fonction. Il eût été difficile, en effet, de trouver un procédé plus ingénieux que celui que la nature avait choisi en cette circonstance. Dès que Tancienne cavité a été remplacée par le bouchon organique que nous venons tle décrire, sa disparition consécutive est le résultat de l'atrophie progressive qui commence par l'oblilératiou des vaisseaux. Après quelques semaines, il reste à peine, à la place de chaque masse, un petit tubercule gros comme un grain de chènevis. Bientôt une nouvelle génération de vésicules apparaît à l'endroit de cette hécatombe ; de sorte que rien ne se trouve changé ainsi dans l'arrangement moléculaire ni dans la régularité de l'exercice fonctionnel des ovaires.
Toutes les fois qu'on examine les ovaires d'une truie pendant la période de la vie destinée à la reproduction, on peut être sûr d'y trouver des Vésicules à tous ces degrés de développement: les unes déjà rompues depuis longtemps, laissant à leur place de petits tubercules solides, destinés à disparaître prochainement ; d'autres, rompues depuis peu, se présentant sous l'aspect de masses charnues, couleur de foie de veau, et rayonnées, avec un caillot plus ou moine gros ou une cheville fibrineuse au centre ; d'autres formant des poches remplies d'un liquide demi-transparent, ou de sang, se préparant déjà à la déhiscence; d'autres enfin, a peine saillantes à la surface, sous l'aspect de petites perles, s'apprétant à marcher sur lei traces de leurs aînées.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que nous rencontrerons absolument le même ordre de succession dans l'élude des ovaires chez d'autres mammifères domestiques et même chez la femme. Partout nous allons retrouver le même tableau, qui
est, en quelque sorte, rimageen miniature du mouvement de la vie en général. Tout s'y reflète en effet : l'état embryonnaire, l'enfance, l'adolescence, l'âge viril; puis viennent les premières dégradations de l'échelle descendante : la vieillesse, la décrépitude, enfin, la mort et la poussière, et, à côté des tombeaux qui rappellent d'anciennes existences, on voit surgir des vies nouvelles, qu'attend la même destinée.
Après les détails dans lesquels nous venons d'entrer relativement aux ovaires chez la truie, nous ne ferons que passer en revue les principales pièces de notre atl4B, représentant des caractères analogues chez d'autres mammifères domesli(|ueS; tout y ressemble en effet, au fond, à ce que nous venons de signaler.
La flgure 6, planche I, représente le métoarion^ ou le corps jaune de la vache provenant de l'hypertrophie de la tunique interne de la vésicule de Graaf. Ici, au moins, l'épithète donnée au métoarion a été bien appliquée; celle production étant habituellement d*un beau jaune, tirant quelquefois sur l'orange ou même sur le rouge brique, et se rapprochant ainsi de productions analogues dans Tespèce humaine.
M. le docteur Ludovic Hirschfeld, actuellement professeur d'anatomie à l'École de médecine de Varsovie, a bien voulu pratiquer, pour nous, avec son habileté ordinaire, une double injection, artérielle et veineuse, dans une de ces pièces. Le dessin que nous en avons fait faire, d'après nature, se trouve dans le nombre des dessins relatifs à l'ovulation, dont nous avons fait présent au musée d'anatomie comparée d'Orfila, en 1847. On peut, en Texaminant, juger de l'immense vascularité des métoarions. A côté, on aperçoit plusieurs vésicules en voie de développement.
La plupart du temps, ces corps présentent chez la vache, à
la coupe, l'aspect rayonné. Sur quelques pièces pourtant nous
avons rencontré, comme dans la figure 6, au milieu des rayons,
une raie Manchâlie, perpendirulnire, dirigée du centre au
Ii2 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTBUATION.
n'était pas encore rompu ; sa cavité était pourtant déjà remplie d'un caillot de sang. Nous insistons sur cette particularité, parce qu'on doit se rappeler que nous avons vu déjà un phénomène analogue chez la truie. Le même caractère se reproduisant chez la femme, nous serons à même de pouvoir faire un rapprochement qui permettra de déterminer plus facilement la véritable nature de Thémorrhagie intra-vésiculaire.
La figure 9 représente les organes sexuels d'une chienne en chaleur. Les ovaires de la chienne sont lisses à leur surface en dehors du rut. Ils sont renfermés dans un sac formé par le péritoine, à peu près comme Test le testicule dans la tunique vaginale. Ce sac étant recouvert de graisse, c'est à peine si Ton peut distinguer l'ovaire au milieu, à travers quelques portions restées transparentes. On peut juger de tout cela en jelanl un coup d'œil sur Tovaire droit qu'on a laissé ainsi recouvert. L'ovaire gauche, mis à découvert, est d'un rouge livide, cl se trouve surmonté de trois vésicules de Graaf de même couleur, chacune grosse comme un grain de raisin ordinaire. Une d'elles porle au sommet la trace d'une récente ouverture par laquelle l'ovule a dû s'échapper, et se trouve, par cette raison, un peu plus affaissée que les autres. Tout l'intérieur de la matrice esl également d'un rouge livide, ce qui ne tient pas seulement à une simple congestion, mais, en même temps, à une véritable exhalation sanguine sur toute la surface de la membrane interne, depuis la partie supérieure des cornes de la matrice jusqu'au col.
La muqueuse du vagin est, comparativement, moins colorée, mais elle a participé néanmoins à Torgasme, car ses circonvolutions sont congestionnées et forment un sensible relief. Dans chaque corne on remarque un ovule gros comme un grain de rail , plongé dans la couche sanguinolente qui recouvve la muqueuse.
Nous ne pousserons pas plus loin Texamen des mammifères domestiques ; les types que nous venons de passer en revue vont aider suffisamment à Tintelligence de différents carac*
téres analogues que nous allons retrouver dans l'espèce humaine pendant les époques menstruelles. Décidément, cette analogie ne peut pas être mise un instant en doute; elle va se fortifier encore davantage, s'il est possible, par l'étude de la physiologie et celle des symptômes qui se manirestent pendant le rut.
1 m. — Fliyslolosle et »jmptàmc9 def époqae« 4e rai.
Les époques de rut sont destinées à la reproduction de l'espèce ; la plupart du temps les femelles des mammifères qui ne sont pas en rut ne supportent même pas l'approche du mâle. Toutes les fois qu'on a voulu forcer les femelles à subir la copulation en dehors de ces époques, elle est restée complètement stérile. Comme les époques menstruelles de la femme, les époques de rut ne se manifestent que pendant une certaine période de la vie. Les femelles des mammifères ont aussi leur puberté et leur âge critique ; c'est-à-dire qu'elles ne sont aptes à la reproduction que plus ou moins longtemps après la naissance, et qu'à un certain âge, lorsqu'elles commencent à vieillir, il n'y a plus chez elles de manifestations de rut, et elles deviennent complètement stériles. Cette extinction de la faculté de se reproduire coïncide avec l'atrophie des ovaires et particulièrement l'atrophie des vésicules de Graaf. Un autre caractère des époques de rut qui les rapproche également des époques menstruelles, est leur périodicité ; elles reviennent à des intervalles assez réguliers qui varient pourtant chez les différents animaux, quoique beaucoup moins chez les animaux domestiques. Ainsi la truie présente les symptômes de rut tous les quinze ou dix-huit jours; les génisses tous les vingt et un jours ; quelquefois on a vu chez elles le retour du rut au bout de neuf jours, mais ce nest que d'une manière tout à fait exceptionnelle. La brebis entre ordinairement en chaleur tous les quinze jours. Jamais pourtant il n'est venu dans l'idée d'un éleveur de chercher à faire dépendre cette périodicité des phases lunaires, comme on avait essayé de le faire pour les
Ali PHYSIOLOGIE DE L\ MENSTRUATION.
époques menslruelles. Cependant diiïérentes conditions hygiéniques, et particulièrement le climat ou le genre de nourriture, influent incontestablement sur le retour plus ou moins fréquent des manifestations de rut ; il en est à plus forte raison de même des influences génésiques. Ainsi la lapine, qui n'a ordinairement qu'une ou deux portées à l'état sauvage, peut, comme le fait remarquer M. Longet, entrer en rut à Tétat de domeslicilé, jusqu'à sept fois par an, pourvu qu'on ail soin de sevrer les petits en temps opportun (1). Parmi les vaches, on observe sous ce rapport une particularité assez curieuse. Nous tenons d'un de nos amis qui dirige une ferme modèle, que les races plus distinguées demandent généralement plus souvent le maie, mais qu'en revanche, elles se remplissent plus difficilement. En voilà un singulier privilège, de l'aristocratie dans la race bovine !
Selon que les femelles vivent isolément ou en commun avec des mâles, cela influe également sur le retour des manifestations du rut. D'après M. Goste, les lapines entrent habituellement en chaleur tous les deux mois lorsqu'on les tient isolées. Lorsque au coniraire on les met à côté d'un mâle, viendraientelles à peine de sortir d'une époque de rut, que les symptômes d'un nouveau rut ne tarderaient pas à se déclarer.
Un observateur fort distingué nous a affirmé, il y a déjà longtemps de cela, avoir fait une pareille remarque sur les juments. 11 dirigeait un haras de l'Etat à l'étranger, cl, comme il avait l'habitude de prendre note de chaque époque de rut, il nous dit avoir remarqué que toutes les fois que les étalons auxquels on faisait faire chaque année une tournée dans le pays, arrivaient dans son haras, il suffisait de quelques jours de leur séjour dans les écuries pour faire devancer répoque habituelle du rut chez les juments voisines.
Les symptômes qui accompagnent les époques de rut sont locaux et généraux. Parmi les premiers, nous signalerons sur-
(1) Longet, Ttailé de physiologie y t. Il, p. 726.
OVULATION SPOMAKÉE. 65
oui comme se présenlaDt le plus généralement : le gonflement les organes sexuels externes, dû à une forte congestion ; 'extrémité inférieure de la vulve qui forme une espèce de )ointe à la réunion des lèvres, est souvent alors d'un rouge If, surtout chez la chienne, la génisse, la truie et la lapine ; m voit en même temps suinter par la vulve une liqueur yis- |ueuse, rose, qui devient quelquefois tout à fait sanguinolente, fous savons déjà que chez quelques singes, surtout dans les fraudes espèces, ce suintement prend souvent les proportions Tune véritable hémorrhagie menstruelle. Chez les génisses de ace, il devient souvent abondant à la fin du rut, et alors, ^omme plusieurs agronomes nous l'ont afSrmé, la femelle ne reut plus à aucun prix permettre au taureau de l'approcher. ]bez les juments, la vulve est agitée, tant qu'elles sont en rut, le mouvements spasmodiques accompagnés d'éjaculation de nucosités. Chez beaucoup de femelles de mammifères domestiques et particulièrement dans la race canine, à part l'excrétion liquide, on observe l'exhalation d'une odeur spéciale à laquelle les mâles sont très-sensibles et qui les excite au coït. Ce ne sont pas les organes externes qui la dégagent seuls ; la matrice et même lès ovaires paraissent, au contraire, en être la principale source. Nous avons fait une fort curieuse remarque à cet égard, qui ne laisse aucun doute là- dessus. A l'époque où nous faisions nos recherches sur les ovaires chez les chiennes en rut, nous sommes allé un jour prier notre ami le docteur Handl, d'examiner avec nous au microscope les ovaires d'une chienne en chaleur que nous tenions dans une de nos poches enveloppés dans un morceau de linge. M. Mandl était alors en possession d'un fort beau chien d'arrêt qui nous avait déjà vu quelquefois chez son maître, mais pour qui nous avions paru généralement être assez indifférent. Il n'en fut pas de mt^me ce jour-là : aussitôt notre arrivée, l'animal se mit à flairer ; bientôt nous fûmes obligé de nous mettre en défensive, tellement il devenait agressif; il cherchait à sauter sur la poche où se trouvaient les ovaires, en donnant des signes non équi*
voques de l'appétit vénérien. Cette pièce anatomique ayant été placée dans le bureau, ce meuble devint à son tour Tobjet des caresses dont nous avions élé poursuivi auparavant. Depuis que nous avons publié ce fait en 18âi, nous avons eu l'occasion de lire le récit d'une anecdote du même genre dans Rabelais. C'étaient des jeunes gens d'un village, qui, voulant joner un mauvais tour à une femme du pays, avaient conçu Tidée de frolter ses vêtements avec les organes sexuels d'une cnienne en chaleur, coupés par morceaux, afin d'exciter contre sa personne la concupiscence des chiens du village. A en croire Rabelais, les mauvais gars auraient parfaitement réussi à rendre la position de la pauvre femme à la fois comique et embarrassante.
Parmi les symptômes généraux, tout le monde s*accorde à reconnaître un certain degré d'excitation nerveuse suivie d'accablement et de prostration. Les génisses courent à travers les prairies avec une sorte d'anxiété, comme si elles étaient effrayées du changement qui s'est opéré en elles. Elles éprouvent en même temps des tiraillements, ou plutôt des pandîculations, ce qui exagère passagèrement chez elles la*dépression naturelle des reins. Leurs veux deviennent brillants et on les voit souvent s'approcher des autres bêtes avec des démonstrations câlines et affectueuses. D'autres femelles qui ne sont pas en rut reconnaissent si bien cet état, qu'elles sautent sur celles qui sont en chaleur, comme si elles s*apitoyaient sur leur état. Mais si les désirs n'ont pas été satisfaits dans l'espace de vingtquatre ou trente-six heures, les génisses tombent dans un état de torpeur et se tiennent, les yeux à moitié fermés, comme si elles éprouvaient un besoin irrésistible de sommeil.
Le<5 chiennes, une fois en rut, abandonnent volontiers le maître qu elles n'avaient pas Thabitude do quitter un seul in* slant, pour satisfaire linstinct qui domine alors tout. La préasence du maître les gène en quelque sorte daie leur nouvelle piK^îtion ; ou dimit qu'un sentinienl de pudeur s'est réveillé ehei elles tout d'un coup. Lorsqu'elles rentrent an logis, elles
redoublent de caresses à leur maître et paraissent visiblement humiliées, comme si elles sentaient qu'elles ont quelque chose â se faire pardonner.
Chez les chattes, Texcitalion est poussée quelquerois jusqu'à Tapparence de foUe. On les voit courir dans l'appartement, sauter d'un meuble sur l'autre, s'élancer sur les fenêtres, sans calculer le danger. Comme chez les autres femelles, à l'excitation succède la prostration si on ne leur a pas permis de recevoir le mâle. La non-satisfaction de leurs désirs vénériens est souvent la cause du retour fréquent des symptômes' du rut, qui semble durer pour ainsi dire indéfiniment.
Nous recommandons ce tableau de mœurs intimes du règne animal à l'attention de nos lecteurs. Il fournit un nouveau Irait d'analogie entre les époques de rut et les époques menstruelles. Lorsque le moment sera venu d'étudier le rôle de la menstruation dans la pathologie, nous verrons que l'orgasme menstruel est une des puissantes causes de surexcitation nerveuse chez les femmes. Bien des affections nerveuses commencent précisément au moment où tout s'apprête pour l'établissement de la menstruation ; d'autres s'aggravent visiblement aux approches de chaque époque des règles ; d'autres enfin, ne reparaissent qu'à ces moments et cessent dans l'intervalle des époques. 11 faut admettre forcément que l'orgasme de Tovulation doit être intimement lié à l'innervation, pour que des perturbations semblables du système nerveux naissent sous son influence, même chez les animaux.
I ■▼. — CïMnMtère« «aatoBiliiucf (Iréii ûen owttîrem ei deu vétflMiles ée CInuiff, mvE, éptiuem oieMitnielle» «Imb la ffeMune*
La science jiossédait depuis longtemps des données suffisantes pour faire accepter Tintimité des rapports entre le développement des ovaires et la menstruation. Rœderer (1) eut bien soin de faire remarquer l'accroissement rapide de ces or«
(1) Rœderer, Icônes uteri humant. Gottingœ, 1779*
ganes à mesure qu on approchait du moment où cette fonction allait s'établir, et leur atrophie constante, dès que par les progrès de Tâge elle cessait définitivement. D*après le tableau dressé par ce célèbre physioloiçiste, les ovaires ue devaient éprouver que peu de variations depuis la naissance jusqai Tâge de quatre ans; leur longueur ne faisait qu'osciller entre huit et onze lignes. A Tàge de dix ans elle dépassait déji un pouce et allait quelquefois jusqu'à un pouce quatre lignes. Pendant la période menstruelle, à part quelques exceptions pathologiques, ce chiffre s'élevait jusqu'à un pouce et demi et même plus. Après l'âge de cinquante ans, on le voyait au contraire descendre de onze à huit et même à quatre lignes; quelquefois même plus bas. A vrai dire, d'autres organes sexuels subissaient aussi en même temps des modifications analogues-, mais celles éprouvées lar les ovaires étaient seules étroitement liées avec Texercice de la menstruation. Pour ne parler que de l'utérus, cet organe aurait, d'après le tableau de Rœderer, chez une petite fille de quelques jours, un pouce i un pouce une à huit lignes de longueur, six lignes de largeur et trois lignes d'épaisseur. Les mêmes diamètres à peu près se retrouveront encore à l'âge de dix ans. Pendant la période menstruelle, il aurait acquis des diamètres plus forts ; Rœde* rer lui a trouvé deux pouces et demi, jusqu'à trois pouces de longueur, deux pouces et au delà de largeur et jusqu'à un pouce et demi d'épaisseur ou même au delà, selon que la femme avait eu des enfants ou non. D'après ce célèbre observateur, une fois la ménopause arrivée, l'utérus s'atrophiait, mais jamais en proportion des ovaires, et il conservait toujours un peu de ce qu'il avait acquis, soit à la suite des retours périodiques de l'orgasme ovarien, soit par suite des congestions et de l'hypertrophie consécutives aux grossesses. Aussi ilœderer notc-t-il encore à cette période de la vie, deux pouces six lignes jusqu'à plus de trois pouces de longueur; un pouce dix lignes à deux pouces de largeur, et neuf hgnes à un pouce d^épaisseur.
Tous ces chiffres indiquent déjà qu'il y a un rapport intime entre les ovaires et la menstruation; la pathologie avait aussi fourni, de son côté, quelques faits à l'appui de cette thèse. Percival Pott parle, dans ses œuvres chirurgicales, d'une femme qui portait dans chaque aine une tumeur inégale, molle et mobile. Ces tumeurs, quoique exemptes d'inflammation, étaient néanmoins très-douloureuses, de sorte qu'on se décida de les exciser. L'opération faite, on ne manqua pas de reconnaître que les parties enlevées étaient constituées par des ovaires qui avaient subi un déplacement à travers l'anneau crural. Cette femme avait guéri néanmoins. Un des plus remarquables changements qu'on ait noté chez elle consistait dans la cessation complète de la menstruation. Les seins, qui étaient gros avant l'opération, avaient aussi notablement diminué ; elle était devenue plus maigre et en apparence plus musculaire. C'était déjà, comme on voit, un fait assez concluant à l'appui de la dépendance dans laquelle se trouve la menstruation vis-à-vis des ovaires. Mais plus tard on en st connu d'autres.
Renauldin cita l'observation d'une femme qui n'avait jamais été menstruée, et chez qui, à Touverture du cadavre, on ne trouva que quelques traces informes d'ovaires. Cette femme avait toujours été d'une très-bonne santé, à part la maladie qui la fit mourir (1).
Lisfranc rapporta aussi un fait assez curieux dans ce genre, qui mérite d'être rappelé (2). € Mademoiselle Caroline Dusenchet, âgée de trente-six ans, avait eu une première menstruation orageuse. A l'âge de vingt-cinq ans, à la suite d'une passion malheureuse et contrariée par ses parents, elle fut atteinte de tous les symptômes d'une inflammation aiguë de l'utérus. Les accidents cédèrent à un traitement antiphlogistiquc, mais dès ce moment les règles ne parurent plus. Après s'être convaincu
(1) Séance de l'Académie royale de médecine, 8 février 1826.
(2) Maladies de Vutérus d'après les leçons de Lisfranc, par Pauly. Paris, 1836.
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de rinulilité de Temploi des moyens propres à combaltre l'aménorrhée, on abandonna la malade à elle-même, d'autant plus qu'elle conservait les apparences de la plus belle sanié. Onze ans après, elle succomba en quatre jours à une affectioi cérébrale. A l'autopsie, M. Caron trouva la membrane hymei dans un état d'intégrité parfaite, et percée au centre d'une ouverture admettant à peine une sonde de femme. L'utém était volumineux comme à trois mois de grossesse, son tisso ramolli sans transformation organique, et les ovaires entièrement atrophiés. >
Morgagni avait déjà cité deux faits analogues (1). Charles Pears parle d'une femme morte à dix-neuf ans, très-petite, qiri avait cessé de croître à dix ans, et n'avait jamais été menstruée. A l'autopsie, on ne trouva aucune trace d'ovaires. Les trompes étaient perméables ; l'utérus était petit, mais présentait un col normalement conformé.
M. Chercau, qui rapporte ce fait, cite encore une autre observation de ce genre, d'après le docteur Frédéric Crîpps. 11 s'agit d'une jeune femme de dix-huit ans, qui a succombé à une perforation de l'estomac. Chez cette femme, il y avait abseme complète de tous les signes de la puberté j et les règles avaient toujours été nulles^ ainsi que les phénomènes précurseurs de cette fonction, A Tautopsie, on trouva l'absence complète de deux ovaires et des trompes ; l'utérus était très-petit (2).
D'autres faits sont venus depuis, non-seulement confirmer cette dépendance, mais élever les ovaires au premier rang quant A Timportance parmi les organes sexuels; ils nous ont appris en effet que toutes les fois qu'on enlevait les ovaires dans renlance, cela suffisait pour arrêter le développement de tous les autres organes qui ont une part quelconque dans la reproduction de respèce. Au rapport du docteur G. Roberts, qui fut chargé d'une mission dans l'Asie centrale, on rencontre
(1) Morg.igut, De 9^tbu$ H coiMi«, lettres 46 et & 7.
(2) Jfm. ik hn^t\ mttlic. t^tningère. U I, p. 241 ; et Qiereau, Maladies dê$
OVULATION SPONTANÉE. 5l
acore dans ce pays des vestiges de la barbarie des anciens euples de TArabie et de l'Egypte; on fait extirper les vaires à un certain nombre de femmes pour se servir d'elles >inme d'eunuques. Le docteur Roberts, qui a eu l'occasion 'en rencontrer quelques-unes aux environs de Bombay, où lies sont connues sous le nom de hedjeras^ dit qu'elles n'aiienl point de mamelles ; leurs hanches étaient grêles comme bez l'homme, les fesses aplaties et le pubis dénudé. Le tissu ellulaire des organes externes atrophiés faisait paraître ces rganes comme s'ils étaient oblitérés. En même temps elles 'étaient jamais réglées et présentaient quelque chose de viril ans l'attitude comme dans la voix (1).
Béclard, et après lui Dugès, avaient parfaitement jugé cette uestion, lorsqu'en passant en revue les changements éprouvés ar l'utérus aux approches de la puberté, ils ne trouvaient pas le motifs suilisants pour attribuer à ces changements les noueaux phénomènes qui apparaissaient à cette époque. Ces phyiologistes distingués trouvèrent beaucoup plus simple d'attrimtt les symptômes de la puberté à l'accroissement lent et graduel des ovaires, à leur complément et leur maturité. Mais :'est à notre époque qu'a été réservé l'honneur de démontrer, )ar des observations anatomiques suivies, que les ovaires sont iestinés à préparer les germes ainsi que toutes les conditions lécessaires pour les mènera l'état d'œuf capable d'être fécondé. Zti état de complète maturité s'annonce pour la première fois k l'époque de la vie connue sous le nom de puberté^ mais il se reproduit ensuite mensuellement et toujours avec les mêmes [caractères.
Jusqu'à ces derniers temps, on avait cru que les germes des vésicules de Graaf existaient seuls dans les ovaires de fœtus, et que les vésicules ne se formaient autour d'eux qu'ensuite, quelques années après la naissance. C'était, comme nous le savons, l'opinion de Rœderer; c'était aussi la manière de voir de Carus, et c'est ce qui a été adopté depuis par tous les ana-
(1) Journal VEœpériÊiwey 9 février 1843.
tomistes. Aujourd'hui tout cela se trouve renversé par les observations microscopiques de M. le docteur Sappey.
Sur un ovaire d'une petite fille de deux, à trois ans, M. Sappey a pu compter par fragments d'un millimètre carré, qu'il avait ensuite additionnés, AOOOOO follicules dans chaque ovaire, ce qui fait 800 000 pour les deux organes. Quelquefois ce nombre dépassait un million. Les plus riches ovaires renfermaient 1150000 follicules, et les plus pauvres jamais moins de 600000. Comme avec l'âge, l'ovaire acquiert plus de développement et que le nombre des vésicules n'augmente pas après la naissance, celles qui grossissent, empiètent nécessairement sur les autres, et leur nombre total diminue dans le champ du microscope, au lieu d'augmenter. Quoi qu'il en soil, chez une femme adulte on en compte encore 600 000 à 700000 par individu (1). Gomme il est facile de voir, l'avenir de l'espèce humaine se trouve assuré. Tous ceux qui ne comprenaient pas comment les ovaires pouvaient suffire, avec leurs follicules visibles à l'œil nu, aux besoins de rovulation, peuvent se rassurer également, et c'est déjà un argument de moins parmi ceux qu*on opposait à la théorie moderne de la menstruation.
Quoi qu'il en soit, on rencontre inGniment moins de véâcules de Graaf sans le secours du microscope. Rœderer n'en a compté que trente dans un ovaire chez une jeune fille de dix ans ; on les distinguait à travers l'enveloppe externe de l'ovaire: quorum quœdam per exiernam membranam luceni. Il nous est arrivé aussi d'en compter trente-cinq ou quarante dans chaque ovaire vers l'âge de douze ans, chacune de 7 à 8 millimètres de diamètre; quelquefois on pouvait les compter a travei^s l'enveloppe externe de l'ovaire. Nous passerons sous silence les diflëi\'ntes modifications qu'au dire de Négrier, ]es vésicules subiraient, avant d arriver à la complète maturité. L'état que ce médecin désigne sous le nom de bourses grises, qu'il attribue ù rintorpositioa d'une matière grise entre les
^l) S«pi»«y, Tr^Uif «l\iiMilamé# éê^cr^im. Pins, 1S67.
deax tuniques restées jusqu'alors en contact, doit constituer quelque chose de pathologique, car nous ne l'avons jamais rencontré dans des conditions normales (1).
La seule modiGcation importante qu'éprouvent, d'après nos dbservations, les vésicules de Graaf aux approches de la pu* berté, consiste dans l'augmentation graduelle du nombre et du volume de celles qui sont visibles à l'œil. Sous ce rapport, il y a ici la plus grande analogie avec ce que nous avons déjà remarqué chez la truie, où les vésicules de Graaf étant placées à la surface des ovaires, on pouvait suivre pas à pas tous leurs mouvements et toutes les modifications. A cet âge, les vésicules de Graaf n'attendent plus, pour ainsi dire, que le signal pour atteindre le plus haut degré de maturité, celui qui précède immédiatement la première déhiscence spontanée, laquelle coïncide presque toujours avec la première éruption des règles. On peut en général présumer que les choses sont arrivées à ce point lorsqu'on voit que les glandes mammaires s'arrondissent et proéminent en même temps que les hanches s'élargissent et les organes sexuels externes s'épaississent et deviennent couverts de poils.
Quelquefois les règles peuvent être retardées un peu, ce qui n'empêche pas toujours pour cela les follicules de poursuivre la marche régulière, et la déhiscence de s'accomplir tout de même aux époques suivantes. Il nous est arrivé de voir des ovaires de jeunes filles mortes à l'âge de puberté, qui portaient déjà une ou deux cicatrices provenant de la déhiscence spontanée, quoiqu'elles n'eussent jamais été réglées. C'est ainsi encore qu'on a vu même des femmes qui n'.ivaient jamais été réglées de leur vie et qui avaient eu néanmoins des enfants. Quoi qu'il en soit, ces cas sont fort rares, et le plus généralement, la première déhiscence coïncide avec la première éruption des règles.
Pour se faire une idée juste de la disposition des follicules
(1) Négrier^ Recherches anatomiques et phy$iologiquet sur les ovaires dans Tefpèce kumainep p. 98.
5& PHYSIOLOGIE ne tfi MENSTRUATION.
(le Graaf, de leur volume et de leur situation relative aux différents âges jusqu'à la puberté ; pour se convaincre en même temps qu'ils ne subissent aucun froncement aux approches de cette époque, nous conseillons de tremper les ovaires de jeunes filles, pendant quelques jours, dans Tesprit-de-vin. L'alcool ne tarde pas à coaguler le liquide albumineux des follicules; ils apparaissent alors sous des incisions horizontales, comme si leur cavité avait été injectée de cire. Il sera bon de pratiquer trois incisions parallèlement au grand diamètre de l'ovaire, une au milieu de l'épaisseur et une de chaque côté, aussi rapprochée que possible de l'enveloppe extérieure. Les deux incisions latérales tombent, dans ce cas, précisément sur le plus grand nombre de follicules et les coupent en deux; on les aperçoit comme de petites poches remplies de matière caséeuse blanche ou un peu colorée en rouge, s'il y avait an peu de sang mêlé à l'albumine. On est frappé de suite de la difi^érence de grandeur de toutes ces excavations. Règle générale, elles sont en plus grand nombre à la face antérieure qu'à la face postérieure de l'ovaire. Sur l'incision qui passe par l'intérieur même du tissu de l'ovaire, on n'aperçoit de follicules qu'en haut et en bas; leur nombre est par conséquent bien au-dessous de celui qu'on trouve sur les incisions latérales. On peut, d'après cela, se figurer l'ovaire comme étant composé d'une partie centrale constituée par le parenchyme et des follicules de Graaf qui entourent ce centre de tous les côtés, comme les grains de raisin enlourent la tige centrale d'une grappe. On arrive à peu près au même résultat en faisant bouillir les ovaires pendant quelques minutes. La chaleur ne tarde pas ;\ coaguler l'albumine et rend la disposition des follicules de Graaf on ne peut plus évidente. Mais nous recommandons de ne jamais oublier la direction qu'il faut donner aux incisions lorsqu'on examine ces organes. Si l'on ne pratique, comme on le fait ordinairement dans les autopsies, qu'une seule incision au milieu de l'ovaire, on tombe sur la parlie parcnohymaleuse et vasculaire, où il n'y a que peu de
follicules en haut et en bas. C'est à cette particularité qu'il faut attribuer, en grande partie, le peu d'accord qu'il y a entre les anatomistes dans rappréciation du nombre des follicules que renferme chaque ovaire. Ainsi Ilaller dit n'en avoir jamais compté plus de quinze. Levret dit avoir obtenu le même résultat. D'autres portent ce nombre à vingt ou vingt-quatre. Nous pouvons af&rmer qu'on peut compter dans chaque ovaire, k Fœil nu, aux approches de la puberté, trente à quarante fol-* licules, et qu'il y a même des cas où ce chiifre est encore plus élevé.
Voilà ce que nous avons dit déjà en ISA A de la disposition interne des ovaires et en particulier de la situation respective des follicules de Graaf (1). Il nous serait difficile de dire jusqu'à quel point on se serait aperçu de ce qu'il y avait de nouveau dans cette manière d'envisager la structure des ovaires, 3t si Ton a su profiter des conseils que nous avons donnés pour procéder rationnellement à l'examen de ces organes. Mais nous n'avons toujours qu'à nous féliciter de voir nos idées là-dessus entièrement confirmées aujourd'hui par M. Sappey. 11 résulte les observations de cet nnatomiste distingué, que l'ovaire est composé de deux couches distinctes : la première, périphérique, celle qu'on appelait toujours : tunique propre ou tunique Qbreuse. Elle est effectivement composée de fibres, mais de fibres musculaires lisses, du tissu conjonctif, de vaisseaux et du tissu cellulaire. C'est la portion la plus essentielle de l'ovaire ; on la voit formée la première chez le fœtus, et c'est elle qui est chargée de la sécrétion des œufs et des follicules de Graaf; lussi M. Sappey la désignc-t-il sous le nom de portion périphérique ou ovigène. Les vésicules de Graaf étant suspendues iprês elle dans toute l'étendue de sa surface, on comprend fa- ;ilementque nous ne les ayons rencontrées dans nos observaions antérieures que tout à fait au-dessous d'elle, en dehors le la partie centrale de l'ovaire, et que pour les bien voir, nous lyons tant recommandé de pratiquer des incisions tout à fait
(1) D» la puberté 9t de Vdge crUique, publié en iSàà.
sous-coriicaleSy parallèles à l'enveloppe extérieure. Ce n'est qu'en augmentant de volume que les vésicules s*avancent vers la partie centrale ou le stroma, que l'on appelle maintenant portion bulbeuse de l'ovaire. Celle-ci est composée, comme la couche ovigène, de vaisseaux, nerfs et ûbres musculaires, mais elle ne produit ni ne renferme d'œufs; ses fibres musculaires communiquent avec celles de la couche périphérique. Cet appareil musculaire, qui est un fait nouveau dans l'histoire anatomique des ovaires, joue, à ce qu'il parait, un rôle important dans le mécanisme de la déhiscence des vésicules de Graaf, soit pendant l'ovulation spontanée, soit à la suite d'un coït fécondant. En eiïet, les vésicules étant en grande partie entrelacées dans les ramifications musculaires entrecroisées, cet appareil une fois mis en jeu, elles doivent être comprimées de toutes parts et se débarrasser facilement de leur contenu; c'est en quelque sorte le fait d*une cerise qu'il sufBt de presser de toutes parts concentriquement pour expulser le noyau.
