‹ Traité de la menstruation; ses rapports avec l'ovulation, le fécondation, l'hygiène de la puberté et de l'âge critique, son rôle dans les différentes maladies, ses troubles et leur traitementChapitre 17 sur 38 · NOMBRE · texte numérisé non relu

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223 PBT8I0L00IB Df là, MENSTRUATIOM»

En analysant ce tableau, on arrive tout de suite à des résaltaii fort intéressants au point de vue qui nous occupe. Ainsi, tindii que, dans la classe aisée, on trouve déjà 6 jeunes fillei m 1000 qui étaient réglées à neuf ans et 16 sur 1000 à dix ans, on n'en trouve encore aucune qui soit réglée à cet âge, dans il classe ouvrière. Lorsqu'on trouve déjà 98 jeunes filles sur 1000 réglées à onze ans dans la classe aisée, on n'en trouve encore, dans la classe ouvrière , que il sur 1000, c'est-à-dire jm même la moitié autant. Les paysannes semblent avoir, sonstt rapport, le pas sur les ouvrières des villes, car nous en voyou déjà 30 sur 1000 réglées à dix ans et 70 sur 1000 réglées I onze ans.

En revanche, les exemples de menstruation tardive devietnent relativement plus fréquents dans la classe pauvre que dw la classe aisée. Lors même que la puissance du sens génital eût été favorable à l'ovulation , ses efTorts se trouYenl à chaqqi moment paralysés par des influences hygiéniques hyposthéni» santés, dont l'effet sera d'autant plus accentué qu'elles anroit agi sur le sens génital frappé naturellement d'atonie.

Ainsi, d'après le tableau ci-dessus, on trouve à peiie 73 jeunes filles sur 1000 dans la classe aisée à Rouen, qui ne soient réglées qu'à seize ans, tandis que dans la classe ou* vrière, on en compte encore 129 sur 1000 qui ne sont pas eih core réglées à cet âge. C'est à peine si l'on trouve 86 exemptai sur 1000 jeunes filles de la classe aisée où la menstruitioi n'ait commencé qu'à dix-sept ans, tandis qu'il y en a eacoie 123 sur 1000; c'est-à-dire quatre fois autant dans la classe Oft* vrière.

D'après les notes que nous devons à Tobligence de H.ledo(V teur Bernard, de Marseille, la moyenne de la première éruptioi des règles correspondrait^ dans cette ville, dans la classe aisée^ à treize ans quatre mois et quatre jours, tandis que dam 11 classe ouvrière à treize ans dix mois et quinze jours, ce (fi constitue une différence de six mois. A l'âge de dix ans (M trouve déjà 2 jeunes filles réglées dans la classe aisée et une

ÈPOQVt DE LA PUBERTÉ EN OtMÊlAI.. 228

seule parmi les ouvrières; à H ans S, chez les premiâres et i seulement chez les secondes; à 12 ans 10, chez les aisées et 7 dans la classe pauvre*. En revanche il n*y a que 4 filles dans la colonne correspondant à l'âge de seize ans parmi les aisées M 8 parmi les pauvres, etc.

L'influence du régime et des conditions hygiéniques, en gèlerai, est donc une des mieux démontrées en emménologie , •I il ne faudrait pas croil*e qu'elle fût particulière à notre pays ; on peut l'étudier sous toutes les latitudes géographiques; on la trouvera partout la même. D'après les notes qui nous ont été adressées, sur notre demande, par M. le docteur RaRaello Levi de Florence , la moyenne de la première éruption des règles correspond dans la classe nisée de la capitale d'Italie à Page de treize ans six mois. Dans la classe ouvrière, au contraire, elle correspond à quatorze ans sept mois, ce qui fait un an un mois de différence (1). M. le docteur Louis Mayer, de Berlin, ayant noté l'époque de la première menstruation chez A260 femmes de la capitale de la Prusse a trouvé pour moyenne, dans la classe aisée, 16,28, ou quinze ans deux mois et vingt*deux jours, tandis que dans la classe pauvre cette moyenne était de 10,50, ou seize ans six mois, ce qui fait environ un an quatre mois de différence.

Le même observateur ayant noté l'âge de puberté chez 8000 femmes de l'Allemagne centrale, entre 50* et bQ"" de latitude, a trouvé pour moyenne, dans les classes supérieure et moyenne, l'âge de 16,10, ou quinze ans deux mois huit jours, et, dans les classes pauvres, 10,50, ou seize ans six mois (2).

MM. les docteurs Faye et Vogt, de Christiania, avaient remarqué une différence analogue chez les femmes nonvégiennes.

^1) Nous Misissons cette occasion pour remercier publiquement MM. les doc* tmiri Raflliello Levi, un des médecins les plus distingués de Florence, et Joseph S«co-Baldor, firdliaseur de «Unique roédieale à Madrid, de Têmpressement qu'Us oot bien voulu mettre à nous envoyer des renseignements que nous leur avons demandés sur la menstruation.

(2) DociiiMnta alatiitiquM sur différents poiatt d^emménolofie adfMsés au Congrès médical intematioBal dn Paris.

La moyenne de la puberté obtenue par ces médecins dans la classe aisée était de 15,7 ou quinze ans huit mois et dôme jours : dans la classe pauvre 16,1 ou seize ans un mois et six jours (1).

La même différence se laisse encore remarquer dans lei pays chauds* Au rapport des missionnaires EUiot et Bowel, cités par Roberton, la première éruption des règles n'aurait lies chez les négresses de la Jamaïque; en moyenne, qu'à quinze ans quatre mois et neuf jours. Cependant, la Jamaïque est située à 17"* ou 18*" de latitude et sa température moyenne de Tannée s'élève à26% tandis qu'à Calcutta, qui est située à 2f de latitude et dont la température annuelle dépasse à peine 25% l'âge moyen de la puberté correspond à douze ans et cinq à onze mois. D'après des notes prises par les observateurs que nous venons de nommer, sur 89 négresses de la Jamaïque » il y en avait tout au plus 11 sur 1000 qui eussent été réglées à onze ans, tandis qu'à Calcutta il y en avait déjà ih9, c'est-àdire quatorze à quinze fois autant, sur 1000 (2). Tout portai croire que celte énorme différence'doit tenir, en grande partiei à rétat d'esclavage et aux mauvais traitements que l'on faisait subir généralement à la race nègre, il y a encore une trentaine d'années.

