CHAPITRE IV
Après avoir suivi, pendant un certain nombre d'années sa larche périodique, la menstruation finit par s^arrêter comptéément, et avec elle s'éteint aussi la faculté de la reproduction. ielte époque a été désignée sous différents noms, tels que : \fê critique y âge dimatérique^ âge de retour y ménopause. Nous iréférons la dénomination de ménopause à toute autre, car elle le préjuge rien sur les conséquences de la cessation des régies K)ur l'économie, mais se borne ;i constater le fait matériel de eur disparitioh.
Nous aurons d'abord à nous occuper de la question relative \ l'âge auquel correspond ce changement physiologique;
nous étudierons ensuite ses rapports avec l'ovulation, et, a dernier lieu, nous examinerons quelles en sont les conséquences pour réconomie.
I I. — »e l'âge «•rreapMMUuit à ta léa^pa— c e« tfe ta tfe I* pértode éemUmé^ à ta
LMge de la ménopause est-il soumis à rinfluence des agents extérieurs, et particulièrement à celle du climat, comme l'âge correspondant à la puberté? La durée de la faculté de la reproduction, limitée par le commencement et la Gn de h période menstruelle, serait-elle la même dans tous les pajsf Un retard dans la puberté entraine-t-il nécessairement on pareil retard dans la ménopause? Toutes ces questions intéressent le physiologiste, et nous ne devons pas les laisser de côté. Malheureusement, parmi les documents que nous possédons, la plupart proviennent seulement de l'Europe; les statistiques sur la ménopause des pays chauds nous manquent; nous ne pourrons donc juger de l'influence du climat que par la difTércnce que nous pourrons rencontrer, sous ce rapport, entre les divers pays de l'Europe. Commençons par quelques statistiques en France.
D'après les notes prises, sur 133 femmes de l'hospice delà Salpêtrière, nées à Paris, par M. le docteur Francis Demouy, le plus grand nombre des femmes de cette catégorie auraient cessé d'être réglées h cinquante ans ; viennent ensuite, dans Torde de leur fréquence, les âges de 62 ans, àS ans, àO ans, A5 ans, 51 , 53 , A9, A2, àd et AS ans, etc., etc. La moyenne dç l'âge de la ménopause correspond à ACans 3 mois et sept jours. En comparant ce chiffre avec la moyenne de la première éruption des règles à Paris, qui correspond à Tâge de là ans sept mois (1), nous obtenons pour la durée de la période de la vie
(1) Voyez le tableau n^ 1, dans le paragraphe relatir k rinflueneo du climal.
Le docteur Francis Dennouy nous a prié d'exprimer publiquement, dans cet ouvrage, sa reconnaissance au directeur de TAsBistance publique, M. Hiusoh, pour l*exlrême complaisance avec laquelle il 8*est empressé & lui fedliter »éah
tpte à la reproduction à Paris, 31 ans 8 mois 7 jours. Ce ésultat ne diffère pas beaucoup de celui auquel nous étions arrivé en 1889, lorsqu'ayant pris des notes sur 110 femmes de a Salpêtrière, nous avions trouvé pour moyenne de la ménoiftose, Tâge de A ans (1).
Le docteur Marcel Petiteau ayant noté l'âge de la cessation les règles aux Sables-d'Olonne, chez 108 femmes, a trouvé que e plus grand nombre d'entre elles cessaient d'être réglées à k5 ans ; viennent ensuite, dans l'ordre de leur fréquence, les Iges de 50 ans, A8 ans, &ô, A?, 51, A2 ans, etc., ce qui donne ^or la moyenne de la ménopause A6 ans 5 mois et 13 jours, 5t pour la période destinée à la reproduction : 51 ans 11 mois jt 12 jours, la moyenne de la puberté étant, aux SablesrOlonne, de li ans 8 mois et 11 jours.
D'après les notes prises par M. le docteur Francis Demouy, ur 222 femmes de l'hospice de la Salpêtrière de Paris, nées et lyant passé leur jeunesse dans les départements du Nord et la centre de la France, la moyenne de la ménopause prise sur )2 femmes nées dans le Nord correspond à &Ô ans 3 mois et 12 jours; chez les femmes du centre de la France, d'après 130 observations^ elle correspond à Aô ans 1 mois et 22 jours. Sa somme, il y aurait tout au plus deux mois de différence |uant à l'âge de la ménopause entre les femmes nées au centre le la France et celles de Paris et des départements du nord de ['Empire. Ces moyennes, même celles de Paris et des provinces lu nord de la France, ne différent pas sensiblement de la moyenne trouvée par le docteur Marcel Petiteau aux Sablesd'Olonne, qui est de AO ans 3 mois et 6 jours. La durée totale
Biitratnreineat tes recherches i l'hospice de la Salpêtrière. Nous nous associons d'autant plus volontiers à ce témoignage de gratitude, que tout le corps médical de Paris apprécie hautement les dispositions bienveillantes du savant directeur et son ûèfcnÊmeni pour la science.
(1) Nous devions ce document, comme nous nous sommes empressé de le recoonaitre dans notre ouvrage De la puberté et de Vdffê critique^ à la bonne amitié de notre excellent confrère le docleur Amédée Dechambre, qui était alors interne à la Salpêtrière.
250 PHYSIOLOGIE DE LA MBMSTRUATlONi
de la période destinée à la reproduction ne dépasse par censéquent) à Paris, que d'un mois et cinq jours celle des Sables* d*01onne. Ce résultat est fort peu de chose par Itti-^méme) mais il n'est pas moins curieux de voir Tâge de la ménopause dépasser un peu à Paris celui des Sables-d'Olonne^ tandis que la moyenne de la puberté était, au contraire, d'un mois onze jours en retard dans cette localité sur celle de Paris; D eil donc au moins évident que Tâge de la ménopause n'est pis absolument en rapport avec celui de là première éruption des règles.
Plusieurs autres auteurs se sont également occupés de i'flie de la ménopause en France; nous citerons particulièrement MM. Gourty, Puech, Leudet, Petrequin; mais ils se sont tons contentés de dire que les femmes de Montpellier, de Rouen ou de Lyon cessaient d'être réglées entre A6 et 60 ans. Leurs documents ne peuvent pas , par conséquent, nous sêrtif i éclairek* le problème de la durée réelle de la période menstruelle et de ses rapports avec le climat.
D'après les observations qui nous ont été communiquées sur la ménopause à Florence^ par M. le docteur Raffaelo Levi, les femmes de ce pays cessent d*étre réglées, en moyenne^ i iô ans 4 mois et 13 jours, ce qui porte la durée de la période menstruelle à 31 ans 11 mois et 12 jours, c'est-à-dire à 3 mois de plus qu'à Paris. La plupart des femmes de Florence cessent d'être menstruées à A8 et 60 ans; viennent ensuite jes âges de A9, i2, AO, et, sur 66 femmes, il n'y en a eu que quatre qui avaient cessé d'être réglées après 60 ans : trois à 61 et une i 62 et 53 ans.
En Espagne, d'après les documents fournis par M. le professeur Séco-Baldor sur les femmes de Madrid et des provinces septentrionales» la période menstruelle n'aurait que 20 ans 17 jours de durée. La plupart des femmes de ces contrées cessent d'être réglées à âO et 60 ans ; viennent ensuite, par Tordre de leur fréquence, les âges de : 48, 44, 38,47, 49, 51 52, JS, 42, 39, etc., etc. Sur 132 femmes, on en trouve encore 25 qui
l'ftvaîent cessé d'élre réglées qu'après Tâge de 60 ans, dent A 00 ans. La moyenne de Tâge de la ménopause correspond, lans ces provincesi à Tàge de Ai ans.
Aa dire de M. le docteur Faye^ Tâge de la ménopause corespondraii en Norwége à A8 ans 11 mois et 26 jours, en Doyenne, ce qui porterait la durée de la période menstruelle 1 32 ans 10 mois et 13 jours. C'est la plus longue durée (}ue I0U8 ayons observée en Europe.