L'augmentation du volume des follicules tient surtout à leur distension par le liquide qu'ils contiennent, et qui devient de plus en plus abondant. Ce liquide est presque jusqu'au dernier moment clair, visqueux, albumineia, et ne renferme, i part Tovulo, que des granulations microscopiques mêlées de quelques globules huileux. Les deux membranes des vésicules, Tune externe, rêtractile ou la tunique ovigène, et l'autre interne ou la tunique propre, tres-vasculaire, restent toujours en conlacl« Vers les derniers temps, la tunique propre commence & s*hy|^nr\^phier et prend déjà une légère teinte jaune qui plus iar\)« après la rupture des follicules, deviendra encore plus prx^noncèe. Celle coloration tient, d'après M. Geste, à la teinte mèiue des granules contenus dans les cellules hypertrophiées vIV II y a eu un temps où nous atlhbuions cette teinte & rimlùbition des ^viriies cv^lorantes du sang épanché dans la cavité, de mèiue que cela se voit sur les parvi^is des foyos apo-
plectiques du cerveau. Cependant plusieurs considérations importantes nous firent abandonner cette théorie. Ainsi, par exemple, nous nous sommes assuré que la coloration jaune commence déjà quelquefois à se manifester avant Tapparition du caillot. D'un autre côté, elle est loin d'ofifrir chez toutes les femmes la même nuance, quoique les conditions du sang soient presque toujours à peu prés les mêmes. Enfin, chez la vache, où cette membrane prend une teinte orange très-prononcée, il n*y a pour expliquer cette particularité aucun épanchement de sang dans la cavité, ni aucune trace d'anciens caillots dans les corps jaunes. Nous ajouterons, comme contre-épreuve, que chez la truie, où les caillots sanguins intravésiculaires sont volumineux, jamais la membrane interne ni les corps jaunes n* offrent de coloration jaune en question. Toutes ces raisons étaient plus que suffisantes pour nous faire renoncer à l'ancienne explication et donner la préférence à l'opinion de H. Coste, fondée d'ailleurs sur l'examen microscopique de la tunique interne à l'état d'hypertrophie.
A part la membrane propre dont nous venons de parler, la cavité des follicules, dans la dernière période de développement, est tapissée par une couche celluleuse non vasculaire, que Baer avait désignée sous le nom de membrane granuleuse^ et que M. Coste décrit sous le nom de membrane celluleuse. D'après M. Longet, les cellules de cette membrane se touchent et sont maintenues par un liquide albumineux d'une viscosité extrême. L'ovule parait occuper presque toujours la partie la plus élevée du follicule. D'après M. Pouchet, au contraire, il serait d'abord placé au fond, et ce n'est que plus tard qu'il serait entraîné progressivement, avec la couche granuleuse à laquelle il tient, vers la partie la plus élevée du follicule, place, qu'il occupe habituellement aux approches de la dchiscence.
Nous venons de décrire les principaux caractères, l'aspect et la disposition des follicules de Graaf à différentes périodes de leur développement. Nous sommes maintenant au moment où
(1) Looget, TraUi de physiohgiôf U H, p. 690.
tout étant préparé pour l'exercice régulier de l'ovolation, on doit s'attendre à la première déhiscence spontanée. Cet acte qui dénote déjà jusqu'à un certain point l'aptitude delà jeune fille à la reproduction, coïncide généralement, comme nous le savons déjà, avec la première éruption des règles et doit se ré* pélcr à chaque époque menstruelle. L'intervalle de deux époques voisines suffit largement pour préparer le dernier travail d'élimination de l'ovule qui n'aurait pas été fécondé dans l'in* terv.ille.
On ne rencontre pas souvent d'occasion favorable à l'examen des follicules arrivés à ce point. Pendant la vie, il ne faudrait presque pas y penser. Cependant, la pathologie manque rarement dans des cas obscurs de jeter de temps en temps un peu de lumière au service de la physiologie; il s'agit seulement de savoir en profiter. Il est déjà arrivé quelque chose dans ce genre, pour le fait physiologique dont nous cherchons à pénétrer le mystère dans ce moment. Nous lisons en effet dans \c Traite d'accoîtchemetits de M. le docteur Joulin, qu'un médecin anglais, le docteur Oldham, a été à même d'observer une fois sur le vivant la turgescence périodique des ovaires pendant les époques menstruelles. 11 s'agit d'une femme qui était à ThApital du Guy, pour une double hernie des ovaires faisant saillie dans les anneaux inguinaux, et que Ton pouvait aisément explorer avec les doigts. A chaque époque menstruelle, on voyait un des ovaires augmenter sensiblement de volume et devenir douloureux ; cela durait aussi longtemps que les règles: puis tout rentrait à Tétat habituel (1).
(hioi qu il en soit^ ce sont surtout des morts subites ou des suicides, nu milieu d*une bonne santé, aux approches des n^glos, qui con:>tiluent une des plus favorables occasions & cette i^tudt\ Il n'en et^^t (las déjà tout à fiiit de mémo pour les maladit's graves dont les femmes |>euvent ètr« frappées quelques jours avant réjHHjuo pn^wméo des n?gles et dont elles meurent. IVins 00 cas^ le travail phy^ologique qui précède la menn
,1^ Mib», niiM jraxv>c»<wmni> ^ u». Kn*. tmr
dation, s'arrête la plupart du temps, mais il n'en résulte pas lur cela que, si la maladie a duré ensuite un peu de temps, i retrouve nécessairement, après la mort, les vésicules de raaf au point où la maladie les avait laissées à son début. Une comotive qui déraille ne s'arrête pas pour cela tout d'un ^up ; elle peut continuer de marcher quelque temps à Tavenre, tant qu'elle aura suffisamment de vapeur dans ses flancs. en est presque de même de la marche des vésicules de raaf détournées de leur but par Tinvasion subite d'une malae mortelle. Leur mouvement fonctionnel spécial sera arrêté, ais tant qu'il y a de la vie, elles n'obéissent pas moins icore aux lois générales de la circulation et de la nutrition. Iles peuvent grossir ; leurs différents éléments histologiques suvent s'hypertrophier ou s'atrophier, il peut survenir des >loration8 anomales ; le liquide contenu dans leur cavité peut agmenter et les transformer en petits kystes, etc., etc. Tout 3la prouve que ce que nous rencontrons dans les ovaires des ersonnes mortes des maladies graves dont elles avaient été *appées aux approches des règles ne doit pas être abso^ iment considéré comme une image fidèle de ce qui existait vant le début de la maladie fatale. Plus l'affection était galo« ante, plus vite elle aura emporté sa victime, plus il y ara de probabilité que les choses trouvées après la mort talent dans le même état avant l'invasion de la maladie. Mais i la maladie a duré longtemps avant de se terminer par la lort, il faut être circonspect dans l'appréciation, car il a pu e passer bien des changements dans la \ésicule vivant encore lu reste de son impulsion, dans l'intervalle compris entre le loment de l'invasion de la maladie et celui de la mort. Il y . une vingtaine d'années nous avons prêté à Cazeaux plusieurs iëces anatomiques relatives à l'ovulation, avec l'autorisation *en reproduire les dessins dans son Traité de Vart des accou* hements. Une de ces pièces représentait l'ovaire avec une rosse vésicule de Graaf, allongée, ayant la forme d'une teline. omme, lorsque la maladie avait débuté, la malade devait
avoir dans quelques jours ses règles, et que nous avons constate chez elle des traces évidentes et bien proportionnées de la dernière époque menstruelle, il nous a paru fort naturel de considérer cette vésicule comme un degré correspondant à la prochaine époque des règles. Dans la suivante édition, Cazeaux fit observer, à cette occasion, que n'ayant jamais rencontré depuis un développement aussi marqué de la vésicule, ni cette singulière forme, il était disposé à considérer notre pièce comme étant plutôt le résultat d'un état pathologique. Cazeaux a été peut-être dans le vrai, nous ne saurions affirmer le contraire. Nous n'avons pour nous que des probabilités, mais pas de certitude mathématique. Aussi, règle générale, ne doit-on donner pour caractères appartenant aux différentes phases de l'ovulation à l'époque voisine des règles, que ceux que l'on voit se répéter souvent avec le même aspect, et surtout ceux que l'on retrouve dans d'autres occasions chez les femmes mortes subitement ou suicidées.
Ces réserves faites, on peut considérer la description qui va suivre comme représentant fidèlement ce qui se passe dans les ovaires pendant les derniers jours qui précèdent la première éruption des règles, et plus tard à chaque époque menstruelle.
Le follicule le plus avancé en maturité s'élève alors au-dessus de tous les autres et proémine à la surface de l'ovaire, absolument de la même manière comme nous Tavons déjà remarqué aux époques de rut chez les chiennes, les vaches, les lapines, etc., où ces organes, de lisses qu'ils sont habituellement, deviennent, dans cette circonstance, mamelonnés, et sont surmontés d'autant de saillies formées par des vésicules dilatées qu'il y a d'ovules disposés à la fécondation. Chez la truie même, où les vésicules sont placées naturellement à la surface des ovaires, celles qui sont mûres dépassent de beaucoup le niveau des auti'es et s'allongent, afin de s'adapter commodément aux pavillons des trompes qui s'apprêtent déjà à les envelopper et à leur prendre les ovules, La tuméfaction d'un des
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follicules, et leur proéminence à la surface de l'ovaire, esl donc un des principaux caractères de cette phase de l'ovulation chez la femme.
Voici un fait qui peut nous donner une idée au moins trèsapproximative de rétat d'une vésicule de Graaf marchant vers la déhiscence spontanée. La personne dont il va être question est tombée gravement malade une dizaine de jours avant Tépoque présumée des régies. La pièce anatomique qu'elle nous fournit l'occasion d'exaniiner,4reize jours après, est précisément celle sur la nature de laquelle Cazeaux avait émis quelques doutes. Ces doutes, nous les comprenons très-bien; mais après les explications dans lesquelles nous sommes entré tout à l'heure, il est toujours permis de considérer Tétat que cette pièce représente comme étant voisin de la déhiscence. Cependant il peut y avoir de l'exagération sous quelques rapports. La maladie ayant duré treize jours, il a pu se faire pas mal de modifications dans le travail commencé physiologiquement. La vascularisation fine et très-prononcée de la tunique vésiculaire, l'injection des parties environnantes, enfin la présence d'une autre petite poche remplie d'un reste de caillot et appartenant évidemment à la dernière époque des règles, tout cela nous fait présumer que nous avons réellement affaire ici à une période de l'ovulation, où tout se préparait à une déhiscence spontanée prochaine. La figure coloriée représentant cette pièce d'après nature fait partie de notre collection de dessins au musée d'anatomie comparée d'Orfila. Voici cette observation :
Une fille de vingt-six ans, d'une belle conformation, toujours bien portante et bien menstruée, avait eu ses dernières régies le 30 août 1842 (1). Dix-sept jours après, par conséquent environ douze jours avant le jour présumé de l'époque suivante, elle fut prise d'une dysenterie intense dont elle mourut le 30 septembre, à l'hôpital de la Charité, service de
(1) Voyex noire livre : De la puberté el de VAge criit^ue, p. 421.
M. Cruveilhier, treizième jour de la maladie. Voici le résultai de Faulopsie, en ce qui concerne les organes sexuels: Embonpoint parfaitement conservé, mamelles trés-développées ; Thyitîcn intact, n'ofl'rant qu'une très-petite ouverture admettant i peine l'extrémité du petit doigt. L'ovaire droite sensibleroeol plus gros que le gauche, était surmonté d'une éminence mamelonnée recouvrant par sa base une partie de la face antérieure de l'organe. Du reste, point de cicatrices à côté. A la face postérieure on remarquait, au contraire, plusieurs plis ou échancrures plus ou moins profondes, résultat évident d'anciennes cicatrices, dans le nombre desquelles il y en avait surtout une qui se distinguait par sa position superficielle et par la présence d*une aréole rouge provenant de 1 injection vascolaire. G*était évidemment la cicatrice de la plus récente rupture.
L'ovaire droit n'offrait que quelques traces d'anciennes cicatrices. Il avait un pouce sept lignes de longueur et un pouce cinq lignes de largeur ou de hauteur dans la direction de U vésicule dilatée. L'ovaire gauche avait un pouce six lignes de longueur, mais seulement sept lignes de largeur ou de hauteur.
La vésicule dilatée laissait apercevoir à sa surface quelques ramifications vasculaires. Mais c'est surtout après avoir ouvert la vésicule que la membrane interne de celle;ci se montra couverte d'un réseau vasculaire excessivement riche et fin ; elle était déjà légèrement teinte en jaune et offrait un demi-millimètre d'épaisseur. On pouvait l'isoler facilement de la tunique externe qui lui était contiguë sans aucun intermédiaire. Le liquide de la vésicule, clair et visqueux, offrait un grand nombre de granulations au microscope, dont quelques-unes, agglomérées, formaient des espèces d'îles flottantes dans Tintervallc desquelles on apercevait un assez grand nombre de globules jaunâtres. On ne distinguait pas Tœuf, qui était déjà passablement dissous*
11 ne peut guère y avoir de doute sur la nature du follicule de Graaf tuméfié que nous venons de décrire; c'était évidem-
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ment une vésicule de Graaf arrêtée en chemin de son développement périodique, environ dix ou douze jours avant sa rupture. Le même ovaire renfermait dans son parenchyme des caractères anatomiques appartenant évidemment à la dernière débiscence.Enface d'une petite cicatrice, entourée d'une aréole tasculaire, qu'on remarquait à la face postérieure de Tovaire, se trouvait, à l'intérieur, une petite excavation pouvant contenir un noyau de cerise, tapissée d'une membrane d'un jaune orange bien marqué, évidemment plissée et comme festonnée aux bords de l'incision. Cette petite poche renfermait encore, au fond, un petit caillot de sang d'un rouge foncé, attaché par des filaments aux parois de l'excavation. (Planche 11, figure^) 3 /
Dans l'ovaire gauche, nous n'avons rencontré que des traces d'anciennes vésicules rompues ayant l'aspect de petites raies jaunâtres ou d'un ^ renversé. A part tout cela, il y avait quelques vésicules disséminées dans les deux ovaires, peu développées. A mesure qu'on approche du moment de la déhiscence, les parois de la vésicule se laissent distendre davantage, et forment une protubérance plus marquée. En même temps elles perdent de leur transparence à cause de l'épaississement de la membrane interne et à cause d'une légère hémorrhagie qui se déclare aux derniers moments dans l'intérieur de la cavité. Ce fait sera démontré par deux observations que nous allons rapporter. Enfin, on commence à distinguer l'endroit où doit avoir lieu la déchirure ; elle s'opère sur le point le plus saillant de la tumeur, qui prend alors^ le plus souvent, l'aspect d'une tache rougeâtre de quelques millimètres d'étendue, occasionnée par une forte injection et même par un léger épanchement de sang dans l'épaisseur des toniques. Voici un fait qui va nous donner Texemple de cette disposition :
Une jeune fille de dix-neuf ans, très-fortement constituée, est tombée gravement malade de scarlatine, vingt-quatre jours après avoir eu ses règles, par conséquent devant avoir sous
quelques jours sa nouvelle époque. Cette fille est morte le troisième jour de la maladie (1). A Tautopsie, pratiquée par nous-même dans le service de notre illustre maître, M. le professeur Bouillaud, nous avons constaté Tintégrité de rhymen. Les deux ovaires offraient une grande différence dans leur volume ; le gauche avait 5 centimètres de longueur, et & moins 2 millimètres de largeur ou de hauteur; le droit avait la même longueur, mais il n'a eu que 2 centimètres et 3 millimètres de hauteur. Ce qu'il y avait de plus remarquable, c'est l'aspect de l'ovaire gauche (voy. pi. II, fig. 1) , qui présentait en haut une large protubérance offrant, sur la partie la plus saillante, une tache d'un rouge foncé de la largeur d'une pièce de 50 centimes, entourée d'une large aréole plus claire, dont la couleur allait en s'affaiblissant et se perdait insensiblement dans celle de l'ovaire. Cette pièce ayant été mise immédiatement dans l'esprit- de-vin, n'a été examinée qoe quatre jours plus tard. Une incision cruciale, pratiquée an sommet de la protubérance, nous a permis de nous assurer que la tache rouge de la portion la plus élevée tenait à une forte congestion et à une véritable ecchymose; elle tombait sur une vaste poche pouvant contenir une des plus grosses cerises, remplie de coagulum grumeleux semblable à celui que forme le liquide renfermé dans les vésicules de Graaf, lorsqu'on le traite par l'alcool; seulement ce coagulom était fortement coloré en rouge, et indiquait le mélange d'une certaine quantité de sang. Â côté de cette poche, plus près de la grosse extrémité de l'ovaire, il y en avait une autre, de moitié plus petite, formée par la cavité d'une autre vésicule qui se préparait déjà probablement pour la déhiscence suivante. Cette poche renfermait également un coagulum, mais il était blanc, sans traces de sang. A part cela, il n'y avait dans les deux ovaires que quelques petits follicules et des cicatrices d'anciennes ruptures.
(i) Cette observation a été déjà publiée dans notre livre : De la puberté et éê l'Age crUique, 1844, p. 425.
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Nous voilà arrivé à la période tout à fait voisine des règles. Les cas de mort pendant les règles mêmes sont assez rares, et nous n'avons jamais eu d'occasion d'examiner les ovaires des femmes mortes dans cet état. MM. Gendrin (1) et Bischoff(2) paraissent avoir été plus favorisés sous ce rapport, mais les détails qu'ils donnent sur l'état des vésicules sont, soit incomplets (Bischoffj, soit si peu en rapport avec ce que nous avons constaté maintes fois avant la déhiscence, ou quelques jours après les règles (Gendrin), qu'ils ne peuvent pas nous servir pour la description de cette phase intéressante.
Négrier, ayant ouvert une femme morte d'une violente scarlatine deux jours après l'apparition des menstrues, dit avoir rencontré sur la face antérieure d'un des ovaires une tumeur du volume d'une grosse olive. Les enveloppes de cette tumeur étaient minces, surtout au sommet, mais il n'y avait encore aucune rupture. On apercevait au travers des enveloppes la couleur sanguinolente du liquide qu'elles contenaieut, et qui s'est présenté ainsi après l'incision. La membrane interne était comme plissée à la surface et tapissée au fond d'une couche de matière pultacée d*une belle couleur jaune orange y d'un aspect velouté, formant des espèces de sillons concentriques entrecoupés de distance en distance par d'autres sillons dirigés transversalement et moins profonds, c On pouvait écarter ces sillons, sans les rompre, avec Textrémité d'un stylet, ce qui porte à croire que les circonvolutions .qu'ils formaient étaient tenues écartées par le liquide interposé lorsque la tumeur était entière (3). n
Passons maintenant à la description des autres caractères.
Un des principaux caractères de la déhiscence spontanée des vésicules de Graaf consiste, comme nous venons de le voir, dans l'orgasme vital d'un des ovaires accompagné de
(1) Gendrin, TraUé philosophique de médecine pratique, Paris, 1839, t. II. Voyez la réfutation que nous en avons faite p. A 19 du livre De la puberté^ elc,
{2j BischofT, Annales des scieiice^ nalurellesy 3* scrie, Zoologie, t. II.
(3) Négrier, Recherches anatumiques et phyticlogiqtAes sur les ovaires. Paris, 1840, p. 20.
AACnOBSU. 5
CO PHYSIOLOGIE Dt LA MENSTRUATION.
gonflement, d*unc forte congestion de Torgane fonctionnant et de la proéminence d'une vésicule de Graaf à la surface.
§ V. — Hypertrophie de la membrane Interne de la véalciile de 6raa(
à l*époqae de la déhlseence.
A mesure que le moment de la rupture de la vésicule s'approche, la membrane interne commence déjà à s'Iiyperlrophier; sa surface, au lieu d'être lisse, présente Taspect gaufré et comme velouté, d'un jaune peu marqué d'abord, mais, plus tard, de plus en plus prononcé. L'étendue de sa surface se trouve ainsi augmentée, ou du moins les points de contact avec le liquide contenu dans la vésicule se trouvent multipliés. Cette particularité nous avait fait présumer, dans le temps, qu'une pareille disposition survenue au dernier nioment de la vie intra-vésiculaire de Tœuf pouvait ne pas être étrangère à la nutrition de cet organe, qui, étant sur le point de quitter son ancienne demeure, devait avoir quelques nouveaux b^ soins. C'est à ce point de vue que, dans notre atlas du musée OrHIa, nous avions désigné la membrane interne, dans cet étal d'hypertrophie, sous le nom A'ovontrophe. Quoi qu'il en soit, l'hypertrophie de la membrane propre des vésicules est un fait constant aux approches de la déhiscence spontanée, aussi bien chez la femme que chez les mammifères. Gomme elle continue encore pendant quelques jours après la déhiscence, on la distingue bien mieux chez les femmes mortes quelques jours après les règles qu'avant leur apparition. C'est elle qui, avec le caillot central, constitue le métoariofi de la déhiscence spontanée dont nous allons parler prochainement (voy. pl.IIjfig. 3,4,5, 6, 7, 8,9, H, 12). Quelques jours après la déhiscence spontanée, le travail hypertrophique s'arrête; les vaisseaux, jusqu'alors congestionnés, subissent une atrophie progressive, et la membrane interne diminue d'épaisseur et d'étendue ; bientôt on ne la distingue presque plus que par sa couleur jaune. Si, au lieu de déhiscence spontanée, il y avait eu fécondation, loin de s'arrêter au bout de quelques jourii
OVULATIOIS SPONTANÉE. 67
l'hypertrophie continuerait encore pendant les deux ou trois premiers niois de la gestation.
Ce serait presque le moment, en suivant Tordre analoniique, de cunlinuer la description des phénomènes observés du côté des ovaires. Mais, pour mcltre plus de clarté dans Texposilion, on nous permettra d'intervertir un instant cet ordre, et de porter nos regards du côté de Tutérus, pour voir un peu ce qui se passe dans cet organe, pendant que les ovaires sont le siège des modifications dont nous venons de parler.
§ %'I. — Étal de l*atéru« à répoQoe 4e la déhifcenee «pontanée
des vésicules.
Il eût été difficile d'admettre que l'utérus pût rester impassible à côté de l'orgasme cataménial des ovaires, sans en ressentir ses effets. Cela se pouvait d'autant moins, que cet orgasme a pour but de compléter le développement de Vœuf, de manière à le rendre opte à la reproduction, et que c'est précisément l'utérus qui est destiné à recueillir l'œuf après la fécondation, il doit y avoir, par conséquent, beaucoup de synergie et d'harmonie dans la vitalité de ces deux organes, au moment dont nous parlons. L'examen de l'utérus apprend, en effet, que cet organe se congestionne pour son compte en totalité, ce qui augmente sensiblement son volume. Les plexus vasculaires et les sinus caverneux se trouvent gorgés de sang, et produisent, à l'aide des appareils musculaires, très-bien décrits par M. le docteur Rouget, une sorte d'érection (1).
(1) D'après les recherches fort intéressantes de N. le professeur Rouget, de Montpellier, sur le type det organes génitaux et de leurs apiiareils musculaires (thèses de Paris, 1855, n" 294), il n'y aurait point de tissu spécial qui mérite le nom de tissu érectiley mais des appareils èrt'Ctiles composés; pour les veines, de plexus réliformes et de sinus caverneux, ou pour les artères, de réseaux rudimentairef, de vaisseaux tortueux, enroulés en spirale, etc., etc., et de l'élément musculaire qui, sous certaines influences^ modillc la circulation des réservoirs sanguins. Les organes sexuels contiennent de ces appareils érectiles dans plusieurs endroits : sur les parties latérales du vagiU; autour du col, dans toute l'épaisseur du corps et sous les ovaires. En étant si richement pourvu, on comprend sans peine
68 PlIYSiOLOGIL DE LU MENSTRUATION.
Par suite de celte turgescence, la membrane interne de la matrice se trouve projetée en avant, où elle forme des plis ressemblant aux circonvolutions cérébrales, connme nous en avons déjà vu Texemple dans la race canine, à Fépoque du rut (voy. pi. I, fig. 9).
Cet état de congestion, très-fort jusqu'au col, va ensuite, en s'affaiblissant un peu, jusqu'aux organes sexuels externes. Il n'est pas rare de constater alors du gonflement à rentrée de la vulve cl une coloration d'un rouge plus foncé que d'habitude (1).
M. Cosle a eu plusieurs fois l'occasion d'examiner la matrice des femmes qui s'étaient suicidées aux approches des règles ou pendant l'hémorrhagie menstruelle. Nous allons emprunter à cet illustre professeur la description qu'il donne de l'état de la membrane interne de l'utérus Irouvé dans cette circonstance.
€ Pendant que la capsule ovarienne, qui est destinée à se rompre, devient ainçi le siège de cette rapide évolution, l'ap-
que Tutérus augmente notablement de volume sous rinfluence de Texcitation con* sécutive à Torgasme physiologique des ovaires au moment des règles^ car il entre dans une espèce d'érection.
(1) En général on doit s'abstenir^ dans le cours des aflfecUons utérines, dei explorations des organes sexuels aux approches des règles et même pendant quelques jours après. Sans cette précaution, on sera plus d'une fois exposé m prendre pour pathologique ce qui sera tout bonnement le résultat de la congeaUon physie* logique. Cazeaux raconte, avec cette franchise qui lui^était habituelle, avoir c^mmii deux fois une erreur de diagnostic de ce genre : c'était sur deux femmes qui venaient habituellement à son cours d'accouchements, pour familiariser les élèves avec Texploration par le toucher et qui avaient acquis une certaine habileté dans ]*exercice de ce métier. Sachant que pour cette exploration on recherchait asiex les femmes tout à fait au début de la grossesse, eUes eurent Tidée de se présenter au cours deux ou trois jours avant l'arrivée des règles, en se disant enceintes de* puis peu. Caseaux trouva effectivement des caractères qui ressemblaient asses • ceux qu'on rencontre dans cet état, et comme il n'avait eu encore aucun motif pour soupçonner la bonne foi de ces femmes, il diagnostiqua une grossesse coin* mençante. Mais la supercherie ne pouvait pas heureusement durer longtemps *, les mêmes femmes s'étanl effectivement représentées une autre fois plusieurs joon après avoir eu leurs règles, on n'avait pas retrouvé les caractères qui firent d'abord admettre la possibilité d'une grossesse, et rimposture fui ainsi dévoilée, (froilê ikéçrique et pratique sur Vart dei acamchetnentSt à* édiUon.)
OlfULATION SPONTANÉE. 69
pareil vasculaire de la matrice se développe et s'injecte d'une manière inusitée ; celui de la muqueuse, en particulier, forme à la surface de cette membrane, sous la fine lame d'épithélium qui le recouvre, un élégant réseau à mailles irrégulièrement losangiques, dont chacune encadre l'orifice de Tun des innombrables tubes glandulaires qui la constituent presque lout entière. Cette réticulation vasculaire est si prononcée et si riche, qu'elle donne, chez certains sujets, à la face interne de la matrice, une teinte violacée plus ou moins intense. Selon toutes les probabilités, c'est à travers les parois des ramuscules déliés dont ce réseau se compose, que suinte le sang menstruel (1). »
c Sur une de ces femmes », dit le savant académicien que nous venons de citer, « la mort avait eu lieu précisément au moment même où le sang commençait à perspirer à travers les parois des vaisseaux engorgés. On voyait, sur le trajet de
ces derniers, une multitude innombrable de petits points rouges, comme si la m\iqueuse avait été tatouée avec une fine épingle, par chacune des piqûres de laquelle suintait à peine une gouttelette sanguine. 11 y avait çà et là, sous Tépithélium, Je petites ecchymoses en forme de plaques, qui indiquaient que rtiémorrhagie, suspendue par la mort, n'avait point fait encore irruption complète. Sur d'autres femmes, le pliénonène étant beaucoup plus avancé, la cavité de la matrice se trouvait remplie d'un sang rutilant et fluide qui gagnait le :ol pour s'épancher au dehors (2). »
La description laissée par Négrier concorde tout à fait avec i^elle de M. Coste. Chez une femme morte le second jour des règles, ce médecin distingué dit avoir trouvé la matrice d'un tiers plus volumineuse qu'à l'état ordinaire; ses faces étaient les parties les plus imprégnées de sang. Le péritoine utérin ne portait aucune trace d'inflammation ; les lèvres de la ma-
(1) Coste, Histoire générale et particulière du développement des corps organUés, i8A7, p. 208.
(2) Ouvrage cité, p. 206.
tricè étaient gonflées, son orifice enlr'ouverl, él Ton voyait sortir l'extrémité d'un caillot sanguin arasez mince; ce caillot remplissait la cavité utérine et se bifurquait à sa partie supérieure pour s'engager dans Tinfundibulum auquel aboutit le conduit de chaque trompe. La matrice contenait, en outre, une couche mince de matière molle demi- transpùr ente nm organisée qui tapissait tous /es points (1). L*orifice înlenie du col était le point le plus injecté. Les trompes étaient d'un rouge violet, surtout au pavillon, qui conservait un reflet velouté; toutes les deux étaient flottantes (2). >
D'après tout ce que nous venons de constater, il est impossible de refuser à l'utérus une participation tout à fait active dans l'orpasme menstruel.
§ vil. — Mf rhfmorrliatle meiittraelle ciiTltaBéc en eile-mtflic.
Tatit que dure l'étal spasmoditjue des appareils érectiles, les vaisseaux gorgés de sang en laissçiit à peine transsuder tin peu sous forme do gouttelettes à la surface de la cavité utérine, ce qui teint légèrement les mucosités qui s'y trouvent, et explique l'écoulement de quelques glaires sanguinolentes au début. Mais au bout d'un ou deux jours, le spasme ayant cessé, les écluses, (jui restaient fermées par la contraction des fibres musculaires, s'ouvrent, et le saûg commence à couler plus abondamment. Cette marche des choses est à peu près constante; on l'observe aussi bien chez les mammifères domestiques que chez la femme. Chez plusieurs femelles des animaux domestiques, on n'aperçoit également d*abord que des glaires; lorsque le sang apparaît, le rut ordinairement finit, et les rapports sexuels deviennent impossibles.
Chez lu femme, rhémorrhagie menstruelle se développe en général progressivement. M. Pouchet, qui parait avoir étudié la mari he de la menstruation d'une manière toute parlica-
{i) CV$t une production de celte espèce qui a élé probiblMMot priM fu M. Pouchet )M>ur U u)eud>riiie d<\*i\<«ia. tS) Ouvrage cUé, p. 20.
liére^ distingue, dans le cours de chaque époque menstruelle, trois périodes : celle d'invasion^ A' état et de cessaticn (\) . Dans la première de cas périodes, riiémorrliagie ne dépasse guère le suintement vulvaire des femelles des Inammiféres domestiques, qui ne sont pas sujettes à l'hémorrhagie proprement dite. Examiné au microscope, Técoulement de celte période contient, d'après M. Pouchet, < une grande quantité de globules muqueux à divers degrés de développement, puis quelques globules du sang disséminés çà et là. » Au bout de deux jours arrive la deuxième période, et alors M. Pouchet a vu au microscope une énorme quantité de globules du sang parfaitement semblables à ceux qui sortiraient d'un taisseau artériel; des globules muqueux à divers degrés de développement, mais moins nombreux proportionnellement que dans la première péfiode^ et enfin des fragments d'épithéliummvieês et translucides (2).
