CHAPITRE PREl^nER
Les lumières de l'hygiène sont à même de faire profiter tous les âges de la vie, et sont d'autant plus précieuses, que leur bonne application, faite à propos, peut souvent prévenir les * maux que, plus tard, il n'est pas toujours facile de combaltre. Mais ce sont surtout l'enfance et l'adolescence qui mérilenl d'attirer sur elles l'attention toute spéciale de rhygiéniste, comme les plus fécondes en résultats. Appliquer bien les principes hygiéniques à ces deux époques de la vie. c'est d'ailleuR restreindre de beaucoup les>cas de leur application dansTâge avancé.
A parties données scientifiques, le médecin hygiéniste peut tirer un immense parti de la connaissance exacte de la sanlé et de la constitution des familles. Malheureusement celte source des lumières semble tarir de plus en plus, depuis qu'on i perdu l'excellente habitude d'autrefois de considérer son médecin comme ministre sanitaire, dirigeant toutes les affaires de santé dans la famille ; depuis qu'on ne voit en lui, en quelque sorte, qu'une espèce de guérisseur auquel on n'a recours que lorsqu'on est bien malade, et encore avec cette idée qu'il sera toujours facile de le remplacer.
Les familles qui comprennent leurs intérêts, ne sauraienl témoigner trop de considération au médecin qui leur a inspiré de la confiance, et ne pas craindre même de l'admettre sou-
3iit dans Fintimité de leur vie ; ce n'est qu'ainsi que le méden peut leur donner des avis salutaires sur la direction hygiéique des enfants.
Que de dispositions fâcheuses ne pourrait-on pas souvent nnihiler de celte manière, ayant Tattention fixée sur tous les oints faibles de l'enfant que Ton connaît depuis l'arrivée au londe I Le choix d'une nourrice, la décision à prendre si une 1ère doit nourrir elle-même ou se faire remplacer, tout cela 16 doit pas se faio sans Tavis préalable d'un médecin placé ians des conditions que nous venons de signaler.
Mais c'est l'époque de la puberté surtout qui doit être sageaent et habilement dirigée. S'il y a eu dans la première enfance [uelques écarts qui aient pu échapper au contrôle insuffisant» ans toutefois compromettre immédiatement l'existence, Us Rissent presque toujours pour l'avenir des germes, qui ne man* [aent pas de se développer à la première occasion favorable, /époque de la puberté est caractérisée par un grand mouvement Ians l'économie; selon les circonstances au milieu desquelles n se trouve alors, les dispositions morbides, innées ou contrac* tes dans l'enfance, peuvent s'aggraver ou être avantageusenent modifiées, sinon disparaître complètement. On pourrait ired*elle qu'elle constitue une espèce de cour d'appel, où tous ss jeunes sujets , dont la santé a été compromise dans l'enance, passent définitivement condamnation ou en sortent vieorieux. Qu'on juge, d'après cela, combien il doit être important le surveiller le moment de cette transition. L'intérêt doit être relativement beaucoup plus grand à l'égard des jeunes filles, :ar les rapports de la mère avec les enfants étant plus intimes st plus prolongés, les femmes doivent nécessairement prendre une part plus large dans l'état sanitaire de la génération suivante.
