‹ Traité de la menstruation; ses rapports avec l'ovulation, le fécondation, l'hygiène de la puberté et de l'âge critique, son rôle dans les différentes maladies, ses troubles et leur traitementChapitre 16 sur 38 · GEOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

GEOGRAPHIQUE

TElfPERATURE

MOTIMNE ANNUELLE

43« 60' 390 au 430 450 4^ 45" 460 29' 48" 480 50' 13" 490 26' 29" 510 31/ 480 13' 480 35/ 510 32/ 580 29' 550 41' 520 13' 520 30' 590 21' 590 21' 550 48' 68»

iOo,l

' etc., einon iô anê, etc., comme l'avait indiqué rauleur.

ÊPOQOE OB Lk POBERTÉ EN GÉNÉRAL. 201

siblement des croyances généralement répandues à cet égard, mais comme ils sont basés sur des statistiques qui inspirent toute confiance, on peut les considérer comme exacts. Nous n'avons qu'à nous féliciter d'avoir provoqué des recherches statistiques de ce genre dans plusieurs pays étrangers sur les* quels la science ne possédait pas encore de documents authentiques. Le concours intelligent et bienveillant que nous avons rencontré partout chez nos honorables confrères sera toujours présent à notre souvenir , et ce sera pour nous un grand encouragement pour l'avenir.

V altitude ou la longitude jouent-' lies quelque rôle parmi les causés qui influent sur r époque puberté? — L'altitude est une des conditions importantes uans l'existence des êtres organisés. Pour ne parler que des végétaux, où cette influence est plus facile à démontrer, sa coopération y est quelquefois si manifeste, qu'elle dispose de l'existence de certaines espèces en posant des limites à leur maturité et à leur reproduction.

En Suisse, on trouve encore des cerises en plein vent sur le Rigi à Unter-Daechli, qui est élevé a 95S mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que, pour avoir des cerises, les capucins du couvent de Marie à la neige ^ situé à 1 310 mètres audessus de la mer, sont obligés de planter les cerisiers en espalier. Les noyers disparaissent vers 800 mètres. Le châtaignier n'existe plus à 780 mètres (1). Des circonstances locales particulières, le mode d'exposition par rapport au soleil, peuvent ensuite modifier plus ou moins ces résultats.

Il ne nous parait pas du tout impossible que l'économie animale puisse ressentir également quelques effets de la part de Taltitude, dans les fonctions qui se rattachent à la reproduction et, en particulier, dans la menstruation. D'après les renseignements que nous devons à M. le docteur Magnus Huss,un

(l)KaeinU, Cown complet de météorologie, trad. parCh. Martios. Paris, iS43,

202 PHTBIOLOOIE Dl LA IIIMSTRCATIOli.

des médecins les plus distingués de Stockholm, le docteur Wretbolm, qui a résidé en Laponie pendant huit ans, en qualité de médecin désigné par le gouvernement, lui aurait affirmé que quand la femme laponne demeure dans la Laponie pro* prement dite, et quand elle passe sa vie sur les montagnei, l'éruption des règles n'a lieu chez elle ordinairement que daas sa dix-huitième année, c'est-à-dire deux ou trois ans plus tard que chez les Suédoises, c Toutefois, cela tient si peu, dit cel habile observateur, à son organisation particulière, qu'elle n'a qu'à quitter les montagnes dans sa jeunesse, cesser la vie nomade, aller se flxer dans la proximité des côtes maritimes, ou même passer sa jeunesse en Suède pour que la première éruption des règles se fasse chez elle comme chez les femmes de ce dernier pays (1). »

On ne peut pas disconvenir que le témoignage d'un homiii^ aussi éclairé, qui a exercé la médecine dans le pays mème,pea« dant huitans, doive être pris en considération. Quoi qu'il en soiif nous nous méfions tellement de toutes les assertions de ce genre, lorsqu'elles ne reposent pas sur des relevés statistiques, que malgré la plus grande honorabilité du caractère des personnes qui racontent ces faits nous n'oserions pas encore eu garantir l'exactitude.

Parmi les différents pays auxquels nous avons fait nos recherches sur répoque de la puberté, Madrid offre l'altitude relative la plus élevée, puisqu'elle est de 068 mètres au-dessus de la mer. Il ne serait pas impossible que ce fût là une des principales causes de l'élévation relative du chiffre correspond dant à l'dgede la puberté chez les femmes du peuple à Madrid et dans les provinces voisines. Rappelons-nous en effet que Madrid est situé sous AO"* 26' de latitude; que sa température annuelle est de iA*" 02'; et pourtant la moyenne de Fige de la puberté correspond, à Madrid, à quatorze ans six mois et sept jours, et dans les provinces situées entre 39* et 43% elle

(1) Raciborski, De la puberlé et de VOge critique, — Paris, 1844, p. il.

Ê90QIUI M tk PtJiftRTÉ m OtniRAL. SOI

correspond même à quinze ini piâiés. A Paria, au contraire, ]oi a A8°50' de latitude et seulement 11%67 de température itmueUe thermométrique» la moyenne de la puberté correswnd à quatorae ani sept mois. La différence que présentent, Kms ce rapport, ces deux capitales, ne se laisse justifier ni mr la différence dans leur température thermomélrique an^* lueUe, ni par la latitude géographique, et il faut évidemment m chercher ailleurs la cause.