Dans la troisième période» les globules sanguins diminuent et ceux de mucus augmentent, de telle sorte que Taspect de Técoulement se rapproche davantage de ce qu'il était au commencement.
On peut dire que, en général. Ces trois périodes se succèdent dans Tordre que nous venons d'indiquer. Il peut arriver toutefois, comme cela se voit surtout chez de jeunes flUes qui sont à peine formées, que tout se borne, pendant plusieurs
(1) Nous admettons cette division, car elle repr(^.sente assez bien ce qui a lieu la plupart du temps et est en rapport avec les dernières phases de TovUlation. H est (yresqiie certain que le moment où Thémorrliai^ie menstruelle est dans son fort, doit coïncider avec le plus haut degré de distension de l'ovisac et sa rupture. C'est alors probablement que doit s'ciïectner le passngc de Tovule dans la cavité de la matrice. Il s'en faut pourtant que les trois périodes que nous venons d'admettre se représentent toujours avec celte régularité dans le cours de la menstruation. Beaucoup de femmes ne sont pas du tout prévenues de leur époque par le petit suintement glaireux qui constitue la première période, mais le sang coule chex elles abondamment dès le commencement. Chez d'autres, rhémorçhagie, après avoir •ITecUvement diminué progressivement, s'arrête pendant un jour pour reprendre de nouveau pendant une journée ou plus, avant de cesi^er dcflnitivem?nt. Cette marche des époques menitruelles eit plus commune qu'on ne pense.
(2) F. A. Pouchet, ouvrage cité, p. Sé3.
époques, à la première période seulement. L'évacuation menstruelle consiste alors uniquement dans un suintement maqueux assez abondant, à peine légèrement teint en rouge. La même chose se voit encore chez la plupart des filles chlorotiques ou dans quelques états pathologiques daus lesquels le sang, au moment des époques menstruelles, se porte du côté d'autres organes plus ou moins éloignés qui Texhalent, tandis que les organes sexuels n'excrètent qu'un peu de mucosités sanguinolentes. On avait désigné cet état sous le nom de menstrues supplémentaires, quoique, à vrai dire, iln'ya dans ce cas que l'hémorrhagie utérine par laquelle se termine habituellement l'orgasme utéro-ovarien, qui ait été supplée par une autre hémorrhagie. 11 serait absurde de supposer que ce fut l'orgasme lui-même qui préside, dans l'ovaire, à la déhiscence, qui eût été déplacé sur un autre organe.
M. Pouchet prétend que, du dixième au quinzième jour après les règles, il s'opère, par l'ouverture du col, l'expulsion d'un flocon albumineux d'une teinte opaline, qui ne serait autre chose que la membrane appelée decidua, dont les anciens physiologistes admettaient la formation après chaque conception, et qui, d'après le savant professeur de Rouen (1), se formerait également après chaque époque menstruelle. Toutefois, parmi les auteurs qui nous ont laissé la description de rinlérieur de l'utérus chez les femmes mortes pendant les règles, aucun ne fait mention d'une production que l'on pqisse comparer à la decidua. Si Ton rencontre quelquefois des productions de ce genre, ce qui n'est d'ailleurs qu'exceptionnel, elles ne sont point organisées ; ce sont tout bonnement des lambeaux de mucosités concrélêes, comme nous l'avons vu dans l'observation de Négrier, citée il y a quelques instants. Mais, quant aux bouchons admis par M. Pouchet, ils ne pourraient être autre chose, comme le fait remarquer judicieusement M. Longet, que le résultat de sécrétion muqueuse analogue à
(i) Voyez quelques pages avant, la description de rintérieur de rnléms pendant les rèfles,laile par Négrier et par M. Coste.
e que fournissent quelquefois les glandes du col utérin, nues sous le nom d*œufs de Naboth (1) . )ans un travail publié en 1857, et sur lequel nous aurons icasion de revenir dans cet ouvrage, nous croyons avoir Ssamment prouvé que la membrane caduque des auteurs st autre chose que la tunique interne de l'utérus, modifiée LS sa texture et dans son aspect, sous l'influence de la geson. Chez beaucoup de femmes, la membrane interne subit si des modifications analogues pendant les époques des les, sinon qu'elles sont moins accentuées. Mais quant à foliation de la vraie caduque^ lorsque ce fait se présente eptionnellement en dehors de la grossesse, il constitue un t tout à fait pathologique dont nous nous occuperons plus d en traitant des troubles de la menstruation (2). Plusieurs fois nous avons été à même de constater le gonflent cataménial de l'utérus et des ovaires pendant la vie. as ce cas, la palpation et la percussion, pratiquées convenament, étaient accompagnées de sensibilité dans les régions dupées par ces organes. La différence que l'on trouvait sous rapport, en examinant comparativement les régions corresidant aux deux ovaires, était remarquable ; d'un côté, la sénilité était quelquefois très-prononcée, tandis que de Tautre é on pouvait déprimer hardiment les parois abdominales is éveiller la moindre douleur. Il est inutile de faire observer e le côté où il y avait de la sensibilité correspondait nécesremcnt à l'ovaire, où se préparait la déhiscence pério- [ue. Nous signalons ces faits à l'attention des médecins, car se présentent assez souvent, surtout dans le cours d'une igue aménorrhée. 11 peut arriver alors que la déhiscence nculaire ait lieu sans être accompagnée d'hémorrbagie uté- 16 ; Tabsence des règles pourrait, dans ce cas, détourner
1) Longet, TraUé de physiologie, t. II, p. 729.
2) De CexfoIkUion physiologique et pathologique de la membrane interne de !éritf . Paris, 1857. Le même travail a été publié dans la même année en pluin articles dans le Moniteur des hôpitaux.
facilement rattention du médecin de la véritable cause du souffrances et les faire attribuer à une cause plus gravei ietti qu'une péritonite partielle du bassin ou une métriie< Nous avons vu plusieurs fois des erreurs dd ce genre commises par des hommes fort habiles d'ailleurs, mais qui n'étaient pu suffisamment préparés par des études spéciales pour éviter facilement de pareilles méprises.
De f odeur spéciale exhalée par les organes sexuels ma époques menstruelles. — Nous avons déjà fait remarquer que cheE certaines femelles des mammifères dotnesiiques, et surtout dans In race canine, les organes sexuels exhalent, au époques de rut, une odeur sut generis qui avertit de loin le mdle et le met en excitation génésique. La femme ne parait pas du tout ôtte étrangère à ce genre d'exhalation, ce qui constitue un nouveau titre de rapprochement entre les époques de rut et les époques menstruelles, c La veille ou l'avant- veille du jour où les règles vont se manifester, dit M. Pouchet, le mUcus exsudé par la surface de l'appareil sexuel contracte une odeur sui generis qui est tellement inhérente à cet acte, qu on peut avec assurance, sur ce seul indice, en annoncer l'invasion prochaine (1). >
Comme nous avons l'occasion de traiter beaucoup de mala^ dies des femmes, il nous est arrivé plus d'une fois d'explorer, les jours voisins de l'éruption des règles, et nous avons été à même de vérifier l'observation de M. Pouchet.
C'est au même ordre de faits qu'il faut rattacher une particularité fort curieuse que Sandras eut l'ocfcasion de rencontrer une fois dans sa pratique, c Je connais une dame, disait ce médecin distingué, qui, toutes les fois qu'une femme mens* truée s'approche ou la touche, elle éprouve un malaise indéfinissable, une sorte de mal de cœur, de disposition à la défaillance qu'elle ne peut décrire, mais qu'elle reconnaît toujours fort bien. Quand les femmes qu'elle fréquente sont en tout autre état, elle n'éprouve rien dans leur voisinage. Cette
(1) Pouchet, Théorie posUioe de la fécmdaHmy ISAT, p. 264.
OVtJLATION SPONTANÉE. 75
insation la tient au courant de h santé périodique de ses dolestiqueS) de ses parents et de ses amis (i). %
Durée de l'écoulement menstruel. Périodicité des règles. }uanlilé de sang perdu à chaque époque, — La durée ordiimire des réglés chez les femmes en santé est de trois, quatre : cinq jours. Toutefois les dispositions locales du système Vaslulaire, différents états constitutionnels, etc.^ peuvent occaionner tant de Tarialions ëous ce rapport, que nous préférons tous borner à celle appréciation approximative que de préendre à quelque chose de plus précis à l'aide de tableaux staiistiques. La statistique est une excellente chose; elle a rendu ^'immenses services à là médecine et pariiculiérenient à Thygriénc^ mais il ne faut pas que, par Tesprit de pédahtismc, on veuille en faire l'application à tout bout de champ ; ce serait le meilleur moyen de lui faire perdre son vrai prestige et diminuer son autorité. La quantité du sang perdu à chaque époque est ires-difficile à apprécier ; elle peut être modifiée par les mêmes causes dont nous venons de parler, et Ton ne peut en juger que d'une manière approximative. Aussi parmi les physiologistes qui s'en sont occupés, les uns la portent i\ quelques onces et d'autres prétendent qu'elle dépasse une livre ou 500 grammes.
On a prétendu pendant longtemps que les pays très-chauds rendaient les règles abondantes et les faisaient durer longtemps. C'était surtout Topinion de Haller (2). Des voyageurs dans les pays froids racontaient au contraire que les femmes de la Laponie n'étaient réglées qu'une ou deux fois par an, pendant la saison chaude de Tannée, et qu'elles perdaient à peine un peu de sang. Toutes ces assertions n'étaient que des inductions basées sur l'ancienne théorie de la menstruation, qui la considérait cotnme le résultat de la pléthore. Il semblait tout naturel de supposer que la grande chaleur, qui dispose en gé-
(!) Sandras et Bourguignon, TrcùU pratique des maladies nerveuses ^ ^^ édit iS60, t. I, p. 62.
[î) tiailer, klèthenia phitsUÀbjfki, t. Vil, | 4.
néral aux hémorrbagies, devait aussi rendre plus abondante celle qui constitue les règles, et que le froid devait produire un effet contraire. Aujourd'hui que nous savons que l'hémorrhagie menstruelle est régie par des conditions anatoroiqnes et physiologiques qui sont par leur nature infininient moins mobiles que la circulation du sang envisagée en général, on se sent déjà tout disposé à rabattre beaucoup de ces opinions. L'observation attentive, faite sur les lieux mêmes par des hommes capables et compétents, est venue d'ailleurs confirmer entièrement les prévisions des promoteurs de la nouvelle théorie de la menstruation. Déjà, en 1839, MM.ks docteurs Paye, de Chrisliania, et Peixoto, de Rio-Janeiro, questionnés là-dessus par nous, nous avaient déclaré que les femmes de ces pays présentaient absolument les mêmes variations sous le rapport de la durée des époques menstruelles et de l'abondance des règles, que les femmes de notre climat. La même chose nous a été affirmée par M. le docteur MagnusHuss, médecin en chef de l'hôpital des Séraphins, à Stockholm, tant en son nom qu'en celui du docteur Wistrand, qui a exercé longtemps en Laponie. Les règles des femmes de ces deux pays septentrionaux ne diffèrent guère sous ces deux rapports de ce que nousvoyons dans l'Europe centrale.
Dans les documents qui furent envoyés sur la menstruation au Congrès international de Paris de cette année, nous avons trouvé des renseignements importants quant à la durée des époques des règles chez les femmes norvégiennes et les laponnes. D'après M. le docteur Faye, qui est aujourd'hui professeur de la Faculté de médecine de Christiania et médecin en chef de l'hospice de la Maternité de celle ville, et de M. le docteur Vogt, son ancien chef de clinique, les règles durent chez les Laponnes trois ou quatre jours, ce qui ne diffère guère des femmes des provinces plus méridionales du pays. Le docteur Vogt, ayant en effet noté la durée des époques menstruelles chez 760 femmes de ces provinces, a trouvé que chez 367 femmes elles avaient duré habituellement moins de trois jours,
. tandis que chez 393 autres leur durée dépassait ordinairement quatre jours. Le docteur Fâye ayant pris des notes là-dessus chez 113 femmes de la classe aisée de la société, a trouvé pour chiffre moyen de la durée des règles à Christiania, i,26 jours.
Les retours périodiques des époques menstruelles ne se laissent également en rien modifier par le climat. Aussi bien sous la température moyenne de Tannée de zéro (Laponie) que sous celle de 5 degrés (Christiania) , ces retours sont habituellement mensuels,* comme dans nos pays. Sur 113 notes prises à cet égard, MM. les docteurs Faye et Vogt ont trouvé que chez 102 femmes la menstruation revenait une fois en quatre semaines; chez à y elle revenait toutes les trois semaines; chez une, toutes les deux ou trois semaines -, chez une, au bout de cinq semaines; chez une, enfin, ces retours variaient entre quatre et huit semaines. Il n'y a en vérité rien là dedans de particulier qui ne puisse pas s'appliquer à peu près dans les mêmes proportions aux femmes de nos pays. Les retours mensuels constituent dans ces contrées froides, comme en France, l'immense majorité du nombre total.
Nous n'avons pas de renseignements aussi précis sur la durée et Tabondance des règles dans les pays très-chauds. Mais comment supposer que des observateurs aussi distingués que Roberton, par exemple, qui nous a fourni des renseignements si précieux sur l'époque de la première menstruation aux Indes, n'eussent pas signalé quelques particularités de ce côté, s'il y avait eu réellement quelque chose de particulier à noter. Pourquoi d'ailleurs supposer que la grande chaleur doive absolument déranger la marche de la menstruation, quand elle a su résister si bien au froid glacial, et qu'elle n'y a éprouvé aucun changement notable de ce côté. Et comment pourrait-il même en être autrement, puisqu'il s'agit d'un fait qui tient à l'organisation de la femme, et qui, par conséquent, à part de légères modifications qu'il peut éprouver sous l'influence des agents extérieurs, ne doit pas varier davantage que ne varie le
78 PHYSIOLOGIE D£ LA M ENSTfi DATION.
nombre des battements de cœur ou des respirations par minute, etc., etc., chez les différents peuples du globe.
Quelques auteurs prétendent que les retours mensuels de li menstruation coïncident plutôt avec les retours solaires que lunaires (1). Nous ne nous arrêterons pas à discuter ce point d'emménologic, car cette discussion ne nous mènerait à aucun résultat satisfaisant. Nous avons vu plus haut que l'intervalle qui sépare les époques de rut chez les animaux, quoique presque toujours le même dans la même espèce, peut néanmoins varier de plusieurs jours; personne néanmoins n'a songé pour cela à en rechercher des raisons extraordinaires.
A Texemple de Haller, nous considérons Tinfluence des phases lunaires sur les retours périodiques des régies, comme touti fait imaginaire. On ne peut plus répéter aujourd'hui, avec les anciens, que la nouvelle lune purge plutôt par la menstruation les jeunes filles, et que les femmes plus âgées sont réglées plutôt au déclin de la lune : Lima velus vetulas^ juvenes nova luna repvrgat.
Gall, sans croire précisément (\ l'influence lunaire, supposait qu'une cause générale et étrangère à l'individu présidait à la périodicité des règles. 11 divise sous ce rapport les femmes en deux catégories : celles de la première seraient toutes réglées dans l'espace de huit jours, auxquels succéderait un intervalle de huit à dix jours suivi de la menstruation des femmes d'une autre catégorie durant une huitaine de jours encore. D'après le célèbre auteur de la Phrénologie^ ces deux époques coïncideraient chez toutes les femmes de l'Europe et au delà des mers.
Ayant pris des notes sur la date des régies chez un grand
nombre de femmes, nous nous sommes convaincu qu'il n'y a
presque pas de jour dans l'espace du mois où, chez les jeunes
comme chez les plus dgées, elles ne puissent pas paraître.
La meilleure raison que Ton puisse donner, je crois, des re-
(1) P. Dubois et Pajot, TraiU des accauehêmenlit etc.
OVULATION 8P0NTANÊE. 79
tours périodiques des règles, c'est qu'on voit aussi revenir périodiquement, à des époques plus ou moins déterminées d'avance, le rut chez nos animaux domestiques. Jamais il n'est venu dans l'idée d'aucun éleveur de chercher, dans la lune la raison de ces manifestations; elle tient évidemment à un principe beaucoup plus élevé et commun à tout le règne animal. LVapr.ès te principe, la périodicité d'action constitue la loi générale de toutes les fonctions ; chacune d'elles peut revêtir des formes qui lui sont particulières. La faculté de la reproduction s'éveille chez la femme une fois par mois pendant une certaine période de là vie; et il en est de même chez plusieurs femelles des animaux domestiques. Voilà je crois toute la raison de la périodicité des règles; elle tient à la périodicité mensuelle de la maturité des ovules dans notre espèce.
Nous venons d'envisager l'hémorrhagie menstruelle sous les principaux points de vue qui puissent réellement intéresser; sa périodicité, la quantité de sang perdu à chaque époque, sa durée toujours à peu près la même, voilà ce qui frappe plus particulièrement l'esprit, quand on étudie ce curieux phénomène physiologique. Nous nous bornerons à ces considérations, et nous abandonnons à dessein d'autres détails sans intérêt et sans aucune valeur scientifique. Nous ne suivrons pas, entre autres, l'exemple de quelques-uns de nos prédécesseurs qui, dans l'excès de leur amour pour la statistique, avaient poussé leur curiosité jusqu'à chercher à savoir si les régies commençaient plutôt la nuit que le jour, au lever ou dans la journée. La solution de pareils problèmes ne peut intéresser en aucune manière la science : pourquoi alors perdre son temps à supputer les chiffres et à faire des catégories sans profit pour la science et sans agrément pour les lecteurs. Nous admirons, en vérité, la patience de notre honoré confrère, M. le docteur Bricrrc de Boismont, qui a interrogé deux cent vingt et une femmes, pour éclairer ce point noir à l'horizon emménologiquc. D'après les réponses obtenues, ce médecin distingué divise les femmes sous ce rapport, en cinq catégories. La première renfermait les
80 PHYSIOLOGIE DE LA ME^STAUATlON.
femmes chez qui les règles commençaienl le jour; la seconde celles chez (|ui elles commençaient plutôt pendant la nuit. € La troisième catégorie, dit Tauteur, comprend A6 femmes, dont 20 étaient menstruées en se levant; 16 dans la matinée; 6 tantôt le matin, tantôt la nuit; 2 le matin ou dans la journée; une de ces femmes, en sortant de son lit, était aussitôt réglée (1). > Ce résultai, au fond tout à fait insignifiant, était facile à prévoir; ce n*est pas sur des éléments aussi mobiles qu'il faut appuyer les recherches statistiques, quand on veut obtenir quelque chose de sérieux. Inutile, par conséquent, de chercher à nous justifier davantage d'avoir négligé Télude de pareilles questions. A l'époque où M. Brierre de Boismont a public le livre auquel nous venons de faire cet emprunt, cela pouvait cependant se faire comprendre; c'était le moment de réaction contre les assertions vagues et approximatives dont on avait pris une longue habitude en médecine. Aussi ne voulaiton plus croire qu'aux chiffres; eux seuls avaient l'autorité de convaincre; onat^pliquait la méthode numérique à tout. Quand on voulait qu'une méthode de traitement que l'on proposait inspirât plus de confiance, on avait soin de la présenter sous l'apparence d'une formule d'algèbre; et il y avait bien des gens aux yeux de qui un pareil hochet avait beaucoup de succès ! De même que toutes les réactions, celle-ci a eu donc, comme on voit, ses inconvénients. Connaissant l'esprit éclairé de l'auteur du livre que nous venons de citer, nous sommes convaincu que, s'il avait à le publier aujourd'hui, il n'emploierait plus son temps à des recherches aussi infructueuses. Mais il paraît qu'il n'en est pas encore de même pour tout le monde. C'est avec peine que nous avons vu tout récemment, dans plusieurs communications faites au Congrès international médical de Paris, cet esprit de statisticomanie reparaître dans toute sa force. Plusieurs fois nous avons vu invoquer des preuves arithmétiques pour la solution des problèmes vraiment impossibles. Mais comme nous aurons l'occasion de revenir là-
(1) Brierre de Boismont, De la mfitmnuUUm^ 1842.
OVULATION SPONTAflÉE. 81
dessus dans le chapitre suivant, en traitant de l'influence du climat sur l'époque de la puberté, nous ne profiterons pas davantage dans ce moment de l'occasion qui vient de s'offrir pour quelques considérations générales sur les recherches stalistiques appliquées aux différentes questions de l^emménologie, et nous allons reprendre notre principal sujet.
En examinant les choses de près, on peut se rendre compte d'une manière plausible de la grande variété que présente la menstruation chez les différents individus, malgré l'unité des conditions anatomiques qui président à son exercice. Un cer« tain degré de congestion utérine conslituc la partie intégrante de l'orgasme menstruel. Mais l'intensité comme la durée de cette congestion dépendent ensuite de dispositions anatomiques ou pathologiques locales, quelquefois même des influences constitutionnelles. Ce sont là les principales raisons pour lesquelles l'hémorrhagie, qui ne dure souvent qu'un jour ou deux, traîne chez d'autres femmes pendant dix ou douze jours. On aurait certainement tort de considérer ces pertes prolongées comme dépendant d'un bout à l'autre de l'orgasme ovarien qui aurait duré également autant. Sans doute ces pertes de sang se sont déclarées à l'occasion de l'orgasme menstruel, mais elles n'en font pas partie, elles en sont indépendantes.
Mais faudrait-il conclure de ce que nous venons de dire, que l'abondance ou la durée des règles ne dépendent jamais des impressions agissant directement sur l'orgasme ovarien? Ce serait évidemment aller trop loin. Nous ne voyons pas pourquoi un retard, une certaine lenteur dans la déhiscence ou sa suppression brusque, ne pourraient pas imprimer à j'hémorrhagie menstruelle un cachet d'atonie, la rendre traînante ou la supprimer tout d'un coup? En étudiant les ovaires, nous avons eu l'occasion d*en rencontrer (pi. Il, Tig. 2) où, à côté d'une vésicule déjà très-distendue et sur le point de se rompre, on en voyait une seconde suivant de prés la première dans son développement, destinée évidemment i une rupture très-prochaine. Ne pourrait-on pas expliquer par
iAaioaui<
des parlicularités anatomo-physiologiques de ce genre ces hémorrhagies menstruelles qu*on pourrait appeler, avec MM. P. Dubois et Pajol, surnuméraires^ qui reviennent dans Tinter* valle des époques menstruelles ordinaires? Ne pourraient-elles pas, en effet, être le résultat des déhiscences spontanées anticipées? On sait que, toutes les fois que ladéhiscence a été provoquée par un coït fécondant aux approches d'une époque des règles, Thémorrhagie menstruelle que Ton attendait ne parait plus, ou seulement en très-petite quantité. Ceci ne semblet-il pas déjà indiquer que l'orgasme de l'ovulation n'est pas toujours impassible à l'action de certains modificateurs du dehors, et qu'il peut y en avoir parmi eux qui puissent influer de cette manière sur la marche de la menstruation? Toutefois nous n'émettons ces idées que comme de simples hypothèses; l'avenir pourra décider un jour jusqu'à quel point elles sont admissibles.
§ vill. — Symptômes fénéraax eonsécntirs à l*aete phyttoloflqac
de la menstraatlon.
II éttiit impossible d'admettre que tant d'actes importants qui constituent les différents éléments anatomo-physiologiques de Torgasmc menstruel eussent pu s'accomplir dans si peu de temps sans réagir sur l'économie tout entière. Comme le dit fort bien Aran, « outre la sortie d'un ovule à travers l'enveloppe extérieure de l'ovaire qui s'amincit et se déchire, outre les phénomènes en quelque sorte traumatiques qui marquent cette expulsion; outre la congestion des organes sexuels et surtout de l'utérus, il s'éveille à cette époque dans tout l'organisme des sympathies nombreuses, et il se fait en quelque sorte de toutes pièces un état physiologique, si l'on veut, comme la grossesse, mais qui, de même que celle-ci, touche de très-près à l'état morbide (1). »
C'est le système nerveux qui est le premier le siège des réac-
(1) AraO| Leçons cliniques mr in maladies de l'ulérus. Paris, 1858, p. 812.
OVULATIO.N SPONTANÉE. * 83
tions de ces mouvements sympathiques. Nous avons déjà constaté ce fait chez les femelles d'animaux domestiques pendant le rut. A plus forte raison devait-il en être ainsi aux époques menstruelles; c'est même ce qui constitue un nouveau titre à leur analogie.
Qu'on relise ce que nous avons dit des troubles du système nerveux chez les animaux domestiques pendant le rut, et on les retrouvera ensuite dans Tespèce humaine ; les différences tiennent seulement à la nature de la femme ou sont la conséquence de la civilisation. La raison, l'habitude de maîtriser ses sensations, le sentiment des convenances, permettent gé^ néralementà la femme de garder le voile. Il arrive néanmoins assez souvent qu'elle trahit sa nouvelle situation par l'excès de sensibilité ou par trop d'irritabilité, lesquelles, selon les dispositions naturelles de la femme et son caractère habituel, peuvent la rendre plus bienveillante et plus affectueuse que de coutume, ou au contraire, irascible, plus disposée à l'impatience, la colère et l'emportement. L'imagination s'exalte souvent au milieu de pareilles conditions, et il n'est pas rare de voir des élans généreux auxquels on n'était pas habitué, des conceptions d'esprit étonnantes, des compositions surprenantes par leur fond et surtout par leur forme. C'est dans ces moments également, que des passions telles que : la jalousie, la haine, la vengeance, s'exercent avec une vigueur inaccoutumée.
Depuis longtemps déjàles physiologistes et même les légistes avaient tenu compte à la femme de dispositions anomales que Ton voit quelquefois se manifester chez elle dans les sentiments et les penchants, sous l'influence de la grossesse. A notre avis, on n'aurait pas dû peut-être s'arrêter là ; on aurait pu également tenir compte aux femmes des dispositions psychiques qui naissent quelquefois sous Tinfluence de la surexcitation nerveuse cataméniale, qui peuvent leur faire commettre des actes jusqu'à un certain point indépendants de leur volonté, puisqu'elles ne jouissent pas alors complètement
8/i PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION.
de leur libre arbitre. En examinant, dans une autre partie de cet ouvrage, l'influence de la menstruation sur les maladies, nous verrons que ce sont surtout les affections du système nerveux sur lesquelles elle se fait le plus sentir; tant il est vrai que ce n'est pas autant la perle du sang, h laquelle, pendant si longtemps, on attachait une importance exclusive, que plutôt l'orgasme nerveux et vasculaire, qui jouent le principal rôle dans l'acte physiologique de la menstruation.
Parmi les organes qui se ressentent plus particulièrement de changements survenus du côté des ovaires et de l'utérus, il faul d'abord citer les glandes mammaires, qui deviennent, chez beaucoup de femmes, sensibles et gonflées pendant la durée des époques menstruelles. Les organes contenus dans le bassin ou dans son voisinage se trouvent également congestionnés sympathîquement, ce qui occasionne des tiraillements dans les reins, des pesanteurs dans le bas-ventre, et une sensation de lourdeur dans les membres pelviens. Bien des femmes éprouvent dans ces moments des envies fréquentes d'uriner. II n'est pas rare non plus d'en rencontrer qui ont la diarrhée; mais nous connaissons aussi des cas où la diarrhée chronique, à laquelle les femmes étaient sujettes, s'arrêtait au contraire pendant toute la durée des règles. Tout cela prouve que l'économie n'est pas tout à fait indifl^érente à ce qui se passe pendant l'exercice de la menstruation.
Les glandes salivaires se trouvent souvent sympathîquement excitées, et sécrètent abondamment; chez quelques femmes, dès que l'orgasme menstruel commence, on voit survenir, sur des points même assez éloignés des organes génitaux, des éruptions circonscrites d'acné ou d'impétigo, des engorgements glandulaires, voire même des hémorrhagies. On voit, d'après cela, qu'il est impossible de circonscrire le cercle des réactions sympathiques des actes physiologiques qui s'accomplissent à chaque période de la déhiscence vésiculaire spontanée, dans les ovaires et dansTutérus; ces sympathies embrassent évidemment toute l'étendue de l'économie, et peu-
enl atteindre tout ce qui possède seulement quelques ramificaons nerveuses capables de se mettre en rapport avec les ner& e l'appareil génital. Or, comme la fonction ovarique dont il st question s'exerce périodiquement tous les mois, qu'à peine orgasme qui accompagne la déhiscence d'une vésicule est teint qu'un autre se prépare déjà, et que tout cela dure deuis les approches de la puberté jusqu'à la ménopause, c'est-àire, en moyenne, trente-quatre ans ; ce n'est pas, sans doute, lagérer que d'en conclure que la nature même de la femme oit en dépendre. 11 y a longtemps déjà qu'on avait soutenu Me thèse, que c'était la matrice qui rendait la femme ce a'elle est : Propter solum uterum mulier est quid est. Les rogrès modernes en physiologie n'enlèvent presque rien essentiel à cet aphorisme, sinon qu'ils autorisent de mettre 1 première ligne, avant l'utérus, les ovaires, qui tiennent cet rgane, une grande partie de la vie, sous leur dépendance. 'utérus des femmes auxquelles on avait enlevé les ovaires dans ur enfance, et qui ont survécu à cette mutilation, ne joue plus ii'un rôle insignifiant. La nature de ces femmes se trouve ainsi italement transformée, et se rapproche davantage, au physique >mme au moral, de celle de l'homme.
§ IX. — Raptore fpontanée des vétlcales.
Les deux derniers caractères principaux de la déhiscence lontanée, qu'il nous reste à faire connaître avant de passer IX caraclères de la période descendante, sont : rupture des (sicules et hémorrhagie intravésiculaire. La généralité des îysiologistes attribuent la rupture des vésicules à leur extrême stension. Sans nier l'intervention d'un élément mécanique de itte importance, nous croyons que la nature ne pouvait pas m tenir là. Il ne s'agissait pas, en effet, de faire tout boniment éclater la vésicule, mais il fallait déterminer le point plus favorable pour la déhiscence, pour ne pas exposer l'ovule s'écurter de la route qu'il doit suivre ultérieurement. La na-
ture arrive à ce résultai par un travail spécial, dans l'épaisseur de la tunique propre de la vésicule que Ton sait être excessivement vasculaire. Distendue outre mesure, ses vaisseaux se rompent effectivement dans le point le plus convenable; il s'y fait niême souvent un peu d'épanchement de sang dans l'épaisseur des tuniques, avec l'ecchymose (voy. pi. II, fig- 1) La poche subit ainsi, au point correspondant^ un commence* iQent de ramollissement qui gagne de proche en proche toute l'épaisseur des enveloppes et amène forcément la rupture de la vésicule. En un mot, dans les préparatifs pour la déhis* cence, rien n'est abandonné au hasard; c'est un véritable travail d'approche analogue à celui- qui doit précéder l'ouverture spontanée d'un abcès, sous l'influence de la pression centrifuge du liquide contenu dans sa poche et de la résorption des parois.
Il est plus que probable que l'appareil musculaire, qui forme en grande partie la tunique externe des ovaires, ne reste pas inactif dans ce moment. On peut aisément se figurer que, en se contractant, il doit faciliter l'expulsion de l'œuf par la pression concentrique qu'il exerce sur les parois de la vésicule. O'un autre côté, il semble fort naturel que des contractions analogues se réveillent simultanément dans les fibres musculaires de l'appareil éreclile des pavillons des trompes, et que ce soit grâce à la synergie de ces efforts combinés que s'opère l'application des pavillons contre les ovaires, et le passage des ovules dans les trompes.
La déhiscence périodique ne doit pas s'effectuer ches toutes les femmes au même moment de l'époque menstruelle ; il peut arriver, en effet, que tout soit déjà prêt pour cela, et qu'une modification quelconque dans l'énergie de l'orgasme ovarien vienne encore changer le résultat, devancer ou retarder le moment de la déhiscence. Parmi les causes qui semblent jducr, sous ce rapport, le rôle le plus important, nous pouvons, sans contredit, placer en tête les excitations génésiques ; les observations et les expériences suffisamment répétées et va-
riées de M. Coste ne peuvent laisser le moindre doute à cet égard quant aux animaux. Le coït, par lui-même, n'est pas indispensable pour cela ; il suffit de la présence constante du mâle dans le voisinage pour précipiter le développement et la débiscence des vésicules (1) . Parla même raison, on peut ad-» mettre comme conséquence, qu'il n*y a point de rapport de cause à effet entre la rupture des vésicules ef rbémorrbagie utérine, et que le sang contenu dans la poche vésiculaire ne doive pas être considéré comme en étant la source. Tout ce que noiis avons dit d'ailleurs dernièrement de l'état de la membrane interne de l'utérus, aux époques des règles, rend cette hypothèse inadmissible.