La menstruation ayant été considérée pendant longtemps comme une crise dont l'économie avait besoin, toute l'attention était généralement absorbée par l'hémorrhagie que l'on attendait avec une sorte d'anxiété ; une fois celle-ci arrivée sans
encombre, on croyait déjà tout sauvé et on ne se préoccupait plus du reste. C'était une grande erreur que les progrès modernes en physiologie nous dispensent presque de relever. On peut résumer les principales indications relatives à la première éruption des règles, en ce qui suit : tant que Tâge moyen de la première menstruation n*est pas dépassé, il ne faut passe préoccuper de rhémorrhagie menstruelle, et ne rien faire do tout pour la hâter; à plus forte raison si la jeune fille jouit, nonobstant cela, d*une bonne santé. Dans le cas où la jeune personne présenterait les symptômes de quelque Hiaihèse, ou serait délicate, ou chlorotique, il faut chercher à combattre ces mauvaises dispositions par un traitement convenable. Lorsqu'elles seront guéries, la menstruation ne tardera pasi s'établir, mais il ne faut rien faire de particulier pour la provoquer. Il serait non-seulement inutile, mais même dangereux d'administrer dans ce cas de prétendus emménagogues; ils ne réussiraient pas à réveiller l'ovulation un peu endormie, et pourraient déranger, par leur action irritante sur Festoniac, les fonctions digeslives, et relarder ainsi encore davantage, au lieu de hâter, rétablissement des règles. Faut-il agir différemment à regard de jeunes filles qui ont déjà dépassé d'un an ou de deux ans la moyenne emménique de leur pays natal sans être réglées? Non, il faut procéder encore de la même manière, pourvu, bien entendu, que rien n'indique qu'il y a un empêchement mécanique à l'écoulement du flux menstruel au dehors. Cependant si cet état se prolongeait au delà de dix-huit ans, il conviendrait de questionner la mère s'il n'y avait pas eu déjà d'exemples de pareils retards dans la fainifie. Il se pourrait, en effet, que l'absence des règles à un âge relativement aussi avancé, ne fût qu'un simple retard occasionné par un peu d'apathie du sens génital tenant à une disposition héréditaire. Dans le cas où l'on acquerrait la certitude que généralement les femmes étaient réglées de bonne heure dans cette famille, la prudence exige qu'on tâche de savoir si la jeune retardataire n'éprouvait pas chaque mois, malgré rab*
ence des règles, des symptômes qui pourraient faire supposer que Tovulation était déjà en plein exercice, tels que : tesanteur dans le bas-ventre, chaleur dans les parties avec III peu de leucorrhée, envies fréquentes d'uriner, tout, en m mot, ce qui constitue ee qu'on appelle le molimen mensniel. En cas d'affirmative, il faudrait faire comprendre aux Arents la nécessité de procéder à l'examen des organes exuels, et si l'on rencontrait quelques difficultés de leur part, !e ne pas manquer de les avertir que la conscience et la déicatesse ne leur permettaient pas de marier leur fille sans ela. Inutile de dire que si l'exploration en question démontait l'existence de quelque obstacle mécanique à l'issue du ang accumulé dans la cavité de la matrice, il y aurait à traiter 1 question de l'opportunité d'une opération chirurgicale qui erait alors indiquée. Nous examinerons en détail ce point le doctrine dans la partie destinée à la pathologie de la mensruation.
Lorsqu'au contraire l'examen des organes sexuels, y compris 1 cavilé de la matrice, aura pn»uvé que tout est comme cela loît être, on pourra rassurer les paronls, les engager à atten- Ire patiemment, et se borner à prescrire des bains de pieds inapisés ou des sinapismes aux cuisses, au moment où appaaissent les symptômes du molimen menstruel. On peut espéer aussi quelques bons résultats en faisant prendre, dans 'intervalle, des bains de siège d'eau froide à 18 ou 20 de- ;rés pendant une minute ou deux, et en les faisant répéter DUS les jours ou tous les deux jours. La réaction qui succède
l'action du froid peut dans ce cas favoriser l'apparition du lux menstruel. Dans cet état de choses, on peut ne pas s'oppo.ser u mariage, l'expérience ayant prouvé que dans des cas pareils 'excitation directe des organes sexuels, par des rapports conugauxy vaut mieux que tous les soi-disant emménagogues. lous renvoyons, pour plus de détails, au troisième paragraphe le ce chapitre.
D'après ce qui précède, il est évident que V hygiène de la pu-
berté doit avoir moins en vue le flux menstsuel lui-même que les grands changements qui s'opèrent à cette époque dans Féconomie, sur lesquels l'hygiène peut influer d'une manière favorable. C'est le système nerveux qui subit, au milieu de tout cela, des modifications les plus remarquables. L'impressionnabilité devient plus prompte, la sensibilité plus vive, rafiectuositéplus prononcée. Il s'agit de régulariser leurs exercices pour que d'autres fonctions n'en souffrent pas ; que les facultés intellect tuelles ne soient pas victimes des commotions par trop vives; que la sensibilité elle-même ne s'exalte pas trop et ne devienne la cause d'autres troubles consécutifs, comme cela se voit dans V hystérie (1); que la myotilité ne s'en ressente à son tour, ce qui pourrait occasionner quelques difformités de la taille; que j l'innervation du nerf trisplanchnique, qui préside à toutes les fonctions de la vie organique, n'en soit pas troublée.