C'est une question qui demande encore à être étudiée; les slalisiiciens ne perdraient pas du tout leur temps, en consacrant leurs recherches à recueillir pour cela des matériaux, dont là science est, jusqu'à présent, à peu prés complètement privée. Le docteur L. Mayer, de Berlin, essaya d'aborder ce sujet diflBcile dans ses tableaux statistiques adressés au Congrès médical international de Paris ; il conclut mémei d'après cette tentative, que l'âge de la première éruption des règles est en raison directe de l'altitude. Cette conclusion parait assez justifiée par la théorie ; on sait, en effet, qu'à mesure qUe l'altitude augmente, la température baisse : il paraîtrait alors naturel que Fâge de la puberté fût aussi en même temps plus élevé. Mais les faits sur lesquels repose l'opinion du docteur Mayer sont loin d'être concluants. L'auteur prétend , après avoir exploré plusieurs localités montagneuses peu éloignées l'une de l'autre, qu'au-dessous de 100 pieds de roi, la puberté correspond àl&,68; de 100 à 200 pieds, à 15,21; de 200 à 300, à 1&,89; de 300 à ikOO mètres, à lA,79t et de AOO mètres et plus à 15,88. La différence que présentent entre eux les degrés ci-dessus indiqués de l'altitude n'est pas d'abord assez forte pour que l'époque de la puberté puisse s'en ressentir. Aussi M. Mayer n'a-t-il trouvé , sous ce rapport, que des variations insignifiantes, et Ton ne sait vraiment ce qui a pu les lui faire attribuer plutôt à une différence dans Tallitude qu'à toute autre cause? 11 n'y a rien d'étonnant, après cela, que l'âge de la puberté, qui a semblé d'abord subir l'influence de l'altitude, et s'élever entre 100 et 200 mètres, soit retombé ensuite, entre

20& PHTSI0L06U DB Là MBMSTlUATIOIf.

200 et AOO mètres et qu'il n'ait même pas resté où il était, i 15,21, mais qa'il soit descendu à li,79 ou li^SQ.

Encore une fois, nous croyons sincèrement qae Taltitude peut intervenir pour son propre compte parmi les modifications que subit, dans les différents lieux, l'époque de la puberté. Mais que peut-elle faire, au total, à côté d'autres influences que nous connaissons déjà ou que nous allons étudier incessamment, dont le rôle est des plus manifestes? Gommait dégager sa part d'action de celle du climat, de la nourriture et de la position sociale? Si, comme tout le fait présumer, son influence doit être en raison directe de l'élévation, il n'y a p» de doute qu'elle ne pourrait que mieux accentuer dans les montagnes les effets défavorables d'un climat froid et d'une mauvaise nourriture. Mais s'il lui fallait lutter contre les tendances favorables du climat et du régime, elle ne pourrait probablement pas changer beaucoup au résultat, et souvent même son intervention pourrait passer inaperçue. Pour arriver à avoir quelques données là-dessus, il faudrait commencer par examiner comparativement l'âge de la puberté dans les . plaines situées au pied des montagnes avec celui des femmes 1 qui habitent les parties très-élevées.. La plupart d'autres conditions étant alors des deux côtés, analogues, on pourrait attribuer, jusqu'à un certain point légitimement, à l'influence de l'altitude ce qu'il y aurait de différent dans l'époque de la puberté. Mais la science ne possède pas de matériaux suffisants pour cela; on sent le besoin de nouvelles études.

Toutes ces réflexions peuvent être appliquées, en grande partie, à l'influence de la longitude ; n*ayant rien à dire de plus positif à son égard, nous allons passer à l'examen de qadques autres modificateurs dont Taciion est infiniment plus sensible et dont il nous sera plus facile de constater les effets.

■1. — me VÈmMuemee de ré«ae«ll«B, fàa régime allneatolre el ûe i mmeUde em ^émérmM, «m* Tépo^ae «• I» pokerié. ^ VlVé* eatre îem Jevaes fliles des sr^Bd^* ▼mes el des caif^agncs.

Chercher à connaître Tinfluence de réducation, du régime oientaire et de la position sociale sur l'époque de la première iption des règles, n'est pas du tout poser un de ces pro- (Odes impossibles comme on en a vus quelquefois dans les ivaux relatifs à l'emménologie. Il ne nous coûte nullement idmettre à priori la réalité de ces influences, quand, tous jours, nous voyons de très-grandes variations sous le rapri de différents actes qui se rattachent à la reproduction de spèce chez les animaux, selon qu'ils vivent à l'état sauvage à l'état de domesticité, selon qu'ils sont en liberté à côté s individus de l'autre sexe, ou en esclavage, sevrés complédent des impressions sexuelles du dehors. Mais quelle que isBe être la probabilité à cet égard, c'est toujours aux faits 11 faut s'adresser pour qu'ils prononcent ce qu'il y a là lans de réel. Avant tout, il faut bien convenir de ce que 18 devons entendre, dans l'espèce, par l'éducation. Il ne faulit pas supposer que nous avons la prétention d'apprécier floence de toutes les nuances dans l'éducation et l'instruction

peuvent exister parmi les jeunes filles de la classe aisée de société. Il ne faudrait pas qu'on s'attendit à nous voir,

exemple, chercher à éclairer par des tableaux statistiques questions comme celles-ci : si les jeunes filles qui ont aps la danse sont plus précoces en fait de menstruation que es qui ne l'ont jamais apprise, ou si celles qui connaissent langues étrangères ont été formées de meilleure heure ) celles qui ne connaissent que la langue de leur pays, etc. le supposition est loin d'être gratuite ; il y a eu des auteurs i croyaient sincèrement travailler dans l'intérêt de la science, poussant la curiosité jusqu'à vouloir savoir lesquelles des oxy les brunes ou les blondesi arrivaient les premières à marite. Dernièrement encore» on a pu voir parmi les différents

2M PBT8I0L0GI1 DE Là MENSTIUATIOH*

documenls adressés au Congrès international, sur la nfienslruation, des tableaux statistiques qui s'occupaient de la solution de ce problènne. Mais nous ne nous laisserons pas aller à la tentation, et nous ne nous occuperons pas davantage de ces questions que nous ne nous sommes occupé de l'influence de la taille, de la couleur de la peau, des éphélides et d'antres futilités ejusdem farinœ.