M. Coste possède, au musée du Collège de France, une belle collection de matrices et d'ovaires ayant appartenu à des femmes qui s^étaient suicidées pendant les époques menstruelles. Dans ce nombre, il y a des ovaires de femmes mortes le premier jour de la menstruation, et où la débiscence des vésicules était déjà accomplie, tandis qu'à côté, d'aptres ovaires, ayant appartenu à des femmes mortes à la Aq de leurs régies, présentaient seulement une vésicule de Graàf excessivement distendue, mais pas encore ouverte. Rigoureusement, on peut même admettre la possibilité de Tabsence complète de débiscence à une ou plusieurs époques mens* truelles, la résorption du contenu de la poche vésiculaire, ou sa transformation pathologique en kyste.
MM. P. Dubois et Pajot prétendent que, lorsque la vésicule ne se rompt pas, ce qui, d'après ces auteurs, serait plus commun qu'on ne pense, elle décroit graduellement et rentre dans ses conditions premières (2). D'après ce que nous avons dit des caractères anatomiques des vésicules, à l'approche de la débiscence, l'assertion de ces médecins distingués ne se com<prend même pas. On 6oncevrait bien que les vésicules, deve-
(1) Cotte, Histoire g^iéraiû «( fç^rticulièrp é\t 4év9loiïp$m9nt dts corps or^niiés, i8A7.
(t) Diiboit •! Pijot, Traité éBs aeeouchimetUs. PtiTl^y 1860, p. 278.
nues seulement plus grandes, puissent ensuite diminuer de volume; mais que des ovisacs, dont les parois étaient déjà hypertrophiées, dont la cavité même était souvent remplie d'un peu de sang, pussent rentrer dans leur état antérieur, cela ne se comprend guère. Non, la seule terminaison que nous pouvons admettre dans ce cas est la résorption ou la transformation pathologique. Bien des kystes de Tovaire doivent, sans doute, provenir de source cataméniale et se rattacher à des altérations survenues dans le cours de la période ascendante du développement des follicules. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il est excessivement commun de rencontrer de ces kystes chez la truie. A cause de la multiparité de Tanimal, ils sont ordinairement au nombre de plusieurs, ce qui n'empêche pas d'autres follicules de continuer à côté leur éruption, et de suivre leur marche régulière vers la déhiscence. Comme on sacrifie ces animaux en général encore jeunes, les kystes en question dépassent rarement le volume d'une grosse noix ou d'un œuf de poule. Le liquide qu'ils renferment étant presque toujours sanguinolent, tout porte à croire que l'on doit rapporter leur naissance à Tépoque où commence Thé* morrhagie intra-vésiculaire, c'est-à-dire aux approches du rut. Rien n'empêche, par conséquent, d'admettre que la déhiscence physiologique puisse être devancée ou arrêtée. Toutefois, comme le fait remarquer judicieusement M. Longet, ces faits exceptionnels n'attaquent pas pour cela la loi de Y ovulation spontanée proclamée pour la première fois, avec l'énergie d'une forte conviction, par M. Pouchet, et que nous croyons avoir le premier démontrée anatomiquement, aussi bien chez la femme que chez les mammifères domestiques. Bien des actes de l'économie animale n'offrent- ils pas, d'ailleurs, d'exemples de ces sortes d'exceptions aux lois générales sans que celles-ci s'en trouvent pour cela ébranlées? On n'a pas besoin de chercher longtemps pour les trouver. L'art n'est- il pas obligé d'intervenir quelquefois pour hâter l'éruption des dents? N'y en a-t-il pas aussi qui restent toute la
vie enfoncées dans l'épaisseur des maxillaires sans percer les gencives? Et pourtant personne ne songerait à s'appuyer sur ces faits pour attaquer le principe général de physiologie qui proclame la spontanéité de la dentition.
Si nous n'avons pas eu l'occasion d'assister à l'autopsie des Temmes mortes au moment des régies, nous avons été souvent à même d'examiner les ovaires des femmes mortes quelques jours après l'époque menstruelle, à la suite des affections aiguës graves. Nous n avons jamais manqué de trouver, dans cette circonstance, sur un des ovaires : soit une tuméfaction arrondie sous forme de protubérance, lorsque c'était sur une des faces de l'organe, soit une éminence plus ou moins pointue, quand c'était sur son bord libre (pi. Il, fig. 1). La partie la plus élevée de cette saillie était généralement surmontée d'une ecchymose rouge, présentant au centre une fente linéaire (pi. II, fig. 10) dont les bords étaient ordinairement agglutinés au bout de quelques jours, mais qu'il était encore facile de désunir par des tractions latérales. Il arrive assez souvent que cette solution de continuité ne se trouve cicatrisée qu'au fond, du côté de la tunique interne, et qu'elle reste encore béante du côté du péritoine, et permet l'introduction de l'extrémité d'un stylet. En mettant les parois de la vésicule rompue contre le jour, on reconnaît très-bien la cicatrice par sa forme linéaire et sa transparence. Dans des cas plus rares, les lèvres extérieures de la solution de continuité ne sont pas du tout accolées, mais, au contraire, un peu écartées. Quelques filaments passent seulement transversalement de l'une à l'autre, ce qui donne à Tancienne solution de continuité l'aspect d'une reprise mal faite (pi. II, fig. 9). Il est assez commun de rencontrer, à la surface des ovaires, des fentes provenant d'anciennes déhiscences, dont les lèvres ne s'étaient jamais réunies du côté du péritoine, et étaient restées béantes. Cette difficulté de réunion provient sans doute de l'interposition de quelques filaments fibrineux entre les lèvres de la solution de continuité; plusieurs fois il nous est arrivé, en
M PHTSIOiOOIB DE LA IIENSTBUÂTION.
effel, de rencontrer de ces petits caillots filamenteux au milieu des fentes récentes dont ils devaient empêcher la réunion. Jamais la cavité de la vésicule rompue ne reste largement ouverte ; elle représente toujours une sorte de carrière couverte, à très-petite entrée, que la nature se charge ensuite de combler par des procédés particuliers que nous allons décrire incessamment.
§ IL. — ■émorrhMte caUménlale l^iraTéftciitelr».
Le caractère de la déhiscence spontanée dont nous allons nous occuper daps ce moment est un de ceux qui se présentent tout à fait au dernier moment; il se trouve placé, eii quelque $orle, à cheval entre la fîn de la période ascendante et le commencement de la période descendante du développement des follicules. Toutes les fois que nous avons eu Toccasion d*eiaminer les ovaires d'une femme morte peu de jours après l'époque menstruelle, nous n'avons jamais manqué d'y trouver, î part les caractères de la déhiscence que nous avons déjà fait connaître, du sang dans la vésicule rompue. Les fig. â, 5, 6, 7 de la planche II représentent, d'après nature, l'aspect de ces dépôts sanguins; ce sont des caillots plus ou moins volumineux, selon la durée du temps qui s'est écoulé entre les dernières régies et la mort. Ils diminuent en effet de plus en plus, par suite d'une résorption progressive, et finissent par être réduits à l'état d'une simple tache d'un gris ardoisé, que l'œil habitué à ce genre d'études est seul capable de rapporter & sa véritable origine.
Le plus fort volume que nous ayons trouvé à ces caillots de sang, quelques jours après la déhiscence spontanée, ne dépassait jamais la grosseur d'une forte cerise. La figure h représente rintérieur d'une vésicule appartenant à l'ovaire d'une femme morte le quatrième jour d'une pneumonie aiguë très* grave, cinq ou six jours après les règles. Le caillot intravésif pulaire qu'on y voit ^st un des plus forts que nous ayons fUi,
OTULATION SPONTANÉE. 91
ce qui tenait probablement, en partie du moins, i ce que 1 ovaire était entouré de toutes parts de fausses membranes stratiûées qui augmentaient considérablement l'épaisseur de ses parois et empêchaient ainsi la.déhiscenoe de s'acconiplir. L'ovaire n'offrait pas moins une légère proéminence sur un des côtés ; mais il a fallu enlever les fausses membranes, couche par couche, avant d'arriver dans la cavité de la vésicule que remplissait un caillot lisse à la surface. En l'examinant avec attention, on trouvait qu'il était renfermé dans un sac exactement collé sur lui, à parois excessivement minces et transparentes; de manière qu'on ne pouvait le distinguer du caillot qu'en le soulevant légèrement avec des pinces. Cette disposition, que nous n'avons plus retrouvée ailleurs, tenait probablement à des conditions exceptionnelles au milieu desquelles se trouvait le caillot, renfermé dans une cavité entière* ment close, à parois souples et lubriGées, où il jouissait d'une certaine mobilité. Nous regretterons toiyours d'avoir négligé d'examiner l'intérieur de l'ovisac, pour savoir si la tunique propre n'était pas fendue, malgré l'absence de toute trace de déchirure au dehors. Cependant tout porte à croire qu'il ne devait y avoir aucune solution de continuité, car on aurait remarqué quelques traces d'infiltration de sang sous les fausses membranes, tandis que celles-ci étaient d'un blanc parfait.
Cette pièce anatomique est pour nous doublement inté-* rossante; non*seulement elle nous donne une nouvelle occasion d'étudier les caractères de la dernière phase de l'ovula** tion, mais elle vient confirmer péremptoirement l'opinion que nous soutiendrons envers et contre tous, que l'hémorrhagie int travésiculaire n'est pas l'effet du traumatisme, mais qu'elle tient i un ordre plus élevé de faits qui rattachent cette hémorrbagie à l'hémorrhagie menstruelle de la cavité utérine, et n'en font pour ainsi dire qu'une partie. Quant au volume du caillot, qui est relativement gros, il ne faut pas attribuer cette parti* cularité exclusivement à cette circonstance que la poche ne pou* vait pas être vidée. En effet (pi. Il, Qg. 5), nous voyons un autre
caillot à peu près aussi gros que le précédent. La pièce anatomique que ce dessin représente provient d'une jeune femme qui tenta de s'asphyxier par le charbon au moment de ses règles, mais qu'on finit par rappeler à la vie, ce qui ne Tempècha pas de mourir quelques jours après, des suites d'une pneumonie consécutive (1). Ici la déhiscence avait eu déji lieu, et cependant le caillot était encore volumineux. Cela ne prouverait-il pas que la déhiscence a surtout pour but l'expulsion de l'œuf, mais qu'elle ne donne pas lieu à l'évacuation complète de l'ovisac. Le caillot ne pourrait-il pas avoir un autre emploi spécial dans l'avenir, lorsque le moment de combler le vide sera arrivé? Nous reviendrons sur cette question en parlant des métoarions ou des corps jaunes des auteurs.
Chose remarquable, malgré qu'il paraisse si facile de s'assurer de la présence du caillot sanguin dans la poche vésicalaire après la déhiscence spontanée, quelques auteurs émettent encore des doutes sur son existence. De ce nombre est M. le professeur Coste, dont nous avons eu l'occasion de citer souvent les beaux travaux dans cet ouvrage. Au dire de Cazeaux, qui partageait sous ce rapport notre manière de. voir, cet épanchement sanguin ne serait, pour M. Coste, qu'un fait pathologique ou du moins tout à fait exceptionnel, c II est bien difficile, continue notre si regrettable confrère, de comprendre cette divergence d'opinion sur un fait aussi facile à constater, et, sans vouloir décider la question, nous nous contenterons de dire que dans les cas déjà assez nombreux que nous avons eu l'occasion d'examiner, nous avons toujours trouvé, soit du sang Uquide, soit un caillot dans l'in*^ térieur de la vésicule rompue (2). > M. Coste se tromperait
(1) Nous avons prdté ce dessin, ainsi que quelques autres, à Cazeaux et Ghailly, pour être reproduits dans leurs Trailéi d*accoucheme»ts. Ce n'est que dernièremeut que nous nous sommes aperçu que le dessin reproduit par Cazeaux n'était aeeompagné d'aucune indication sur sa provenance. Ghailly n*a pas manqué de déclarer qu'il le devait à notre obligeance. Nous signalons cet oubli afin do fournir Toccasion à M. le docteur Tarnier, qui s*est chargé de la rédaction de la nouveUe édition du TraUé de M. Caseaux, de réparer cet oubli.
(2) Cneauz, TraUé 9w Vart det aceouchwimm^ 5« édit., P* 06.
ividemment, s*il prétendait encore aujourd'hui comme autreoiSy que toutes les capsules ovariennes qui se rompent, soit leodant la conception, soit en l'absence de son influence, ubissent toujours, durant les huit ou dix premiers jours après a chute de l'œuf, les mêmes transformations, et qu'il est mpossible à cette époque de leur trouver les plus légères diférences (1). Pour nous, la présence du caillot sanguin dans la avité de la vésicule ovarienne après la déhiscence sera touours un signe caractéristique de la déhiscence spontanée. On le le retrouve plus après la déhiscence avec conception. Les lutres caractères sont communs aux deux formes de déhis- «nce, et sous ce rapport nous sommes de l'avis du savant proésseur du Collège de France.
Une question importante trouve naturellement ici sa place. jà sang que l'on rencontre dans la cavité des vésicules après eur déhiscence spontanée est-il le résultat de la déchirure des [uelques vaisseaux de la tunique interne, où appartiendrait- Ijy au contraire , à un ordre plus élevé des faits qui entrent lans le programme si compliqué de la reproduction? La plupart des auteurs qui ont eu l'occasion de traiter cette question le rangent du côté de la première de ces opinions. Ainsi Négrier, en parlant du volume du caillot, dit qu'il peut vaier, puisqu'il dépend du nombre et du calibre de vaisseaux vmpus (2). M. Longet considère également le caillot en [uestion comme le résultat de Textravasalion du sang penlant la rupture de la vésicule (3). M. Courty (de Montpellier) ist on ne peut plus affirmatif sous ce rapport; il dit que ce aillot est le résultat d'une hémorrhagie sans but et qui est ésarbeepeu à peu (à).
On n'a pas procédé en général avec assez de sévérité dans 'appréciation de ce phénomène. Rappelons d'abord ce que
(1) Goste, Histoire générale et particulière du déueloppement, 1. 1, p. 261.
(2) Négrier, Recherches' anatonii^ues et physiologiques sur les ovaires^ etc. , 1840, u 32.
(3) Looget, TraUé de physiologie, t. Il, p. 716.
(A) Courty, De l'asufet de son développement^ elc, Montpellier^ 1845, p. 59.
nous avons déjà parfaitement établi par nos recherches, datant dès 1842, que Thémorrhagie intravésiculaire cataméniale n'est pas particulière à la femme, mais qu'on en rencontre des exemples chez les mammifères domestiques à l'époque du rul. Si le traumatisme était la vraie cause de Thémorrhagie intravésiculaire, comment expliquer alors de si grandes différences qu'elle présente sous le rapport de la quantité? Quelle raison donner de ce qu'elle est abondante chez la femme, encore plus abondante chez la truie, moins sensible chez d'autres femelles, et qu'il y en ait même chez qui on n'en voit presque pas de traces, comme par exemple chez la vache? Évidemment cela ne peut guère s'expliquer par le traumatisme, puisque ce traumatisme est partout à peu près le même. L'examen des ovaires après la conception fournit contre cette théorie des arguments non moins sérieux.
Comme le fait remarquer M. Longet, il résulte des expériences de M. Coste que la fécondation parait se faire ordinalrement chez les mammifères dans l'ovaire, et seulement par exception dans les pavillons et dans le quart supérieur des trompes. Les grossesses abdominales de la femme prouvent qu'il doit en être de même chez elle (1). Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que, lorsqu'on examine les ovaires d'une
(1) C'est à M. Pouchet que revient incontestablement l'honneur d'avoir le premier, par Tanalogie et, la force de raisonnement, étendu la loi de l'ovulation spontanée, des animaux inférieurs à tout le règne animal. Mais ce savant naturtlisle a eu évidemment tort d'avoir voulu en faire une condition absolue et au préslable de la fécondation. Il est certain qu'ayant une fois admis que la fécondation s'opérait dans l'utérus, M. Pouchet n'avait guère pu raisonner autrement. Cependant les expériences plus récentes de M. Coste ont prouvé sufllsamment que la fécondation s'opère dans les vésicules de Graaf . La seule condition indispensable pour que la fécondation puisse avoir lieu, est la maturité des ovules. Si l'on force les femelles à recevoir le mâle en dehors des époques de rut^ c'est-à-dire lorsque les ovules et les follicules de Graaf ne sont pas mûrs, les soospermes pourront aUer aussi loin que possible jusqu'aux ovaires, mais ils ne font que passer sur les ovules non préparés, sans pénétrer l'albumine qui les entoure et sans exercer aucun autre acte sur le germe. M. Longet, qui rapporte ce fait d'après les expériences pratiquées par M. Coste, a soin d'ajouter que le germe, loin de se segmenter alors, ce qui est le signe de la fécondation, reste dans la plus complète inertie et 66 déoompoH. {rraUé de physiolo(fie, t. U, p. 774.)
OTULATION SPONTANÉE. 95
^erame morte quelques jours seulement après la conception, >n ne manque pas d*y trouver un métôariony corps jaune ^ sui jeneris, mais pas de caillot sanguin. Ainsi la rupture des parois qui doit avoir lieu pour livrer passage à Tovule fécondé dans la cavité utérine, ne serait pas accompagnée l'bémorrhagie, tandis qu'elle fournirait du sang si elle a été spontanée? En vérité, il n'est pas possible de soutenir une thèse semblable; il faut absolument chercher ailleurs la cause réelle ie l'hémorrhagie intravésiculaire.
Nous avons vu déjà que Thémorrhagie intravésiculaire commence à paraître avant la rupture de la capsule. 11 suffira de se rappeler ce que nous avons constaté à cet égard chez une femme morte d'une violente scarlatine deux jours après l'ap* parition des règles (voy. page 66). On peut placer à côté de cette observation celle d'une femme dont nous avons parlé à la page 6S, tombée mortellement malade deux ou trois jours avant l'époque présumée des règles. On avait trouvé chez elle une vésicule très-proéminente, mais non encore ouverte, tandis que dans l'intérieur il y avait déjà du sang mêlé au liquide albumineux.
La physiologie comparée apporte de son côté quelques faits qui peuvent jeter du jour sur cette intéressante question. Chez la traie, où Thémorrhagie intravésiculaire constitue un caractère constant de la déhiscence spontanée, on l'observe déjà avant la rupture des vésicules. C'est un fait que nous avons été i même de constater bien des fois et qui a été également constaté par M. Pouchet. Ce savant ayant fait figurer dans son atlas un follicule de Graaf de la truie, un peu avant qu'il fût rompu, on peut s'assurer que sa cavité est entièrement remplie par du sang (1).
D'après tout ce qui précède, nous sommes assez disposé à croire qu'il faut rattacher l'hémorrhagie intravésiculaire cataroéniale au même ordre de faits que l'hémorrhagie menstruelle
(i) Pouchet, rné(trie poiUive de l'ovulaUon sponlanée, i8A7, aUM^pLlV^flg.A*
elle-même. Ce ne serait d'ailleurs qu'une preuve de plus delà grande solidarité qui existe à ce moment, sous tous les points de \\xe, entre la cavité des vésicules de Graaf et celle de Tutérus chez la femme; toutes deux éprouvent simultanément des modifications analogues. D'un côté nous voyons la turgescence des ovaires qui augmente leur volume, fait gonfler un des follicules et rend son contenu plus abondant et plus riche en éléments nutritifs; ensuite l'hypertrophie de la membrane interne de la vésicule venant si à propos ravitailler Tévule pendant les derniers moments de son existence cellulaire. Du côté de l'utérus, nous voyons cet organe s'apprêter simultanément pour offrir à l'ovule, en cas où il aurait été fécondé, des conditions analogues, favorables à son développement ultérieur, conditions caractérisées par ce surcroit de vitalité que M. Courty a heureusement désigné par une expression colorée qui peint très-bien la chose, sous le nom d* hypertrophie aigué. L'utérus qui n'offrirait pas à Tovule toutes les conditions nécessaires, l'empêcherait de se développer, et pourrait être, malgré la conception préalable, la cause de la stérilité (1).
Plus tard, lorsque l'œuf est déjà définitivement fixé dans la cavité de l'utérus, c'est encore la membrane interne qui pourvoit à tous ces besoins à l'aide de sa transformation en caduque. Chose remarquable, pendant que la membrane interne de la cavité utérine déploie cette grande activité, la tunique interne de la vésicule de Graaf rompue, ne pouvant plus serrir à l'œuf, poursuit encore simultanément son mouvement vital, et forme, en s'hypertrophiant de plus en plus, le méioarion destiné à combler le vide occasionné par la rupture.
Cette harmonie, cette synergie entre la membrane interne de l'utérus et la tunique interne des vésicules en déhiscence
(i) Un célèbre vétérinaire, Chabert, prélendait^ comme ie rappelle M. Blafette dans le Bullelin de la Sociélé nationale et centrale de médecine vétérinaire de 1850, que les vaches auxquelles on avait arraché tous les cotylédont restaient stériles. M. Goubaux, professeur i l'École d'Alfort^ partage cette manière de voir. {Mémoire iur les cotylédons utérins^ dans les Mémoires de la Société de biologie, année iS52. Paris, 1853, t. IV, 1» série.)
xistent pas seulement après la conception, on les retrouve ilement après la déhiscence spontanée; seulement, quand rgasme utéro-ovarien qui accompagne la maturité pério- |ue des ovules n'a pas été suivi de fécondation, il s'éteint lucoup plus vite. Cette détente s'annonce par une crise morrhagique s' opérant simultanément dans la cavité intra- »iculaire et dans toute l'étendue de la surface interne de lérus. C'est ainsi que se termine chaque fois cette véritable opée ovulaire, quand ce dénoûment n'est pas prévenu par grossesse.
Le caillot intravésiculaire rend dans ce cas un très-grand rvice, comme nous l'avons déjà dit ailleurs (1); il facilite •blilération de l'ancienne cavité vésiculaire rompue, car il ri de moule aux parois affaissées et régularise en quelque rie leur rétraction.
Parmi les auteurs qui ont écrit sur ce sujet depuis la publition de nos premiers travaux sur les modifications éprouvées [T les follicules de Graaf aux époques de maturité des ovules, » Pouchet est, je crois, le seul qui, de même que nous, ait conléré l'épanchement sanguin intravésiculaire comme étant anrieur à la rupture des vésicules et indépendant d'elle. Mais ms l'opinion du savant professeur de l'Académie de Rouen, X épanchement serait formé d'abord au fond de la vésicule, Dglemps avant la déhiscence, entre la tunique propre et la embrane granuleuàe. A mesure que l'hémorrhagie augente, le caillot de sang soulèverait de plus en plus la couche "anuleuse ainsi que l'ovule, et les rapprocherait de l'endroit X doit se faire Touverture. Le caillot intravésiculaire aurait }nc pour mission, d'après M. Pouchet, de faciliter l'expulsion s l'ovule (2). On ne peut pas disconvenir que cette théorie si très-ingénieuse. Quoi qu'il en soit, il paraîtra toujours irprenant que la nature emploie tant de précautions pour ssurer la sortie d'un ovule hors d'emploi, par conséquent
(1) Raciborski, De la pubûrlé et de Vàge critique.
(2) Pouchet, ouvrage cité (voy. l'atlas pi. X, tig. depuis 1 jusqu'à 10).
lAQioisu. 7
voué à Ja destruction, tandis qu'on ne la voil appliquer aucune mesure analogue lorsqu'il s'agit de l'expulsion de l'œuf fécondé dont il importe au contraire d'assurer l'avenir.
Nous n'avons pas l'intention de faire ici l'historique complet des différentes parties de l'ovaire décrites vaguement à diverses époques sous le nom de corps jaunes (corpora lutea). On avait baptisé ainsi bien des parties, depuis les vésicules de Graaf tant soit peu proéminentes jusqu'aux cicatrices provenant d'anciennes ruptures des follicules, tout, en un mot, ce qui pouvait paraître avoir des rapports avec la conception; parce que pendant longtemps, on avait supposé que tout corps jaune était nécessairement la preuve d'une conception préalable.
Le mot même corps jaune {corpus luteum) porte évidemment le cachet de l'enfance de la science. Toutes les fois que les anatomistes ne pouvaient pas expliquer la nature d'une partie quelconque de notre économie, ou saisir ses rapports avec d'autres organes, ils la désignaient sous le nom de corps (corpus) j et se contentaient de lui ajouter quelque attribut tiré de son aspect, de sa forme, de sa consistance, de sa couleur, etc., qui servait ainsi à la distinguer des autres parties. De là datent ces noms si nombreux que le vocabulaire anatomique renferme encore aujourd'hui, tels que : corps striés, corps cendréSy corps ciliaire, corps calleux ^ etc., etc. Un jour viendra où les rapport3 des différentes portions du cerveau étant mieux connus, on sera forcé de changer tous ces noms d'après leurs dépendances anatomiques. Ce que nous espérons pour ces différents c&r;75 vient déjà de se réaliser pour les cofy95 jaunes des ovaires.
L'attribut jaune qu'on a donné à ces productions est d'ailleurs tout ce qu'il y a de plus inexact, car si ces organes sont vraiment d'une couleur jaune chez les femmes, ils sont d'une
ouleur orange ou même quelquefois d'un rouge brique chez îs vaches, ont l'apparence de couenne, de lard ou de foie de eau cuit dans la race porcine, celle de la chair de veau ou l'agneau, chez la brebis, etc., etc. Pour éviter ces contrastes |ui constituent un véritable anachronisme, nous avons remplacé dans notre vocabulaire le mot corpus luteum par le mot nétoarion, du grec ^tra, après^ et wapcov, ovule. Aidé des conseils lu savant helléniste M. Lillré, nous avons préféré cette dénonination à toutes celles auxquelles nous avons d'abord songé, )arce qu'elle ne préjuge rien quant aux qualités physiques ni ]uant au rôle de ces produits dans l'économie ; elle ne fait ]ue constater qu'il s'agit de l'état de choses qui succède à la 5ortie de l'ovule de sa cellule.
Ce que nous allons dire dans ce paragraphe ne sera donc f]ue la continuation de la description que nous venons de faire des difTérentes phases par lesquelles passent les follicules de Sraaf dans leur développement progressif jusqu'au moment de leur déhiscence, soit spontanée, soit provoquée par le coït. Au même fait matériel : rupture des vésicules, succèdent des modifications anatomiques différentes selon que la déhiscence a été motivée par la conception ou qu'elle a été spontanée. Dans le premier cas, la marche ascendante continue toujours, en redoublant même d'énergie. Après la menstruation, au con traire, les follicules entrent décidément et presque immédiate* ment dans une période décroissante.
Nous avons pensé qu'à cause de cette différence, il conviendrait de prendre, pour le point de départ de cette seconde partie de l'histoire du développement des follicules de Graaf, le fait physiologique le plus saillant : la sortie de Tovule. C'est pour celte raison que nous allons désigner celle nouvelle période sous le nom de période méioarique.
On doit se rappeler que, peu de jours après la rupture spontanée des follicules de Graaf, on trouvait déjà la tunique ÎDterne épaissie, hypertrophiée, d'un jaune citron assez prononcéi et plissée à sa surface. Au milieu de ce sac ainsi Irans*
100 PHYSIOLOGIE DE tX MENSTRUATION.
forme, on rcmarquail un caillot de sang qui, le plus souvent, remplissait la cavité en entier. C'est te qui constitue le métoarion cataméniaL L'épaississement de la tunique interne est le résultat de l'augmentation des cellules qui la composent el du gonflement des vaisseaux. La coloration jaune devient plus marquée par l'augmentation du nombre des granules dont elle constitue la teinte naturelle dans l'espèce humaine, d'après les observations de M. Goste. Tous ces caractères du métoarion catamériial existaient déjà en petit, un peu avant la déhiscence spontanée ; la rupture des vésicules, loin de les faire disparaître, les rend encore plus accentués. Ce résultat est dû sans doute en partie à l'excitation occasionnée par la déchirure des enveloppes, mais surtout à la rétraction de la tunique externe, qui a pour conséquence de rendre la tunique interne plus épaisse, plus colorée et plus veloutée. La coloration jaune s'affaiblit beaucoup par la macération dans Tespritde-vin; cependant elle tranche toujours sur la rougeur du caillot central (voy. pi. II, fig. 7). On distingue facilement, dans cette figure, l'anneau extérieur formé par la membrane propre de la vésicule, hypertrophiée et collée sur le caillot central, dont la couleur, d'un rouge de sang, tranche sur la teinte encore jaunâtre de l'anneau extérieur, malgré sa macération dans l'esprit-de-vin.
Le métoarion cataménial reste à l'état de membrane de quelques millimètres de diamètre, et ne cherche pas à envahir le centre; il n'a point pour mission d'oblitérer à lui seul le vidé provenant de la rupture de l'ancienne cavité : ce vide disparait d'une autre manière que nous allons essayer de faire comprendre.
A part la rétraction progressive de la tunique externe ou musculaire de l'ovaire, l'ancienne poche vésiculaire se rapetisse encore sous l'influence de la pression de la nouvelle génération des follicules qui surgissent au milieu de débris des anciens. Ce mouvement de retrait est soutenu par le caillot central} sur lequel les parois de l'ovisac se trouvent moulées.
OVULâTION SPONTANÉE. 101
es plis qui en résultent adhèrent les uns aux autres, et la ivité perd ainsi de Tespace. Cependant les molécules les plus Jubles du caillot étant résorbées, ce nouveau vide est suivi une nouvelle rétraction; puis vient une nouvelle pression, 3UYelle résorption, et ainsi de suite. Les choses marchant nsi, il arrive le plus souvent que, au bout d'un mois, il ne iste plus de l'ancienne poche, qui aurait pu contenir une *osse cerise, qu'une toute petite cellule pouvant à peine adettre un noyau de ce fruit, comme cela se voit planche II, ;ure 3. La femme à qui appartenait cet ovaire avait eu « dernières règles un mois avant le jour de l'autopsie. Au r et à mesure que la résorption et l'atrophie font des proès, les parois de la petite cellule finissent par se mettre en intact. Bientôt sa place ne se trouve plus indiquée que par 16 marque linéaire d'un jaune sale ou d'un gris ardoisé en rme de ^ , ou d'un petit croissant 3. Dans beaucoup de cas, i peut encore désunir les deux lèvres accolées de cette' sirque avec l'extrémité dl'un stylet, et pénétrer ainsi au fond
ce vestige de l'ancienne cavité vésiculaire, où l'on renntre encore un peu de teinte noirâtre ou de petits grains de même couleur, derniers restes de l'ancien caillot de sang.
mélange de cette couleur avec la teinte jaune de la memane interne donne quelquefois à ces débris de l'ancien méirion catamémal une teinte légèrement verdâtre dont nous uvons avoir l'idée planche II, figure 11. Les choses ne se passent pas tout à fait de même après la tiiscence accompagnée de fécondation, du moins dans l'esse humaine. Chez quelques mammifères domestiques, en 3t, comme par exemple chez la vache et la brebis, il ne 'ait pas y avoir beaucoup de différence sous ce rapport. Que jéhiscence ait été spontanée ou accompagnée de concep- Qy les métoarions de ces animaux se ressemblent; ils fornt toujours des masses charnues remplissant les anciennes ités (voy. pi. I, fig. 6, 7) . Cependant, chez plusieurs de
anim:iux, on retrouve les mêmes différences que chez la
femme, entre les méloariom provenant de la rupture spontanée et ceux de la fécondation; c'est ce qui résulte du moins des expériences pratiquées par M. BischofT. Cet habile physiologiste, après avoir extirpé la matrice à quelques femelles, telles que les chiennes, les lapines, etc., et les avoir fait vivre ensuite isolées sans aucun rapport avec des mâles, dit avoir toujours trouvé, dans ce cas, du sang dans l'intérieur des poches vésiculaires qui venaient de s'ouvrir spontanément aux époques de rut.
Chez la truie, où la cavité vésiculaire est remplie de sang avant la déhiscence spontanée, le métoarion ne présente pas ordinairement de caillot après la fécondation. Nous avons élé à même d'examiner assez souvent les ovaires au début de la gestation chez la truie, et presque toujours nous avons trouvé les métoarions charnus, couleur de foie de veau cuit, pleins, remplissant à eux-mêmes les cavités des vésicules. Rarement 'on voyait, en outre, au centre de ces masses, une espèce de cheville grosse comme une tête d*épingle aplatie, d'un rouge pâle, paraissant provenir du mélange d'une faible quantité de sang avec la sécrétion plastique. Cette variété de métoarim ne serait-elle pas le résultat d'une fécondation un peu tardive qui aurait eu lieu au moment où il y aurait eu déjà un peu d'hémorrhagie dans la cavité de la vésicule? Quoi qu'il en soit, c'est toujours un fait curieux que cette absence habituelle de sang dans les me7oarton*, après la fécondation chez la truie, tandis que les vésicules en sont remplies chez cet animal, après la déhiscence spontanée. Cette particularité, mise à côté du résultat obtenu par M. BischofT dans ses curieuses expériences, dont nous venons de parler, semble confirmer ce que nous avons dit plus haut de la nature et de l'origine de Thémorrhagie intra-vésiculaire cataméniale.