Le docteur Tilt porte la durée de cette période, d'aptes les lotes prises sur 60 femmes à Londres, à 31 ans 9 mois et 10 jours.
Witsehead porte la moyenne de l'âge de la ménopause à ianchesler à 31 ans 3 mois et 12 jours, d'après les notes prises rar 69 femmes. D'après M. le docteur Lebrun (de VarsoTie), {ui a eu Tobligeancé de nous envoyer des renseignements sur la menstruation dans ce pays, la moyenne de la ménopause correspondrait, dans la capitale de la Pologne, à A7 ans O^&i se qui porte la durée de la période menstruelle à 81 ans 7 mois Bl 0 jours.
Somme toute, la durée de la période menstruelle semble oBciller, dans les différents pays de l'Europe que nous venons de nommer, entre 29 ans 17 jours et 82 ans 10 mois et IS jours ; ce qui constitue un intervalle de 3 ans 9 mois et 26 jours. L'Espagne et la Norwége se trouvent placées aux eitrémités;
On comprend que la ménopause soit relativement en retard en Norwége, puisque la moyenne de la puberté correspond, à Christiania, à 16 ans passés, ce qui constitue un des chiffres les plus élevés sous ce point de vue en Europe. Mais il sera toujours difficile de dire pourquoi la cessation des régies a relativement lieu plus tôt à Madrid et dans les provinces septentrionales d'Espagne, que partout ailleurs.
Nous avons fait déjà remarquer que l'âge moyen dé la puberté était beaucoup plus élevé dans ces contrées que ne semblait le faire espérer la température annuelle tbermomé-
252 PHYSIOLOGIE DB LA MbNSTRUATlOlf.
trique. Ce pays serait-il donc destiné à offrir» sous tous les rapports, des exceptions au pointdevue emménique? Le résultat que nous venons de constater pour la ménopause tiendrait-il aussi à l'altitude relativement très-forte de ces provinces, comme nous l'avons supposé déjà pour leur puberté un peu tardive? C'est un sujet qui est digne, comme on voit, de nouvelles études.
D'un autre côté, plusieurs causes peuvent contribuer individuellement à la cessation prématurée des règles ou à faire continuer les hémorrhagies périodiques au delà du terme on dinaire, en dehors de l'ovulation. Les moyennes n'expriment pas, par conséquent, avec une fidélité parfaite la durée réelle de la période menstruelle proprement dite.
Chez beaucoup de femmes encore jeunes, les premières con* ches occasionnent quelquefois des accidents inflammatoires des ovaires, qui peuvent se terminer par une altération profonde et même par l'atrophie de ces organes. La plupart des femmes comprises dans nos documents statistiques, qui ont cessé d'être réglées à 30 ans et même avant cet âge, attribuaient leur ménopause relativement si précoce, aux suites d'une couche malheureuse ou aux accidents survenus à la suite d'une suppression brusque des règles. Que le hasard amène un asseï grand nombre de faits pareils dans un tableau statistique, et la moyenne de la ménopause pourra baisser ainsi d'une manière notable. Heureusement qu'on peut toujours compter que des cas analogues doivent aussi se présenter dans d'autres groupes de femmes qui entrent en parallèle avec le précédent. Quoi qu'il en soit, leur proportion ne pouvant pis être toujours la même, il doit y «ivoir généralement, parai les éléments qui composent une moyenne de la ménopause, des chiffres tout à fait accidentels, en dehors de l'état physiologique.
Mais ce ne sont pas encore là toutes les difficultés qu*on éprouve pour déterminer la durée de la période menstruelle. Parmi les femmes qui prétendent avoir été réglées jusqu'à 56 on 60 ans
même au delà de ce terme^ il y en a probablement pas mal t, yers la fin, n'avaient eu que des hémorrhagies sexuelles intendantes de l'ovulation. Une longue habitude a pu conserr à ces pertes de sang le type mensuel, mais on aurait tort
les confondre avec la menstruation proprement dite. C'est Ds cette catégorie, je crois, qu'il faut placer tout ce qu'on a . des menstruations exceptionnellement prolongées dans les ys chauds.
Au dire du docteur Tilt, Webb tenait d'un étudiant en médne indoux que la ménopause arrivait très-tard dans ce ys. Cet étudiant lui aurait affirmé avoir connu treize femmes li n'auraient cessé d'être réglées qu'à 50 ans, deux à 56, et 18 à 57, 58, 59, 60, 63, 6i, 65, 67, 68, et enfin une qui n'avait ssé d'être réglée qu'à 80 ans (1). Il est à présumer que plupart de ces femmes avaient conservé» seulement dans leur sillesse, l'habitude de perdre périodiquement du sang, coniclée dans la jeunesse à l'occasion de Texercice périodique I l'ovulation. La température trés-élevée du pays devait lilleurs favoriser ces hémorrhagies. N'avons-nous pas vu .'en Espagne septentrionale, dont la température est de iDCOup inférieure à celle de l'Asie méridionale, vingt-cinq ornes sur cent trente-deux avaient coutume encore de pers du sang périodiquement tous les mois , après Tâge de
ans , et que sur ce nombre il y en avait encore quatre i n'avaient cessé de perdre du sang qu'à 60 ans ? Beausp de ces hémorrhagies, de même que celles rapportées par todiant en médecine indoux, ne devaient plus avoir pour )lif l'ovulation. Quoi qu'il en soit, comme toute règle souffre i exceptions, on ne peut pas nier d'une manière absolue la iubililé des ménopauses sérotines, qui feraient dans ce cas [)endant, vu leur caractère exceptionnel, aux menstruations aniines dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, laller rapporte l'observation d'une personne de sa famille
) Webb, Pathologica indica, 2* partie, p 277, cité par le docteur Tilt.
254 PHYSIOLOGIE DE LfL MENSTRUATION.
qui donna naissance à deux enfants après avoir accompli sa cinquantième année. « Inter consanguineas meas fuit patricii matrona, cujus filii post 60 malris annum nati in senatum adlecti supervivunt dum hsec scribo. >
Au rapport de Pline, Cornélie aurait mis au monde Valerius Saturninus à l'Age de 70 ans. On trouve bieq d'antres exemples analogues cités dans les différents auteon; mais dans le nombre il y en a aussi plusieurs qui ne paraisseal mériter aucune confiance. Que penser, par exemple, de Tobservation rapportée dans les mémoires de l'Académie dei sciences en 1778, où il s'agit d'une femme qui à l'âge de 106 ans aurait été encore régulièrement menstruée? Gomme le fait très-bien observer Haller, dans la plupart des faits de ei genre, on a dû confondre probablement les règles propremeet dites avec des hémorrhagies occasionnées par des affection organiques de l'utérus, c Metus tamen est ne ii serotini mettes morbosi sint, et ex vitio uteri nascantur» (1).
Fabrice de Hilden cite une observation qui semble apparie* nir au même ordre de faits (2). 11 s'agit d'une femme nommée Dorothée, qui, après avoir cessé d'être réglée à 60 ans, aorail eu ensuite, à 70 ans, une hémorrhagie venant périodiquement, comme la menstruation, pendant trois mois consécutifs. Aa dire de Fabrice, cette femme semblait rajeunie à partir de ce moment et a vécu jusqu'à environ cent ans.
M. Courty dit avoir oonnu une personne qui était encore réglée à 65 ans passés. M. Puech raconta à ce savant médecin qu'il avait connu une femme qui avait eu ses régies h 57 ans (3). Nous trouvons dans Touvrage de M. Courty li mention d'un autre fait provenant de la même source, et qui n'est pas moins remarquable. Il s'agit d'une femme qui i cessé d'être réglée à hO ans. A l'âge de A6 ans, les régies avaient recommencé et revenaient régulièrement pendant mi
(1) Elem. physiologiœ, t. VII, lib. XXVUI, p. 142.