L'hNgiène de la puberté s'applique, par conséquent, surtoot aux actes physiologiques qui coïncident avec rétablissement des régies. Beaucoup de ces actes peuvent être tout à fait indépendants de la menstruation et n'être, comme elle-même, que la conséquence du développement progressif de l'économie ; mais il y en a aussi qui sont évidemment impressionnés par l'orgasme nervoso-sanguin qui accompagne les époques menstruelles. Cet orgasme peut être trop, élevé, et il pourra être nécessaire de le mitiger. C'est une source de plus pour les indications relatives à l'époque de la puberté; mais, encore une fois, c'est toujours moins à cause de la menstruation elle-même, qu'à l'occasion d'elle, que les lumières de l'hygiène pourront être invoquées. Nous insistons sur cette manière d'envisager la question, car c'est la seule qui soit i la hauteur des progrès modernes de la physiologie.
(1 ) 11 résulte des recherches de N. Briquet, consf|^éeti dans iiii trè»-boo lînt qu'il a publié sur l'hystérie {Traité clinique et thérapeutique de rkysiériêy 1859), que plus de la moitié du nombre total des invasions de rhystérie seproduiieiitdB la puberté à l'âge de vingt ans. Et ce qu'il y a de remarquable, c'ett que d'antm auteurs qui se sont occupés de l'étiologie de cette affection, comme Geor|tl||Ltf' douzy et Beau, sont unanimes a cet égard.
RTGifeNE DE LA PUBEBTÊ. « 283
Maintenant que nous savons à quoi nous en tenir là-dessus, nous pouvons aborder les questions relatives à Thygiène de l'époque de la puberté. Pour mettre plus d'ordre dans l'exposé du sujet, nous allons le diviser en trois parties : dans la première, nous traiterons de l'éducation physique; dans la seconde, de l'éducation morale et intellectuelle; dans la troisième enfin, nous nous réservons de discuter la question qui n'est pas la moins intéressante, celle relative au mariage.
Mais, avant tout, il nous reste encore à traiter une question préliminaire : faut-il prévenir les jeunes filles qui sont sur le point d'être réglées de ce qui les attend, ou mieux vantail laisser l'événement s'accomplir sans appeler auparavant leur attention là-dessus? Lorsque les jeunes filles sont élevées en commun, où nécessairement il y a du mélange au point de vue de la première éducation, il est rare qu'elles n'apprennent de bonne heure, par leurs camarades, ce qui doit leur arriver. Celles qui reçoivent leur éducation à la maison, apprennent encore assez souvent ce détail de bonne heure par les indiscrétions de leurs maladroites femmes de chambre. De toutes les manières, par conséquent, il serait désirable que ce fût la mère qui, voyant le développement de sa fille avancer, se chargeât elle-même du soin de la prévenir des nouveaux pro^ grès qui doivent encore s'accomplir dans sa personne.
Il ne faut pas attendre trop longtemps pour cela. C'est le meilleur moyen, à notre avis, d'empêcher une jeune fille d'engager ses idées à l'aventure dans une voie dangereuse qu'elle serait exposée à prendre, quand, voulant pénétrer les mystères des changements qui Tétonnent dans sa personne, elle ne serait pas guidée par une mère intelligente et affectueuse. La plupart des jeunes filles qui ont été instruites de cette particularité de leur existence par des étrangers, se gardent bien d'en faire la confidence à leurs mères et s'en trouvent même gênées tis-à-yis d'elles. 11 est bien plus prudent de ne pas les exposer à entrer dans la voie de dissimulation, surtout lorsqu'il s'agit des questions qui touchent si directement à leur chasteté.