L'hypertrophie de la tunique interne a beaucoup plus de vigueur après la fécondation qu'après la déhiscence spontanée. Chez les animaux domestiques, cette tunique augmente évidemment d'épaisseur et d'étendue en projetant vers l'intérieur
des lambeaux de son tissu hypertrophié, où il se fait de cette manière des espèces de cloisons floltantes séparées par un liquide visqueux, albumineux. Il est très-probable qu'il doit se passer quelque chose d'analogue chez la femme au début de la conception. Ce qu'il y a de certain, c'est que dix jours après la fécondation, le métoarion de la femme forme déjà une forte protubérance à la surface de l'ovaire, et qu'il refoule d'au moins d'autant les parties voisines, vers Tintérjeur, de manière à former souvent plus des trois quarts du volume total. On ne rencontre point de sang à l'intérieur de cette masse. Les cloisons flottantes, tuméflées par l'hypertrophie de leurs éléments et le gonflement des vaisseaux, s'agglutinent les unes aux autres à l'aide du liquide plastique intermédiaire. Cette disposition donne & une coupe horizontale du métoarion de cette espèce, un aspect rayonné. Les rayons concentriques, d'un jaune plus ou moins clair, se trouvent séparés pardes stries blanchâtres. Tout cela aboutit, au centre, à une espèce de cheville qui réunit tous les bouts, et qui est formée par le coagulum de la liqueur plastique dont nous venons de parler. Cette cheville centrale se présente à la coupe comme un petit quadrilatère d'un blanc mat.
Le métoarion de cette espèce conserve, chez la femme, ses limensions environ pendant les quatre premiers mois de la grossesse. Quelquefois il arrive que les cloisons ou les circonirolutions, au lieu de s'étendre jusqu'au centre à la rencontre Je celles du côté opposé, s'arrêtent, après un certain parcours, ï une distance à peu près égale du centre, de manière à former ainsi une excavation tapissée par une couche blanche assez épaisse formée par la liqueur plastique solidifiée. Lorsqu'on d'à pas une grande habitude de l'examen des pièces de ce j[enre, on peut prendre facilement l'excavation dont nous parlons pour la cavité normale de la tunique interne de la vésicule, et croire que le tissu propre du métoarion a été disposé m dehors de cette tunique. La figure 13 de la planche il représente précisément cette variété de métoarion, au qua-
iO& PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION.
trième mois de la grossesse, que nous avons emprunté à Montgomery.
A partir du quatrième mois, le mouvement ascensionnel s'arrête et cède la place à une atrophie progressive. Tous les éléments du métoarion disparaissent alors peu à peu. Cependant il n'est pas exact de dire, comme le prétendent quelques auteurs, que, à l'époque de l'accouchement à terme, le meioarion ^o\i déjà réduit à un petit tubercule jaunâtre lardacc, et même à un simple noyau fibreux incolore (1).
Planche II, figure 15, on voit un métoarion dessiné d'après nature, tel que nous l'avons rencontré le plus souvent chez les femmes mortes en couches. La figure 14, même planche, représente un autre modèle de métoarion d'une femme morte en couches. On y aperçoit une petite cavité au milieu, entourée d'une couche blanche de matière plastique solidifiée. Parmi nos dessins qui figurent au musée Orfila, il y en a un dans le même genre, fort curieux, en ce que le métoarion est placé au milieu d'une couche mince de siromay qui forme les parois d'un kyste assez volumineux. Ceci prouve, pour le dire en passant, que les produits pathologiques de ce genre n'entraînent pas fatalement après eux la slérilité. Outre celle particularité, ce métoarion avait également une excavation au centre, ce qui, comme on le voit, n'est pas encore une chose aussi rare qu'on pourrait le croire.
Après l'accouchement, l'atrophie fait encore de nouveaux progrès, et même beaucoup plus rapides. Au bout de quelques semaines on ne trouve plus généralement à la place de l'ancien métoarion qu'un tubercule jaune, gros comme une tête d'épingle, et quiconque n'aurait pas suivi les progrès successifs de l'atrophie, n'aurait même pas soupçonné son origine. Bientôt tout finit par disparaître. On peut dire que, sous ce rapport, les derniers vestiges de métoarion menstruel sont beaucoup plus difficiles à s'effacer, à cause de leur élément formé par la
(1) Longety Traité de physiologie^ t. 11, p. 7i5.
matière colorante du sang, que les débris du métoarion après la fécondation, qui disparaissent presque toujours sans laisser de trace.
Nous allons terminer cette description des follicules de Graaf, après la déhiscence, par un court aperçu historique. Les méioarions qui succèdent à la fécondation avaient presque seuls attiré Tattention de la plupart des physiologistes des siècles passés. A l'exemple de Graaf, chaque métoariori^ ou corps jaune, était considéré comme le résultat d'une conception préalable. Cependant Malpighi, qui avait le premier employé l'expression de corps jaunes^ avait considéré ces productions comme des glandes destinées à protéger et nourrir Tovule, dont il prévoyait déjà l'existence, et à faciliter son expulsion (1). Tous les physiologistes italiens suivirent l'exemple du maître et partagèrent sa manière de voir. C'était aussi à peu près l'opinion de BufTon, qui considérait ces organes comme des réservoirs de la liqueur séminale des femelles filtrée par ces corps glanduleux (2).
Paterson, qui s'est occupé spécialement de ces produits, avait le premier distingué, parmi les méioarions^ ceux qui renferment du sang dans leur cavité centrale de ceux où il n'y en avait point. Mais ce n'était encore qu'une distinction de forme; tout dépendait en effet, d'après l'auteur anglais, de la quantité de sang épanché pendant la rupture des vésicules. Une hémorrhagie abondante devait produire un gros caillot de sang dans la cavité. Lorsqu'au contraire il n'y avait que peu de sang extravasé, on supposait qu'il devait être prorapteroent résorbé et ne laissait aucune trace de son passage. Paterson plaçait d'ailleurs la' substance du méloarioîi entre les deux tuniques de la vésicule. La matière qui s'était épanchée, disait-il, en dehors de la vésicule obligée de la suivre dans son retrait, ne peut le faire qu'en prenant Taspect plissé (3). »
(i) Malpighi, Opéra omnia, Epist. viro D. Jacobo Sponio.
(2) BufTon, Œuvres complètes avec des notes de Daubenton. Paris, 1839^ t. III, chap. Yiii, p. iOi.
(3) Patenon, GaxeUe médicale de Paris ^ mars 1840.
On peut affirmer sans rien exagérer qu'il faut arriver jusqu'à Tannée ^844, époque où nous avons publié nos recherches sur les corps jaunes^ dans noire ouvrage De la puberté et de l'âge crùiquey etc.^ pour trouver quelque chose de précis sur ce sujet. Avant cette époque, on ne trouvait dans les auteurs que des notions vagues là-dessus et beaucoup d'inexactitude dans la description. M. Pouchet, et c'est une nouvelle occasion pour nous de rendre justice à son caractère, n'a pas manqué de le reconnaître, c Les premières données positives que Ton eut relativement aux corps jaunes^ dit ce savant distingué, furent seulement dues à Bischoffet à Wagner, mais c'est surtout Raciborski qui doit recueillir l'honneur d'avoir le premier jeté la plus vive lumière sur ces corps (1). »
Depuis 18ik4, nous avons poursuivi nos recherches dans cette voie, et en ce que nous venons de dire des métoariom, 00 ne manquera pas sans doute de s'apercevoir de plus d'un progrès. Le nom seul par lequel on désignait jusqu'à présent ces organes était déjà une chose fâcheuse, car il exposait à confondre des objets tout à fait différents. Celui de métaarion, que nous avons substitué à l'ancienne dénomination, rappelle seulement l'acte physiologique qui en a été le point de dé* part, mais il ne prête à aucune erreur d'appréciation.
Quelques auteurs avaient divisé les cofps jaunes en vrais et faux. Nous n'hésitons pas à déclarer que nous n'aimons pas beaucoup ces dénominations dans les sciences; elles dénotent trop notre faiblesse et l'insuffisance de nos moyens d'investigation. La nature ne crée rien de faux. L'esprit humain, dans sa présomption, peut seul qualifier de faux ce qui ressemble beaucoup, sans être cependant tout à fait la même chose, à ce qu'il lui a plu de prendre pour type. Que l'industrie et le commerce emploient quelquefois ces expressions en s*adress(uU au pubHc qui ne juge la plupart du temps, clans ce cas, quo d'après les apparences, c'est parfaitement leur droit, car il s*apil de ne pas l'exposer à se tromper sur la valeur
réelle des objets. Mais dans les sciences, surtout dans les sciences naturelles et particulièrement en médecine, celte eipression ne devrait jamais être employée. Qu'on multiplie les observations, qu'on examine bien attentivement les choses, et l'on finira presque toujours par trouver le secret de la ressemblance de deux états et des différences qui les séparent. Nous ne voulons donc pas plus admettre de faux aytps jaunes que nous ne voulons admettre de fausses fluxioiis de poitrine^ de faux croups^ de fausses paralysies y etc., etc. En prenant pour base, comme nous avons fait, dans le sujet en question, l'anatomie des tissus, on ne risque pas de s'égarer; pouvant suivre ainsi toutes les phases des méioarionSj on n'a pas besoin de juger uniquement d'après l'aspect extérieur de ces produits.
Nous venons de décrire les deux principales formes de metoarions, celle de la menstruation ou de la débiscence spontanée, et celle qui succède à la conception. Mais en dehors de ces deux causes, n'y en a-t-il pas encore d'autres capables d'opérer la rupture des vésicules de Graaf arrivées k maturité? En cas d'affirmative, en quoi les suites de pareilles ruptures peuvent-elles ressembler ou différer des métoarions ordinaires ? Cette question trouve naturellement sa place dans ce moment. Mais, hâtons-nous de l'avouer, la science ne possède pas encore assez d'éléments pour que nous puissions répondre convenablement à cet égard. Il n'y a pas le moindre doute, que les ovules une fois arrivés à maturité, le coït peut accélérer leur chute par une débiscence anticipée. On peut citer à Tappui de cela, des conceptions qui ont lieu aux approches des règles, en anticipant sur la débiscence spontanée. Mais l'action méca* nique du coït ne pourrait-elle pas par elle-même, sans aucune intervention du sperme, précipiter dans certains moments la débiscence et amener des modifications jusqu'à un certain point analogues à celles qui constituent le métoarion après la fécondation? La masturbation pratiquée au moment delà maturité des ovaires, ne pourrait-elle pas, par exemple, produire
quelque chose dans ce genre? Si dans Tétat actuel de la science nous ne pouvons pas répondre catégoriquement à ces questions, en ce qui concerne la femme, il n'en est pas tout à fait de même pour les animaux. La physiologie comparée possède déjà assez de faits pour autoriser une réponse affirmative. Ainsi, d'après Blumenbach, il suffirait ordinairement de faire plusieurs passes de main sur le dos d'une tourterelle ou d'une femelle de merle, pour les voir aussitôt se coucher sur le ventre et dilater leur cloaque ; quelques légères titillations sur cette partie leur font battre des ailes et leur font pousser de petits gémissements, comme pendant la copulation. 11 n'est pas rare enfin de les voir pondre quelque temps après des œufs clairs. Harvey parle d'une femelle de casoar (1) qui vivait depuis quelques années dans une cage sans pondre. Un beau jour, on la vit expulser un œuf, peu de temps après avoir vu deux autruches s'accoupler à côté de sa cage (2) . Parmi les observations publiées par Négrier (S), on en trouve une qui, à notre avis, pourrait faire supposer qu'il peut se passer quelque chose d'analogue chez la femme. 11 s'agit d'une fille publique, qui par conséquent devait être souvent exposée aux excitations vénériennes. 11 est à présumer que ces excitations durent coïncider quelquefois avec la période de maturité des ovules. Cette femme étant morte, on n*avait trouvé aucun signe de grossesse, mais l'un des ovaires renfermait un métoarion qui ne ressemblait en rien aux métoarions menstruels, mais qui se rapprochait au contraire beaucoup de ceux qui succèdent à la conception. Cette femme est morte quarante joui*s après les dernières règles, au vingtième jour d'une méningite aiguë. Voici d'ailleurs la description de la production dont nous parlons :
« Dans le parenchyme, on remarque, près de Textrémité externe de l'ovaire, une vésicule jaune de la grosseur du bout
(à) Harwy» ITxt iT«lttlioii«s 4* gm^-iUême tmùmQkium. Loodon^ 1651.
(ï) N^gri^r, Hti'hnvkts aN<(<o«»«ivM«$ e< pkysii^tqnes sur les ovaires dans
iu petit doigt. Sa surface est mamelonnée, ce qui la fait ressembler à une framboise jaune. De même que toutes les vésicules que nous avons observées jusqu'à ce moment, elle est contenue dans une loge membraneuse. La matière jaune est ;rès-abondanle-, elle est renfermée, comme la pulpe des vésicules grises, entre deux feuillets membraneux transparents; les filets celluleux s'étendent de Tun à l'autre, en traversant la natière jaune contenue dans leur intervalle. Le feuillet ou enveloppe extérieure s'enfonce dans toutes les anfractuosités de cette surface ; le feuillet interne tapisse la cavité de la vésicule, lont les parois sont exactement rapprochées ; c'est à peine si 'on distingue un peu d'humidité dans cette cavité qu'il est poslible de dilater un peu avec le bouton d'un stylet. La matière aune a l'aspect velouté; elle est onctueuse au toucher et i'écrase en donnant aux doigts la sensation que produit dans le nêmc cas la pulpe cérébrale. »
Il est difficile de ne pas retrouver dans cette description les )rincipaux caractères des we7oarîon5 après la fécondation. Cette natière jaune, abondante, s'écrasant entre les doigts, formant me masse d'un aspect mamelonné; ces filets blanchâtres qui a traversent; tout, jusqu'à la cavité centrale, rappelle, à s'y Tomper, le métoarion après la fécondation. Bien entendu, il aut tenir compte dans cette description des idées particulières 1 l'auteur, qui croyait que la matière jaune était déposée entre es deux tuniques de la vésicule. Aussi considère-t-il comme nembrane interne de la vésicule la couche membraneuse qui apisse l'excavation centrale du métoarion, laquelle excavation *ésulte uniquement du non-rapprochement complet des extrénités opposées des portions hypertrophiées de l'ovisac.
M. le docteur Francis Demouy eut l'obligeance de nous ap- )orter dernièrement un ovaire qui l'avait frappé par son aspect )arliculier à l'amphithéâtre de l'hôpital Lariboisière. Il était i peine plus volumineux que d'habitude, mais il était surtout remarquable par sa forme, car il offrait au sommet un prolon- ;ement en pointe. L'ayant incisé perpendiculairement à l'en-
droil de celle prolubérance, nous nous sommes assuré que le prolongemenl en queslion élail occupé par une masse jaune, friable, s'ccrasanl enlre les doigls, offranldans son aspeclla plus grande analogie avec les métoarions après la fécondalion sans aucune cavilé centrale. Nous ne savons rien sur les antécédents ni sur la maladie qui a terminé les jours de la malade à (|ui appartenait cet ovaire; tout ce que nous savons, c'est qu'elle n'était pas grosse et quelle n'est morte d'aucun accident puerpéral.
11 est évident que d'autres recherches sont encore nécessaires pour être en droit de tirer de ces faits quelques conclusions sérieuses. Ce que nous pouvons dire seulement, pour le moment, c'est qu'il convient d'être très-réservé lorsqu'il s'agit de tirer des conclusions médico-légales d'après l'aspect seul des métoarions. Heureusement que, la plupart du temps, quand il faudrait se prononcer sur l'existence d'une grossesse ou celle d'un accouchement récent, d'après l'examen des organes sexuels, la matrice offrira déjà des caractères si précieux et si certains, qu'on pourra presque toujours se dispenser des investigations du côté des ovaires. Dans tout cas, on doit se rappeler que c'est au début de la grossesse, pendant les quatre premiers mois, que le métoarion offre le plus de volume. Usera bon aussi de ne pas oublier qu'un mois ou six semaines après l'accouchemeut on rencontre encore généralement des traces du dernier métoarion. La présence de ce caractère pourrait avoir de l'importance dans des cas où l'on soupçonnerait déjà un accouchement de fraîche date. Enfin, les caractères si tranchés du métoarion menstrtiel permettront toujours au médecia (jui les aura constatés sur le cadavre, de se prononcer avec couviclion, que la personne est morte plus ou moins longtemps après les règles, et de préciser à peu près la date de la dernière époque menstruelle, circonstance qui peut avoir son importance dans riustruction do quelques affaires criminelles.
i IL II. — Be0 rapporlii dcN é|»oqneg meniitraelleii avec la fécondation.
L'instinct de reproduction ne se réveille chez les Temelles des namraifères domestiques, de même que chez la plupart des auires animaux, qu'à des époques plus ou moins fixes, lorsque tout \e trouve déjà disposé pour cela dans les organes sexuels. On X)nnait ces époques sous le nom de rut ou de chaleur. L'état le notre civilisation ne nous permet jamais d'assister à un pareil spectacle chez la femme. Mais il n'en est pas moins démontré que, chez la femme aussi, tout ne se trouve pas non plus constamment parfaitement disposé pour la reproduction, Bt que la maturité des ovules, en particulier, qui demande toujours un certain temps pour se produire, n'atteint spontanément les conditions voulues, qu*à certaines époques. Il s'établit alors un consensus entre les ovaires et la matrice, et tous deux se préparent vers le même but. En étudiant comparativement les caractères anatomiques de ces organes aux époques de rut chez les animaux et aux époques menstruelles chez la femme, nous avons trouvé entre eux la plus grande similitude, à tel point que pour nous, au point de vue anatomo-physiologique, les époques de rut et les époques menstruelles constituent absolument la même fonction, destinée à mener les ovules à maturité et à préparer dans l'utérus les conditions nécessaires pour leur développement ultérieur, en cas de fécondation. Sans doute, certaines influences, parmi lesquelles il faut placer en tête les excitations sexuelles, peuvent hâter un peu la maturité; mais ce qu'il y a de certain et ce qu'il importe de considérer pour l'avenir comme un fait parfaitement établi, c'est qu'en dehors de toutes ces influences, la nature se charge elle-même de ce soin et que, dans Tétat de saDlé,elle se suffit pour cela. C'est par ses propres efforts que, pendant toute la durée de la période destinée à la reproduction, les ovules arrivent ainsi tour à tour à maturité, pour disparaître immédiatement après, afin de faire place à d'autres Tësicules de Graaf et à d'autres ovules destinés à parcourir la
nièriic carrière. Les rapprochements sexuels ayant eu lieu dans un de ces moments favorables, sont ordinairement suivis de la conception, et le principal but de l'ovulation se trouve atteint. Toutes les fois que la fécondation n'a pas pu avoir lieu, les ovules mûrs, ne pouvant pas se conserver indéfiniment dans cet état, sont également expulsés, mais perdus pour leur es[)cce; c'est ce qui constitue X ovulation spontanée des mammifères dont M. Pouchet a fait une condition préalable indispensable de la reproduction, et que nous considérons, au contraire, comme une des conséquences forcées de la nonreproduction. A cause de l'état social et des exigences de la civilisation, l'ovulation prend, chez la femme, beaucoup plus souvent cette dernière tournure que chez les animaux où la maturité des ovules, annoncée par le ruty est généralement utilisée à propos par des rapprochements sexuels dont on ne dissimule point le désir. Mais qu'on essaye seulement de contrarier cet instinct chez eux ; qu'en tenant les femelles ainsi disposées à l'écart, on laisse s'éteindre leur ardeur, et l'on verra que chez elles aussi les ovules sans emploi abandonneront leurs cellules. Dans l'un comme dans Tautre cas, l'ovulation spontanée est accompagnée d'une crise hémoirhagique. Celle-ci est certainement beaucoup plus abondante chez la femme et les quadrumanes que chez les animaux domestiques, mais on la retrouve encore, sinon du côté de Tutérus^ du moins dans les cavités des vésicules qui se sont ouvertes spontanément ou qui sont sur le point de s'ouvrir; nos observations sur les truies, celles de M. Bischoff sur les lapines et les chiennes séquostives, (HMidant le rut, des mâles. Font prouvé suffisamauMU. 11 y a d'ailleurs des raisons anatomiqaes et physiologiques particulières |H)ur rendre rhémorrhagie menstruelle plus alH>udanti\ du coté de lutèrus, chex la femme que chez lesanin^aux domesliquos, Une des principales raisons est une grande qu%iatiu^ do plexus va$culain>s tenus dans une espèce d*érection |HUuUmt Toivasmo vénérien et qui se relâchent i la fin (voy. p, <^7), l^'im aulri\ ci^ic, U reuiuie, tt {leul èure les qoadra*
lanes aussi que nous n'avons pas eu d'occasion d'examiner, ;t la seule qui soit soumise à une exfoliation complète de la lembrane interne de l'utérus à chaque conception, et Ton îut dire que le commencement de cet important travail se îpète à chaque époque de maturité des ovules. Quand on )nge à Torgasme vasculaire qui accompagne cette métamorliose de la membrane interne, on ne peut pas être surpris e l'abondance de la crise hémorrhagique qui la termine (1). insi, lorsqu'on examine les choses de près, on voit que, loin 'infirmer l'analogie entre les époques menstruelles et les époues de rut,rhemorrhagîe périodique des femmes pourrait, au DUtraire, être invoquée au besoin à son appui.
Depuis longtemps déjà on avait remarqué que les femmes DUt plus disposées a devenir enceintes aux approches des rèles, pendant leur écoulement et immédiatement après. Hipporate conseillait à toutes les femmes stériles de faire une grande ttention à ces moments.
Bocrhaavc avait également observé que les femmes devienenl presque toujours grosses à la fin des époques menstruelles : ^emines semper concipiunt post iiltima mensCrua et vix ullo lia tempore.
Haller s'exprime là-dessus à peu près de la même manière : l primo congressu post mêmes feminœ sanœ^ dit-il, passumus empora graviditatis demetiiri.
Tout le monde raconte le fait relatif à Henri II, qui aurait onsulté son médecin sur la stérilité de la reine. Le célèbre ■ernel se borna, dit la chronique, à inviter le roi à suivre xactement le principe du père de la médecine. Ce conseil porta es fruits, et, après onze ans d'attente, Catherine de Médicis levint immédiatement enceinte.
En général il est très-difficile de déterminer au juste la date le la conception. La grossesse n'ayant pas toujours exactement
(1) Voyex noire travail : De V ex foliation physiologique et pcUhologique de la umbrane interne de VtU&us, Paris, 1857; et le Moniteur det h^itawD de la aènie année.
lACUOBSlU. 8
Ja même durée, ii ne serait pas logique, en prenant pour poinl de départ la date de raccouchement, de rapporter toujours la fécondation au coït pratiqué 270 jours en arrière. Tout le monde sait que chez les animaux domestiques, où il est facile de prendre note des rapprochements sexuels, on observe de très-notables différences dans la durée de la gestation dans la même race (1).
. Pour éclairer la question d'aptitude relative à la conception dans les différents moments compris dans Tintervalle de deux époques menstruelles, il n'y a qu'un moyen, c'est de recueillir un certain nombre d'observations de femmes qui n'eussent eu en tout qu'une ou deux relations scvuelles avant de devenir grosses, dont elles se rappelleraient bien la date ainsi que celle de dernières règles. On pourrait juger, d'après cela, dans quel rapport se trouvait la conception avec les époques menstruelles. Ce sont, comme on le voit, des conditions assez difBciles à rencontrer, mais comme nous ne connaissons pas d'autres moyens de résoudre ce problème, nous avons essayé de tenter de celuilà. Nous avons supposé que parmi les femmes en couches dans un hôpital, on pourrait trouver plus facilement les éléments nécessaires pour cela, et nous n'avons qu'à nous féliciter d'avoir eu l'idée de questionner là-dessus les femmes de laClijùquc des accouchements. La plupart des femmes qui se dirigent sur cet établissement ne sont pas mariées. Ce sont, en général, de jeunes ouvrières ou des domestiques auiquelles leurs occupations ne permettent que de rares entrevues avec
(i) Testier soumit en 1819, fii rAcadémie des sciences de I^ri?, le résultat des obseraUons fiùles [^ lui sur les ammaux, dont voki le résumé : sur 171 vaches 1 a ont donuô leur veau du 24 1 • au 26«« jour ; 3 le 270« ; 68 du 280« au 290» ; 5 k 308*. ce qui donne une différence de 67 jours dans les naissances, si l'on compare IM deux termes extrêmes. Le terme ordinaire de la gesution est érahié, chei la vèclM, à 9 mois 10 jours ou i 280 jours.
Chei les juments, on coniiUèrc généralement 11 mois 10 jourscomme le terme ordinaire de la geslaUon. On observe néanmoms beaucoup de diflêrence sous ce rapport, n^après tes observations de Tessier Ciius sur un certaia nombre de juments, il ) a eu ju$i|u*à 83 jours de diflttreuce.
ovurATior^ spontainêe. fl5
eurs amants. Cela se pratique ordinairement à jour fixe, ou es jours de fêle que Ton passe souvent ensemble, double raison >our s'en rappeler bien. Beaucoup de ces femmes ne pouvaient lous donner aucun renseignement concluant. Nous en avons rouvé néanmoins quinze qui ont répondu à nos deux quesions d'une manière catégori(iue(l).
Sur ce nombre, il y en avait cinq, c'est-à-dire le tiers, :hez qui la conception a eu lieu à la suilo de rapports sexuels pratiqués deux ou trois jours avant répofjue présumée des règles. Ces rapports étaient tellement rapprochés du moment où les règles devaient paraître, que nonobstant la conception, rhéraorrhagie menstruelle s'était montrée, mais en si petite quantité, qu'au bout de quelques heures, ou tout au plus au bout d'une journée, tout était déjà terminé; c'est ce qui arrive généralement dans dés cas pareils.
Une de ces quinze femmes devint incontestablement enceinte le premier jour de ses règles. L'hémorrhagie, au lieu de durer ensuite encore plusieurs jours, co mme d'habitude, s'était arrêtée au bout de vingt-quaire heures.
Chez huit femmes, la conception eut lieu à la suite d'un rapprochement sexuel un ou deux jours après la fin des règles.
Chez une seule de ces quinze femmes, la date de la conception semblait s'éloigner un peu de l'époque menstruelle ; le coïl, qui avait été suivi de grossesse, n'ayant été pratiqué que dix jours après la cessation des règles. Mais il faut faire observer que chez cette femme il ne s'agissait pas du tout d'une cessation ordinaire des règles, mais d'une suppression brusque. Étant au second jour de son hémorrhagie menstruelle, elle avait reçu une fausse nouvelle qui la bouleversa; on lui avait dit qu'un jeune élève de TÉcole polytechnique qu'elle aimait,
(1) Ces observations se trouvent r.ipporlccs clans notre ouvrage : De la puberté •I àe Vâge critique. Par suite d'une erreur typographique, la XI V^' observation a été doublée et porte le n° XV, ce qui a fait donner à la dernière observation le n® XVI. Mais en réalité, il ne s*agit dan^ ces observations que de quinze faits; la XiV* et la XV* ne devant compter que pour une.
s*6tait bîillu en duel, et qu'il avait été mortellement blessé. Aussitôt ses règles de s'arrêter. Dix jours plus tard elle eut l'occasion de s assurer que le jeune homme était plein de vie; ils avaient passé effectivement quelque temps ensemble, et elle s'abandonna à lui pour la première fois; elle accoucha, jour pour jour, neuf mois après, à la Clinique de la Faculté. L'exception de cette femme pourrait donc n'être qu'apparente. L'orgasme ovarien, saisi au moment d'une vive commotion morale, a dû être en quelque sorte paralysé, mais l'ovule n'a pas dû quitter pour cela la cavité de la vésicule; le moment de la déhiscence n'étant pas encore passé, l'excitation du coït a pu ranimer lorgasmc et changer la déhiscence spontanée qui était sur le point de se faire, en conception.
Les faits que nous venons d'analyser semblent prouver, ce qu'il était iU^k facile à présumer en théorie, à savoir : que les conceptions ont lieu généralement dans les moments que la science avait désignés d'avance comme les plus favorables pour cela, c*est-à-dire pendant tout le temps que les ovules arrivés à maturité parcourent les dernières phases de leur perfectionnement, jusqu*à leur expulsion. C'est un fait vraiment remarquable que sur quinze femmes qui aient pu nous donner exactement les deux dates qu'il nous importait de connaître, celle des dernières règles et celle du rapport sexuel suivi de grossesse, il n'y en eut |K)S une seule qui se fût sensiblement écartée de la période physiologique que nous venons de signaler. Faut-il conclure, d après cela, qu'il y ait des époques où la fécondation soit absolumonl impossible? Nous Tavons pensé un moment, à rèpotiuo où nous avons été on quelque sorte forcément entraîné vers cette conclusion par le langage si convaincant de M. Pouchett qui soutenait que la fécondation ne s'opérait pas dans les ovairos, mais déjà apix^s la déhiscence vésiculaire et Texpuls^iou do Tovulo dans la oavito do la matrice. Il est évident que, $i c'eût iMo la condition indisponsaMo do la fécondation, l'ovule n'aui^it pu garder longtemps son aptitude à la reproduction, cl qu il aurait fallu attendre udo autri' |H>nte pour que cette
aptitude se renouvelât dans un autre ovule. Cependant les faits relatifs à la conception, à la suite du coït pratiqué la veille ou deux jours avant l'arrivée des règles, que nous avons rencontrés au nombre de cinq, étaient déjà bien contraires à la théorie trop absolue de M. Pouchet. Mais elle a reçu plus récemment une nouvelle et profonde atteinte à la suite des expériences fort intéressantes de M. Coste, dont il résulte que Tœuf des oiseaux, comme celui des mammifères, commence déjà à se dégrader dés qu*il a abandonné spontanément les ovaires pour passer dans les oviducles. Chez les poules cette dégradation commence par la dégénérescence des matériaux de la cicatricule, et devient déjà sensible sur les œufs qui n'avaient abandonné les ovaires que depuis quatre ou cinq heures (1). Comment concilier ces curieux résultats avec la théorie de M. Pouchet, d'après laquelle l'œuf ne serait au contraire apte à la reproduction qu'après avoir quitté l'ovaire et après avoir pénétré dans la cavité de la matrice !
Quoi qu'il en soit, séduit, comme nous venons de le dire, par le langage convaincant de M. Pouchet, nous avons adopté un instant ses conclusions sans contrôle; sans être aussi absolu que ce savant distingué, nous avons annoncé dans notre livre De la puberté et de l'âge critique, qu'il y avait des époques déterminées pour la reproduction, et par conséquent qu'il y avait des moments où les rapports sexuels devaient être absolument stériles (2).
Nous n'oserions pas être aussi affirmalif aujourd'hui, depuis qu'il a été démontré par des observations et les expériences de H. Coste, que la fécondation a lieu dans l'intérieur des vési-
(1) Histoire générale el parliculière du développement, etc, Paris, 1859, t. U, p. 79.
(2) M. Michelet nous a fait l'honneur de citer nos travaux et notre opinion, quant à raplitude relative de la femme à la reproduction, aux difTérentes époques, dans ses deux ouvrages : l'Amour et la Femme. Pour ne rien perdre dans l'esprit d'un homme aussi éminent^ nous tenons à déclarer que nous craignons d'avoir été trop absolu dans notre opinion exprimée ci-dessus en termes soulignés qui ont été répétés dans ces deux charmantes publications.
tu PHYSIOLOGIE DK LA MENSTRUATION.
cules (le Graaf, cl non dans la cavité de la matrice, corarae Tavail cru Arislote et plus récemment M. Pouchet.