Cette influence si marquée de la position sociale, du régime alimentaire et d'autres conditions hygiéniquesqui s'y rattacheotf sur l'époque de la puberté, est un élément fort important dont il faut tenir compte toutes les fois que l'on veut s'occuper des recherches statistiques relatives à l'influence du climat on de la latitude. Généralement, on ne parait pas s'en préoccuper beaucoup. Quelques-unes des grandes villes dans lesquelles h population ouvrière domine , pourraient, étant envisagées en bloc, donner de cette manière des résultats contraires à ceux qu'on attendait, comptant exclusivement sur l'influence de li

(i) Notes manuscrites envoyées au Congrès médical international de Pirii* (2) Roberton, Kdinburgh Med. and Surg, Journal.

solitude et du climat. Celte méprise a dû arriver souvent; la plupart des statistiques que ron fait pour arriver à connaître l'époque de la puberté dans les grandes villes étant faites d'après les renseignements pris sur la masse de la population, sans aucune distinction de classe. 11 est très-probable que c'est à cette particularité qu'il faut attribuer le chiffre de quinze ans cinq mois seize jours qui, d'après les observations de MM. Pétrequin el Bouchacourt, représenterait l'âge moyen de la puberté à Lyon et qui est relativement plus fort que celui de Paris (1). C'est que Lyon, à côté de quelques maisons riches, renferme une immense population d'ouvriers qui vit au milieu des privations et souvent dans une profonde misère. Paris, au contraire, possède des ressources considérables avec lesquelles on vient plus facilement en aide aux souffrances de la classe pauvre et, d'un autre côté, non-seulement il y a de très-grandes fortunes parmi les habitants, mais une foule d'étrangers riches viennent y dépenser chaque année leurs revenus et répandent

(1) M. Pétrequin a pris des notes sur 160 femmes de Lyon ou venant dea pijs Toisins. Sur ce nombre, il en a trouvé 1 qui était réglée à dix ans, H k orne aos^ lia douae ans^ lA à treize ans, 17 à quatorze ans^ 31 k quinze el ntant k seize ans, 26 à dix*sept ans^ 1 à dix-huit ans, 9 à dix-neuf ans, 2 Jr vingt ans et 3 à vingt-quatre ans. Ce qui donne pour moyenne quinze ans sept mois et cinq jours.

M. Bouchicourt a pris de son côté des notes sur 272 femmes de la Maternité de

Lyon; elles n'étaient pas toutes nées à Lyon comme le prétend H. Brierre de Bois-

BMmt, car il y en avait pas mal dans le nombre qui venaient des pays éloignés

d'une quinzaine de lieues. Sur ce nombre, M. Bouchacourt a trouvé à femmes qui

ont eommencé à être réglées à dix ans, 10 à onze ans, 15 à douze ans, 33 à treize

«as, 33 également à quatorze ans, &5 à quinze ans, 48 à seize ans, 32 à dix-sept

an»» 27 à dix-huit ans, 12 à dix-neuf ans^ 7 à vingt ans, 5 à vingt et un ans et

1 à vingt-deux ans. Ces chiffres donnent pour moyenne quinze ans un mois et

quinze jours et non 14, 492 comme le prétend M. Brierre de Boismont. Nous avons

rapporté exprés en détail les chiffres qui composent ces deux tableaux, afin que

chacun puisse, au besoin^ en vérifler le résultat que nous annonçons.

^ réunissant les chiffres de M. Bouchacourt à ceux de M. Pétrequin, nous trouvons, sur un total de 432 femmes de Lyon ou des pays voisins, comme moyenne générale de l'àg* de la première éruplion des règles, quinze ans cinq mois seize Jours. C'est cette moyenne que Ton voit figurer dans nos deux tableaux n^ i cl n® 2 de la fin.

RACIDOBSXI. 15

du bien-êlre sur toutes les iudustries et sur toute la classe ouvrière.

§ iV. — Be l'InItaMMe de» raaMi mmr l'à«e de la pwfcerté-

Après ce qui a été dit dans le paragraphe consacré au sens génital et à sa puissance relative, il est impossible de metlre en doute, en principe, l'influence des races sur la puberté; tout doit se borner a déterminer TimportaDce du rôle de ce nouvel élément. Dès qu'il a été démontré que l'âge de la première éruption des règles était subordonné, avant tout, à des conditions organiques tenant à la constitution sexuelle primitive de la femme, latransmissibilité de ces conditions par la voie de l'hérédité en était une conséquence naturelle. Qu'est-ce qui constitue, en effet, le principal caractère de race) C'est, comme l'avaient dit Buffon et après lui Cuvier, la succession des individus qui se reproduisent et se perpétuent.

En se perpétuant ainsi, ils lèguent de génération es génération leurs principales dispositions organiques, voire même certaines habitudes contractées pendant longtemps. Ces caractères luttent souvent avantageusement contre les intlueuces du dehors. Cependant, étant exposés longtemps 1 l'action des causes énergiques agissant dans un sens contraire, ils finissent, la plupart du temps, par se modifier plus ou moins. Ces causes de déviation, comme le fait très-bien remarqua Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, et cette tendance à la reproduction constante des mêmes caractères, agissant en sens inverse, se modifient réciproquement, croisent et mêlent, pour ainsi dire, leur action, d'où naissent des effets qui sont le résultat d*une sorte de lutte (1).

Il était à présumer que quelque chose de pareil devait avoir Heu pour la menstruation. D'après Webb cité par Roberton(2) et Tilt (3), les jeunes filles nées aux Indes, de parents anglais^

(1) Mémoires des savants étrangers,

(2) Webb, Pathologica indica, Calcutta, 2» partie. f3) Note communiquée au Gon(,'i es mé<lical de Paris.

lonienl consenré l'habitude d'élre réglées tard, vers Tâge de IQÎnze ans» comme si elles étaient nées eu Angleterre. 11 est lîfficile de dire si cette habitude va se conserver encore à mvers de longues généra(ionSy ou si les générations futures ÙMTont par se rapprocher davantage de la race indienne qui M déjà réglée entre douze et treize ans.

Le doeteur Shukitz, ayant pris des notes comparatives sur Tâge de la première éruption des règles dans les différentes ;>rovinces de l*empirc d'Autriche, a trouvé^pour moyenne, en Bohème i6, 71 ans; en Silésie, 15, 80; en Moravie, 16,76; tene TArchiduché, 16, 17, tandis que, en Hongrie seulement, lA, 12. La différence de plus de deux années qui eiîete entre l'âge de la puberté chez les Hongroises et les femmes des autres provinces, ne se laisse certainement pas jus* Lifier par la différence daos leur latitude ou leur température lanuelle. 11 est bien plus probable qu'elle tient aux caractères Je la race magyare qui sont, sous tous les rapports, différents le ceux des races germaine ou slaVë, qui peuplent les autres pcovinces de l'empire autrichien.

C'estens'appuyantsur ce principe physiologique, que quel- {■es aateurs avaient eu l'idée de chercher à expliquer certaines x>ntradictions apparentes, entre la latitude ou la température liPâge de la puberté, en France, par des considérations ethnijaes sur les populations qui en furent l'objet. Nous citerons larliculièrement M. G. Lagneau qui a fait un travail trèsnléressant sur cette matière (1).