Cliaque mère devrait donc réserver à elle-même le soin de la direction de cette partie de l'éducation ; et plus elle sera immédiate, mieux cela vaudra.
§ I. Be l*édveatloD physique à l*ép«4ve de la pvtoerté.
Plusieurs conditions physiques se raittaclient à Texistenoe d'une jeune fille au moment de la puberté, et chacune d'elles peut exercer quelque influence sur l'économie. Nous allons passer en revue les principales, telles que : le régime alimen* taire, les exercices, Tair, les vêtements, etc.; l'application convenable de tous ces éléments constitue l'éducation physique, qui, avec l'éducation morale et intellectuelle, composent l'bjgiène de Tépoque de la puberté.
Régime alimentaire. — Dyspepsie de l'époque de la puberté et son traitement. — Hydrothérapie. — Bains de mer. — Eaux minérales. — L'époque de la puberté est, comme nous le savons, le moment de la plus grande activité organique; réconomie ayant besoin de nombreux matériaoi au moment de cette importante transformation, il est nécessaire qu'elle les trouve en quantité sufflsante et d'une bonne qualité.
On comprend fort mal les intérêts de la santé lorsque, sous prétexte d'ajouter aux grâces des jeunes personnes ou de prévenir quelques indispositions attribuées à tort à l'excès de sang, on les condamne à un régime débilitant, ou on les goi^e de tisanes émoUientes, au lieu de les habituer à une nourriture saine et tonique.
Une foule d'indispositions peuvent surgir de ce vice du régime pour accabler la frêle organisation de la jeunesse. Les jeunes filles ainsi élevées offrent rarement, à l'âge ordinaire du inarJHge, assez de force pour supporter les charges de la mater- \\\{k. Si les parents, trompés par les apparences, consentent i Ihs marier de bonne heure, elles exercent le plus souvent longliîinpb Huns fruit leur faculté naissante, ou sinon, leurs enfaols
pportent alors au monde le cachet de leur imperfection.
Ce sont surtout les deux classes extrêmes de la société qui >umissent le plus grand nombre d'exemples de mauvais effets 'une alimentation insuffîâante. Dans Tune, ils proviennent du aupérisme, de la misère; dans l'autre, de la coquetterie, qui icrifie tout à la mode, jusqu'à la raison et même la santé. 'est la cause ordinaire de la chlorose ou des pâles couleurs, Section très-commune chez les jeunes filles de ces deux classes l'époque de la puberté.
La nature de la chlorose consiste dans un appauvrissement a sang, et plus particulièrement dans la diminution plus ou loins considérable des principes qui paraissent surtout influer iir la force physique et l'énergie vitale ; nous voulons parler es globules du sang.
Selon MM. Andral et Gavarret, dans les cas de chlorose con* rmée, on constate dans le sang une diminution des globules u'on ne trouve dans aucune autre maladie, si ce n'est dans les is tout accidentels où d'abondantes hémorrhagies sont venues rofondément épuiser l'organisme, c Dans un cas de ce genre, isent ces médecins distingués, nous avons vu les globules ne las donner que le chiflre 21. Eh bien, dans la chlorose, nous vons vu les globules baisser, de leur chifl*re moyen 127, au hîffre 28. Nous les avons vus plus fréquemment descendre Dtre 60 et 50, entre 50 et &0. >
Il n'est pas difficile de comprendre comment une alimenta* on insuffisante peut influer sur la production d'un pareil état, 'outes les fois que Téconoiirie se trouve épuisée par une diète rolongée, par la misère, par des maladies de longue durée ou ar des pertes abondantes, le sang subit une altération ana- >gue à celle qu'il présente dans la chlorose.
Le régime tonique, substantiel, composé des viandes rôties, o vin, etc., etc., constitue au contraire le meilleur moyen de uérir cet appauvrissement du sang, et permet de suivre, pour insi dire, la balance à la main, l'accroissement progressif du lombre des globules.
La surveillance du régime doit constituer par conséquent uh des éléments les plus importants de Téducation physique des jeunes filles à l'époque de la puberté.