(2) Fabrice de Uilden, obs. LX, cent. 2.
(3) Ouvrage ciié, p. 333.
I, époque où était survenue une grossesse qui s'était terminée loreusement.
Le docteur Lemoioe (1) a vu un cas analogue. Il s'agit une femme de quarante-six ans qui, après avoir cessé èire réglée depuis trois ans, était devenue enceinte et H accouchée à six mois. M. Renauldin cite un fait encore h» ourieux. Il a connu une dame qui a eu un enfant à il ans, et qui avait cessé d*étre réglée dix ou douze ans aupaavant.
Dans quelques cas semblables à ceux que nous venons de Nier, le retour de Thémorrhagie périodique après une longue ibsenee pourrait être la conséquence naturelle du réveil de Povalalion qui se serait endormie pendant quelque temps à (approche de la ménopause. Des causes fort naturelles» comme le serait par exemple l'excitation génésique, pourraient jouer en cette circonstance le rôle d*un excellent emménagogue. Au dire de M. Michel Lévy, Esquirol aurait connu une dame de 50 ans, dont les règles avaient cessé de paraître depuis un an. Une passion amoureuse étant venue troubler son repos, l'écoulement menstruel repçirut et dura encore plusieurs aimées (2).
Earmi les différentes communications qui ont été faites sur b menstruation, au Congrès médical international de Paris, il yen avait une fort curieuse, sur la prolongation de la période menstruelle, observée, non plus sur quelques individus, mais lur une population tout entière \ nous voulons parler du travail du docteur Robert Cowie, sur la durée de la menstruation et tes rapports avec la longévité, aux îles Shetland (Ecosse) . Ce travail ayant été écrit en anglais, nous n'en avons connu les détails que d'après l'analyse fcûte par M. le docteur Garnier dans le journal r Union médicale (3). Laissons d'abord parler le traducteur.
(1) l^moine, Compte r#fidH 49 la Société de médooins de Nancy, 1861.
(2) MieM Uvy, Traité d^hygiène, 4« édiUon. Parii, 1862, t. I, p. 126. (3} Union médicale da 2à août 1867^ n* 102.
256 PHYSIOLOGIE DE LA MENbTAUàTION.
a Tandis que la première menstruation chez les habitants de ces ilcs écossaises apparaît au même âge que dans les autro parties du Royaume-Uni, la ménopause, fiiée de A5 à idais dans toutes les possessions anglaises, n'arrive ordinatreioeat que de AS à 54 ans; ôO à 61 étant l'âge moyen de ceU» cessation des règles chez les Shetlandaises. Frappé de celti différence, autant que de la longévité des habitants et de ïm verte vieillesse, comme il en cite plusieurs exemples, M. Cowie a voulu savoir s'il y avait un rapport mathématique entre on deux conditions de la vie. Comparant à cet effet, d'après la statistiques officielles pour 1861 et 1862, la mortalité générris de rÉcosse avec celle des îles Shetland, et notamment de soixante-dix à cent ans, il a trouvé une grande différence pro* portionnelle en Taveur de celles-ci, ainsi qu'il résulte ia chiffres suivants :
tLIS SHETLAND. ECOSSE.
Au-dessus de 70 ans 33,55 p. 100. 18,25 p. 100.
— de 80 ans 20,00 — 7,05 —
— de 90 ans 5,03 — , 1«00 —
De 95 à 105 ans 2,68 — 0,29 —
Pour ce qui est de la mortalité, le docteur Cowie pourrai bien avoir raison, surtout si les résultats qu'il annonce d'après la mortalité étudiée comparativement pendant deux ans, étaieat confirmés par une observation beaucoup plus longue. Dans ce cas, il ne nous resterait qu'à en donner avis à tous les amatenn de longévité et les engager à aller habiter les îles de Shetland. Mais pour ce qui est de la prolongation de la période messtruelle, ce fait ne ressort pas aussi clairement de ce que nous venons de rapporter. Il ne suffit pas de dire que l'ige moyen de la cessation des règles aux îles Shetland est de 50 à 61 ans, il faut encore citer un certain nombre de faits particuliers à l'appui de cette assertion. Ce qui nous fait supposer que le docteur Cowie n'a pas dû se préoccuper beaucoup de la nécessité des recherches statistiques, pour éclairer
i question, c'est qu'il donne comme moyenne : 50 à 51 ans, is que la moyenne ne doit être exprimée que par un seul Ire. Tant que nous n'aurons pas de statistiques bien faites essus, nous continuerons de croire que les Shetlandaises ont pas d'exception à la règle générale, et que la période istruelle ne dure pas chez elles beaucoup plus longtemps chez la plupart des femmes de l'univers et particulièrement chez d'autres Écossaises.
i y a encore un fait dont il faudrait tenir compte dans cette onstance et auquel le docteur Cowie n'a pas songé. La ;mrt des femmes du Royaume-Uni nourrissent elles-mêmes rs enfants et l'allaitement dure assez longtemps. Les grosses ne se suivent pas ordinairement, à cause de cela, à Dssi courts intervalles qu'en France ; il n'est pas rare d*y r des femmes qui deviennent encore enceintes aux appros de l'âge où la menstruation cesse ordinairement chez is. Tout cela entretient l'activité des organes sexuels et it être la cause d'un plus grand nombre de ménopauses lives.
Taprès le docteur Tilt, de 1831 à 1835 il y a eu A88 613 acchements à Londres; sur ce nombre, il y a eu 7022 mes dont la dernière couche arrivait entre &5 et 50 ans, 07 qui sont accouchées après 50 ans (1). Il est certain que t ne voyons pas cela aussi souvent en France. Il n'y aurait c rien d'étonnant, si la même chose a lieu aux iles Shetland, m y rencontrât souvent des exemples de femmes qui ne lent d'être réglées qu'à 50 et même à 51 ans ; mais cette Ikularité ne tiendrait pas pour cela à des conditions endé- [oes exceptionnelles, mais serait tout bonnement la consé- Qce de certaines habitudes et des mœurs du pays. !e qui doit nous engager encore à être très-circonspect dans cas, c'est que les femmes des îles de Shetland ne sont pas seules auxquelles on se soit plu de supposer des singula-
) Archives généraks de médecine^ octobre 1858*
lAOBOlSKI. 17
258 niYSIOLOGlE DE LA MENSTRUATION.
1 liés emméniques. N'avait-on pas dit aussi que les femmes d'origine française nées au Canada avaient la menstruatioD très-précoce? Et pourtant cela n*a jamais été conQrnié par lei documents statistiques. M. Rameau, qui avait annoncé ce faiti la Société d'iinthropologie de Paris, se fonde uniquement sur ce que, d'après le rapport des médecins et des ecclésiastiques diL pays, les mariages des jeunes filles de quatorze ou quinze ans, d'origine française, auraient été un fait ordinaire au Canada, et qu'on lui aurait même cité des exemples de mariages a douze ans, suivis aussitôt de fécondation (1). De pareils renseignements ne valent pas les statistiques bien iailes ; si une pareille précocité existait réellement, elle ne pourrait être justiiiéeni par la race primitive, ni par le climat de la patrie d'adoption. D'un autre côté, croit-on que, si le Code ne mettait pas d'em* pêchement au mariage avant quinze ans, en France, il n'y aurait pas également chez nous de mariages à quatorze ans ei même quelquefois à douze? Le doute n'est pas possible lidessus, puisqu'on a vu même des filles de dix et onze ans accoucher dans les hôpitaux de Paris.
Les grossesses qui se terminent par des accouchements heureux, non suivis d'accidents inflammatoires du côté des ovaires, semblent favoriser généralement l'exercice de la menstroition, et quand elles se succèdent, en assez grand nombre, à des intervalles raisonnables, elles semblent entretenir* aa lieu d'épuiser la vitalité sexuelle, et reculer plutôt que d'avancer le moment de la ménopause. Nous ne prétendons pasponr cela, qu'on ne rencontre pas des femmes et même des filles qui ne cessent également d'être réglées qu'à quarante-neof ou cinquante ans, quoiqu'elles n'aient jamais eu d'enfants. Mais, règle générale, les couches heureuses exercent une in* fluence favorable sur la menstruation, régularisent sa marche, quand elle éprouve des irrégularités^ et entretiennent la fonction de l'ovulation.