Quant aux animaux domestiques, c'est tout différent; l'affirmalien y est de droit. Il est incontestable que chez eux la fécondation n est possible qu'à certaines époques. Une fois le rut terminé, la plupart des femelles refusent constamment les avances du mâle, ou, quand on les force à cela, les zoosperraes glissent, comme Ta remarqué M. Coste, sur l'œuf et ne réussissent jamais à pénétrer Talbumine qui le garantit. On sait que, dans l'espèce humaine, les choses ne se passent pas de la même manière. Cette exception ne pourrait-elle pas autoriser quelques doutes quant à l'époque précise de la conception? Le sperme ne pourrait-il pas avoir quelquefois une action anticipée sur des ovules pas encore tout à fait mûres, qui pourraient recevoir ainsi une vigoureuse impulsion sous l'influence du coït? N avons-nous pas vu d'exemples où, à côté d'un follicule déjà irès-développé et prêt à s'ouvrir, il y en avait un autre moins gros, mais toujours déjà proéminent, semblant s'apprêter à suivre de près la déhiscence du premier? Le coït, en pareil cas, ne pourrait-il pas accélérer la maturité de l'ovule et précipiter la déhiscence vésiculaire? D*un autre côté, les qualités prolifiques du sperme ne peuvent-elles pas aussi se conserver pendant plusieurs jours, de manière à pouvoir exercer plus tard leur influence fécondante sur l'ovule? Chez les animaux inférieurs, et particulièrement chez les crustacés, les fécondations de ce genre ne sont plus l'objet de doute. MM. Coste et Gerbe ont démontré par leurs expériences que chez les crabes, le sperme provenant d'un accouplement suffit pour féconder des œufs qui n'arrivent à maturité que quelques mois plus tard. Chez des Maia femelles, deux générations d'œufs séparées par quelques mois de dislance peuvent être fécondées par un seul accouplement. Qui sait si quelque chose d'analogue ne pourrait pas arriver quelquefois dans les classes supérieures, et même dans l'espèce humaine? Sans doute, il y a une énorme dislance, sous tous les rapports,
eoire ces crustacés et la femme; mais, lorsqu'il s'agit àe poser des lois d'une lelle importance, ne faut-il pas tenir compte même des analogies en apparence faibles? Toutefois, malgré la réserve qui nous est commandée par l'état actuel de la physiologie comparée, nous ne persistons pas moins à soutenir cette thèse, que ce sont les jours voisins des époques menstruelles qui doivent être considérés comme étant les plus favorables à la conception. Toutes les fois que nous sommes consulté par des femmes affligées de stérihté, nous donnons à leurs maris le conseil de prendre cette loi en considération. Ainsi, chez les femmes qui sont réglées habituellement le 26 ou le 30 du mois, la période la plus favorable, à notre avis» pour la reproduction, serait comprise entre le 26 du mois et le 10 du mois suivant. Il est bien entendu que le conseil dont nous parlons est tout à fait en dehors du traitement médical ou chirurgical que peut réclamer la stérilité, d'après différentes causes soit locales et mécaniques, soit constitutionnelles, qui la produisent.
Tout récemment, quelques journaux de médecine avaient signalé l'apparition d'un travail sur la genèse dans l'espèce humaine, dont l'auteur, le docteur Avrard, de la Rochelle, prétend que, sur vingt*huit jours, qui constituent, d'après lui, le cycle des fonctions génésiques correspondant à l'intervalle entre les deux époques menstruelles, il y en aurait la moitié seulement où la fécondation serait possible, c La période génésique finit toujours, dit M. Avrard, le quatorzième jour après le début des régies, quelle que soit la durée de Técoulement. La fécondation, dit-il, est impossible depuis le quatorzième jour, à partir de l'apparition des règles, jusqu'à la fm de l'époque suivante, quelque tardive qu'elle soit (1). »
Au dire du docteur Avrard, il s'écoulerait presque toujours un peu de temps entre la fin des règles et le début de la pé-
(1) Vagénétie et la durée de la grossesse dans V espèce humaine. Voyez la Revue de ihérapeuitque médico-chirurgicale, 1867, 15 février et 15 juillet; la Gazette des h&pitaux et V Union médicale de la même année.
riode génésique. Celle Ihéorie ne diffère pas sensiblement, comme il est facile d'en juger, de celle de M. Pouchet. L'auteur prétend qu'elle est fondée sur quinze années d'observation et sur des milliers de faits recueillis avec épreuve et contreépreuve.
Il serait difficile d'imaginer un langage plus rassurant pour ceux qui, en dépit des articles récents de M. Castelnau (1), voudraient toujours persister dans leurs idées égoïstes, et disposer librement du nombre des enfants qu'il leur plairait d'avoir. Mais comme dans cette circonstance il s'agit avant tout de nos confrères, comme c'est à eux surtout que le docteur Avrard s'adresse, et que ce sont eux qui pourraient être les premiers victimes de leur trop grande confiance, nous ne saurions trop les engager à ne pas se fier trop à cette doctrine. Nous croyons devoir leur rappeler que les cinq faits dont nous avons parlé au commencement de ce paragraphe, dont chacun démontre la possibilité de la fécondation à la suite de rapports sexuels, un ou deux jours avant l'époque présumée des règles, battent en brèche la théorie de M. Avrard et engagent à être circonspect.
Nous persistons toujours dans nos dernières conclusions. Il n'y a pas le moindre doute pour nous qu'il y a des moments dans l'intervalle de deux époques menstruelles où la féconJaliqn a beaucoup plus de chances favorables que dans d'autres moments; mais nous ne croyons pas que dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques, on soit autorisé à affirmer qu'il y a des jours où Yagénesie soit une loi absolue. Ce serait, à notre avis, une témérité impardonnable de la part d'un médecin que de se fier aux assertions contraires, lorsqull s'agirait, par exemple, d'empêcher absolument, pendant quelque temps, une femme mariée, de devenir enceinte, quand sa vie pourrait en dépendre !
(1) Lisez les premiers numéros du journal : Rèfoime médicale^ 1867.
OVULATION SPONTÂlfÊE. 1^1
§ IKIII. — Mm oiMMitnMitlon en detaoni de ses rapporte mwee la séaé« ralton aaralt«elle eneore quelque autre rdle à remplir dans Téeo* ■•■ile?
En nous occupant des anciennes théories de la menstruation, nous avons suffisamment insisté, tout en combattant sous beaucoup de rapports les idées des anciens, sur la nécessité de tenir compte, dans la menstruation, de l'hémorrhagie, et ne pas tout subordonner à l'ovulation spontanée. La part laissée à la perte sanguine était assez large pour satisfaire les vues des praticiens. Cependant, en dehors des opinions que nous avons disculées, il s'en est encore produite une dans ces dernières années qui mérite d'être examinée à part , pas tant à cause de sa valeur intrinsèque qu à cause du talent de l'auteur et de Teslime dont il jouissait, quoique jeune encore, dans le monde médical. Nous voulons parler de l'opinion professée par le regrettable Aran dans ses leçons à l'hôpital Saint- Antoine (1).
Tout en acceptant, en principe, l'ovulation spontanée comme le point de départ de la menstruation, Aran ne voulut pas qu'on subordonnât trop cette dernière à la première, et insista sur la nécessité de disjoindre ces deux phénomènes. « Je ne puis pas, disait-il, ne pas reconnaître à l'hémorrhagie menstruelle un rôle spécial dans l'organisme , chez les femmes (2). «Et quels étaient donc les motifs qui avaient pu faire prendre une pareille résolution à un esprit si distingué? Ce sont d'abord ces hémorrhagies plus ou moins irréguh'ères qu'on observe chez quelques femmes après l'âge ordinaire de ménopause , par conséquent après l'extinction de l'orgasme ovarien, désignées à tort sous le nom de inenstruation tardire; ce sont des exemples, très-rares d'ailleurs, d'hémorrhagies périodiques chez les femmes enceintes ou chez les nour-
(1) Aran, Leçont cliniques sur les maladies de Vutérus, etc., etc, Paris, 1848.
(2) Aran, ou\Tage cité, p. 283.
rices; ce sont, enfin, des troubles très-variés éprouvés par les femmes h Tdge où elles cessent d'avoir leurs règles ou par des jeunes filles qui ont de la peine à être formées.
Par toutes ces considéralions, Aran prétendait qu'il fallait faire garder à Théraorrhagie menstruelle son indépendance. Nous ne reviendrons pas sur la plupart de ces arguments qui ont été déjà discutés à propos des anciennes théories qui attribuaient Thémorrhagie périodique des femmes à la plétbore ou à Tinfluence de l'habitude (voy. p. 6). 11 serait . facile de se convaincre que la plupart des faits accumulés par Aran en faveur de sa manière de voir et, en apparence, contraires à la théorie qui considère Tovulation spontanée comme cause de rhémorrhagie menstruelle, peuvent être expliqués très-naturellement, soit par l'exagération des dispositions anatoniiques normales du système vasculaire de l'utérus, soit par l'habitude contractée pendant longtemps, etc.
Quant aux troubles éprouvés par beaucoup de jeunes filles aux approches de la puberté, ils sont presque toujours l'effet sympalhiiiuo de l'orgasme ovarien qui cherche à s'établir pour roxercico do la nouvelle fonction.
Los uilïoronts troubles généraux que Ton observe chez les fonimos, «\ IVigo dit critique, sont plutôt l'eflet, comme nous le vorrons, on traitant do cette époque de la vie, des perturbations du système nerveux que de la pléthore. 11 serait d'autant moins rationnel de les attribuer à la suppression de Thémoriha^io ot à une pléthore relative que, la plupart du temps, ils ooinoiilont aviMi" ranômie, et que c'est en cherchant à combattre collo-ci qu'on peut avoir le plus de chances de les voir disparaitro. Los omissions sanjruinos, que beaucoup de médecins prosorixont alor^. mus qu'ils sont par de fausses idées de plôthoio. produisent jîônéralemeut des résultais tout coninùiYs i 00 qu'on altondait,
I os hôiU'^nha^ios poriovliquos au début delà grossesse sont livs-r,uvs , olios pouvoni d'ailiour? être expliquées par difféivntos dis|Hvsitiv'us UhmIos do Tulônis, Quint m exemples de
prétendues règles pendanl la grossesse chez les femmes qui n'auraient jamais été réglées avant de devenir enceintes, elles constituent des exceptions tellement rares, que ce caractère suffit déjà à lui seul pour justifier chez elles l'absence habituelle des époques menstruelles. La seconde bizarrerie n'est ici, en quelque sorte, que la consécration de la première. Mais on aurait tort de considérer toutes les hémorrhagies de, cette espèce comme des hémorrhagies menstruelles proprement dites.
Toutes les fois que nous avons eu l'occasion d'examiner les ovaires des femmes mortes à la suite de couches, nous avons trouvé les follicules de Graaf assez développés en général , mais jamais à ce degré qui indique la maturité complète avec disposition a la déhiscence ; jamais non plus de traces plus ou moins récentes de l'ovulation spontanée à côté du métoarion provenant de la dernière conception.
Négrier a fait avant nous la même remarque, non-seulement sur les femmes enceintes, mais sur les nourrices. « Je croîs pouvoir conclure, dit ce savant distingué, que le travail vésiculaire ovarique ne paraît pas être entièrement suspendu pendant les fonctions de la gestation et de l'allaitement; qu'il continue à s'effectuer au moins jusqu'à la dilatation de la vésicule exclusivement, mais il est complètement arrêté à cette dernière évolution, qu'on n'observe jamais chez les femmes enceintes ou nourrices qui ne sont pas menstruées (J). »
Nous n'oserions pas toutefois nier d'une manière absolue la possibilité de véritables hémorrhagies menstruelles chez les femmes grosses, mais les faits de ce genre, fussent-ils bien constatés, constitueraient toujours une exception des plus rares. Un de nos amis qui dirige une ferme-modèle de TÉtal nous a affirmé d'avoir vu, quoique très-rarement à la vérité, des vaches qui, étant déjà pleines, offraient encore des symptômes de rut, et même à plusieurs reprises, dans le cours d'une
(1) Négrier, ouvrage cité, p. 46.
i2& PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION.
gestation. Le rut serait- il dans ce cas, comme d'habitude, la conséquence de la maturité des ovules, ou ne serait-il qu'apparent? Si la première de ces hypothèses était fondée, il pourrait, à la rigueur, se passer quelque chose d'analogue chez quelques femmes pendant la grossesse , et rendre ainsi compte de certaines hémorrhagies périodiques qu'on observe dans cet état.
Il arrive plus souvent de voir des hémorrhagies périodiques chez les nourrices, après un certain temps d'allaitement, et il n'est même pas très-rare d'en voir qui, ayant paru six semaines après l'accouchement, comme un retour des règles ordinaires, reviennent ensuite régulièrement chaque mois malgré l'allaitement. Nous examinerons plus tard l'influence que ces hémorrhagies peuvent avoir sur le lait et sur la santé des nourrissons ; pour le moment, nous nous bornerons à faire observer que l'exactitude avec laquelle elles se reproduisent, la marche de l'hémorrhagie à chaque époque, tout, jusqu'aux symptômes qui précèdent ou accompagnent ces hémorrhagies , semble indiquer qu'elles reconnaissent pour cause' Tacle physiologique des ovaires qui précède la menstruation. Il est presque certain que le développement progressif des follicules de Graaf qui s'arrête habituellement à un certain degré en deçà de la maturité, pendant Tallailement, aura repris, dans ces circonstances exceptionnelles, sa marche ordinaire. Les ovules pouvant dès lôrs atteindre leur maturité, la conception devrait être relativement plus facile chez les nourrices dans ces conditions; aussi savent elles toutes par expérience qu'elles ont beaucoup plus à redouter alors les rapports sexuels que si elles n'eussent pas été menstruées. Ainsi, on voit, d'après ce que nous venons de dire, qu'il n'est pas impossible de trouver une explication rationnelle et scientifique des hémorrhagies périodiques qui se déclarent chez les femmes en dehors des époques des règles proprement dites, et qu'il n'est pas nécessaire d'en conclure que l'hémorrhagie menstruelle est en grande partie indépendante de l'ovulation
ponlanée et <|u'clle constitue une fonction pour laquelle tout
été prévu et combiné d avance.
C'est la lecture de remarquables travaux chimiques de IM. Andral et Gavarret sur le sang, qui a suggéré à Aran idée de sa singulière théorie. Ces savants disent, en effet, voir constaté que, chez Thomme, à partir de la puberté, la uantilé de carbone brûlé augmente proportionnellement isqu'à l'âge de trente ans; que chez la l'emme, au centraire, ml que dure la menstruation, c'est-a-dirc depuis sa puberté isqu'à Tâge critique, cette quantité reste la même et s'éloigne eu de la moyenne.
« A quoi peut tenir, en effet, s'écrie Aran, cette grande ifférence dans la consommation du carbone chez l'homme t chez la femme, si ce n'est à ce que, chez cette dernière, i balance est rétablie par l'écoulement menstruel, j
Il n'entre pas dans nos intentions de discuter l'exactitude du lit annoncé par MM. Andral et Gavarret; nous l'admettons ms autre contrôle que la garantie que donne l'autorité de îs savants distingués. 11 se pourrait môme bien que la iminution du carbone constatée pendant la durée de la ériode sexuelle chez la femme, fût effectivement la conséuence de la perle périodique de sang. Rien ne nous prouvent encore que cette diminution du carbone fût un besoin îel pour l'économie, et que pour mieux en assurer l'exécution ; nature eût eu besoin d'établir pour cela une fonction spéale. L'hémorrhagie menstruelle pourrait contribuer à la iminution du carbone, comme les saignées générales dimiaent les proportions de certains éléments du sang, sans qu'il
eût là dedans rien de prévu et de combiné d'avance par 4a iturc. Ne nous dit-on pas, d'ailleurs, qu'une fois l'âge de ente ans dépassé, les proportions du carbone n'augmentent [us chez l'homme. Aran aurait dû nous apprendre, au moins, ïr quels moyens la nature obtient alors cette balance chez homme ; cela ne pouvait s'obtenir, dans tous les cas, par le lèmc mécanisme ni même à l'aide d'un moyen analogue
quelconque. Il reste donc évident que Thérnorrhagie menstruelle, qui est étroitement liée à Tovulation spontanée, na aucun autre rôle particulier à jouer dans l'économie. L*organisme peut, jusqu'à un certain point, s'habituer à une perte périodique du sang; la cessation de celle habitude peut certainement influer sur Tcxercice de différentes fonctions, mais ce serait se tromper étrangement que de supposer, à cause de cela, que l'iiémorrhagie menstruelle fut spécialement chargée de l'excrétion d'un principe quelconque nuisible à réconomie.
§ XIW. — iMeiMtruatlon pendMit rallaltement «i son Infloeace mur le lait de* nourrlccMi el la saule des nourrlMaoïui.
Comme Ta fait remarquer Négrier, l'ovulation subit un moment d arrêt pendant l'allaitement. Le développement des vésicules de Graaf est loin de rétrograder, mais ces organes étant arrivés à un certain degré, que nous croyons parfaitement compatible avec la reproduction, restent stationnaires. L'amour maternel domine tout, et l'instinct de la reproduction s'efface pour quelque temps du premier rang. Les conceptions deviennent alors plus difficiles ; la marche de l'ovulation étant suspendue, il n'y a pas lieu de se débarrasser spontanément des ovules mûrs, puisqu'ils n'atteignent pas les derniers degrés de leur maturité et peuvent attendre. Aussi, la plupart du temps, les femmes qui nourrissent ne sont-elles pas menstruées, ou du moins la menstruation de même que la faculté de reproduction ne se réveillent-elles qu'après un certain temps d'exercice de la lactation, lorsque l'enfant peut, à la rigueur, se passer du lait de sa more, et céder sa place à d!autres dans les premiers soins maternels indispensables à la conservation.
Dans le cours de nos recherches sur l'ovulation, nous avons en soin de nous appuyer, autant que possible, sur des observations faites dans le règne animal. Nous dirons encore, dans ce moment, que le fait que nous signalons n'est pas particulier à Tes-
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èce humaine, mais qu'on le retrouve également chez des îraelios des animaux domestiques. Comme le fait observer KiUemand, les phénomènes du rut ne reparaissent chez les smelles des animaux domeslir|ues que lorsqu'elles n'ont plus e petits à nourrir. D'après ce célèbre observateur, les mAIes 3s plus ardents ne tardent pas à tourmenter les femelles dès lu'elles ont mis bas, mais elles leur résistent pour ne s'ocuper que de l'allaitement. Alors les plus furieux finissent par e jeter sur les petits, et parviennent à les étrangler malgré es soins de la mère. Aussi ceux qui ont l'habitude d'élever ces inimaux ne manquent-ils jamais d'isoler les mdles pendant oute la durée de l'allaitement (1).
Il est rare que la menstruation revienne dans le cours de 'allaitement, si celui-ci ne se prolonge pas au delà d'une mnée; la plupart du temps elle ne reparait même, du noins en France, qu'immédiatement après le sevrage ou à ine période déjà avancée de l'allaitement. Nous avons cru ■emarquer que chez beaucoup de nourrices, les règles n'apparaissent que lorsque le lait avait déjà commencé à diminuer ]epuis quelque temps, et que les glandes mammaires avaient }elrdu déjà de leur activité. Nous insistons sur ce fait, car il 30U8 conduit à établir deux catégories parmi les nourrices ré* jlées. Dans Tune, nous rangeons les femmes qui n'ont commencé à être menstruées qu'après avoir commencé à être mauvaises nourrices. Dans ce cas, soit par suite de quelques lispositions morbides, soit par suite de la fatigue inséparable i*uD allaitement trop prolongé, les glandes mammaires cessent ie fonctionner convenablement, et les ovaires reprennent leur roprématie. Dans l'autre catégorie, nous plaçons des nourrices chez qui la menstruation ne semble revenir que comme conséquence naturelle de leur puissance génitale ; la vigueur de rovulation est si forte chez elles, qu'elle ne saurait pas abdiquer pour longtemps ses droits. Cette circonstance n'empêche pas
(1) LaHemandy De$ ^rles iéminalet ini>oUmlaire$f t. H, 1'* partie, p. 427.
pour cela ces femmes d'être souvent en même temps d'excellentes nourrices. Dans ce cas, la lactation n'est en quelque sorte qu'un degré de plus de la manifestation de la puissance maternelle innée. Beaucoup de ces femmes sont même réglées sans discontinuer dès le début de Tallailement, à partir du retour ordinaire de la menstruation après l'accouchement. Nous en connaissons qui avaient conservé cette faculté à chaque accouchement; il y en a même chez qui cette disposition se perpétue dans la famille, et passe des mères aux filles et petitesfilles. Chose singulière, dans les climats froids, les nourrices semblent être plus souvent sujettes à avoir les règles que dans nos pays. D'après les documents adressés au Congrès international de Paris (1867) par M. le docteur Fâye, sur mille trois cent vingt-sept femmes que ce médecin distingué a interrogées là-dessus, à l'institution de la Maternité de Christiania, qu'il dirige, il y en avait cent vingt-cinq, c'est-à-dire plus de dix pour cent, qui continuaient à avoir leurs règles pendant la lactation. Nous n'avons pas fait de recherches statistiques en France là-dessus, mais, à en juger d'après l'impressîoa qui. est restée dans notre souvenir de nos propres observations, il s'en faut de beaucoup que le chiiïre représentant la proportion des nourrices de cette catégorie en France soit aussi élevé que celui des nourrices de la capitale de Norvège. Cette puissance relative de l'ovulation n*aurait-elle pas été accordée aux femmes d'un climat de plus de cinq degrés, en moyenne, plus froid que celui do Paris, comme une espèce de compensation du retard qu'elles éprouvent en général dans l'époque de leur puberté? Tue question des plus neuves en emménologie, et qui intéfiasse en n)ènie temps beaucoup les praticiens, est de savoir quelle |Hnit èliv rintlueuce de la menstruation sur le lait des nourrices et sur la s;mtê des nourrissons. Il est bien entendu que nous ne lirions pas ici des femmes qui deviennent mauvaises nourrices jKir suite de dispositions morbides, mais seulement de celles qui possèdent toutes les qualités de 1h>uucs nourrices et qui se portent bien. Noos voulons savoir
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si rapparition des règles dans le cours de rallaitement n'est pas capable de détériorer leur lait et nuire aux enfants.
De tout temps on s'intéressait à cette question, ce qui n'empêche pas que jusqu'à notre travail, publié sur ce sujet en 1860, elle manquait totalement de solution scientifique (1). Ce qui va suivre ne sera en grande partie que la reproduction de ce travail, dont nous avons fait lecture, quelques années auparavant, à l'Académie de médecine.
Quand on réfléchit à l'importance de cette question, qui touche si directement aux intérêts des familles, on est en droit de s'étonner qu'on n'ait pas cherché à l'éclairer du flambeau de la science, et qu'on ait permis de rester dans la grande incertitude à cet égard. Les auteurs n'ont fait, en général, que se rapporter à leurs impressions personnelles, aussi n'est-il pas surprenant de trouver tant de divergence dans leur manière de voir.
cr La menstruation, disent les auteurs de l'article Nourrice du grand Dictionnaire des sciences médicales y a sur l'action des mamelles une influence trés-manifeste et très-défavorable chez certaines femmes. Il en est, au contraire, dont le lait conserve ses propriétés pendant toute la durée de l'écoulement utérin. On ne peut donc pas plus établir en principe général que le lait des femmes menstruées est funeste aux enfants, qu'il n'est possible d'affirmer la proposition contraire. La continuation des régles,poursuivent ces auteurs, est sans doute une circonstance défavorable qui devra faire rejeter une nourrice qui se présente , mais leur apparition au milieu de l'allaitement ne peut pas seule motiver le renvoi d'une femme aux soins de laquelle l'enfant est déjà accoutumé. »
« La menstruation, dit-on, a, sur l'action des mamelles, une influence très-manifeste et très-défavorable chez certaines femmes. > Qu'est-ce qui prouve qu il en est réellement ainsi*? Les auteurs de l'article que nous venons de citer se sont-ils
(1) Du rôle de la mmlrualion, $to., 1860. Paris.
RAQfeOSBU. 0
livrés à Fesanien attentif du lait chez ces certaines femmes ? Ont- ils constaté qu'il a été réellement altéré? Mais d'ailleurs, en supposant même qu'ils eussent constaté de visu celte altération, de quel droit 9e croiraient-ils autorisés à en conclure que celle-ci est le résultat de la menstruation ? Cette conclusion n'est rien moins que rigoureuse ; elle n'est même pas du tout logique. Tous les jours, dans le nombre des femmes qui se présentent pour être nourrices, on en rencontre quelquesunes dont le lait, par sa quantité comme par ses qualités, ne réunit pas les conditions nécessaires pour pourvoir sufiisaïument aux besoins de l'enfant. Or, 8*il est possible de trouver quelques mauvaises nourrices dans un certain nombre de nourrices non menstruées, comment ne pas admettre qu'il puisse y en avoir également de mauvaises parmi celles qui sont réglées?
Il n'est pas nécessaire, dit-on, de renvoyer une nourrice surprise par les règles au milieu d'un allaitement qui parait profiter à l'enfant , mais il faut rejeter une nourrice qui se présente avec les menstrues. Voilà encore un singulier système, une singulière manière de procéder. Une des deux choses : ou bien la menstruation altère le lait, ou bien elle ne lui fait éprouver aucune altération sensible. Dans le premier cas, l'enfant serait-il même venu à merveille pendant tout le temps que la nourrice n'a pas été menstruée, le retour des règles pouvant d'un coup compromettre tout le passé, à quoi bon exposer l'enfant à devenir malade? Pourquoi ne pas faire cesser immédiatement l'allaitement qui peut lui être préjudiciable? Si, au contraire, la menstruation n'altère pas le lait, pourquoi refuser une nourrice par cette seule considération qu'elle est réglée, tandis qu'elle aurait pu faire une excellente nourrice, sous tous les rapports, surtout si elle a déjà élevé, dans les mêmes conditions, d'autres nourrissons jouissant d'une excellente santé? Voilà à quels mécomptes, à quels tâtonne* ments on est exposé quand on n'a pas pour guide le flambeau de la science, et quand on est obligé de marcher au hasard,
sacrifiant à chaque instant à l'influence des opinions admises sans contrôle et même aux préjugés.
M. Donné est, sans contredit, un des premiers qui ait imprimé une impulsion favorable aux intéressants .travaux des modernes sur le lait (1). Sans son heureuse initiative, les beaux travaux de MM. Quevenne(2), Lecanu,Mandl, Poggiale (3), etc., se seraient peut-être encore fait attendre. Cependant, M. Donné laisse, on peut dire, sans solution, Tinléressant problème qui nous occupe. Ce médecin distingué prétend, mais il ne le démontre pas, qu'il y a des cas où la menstruation exerce une influence fâcheuse sur le lait ; toutefois, il ne manque pas de faire remarquer qu'il arrive plus souvent encore qu'elle n'exerce aucune influence, et que l'enfant ne s'en ressent d'aucune manière, c A part donc les cas, conclut cet habile observateur, où le lait éprouve une altération notable, c'est le résultat même qui doit servir de guide, c'est-à-dire que l'état de l'enfant est le meilleur indice de la conduite à tenir. »
Rien de mieux, rien de plus juste, sans doute, que le pré^ cepte de changer de nourrice lorsque le lait parait altéré ou même seulement lorsque l'enfant n'en profite pas. Cependant cette conclusion n'éclaire en aucune manière la question que nous nous sommes posée, à savoir : quelle est l'influence de la menstruaiion sur le lait des nourrices et la santé des nourrissons? Ce que M. Donné conseille de faire ici pour les nourrices roenstruées, il l'aurait conseillé à coup sûr à l'occasion de toutes les mauvaises nourrices, ne fussent-elles même pas ré«glées. Mais ce serait certes aller trop loin que de vouloir con-
(1) Dunné, Du lait et en particulier de celui des nourrices, 1837. — Conseils aux familles sur la manière d'élever les enfants. Paris, i86â.
(2) Quevenne, Mémoires sur le lait. Paris, 1841, in-8^
(3) Poggiale, Dosage du sucre du lait par Ic^ méthode des volumes, et déter» minaiion de la richesse du lait (Comptes rendus des séances de V Académie des seienceSy avril 18A0). — Dosage du sucre du lait par le saocharimètre de M. So- M {Comptes rendus des séances de V Académie des sciences, mai iSAO). — Noie sur le dosage du sucre de lait et sur les moyens de reconnaître les falsiflcalions du lait, présentée à T Académie des sciences et à T Académie de médecine, février
132 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATIOll.
dure, sans aucune donnée antérieure de la science, que, toutes les fois que Tenfant allaité par une nourrice menstruéene vient pas bien, cet insuccès soit dû à la présence des règles. L'enfant ne peut-il pas, en effet, être souvent victime de quelque vice héréditaire ou congénital qui le mine profondément? D'un autre côté, son état chétif ne peut-il pas aussi bien dépendre de quelques influences hygiéniques défavorables contre lesquelles le lait de la meilleure nourrice pourrait échouer, toat en opposant par ses bonnes qualités une puissante résistance au développement des germes morbides?
Il n'y avait qu'un moyen d'éviter tous ces écueils : c'était de prendre la route qui seule pouvait conduire directement au fait, sans se préoccuper de toutes les appréciations plus ou moins erronées, aussi bien préjudiciables à la science qu'aux enfants et à leurs nourrices. Il fallait avant tout examiner attentivement le lait des nourrices par tous les moyens dont la science dispose, et chercher s'il subit réellement quelques altérations importantes sous l'influence de la menstruation. Le résultat de cette expertise aurait au moins fourni d'excellentes données, d'après lesquelles il eût été facile de se prononcer en connaissance de cause.
M. Gendrin a si bien senti l'importance de celte distinction, qu'il paraît s'en être occupé un des premiers. Nous regrettons seulement que l'auteur n'ait pas jugé à propos de faire connaître le procédé qu'il avait mis en usage dans ses investigations; ce regret est d'autant plus vif, que les conclusions auxquelles est arrivé ce médecin sont, pour ainsi dire, tout à fait opposées à celles auxquelles nous sommes arrivé de notre côté. Voici, d'ailleurs, les conclusions de M. Gendrin. D'après cet habile pathologiste, quand les règles surviennent ch€z les nourrices, elles s'accompagnent d'une diminution dans l'activité de la sécrétion mammaire. Le lait alors sécrété est toujours séreux et moins riche en principes nutritifs : on en peut juger, dit-il, par la diminution des granulations que le microscope fait reconnaître dans ce liquide; le lait se rapproche du colostrura,
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il acquiert même ordinairement des propriétés laxatives qui se montrent par les coliques et les selles diarrhéiques dont le nourrisson est atteint tant que dure l'hémorrhagie utérine menstraelle. Si les nourrices continuent à être réglées et surtout si elles le sont abondamment, la quantité habituelle de lait diminue, et ce liquide s'affaiblit dans ses qualités alimentaires, l'enfant maigrit et est insuffisamment nourri (1).
Nous professons tant de respect pour les données vraiment scientifiques, et la description de M. Gendrin en offre, il faut le reconnaître, toutes les allures, que, si nous n'étions pas arrivé, de notre côté, à des résultats tout à fait opposés à ceux )ai furent annoncés par M. Gendrin, nous n'aurions pas hésité k proscrire d'une manière absolue l'usage des nourrices menstruées; nous aurions conseillé toujours de changer imméliatement de nourrice, la sanlé du nourrisson eût-elle même les plus belles apparences, dés qu'il y aurait un retour des règles dans le cours de l'allaitement.
Cependant, peu disposé déjà par caractère à jurer sur la )arole du maître, nous avons cru que, dans une question aussi mportante, il était de notre devoir d'examiner les choses par lous-même. Nous avons donc procédé à l'examen comparatif In lait pendant les époques menstruelles et dans leur intervalle, ayant eu préalablement soin de nous assurer le concours idairé de feu Quevenne, pharmacien en chef à l'hôpital de la Iharité, dont tout le monde connaît les travaux remarquables ur le lait en général. Qu'il nous soit permis de rendre homnage publiquement à ce savant aussi distingué que modeste, our la bienveillance avec laquelle il s'est mis constamment à lotre disposition.
Nous avons examiné dans chaque cas particulier, l'aspect exirieuT du lait, sa densité, sa réaction chimique, la quantité elative de crème, le nombre, proportionnel des globules, leurs iamétres, la présence des granulations, etc. , etc.
(1) Gendrin, M^dtehM pratique.