A entendre cet honorable confrère, la latitude seule ne rend ^suffisamment compte de la différence qu'il y a entre l'époque le la puberté à Paris et à Strasbourg, mais on pourrait l'explijuer par le mélange des deux races différentes qui consti- ;aent le fond de la population actuelle du Bas-Rhin. L'une, )ccupant le pays anlérieurement à l'époque romaine, semble ivoir été représentée par les Mediomatrici. L'autre venue de

(i) ByUiMmi de la Sodélé d'cmtkrùpologiê, t. VI, iS65.

la rive droite du Rhin, de la partie méridionale de la Germanie, parait ne s'être établie en deçà de ce fleuve, qu'elle avait tenté de franchir auparavant, que lorsque César retira ses légions pour les mènera Pharsale. Cette seconde race fat dès lors représentée^ dans celte contrée, par la peuplade impoi^ tante des Triboci, Ce serait cette race qui aurait versé, au milieu de la population primitive, son élément germanique ; ce qui aurait reculé ainsi l'époque de la puberté dans les générations suivantes issues de leur mélange.

Marseille, ancienne colonie phocéenne, est peuplé, d'après ce que dit M. Lagneau, par des Ligures, des Gallo-Celtes et des colons grecs.

Pour que les conclusions de M. Lagneau soient fondées, quant à la population alsacienne, il aurait fallu prouver, avant tout, que l'époque de la puberté était plus précoce dans cette contrée avant qu'elle fût habitée par la race germaine, ce que nous ne savons pas du tout et ce qui ne parait même pas probable. Si l'on compare soiis ce rapport l'Alsace moderne avec des villes plus méridionales de la France, on trouve que les différences que ces villes présentent avec Strasbourg sont en général assez proportionnées & la diiïérence qu'il y a dans leur température.

D'un autre côté, il aurait fallu démontrer que les peuples germains arrivaient réellement plus tard à la puberté que le peuple de l'ancienne race, ce qui n'a pas été non plus constaté. Sans doute, les femmes allemandes des environs de Gœttingne et de Berlin ne sont réglées aujourd'hui, en moyenne, qu'a seize ans au lieu de l'élre à quinze ans trois mois comme aux environs de Strasbourg; mais cette différence ne peut-elle déjà être justifiée parla difi'érence dans leur température annuelle, qui est représentée à Strasbourg par 9%80', tandis qu'à Berlin par7<» et à Gœltinj^ue par 9"?

Quant à Marseille, r<lge de la puberté de ses femmes se rapproche assez de celui des femmes de Toulon, Montpellier et Nimes, qui ont à peu près la même température annuelle,

our que Ton ne soit pas obligé de chercher ailleurs la raison e cette ressemblance. A en juger des femmes de la Grèce, 'après ce que nous savons de la menstruation des femmes de lorfou, il n'y aurait pas, il est vrai, une grande différence entre M femmes grecques et celles de Marseille. Mais est-ce une aison d'invoquer pour cela des considérations ethniques, nisque les populations de Toulon, de Montpellier et de Nimes, [ui ne reconnaissent pas du tout l'origine phocéenne, arrivent n même résultat uniquement par l'influence du climat?

Pour rendre manifeste Tinfluence des races sur la puberté, I faut se garder de mettre en parallèle des populations qui ne lifTèrent pas sous ce rapport d'une manière notable, ou celles lont Torigine, loin d'être démontrée, est encore l'objet des liscussions entre les ethnographes. Nous avons cru pouvoir ▼iter ces inconvénients, en portant nos recherches du côté e la race juive en Pologne, le seul pays, peut-être, où les neiens Hébreux aient pu se soustraire en masse au mélange ▼ec d'autres races et où ils représentent en plus grand nombre les vrais descendants de la race sémitique.

Les juifs polonais ne se marient qu'entre eux. Il n*y a eu a*nne courte période historique, du ix* au x* siècle, comme ayait fait observer le savant professeur Broca (1), où les laves de la Pologne méridionale, ayant embrassé la religion live, ont pu opérer Ih mélange des deux races. Et encore le teultat ne pouvait pas en élre considérable, car au siècle suiaot la plupart de ces néophytes étaient déjà revenus au chrisanisme.

Ainsi, fort peu de chrétiens seulement, et d'une seule conrée, ont dû profiter de cette permission, tellement il y a dans w masses, qui sont très-catholiques, d'aversion pour la relî- ;ion judaïque. Aujourd'hui encore, ces idées persistent, et de Jus, comme il n'y a point de mariages civils en Pologne, omme en France, mais des mariages d'église, comme en

(1) BvUetint de la Société d'anthropologie de Paris, U H, p. A 16,

250 PHYSIOLOGIE DE LA MI-NSTnUATIOK.

Espagne, en Portugal, dans les États romains, etc., etc., k mélange de deux races ne s'opère que fortniteoieiit. Cette aicr sion contre la religion juive est si profonde, qu'elle semble le pas même vouloir pardonner, k ceux qni ont embrassé la refigion catholique, d'avoir été juifs un moment. Il est très*rm qu*un catholique de race slave s'allie à nne des familles jwvei converties au catholicisme; presque toujours elles tormÊâ une classe à part, que Ton désigne par un terme de dédni, méchêsy et dont les membres ne se marient f^énéralemei qu'entre eux. Il nous a paru, d'après cela, asses naturel de supposer que si la race sémitique avait la faculté de corner ver quelques-uns de ses caractères primitifs relatifs i Yùnlation, après bien des siècles d'habitation dans un cliinatcooplétement opposé à celui de la Palestine, c'est encore en Pologne, plus que partout ailleurs» qu'on devrait avoir la possibilité de le constater.

Nous nous sommes adressé dans ce but à un de nos eieellents confrères, M. le docteur A. Lebrun, médecin en chef de l'hôpital de TEnfant^Jésus, h Varsovie, qui a eu l'obligeasee de nous envoyer, conformément à notre programme, deox tableaux comparatifs de Tâge correspondant à la première éruption des règles chez cent femmes juives, et chex auUDt de femmes d'origine slave.

Voici les principaux éléments de ce tableau :

Apc de la première éruption des règles. .

CATBOUOVES.

JOITES

13 ans.

D'après ces données, l'époque de la puberté correspoodrait en Pologne, chez les femmes catholiques, à quinze ans neuf mois, tandis que, dans la race sémitique, l'âge de la première

éruption des règles correspond, en moyenne, à quinze ans cinq mois et vingt-six jours, ce qui constitue une différence de trois mois et quatre jours en faveur de la race sémitique.

Ces documents datent déjà depuis 1839, et nous les avons publiés en 1844 dans notre livre : De la puberté et de l'âge critique ^ etc., etc. Depuis, nous avons en vain tenté d'avoir un plus ^nd nombre de faits en nous adressant à plusieut*s médecins du pays. Il paraît qu'on trouve beaucoup de difficultés pour obtenir quelques renseignements là-dessus.