En parlant de l'éducation, nous ne nous préoccuperons en aucune manière de diiTérences individuelles, mais nous enfisagerons des classes entières de population, vivant au milieu des conditions physiques et des impressions morales qui leur sont communes. Cette éducation, qu'il faut se garder de confondre avec l'instruction, se fait lentement, mais sans interruption, à commencer depuis l'enfance; c'est une espèce d'imbibition de Tordre moral et sentimental qui s'opère presque toujours à l'insu de la petite fille, mais dont les impressioni sont durables. L'instruction ne vient que beaucoup plus tard ajouter son contingent. Il est impossible d'admettre un instant qu'il n*y ait pas, sous ce rapport, de différence entre les jeunes filles paysannes ou des filles d*ouvriers, vivant de privations, et les filles qui, dès leurs premières années, vivent au milieu des habitudes du grand monde ou, du moins, dans la clane aisée de la société.

Le meilleur moyen, à notre avis, d'apprécier la diflerence qui peut exister, quant à l'époque de la puberté, entre les jennes filles des grandes villes et les paysannes, c'est de comparer l'âge correspondant à la première éruption des régies dans les grandes villes avec l'âge de la puberté dans les campagnes en* vironnantes. Comme la latitude et la température sont» dans ce cas, pareilles pour les deux catégories, il est évident que 8*il y a quelque différence entre elles dans l'époque de la puberté, elle ne peut guère tenir qu'à la différence de l'éducation dont nous venons de parler, à celle du régime, etc.

M. Brierrede Boismont, désirant trouver la solution du problème dont il s'agiti avait réuni un certain nombre de femmes

ftPOQtm DE LA PUBERTÉ EN GÉNtaAL. 207

de Paris, nées à Paris, et les compara avec d'autres femmes originaires des départements du Nord, du Centre et du Midi, qui n'étaient venues habiter Paris qu'après avoir été déjà réglées au pays. Notre honorable confrère rejeta à dessin de son tableau toutes les femmes nées dans le rayon de la capitale, de crainte qu'elles n'eussent été placées dans sa sphère (Tattraction et^ par conséquent ^ soumises en grande partie à son influence {i).

Ce procédé n'est pas à l'abri de la critique. Le principal reproche que l'on peut lui adresser, c'est de ne pas tenir compte du climat; de placer dans la même catégorie des sujets provenant de pays de différente latitude géographique pour les comparer ensuite, quant à l'époque de la puberté, avec les femmes nées à Paris. Aussi n'est -il pas étonnant, je crois, que H. Brierre de Boismont n'ait trouvé pour la moyenne de la première éruption des règles chez ses paysannes, que quatorze ans dix mois, tandis que, pour Paris, toutes les classes réunies, cette moyenne était de quatorze ans six mois. Cette diflérence de quatre moift ne parait guère suffisante; elle aurait dû être plus sensible, surtout quand on pense que sur 276 femmes de campagne qui entraient en parallèle, il y en avait 21A qui appartenaient aux provinces du Nord, par conséquent, à des pays qui, par leur température moyenne de Tannée, plus ou moins inférieure à celle de Paris, auraient dû déjà avoir de la disposition à retarder Tépoque de la première éruption des règles.

Lorsque nous nous sommes occupéde cette question en 1849, nous avons comparé l'âge de la puberté chez les jeunes filles nées à Paris avec les jeunes filles de communes voisines, telles que : Vitry, Choisy-le-Roi, Thiais, etc., toutes situées dans un rayon d'une lieue et demie à trois lieues de la capitale, offrant^ par conséquent, beaucoup d'analogie dans leurs conditions géologiques et météorologiques avec Paris. Tous ces villages sont placés sur la rive gauche de la Seine; on n'y trouve point de

(1) Brierre de Boifiiient, D$ la wiaiiniiNns» p. •«

208 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUAnON.

marais, de forêts, ni de grandes montagnesi rien en un mot de ce qui pourrait modifier plus ou moins sérieusement Teffet de la vie de campagne sur la puberté (1).

Les recherches de ce genre sont généralement assez embarrassantes dans les campagnes» où les femmes répondent encore moins volontiersque dans les villes aux questions qui blessent, jusqu'à un certain point, la pudeur. Toutefois, grâce à ^inte^ vention d'une sage-femme très-intelligente de la localité, noos sommes parvenu à recueillir 50 observations. Sur ce nombre :

1 femme a été formée à 10 mns.