4 SA PHYSIOLOGIE DE LA MBMSTBUàTION.
Pour arriver à des résultats aussi exacts que possible, il était indispensable d'observer certaines précautions que nous voulons signaler.
n y a d'abord un fait remarquable qui avait déjà frappé depuis longtemps l'attention des éleveurs de vaches^ et que Quevenne a eu Toccasion de vériGer par ses expériences : c'est que le lait peut déjà varier dans ses oaractères, selon qu'on l'examine au commencement ou à la fin de la traite; que celui qui est retiré à la fm et qui a séjourné moins longtemps dans la glande mammaire est plus riche que celui qu'on avait retiré en premier lieu. Nous avons cru devoir profiter de cet enseignement, et nous afons prié les femmes soumises à notre observation de tirer toujours le lait destiné i notre examen avant de donner à teter. De cette manière nous avons opéré au moins plus de rapprochement entre les difféfents laits, si nous ne les avons pas ramenés à des conditions à peu près les mêmes.
Inutile d'ajouter que nous avons employé les mômes procédés pour apprécier les qualités, soit physiques, soit chimiques du lait chez toutes les nourrices soumises à notre examen. Ainsi, c'était toujours la même éprouvette graduée ou le crémomètre, pour apprécier les proportions de la crème ; c'était toujours du papier de tournesol de la même force» le méine iactodensimètre, etc., etc. Toutes ces précautions étaient indispensables, car il n'y a pas jusqu'à la forme ou la haotetir du >*ase dans lequel on essaye le lait, qui ne puissent influer sur le rt^ultat des expériences pratiquées sur des Uûts d'ailleurs absolument semblables (i^.
(1) Qu«\rnue« ayant mis du Uil en même temps dins mat épcouicUe frtdoée •I d4n«ttii» i^Ule lernne, • Utmté^ an bMt «le nofl-^ttatre kevres, il degrés de eiime Omis U |vr««ùèf«s el iOSS.5 p««r U pesaaleur dn Uil écrèaié; Uadis qoeb |>e«iulettr «lu U\\ «SM>èm^ Oe U ierrîiie êuil 1035,5, ce «{ai pnwire que la crème ^Uit »<>|vAn^ (^us v^Huiaêlement daes la terrifie, tn fénéral, k crème se tépare l^« f^\ U<»m<Hit «lêM te« ta^ee larftiu U e«l >é<eaeaire qw raeeevaoo des gkMtoi fm» ne M^t |m$(«Hms» |fmr le ftvttenMil contre Vu pnroès dn ^nse, ctqpn nrriïerait ii^N^««ainMiient m «m t«U»aît re^iMer te laii dans des ^nses plw élnits à leur ouxeriiire«
^assons à Texamen des faits particuliers.
)bservation I. — N..,, âgée de trente ans, concierge, de isliiution moyenne, blonde, ayant la peau blanche, couverte nombreuses éphélides sur le visage , est accouchée depuis q mois et demi, et a revu ses règles au bout de trois mois. )uis lors la menstruation a cotitinué sa marche régulière ; 5 dure chaque fois, comme avant l'accouchement, cinq jours, lonne lieu à une perte assez abondante. Cette femme nourrit garçon à peau blanche, fine, aux cheveux blonds, d'une le constitution, ayant les chairs fermes et un bel embonpoint. . enfant , gai et riant, est généralement assez précoce , et éjà deux dents incisives depuis environ quinze jours.
Premier échantillon de lait. — Lait tiré le second jout» des ;les, examiné vingt-quatre heures après : Aspect blanc ique; aucune odeur particulière; le papier rouge commce à bleuir, après quelques minutes d'immersion, sans e le bleu soit influencé. Pesanteur spécifique , 20,9. aminé au microscope, ce lait présente des globules nora- 3UX, parfaitement libres, la plupart de dimensions ordinaires, tre 1/300 et 1/100. Quelques-uns so;it d'une grosseur qui nche sur le reste, et oCTrent jusqu'à 1/50 de miUimètre. ant versé de ce lait dans le tube gradué de Chevallier, à la npérature de 18 degrés, nous avons obtenu, au bout de igt-trois heures, 9 1/2 de crème. Le lait écrémé pesait 33,8, 5Sl-à-dire 3,9 degrés de plus qu'avant d'être écrémé.
Deuxième échantillon de lûit^ pris dans l'intervalle des loques menstruelles, et examiné environ vingt heures après : pecl fortement opaque. Le papier rouge bleuit en quelques condes. Pesanteur spécifique, 29,8. Les globules sont libres, I peu plus régulièrement calibrés que dans le cas précédent. n*y a que fort peu de gros globules, et ils tranchent alors r les autres; ils ont de 1/100 à 1/50; le plus grand nombre mi de 1/200 à 1/100. Versé dans lé même tube gradué que
iS6 PBYiOOVOQÈS, Ut Là ■EBSIBDfflDB.
le lait iirécédeot. il a donné an boni de râtgt-qnilR ^cnns. et â ht teuipéralure de li degrés, 9 de crème. PfsmilfJg ^w»iique afM^ reulèiemeot de la crème, 12,8, on 1 àe jtefie dans rédiantillon précédenL
Trmdéme éc/iOiiiiUonde Ladi^ firis le second jnor Ae^vî^ et nMminé quatre heures après. Aspect asseE if iifnr ^ ^pa Ueufttre ; parfaûtement homogène. Les gkbsles soi bobbreux, assez régulièrement calibrés; nn gru^ uemiMt k 1/200, beaucoup de 1/100, quelques-nns an-dnraf , jnsffi 1/76; point de granulations ni de globules moqnenx. L^ ppier rouge commence i bleuir après quelques mindes dlmacrsioih Versé dans un tube gradué, ce lait n a fonrû en lûglquatre heures, et à la température de 2i degrés, qmt k de crème.
RéflexUm$. — Si 'nous passons en revue les principiia caractères des échantillons de lait examiné dans celle observation, nous sommes obligé de reconnaître qu'il n'y a pas eo de différence bien notable entre le lait examiné pendant ks règles et celui examiné dans Tintervalle des époques menstruelles. L'aspect extérieur du lait était, dans les deux cas, à pou prés semblable, la pesanteur spécifique presque la même, et les mômes diamètres des globules. Le repos de vingt-quatre heures avait fourni, dans rintervalle des règles, 9, et pendant les règlcH, 0 1/2 do crème, ce qui ferait une petite dîflFérencc en favûur du lait sécrété au moment de la menstruation. Ce qu'il y A do particulier , c'est qu'ayant examiné le lait de cette loiumo & une autre époque menstruelle, on n'avait trouvé que h de crème. Doit-on Attribuer cet appauvrissement à l'influence de la luenâtruatiun? Il nous serait difficile de l'aiBrmer, surtout eu pnWnco du lait de l'autre échantillon, pris également au moment dos règles, où la quantité de crème paraissait dèpanser un pou celle du lait examiné dans l'intervalle des épu(|Uos meuHtrueUes, D'un autre côté, il ne faut pas perdre de vue que, dans le dernier échantillon, le lait a été versé dans
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réproovette au bout de quatre heures ; tandis que, dans le premier échantillon, il n'a été versé dans l'éprouvette qu'au bout de vingt-quatre heures de repos dans un flacon. Cette circonstance peut ne pas avoir été étrangère au mode un peu différent dans la séparation de la crème , et ceci nous fait encore davantage regretter de ne pas avoir pu prendre note de b pesanteur spécifique ; la différence que nous aurions trouvée sous ce rapport, avant et après l'enlèvement de la crème, aurait pu jeter beaucoup de jour sur cette question (1). Nous finirons par faire observer que la quantité de lait n'avait éprouvé chez cette femme aucune influence notable de la part de la menstruation. L'enfant avait toujours joui d*une excellente santé, et le retour de la menstruation n'avait nui en rien à son développement un peu précoce.
Observation II. — Madame 6..., Italienne, à Paris, depuis une dizaine d'années, est accouchée pour la troisième fois il y a treize mois. Elle se porte ordinairement très-bien; sa nourriture est succulente, composée en grande partie de viandes rôties. Cette dame avait toujours beaucoup de lait; son garçon avait toujours été bien portant ; il est gros, a les chairs fermes, le teint coloré, et a quatre dents depuis Tâge de onze mois ou d'un an. La menstruation a repris son cours au bout de dix mois d'allaitement et le poursuit régulièrement depuis.
Premier échantillon de lait. — Le lait, pris dans l'intervalle des époques menstruelles, et examiné vingt-quatre heures après, présente l'aspect très-opaque. Les globules sont nombreux, et, en général, libres; beaucoup ont 1/200; un assez
(1) Let globules butyreux sont comparativement plus légers que la partie liquide du lait, ce qui fidt qu'en laissant reposer le lait, on les voit remonter à la surface, où ils forment en grande partie ce qu'on appelle la crème. Plus la séparation des giolniles gras a été complète, plus la différence entre la pesanteur spécifique du lait, avant et après l'enlèvement de la crème, sera sensible. Le degré de cette différence peut donner, par conséquent, une assez juste idée des différences que peuvent présenter deux laits sous le rapport des proportions de crème.
grand nombre au-dessous; quelques-uns ont i/100» et il y en a même quelques-uns, mais peu nombreux, qui sont plus grosk Point de globules muqueux ni purulents. En agitant ce lait avec l'éther, on fait disparaître les globules bulyreux sans feire perdre au liquide sa teinte, qui reste encore assez opaque. Mis dans une éprouvette graduée, ce lait a foui'ni 10 de crème au bout de vingt-quatre heures; sa réaction est légère* ment alcaline.
Deuxième échantillon. — Lait JrecUeilli au moment des règles, offrant Taspect opaque et la'réaction seitsibleraetit alcaline. Ce lait offre les globules libres pour la plupart avec peu d'agglomération ; point de globules muqueux ni purulents. Absence complète de granulations de colostrum. Un âsset grand nombre de globules ont 1/100 et même plus dé diamètre; d'autres ont 1/200 environ, et beaucoup de 1/300 à 1/400. Agité avec réther, ce lait ne perd également qu'imparraitebient son opacité.
Pesanteur spécifique 30,8. Mis dans Téprouvette graduée, ce lait ne fournit que 5 de crème à la température de 10 degrés; écrémé, il pèse 32,8, ce qui donne 1,4 d'augmentation.
Troisième échantillon. — Le lait recueilli dans l'intervalle des époques menstruelles présente l'aspect moins blanc et moins opaque que dans d'autres échantillons. Cette circonstance pourrait peut-être s'expliquer par Télat de l'enfant qui souffre beaucoup et tette constamment. Pesanteur spécifique, 30,1. Les globules sont assez nombreux, libres, de diamètres ordinaires. Point de corps granuleux ni d'autres corps étrangers. Mis dans le crémomètre, ce lait fournit 8 de crème à la température de 10 degrés. Écrémé, il offre SS,2 de pesanteiir, ce gui donne 8,1 d'augmentation» Le papier rougi redevient bleu en moins d'une demi-minute.
Quatrième échantillon. — Lait recueilli pendant les règlesi offrant un aspect bleuâtre, peu opaque, parfaitement homogène. Pesanteur spéci/ique, 32. Le papier rougi redevient bleu
OTULATIOEf tPtfrrA!IÈE4 1S9
m moins d'un quart de minute. Les globules sont libres, isoés, régulièrement calibrés, rarement au-dessus de 1/100. iTolume de crème, 6, à la température de 18 degrés. Ce lait Serémé pèse 3S,0, ce qui ne donne que 0,9 d'augmentation, Il il présente dans cet état une teinte trés^peu opaque.
Réflexions. — Dans cette observation, la diminution des proportions de la crème, sous Tinfluence des règles, parait un Tait constant. Ainsi, on avait pris quatre échantillons de lait; deux fois il a été examiné pendant les règles, et deux fois dans Tintervalle des époques menstruelles. Dans Tintervalle des règles, on avait trouvé une fois 8 et une autre fois 10 de crème ; au moment des règles, au contraire, on n'en a trouvé chaque fois que 5. La différence entre la pesanteur spécifique du lait , avant et après la séparation de la crème, concorde d'ailleurs très-bien avec les résultats annoncés par le crémomètre. Toutefois, nous ferons observer que nonobstant celte diminution de crème sous l'influence delà menstruation, Tenfaut avait toujours joui d'une excellente santé et n'avait jamais paru souffKr au moment des règles.
Observation III. — Nous devons  l'obligeance de feu le docteur de Crozant, l'adresse d'une femme de vingt-cinq ans, accouchée depuis treize mois et réglée depuis le neuvième mois d'allaitement. Cette femme vivait dans une profonde misère; son mari, presque aveugle, gagnait à peine 1 fr. ou 1 fr. 60 par jour, et ceci devait suffire à eux trois ; la plupart de leurs effets étaient déjà engagés au mont-de-piété| de manière que je me suis empressé de leur aider à en retirer au moins les plus indispensables. Ajoutons que peu de temps après ôtre accouchée , cette femme fut affligée d'un abcès au sein, qui fut suivi d'une suppression complète de la sécrétion de lait de eecôté^ ce qui Tobligeait à ne donner depuis à teter que d'un Mul sein.
Nonobstant ces conditions si défavorablesi l'enfant jouissait
d'une santé parfaite ; c'était un beau garçon, bien constitué, ayant les chairs fermes et assez d'embonpoint ; il eut deux dents à l'âge de onze mois. La mère nous avait affirmé que son lait ne diminuait pas aux époques des règles, et qu'elle ne s'était alors jamais aperçue de la moindre indisposition chez son enfant.
Premier échantillon de lait — Le lait recueilli le troisième jour des règles présente un aspect bleuâtre et pèse 33,9. Les globules sont parfaitement libres, assez réguliers ; la plupart ont 1/100, quelques-uns 1/75, d'autres 1/200, et très-peu audessous. Versé dans le crémomètre, ce lait a fourni au bout de vingt-quatre heures , à la température de 23 degrés, 4 de crème. Le lait écrémé pèse 34,8, ce qui ne fait que 0,9 d'augmentation.
Deuxième échantillon. — Le lait recueilli onze jours après la fin de l'évacuation menstruelle présente un aspect d'un blanc opaque, et rend bleu en très-peu de temps le papier rougi. Les globules sont parfaitement libres, beaucoup de 1/200, d'autres de 1/300, un assez grand nombre de 1/100. Point de globules étrangers. Versé dans le crémomètre, ce lait a fourni au bout de vingt-quatre heures, à la température de 20 degrés, 12 de crème.
Réflexions. — Le caractère dominant de cette observation est encore, comme dans les observations précédentes, la diminution sensible de crème au moment des règles. Cette diminution, qui a fait descendre l'échelle du crémomètre de 12 à 4, est une des plus fortes que nous ayons encore observées. Nous ferons cependant remarquer que, nonobstant cette circonstance, l'enfant ne paraissait nullement en être indisposé aux époques des règles. Nous n'affirmerons pas qu'il en eût été de même si la diminution de crème eût été permanente ; mais ce qu'il y a d'incontestable, et ce que nous avons vu déjà dans les observations précédentes, c'est qu'avec son caractère passager, elle n'apportait aucun trouble dans l'état général de
l'enfant. Nous finirons en faisant observer que la diminution de crème coïncidait chez la femme de cette observation avec la décoloration du lait, qui avait perdu évidemment de son opacité ordinaire.
Cette diminution dans les proportions de la crème est loin cependant d'être le résultat constant de Tinfluence de la menstruation, comme nous allons le voir dans deux observations qui vont suivre.
Observation IV. — Élise Varin est âgée de vingt-six ans ; eUe est accouchée, pour la seconde fois, d'une fille ayant aujourd'hui quinze mois. Cette enfant a été toujours bien portante, elle est grasse, a les chairs fermes, un peu pâle. Elle a en sa première dent à l'âge de quatre mois, et actuellement elle en a quatre. Au bout de neuf mois de Tallaitement, la mère s'est aperçue du retour de la menstruation, qui, dès lors, n'a pas cessé de revenir régulièrement. L'enfant n'a jamais souffert pendant les époques menstruelles. Nous ferons remarquer que, d'après la déclaration de cette personne, elle s'était déjà trouvée dans ce cas à l'époque où elle avait nourri son premier enfant, et qu*alors, pas plus que cette fois, elle ne s'était aperçue de la moindre influence défavorable sur la santé de son enfant de la part de la menstruation.
Premier échantillon de lait. — Lait recueilli sept jours après les règles et examiné vingt heures après, présente l'aspect fortement opaque, et bleuit en quelques instants le papier roagi. Pesanteur spécifique, 30,i. Les globules sont libres ; on trouve un assez grand nombre de globules de 1/100 et même de 1/50; il y en a beaucoup qui n'ont que 1/200 et même audessous. Ce lait marque, au crémomètre, 11 de crème à la température de 16 degrés; écrémé, il pèse 33,5, ce qui donne 3,1 d'augmentation.
Deuxième échantillon. — Le lait recueilli le second jour des règles offre l'aspect assez opaque et ne bleuit que lentement
\kl PHYSIOLOGIE DE LA MBMSTRUATIOM.
le papier rougi, sans agir sur le bleu. Pesanteur spécifique, 28,6. Les globules sont libres; le plus grand nombre ont 1/200, quelques-uns ont 1/100, mais il y en a aussi qui n'ont que 1/300. Versé dans le crémomètre, ce lait fournit, dans l'espace de vingt-quatre heures, à la température de lA degrés 11 de crème. Écrémé, il pèse, à la température de 16 degrés 31,8, ce qui donne 3,2 d'augmentation.
Réflexions. — Le lait de cette femme est évidemment un lait riche en crème, car il atteint le chiffre 11 au bout de vingt-quatre heures de séjour dans le crémomètre, ce qui constitue, sous ce rapport, un chiffre assez élevé. Nous ferons remarquer que, contrairement à ce que nous avons vu jusqu'à présent, ce chiffre n'a été modifié en rien sous Tinfluence de la menstruation. D*un autre côté, de même que dans les observations précédentes, nous n'y avons point remarqué des globules étrangers dont la présence a été signalée par quelques auteurs aux époques menstruelles.
Observation V. — M. le docteur Letalenet eut l'obligeance de nous donner l'adresse d'une de ses clientes, qui continuait à être menstruée pendant l'allaitement. Nous saisissons cette occasion pour remercier ce médecin distingué de ce procédé de bonne confraternité, qui nous a permis de recueillir les détails suivants :
Madame F..., âgée de vingt-neuf ans, est accouchée, il y a six mois, pour la seconde fois. Elle avait nourri elle-même son premier enfant, ce qui n'a pas empêché ses règles de revenir peu de temps après sa couche, et de paraître ensuite régulièrement pendant toute la durée de l'allaitement, sans que cette circonstance ait nui en quoi que ce stfit à la santé de l'enlant. Le dernier enfant fut envoyé en nourrice à quelques lieues de Paris. La mère, rétablie de ses couches, revit ses règles environ six semaines après. Au bout de trois mois, elle fit venir son enfant à Paris, et, n'ayant pas été satisfaite de sa nourrice, elle résolut de le sevrer. Cpendantl'enlanty ne voulant pas prendre
OTULATfON SPONTANÉE. * \kl
facilement des bouillies, elle eut l'idée de le mettre à son propre sein, son lait n'ayant pas cessé complètement de couler. Celte tentative fut couronnée de succès ; la sécrétion de lait se rétablit, devint abondante, et ce fut la seule nourriture de l'enfant jusqu'au moment de notre examen. Nous l'avons trouvé très-bien portant, gros, ayant le teint coloré et les chairs fermes. Le rétablissement de la sécrétion mammaire n'avait point empêché le retour périodique de la menstruation. D'un autre câté,et ceci est très-remarquable, surtout après ce que nous avons vu dans les trois premières observations, le lait paraissait devenir plus abondant pendant chaque époque menstruelle. La mère nous a afTirmé positivement avoir fait cette remarque pendant tout le temps qu'elle avait nourri ses deux enfants.
Premier échantillon du lait. — Lait pris dans l'intervalle des époques menstruelles, six mois après l'accouchement. Examiné vingt-quatre heures après, il présentait unf aspect fortement opaque et rendait la teinte bleue au papier rougi. Pesanteur spécifique, 31,6. Les globules commencent à former des agglomérations peu serrées ; il y a peu de globules allant à 1/100 ; la plupart ne dépassent guère 1/200 ; point de globules muqueux. Versé dans le crémomètre, ce lait fournit 4 1/2 de crème en vingt-quatre heures h la température de 9 degrés; écrémé, il pèse 33,7, ce qui augmente son poids de 2,1.
Deuxième échantillon. — Le lait, pris le troisième jour de' révacuation menstruelle, et examiné vingt-quatre heures après, présente l'aspect fortement opaque et bleuit le papier rougi au bout d'une minute. Pesanteur spécifique, 29,8. Les globules sont libres, assez régulièrement calibrés: la plupart ont 1/200 à 1/150; très-peu ont 1/100; il y en a aussi beaucoup à 1/300 et au-dessous, mais point de globules étrangers. Vei-sé dans le crémomètre, ce lait fournit 7 1/2 de crème à la température de 12 degrés, dans l'espace de vingt-quatre heures. Écrémé, il pèse 32,8, ce qui donne 3 d'augmentation.
lûa PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION.
Réflexions. — Celle observation est fort remarquable sous plus d'un rapport. Nous ferons d'abord ressortir la persistance de la sécrétion lactée après trois mois de sevrage chez une femme abondamment réglée. Aussi, dès que Tenfant a été remis au sein, la sécrétion du lait devint-elle abondante et sufTit-elle à la nourriture de l'enfant. Non-seulement la continuation de la menstruation n'avait en rien nui à la sécrétion du lait; mais la qualité du lait, au lieu de perdre quelque chose de sa richesse, comme cela était arrivé chez plusieurs autres femmes, paraissait devenir meilleure sous l'influence de l'excitation utérine. Ce qu'il y a de certain, c'est que le lait donnait alors plus de crème dans le même espace de temps, et qu'il paraissait être plus abondant.
Réflexions générales. — En rapprochant les unes des autres chacune de ces cinq observations, on peut arriver à des conclusions générales qui ne manquent pas d'intérêt. Ce qui nous frappe en premier lieu, c'est le peu de rapport qu'il y a entre les résultats auxquels nous sommes arrivé, et ceux auxquels Topinion généralement admise dans le monde, ou professée par les auteurs, nous donnait le droit de nous attendre.
Il faut singulièrement rabattre, comme on a pu le voir, de l'opinion des médecins qui attribuent à la menstruation une influence fâcheuse sur le lait, ou qui lui supposnt de graves altérations au moment des époques menstruelles.
La seule altération que nous croyons devoir réellement attribuer à l'influence des règles est la diminution dans les proportions de globules butyreux ou la diminution de crème. C'est ainsi que, dans l'observation II, le lait ayant été examiné pendant deux époques menstruelles, nous ayons vu l'échelle représentant la hauteur de la crème descendre de 8 et de 10 à 5 degrés. Dans l'observation III, le chiffre 12, représentant les proportions de la crème dans l'intervalle des époques menstruelles,- est descendu, au moment des régies, à A.
Cependant, hâlons-nous de le reconnaître, cette influence est loin de se faire remarquer chez toutes les femmes ; elle est mênae loin de se reproduire constamment à chaque époque. Ainsi, dans l'observation I, le chiffre représentant les proportions de la crème est resté une fois au moment des règles tel qu'il avait été dans Tintervalle, tandis qu'à une autre époque il était descendu de 9 à i 1/2.
Dans l'observation IV, le chiffre représentant la hauteur de la crème est resté à peu de chose près le même pendant, que dans l'intervalle des règles, et, ce qu'il y a de remarquablei c'est que ce chiffre s'était élevé de 3 degrés pendant les règles chez la femme de l'observation V. Cette femme parait avoir été douée d'une grande impressionnabilité des seins, ce qui pourrait expliquer jusqu'à un certain point et cette augmentation relative de crème et l'augmentation de la sécrétion lactée qu'elle nous dit avoir remarquée à chaque époque menstruelle. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après avoir essayé de donner à teter pour la première fois trois mois après sa couche, cette femme vit, sous l'influence de cette simple excitation, reparaître le lait et la sécrétion lactée s'établir ensuite avec abon«dance.
Nous terminerons par faire remarquer que la diminution dans les proportions de la crème que nous avons constatée dans plus de moitié des cas, ne va jamais au delà des limites où elle constituerait un mauvais lait. Ce lait est évidemment moins riche, mais il n'est pas mauvais pour cela, surtout quand on pense qu'il reprend habituellement son degré primitif après les règles.
Il serait assez curieux de savoir si l'appauvrissement que nous signalons est l'effet de la sympathie exercée sur les seins par la matrice ou s'il n'est que le résultat de la déplétion du système sanguin par l'hémorrhagie menstruelle. En examinant les modifications que peut éprouver le lait sous l'influence des émissions sanguines, on pourrait arriver à la solution de ce problème ; c'est ce que nous nous proposons de faire à la pre*
aàcuobsu. 10
miére occasion, car il nous répugnerait de soumettre les nourriees à cette expérimentation sans une indication positive.
Les globules avaient généralement suivi de près les modifications notées dans la quantité de crème. En général, plus Téchelle de la crème était élevée, plus les globules étaient gros et plus leur nombre était considérable, et vice versa.
Nous n'avons jamais rencontré d'autres globules mêlés à ceux du lait, ni, en particulier, jamais la moindre trace de globules de pus ou de granulations de colostrum signalées par M. Gendrin.
L'aspect extérieur du lait a paru quelquefois changer. Le lait perdait parfois de son aspect opaque pour prendre une teinte légèrement bleuâtre au moment des règles. On pent ex* pliquer cette particularité par la diminution des globules crémeux dont dépend en grande partie la couleur du lait.
La réaction chimique n'a pas été modifiée une seule fois par l'influence de la menstruation, et le lait conservait toujours son alcalinité ordinaire. Ceci répond suffisamment aux personnes qui attribuent au lait des nourrices menstruées l'inconvénient de favoriser le développement des acides dans Testomac et d'occasionner la diarrhée.
Passons enfin à l'examen de la question que l'on peut regarder comme l'aboutissant de toute la discussion précédente, nous voulons parler de l'influence du lait des nourrices menstruées sur la santé des enfants.
Si les proportions de la crème étaient toujours fixes à l'état normal} on pourrait présumer qu'une diminution brusque de cet élément si important au moment des époques menstruelles devrait avoir une influence fâcheuse sur la nature du lait et nuire à la santé des enfants. Mais, heureusement, il n*en est rien. En consultant ces observations, dans lesquelles il nous a été possible de répéter plusieurs fois l'examen du lait^ il est facile de voir que ces proportions sont susceptibles de varier sans que les conditions au milieu desquelles vivent les femmes, fuenl changé d'une manière sensible. Ainsi il est trés-rare
de renconirer chez la même ferame le même chiffie de crème à plusieurs jours d'intervalle. Nous ferons en même temps observer ce que nous avons déjà noté dans le cours de ce chapitre, qu'il s'en faut que le chiffre A, le plus bas terme auquel nous ayons vu descendre les proportions de la crème sous l'influence des régies, constitue à proprement parler un mauvais lait. Les enfants des cinq femmes dont nous avons rapporté les observations et auxquels nous aurions pu ajouter l'enfant d'une autre femme (1) dont nous n'avons pas parlée parce que nous n'avons pas été à même de faire des recherches comparatives sur son lait, tous ces enfants jouissaient d'une santé parfaite. Jamais leurs mères ne se sont aperçues de la moindre indisposition au moment des époques menstruelles, et les ont élevés convenablement au point de vue de la frai* cheur et de l'embonpoint, quoiqu'il y en eût dans le nombre qui vivaient dans une profonde misère.
Nous rappellerons surtout, comme étant très-curieuse à cet égard, la femme de l'observation III, qui a élevé un enfant plein de santé et de vigueur quoiqu'elle ait vécu dans la plus profonde misère et qu'elle n'ait pu nourrir que d'un seul côté.
La malade du docteur Letalenet n'est pas moins intéressante. La sécrétion du lait, supprimée d'abord presque entièrement, se rétablit chez elle après trois mois de sevrage. Cette circonstance rend déjà cette observation curieuse, mais ce qui rehausse surtout son intérêt, c'est la coïncidence de la séoré* tion lactée avec le retour de la menstruation, c'est la richesse plus grande du lait au moment de ces époques, c'est enfin le rétablissement complet de l'enfant qui, remis au sein de sa mère au milieu de toutes ces circonstances en apparence aussi défavorables, revint, pour ainsi dire, à la vie, devint plus tard fort et très-bien portant.
Lalouette avait prétendu que les enfants conçus au moment
(i) C'eit i robUfMBoe du D' Gaultier de CUubry que iunu devions ee fidU
168 PHYSIOLOGIE DE Là MENbTBUATIOH.
des époques mcnslrueUcs étaient tous rouges ou écrouelleux.
Nous avons déjà suffisamment combattu cette opinion dans un autre paragraphe; bornons-nouss pour le moment à constater que nous n'avons jamais remarqué que le lait des nourrices menstruées donnât des dispositions au développement des scrofules.
De tout ce qui précède nous pouvons tirer les concl osions suivantes :
l"" Le lait des nourrices qui continuent à être menstruées pendant Tallaitement, ne diffère pas sensiblement, sous le rapport de ses qualités physiques, de sa réaction chimique et de son aspect microscopique, du lait des nourrices non réglées.
L'hémorrhagie menstruelle ne parait pas davantage modifier sensiblement la nature du lait.
2'' La seule particularité que semblent présenter les nourrices réglées consiste en ce que leur lait parait être généralement moins riche en crème pendant la durée de l'évacuation menstruelle que dans Tintervalle des époques des règles.
3"" La continuation des règles chez une nourrice ne semble avoir aucune influence sensible sur la santé des enfants; généralement ils ne se trouvent pas indisposés au moment des règles.
tC" Il ne nous semblerait pas raisonnable de refuser une nourrice par cette seule considération qu'elle continuerait à être menstruéc, les nourrices réglées n'étant pas du tout, toutes choses égales d'ailleurs, moins bonnes nourrices que celles qui ne sont pas menstruées.
5* Eu égard à la surexcitation nerveuse qui accompagne généralement, quoique à différents degrés, les époques raens- Iruelles, on doit surveiller davantage les nourrices menstruées pendant les règles et les mettre à l'abri de toutes les impressions morales vives qui pourraient réagir plus vivement sur le système nerveux des nourrissons.
Depuis 1851, nous n avons plus eu d'occasion de multiplier nos recherches sur le lait des nourrices menslnièes, wM>ig
OVULATION SPONTANÉE. i&9
rezpérience que nous avons acquise par la pratique n'a fait qu'ajouter de la force à nos convictions. Plus d'une fois nous avons vu des nourrices qui étaient réglées au bout d'un certain temps d'allaitement. Toutes les fois qu'elles n'étaient pas malades ou affaiblies, elles pouvaient nourrir, tout étant menstruéesy sans aucun inconvénient ni pour elles ni pour les enfants. C'est à peine si l'on voit quelquefois les enfants devenir plus pâles pendant ces époques.
I TLW, — MéflexionA à pr^p^s de* i^rlnelpaleii mtUuiuen dlrlfféen e«Btre %m Iliéarle BMderBe de to measIrvatieB qol to rall««he à P«y«latioM «pentMiée.
Depuis la proclamation de la nouvelle théorie de la menstruation, différentes objections se sont produites contre elle ; nous avons déjà fait justice de quelques-unes dans le paragraphe précédent, mais il en reste encore d'autres en apparence bien sérieuses, auxquelles nous croyons devoir répondre. Seulement, au lieu de les examiner une à une, ce qui serait fastidieux et sans profit pour la discussion, nous préférons nous livrer à des considérations générales qui pourront servir de réponse collective à toutes les objections passées et même à venir; ceci ne nous empêchera pas de rapporter ensuite les faits qui ont été mis en avant par les critiques, afin qu'on puisse juger de leur valeur. L'esprit se trouvant ainsi préparé à une juste appréciation des faits, il sera plus facile de se prononcer.