(1) Rameau, Modifications subies par les Européens transpiantés en Amérifiie {BulUifiS de la Société d'anikrtfpologie y t. Il, 4864, p. 622).
DE là, MÉNOPAUSE OU DE |/A(;E CRITIQUE. 359
Souvent la durée de la période menstruelle est subordonnée la puissance du sens génital, et lorsque la menstruation oimence de bonne heure, elle finit ordinairement tard. Mais, iir pouvoir apprécier cette influence du sens génital et les pports entre l'âge de la puberté et celui de la ménopause, il al avoir la chance de tomber sur des cas où rien n'aurait rangé la menstruation de sa marche physiologique, ce qui BSl pas très- commun» Nous renvoyons, pour plus de détails, ce que nous avons dit là-dessus chapilre 111, § 1, p. 174.
I II. — mtm eiur»e|èr«t» naatomUiiies «1m mwmirem A l'éjp^qae
Ile lu inéBoiMMwe.
Une des meilleures preuves qu'on aurait pu invoquer depuis ngftemps en faveur de la dépendance de la menstruation d'un NTtain état des ovaires, ce sont les caractères (|ui se présen- Al du côté de ces organes i l'époque de la ménopause. Les lèmes organes qui aux approches de la puberté jouissaient ^ la plus grande activité» sont frappés d'atrophie progressive 19 approches de la cessation des régies. Les diamètre! des ovaires ayant notablement diminué, leur BTeloppe exténue forme des espèces de circonvolutions qui Mident leur surface inégaie et lui donnent un aspect pareulier, que nous ne pourrions mieux comparer qu'à celui tte présente la surface d'un noyau de pèche. En même temps I liquide renfermé dans les follicules de Graaf subit une euietise transformation : les paities les plus liquides se trouvent ésorbées: d'autres, plus épaisses, forment une couche pseudotembraneuse, qui s'attadie fortement contre les parois des léiicules etaugm^nte leur épaisseur. Eiaminées dans cet état, is vésicules se présentent sous l'aspect de bourses grisâtres m d'un blanc opaque* à parois froncées ; leur cavité est, pour k plupart» vide et sèche ; rarement on y rencontre un peu d'humidité. Il arrive aussi quelquefois que les parois de ces bourses , pressées par la rétractilité de l'enveloppe externe, finissent par éti*e mises en contact et forment en apparence
des corps pleins, offrant tout au plus quelques vestiges de Tancienne cavité.
Lorsqu'on saisit ces bourses entre les mors d'une pince et qu'on exerce quelques tractions» on parvient assez facilement à les faire sortir de leur poche sans produire aucune déchirure; elles laissent ordinairement à leur place une excavatioB arrondie formée par du tissu cellulaire comprimé. Examinées au microscope, elles présentent la structure fibreuse très-biei caractérisée.
D'autres fois, on ne rencontre plus aucune trace d'anciennes vésicules, et tout l'intérieur de l'ovaire est transformé en uoe substance cellulo-fibreuse, dure au toucher; dans ce cas» les ovaires deviennent souvent tellement atrophiés» que c'est i peine s'ils dépassent le volume des ligaments utéro-ovariens.
La description qu'on vient de lire est copiée textuellement de notre ouvrage De la puberté et de Fâge critique^ publié en ISÂA.
Rœderer a le premier décrit exactement les modifications éprouvées par les ovaires à l'époque de la ménopause. La description qu'il donne des bourses provenant de l'atrophie des follicules de Graaf ressemble beaucoup à celle qu'on vient de lire. < In quibusdam, dit-il, illorum ovariorum» loco vesicalarum reperiuntur corpuscula alba vel cinerea, dura, fibrosi, vesiculiB per œtatem spissatas et in scirrhos quasi globules mutataô mibi esse videntur... admodum rugos^ sunt illa corpuscula tanquam ex amploribus vesicis in angustas rugas contraclis nata > (1).
Cette description, qui a ensuite été répétée par Haller et corroborée de ses propres observations (2) , ne laisse rien i désirer. M. le docteur Sappey, qui, comme nous Tavons vu ailleurs, a fait faire un grand progrès à l'anatomie des ovaires, a fait, il y a peu d'années, un tableau des caractères anatomiqnes de l'atrophie ménopausiquc des ovaires, qui ne diffère en riea
(1) Rœderer, Icônes uteri /lumant, p. 40.
(2) Haller, Ekm. physiologiœ^ t. VIII, lib. XXVIII, sect. ii, § 34.
d'essentiel au nôtre. Nous ferons seulement observer que l'habile chef des travaux anatomiques considère à tort les bourses grises dont il est question, comme d'anciens corps jaunes (1). Nous croyons avoir suffisamment prouvé (voyez page 98 et suivantes) que les métoarions^ aussi bien ceux qui résultent de la déhiscence spontanée que ceux qui succèdent à la fécondation, ne laissent ordinairement, surtout les derniers, aucune trace de leur existence au bout de quelques mois, et que tout se trouve résorbé. Les métoarions de l'ovulation spontanée ou de la menstruation laissent, il est vrai, plus longtemps des vestiges de l'hémorrhagie intra-vésiculaire, à cause de Tincrustation de débris les plus solides de matière colorante du sang dans le stroma. Hais d'abord, ces derniers degrés de métoarions ne se laissent voir que dans la couche périphérique ; ensuite, ce sont de simples taches ou plutôt de petites raies d'un gris ardoisé; jamais on ne remarque de bourses grises, comme celles que nous avons décrites, formant des sacs complets sans aucune apparence d'une rupture préalable. Leur couleur, d*un blanc grisâtre, sans mélange de couge ou de noir, de même que leur nombre et leur siège habituel, dans la portion bulbeuse, ne permettent pas de s'arrêter un instant à l'idée qui les considérerait comme d'anciennes vésicules de Graaf arrivées à la maturité et qui ne se seraient pas rompues. Nous avons admis la possibilité de ces cas; mais toute vésicule arrivée au degré de maturité qui précède le moment de la déhiscence^ renferme déjà du sang et ne manquerait pas, même n'ayant pas été rompue, de laisser après elle des colorations que nous avons signalées; Il est donc évident que les bourses grises qu'on rencontre dans les ovaires à Tèpoque de la ménopause physiologique, n'ont rien de commun avec d'anciens métoarions ouïes corps jaunes d'autrefois. Ce sont des transformations physiologiques, analogues à celles que la nature emploie pour combler le vide des vésicules rompues, afin de faciliter la
(1) Sappey, ouvrage cité^ p. 639.
262 PHYSToror.rE dr la mensthuation.
résorption des débris. La tunique propre des folliculesde Graaf s'hypertrophie d'abord légèreraent sans changer de couleur; le liquide, contenu dans la poche, est en même temps progressivement résorbé. Les parois du sac, pressées par le monvement de retrait de Tenveloppe fibreuse, qui succède à Tatrophie du parenchyme de Toyaire, se plissent, prennent l'aspect froncé au dehors et projettent à Tintérieur des circonvolutions qui tendent de plus en plus à oblitéret* l'ancienne cavité. Une fois les choses arrivées à cet état, la pression eitérieure fait le reste et fait disparaître progressivement ces noyaui flbrineui. Dans les ovaires des vieilles femmes qui ont cessé d'être réglées depuis des années, on ne rencontre plus de traces de bourses grises; leur parenchyme présente seulement l'aspect d'un tissa ccllulo-vasculaire plus ou moins condensé.