Quoi qu'il en soit, l'opinion qu'on a, en Pologne, sur la précocité relative des femmes de la race sémitique est tellement dominante, que tous les médecins du pays que nous avons interrogés là-dessus étaient plutôt disposés à considérer la différence que présentent nos deux moyennes comme n'étant pas suffisante ; ils avaient tous supposé qu'elle devait être beaucoup plus forte à l'avantage des juives.

Nous ferons remarquer que, de même que nous l'avons déjà vu pour Tinfluence de la température et du régime alimentaire, l'influence de la race tie se borne pas, d'après nos documents comparatifs, à modifier le chifiVe de la moyenne générale, mais qu'elle s'exerce encore sur d'autres âges. Ainsi il est curieux de voir que, tandis que parmi les jeunes Polonaises de la race slave, il n'y en a encore qu'une seule sur cent qui soit réglée à l'âge de treize ans, il y en ait déjà douze sur cent dans la race sémitique.

Les docteurs Tourdes et Stoëber, cités par M. G. Lagneau, ayant pris des tiotes sur vingt-neuf juives de Strasbourg, disent ne pas avoir trouvé de différence entre l'âge correspondant à la puberté et celui d'autres jeunes filles du pays de races différentes.

Le docteur Tilt dit également avoir connu quelques juives en Angleterre qui étaient réglées assez tard, comme les filles de la race saxonne.

Les faits rapportés par ces auteurs ne peuvent pas avoir une grande importance. Que signifient, en face le résultat auquel

nous somnr.es arrivé, les quelques filles juives anglaises qui auraient éié réglées comme les filles originaires du pays? Dans le tableau que nous venons de faire passer sous les yeux des lecteurs, n'y en a-t-il pas aussi, parmi les filles de la race sémitique, qui n'ont été réglées qu'à dix-huit, dix-neuf et même vingt ans? Ce n'est pas d'après quelques cas isolés qu'os peut résoudre le problème en question, mais d'après beaucoup de faits, et nous ne saurions trop exprimer notre regret de ce que le nombre que nous avons réussi à obtenir n'ait pas été plus considérable. Les mêmes réflexions s'appliquent également aux observations de MM. Tourdes et Stoëber, surtoot quand on pense que, parmi les juifs alsaciens, il doit y avoir beaucoup de mélange, et que peu de sujets doivent appartenir réellement à la race sémitique pure. Sous ce rapport, il n'y a pas un seul pays qui puisse être comparé à la Pologne. 1

Tout porte à croire que l'époque de la puberté doit correspondre en Egypte, qui est placée entre le 20* et le 25* de latitude, à l'âge de douze à treize ans, comme aux Indes. U différence que présente sous ce rapport la race sémitique, en Pologne, est donc déjà assez notable et ne peut s'expliquer que par l'action puissante de la température dans un sens contraire dans la patrie d'adoption. Quoi qu'il en soit, toot cela n'a pas réussi, après tant de siècles, à effacer complètement le cachet de la race primitive.

Cette différence iinira-t-elle par disparaître un jour touti fait? Je crois que l'influence du climat a dû déjà produirSi après tant de siècles, tout ce qu'elle a pu. On peut considérer les deux principales races de femmes, en Pologne, la race sltm cl la race sémitiqne^ comme étant à peu près déjà fondues en une seule au point de vue de la menstruation.

Mais l'étude des races a permis de noter une particularité qui ne manque pas d'intérêt. Les principaux caractères d'iue race peuvent déjà finir par s'effacer, par suite de nombreux croisements ou sous l'influence d'autres causes agissant constamment dans un autre sens; et pourtant on en voit encore

ÊPOQOE DE LA PUBEHTÊ EN GÊNÊBAL. SSS

quelques-uns reparailre de temps en temps chez quelques individus des générations subséquentes : c'est ce qu'on a désigné sous le nom d^aiavisme.

Il n'est pas étonnant, d'après cela, qu'au milieu des populations, composées, dans certains endroits de la Pologne, presque entièrement de la race sémitique, on tombe de temps en temps sur un certain nombre de juives, qui rappellent la race primitive par leur précocité relative dans l'éruption des règles. C'est peut-être la manière la plus rationnelle d'envisager celle question ; posée de cette manière, elle n'attaque pas du tout, en principe, l'influence des races sur l'ovulation, et, d'un autre côté, elle justifie le i»eu de différence que nous avons trouvé, quant à l'époque de la première éruption des règles, entre les juives et les femmes d'autres races, en Pologne, et explique comment d'autres médecins aient pu ne pas en trouver ailleurs, en se bornant à examiner un petit nombre de sujets. Ce sont ces exemples d'atavisme qui pourraient être la véritable cause de l'abaissement du chifi*re représentant Tâge moyen de la première menstruation chez nos cent juives. Si le hasard nous avait amené moins de cas de ce genre, la difl'érence entre les deux races aurait été encore moins sensible.

Nous avons vu, d'après les documents statistiques résumés dans les tableaux n* 1 et n* 2, chapitre III, § 2, que la , première éruption des règles a lieu, chez la pluralité des femmes de l'univers entier, entre l'âge de douze ans dix mois vingtsept jours et celui de seize ans six mois vingt-sept jours. Mais, nous avons fait observer que ces limites peuvent être devancées ou dépassées plus ou moins sous l'influence de la puissance du sens génital, seule, ou secondée par le climat, la température, le régime alimentaire, etc. Il n'est pas sans exemple de voir, même en Europe, des jeunes filles réglées à dix, neuf et

Wl PnYSÎCyi.OGfE DE LA MEiVSTRUATlO».

même huit ans; comme aussi il ne manquf^ pas non pins d'exemples de jeunes filles, même dans les pays chauds, qtii ne sont réglées qu'après la limite de seiee ans i dix-huit, dix-neuf et même vingt ans. Ce sont des menstruations relativement préooces ou tardives; ce n*est pas d'elles que nous voulons nous occuper dans ce moment, ayant déjà dit Udessus tout ce qu'il y avait à dire.

Nous comprenons sous le nom de menstruations enfantim des anomalies beaucoup plus profondes, qui constituent, i notre avis, àe\én\Bb\esmonstruosifés emméniques, carils'agil de la menstruation parfaitement établie et s'exerçant régulièrement tous les mois, chez de jeunes filles âgées seulement de quatre, trois, ou deux ans, et quelquefois même dans le cours de la première année.

Il faudrait se garder de prendre pour menstruations enfantines toutes les hémorrhagies vaginales de jeunes filles de cet âge; il n'est pas rare, en effet, de rencontrer des hémorrhagies par les organes sexuels chez de toutes petites filles, qui n*ont rien de commun avec les monstruosités emméniqoes dont nous parlons. Nous en avons vu plusieurs exemples deee genre dans notre pratique. L'année dernière, nous avons été consulte sur un cas pareil par un confrère distingué de Rouen, M. le docteur Bouteiller, un des premiers et principaux promoteurs des Congrès médicaux en France.