Ces données sont remarquables en ce que, non-seulement elles présentent pour moyenne de l'époque de la puberté l'âge de quinze ans cinq mois et huit jours, c'est-à-dire dix mois de plus qu'à Paris (2) , mais encore en ce qu'il est prouvé par tons les chiffres qu'il y a en général, dans les campagnes, beaucoup de disposition au retard dans la maturité procréatrice. Ainsi, tandis que sur 100 femmes, Paris peut en fournir 71, c'est-àdire près des trois quarts, formées avant la quinzième année révolue, les villages qui ne sont éloignés de Paris que de deux lieues seulement n'en donnent plus que A6, c'est-à*dire : que plus de moitié des femmes qui les habitent n'arrivent à la paberté qu'après l'âge de quinze ans.

r Ce résultat est d'autant plus intéressant que, comme h dit M. Brierre de Boismont, avec une certaine apparence de

(1) Même ouvrage, p. S.

(2) Vojes la moyeuM de Parii au taUeitt 1.

raison, on pouvait craindre que des villages aussi rapprochés de la capilale ne fussent attirés dans sa sphère et n'eussent déjà subi un peu son influence.

Parmi les documents adressés au Congrès médical internalional de Paris, nous en avons rencontré quelques-uns qui viennent tout à fait à Tappui de nos propres observations, et ce qu'il y a de remarquable, c'est que le même fait se repro-* duit dans les pays situés sous des latitudes différentes et variant beaucoup quant à la température moyenne de Tannée. Ainsi^ M. le docteur Leudet, directeur de VÉcole de médecine de Rouen, trouve pour Tâge moyen de la première éruption des régies dans la classe aisée, dans la capitale de l'ancienne Normandie 13,7, ou treize ans huit mois et douze jours, tandis que chez les paysannes des environs l'époque de la puberté correspondait à 1A,5^ ou quatorze ans six mois, ce qui fait presque dix mois de différence à l'avantage de la ville.

MM. les docteurs Paye et Vogt de Christiania, ayant fait éga* lement des recherches comparatives du même genre, ont trouvé que, sur 115 femmes aisées de la capitale de la Norwége, l'âge moyen de la première éruption des règles correspondait à 16,7, ou à quinze ans huit mois et douze jours, tandis que des notes prises sur 1821 paysannes de toutes les provinces avaient donné pour moyenne l'âge de 16,12, ou seize ans un mois et treize jours.

M. le docteur Stoltz, de Strasbourg, publia la statistique de répoque de la première éruption des règles, d'après 6i9 observations recueillies sur les femmes nées à Strasbourg et obtioty comme moyenne, l'âge de quinze ans quatre mois et neuf jours. Le docteur Lévy ayant publié de son côté une pareille statistique, d'après 600 observations prises parmi les femmes de campagne des environs de la capitale de l'ancienne Alsace, a trouvé pour moyenne l'âge de seize ans un mois et vingtquatre jours, ce qui constitue encore une différence de neuf mois et quinze jours en faveur de la ville. Le docteur Schukitz, dont nous avons eu déjà Toccasion dô

BAOBOSIU. 14

310 PHTSIOLOGII DB U MINSTIUATIM.

eiterle Iravail sur la menstruation en Au; riche (1), chercha aussi à comparer Tftge correspondant à la premiàre éruption des règles chez les femmes de Vienne, avec celui des femmei des campagnes voisines. D'après 666 observations prises dus la capitale de l'Autriche, cet âge correspondrait, chez les Viennoises, à quinze ans huit mois et demi. D'après 1010 notei prises sur des paysannes des environs, pour la plupart domestiques, cet âge aurait correspondu chez elles à seize ans deoi mois et demi, ce qui donne encore six mois de différence. C'est donc un fait qui parait être définitivement acquis, que la première éruption des règles est généralement plus précoce chex les femmes des grandes villes que dans les campagnes du voi* sinage.

Actuellement, il se présente la question de savoir quelle est la vraie cause de cette différence? 11 est bien certain qu'un pareil résultat ne peut pas tenir à l'étendue de remplacement occupé, au nombre des maisons ou des rues^ pas même, d'une manière absolue, au chiffre de la population. Au point devae qui nous occupe dans ce moment, ce qui constitue une grande ville, c'est une grande agglomération de population au milieu de laquelle domine la richesse et le luxe, c'est une ville qui, i côté de splendides élablissements scientifiques et de ceux de bienfaisance, comme il y en a dans tous les pays civilisés, compte de belles promenades publiques, des musées de diffé* rent ordre, des théâtres , de beaux magasins, de nombreuses occasions de réunion des deux sexes, des bals, des concerts, etc., où l'éducation des jeunes filles est obligée d'être appropriée aux exigences de cette vie d'excitation et de mouvement physique et moral qui est propre à toutes les grandes cités en général et qu'on ne rencontre pas dans les petites localités de province. Voilà ce qui constitue une grande ville. Une fois un certain chiffra de population atteint, l'excédant ne

(i) Schukitz, Jahrb. fwr GébwUkmfê und w^OÀicH ITronAMleii, ISeA.et W^mr Zeitichrift, 1851, t. XUL

change plus rien à la chose. Une ville qui serait deux lois aussi vaste et aussi populeuse que Paris, mais qui ne serait, en grande partie, habitée que par de pauvres fabricants et ouvriers gagnant difficilement leur vie et celle de leurs nombreuses familles, ne serait pas, à notre point de vue, une grande villOi et il est plus que probable que l'ovulation n'éprouverait pas, au milieu d'une pareille agglomération , le stimulant qu'elle reçoit dans les grandes capitales.