Les transformations dont nous parlons ne s'opèrent point brusquement; de même que l'hémorrhagie menstruelle ne s'arrête pas ordinairement tout d'un coup, de même ces transfi)rmations n'envahissent les vésicules que successivement. Souvent il nous est arrivé de rencontrer déjà des bourses grises froncées, et, c^ côté, nous apercevions encore des follicules de Graaf dont Taspect présentait tous les caractères de Tovulation en vigueur.
On peut ainsi, sans avoir besoin de recourir à des explications extraordinaires, en s'appuyant toujours sur les données (le la vraie physiologie, se rendre compte de certaines inteirniptions que Ton voit survenir dans la marche régulière delà menstruation, aux approches de la ménopause. Ces rèmittences, ros hésitations, proviennent sans doute de ce que l'atrophie physiologique n'atleint pas toutes les vésicules en même temps, et que pendant que quelques-unes d'entre elles sont déj* mortes pour la reproduction, d'autres survivent encore el peuvent continuer les phases normales de l'ovulation. C'e5t (le cette manière (jue Ton peut se rendre compte de ces grossesses tardives, dont on a vu des exemples, même quelqu(îs anni'cs après que la cessation des règles a été consiilêrée
comme définitive. Il se passe là quelque chose d'analogue à ce que nous voyons se passer chez les femmes qui ont pu devenir enceintes nonobstant une désorganisation profonde des ovaires. Il suffit qu'une seule vésicule, qui a pu échapper h la destruction, fonctionne encore, pour que, favorisée par les eirconstances, elle puisse être fécondée.
I Itl. — Syoti^taflMilol^sle de l^ftge de lu iiiéa«i^ii««e.
La plupart des symptômes qui accompagnent ordinairement la ménopause, de même que cela a lieu à Tépoque de la pu* berté, sont placés, on peut dire, sur les limites de Tétat physiologique et de l'état pathologique. Ils indiquent que des changements importants se préparent ou qu'ils viennent de s'accomplir. Deux sources semblent surtout fournir des élé* ments pour la symptomatologie de la ménopause : l"" le sys* tème sanguin, à cause de la suspension de l'hémorrhagio habituelle; 2"" le système nerveux ganglionnaire, par suite de la cessation de sa participation à l'orgasme périodique de l'ovulation. La suppression de ce double débouché de l'activité vitale du système sanguin et nerveux semble rejailh'r sur l'économie tout entière, et engendre différents troubles qu'on attribuait généralement jusqu'à présent» trop exclusivement, à la pléthore sanguine consécutive^ parce qu'on ne voyait dans la menstruation qu'une sorte d'hémorrhagie éliminatoire, qu'un érooDCtoire naturel de l'économie. Une analyse plus sévère des symptômes observés à cette époque nous a permis de distinguer, dans ce groupe trop confus, des troubles d'un autre ordre, se rattachant à l'innervation. Nous devons même dire que nous avons trouvé ces derniers bien plus fréquents que ceux qu'on puisse attribuer rationnellement à la suppression de la perte habituelle du sang. Aussi, pour mieux faire ressortir leur différence,nous leur donnerons pour étiquette pléthore nertJeuse, par opposition à la pléthore sanguine à laquelle on attribuait la plupart des souffrances de l'époque de la ménopause.
266 PHYSIOLOGIE DE LA IIENSTBUATIOlf.
Les organes sexuels se laissent rarement dessaisir tout d'un coup de l'habitude d'une fluxion périodique entretenue par les retours mensuels de l'ovulation spontanée. Quand rbémorrhagie physiologique n'est pas remplacée pendant quelque temps par une hémorrhagie ordinaire, également plus ou moins périodique, il lui succède d'habitude des sécrétiom leucorrhéiques, voire même des hypérémies plus actives, des vaginites, des catarrhes utérins, etc. Fernel cite Tobservation d'une femme qui, après avoir cessé d'être réglée, éprouvait tous les mois une tuméfaction considérable du bas-ventre qni se terminait chaque fois par une évacuation spontanée de plo* sieurs vases d'un liquide séreux.
Beaucoup de personnes, trop préoccupées du danger probable de la cessation de l'hémorrhagie habituelle, étaient disposées à attribuer à cette circonstance une foule de maladies et particulièrement d'affections de l'utérus. L'observation clinique, aidée de recherches statistiques, a prouvé heureusement qu'il n'en est pas du tout ainsi.
Lisfranc prétend que c'est entre l'âge de vingt à trente-cinq ans que commence en plus grand nombre les affections de l'utérus.
Tel est aussi le résultat de nos propres observations. Sur trente cas d'affections de l'utérus de nature inflammatoire, bien circonstanciés, dont nous avons recueilli l'histoire, quatre seulement sont relatifs à des femmes âgées de plus de cinquante ans, et il n'y en a que deux qui aient débuté à l'âge critique; toutes les autres observations sont relatives à des femmes dans la période de la vie destinée à la reproduction.
On peut en dire autant des affections cancéreuses de l'utérus. D'après les observations des docteurs Lebert (1), Scanzoni (2), Dugès et Boivin (3), Duparcque (A), etc., le caneer
(i) Lebert, Maladies cancéreutei, Paris, 1851.
(2) Scanzoni, Maladies des organes sexueU de la femme, Paris, 1858.
(3) Traité des maladies de Vutérus,
(A) Duparcque, Traité théorique et pratique sur les altérations organiqms éêk matrice, V* édit., p, 52.
de la matrice, généralement plus fréquent dans les dernières années de l'exercice menstruel , devient sensiblement moins commun après la ménopause.
D'un autre côté, l'économie, ayant été habituée à perdre périodiquement une quantité plus ou moins considérable de sang, continue souvent à éprouver le même besoin après Tâge climatérique. Il résulte de là que le sang, n'étant plus attiré Ters les organes sexuels, prend d'autres directions, qu'il frappe en quelque sorte à toutes les portes, pour trouver issue et pour obtempérer à la loi impérieuse de la seconde nature. De là viennent des congestions vers la tête, des palpitations, des crachements de sang, des hématuries, des hémorrhoïdes, différentes affections cutanées, la diarrhée, etc., etc., dont on voit très-souvent des exemples chez les femmes après l'âge critique. Tous ces troubles seront proportionnellement d'autant plus graves, que la personne aura été plus sanguine.
Ho£fmann cite l'observation d'une femme qui a été sujette aux hémorrhoïdes en même temps qu'elle était toujours régulièrement et abondamment menstruée. Cette femme, après avoir cessé d'être réglée, est tombée un jour dans un état co« mateux dont elle n'a pu sortir qu'après avoir perdu une énorme quantité de sang par les veines hémorrhoïdales.
Chez beaucoup de femmes pléthoriques, l'âge climatérique est le signal des congestions cérébrales auxquelles elles n'avaient jamais été sujettes auparavant, et dont on ne peut les débarrasser qu'en pratiquant souvent de petites émissions sanguines et en administrant des purgations. Chauffe cite l'observation d'une dame qui, après avoir cessé d'être réglée , était tombée dans une mélancolie dont elle n'a pu sortir qu'après un usage prolongé des évacuants (1).
Quelquefois la nature prévient d'elle-même la plupart de ces accidents, en appelant le sang vers les différents points du système muqueux et en provoquant les hémorrhagies supplé-
(i) Des aandmUi et des maladks gui surviennent à la cetsation de la menstrua^ tm, par J. B. P. Chauffe (de Besançon). Paris, ibôaea de la Faculté, an X.
266 PHYSIOLOGIE DE LA MBNSTRUATlOlf.
mentaires. G^est ainsi qa'on a vu, dans beaucoup de cas, s*élablir après TAge critique, des hématuries et des hémorrhoîdes fluentes qui se répétaient pendant plusieurs années périodiquement et suppléaient à la menstruation.
Depuis longtemps déjà on a cru remarquer qu'il y a des maladies qui sont beaucoup plus communes à Fâge critique qu'à toute autre époque de la vie.