Il s'agissait d'une petite fille âgée de quelques mois à peine, qui venait d'avoir une petite hémorrhagie vulvaire pendant deux ou trois jours. Comme notre habile confrère, nous avons vu de suite qu'il n'y avait là rien de commun avec la menstruation enfantine. Toutes les fois, en effet, qu'il s'agit des hémorrhagies de cette nature, il y a en même temps d'autres caractères physi(|ues du côté des organes sexuels, semblables â ceux qui accompagnent ordinairement la menstruation i l'époque de la puberté , et qui manquaient chez la petite cliente du docteur Bouteiller.

Dczeimeris eut l'heureuse idée de réunir les faits relatifs à

fefOQOB DK Là PUBEftTÉ EN Gl3fftlAL. 235

061 état pathologique, qui se trouvaient disséminés dans les annales de la science, et en fit Tobjet d'un très-intéressant mémoire (1) auquel nous allons faire quelques emprunts.

Le docteur Susewind dit avoir connu une fille de vingt-sept iBois, rachitique, qui était réglée à un an. L'hémorrhagie revenait chez elle très-régulièrement tous les mois, et était accompagnée chaque fois de symptômes de molimen bémorrhagique, comme on en voit chez la plupart des femmes aux approches des régies. Les seins et le mont de Vénus ressemblaient, chez cette petite fille, à ce qu'ils sont ordinairement vers l'âge de quatorze ou quinze ans.

De Lenhossek cite l'observation d'une fille chez qui la menstruation commença à neuf mois. A l'âge de deux ans, elle possédait déjà tous les attributs extérieurs de la puberté. L'ayant ▼ne en dernier lieu à l'âge de six ans, de Lenhossek dit n'avoir encore remarqué chez elle aucun penchant vers l'autre sexe.

Dieiïenbach parle d'une fille qui était très-petite en venant au monde, lorsque tout à coup, à Tàge de neuf mois, elle commença à grandir avec rapidité. En même temps il survint une légère hémorrhagie par les organes sexuels , qui n'eut aucune influence fâcheuse sur la santé, et qui s'arrêta d'ellemême au bout de quelques jours. Plus tard elle reparut de nouveau à onze, quatorze et dix-huit mois. A cette époque, cette petite fille avait déjà prés de trois pieds de hauteur ; elle avait le bassin, les seins et les organes génitaux externes comme à l'époque ordinaire de la puberté. Elle ne manifestait point la moindre propension vers l'autre sexe. Sous ce rapport, comme sous celui de l'intelligence, elle ne montrait rien qui ne fût en accord avec son âge (2) .

D'Outrepont parle également d'une fille très-précoce qui, à l'âge de deux semaines, avait quatre dents» et qui commença à être réglée à neuf mois. Elle avait alors de longs cheveux noirs et les seins très-proéminents. On a eu l'occasion d'observer

(1) L'Expérmce, t. II, p. 12.

(2) Meekêti Aufmerk. fUr die PhysioL, iS27, p. 367.

236 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATIOll.

chez elle la menstruation jusqu'à l'âge de neuf ans; elle fcnail régulièrement tous las mois (1).

Carus cite l'observation d'une femme qui commença i être réglée à deux ans et qui devint grosse à huit. Elle a toujonn joui d'une très-bonne santé, et a succombé dans un âge tréiavancé (2).

Schaefer parle d'une paysanne qui, à l'âge de sept ans, éuil déjà grande et forte, et pesait cent cinquante livres. Elle était déjà menstruée depuis quelques mois. Les seins et les organes sexuels externes étaient comme chez une jeune fille de quatone ans (3).

M. Louis Robert cite l'observation d'une jeune fille de k Havane qui fut réglée à dix-huit mois. La menstruation venait depuis cette époque régulièrement tous les mois. Les organes sexuels et les seins étaient comme à l'époque de la puberté. C'est le même fait dont parle Velpeau dans son Traité (factmchementSy tome I, p. 119.

M. le docteur J. Le Beau a publié une observation fort intéressante, en ce qu'elle nous fournit un exemple de menstruati<m datant pour ainsi dire dès la naissance. Mathilde H...., néei la Nouvelle-Orléans le 31 septembre 1827, vint au monde avec des seins parfaitement développés, le mont de Vénus couvait de poils, comme une fille de treize à quatorze ans. A l'âge de trois ans, ses régies parurent et continuèrent de revenir régolièrement tous les mois avec la même abondance que chez une femme parfaite. Chaque période durait trois jours.

A l'âge de quatre ans, époque à laquelle l'observation M envoyée en France, cette enfant avait d^k A2 pouces et demi (i"',50) de hauteur. Elle était bien constituée, ses seins avaient la grosseur d'une forte orange ; les dimensions du bassin étaient de beaucoup supérieures à son âge (4).

(1) Gemeinsame deutsche ZeUschrifft fur die Géburtskunde, t. I» p. 151.

(2) C.-J. Meyer, System. Handbuch zur Erkenntmste w^d HeUmng der Mi^ /lusse. Wicn, 1807, t. H, p. 381.

(3) ^uîelanàf Journal der pract. Heilk.^ t. XUII,

(A) Le Beau, Cas depuberté prématurée {Annales d'hifgiè»0f 1 833, t. X,p. 181)'

^uret parle d'une fiile qui a commencé à être réglée à ms. A huit ans, elle était physiquement développée comme tUe de quatorze ans. S'étant mariée à vingt-sept ans, elle plusieurs enfants. Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est nonobstant cette grande précocité, elle était encore bien 3 à l'âge de cinquante-trois ans (1).

is le vingt-neuvième volume du Journal médico-chirur^ de Johnson à Londres, on trouve également une observa- 'elative à un cas de menstruation très-précoce survenue à 1, reparaissant tous les mois pendant deux jours; Les les sexuels étaient chez cette enfant comme chez une e faite ; les lèvres épaisses et proéminentes, couvertes de ainsi que le pubis ; les glandes mammaires très-fortes et imelons entourés d'aréoles (2).

ateur de l'article I^uberté du grand Dictionnaire des es médicales rapporte une observation fort curieuse de ruation précoce qui lui a été communiquée par le docteur rmond, médecin à Lyon.

'enfant, du sexe féminin, qui est l'objet de cette observaa présenté, à l'âge de trois mois, un développement du lont la mère conçut de l'inquiétude. Cette inquiétude Iplus grande lorsqu'on vit les parties génitales se couvrir Is noirs, crépus, épais, et les aisselles offrir la même dism. Bientôt les régies coulèrent comme chez une femme ormée, et elles ont reparu régulièrement jusqu'à présent 3tte enfant est âgée de vingt-sept mois. M. Comarmond ) pour la première fois à l'âge de sept mois; il fut étonné cpression du visage, dont les traits étaient prononcés et ent rien d'enfantin, et surtout de la vivacité des yeux, îmblaient exprimer des désirs. La gorge a continué à re du développement; elle est ferme et bien placée; en ot, cette petite Glle présente, à son âge actuel de vingt-

Icmeau Journal de médecme, chirurgie et pharmacie, t. VII.