Pour se convaincre des rapports de la menstruation avec l'ovulation, il faut faire une étude approfondie du sujet; il faut suivre l'ovulation, comme nous venons de le faire, dans toutes ses phases, et l'étudier comparativement chez la femme et les mammifères domestiques; si l'on ne remplit pas ces conditions, la conviction est impossible. Sans doute, on pourra, par une espèce d'esprit de convenances, croire devoir se ranger du côté des partisans de la nouvelle théorie ; mais alors le moindre fait qui aura l'air d'être contraire n la solidarité de ces deux
tSO PHYSIOLOGIE DI LA MENSTRUATÎOTI.
actes de réconoroie, suffira pour faire nattre le doute; si plus tard d'autres faits de ce genre se produisent, on n'hésitera pas à proclamer bien haut que la théorie est fausse corame toutes les autres, et que tout est à recommencer. C'est ce qui est déjà arrivé pour la nouvelle théorie de la menstruation ; et conn ment aurait-elle pu d'ailleurs échapper h la loi commune concernant la plupart des découvertes physiologiques! C'est qu'il est rare qu'un fait qui est le résultat de l'observation, apparaisse tout d'un coup comme s'il était éclairé à la grande lumière, et qu'il n'y ait pas quelques ombres qui empêchent de voir certaines parties à première vue. Prenons pour exemple un des faits qui marquent incontestablement un des progrès les plus considérables dans la physiologie du système nerveux depuis une trentaine d'années; nous voulons parler de la sensibiliii récurrente. Quelle série de vicissitudes n'a-*t-elle pas traversées avant de devenir un fait acquis pour toujours à la science ! A peine proclamée par Magendie en 1830, elle fut aussitôt niée par d'autres expérimentateurs également habiles, et, ce qu'il y a de plus curieux, niée par Magendie lui-même, qui pendant quelque temps n'arrivait plus dans ses expériences au môme résultat qu'auparavant. M. Claude Bernard, qui a été témoin des résultats contradictoires de Magendie, ne se décida pas cependant à nier de suite, d'après son maître, l'existence de la sensibilité récurrente à laquelle il avait cru sincèrement. En virai savant, il résolut de chercher auparavant, par de nouvelles expériences, la raison de la divergence des deux résultats. Après bion des tfttonnements, après avoir éprouvé bien des déceptions et dos découragements, il arriva enfin à proclamer en principe* la sensibilité récurrente comme un fait physiologique des plus certains. M. Claude Bernard ne manqua pas dç reconnaître que Magendie avait toujours été de bonne foi, aussi bien on proclamant qu*en niant l'existence de ce fait physiologique $i important, seulement il s*e$t convaincu que sa manifestation était suboixlonnée à plusieurs circonstances dont il fallait se euilre uriilra avant de po uvoir le rendre Tisible.
OVULATION 3PONTAN6E. 151
Nous désirerions que le même esprit présidât dans les critiles que pourrait soulever la nouvelle théorie de la menstrua-» »n que nous croyons établie sur des preuves irrécusables. »us dirons volontiers, avec T illustre physiologiste que nous Qons de nomper : « Que des résultats contraires viennent suite à se produire, ils ne détruiront en rien les premiers» et présence de Tincerlitude qu'ils peuvent jeter sur des con-* isions trop affirmatives, le moyen d'arriver à la vérité n'est s de nier les résultats positifs au nom des résultats négatifs, i réciproquement, mais bien de chercher la raison de leur vergence (1). a C'est sous l'impression produite par ces sages nsidérations que nous allons résumer l'état actuel de la ience, quant aux rapports de la menstruation avec Tovula- >n; en même temps nous ferons connaître les principales éjections qu'on a faites et qu'on peut encore faire à la nou^ Ile théorie.
Quant à l'ovulation elle-même, personne, je crois, ne pour* it la mettre en doute. Après tant de preuves que nous avons Msumulées pour démontrer son existence, qui est-ce qui oselit encore douter que les follicules de Graaf et les ovules se iveloppent progressivement depuis la naissance, et qu'à cer ines époques ils acquièrent des conditions de maturité indismsables à la reproduction? On ne pourrait pas douter davange que, sans aucune influence génésique, sans le coït en irticulier, les vésicules mûres se vident à un moment donné, \ qui produit la ponte spontanée.
Mais ce n'est pas tout, il y a encore d'autres points de l'ovution sur lesquels tout le monde parait unanime. Nous voulons urler de la coïncidence de la première manifestation de l'ovu^ tion avec l'époque de la puberté chez la femme, et la coïncieace de l'atrophie des follicules de Graaf avec l'âge auquel agae habituellement le flux menstruel et la faculté de la aproduction.
(1) Claude Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nêr* . Parif, 186t, 1 1, p. 30.
15a PHTSI0L06IB DE LA MENSTRUATION.
Tout est donc pour le mieux jusqu'à préseni; la divergence ne commence que lorsqu'on pénètre plus au fond de la question ; là, quelques phénomènes mal interprétés ont pu faire croire à des exceptions qui ne sont en réalité qu'apparentes. I^'est-il pas certain » par exemple , que c'est précisément & l'époque où la menstruation commence à s'établir, qu'on distingue aussi pour la première fois, dans les ovaires, des caractères anatomiques particuliers, qui indiquent le commencement de la ponte périodique spontanée ?
N'est-il pas également démontré par une foule d'exemples, que chez beaucoup de femmes mortes un peu avant les régies, pendant l'évacuation menstruelle, ou peu de jours après, on rencontre dans les ovaires des modiûcations anatomiques indiquant, soit une rupture prochaine, soit des preuves évidentes d'une déhiscence déjà accomplie?
Peut- on douter de la nature de ces caractères? supposer, par exemple, qu'ils peuvent être le résultat de quelques étals pathologiques et ne pas appartenir à Tovulation? Cela n'est pas possible, car lorsqu'on les étudie avec soin, on trouve entre toutes les parties une véritable succession et la plus grande dépendance; chaque phase s'y trouve marquée par des caractères qui sont constamment les mêmes. D'un autre côté, on retrouve absolument les mêmes évolutions anatomiques dans les ovaires des mammifères aux époques de rut; donc il ne peut y avoir de doute qu'elles se rattachent évidemment à l'ovulation. Nous ferons encore observer qu'à côté de cela on trouve presque toujours en même temps, chez les mammifères, des hémorrhagies, soit dans la cavité vésiculaire, soit sur la muqueuse utérine, soit dans deux endroits à la fois, comme chez la femme. La principale cause de Topposition soulevée par quelques personnes à la nouvelle théorie, c'est qu'on attachait généralement trop d'importance à Vhémorrhagie^ tandis qu'au point de vue de l'ovulation elle constitue un caractère excessivement mobile, variant non-seulement de quantité, mais même de lieu d'élection. Ainsi, chez la truie, c'est l'hé**
OVULATION SPONTANÉE. i5S
morrhagie intra-vésiculaire qui domine ; rintérieur de Tutérus n'y est qu'à Tétai de congestion. Dans Tespèce canine, Thémorrhagie intravésiculaire est ordinairement moins prononcée que chez la truie, mais la congestion de la membrane interne de Tutérus va souvent jusqu'à Thémorrbagie. Dans Tespèce bovine, l'hémorrhagie intravésiculaire est fort rare, et la congestion utérine ne se termine par hémorrhagie que chez les génisses de race, qui perdent habituellement du sang à la fin du rut. On voit à quelles variations est sujette Thémorrhagie intra-vésiculaire et utérine à côté des autres caractères de l'ovulation toujours constants, toujours les mêmes. Comment s'étonner alors que quelque chose de semblable arrive dans l'espèce humaine; que Ton voie, par exemple, certaines femmes perdre beaucoup de sang à l'époque de l'ovulation spontanée, tandis que d'autres en perdent fort peu, et qu'il y en a même qui n'ont jamais payé ce tribut mensuel extérieur de lenr sexe? Tout ceci a-t-il jamais empêché de rencontrer après la mort, dans les ovaires, des preuves anatomiques certaines et constantes de différentes périodes de Tovulation?
En nous occupant de la première éruption des règles, nous avons eu soin de faire remarquer que la première maturité et la première déhiscence spontanées des vésicules de Graaf n'entraînent pas nécessairement après elles une éruption immédiate des règles ; que celle-ci peut être ainsi précédée de plusieurs déhiscences avant de se déclarer. Or pourquoi ce qui a lieu une fois ou plusieurs fois ne pourrail-il pas arriver pendant longtemps et même toujours? Je crois qu*il ne faut pas plus de malice que cela, pour se rendre compte de ces exemples tout à fait exceptionnels, où Ton avait trouvé dans les ovaires de femmes qui n'avaient jamais été réglées de leur vie, des marques irrécusables de l'ovulation. 11 est donc inutile de se servir de pareilles armes pour attaquer les rapports, si bien établis d'ailleurs, entre l'ovulation et la menstruation. Ces exceptions ne font que prouver une fois de plus que Thémorrhagie est un phénomène subalterne, quoique le plus ap -
18& PHTSIOliOGIB DB LA M^NSTRUATlOIf.
parent des époques menstruelles, mais elles n^infinneiit an rien la théorie nouvelle.
En voilà déjà assez de raisons plausibles pour justifier U nouvelle théorie des attaques s*appuyant sur Tabsence des régies malgré la marche régulière de Tovulation* D'autres ont cherché à ébranler la confiance qu'elle inspirait» en meltapt en avant des faits dans lesquels on avait remarqué la continualion du flux mensuel jusqu'au dernier moment, cbe« des femmes dont les ovaires n'offraient ensuite aucune trace d'ovulation récente, ou étaient complètement atrophiés ou désor* ganisés,
11 n'y a pas le moindre doute qu'en examinant beaucoup d'ovaires appartenant à des femmes bien réglées, mortes de maladies aiguës de peu de durée, ou par accident, on peut être sûr de rencontrer presque toiyours une véritable gradation dam les caractères anatomiques de l'ovulation. Généralement, il est possible d'y rencontrer les caractères de la dernière époque, même ceux de l'avant-dernière. Mais la rapidité avec laquelle tout cela se trouve habituellement résorbé, est telle, que, à moins d'avoir une très-grande habitude de ces recherches, on ne peut guère distinguer ce qui a pu s'y passer trois ou quatre mois en arrière. Dans cet état des choses, on peut facilement se sentir disposé à conclure qu'il n'y a pas de rapport entre l'ovulation et la menstruation. Que la maladie qui a occasionné la mort ait été assez longue, et que la malade ait eu, dans les derniers moments, un peu d'hémorrhagie par les organes sexuels, et ces conclusions paraîtront on ne peut plus légitimes ; le temps aura contribué davantage à effacer les traces des dernières époques, et l'hémorrhagie qui ét^it venue par hasard, cette sorte d'épistaxis utérine, comme le dirait M. Gubler, sera confondue avec la véritable menstruation.
Mais, d'un autre côté, il faudrait se garder de prétepdre que tout est on ne peut plus clair dans la nouvelle théorie, que nous en connaissons parfaitement tous les éléments et qu'elle ne puisse pas avoir, même des appareocea, qootre
OVDLATION SPONTANÉI. 1&5.
elle. Ce serait, en vérité, râver quelque oboge de trop beau; pour la théorie de l'ovulation, quelque obose qui n'était jamais encore arrivé pour aucun fait physiologique des mieux oon-* tiatés aujourd'hui. C'est pourquoi, nous ne saurions trop re« commander de suivre le conseil de M. Claude Bernard, que nous avons rappelé tout à Tbeure ; au lieu de chercher à attaquer la théorie à l'aide de quelques exceptions, cherchons à nous rendre compte de leur raison d'être, et nous arriverons i connaître la vérité.
Est*il, par exemple, bien démontré que la ponte spontanée s* opère chez la femme tous les mois? Que chaque hémorrba-* gîe soit une preuve incontestable de la débiscence préalable d'une des vésicules? Sans doute, comme nous venons de le dire encore*tout à Tbeure, l'examen des ovaires semble autoriser cette supposition* mais parce que cela arrive généralement, ce n'est pas encore une raison pour que cela se répèle constamment tous les mois. Les vésicules de Graaf, arrivées au degré de maturité en rapport avec la reproduction, pourraient ne pas franchir tout d'un couples derniers échelons qui appartiennent à la débiscence même, mais rester stationnaires, en attendant un degré plus élevé d'excitation pour se débarrasser de l'œuf. Cet état ne pourrait-il pas suffire déjà pour provoquer un peu d'hémorrhagie utérine? La même chose ne pourrait-elle pas quelquefois continuer, pendant plu«* sieurs époques consécutives sans que les vésicules et même l'utérus subissent ces transformations qui constituent les der^ niers degrés de l'orgasnie ovarien et les caractères de la débiscence? Tout cela n'est pas impossible. La femme porte en elle une disposition naturelle aux hémorrhagies par les organes sexuels; la moindre excitation générale, comme, par exemple, un peu de mouvement fébrile, une excitation locale, comme le coït, des injections plus ou moins stimulantes, sufli* sent souvent pour faire naître une bémorrhagie utérine de plus ou moins de durée. A plus forte raison celle-ci devrait-elle pouvoir se déclarer à l'occasion de l'orgasme ovarien com-
inençant, qui, quoique moins fort qu'au moment de la déhiscence, peut déjà suffire à cela, surtout étant secondé parViiih mense influence de l'habitude et de la périodicité.
En voilà donc une explication toute prête de certains faits en apparence exceptionnels* dans lesquels, chez les femmes bien réglées jusqu'au dernier jour, on pourra ne pas rencontrer de traces de déhiscence spontanée dans les ovaires. En dehors de toute incitation provenant de rovulalion^les femmes peuvent avoir des hémorrhagies périodiques qu'il faudrait se garder de prendre pour la véritable menstruation. Cela se voit à tout flge, aussi bien chez les jeunes filles que chez les femmes âgées après l'extinction de cette fonction. Bien des femmes ont ainsi de ces hémorrhagies périodiques pendant plusieurs années après l'extinction de l'ovulation. Parce qu'on a eu le tort de considérer ces hémorrhagies comme le flux menstruel, il ne faut pas, au moins volontairement, aggraver sa position et en conclure que la menstruation est indépendante de l'ovulation. La périodicité n'est pas un attribut exclusivement propre à cette fonction ; elle constitue en quelque sorte la loi générale des fonctions organiques et de tous les actes de la vie, aussi bien en santé qu'en maladie; partout à l'action succède le repos, et ainsi de suite. Aussi l'habitude est-elle trèsfacile à prendre, même dans les actes les plus indépendants de la volonté; la digestion, la miction, diverses sensations, le sommeil, etc., etc., nousen donnent tous lesjours des preuves. . Il n'est pas rare de voir des hémorrhagies sexuelles et d'autres se reproduire périodiquement. Cela tient tantôt au génie particulier de la maladie, tantôt au retour d'une cause occasionnelle quelconque, souvent à peine perceptible, tantôt, enfin, à reflfet de l'habitude. Cette dernière influence parait jouer un grand rôle dans les retours de l'hémorrhagie aux époques de la ponte spontanée. Le docteur Kœberlé, qui a eu l'occasion de pratiquer un grand nombre d'ovariotomies, a vu, chez une malade, le sang reparaître deux fois de suite mensuellement après Topération. L'auteur du Didionnaire encycli^kidique^
li rapporte ce fait, suppose que l'opérateur a dû laisser une >rUon des ovaires dans l'abdomen. Nous croyons celle sup- >siiion inutile, surtout en présence de l'habileté connue du lirurgien. L'habitude contractée pendant longtemps de ^rdre du sang périodiquement par les organes sexuels suffit nos yeux pour rendre compte de cette parlicularilé, assez ire d'ailleurs, puisqu'on ne Tavait remarquée qu'une fois sur 1 grand nombre d'opérations pratiquées. La disposition à Intermittence est si grande chez certaines personnes, que le toindre prétexte suffit pour reproduire les faits qui s'étaient èjà passés, avec plus ou moins de régularité. Bien des per* mnes ne peuvent pas être dérangées une nuit par des cliques, sans que la nuit suivante elles ne se sentent réveilieSy à peu près à la même heure, par des sensations ana« >gues, auxquelles une ferme volonté peut seule porter une ésistance efficace.
Gall a cru remarquer que tous les hommes, surtout ceux ai sont arrivés à un certain âge, étaient sujets à éprouver des érangements périodiques mensuels; que leur teint devenait, tar exemple, plus terne, l'haleine plus forte, la digestion plus iborieuse, qu'ils éprouvaient un malaise général, de la dispoition à la mélancolie, de l'irascibilité insolite, et que toutes ces Qodiûcations persistaient habituellement quelques jours et se lissipaient d'elles-mêmes pour recommencer un mois après (1 ) .
Il n'y a donc rien de forcé lorsqu'on invoque la disposition laturelle de l'économie aux retours périodiques de différents phénomènes, et l'habitude, pour rendre compte de certains lux sanguins se répétant périodiquement pendant quelque emps, malgré Tatrophie ou une oblitération profonde des ivaires. Les faits de ce genre ne détruisent en rien l'intimité les rapports qui existent, à tant d'autres titres, entre l'ovulaion et la menstruation proprement dite.
Noos croyons avoir résumé, dans cet article, tous les cas
(1) Micliel Lévy, Trailé d'AyyièiM, e(c., A« édiU Paris, 1862, 1. 1, p. 127.
158 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATIOll.
qui peuvent se présenter dans la pratique avec des apparences contraires à la nouvelle théorie de la menstruation. Mais avant de faire passer sous les yeux des lecteurs quelques faits, les plus importants parmi ceux qui ont été mis en avant dans rinten* tion de combattre cette théorie, nous croyons devoir insister de nouveau sur la condition que nous avons déjà signalée, et qu'il est indispensable de remplir, quand on veut connaître an juste Tétat des ovaires, c'est la manière d'ouvrir ces organes pour les examiner. Comme nous Tavons déjà dit, la plupart do tempS; on ouvre les ovaires par le milieu, comme on le fait habituellement pour les reins; c*est une mauvaise méthode, qui ne permet pas déjuger du nombre et de la disposition dei follicules de Graaf. Il faut se représenter l'ovaire comme étant forméde deux couches juxtaposées dans toute la circonférence; c'est entre ces couches que se trouvent disséminés les follicules. Pour les apercevoir et juger de leur nombre et de leur état, il faut décortiquer^ pour ainsi dire, l'ovaire; l'incision horizontale, passant par lo milieu, laisserait nécessairement la plupart des follicules en dehors. Nous sommes persuadé qae c'est la source de beaucoup d'erreurs dans l'appréciation de l'état des ovaires.
M. le docteur Giraudet publia, en 1858, un article dans la Gazette des hôpitaux (1), dont la principale conclusion esl que de toutes les théories proposées pour l'explication de la menstruation, y compris la théorie de l'ovuktion, aucune^ prise à part y n'est vraie; toutes ^ prises ensemble^ ne lesmU pas davantage.
Voici la liste des faits, ils sont au nombre de seize, que 11. Giraudet oppose à la théorie nouvelle; toutes ces objections sont, en apparence, graves, mais nous avons trop de confiance dans l'esprit distingué du savant professeur de l'École de médecine de Tours pour ne pas espérer, qu'après avoir lu notre ouvrage, il voudra bien atténuer les sévères conclusions
(i) E. Giraudet, Dû la valeur des théories dans VexpUcaUtm des causes 4» la 0i0i»j<nHilKm.
OWLATWN spoktaïiêk. 159
5 son réqaisitoire contre la théorie de l'ovulation que nous )as flattons avoir mise, par nos travaux, hors de toute contes^ rion sérieuse.
c En me décidant à publier des observations dont les résuU ts sont en opposition avec des opinions admises, je n*ai fait l M.Girandet, que céder au besoin que j'éprouve d'interroger ! temps en temps les éléments qui ont pu servir de base à telle I telle théorie, d'examineren quoi ils sont conformes ou oppos aux doctrines qui en sont l'expression. Cette méthode est, imme tout le monde sait, celle à laquelle on doit les investiliions les plus remarquables de la science et les progrés réels 5 ces derniers temps ; du reste, je n'ai voulu parler que de ^ que j'ai vu.
* J'ai divisé, pour plus de clarté, mes observations en plueurs catégories; la première comprend un certain nombre i faits recueillis par moi à l'hôpital de Tours. Dans cette série i cas, la menstruation avait toujours été régulière et norale, malgré la présence d'altérations graves des ovaires renint l'ovulation impossible.
> Dans la deuxième catégorie» les ovaires étaient sains; ils ntenaient des vésicules de Graaf à leurs diverses périodes évolution, et cependant il n'y avait pas de menstruation de*^ lis un temps plus ou moins long.
» Dans une troisième catégorie, que je publierai plus tard, rapporterai des faits de pathologie et de physiologie corn-* ifées dans lesquels l'ovulation ne coïncide pas davantage ni une manière plus absolue avec l'époque du rut. » 1" GATÉGORiB.*^Ot7atfe5 altérés dans leur structure de ma^ éru à rendre t ovulation impossible; menstruation régulière. • A. Louise D. «M célibataire, sans enfants, âgée de quarantelit ans, entrée à l'hôpital pour une dysenterie, morte le \ novembre 186A; la menstruation était régulière depuis Ige de diX'huit ans.
I Â l'autopsie^ nous trouvâmes les ovaires réduits au volume on haricot entièrement cartilagineux; ils ne contenaient au-
160 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATlOfl.
cune trace de corps jaunes, ni de cicatrices; utérus à Télat normal.
> fi. Clémentine G..., célibataire, âgée de dix-huit ans; réglée depuis deux ans; entrée à l'hôpital pour une dooble pneumonie, à laquelle elle succomba le U février 1855.
» A Tautopsie, les ovaires étaient pleins d'un liquide purulent, contenu dans des kystes multiloculaires ; absence de vésicules de Graaf et de corps jaunes.
» Utérus à l'état normal.
> G. Françoise L..., quarante -deux ans, mariée, sans enfants; entrée à l'hôpital atteinte d*une péritonite; morte quelques jours après son admission, le 7 mars 185i.
> L'ovaire gauche était transformé en un kyste hémaliqae assez volumineux, dont les parois étaient ossiGées sur plusieurs points; l'ovaire gauche était le siège d'ossifications nombreuses; absence de cicatrices et de corps jaunes.
> La menstruation était régulière depuis l'âge de quatorze ans.
> Utérus à l'état normal.
» D. Sophie Mich..., âgée de trente-huit ans, mariée, sans enfants; entrée à l'hôpital pour une brûlure considérable, morte le 12 février 1855.
B Les menstrues avaient cessé quelques jours avant la mort; l'ovaire gauche était entièrement cancéreux, ainsi qu'une grande partie de l'oviducte du même côté; l'ovaire droit, fort petit, ne présentait aucune trace de corps jaunes, mais il y avait d\incienncs cicatrices; un petit polype longuement pédicule adhérait à la cavité intérieure de l'utérus.
> E. Anne Rieb. . . , âgée de cinquante ans, mariée, ayant en plusieurs enfants, mourut à Thôpital, le Qnovembre 185A, d'une tumeur cancéreuse du péritoine et des appendices deTatérus.
» Cette femme avait toujours été réglée, les ovaires n'existaient plus; Tutérus, atteint seulement dans sa partie supérieure, ne donnait |>assage à aucun écoulement.
> F. Alùre-Maric Chaut.. . , trente-huit an», mariée» sans eor
nts; règles normales jusqu'à l'époque de son décès à l'hôpital^ 8 septembre.
» L'autopsie nous fit voir, dans l'épaisseur de tout l'ovaire *oit, un épancbement d'une substance blanchâtre coagulée, frant tous les caractères des matières albuminoïdes. I L'ovaire gauche était fort petit ; il présentait d'anciennes catricesy mais aucune trace de vésicules ni de corps jaunes. » Les oviductes étaient hypertrophiés , l'utérus à l'état )nnal.
I G. Harie-Élise ..., seize ans, célibataire; entrée le2& no-' ^mbre pour une lièvre typhoïde, morte le 16 décembre 1865. » Cette jeune fille était réglée depuis l'âge de treize ans et uni; ses ovaires étaient lisses et fort petits, sans aucune )parence de corps jaunes ou de cicatrices. L'utérus à l'état irmaL
» H. Une femme âgée de quarante-trois ans, mariée, ayant osieurs enfants, morte le 5 avril 1853 d'une péritonite.
> La menstruation était irrégulière depuis plusieurs mois.
> L'ovaire gauche était remplacé par une tumeur composée i divers éléments, d'un poids de & kilogrammes, ayant 25 iotimètres de largeur sur 20 de hauteur et 15 centimètres épaisseur.
> L'ovaire droit, fort aminci, avait contracté des adhérences rec cette tumeur ; il offrait des traces d'anciennes cicatriceSf AU aucune vésicule ni corps jaunes.
> Utéras légèrement hypertrophié.
» L Une femme, âgée de quarante ans, fut amputée de la mbe au mois de mars 1857, pour une tumeur cancéreuse; le avait toujours été menstruée régulièrement; elle l'était aelques jours encore avant l'opération, à laquelle elle suc* )mba des suites d'une résorption purulente.
» L'autopsie permit de constater deux ovaires complètement égénérés, renfermant des kystes de diverse nature ; le tissu lin des ovaires n'existait plus. Utérus à l'état normal; oviductes hypertrophiés. >
BAOtOftSU. 11
2* CATÉGORIE. — Ovaires à l'état normal; menstruation tmlk, « A. Louise Lamb..., âgée de vingt-deux ans, fille soumise depuis six ans, morte le 10 septembre 185i à la suite d'une dyssenterie; cette fille n'était plus réglée depuis trois ans-, avant celte époque, elle avait fait plusieurs fausses couches.
> Les deux ovaires offraient des vésicules de Graaf à leurs diverses périodes d'évolution, ainsi que des cicatrices récentes et des corps jaunes.
i> Les oviductes étaient oblitérés au niveau des pavillons; utérus à l'état normal.
1 B. Une fille de quarante-huit ans, dite la Malaisée, n'ayant jamais eu d'enfants, entrée à l'hôpital pour une fièvre typhoïde à laquelle elle succomba ; ses régies n'avaient pas paru depuis plusieurs années.
> Â l'autopsie, une vésicule de Graaf, de la grosseur d'une petite groseille, faisait saillie à la surface de l'ovaire gauche; à côté on voyait une petite cavité remplie d'un coagulum sanguin nageant dans de la sérosité légèrement colorée; le reste de l'ovaire, ainsi que celui du côté droit, contenait des corps jaunes et des cicatrices plus ou moins récentes.
» Utérus à l'état normal, si ce n'est que la lèvre antérieure avait été détruite par une ulcération.
1 G. ÂlexandrineL,.., âgée de onze ans, succomba aux suites d'une méningite.
I Gette jeune fille n'avait pas encore été réglée; ses ovau^, volumineux pour son âge, étaient à l'état sain; ils pressentaient des vésicules de Graaf, des corps jaunes et des cicatrices an* eiennes.
» L'utérus était fort petit relativement à la grosseur des ovaires.
> D. Marie L..., âgée de dix-neuf ans, morte d*une aflTection du foie le 28 décembre 1866.
> De même que la précédente, cette fille n'avait pas encore été menstruée, bien que ses ovaires fussent en plein travaO d'ovulation, et cela depuis longtemps, si Ton peut en juger parle
lombre et l'aspect des corps jaunes et des cicatrices donl ils taient couverts.
1 Utérus sain, d'un volume ordinaire.
9 E. Eugénie Baill... y trente ans, fille soumise depuis quatre ins, ayant succombé à une péritonite tuberculeuse ; non réglée lepuis plus de cinq ans.
> Les ovaires étaient parfaitement sains, ils] offraient des vésicules de Graaf, des cicatrices et des corps jaunes.
» F. Marie-Louise Mam..., célibataire, âgée de quarante-cinq ms, entrée à l'hôpital pour une tumeur blanche du genou, lont elle mourut.
» Cette fille avait été réglée pendant quatre années seulement, de dix-huit à vingt-deux ans.
> Les ovaires remplissaient encore leurs fonctions, ils étaient Bains ainsi que l'utérus.
> 6. Zulma Mar..., âgée de trente-huit ans, célibataire^ morte hydropique le 16 octobre 1853.
)) II y avait absence des règles chez cette femme depuis trois ans.
> Les ovaires étaient sains.
> L'oviducte droit était oblitéré par un épanchement fibroplastique assez adhérent; calculs dans l'oviducte gauche.
» Le reste de l'utérus à l'état normal.
I J'aurais pu multiplier ici les faits de ce genre, en empruntant aux dernières publications des observations analogues, si je n'eusse craint de fatiguer l'attention par des redites continuelles.
y Je ne m'arrêterai pas aux combinaisons que l'on a voulu faire de quelques théories entre elles; puisque aucune prise à part n'est vraie, toutes prises ensemble ne le sont pas da-> vantage. >
Nous avons attendu en vain, jusqu'à présent, la publication du travail promis par M. Giraudet, dans lequel ce médecin distingué se proposait de prouver que l'ovulation ne coïncide
i6& PHYSIOLOGIE DE Là MENSTRUATION.
pas plus avec les époques de rut qu'avec la rnenstruaiion. Tout nous Tait craindre que l'auteur n'ait éprouvé, sous ce rapport, une véritable déception. Quand il s'agit de Thémorrhagie menstruelle, il est Tacile de confondre avec elle différentes hémorrhagies qui lui ressemblent. Mais il n'en est pis de même des symptômes de rut. Ils sont tellement caractérisés qu'on ne peut jamais les confondre avec autre chose. Leur caractère dominant, d'ailleurs, est la disposition aux rappro€h^ ments sexuels, que les animaux repoussent en général obstioément quand ils ne sont pas en rut. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels qu'on a vu certaines espèces de vaches accepter le taureau, étant déjà en état de gestation, ou d'autres femelles de mammifères se laisser couvrir par le mâle en dehors le rut. Nous sommes donc persuadé que nous serons privé encore longtemps de la seconde partie du travail de M. Giraudet, et si, contre nos prévisions, l'auteur se décidait à la publier, ce serait, je crois, la meilleure condamnation de sa doctrine.
Passons à un autre fait qui a été publié par Âran, comme étant également en opposition avec la nouvelle théorie.
Rien de plus curieux que d'entendre raisonner sons l'influence d'une idée préconçue. Il arrive souvent que des hommes d'un esprit fort distingué d'ailleurs, et le fait que nous allons citer pourra en servir de preuve, subissent alors rinfluence d'une sorte de vertige qui ne leor permet pas de distinguer les choses on ne peut plus claires pour tout le monde.
Aran parle d*une jeune fille de dix-sept ans qui n'a été réglée qu'une seule fois à Tâge de quinte ans, et qui, depuis* n avait jamais perdu de sang par les organes sexuels. Celte jeune tille vint mourir à Thdpital Saint-Antoine. .4 tmOopsu^ ttfi Iruiie^i Us 0Viùrts a^imi ie coimne iTune peiiie amande^ tifsfts H fotis (j /a cmr/Wtr, ^om^p Irviees de àcairices. Ajoutons A cela que la jeune liUe avait les seins pen déve-
Pour tout le inonde, ce fait eût été un des plus concluants faveur de la théorie qui fait dépendre la menstruation des lireSy et en particulier de l'ovulation. Q n'en a pas été de ïme pour Aran, qui avait de la peine à se décider d'adopter ncheroent et sans réserve nos idées li-dessus. La jeune 6 dont il est question avait éprouvé, nous dit-on, tous les lis, des symptômes de molimen dans le bas-ventre que l'on snait, ce qui était parfaitement excusable, pour le molimen mstruel. L'autopsie a démontré qu'on s'était trempé dans Lte appréciation. En effet, les ovaires n'avaient présenté cune trace de congestion, mais il y en avait beaucoup du té de la vessie, où Ton a trouvé des ecchymoses, voire Ime des foyers sanguins dans l'épaisseur des parois. Tout la rendait très-bien compte des accidents éprouvés par la adade pendant les prétendus molimens menstruels; c'était, ; effet, des douleurs en urinant, des envies fréquentes d'uri- T ou la rétention d'urine, ayant donné lieu, à la fin, aux cidents cérébraux, conséquence de l'urémie, qui n'avaient écédé que de quelques heures le moment fatal. Il était naturel de supposer que, en présence des altérains anatomiques rencontrées à l'autopsie, Âran aurait rennu qu'il s'était trompé sur la nature des souffrances éproues par la malade. Bien loin de là, cet esprit si distingué us tous les rapports, continua, malgré cela, de considérer s douleurs abdominales ressenties par la malade, à des inrvalles plus ou moins réguliers, comme les symptômes du olimen menstruel, et, de là, de se récrier : c Chose fort ibarrassante pour les partisans de la théorie de l'ovulation, ispect lisse et uni de t ovaire excluait toute idée de ponte ulaire récente (1). >
Oui, Taspect lisse et l'atrophie des ovaires excluent cerlaiment l'idée de l'ovulation ; aussi cette idée ne se serait-elle ésentée à personne autre, en face des lésions si graves de la
;i) Ana, Leçons iur la màladief de VvtéruSf p. 300.
100 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTBUàTlON.
vessie, qui rendaient bien compte des symptômes éprouvés pendant la vie, quoique, jusqu'à un certain point, on était excusable de les avoir attribuées aux organes sexuels, à came de leur proximité.
Comme nous Tavons dit, n'ayant voulu répondre qu'au objections provenant des hommes les plus sérieux, ce que nous venons de dire peut nous dispenser de nous occuper d'autres critiques.