Hippocrate prétendait que les femmes n'étaient sujettes i la goutte qu'après la cessation des règles : Mulier podagra non laborat nisi menstrtia dofuerint. Toutefois Galien n'a pas trouvé qu'il en fût ainsi à Rome, et Senèque reproche également aux femmes de son temps d'avoir fait, par leurs excés^ mentir l'aphorisme du vénérable vieillard de Gos. Nous ferons observer à cet égard que, alors même qu'il serait prouvé que les femmes sont plus sujettes aux affections goutteuses et rhumatismales après Tâge critique, il ne serait pas moins constinl que la menstruation est loin de les en préserver entiéreroeai.
11 est rare que Thémorrhagie menstruelle cesse, en continuant sa marche régulière jusqu'au bout. Le plus souvent iei deux dernières années offrent des irrégularités. Quelquefois les règles cessent pendant plusieurs mois, puis on voit encore reparaître du sanp: à deux ou trois époques, et ainsi de suite. La quantité de sang que l'on perd ne dépasse pas souvent les proportions ordinaires. Mais il y a aussi des femmes qui es perdent énormément. Ge sont, on dirait, des secousses convulsives d'une fonction mourante. On voit couler le sang en abondance, liquide ou formant des caillots. Ges pertes peuvent se prolonger et durer presque continuellement dans Tintervaile de deux époques, de manière à aCTaiblir beaucoup les femmes et les obliger à garder le lit. LMntervention médicale deWent alors nécessaire. On craint souvent d'être en possession de quelque maladie grave de la matrice. Heureusement que^ ions la bonne direction d'un homme expérimenté, tout cela di^ parait le plus souvent, et que la santé générale n'encoarl b moindre conséquence fàcheusn.
DE IiA MÉNOPAUSE OtJ DE L'AGE CRITIQUE. 267
Somme toute, nous ne voyons pas beaucoup de troubles, à l'époque de la ménopause, que Ton puisse, à bon droit, considérer comme conséquence de la cessation de Thémorrhagie habituelle, et comme le résultat du trop-plein de sang. 11 y a eu évidemment beaucoup d'exagération à cet égard. Les idées théoriques basées sur une fausse interprétation du rôle de la menstruation dans l'économie, en étaient la principale cause, mais la plupart des indispositions dont on rendait responsable la ménopause étaient plutôt admises par une simple induction, pour le besoin de la cause, que réellement observées. Il n'en est pas de même de troubles du système nerveux^ qui sont au contraire très-ordinaires à cette époque. Ils sont si peu le résultat du trop-plein de sang, que nous avons cru devoir en faire un groupe à part, que, pour mieux faire sentir le contraste, nous avons attribué à Xh pléthore nerveuse.
De la pléthore nervetise de la ménopause. — Pendant toute la durée de la période menstruelle, les dernières phases dé l'évolution périodique vésiculaire sont accompagnées, comme nous le savons déjà, de surexcitation nerveuse, une des prin* cipales causes prédisposantes des différentes névroses qui pré* cèdent la première éruption des règles ou accompagnent plus tard les époques menstruelles. Ce sont en général des névroses à caractères fixes et plus ou moins déterminés, comme l'hystérie, l'épilepsie, la catalepsie, l'aliénation mentale, etc. Toutes ces névroses sont propres à la période menstruelle. La ménopause semble imprimer un autre caractère aux névropathies ; les troubles nerveux de cette époque intéressent moins la portion du système nerveux destiné aux relations extérieures, que le système nerveux ganglionnaire ou viscéral. On dirait que l'innervation de cet ordre, étant privée de l'important dé* bouché que lui présentait périodiquement l'orgasme de l'ovulation, répand l'excédant de son activité sur d'autres fonctions de l'économie. Les troubles nés de cette manière ont une forme mal déterminée, n'ont que des caractères vagues, mobiles, et changent à tout moment d'aspect; ils appartiennent,
en on mot, à cet ordre de phénomènes nerveux qui a été désigné, il y a une trentaine d'années, par notre excellent et savant confrère le docteur Cerise, sous le nom de névropathie protéiforme^ que Sandras avait appelé état nerveta^ et que M. Boucbut vient de décrire sous le nom de tiévrth sisme.
Il nous serait impossible de donner une description exacte de tous les symptômes de cet état; leur variété, leur mobilité qui en constituent le caractère principal, ne se prêtent guère à la composition d'un cadre nosologique à forme plus ou moini ivLe\ ce sont, la plupart du temps, des symptômes qui ne se représentent jamais deux fois de la même manière. Au milieu de tout cela, le moral est presque toujours affecté avec une sensible tendance à la tristesse, à la mélancolie. L'innervatioa du centre circulatoire y est mise très-souvent en jeu. Des femmes, en apparence très-fortes, éprouvent des lipothymies fréquentes accompagnées de vertiges nerveux, qu'il faut se garder de confondre avec de véritables étourdissements sanguins. Ce n'est point à la suite des excitations du système circulatoire que ces troubles se manifestent ; bien au contrairei s'il arrive, par exemple, à ces personnes d'assister à un diner, en présence d'une société gaie et agréable, on peut les voir se livrer exceptionnellement à des excès, sans qu'elles s'en trouvent plus mal pour cela. D'autres se plaignent à chaque instant de palpitations de cœur, de battements à Tépigastre, d*étouffements, tandis que l'auscultation et la palpation ne trouvent rien d'anormal du côté du cœur ni des gros vaisseaux. Beaucoup de femmes perdent l'appétit et ne digèrent que difficilement D'autres accusent des bouffées de chaleur, des suffocations avec sensation d'étranglement au cou; de raffàiblissement dans les membres et surtout dans les membres inférieurs. Cette sensation est encore, la plupart du temps, exagérée» car il n'est pas rare de voir telle personne qui, il y a un instant» prétendait ne pas pouvoir du tout marcher, faire ensuite plusieon fois le tour de l'appartement, lorsqu'on lui donnant le farss,
on réussit à d<5tourner son attention de l'objet fixe qui la préoccupe. Il y a des femmes qui se plaignent de douleurs ou d'autres sensations désagréables dans les différentes parties du corps ; quelquefois même elles croient distinguer, à l'endroit correspondant, des tumeurs, quoiqu'il n'y ait rien de pareil. C'est ainsi qu'il arrive souvent d'être consulté par des femmes de cet âge pour de prétendues affections du foie, de la rate, de la matrice, etc.« qui n'existent que dans leur imagination malade. Aussi quelle riche moisson n'offrent-elles pas pour les charlatans de toutes les classes, de toutes les caté* gories!
Gomme on était en droit de le présumer, ce sont surtout les femmes du monde, celles qui ont passé leur jeunesse au milieu des émotions, et qui ont payé largement leur tribut aux exigences du grand monde, qui offrent le plus souvent des exemples de cette pléthore nerveuse à l'époque de la ménopause. Cependant on rencontre également des troubles de ce genre chez les femmes des classes moins élevées, parmi les artisans, et même, quoique bien moins souvent, chez les femmes des campagnes. Nous avons vu des femmes qui, sous rinfluence de la pléthore nerveuse ménopausique, avaient éprouvé de véritables hallucinations du côté des organes sexuels et étaient poursuivies, plus ou moins longtemps après avoir cessé d'être réglées, par l'idée d'une grossesse, ce qui les rendait excessivement malheureuses. Une de ces personnes nous avait déjà plusieurs fois consulté pour différents troubles nerrveux de nature protéiforme. En dernier lieu, ce qui paraissait la préoccuper le plus, sur quoi elle fixait plus particulièrement Dotre attention, tout en se plaignant en même temps de l'agitadon et de l'insomnie, c'était une sensation de fourmillement dans la cavité abdominale qui parfois lui produisait le même efiet, disait-elle, que si quelque chose courait dans son ventre. Cette sensation devenait chaque jour d'autant plus pénible, qu'elle était sans cesse poursuivie par la crainte d'être grosse, et elle trouvait plus simple d'attribuer à la grossesse la non-
270 PIlYSlorXKHE DE LA MEMSTOUATION.
réapparition de ses règles qu'au résultat naturel de Tâge iette avait alors quarante-neuf ans) . Devant partir pour ritalie oà elle était attendue par son mari, elle prit le parti de venir nous consulter de nouveau à cet égard, et nous confessa, qu'elle avait eu la faiblesse, il y avait de cela trois mois, de céder une fois dans l'absence du mari aux obsessions d*UD ami; qu'à partir de ce moment l'idée de grossesse la poursuivait sans reiftche, à tel point qu'elle attribuait aux mouvemenls de Fenfant la sensation de fourmillement qu'elle éprouvait dans le ventre.