!e fût est publié d'après le journal allemand intitulé : Wochêfuehrift fUr

mmie HeUkunde.

238 PHYSiOLOGlK DK LA MENSTRUATION.

sept mois, tous les signes physiques de la puberté, qui ont cooimencé à se manifester après la naissance, j»

Cette petite fille, quoique atteinte de rachitisme , devemil néanmoins tous les jours plus forte.

MM. Bourjot-Saint-Hilaire , Clarke, Mandelsbof, Lobstai, Ramon de la Sagra, Gedike, Wilde, etc., citent également dei exemples plus ou mpim analogues (i).

Chez tous ces enfants, comme nous avons pu voir, les sein et les organes sexuels externes étaient en même temps auni développés qu'à Tépoque de la puberté. C'est là précisémeil ce qui distingue les menstruations enfantines des hémorrbagîn ordinaires. Dans celles-ci, le sang provient de la matrice ou di vagin, peut-être même seulement de la vulve, et n'a rien k commun avec l'ovulation. Dans les menstruations eafantinei, au contraire, il s'agit positivement du développement exlraordinairement précoce des ovules et des follicules. Par une anomalie dont on rencontre également quelquefois des exemples dans d'autres appareils organiques, ces organes acquièrent déjà chez les enfants le développement qu'ils ne présentent habituellement qu'au commencement de l'adolescence, à l'âge de h puberté. Par la même raison aussi, les organes sexuels citernes et les seins reçoivent de leur part cette impulsion syinpathique qui caractérise la maturité ou l'époque de la pre^ mière menstruation ovulaire.

Nous n'avons jamais eu d'occasion d'examiner les ovaires de petites filles appartenant à cette classe d'anomalies, mais il n'y a pas le moindre doute pour nous qu'ils doivent présenter, dans ce cas, le mt^me aspect qu'ils offrent dans des conditionf normales, à T époque de la puberté.

En examinant les ovaires de petites filles mortes à l'hôpital des Enfants assistés, nous en avons rencontré un appartenant à un enfant venu au monde à sept mois, qui renfermait déjà un follicule de Graaf parfaitement formé, visible à l'œil nu.

(1) Voyez l'intéressant mémoire de Dezeimeris dans l'Expérienoef t. H.

Il porte à croire que si cette enfant avait conliiiué à vivre, aurait pu avoir déjà plusieurs follicules au terme de la atioQ , et qu'en suivant ainsi l'impulsion vigoureuse du i génital, elle aurait pu arriver, sous ce rapport, dès les uiéres années de la. vie, au développement auquel on n'ar- I ordinairement, dans notre climat, que vers l'époque de ione ans. C'est là, je crois, la véritable raison des mentalions enfantines,

iB sexe féminin n'est pas le seul qui soit susceptible de prêter cette précocité dans l'époque de la puberté. On a eu ilquafois l'occasion d'observer la même particularité chez hommes. L'ancien Journal de médecine rapporte un fait œ genre relatif à un petit garçon de Cabors qui, à F âge de lire ans, offrit à Pages de Gazelles, médecia du roi, tous signes physifjues d'une puberté parfaite. Il avait alors quatre is trois lignes de hauteur; il pesait quarante livres, avait un de voix très-fort et très-grave, et recherchait les femmes c ardeur et ne pouvait se contenir auprès d'elles (1). lous donnons le nom de menstruatimi séroiine à L'hémor^ gie menstruelle qui, sans aucune cause pathologique, en seuce de toutes les apparences d'une bonne santé, ne con^nce que très-tard, par exemple à l'âge de vingt, vingt-deux, gi-quatre, vingt^six ans et même plus tard. Ce retard conr srable peut être la conséquence de l'apathie du sens génital; \i même ce qui arrive probablement le plus souvent. Ceidant, de ce que l'hémorrhagie mensuelle ne se présente pas, ae peut pas encore en conclure, d*une manière absolue, que iilation ne s'exerce pas non plus, et que les ovules et les foU lies de Graaf narrivent pas périodiquement à la maturité. Le vail physiologique qui a lieu chaque mois dans les ovaires, i époques des règles, peut, en effet, s'exercer quelquefois :eptionnellement, malgré l'absence de la crise hémorrha* pie. La science possède un assez grand nombre de faits de

[i) Ancien Journal de médeemt^ t. X, p. 37,

ce genre. Cette disjonction de deux principaux phénomènes de la menstruation peut exister seulement pendant quelque temps, comme aussi elle peut durer toute la vie sans que Tabsence des règles ne porte aucun préjudice à la sauté. Noos avons déjàjinsisté ailleurs sur cette particularité et nous avons même fait remarquer qu'il y a des femmes qui n*ont jama» été réglées de leur vie sans que cela les ait empêchées d'avoir des enfants. Bien plus souvent, cette disjonction est suivie seulement d'un retard dans l'apparition des règles, et, au botit d'un certain temps, chaque déhiscence périodique spontanée des vésicules se termine, comme d'habitude, par hémorrhagie.

Le docteur Faije (de Christiania) cite une femme qui n'a été menslruée qu'à vingt-sept'ans. Elle s'était mariée à vingt-sii, est devenue enceinte presque immédiatement après. Ce n'est qu'après être accouchée qu'elle a vu ses règles pour la première fois, et, depuis, la menstruation a toujours été régulière.

Le même auteur cite encore deux autres faits de ce genre qui ne manquent pas d'intérêt. Une femme norwégienne n'a vu paraître ses règles qu'à l'âge de dix-neuf ans. Depuis, elle n'a plus été réglée, ce qui ne l'avait pas empêchée de devenir enceinte, et ce n'est qu'après son accouchement, à Tâge de vingt-cinq ans, que les règles avaient reparu. Une primipare de vingt-sept ans n'a été réglée qu'une fois, à l'âge de seize ans. Depuis cette époque, l'hémorrhagie menstruelle a fait complètement défaut. La santé de ces femmes était toujours excellente nonobstant cette particularité (1).

Dans notre ouvrage De la pubei*té et de Vâge critique j noas avons rapporté, d'après Pechlin, une observation fort curieuse sous ce rapport : il s'agit d'une femme mariée, forte et bien portante, qui a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans sans avoir eu ses règles ; elles ont fini par paraître dès les premières nuits de son second mariage, et ont continué ensuite régulièrement pendant deux ans, au bout desquels lélle devint enceinte. Cette

(1) Notes manuscrites adressées au Congrès médical international de Pirii.