Tout porte à croire que la différence que nous avons constatée, quant à l'époque de la puberté, entre les femmes des grandes villes et celles des campagnes environnantes, tient surtout à ce que , chez ces dernières, le système nerveux, qui joue un si grand rôle dans tout ce qui se rattache à la repro^r duction de l'espèce, ne vit que de sa propre sève, sans aucun slimxUus du dehors par la voie de l'éducation et des relations sociales, et sans aucune participation de l'imagination habituellement calme sinon endormie.

Tout est à l'opposé dans les grandes villes. Ces réunions journalières d'enfants de deux sexes dans les promenades et les jardins publics, qui entrent en quelque sorte dans le programme de l'éducation et dans l'emploi habituel de son temps, sont on ne peutmieux faites pour stimuler l'ovulation. Cet effet parait d'autant plus assuré que, peu à peu, on semble y supprimer de plus en plus les exercices gymnastiques si salutaires à la santé et si favorables au développement physique du corps pour les remplacer pur des jeux d'esprit. Les petites filles quittent volontiers la poupée pour des camarades vivantes et parlantes avec lesquelles elles aiment mieux jouer, surtout quand celles-ci amènent avec elles leurs jeunes frères ou des cousins du même âge. On voit alors souvent poindre la coquetterie , il n'est pas même rare de s'apercevoir déjà de certaines préférences, des inclinations ; bientôt ce sentiment si simple en apparence fait éclore celui de rivalité et de jalousie. Rien de plus commun que d'entendre de petites filles, jouant ainsi en plein air , disputer de la chape à l'évoque, récla-

212 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATIOll.

mer chacune ses prétendus droits pour jouer avec les jeanei garçons de leur prédilection. Tout cela est amusant et fait rire les parents et les assistants, car, en réalité, il n'y a pas grand mal là dedans, la sant^ n'en souffre pas, et ces luttes d'eiprit exercent les facultés intellectuelles et vivifient riroagination. Mais un gynécologiste, habitué à observer la femme i toutes les époques de la vie, en santé comme en maladie, ne peut pas manquer de voir dans tous ces tournois d'esprit et de sentiment une excellente occasion de développer le sens génital, de faire passer promptement les ovisacs de l'état microscopique décrit par M. Sappey à celui de vésicules de Graaf, lisibles à Tœil nu et marchant vers la maturité.

On peut juger d'après cela de l'effet que peuvent produire sur ces jeunes imaginations, si vivement impressionnables, des réunions dont Tépoque est fixée d'avance, telles que des bals d'enfants, des rencontres aux bains de mer, etc., etc. Ce sont très souvent autant de rendez- vous dans l'attente desquels l'imagination d'une jeune fille n'a plus de repos et rumine sans cesse les impressions du passé, en se promettant de les retrouver plus vives et plus agréables dans l'avenir.

Tout cela ne produit jamais, bien entendu, d'impressions immédiates assez profondes pour faire naître la passion de l'amour ou provoquer les désirs; les organes ne sont pas d'abord suffisamment préparés pour cela par la nature. Nais quand on vit sans cesse au milieu de pareilles conditions, quand les mêmes impressions frappent toujours les mêmes organes, les effets qui étaient imperceptibles au commencement finissent par grossir et prendre de la consistance; c'est en un mot l'ancienne histoire de la goutte d'eau qui, en tombant sur la pierre, n'y laisse d'abord qu'une faible trace, mais qui finit, en retombant toujours au même endroit, par creuder un trou.

Que ne doit-on pas penser ensuite, sous ce rapport, des

effets de la musique, qui est devenue presque une condition

ndispensable de l'éducation dans les familles aisées? On nous

objectera peut-être qu'avant l'époque de la puberté les jeunes

ftPOQUB DE LA PUBERTÉ EN GËMÊIUL. 31 S

filles deyienneni rarement assez musiciennes pour se livrer à Texercice de cet art avec passion et être accessibles à de fortes impressions. Nous répondrons à cela, qu'ici encore il ne faut pas juger d'après les effets immédiate ; qu'il n'y a certes pas à craindre en cette circonstance de ces transports énergiques et soudains qu'on a vus quelquefois éclater dans d'autres occasions, même au simple son de tambour ou de trompette. Nous savons très- bien que dans l'espèce il n'est question que des impressions musicales douces et harmonieuses, mais incessantes. Cependant il suffirait qu'il fût démontré que la musique peut servir d'excitant au sens génital, pour que nous nous croyions autorisé d'en conclure qu'elle peut être considérée comme une des causes capables de rendre compte de la précocité relative de la puberté que l'on remarque chez les jeunes filles des bmilles riches. Il est certain que nous ne pourrons guère chercher à éclairer cette question par des recherches statistiques; cependant quelques faits recueillis dans l'intérieur des familles, quelques obsei^ations empruntées à la physiologie comparée, semblent donner raison à cette manière de voir.

Sans parler de ces prêtres et prêtresses de Cybèle dont parle Arétée de Gappadoce, qui tombaient en fureur au son de quelques instruments bruyants et s'arrachaient les organes les plus impressionnés pour en frapper ensuite la statue de la déesse, et d'une foule d'autres exemples analogues rapportés par les auteurs, la science possède des faits incontestables qui démontrent une grande influence de la musique sur l'impressionna^ bilité des organes sexuels. Un des plus remarquables faits en ce genre est le résultat du concert donné au Jardin des plantes de Paris aux éléphants, à la fin du dernier siècle, dont nous trouvons la description dans la Décade philosophique et dans le Dictionnaire des sciences médicales en soixante volumes. Comme cette expérience a été faite par des hommes sérieux et dans un but essentiellement scientifique, on ne trouvera pas, je pense, mauvais, que nous en reproduisions ici la descrip-

21ft PBTilOLOGIB DE LA MBNSTBUiTlOtt.