Le fait que nous venons de rapporter n'est pas le seul dans son genre. 11 y a quelques années, il y avait dans un pensionnat dont j'étais médecin, une servante de quarante-huit ans, récemment mariée, qui avait cessé d'être menstruée depuis trois mois. Heureuse de sa nouvelle position, elle rêvait un bonheur encore plus complet. L'absence des règles lui fit supposer qu'elle était enceinte ; elle n'eut pas de peine à faire partager sa joie à son mari, et ne manqua pas d'en instruire ses maîtres; toutes les fois qu'il nous arrivait d'aller voir un élève malade à la pension, cette brave femme s'empressait de nous parler de ses espérances et de ses projets. Ce qu'il y avait encore de plus curieux, c'est qu'une sage-femme, qui a été déjà retenue pour la circonstance, avait été du même avis qu'elle, ce qui contribuait à l'entretenir dans Terreur. Quoi qu'il en soit, cet état ayant duré au delà du temps ordinaire d'une grossesse, le chef de l'établissement crut convenable de nous prier de l'examiner. Quelle n'a pas été notre surprise, lorsque nous n'avons reconnu chez cette femme, non-seulemeil aucune apparence de grossesse, mais pas même une tumeur quelconque qui eût pu en imposer et rendre compte, jusqu'à un certain point, d'une aussi grossière méprise!
Sandras dit avoir connu une dame qui, sous l'influence d'une perturbation purement nerveuse, éprouvait dans le bas*ventiv des douleurs tout à fait semblables à celles d'un accoachemeAt Nous regrettons qu'il n'ait pas indiqué l'âge de cette personne
pour savoir si cet état s'était développé sous Tinflucnce de la ménopause, ou en dehors de cette circonstance (1).
Nous venons d'insister plus particulièrement sur cette forme de névropathie, parce qu'elle se rattache plus directement aux organes de la génération. L'extinction de Tovulation est loin, comme on voit, d'entratner nécessairement avec elle toutes les sources d'excitation du système nerveux qui domine dans ces régions. Bien au contraire, Texcitation en question semble se réveiller par suite de la cessation du stimulus habituel. Ce qu'il y a encore de remarquable sous ce rapport, c'est que les désirs vénériens eux-mêmes, après être restés endormis depuis longtemps, peuvent se faire sentir quelquefois tout à coup, sous l'influence de cette perturbation nerveuse. 11 nous est arrivé plusieurs fois d'être consulté par des femmes qui, se trouvant à l'époque de la ménopause, ou l'ayant même dépassée, étaient tourmentées par des désirs de ce genre; dans le nombre, il y en avait qui nous avaient déclaré n'avoir rien éprouvé de pareil dan&i leur jeunesse. Cette particularité arrive aussi bien chez les veuves que chez les femmes mariées. La passion peut devenir si forte, qu'elle finit par égarer la raison, et nous avons vu des femmes qui commettaient des actes blâmables et ridicules qu'elles n'auraient jamais commis étant plus jeunes. Nous en connaissons qui avaient vécu toujours rangées et tranquilles dans leur ménage, attachées à leur famille et à leurs devoirs conjugaux, et qui, sous l'influence du trouble provoqué par la pléthore nerveuse ménopausi(iue, allaient briser d'un coup toutes ces conditions de leur bonheur passé, pour suivre des jeunes gens de rien, dont elles s'étaient prises d'amour I
Au milieu des symptômes si variés, le pouls conserve sa fréquence normale ; quelquefois même il devient plus lent. Souvent nous lui avons reconnu les caractères qui furent assignés par les anciens au pouls nerveux. L'artère semble alors se rala-
(i) Sandraft, Truite pratique des maladies nenmuesy T édit., i860, 1. 1, p. 30.
tîoer et la colonne du sang fuire sous les doigts. Dans tout cas, le pouls est facile à déprimer, comme cela a lieu du reste généralement dans l'anémie^ qui constitue, presque toujours, le fond du tableau que nous venons de tracer.
Tous ces troubles, et Ton pourrait encore en ajouter bien d'autres, se montrent tantôt isolément, tantôt par groupes; on les voit se succéder et se remplacer avec une rapidité surprenante, le plus souvent sous forme de crises. Ordinairement ils sont accompagnés de transpiration sans augmentation de chaleur; plutôt avec rabaissement de la température. Le plus habituellement, les névropathes de cette espèce sont afDigées deriii« somnie ; il en est qui se trouvent passablement dans la journée, mais dès que vient la nuit, une agitation, ou plutôt une espèce d'inquiétude s'empare d'elles et les prive de sommeil. H en est qui toutes les nuits sont réveillées, presque à heure fixe, par un sentiment inexprimable d'inquiétudes dans les jambes, afee un besoin irrésistible de quitter le lit; on les voit souvent marcher pendant des heures entières dans leur chambre. Chei une de nos malades, il y avait en outre cela de particulier que ces inquiétudes ne se faisaient sentir qu'autant qu'elle restait à Paris. 11 lui était arrivé plusieurs fois, dans le cours de Tété, d'aller passer quelques jours à Montmorency ; pendant tout ce temps son sommeil était parfaitement tranquille ; mais aussitôt qu'elle revenait à Paris, les inquiétudes nocturnes recommençaient.
Les symptômes que nous venons de décrire ne différent pis, pour la plupart, des symptômes de toutes les névropathies en général. Si nous avons essayé d'en former un groupe à part, ce n'est pas précisément parce qu'ils offrent quelque chose de particulier, propre à la ménopause; c'est tout simplement pour les rattacher, au point de vue étiologique, à cette importante période de la vie des femmes et faire ressortir leur nature, qui n'est pas ce que l'on croyait généralement.
Nous ne sommes pas d'ailleurs le seul qui ayions fixé Tattention sur les troubles nerveux de la ménopause. Déjà en 1861,
DE LA MÉNOPAUSE OU DE L'AGE GBniQUE. 278
Sandras, en s'occupant de Vétat nerveux^ avait fait la remarque que presque toutes les femmes qui arrivent à l'âge climatérique» passent par l'état nerveux à différents degrés (1).
En 185(5, nous avons insislé plus particulièrement sur Timportance des troubles nerveux chez les femmes de cet âge et sur la nécessité de savoir les distinguer des troubles occasionnés par la pléthore sanguine, avec lesquels on les confondait presque toujours (2). Nous avons vu avec plaisir que tous les auteurs qui ont eu Toccasion de parler depuis de Tétat nerveux ou de la ménopause, ont été unanimes là-dessus. Ainsi M. Michel Lévy, dans son Traité d'hygiène^ en parlant de l'âge de retour 9 considère des accidents nerveux, des vapeurs ^ comme n'étant pas rares du tout chez les femmes de cet âge, surtout chez celles qui appartiennent aux rangs aisés et éclairés (S).
M. Bouchut, dans son intéressant travail sur l'état nerveux, publié en 1860, a soin de faire observer que Vâge critique OM de retour^ autant par le changement qu'il apporte à la vie de quelques femmes qui vieillissent et cessent d'être entourées^ quepar le fait de la cessatioii des règles^ est souvent l'origine de Tétat nerveux chronique (à) .