>oane eut encore plus lard trois aulres enfants avant de er d'être réglée.

^os tous les faits de ce genre, la menstruation de la femme rouve exceptionnellement réduite à ce qu'elle est normalent chez plusieurs femelles des animaux domestiques, où i se borne, comme on sait, aux évolutions internes dans les ires, et où rhémorrbagie utérine manque, ou n'est que trés- 1 sensible. Cependant, même dans ces cas exceptionnels, il fit, le plus souvent, d'un peu d'excitation des organes tuels, comiro celle que provoque le coït ou l'accouchement, ur restituer aux femmes Thémorrhagie périodique dont elles lient privées pendant quelque temps.

I ¥1. — Bes 0ym»lème0 cpil, à pari l'hém«rrluisl« Biamlmelle, earaetériMBt l'épa^oe ûe la puberté.

La première éruption des règles, qui coïncide avec la punie, est précédée en général d'assez loin, de quelques modiétions dans le physique et dans le moral, qui acquièrent de 08 en plus d'importance à mesure qu'on approche du moent critique, et qui durent encore quelque temps après. C'est d*abord autour des organes destinés plus directement la reproduction, que se groupent les principaux changements. » formes de la jeune fille, qu'on pouvait jusqu'alors conndre, à un examen superficiel, avec celles des garçons, îssent de présenter les caractères de l'enfance et laissent eviner d'avance le rôle auquel la femme est appelée dans la )ciété.

Les diamètres du bassin augmentent en tous sens, ce qui lit proéminer davantage les hanches et les rend comparativeoenl beaucoup plus saillantes que chez l'autre sexe. C'est iinsi encore que la partie postérieure du bassin se trouve reativement plus déjetée en arrière à cause du refoulement du iacrum, et que les muscles du dos, attirés en bas de ce côté, X)mribuent h former cette pente si agréablement arrondie lue l'on a appelée la chute des reins, que l'art s'efforce tou-

ftàUBOftSKI. 15

242 PHYSIOLOGIE DE LA MfiNSTRUATiON.

jours à imiler pour caractériser les formes de la Temme ¥ue par derrière. Par devant, Thypogastre s'arrondit et devient plus souple, étant doublé davantage d'une couche graisseuse.

Les organes sexuels externes acquièrent plus de vitalité; les grandes lèvres s*épaississent ; les nymphes, que Linné avait comparées à des pétales d'une fleufi s'épanouissent ; la sécrétion des glandes sébacées augmente. En même temps le système pileux commence son invasion ; on en aperçoit d'abord des traces tout le long des bords des grandes lèvres ; bientôt le mont de Vénus en est garni. D*un autre côté, les seins se dessinent et deviennent quelquefois sensibles.

Tous ces changements ne sont pas du tout la conséqueDce de l'hémorrhagie menstruelle, mais de même qu'elle, ils sont le résultat du développement progressif des follicules de Graaf qui touche alors à son apogée. La plupart du temps même, le flux menstruel ne vient qu'en dernier lieu, lorsque tous les autres symptômes que nous venons de décrire avaient déji averti depuis quelque temps de son apparition prochaine. H n'est pas rare de voir la première éruption des règles être prè^ cédée pendant quelque temps d'une sécrétion leucorrhéiqiie qui n'a rien en elle d'inflammatoire, mais provient tout bonnement d'un surcroit de la vitalité dans les organes sexuels.

Etant ainsi préparée de toutes les manières par la nature i ce qui l'attend, il est rare que la jeune fille ait lieu de s'effrayer de l'apparition du flux menstruel ; bien peu de mères, d'ailleurs, attendent jusque-là sans faire comprendre à leurs filles la nature et le but de nombreux changements dont elles s'aperçoivent chez elles depuis quelque temps. Mais si la jeune ûlle ne s'en efl'raye pas, elle ne se préoccupe pas moins de tout cela dès qu'elle en connaît le secret. Elle devient plus recueillie, plus pensive. Pour la première fois il lui arrive d*éprouver des sensations dont elle ne se rend pas compte, et qui occasionnent même un certain embarras que trahissent à tool moment ses paroles et ses mouvements. Elles sont involontairement poussées à s'épancher dans le sein de l'amitié, présen*

tenl de la prédilection pour certaines compagnes, el peuvent se passionner innocemment pour tout ce qui leur paraît beau et bon. Le sentiment de la pudeur, qu'on peut regarder jusqu'à un certain point, avec Cabanis, comme l'expression détournée des désirs ou le signe involontaire de leurs secrètes impressions, donne à cette époque de la vie une tournure particulière à l'esprit de la jeune fille. Souvent une triste mélancolie se répand sur ses traits; le besoin de la solitude remplace celui des jeux bruyants de l'enfance, elle tombe en un mot dans un état qui ne manque pas d*un certain charme et qui a même inspiré plus d'un poëte (1).

11 n'est pas rare de voir, sous l'influence de cette nouvelle cause de surexcitation, survenir des troubles nerveux de différente nature, tels que : l'hystérie, la chorée, la catalepsie, la léthargie, etc., etc., qui ne disparaissent pas toujours, même après l'apparition des règles.

Le système circulatoire n'est pas non plus sans se ressentir de cette surexcitation. Le pouls devient alors souvent plus développé et même plus fréquent. Au dire de Bordeu, il serait composé de pulsations inégales accompagnées de rebondissements, moins fréquents à la vérité et moins constants que dans ce qui constitue aux yeux de ce célèbre médecin, le pouls naît) Parmi ces poët^, il 5 en avait plusieurs médeoins, dont nous regrettons de ne pouvoir reproduire les vers dans un livre esseaUeUement scientifique comme celui-ci. Cependant, pour ne pas priver tout à fait nos lecteurs du charme de ces productions littéraires, nous allons citer au moins quelques jolis vers de Delille éaua iMquels ce célèbre poëte dépeint tràs-bien la tournure de Tesprit que préten-' lent beaucoup de jeunes (Ules, surtout dans la classe plus élevée, i l'époque de la puberté :

« Sauvage et se cachant à la foule indiscrète,

» Le demi-jour suffit à sa sombre retraite.

» De loin, avec plaisir elle écoute les vents,

» Le murmure des mers, la chute des torrents^

» C'est un bois qui lui plaît, c'est on désert qu'elle aime ;

» Son cœur plus recueilli jouit mieux de lui-même ;

» La nature un peu triste est plus douce à son oeil ;

» Elle semble en secret compatir à son deuil.

» Aussi l'astre du soir la voit souvent rêveuse

» Regarder tendrement sa lumière amoureuse ! »

2hU PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION.

sai, mais assez sensibles. Nous. n'avons pas été à même de vérifier le fait annoncé par le célèbre médecin de Montpellieri de sorte qu'il nous serait difficile de dire jusqu'à quel point son observation a été exacte. Quoi qu'il en soit, cette excitatioB sympathique de l'appareil circulatoire explique les fréqueoU saignements de nez, différentes phlegmasies des membranes muqueuses et de la peau, telles que: ophthalmies palpébrales, conjonctivites, stomatites, angines tonsillaires, vaginites, volvites, érysipèles de, la face, éruptions cutanées, etc., qu'on remarque très-souvent chez les jeunes personnes à l'approcbe de la puberté.