Les éléphants n'arrivent ordinairement au terme de la maturité procréatrice, quand ils sont élevés dans les pays tempérés, que vers l'âge de vingt à vingt-cinq ans. Ceuï dont il va être question n'avaient encore que tout au plus seite, dix^sept ans; mais, comme le dit M. Fournier*Pescay, Tauteur de ^a^ ticle auquel nous empruntons ces détails, Tépoque où ils devaient obéir à la loi générale fut devancée par le pouvoir de l'harmonie, qui fit naître chez eux une foule de sensations nouvelles, et parmi elles ce trouble des sens, ces transports dont la nature n'avait point encore marqué l'époque.

c Un concert leur fut donné le 10 prairial an VI. Toutes les mesures avaient été prises d'avance pour assurer l'effet de cette curieuse épreuve. Une libre communication était établie entre les deux loges, afin de laisser à ces animaux toute la liberté de leurs mouvements. On avait pratiqué au plafond de la galerie, sous laquelle se trouvait cette loge réunie, une trappe autour de laquelle était disposé un orchestre rangé hors de la vue des éléphants. Des musiciens distingués vinrent y prendre place, et, lorsque tout fut prêt, que les instruments furent accordés, on leva doucement la trappe, pendant que le cornac occupait les éléphants en leur distribuant quelques aliments. Un profond silence sé fit autour d'eux, et le concert commença. AussitAt, Hanz et Parkie (c'est ainsi que s'appelaient nos deux éléphants), frappés par ces accords, cessèrent de manger pour courir vers le lieu d'où partaient les sons. Ils témoignèrent alors, par des mouvements divers, par des gestes et des attitudes variés, la surprise que leur causait cette scène étrange. Tout devint d'abord pour eux un sujet d'étonnement et d'inquiétude. TantOt on les voyait tourner autour de la trappe, se soulever sur leurs pieds de derrière, et chercher, avec leur trompe, à palper celle harmonie invisible; tantôt ils promenaient leurs regards inquiets sur les spectateurs, puis venaient caresser leur fidèle cornac et semblaient lui demander ce que signifiait cet appa- 1 eil extraordinaire et ce qui devait en résulter pour eux. Voyant «nfin que tout restait dans l'ordre et que leur sûreté n'était

ÉffOQOI DB Là PUBEATÊ IN GÊMiAL. 315

int eompromiBey ils l'abandonnèrent avec sécurité aui vives pressions de la mélodie et de l'harmonie dialoguées. » Chaque air nouveau procurait à ces animaux de nouvelles isations. L'air de danse , en si mineur ^ de VIphigénie en uride de Gluck^ les mit dans une agitation extrême, t Tout coup, cette vive agitation s'est calmée, et leur émotion a ange d'objet sous l'influence de l'air si tendre et si mélo^ iux de la romance : 0 ma tendre miaette! exécutée en ut neuTj sur le basson seul et sans accompagnement. Le son îlancolique de cet instrument parut leur faire éprouver une te d*épanchement ; ils marchaient quelques pas, puis ils rrôtaient pour écouter mieux; ils venaient ensuite se placer is Torchestre, agitaient doucement leur trompe, comme pour lirer ces émanations amoureuses. Pendant toute la durée de

air, il ne leur échappa aucun cri, et ils ne furent accessibles 'aux impressions délicieuses qu'ils en recevaient. Leurs mounents étaient lents, mesurés, et participaient de la mollesse

chant. Tous deux cependant n'étaient point également us ; Hanz parut moins sensible aux charmes de cette mêle ; mais elle excita chez Parkie les sensations les plus vives, transports les plus passionnés. Ce fut en vain qu'elle chercha, * ses caresses, par ses attouchements lascifs, à faire paitager i ivresse à son indifférent compagnon. Hanz fut sourd à ce gage expressif qu'il ne connaissait point encore. » ^tte excitation et les agaceries de la femelle allaient tou*rs en croissant, et elles redoublèrent surtout aux accents s et vifs de l'air Ça ira, exécuté en ré par tout l'orchestre, qu'ici Hanz ne partageait point l'exaltation amoureuse de la lelle ; mais l'air de musette de l'ouverture de iVïmi, joué sur darinette seule, fut le signal de sa défaite. I A peine le son de cet instrument eut^il frappé son oreille, il chercha à découvrir le lieu d'où il partait. Il s'arrêta vis^ \b de l'instrument qui lui procurait de si déUcieuses sensa^ 18, et là, attentif, immobile, il écoutait avec une sorte de issement. Bientôt il ne fiit plus maître de se contenir, des

216 PHYSIOLOGIE DB Là, MEMSrBUiLTIOIl.

signes non équivoques décelèrent son émotion arnoorense; mais ces sensations ardentes, qu'il éprouvait pour la première fois, n'eurent aucun résultat favorable à la pauvre Parkie-, Hanz, trop novice encore» n'en devinait pas Tolget (i). »