D'après le docteur Tilt, sur cinq cents femmes arrivées à Tâge critique qu'il a eu l'occasion d'interroger, il a pu constater quatre cent cinquante-neuf fois des exemples de Xétat nerveux ism de ['irritabilité nerveuse (5).
La plupart des troubles dont nous venons de parler étaient ailribués généralement autrefois à la pléthore sanguine, résultant de la cessation de l'hémorrhagie habituelle. Comme il est
(1) S.-iDdrat. Trailé des maladies nerveusex, 1S51, t. I, p. 63.
'2) Du rô0 de la menitruaOon dù».s la ftattiol >gie et la thi'ropeuLque^ Hc, P^ris, 1856, chap. x. — Considéra iouh pratiques sur Td^c crUtque. — Fnqueiwe ^^ietde la névropathie proteiforme et son traitement.
(3) Michel Léiry, Traité d*hygihie. Paris, 1857, p. 274.
(4) E. Bouchot, 00 Cétat nerveux aigu et chronique ou nervosiime, Paris, <»60,p. 24.
(5) Tilt, The change oflife in health and disease, Loudon^ 1867.
lAOBOBSU. i8
27A rarsioLOGiB un la mensthuation.
facile de juger , c'était une grosse affaire pour la thérapeutique > car une fois qu'on avait admis l'existence de la pléthore sanguine, la principale indication devait consister à soutirer le trop plein du sang par des saignées, médication au moins tout à fait inutile, quand elle n'était pas dangereuse pour h santé, l'observation ayant appris, depuis, que les troubles ne^ veux de la ménopause sont presque toujours accompagnés d'un certain degré d'anémie. Quelle peut être la cause de ces singulières modifications dans l'économie de la femme à l'âge critique? Voici comment nous nous exprimions là-dessus dans le travail cité tout à l'heure et qui a été publié en 1856:
c Nous avons cherché longtemps le motif de cette fréquence relative de la névropathie protéiforme à Tépoque de l'âge critique. Il nous a semblé d'abord que le chagrin de se voir avancer en âge et sur le point de franchir, sans possibilité de retour, cette barrière au delà de laquelle beaucoup de femmes ont le tort de ne plus rien espérer d'heurea\pourelIes;ilnoiB a semblé, disions-nous, que ce chagrin, trop vivement senti peut-être par certaines femmes, pouvait leur faire trop regretter le passé et occasionner ainsi quelques troubles idiopathiques ou sympathiques du côlé de l'innervation (1). »
Cette manière d'expliquer les troubles nerveux de la ménopause doit se présenter tout naturellement à l'esprit; au»! était-elle adoptée également depuis par M. Bouchut.
€ Pour certaines femmes de la société, dit cet habile obsCTvateur, descendre du piédestal où les avaient placées la naissanee* et la beauté, est une chose impossible; l'idée de vieillir ks irrite, et le vide qui se fait autour de celles qui n'ont pas sa placer le bonheur de leur vie dans leur famille, est la cause d'un agacement continuel qui se révèle presque toujours arec les différents désordres de Tétat nerveux (2). >
Ce qui a contribué à ce que cette explication se fiit d'aborrf
(1) Raciborski, Ouvrage cité, p. 137,
(2) Bouchul, Ouvrage cité, p. 24.
DE LA MÉNOPAUSE OU DE L'AGE CfilTIQUE. 375
résentée à notre esprit, c'est que nous avons remarqué précéemment des troubles analogues chez quelques hommes qui apportaient difficilement la pensée de se voir vieillir» C'étaient, ourla plupart, des hommes qui, ayant abusé de leur jeunesse, Taient encore la prétention de lui faire dépasser les limites «signées par la nature. Il est vrai qu'ici on aurait pu se de- Bander encore si ces symptômes étaient réellement la consé- [uence de préoccupations morales tristds, ou plutôt l'effet de 'aspermaite ou de la suppression de la sécrétion spermatique. )aoi qu'il en soit, comme nous n'avons pas tardé à reconlaltre que ces exemples étaient en trop petit nombre, comparativement à l'état nerveux des femmes arrivant à la ménopause, nous n'avons pas osé de les placer dans le même cadre étiologique. Chez la plupart des femmes où nous avons remari|ué les troubles de ce genre, il y avait en même temps, même chez celles qui présentaient des apparences de force ou d'embonpoint, des signes non équivoques de chloroinémie, tels que : faiblesse et dépressibilité du pouls, pâleur plus ou moins franche, présence des bruits anormaux dans lo vaisseaux du cou, etc. C'était donc évidemment un état diathésique né sous l'influence de la ménopause, et non tout bonnement une perturbation purement nerveuse, comme le serait celle qui pourrait résulter du chagrin de se voir vieillir. Ce fait, déjà curieux par lui-même, acquiert une nouvelle importance lorsqu'on le rapproche de quelques autres remarques Cules déjà précédemment. Ainsi, par exemple, il est incontes- ^le que dans la chlorose, où l'appauvrissement du sang en {lobules coïncide également avec des troubles nerveux protéiformes, il y a aussi en même temps un certain degré d'atonie dws Tactivité ovarique. D'un autre côté, on sait que dans la grossesse, pendant que l'ovulation suspend sa marche périotlique sous l'influence de la gestation, le sang devient simultanément plus pauvre en globules, et que l'on aperçoit en tnême temps divers troubles nerveux proléiformes, que tout le inonde connaît. Quant à la coïncidence de l'anémie avec les
276 PHYSlOLOaiE DE LA MENSTRUATION.
difTérentes névroses ou avec Tétat nerveux, elle a été signalée déjà par plusieurs observateurs , et particulièrement par 0. Landry (1).
En rapprochant tous ces faits, on se trouve jusqu'à un certain point autorisé à admettre chez les femmes, à Tâge climaté-* rique, l'existence fréquente d'une diathèse nervoso^anémiqWf conséquence probable de la soustraction physiologique du stimulus ovarien auquel l'économie était habituée pendant toute la période de la vie destinée à la reproduction. Pour qu'on ne prenne pas celte explication pour une hypothèse sans aucune apparence de probabilité, nous ferons encore remarquer que, chez les hommes atteints de spermatorrhée, l'anémie et les troubles de l'ordre de névropathie protéiforme^ constituentles symptômes dominants de cette affection. Comme le fait trèsbien observer le célèbre professeur Lallemand, c'est dans le système ganglionnaire, qui préside, comme on le sait, à l'exercice des fonctions relatives à l'entretien de l'économie, qu'apparaissent d'abord les premiers troubles occasionnés par la spermatorrhée. « On ne peut même se faire une idée très-exacte de tous ces symptômes, dit ce médecin distingué, qu'en les envisageant comme des effets immédiats de changements survenus dans l'innervation de ces divers réseaux. Les modifications que ces organes peuvent éprouver plus tard dans leur nutrition sont des conséquences éloignées du trouble des digestions > (2).
Tout cela semble justifier sufBsamment la création d'an groupe symptomatologique spécial, devant occuper une place à part, dans l'emménologie. En le désignant sous le nom de pléthore nerveuse^ nous avons voulu surtout faire ressortir davantage le contraste entre la véritable nature des troubles
(1) 0. Landry^ Mémoire sur les causes et les iodicationi curatives des malidief nerveuses (MonUeur des hôpitaux, 1856).
(2) Lallemand, Des pertes séminales involonlaii^s, t. H, p. 58. MontpeUier,
iflAO
ménopausiques et celle qu'on leur supposait généralement, en les attribuant à \2l pléthore sanguine .
Lorsque le moment sera venu de nous occuper des mesures hygiéniques appropriées à la ménopause et du traitement des troubles qu'elle occasionne généralement, nous aurons Toccasion de faire ressortir de nouveau la justesse de toutes ces considérations. L'efficacité des moyens que nous allons conseiller, viendra prouver une fois déplus la justesse de cet aphorisme, généralement vrai : Naturam morborum ostendit cU" raiio.