La sympathie qui existe à cette époque de la vie chez rhomme, entre les organes sexuels et le larynx, n'est pas moins manifeste chez la femme. Sa voix mue également et son coo grossit en même temps.

Tout ce qui est voisin des ovaires se congestionne facilement. Il n'est pas rare de voir, à cette époque, des troubles du côté de la vessie, tels que des rétentions ou des incontinences d'urine, quelquefois de l'hématurie. L'excitation des ovaires peut aller jusqu'au degré d'une véritable phlegmasie, et provoquer des mouvements fébriles. Selon Boërhaave, ce dernier phénomène serait si commun aux approches de la première éruption des règles, que sur mille femmes on en trouverait tout au plus une qui en serait exempte : inier mile feminas, vix una reperitur quœ ante primas menses nanfefmciiat.

Quelquefois la congestion ovarique qui précède la première éruption des règles est la principale cause des désordres sympithiques du système nerveux, que l'on ne parvient à dissiper qu*en faisant disparaître cette congestion.

Dupont cite l'exemple d'une jeune fille qui, à l'approche de la première menstruation, éprouvait jusqu'à dix ou douze syncopes par jour (1). Dans un autre cas rapporté par le même ao-

(1) Dupont, Réflexions lur quelques points de la mensirualion^ Uièses deParii) an XIII.

ÉPOQUE DB LA PUBERTÉ EN GÉNÉRAL. 2/i5

ear, la première éruption des règles était précédée des plus iffreuses convulsions. Toutes les fonctions paraissaient être ians un désordre extrême ; la nature semblait prête à succomber sous le poids de ses propres efforts, lorsqu'on eut l'idée de &iire l'application de six sangsues aux organes génitaux. Immédiatement après, il survint du calme et les règles parurent à l'instant même.

Une fois le flux menstruel arrivé, la jeune fille se considérerait presque comme offensée si on la traitait en enfant. Dès ce moment, on désigne généralement les jeunes filles sous le nom dé grandes filles^ et ce titre sonne d'autant plus agréablelueot à leurs oreilles qu'elles en faisaient depuis quelque temps le principal objet de leur amour-propre. Elles sentent qu'il n'y a plus que le mariage qui les tient encore à distance des autres femmes ; aussi cette idée va-t-elle devenir le principal objet de leurs rêveries ; elles commencent à se plaire davantage dans la société de jeunes gens et emploient pour leur plaire toutes les ressources de leurs grâces et de leur coquetterie.

c Alors, comme le dit Roussel, tout s'anime dans la femme, les yeux, auparavant muets, acquièrent de l'éclat et de l'expression ; tout ce que la jeunesse a de fraîcheur brille dans sa personne. Dans ce nouvel état, il résulte en elle une surabondance de vie qui cherche à se répandre et à se communiquer. Elle est avertie de ce besoin par de tendres inquiétudes et par des élans qui ne sont que la voix tyrannique et douce de la Tolapté. Pour intéresser puissamment toute la nature à sa situation, elle semble appeler les plaisirs à son secours. Alors tout s'empresse, tout vole au devant de la beauté, pour la servir et briguer le bonheur de recevoir ses chaînes (1). >

Comme il est facile de voir, la plupart des symptômes objectif qui précèdent ou accompagnent la première éruption des règles, ressemblent à ceux que nous avons déjà fait connaître

(I) Roussel, Système physique el moral chez la femme.

2d6 PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION.

en parlant des symptômes des époques medslruellee en général (1). Il ne pouvait guère en être autrement, car ee sont io«jours les mêmes modifications anatomiques et t)hy8iologiqttes qui en sont le point de départ. Seulement, en Trappant m une nature encore vierge de pareilles impressions^ à Fépoqae de la puberté, elles peuvent produire des troubles plus variéi et plus prononcés qu'à une période plus avanôée de la Hî menstruelle où Thabitude seule amène déjà plils de tolérance. Chez la plupart des jeunes GUes, la menstruation revîentatf bout d*un mois et suit dès le début la marche périodique qu'elle doit observer plus tard ; cependant il y en a aussi chet lesquelles elle semble éprouver dans le commencement uoe sorte d'hésitation, et où elle demande encore quelque teœpi pour s'établir complètement.

Ayant noté chez 87 femmes la distance entre les deui pr^ mières époques menstruelles* nous en avons trouvé 68 chei lesquelles ces deui époques n'offraient pas plus d'un mois d'intervalle. Chez deux femmes, la seconde menstruation revint six semaines après les premières règles; chez quatre, après deux mois d'intervalle; chez cinq, après trois mois; chez quatre, après quatre mois ; chez une^ au bout de cinq mois; chez une, au bout de huit mois ; chez trois, au bout d'un an; enfin, chez une, après deux années d'intervalle.

Il résulte de ce relevé que chez les deux tiers environ des femmes, la menstruation vient, dès le commencement, tous te mois.

Selon M. Pétrequin (de Lyon), plus l'âge qui correspond ih première éruption des règles serait avancé, plus il y aurait de tendance à l'irrégularité de cette fonction dans le reste de b vie utérine. Ce médecin distingué dit effectivement n'avoir observé d'irrégularités de ce genre que chez un buitiémâ des femmes réglées à 13 ans, tandis qu'il les avait remarquées chez le quart des femmes réglées à 18 ans, chez le tiers de

(i) Vo>ex page 82.

Biles qui étaient formées à 10 ans, et enfin chez les trois sepémes de celles qui n'ont été réglées qu'à 20 ans.

Cette observation est assez juste , en général ; mais [. Pétrequin n'a pas peut-être tenu assez compte des causes des lenilmations iardivesi II est certain que toutes les fois qu'une sune fille qui àtira été menstrùéë tatd, àtira joui malgré cela 'une bonne santé» la cause du retard consistera probablement IBS l'atonie du sens génital. Que par lés progrés de l'flge et ïmiélioratioh obtenue dans la constitution, ce seiis acquière hm d'énergie, et Ton verra la menstruation s'établir solidedéni et se régulariser.

Il n'en sera pas de même quand le retard dans la première iTliption des règles sera occasionné par quelques maladies ou les dispositions morbides générales, telles que la chlorose, la acbexie scrofuleuse, tuberculeuse, etc., etc. Comme il est we que ces états guérissent complètement avec la puberté, «1 les voit se réveillera difTérentes reprises, ce qui suffit pour Dépendre chaque fois le développement des follicules de Graaf I arrêter pour quelque temps l'évacuation menstruelle»

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