Si la musique produit des effets aussi énergiques et aussi subits sur des manifestations sexuelles chez les femelles de quelques mammifères, il n'y aurait rien d'étonnant que, grâce à son exercice journalier, elle pût influer sur la marche de l'ovulation et hâter un peu la maturité des ovules chez les jeunes filles. Tout cela peut se faire, bien entendu, presque complètement à leur insu. Cependant, ceux qui observent bien ne manquent pas de s'apercevoir que beaucoup de ces jeunes musiciennes deviennent peu à peu plus affectueuses» qu'eUes éprouvent un véritable besoin de s'épancher. Comme à cet âge tout est encore instinctif, honnête et désintéressé, ce besoin d'aimer pousse d*abord beaucoup de jeunes filles dans la dévotion et rend le sentiment affectif très-prononcé. Quoi de plus naturel, en effet, pour une jeune fille, chez qui la moindre ombre matérielle ne vient encore ternir la pureté de ce sentiment, que de l'élever, avant tout, vers l'être suprême, qui nese présente à son esprit que comme l'idéal du beau et du parfait! Nous connaissons plusieurs exemples de jeunes filles qui, probablement sous Tinfluence de l'activité physiologique des ovaires qui précède la puberté, s'étaient ainsi sérieusement éprises de leurs professeurs de musique; il y en a même, parmi ceux-là, qui ont réussi à faire de celte manière de superbes mariages au point de vue de la fortune.

Comme dans tout cela il n'y a, au bout du compte, rien de préjudiciable à la santé, on aurait tort de voir dans ce que nous venons de dire une sorte de réquisitoire contre rédocation en usage, et surtout contre l'enseignement musical. Noos n'avons fait que rapporter en physiologiste ce que nous avons cru avoir remarqué, en cherchant à l'expliquer de notre miew

(1) Dict.des sciences médicales, t. XXXV.

ÉPOQUE DB Là PUBERTÉ EN 6É!lfiR4L. 217

Les mères peuvent faire leur profit, si elles le veulent, de' tontes ces remarques, mais en définitive il n*y a ici que les intérêts matériels des familles en jeu, et qu'est-ce que tout cela à côté du charme que l'éducation musicale répand sur toute Texistence de la femme ?

La connaissance de ces faits ne doit pas être tout à fait indifférente au médecin. L*hygiène des jeunes filles peut puiser dans ces observations physiologiques, en certaines occasions, des indications importantes que nous ne manquerons pas de faire ressortir en son lieu. Un des plus grands torts du système d'éducation généralement adopté jusqu'à présent, c'est d'i^tre trop uniforme. Bien des filles appartenant à des familles riches se trouveraient infiniment mieux sous tous les rapports, si, au lieu de leur faire suivre un système d'éducation adopté par la routine dans les grandes villes, on les élevait un peu moins en citadines et beaucoup plus en filles de campagne. Chez ces dernières, on abandonne beaucoup plus à la nature. Aussi, & part quelques dispositions morbides tenant h la constitution ou engendrées par l'insuffisance de nourriture et la misère en général, leur nature, qui a su attendre, reçoit tout, on peut dire, à propos. Tous les organes se développent chez elles en temps convenable, et toutes les fonctions s'exercent régulièrement. La menstruation, entre autres, ne parait, chez les filles de cette catégorie, qu'à Tâge où les œufs ont déjà parcouru naturellement toutes les phases de leur développement, sans aucune intervention plus ou moins volontaire de Fart, sans aucune précipitation; en un mot, lorsque tout ce qui se rapporte à la reproduction de l'espèce est déjà en harmonie pour atteindre ce but. Par la même raison, on remarque bien moins souvent, chez les jeunes villageoises, ces troubles nerveux, ces souffrances de toute nature, ces nombreux exemples de stérilité ou d'avortements dont les femmes des grandes villes payent souvent leur maturité relativement plus précoce. Telle est, je crois, la part de l'éducation proprement dite dans la précocité relative de la puberté dans les villes. La meilleure preuve que

21 s rarsiOLoaii di la iitHsTiuATioii.

* cette différenoe tient au genre d'éducation et pas ioajoars iU nourrilurei c'est qu'il y a des villages où l'on se nourrit biei et où cependant l'époque de puberté est proportionneUement en retard.

« Il y a des pays, comme le fait observer Jean^JacquesRmis-* seau, où le paysan se nourrit très-bien et mange beaucotap, comme dans le Valais et même en certains cantons montoeut de l'Italie, comme le Tyrol, quoique cependantl'âge de puberté dans les deux sexes y soit également plus tardif qu'au sein dai villes, où, pour satisfaire la vanité, l'on met souvent dans le manger une extrême parcimonie, et où la plupart font, oomme dit le proverbe, Y habit de velours et le ventre de son. On eit étonné, poursuit ce philosophe, de voir de grands garçOBi, forts comme des hommes, avoir la voix aiguë et le mentoa sans barbe, et de grandes filles, d'ailleurs très*formées, n'avoir aucun signe périodique de leur sexe ; différence qui oie parait venir uniquement de ce que, dans la simplicité de leurs mœurs, leur imagination, plus longtemps paisible et calme, fait plus tard fermenter leur sang et rend leur tempérament moins précoce. »

Il sufljrait de substituer aux mots : fait plus tard fermenUr, les mots : fait plus tard mûrir les ovules^ pour que robsenrition de Jean-Jacques Rousseau fût parfaitement à sa place encore aujourd'hui. Mais il faudrait se garder de reléguer ao dernier plan Tinfluence du régime alimentaire sur l'époque de la puberté. A notre avis, sa part est au contraire inconteiUblement un des faits les mieux démontrés en emménobgie. D n'y a pas d'influence qui puisse résister à l'effet hyposthénisanl de la misère et des privations, môme relatives.

Toutes les grandes villes ont une classe de population moins heureuse, qui ne vit que de fatigues et de privations. Qu'on interroge les jeunes filles de cette catégorie, qu'on les compare avec d'autres jeunes filles de classe aisée, et l'on trouvera entre elles une différence notablci quant à l'âge correspondant k la puberté.

Êl^Ot M LA POBsaTÊ EN OÉlflftAL. 319^

leot tnôftie quelquefois remarquer oet effet hyposthénisant

nourriture insuffisante sur le sens génital , parmi les ; filles de la classe aisée, lorsque par des circonstances ulières, telles qu*un régime trop parcimonieux dans cer*

pensions, les jeûnes fréquents, etc., elles ne prennent set de nourriture. C'est probablement à cette cause, ainsi a vie exclusivement contemplative, qu'il faut attribuer la tse relative de l'orgasme menstruel chez les religieuses. ïs les observations du docteur Pidoux, les religieuses se« : réglées généralement asseï exactement tous les mois, SD très-petite quantité, c Chex la plupart, dit ce médecin gué, c'est une apparition qui tout au plus dure vingt* e heures, une véritable signature (1)« » is les auteurs qui se sont occupés des statistiques relak Tflge de puberté dans les grandes villes, et qui ont eu rétablir des catégories fondées sur la position sociale des mts, n'ont pas manqué de s'apercevoir que la première ion des règles avait toujours lieu plus tard dans la classe 'Bf mal nourrie et fatiguant beaucoup, que dans la classe

de la société.

Brierre de Boismont, ayant noté l'âge de la première ion chez 53 jeunes filles nées à Paris, appartenant à l'ane noblesse, à la finance ou à la bourgeoisie, a trouvé que:

1 était réglée à Q ans.

A à Il

12 à lA

iprès ce tableau^ Tàge de puberté- correspondrait à Paris, la classe aisée, à l'âge de treize ans huit mois, tandis que

Mote communiquée par M. le docteur Pidoux à M. le docteur Brierre de ont. Voyex ToiiTrafe de •• ttiédeein : 0$ !• mmmntùH&h, p. 3^9.

220 PHTSlOtOGIE DB Là MENSTAUATIOIC.

cette moyenne est représentée dans la classe pauvre de la population de Paris par quatorze ans dix mois, ce qui fait un an

deux mois de différence (1).

Ce résultat étant la conséquence des modifications phyâdogiques amenées dans la marche de Tovulation par des conditions hygiéniques au milieu desquelles on vit, il est bien en* tendu qu'on doit le retrouver partout où les mêmes conditions se représentent, et c'est précisément ce que nous chercherons à prouver.

M. Leudet, ayant pris des notes sur la première menstruatimi chez 801 femmes appartenant à la classe ouvrière de Rouen, trouva pour moyenne 1A,9, ou quatorze ans dix mois et qninie jours. Dans la classe riche, au contraire, cette moyenne n'était que de 13,7 ans, ou treize ans huit mois et douie jours. Il y aurait donc à Rouen plus d'un an et deux mois de différence dans l'âge de la première éruption des règles, entre les jeunes filles appartenant à la classe riche et cdles dont l'éducation est infiniment plus simple, où tout se home à fort peu d'instruction élémentaire, et où la vie se passe an milieu des conditions hygiéniques souvent déplorables, dans des logements peu spacieux et insuffisamment aérés. Notons que presque toutes ces jeunes filles travaillent dès l'Age de sept ou huit ans, qu'elles fatiguent beaucoup et ne réparent pas leurs forces par une nourriture suffisante (2).

Les femmes de campagne, quoique leur nourriture soit rarement abondante et assez réparatrice, semblent être déjà plos favorablement placées, à ce point de vue, que les filles d'oavrierâ de grandes villes. Ainsi, l'âge moyen de la première éruption des régies, dans les villages qui environnent Rouen, est, d'après la statistique de M. Leudet, 1A,5 ans ou quatone ans et six mois. C'est que ce ne sont pas seulement les substances prises par le tube digestif qui nourrissent; Tair est également indispensable à la vie; autant il contribue au main.

(1) Brierre de Boismont, De la men$truaUon.

(2) Mémoire lu au Con^è« médical international de Paris.

ÈPOQUB DE LA POBEBTÊ Bit GÊNÊBAL. 321

1 des forces et de la santé quand il est respiré étant dans de mes conditions, autant il est fatal à Téconomie quand il ne (sède pas les qualités voulues. Sous ce rapport, Tair sain de la npagne peut réparer bien des conséquences fâcheuses d'une nentation insuffisante, tandis que l'air malsain que res^ e la classe pauvre dans les grandes villes ne fait qu'aggraver effets d'une mauvaise et insuiSsanle nourriture. Il se passe is cette circonstance quelque chose d'analogue à ce que 18 voyons tous les jours se passer dans l'allaitement artifii des enfants. On peut dire qu'en général c'est une mauvaise 18e que l'allaitement artificiel, cependant on réussit encore ez souvent à élever les enfants au biberon à la campagne, idis que la plupart de ceux que Ton essaye d*élever de cette niére dans les grandes villes succombent de bonne heure. ?our faire mieux voir la différence qu'il y a dans l'époque delà !>erté, d'après les conditions sociales des familles, nous allons mer un tableau d'après les documents de M. Leudet, et le iser en classe aisée, classe ouvrière et les paysannes. Et pour idre son effet plus saisissant encore, nous allons réduire au Ilième tous les chiffres représentant le nombre des sujets.

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