Rien n'est d'ailleurs plus difficile que de faire disparaître pli» tard les dispositions morbides contractées avant rachévement du développement. La construction péchant alors par ses fondations, des réparations superficielles resteraient évidemment sans effet, lorsqu'il faudrait, pour ainsi dire, reconstruire l'édi» fiée pour assurer sa solidité. Aussi voit-on rarement des exemples de guérisons radicales de la chlorose, des gastralgies, des scrofules, du rhumatisme, etc., etc., quand on leur a permis de dépasser l'époque ordinaire de la puberté. Le traitement leplui sagement et le plus habilement combiné aboutit alors rarement à autre chose qu'à donner une certaine apparence de fraicheor sous laquelle est souvent cachée une profonde diathèse.
Ainsi, et nous ne saurions trop insister sur ce point» lei besoins de l'économie s'étant accrus aux approches de li puberté, il est indispensable que l'impôt alimentaire suive le surcroît progressif de son budget. Autant il est bon alors d'eiciter l'appétit par des distractions et des exercices de corpscon* venablement diriges, autant il serait fâcheux d'assujettir constamment les jeunes personnes à des travaux assidus, i des études prolongées et fatigantes qui exténuent les forces et plongent les organes digestifs dans une apathie considérable. Dins un pareil étal de choses, l'estomac cesse d'éprouver le besoin de stimulus dicté par Tinstinct de la conservation» et il refuse plutôt qu'il ne désire.
De la qualité relative du régime alimentaire. — fl ne suffit pas que les aliments qu'on donne aux jeunes personnes i l'époque de la puberté soient en quantité suffisante et de bonne qualité ; on doit encore avoir en vue leurs qualités relatives. Puisque l'époque de la puberté présente des chances d'un changement favorable dans l'économie à l'aide de la nutrition, il faut lui procurer des éléments les plus favorables pour atteindre ce but. La variété des conditions individuelles est telle, qu'elle
htgièive de la pubehtê. S87
lit d*avance supposer que les mêmes aliments ne peuvent pas onvenir également à tout le monde. C'est encore un des nmenses avantages de Téducation maternelle, que les parents, idés de conseils d'un médecin qui connaît l'état sanitaire et la onslitution de la famille, peuvent toujours jdonner à leurs nrants la nourriture qui convient à leurs besoins. On ne eut guère espérer les mêmes résultats en dehors de la maion, dans les établissements destinés à l'éducation des jeunes lies, tels qu'ils sont organisés jusqu'à présent.
Tout le monde connaît l'influence de la nourriture composée n grande partie de substances grossières, farineuses; tout le Bonde sait qu'elle produit ordinairement tous les attributs du Bmpérament lymphatique ; qu'elle a pour effet la lenteur et la itresse de toutes les fonctions, et particulièrement des foncions des relations, qu'elle occasionne souvent la diathèse scronleuse, etc., etc.
II y a des pays où la classe indigente se nourrit presque iclusivement de châtaignes, de blé sarrasin, de maïs, etc., etc. M habitants de cette classe sont souvent abrutis à tel point que on pourrait presque dire qu'il y a chez eux un manque absolu 'intelligence. Ces hommes se distinguent en même temps par ne lenteur extrême dans les déterminations et les mouvelents, et, comme le fait observer Cabanis (1) , ils sont d'autant lus stupides et inertes qu'ils vivent plus exclusivement de ces limants; et les ministres du culte ont souvent remarqué que Hirs efforts pour donner des idées de religion et de morale à es hommes abrutis, étaient encore plus infructueux dans le Bmps où l'on mange la châtaigne verte.
Il va sans dire que pour un enfant issu de parents lymphatiaes, ou offrant quelques caractères de l'affection scrofuleuse, omme aussi pour celui qui serait né de parents pbthisiques, il erait d'autant plus dangereux de suivre un régime de cette
(1) Cabanis, Rapports du physique et du moral de Vkomme. Huitième mémoire : •f¥0nee du régime sur les disposUionsei les habitudes moraUs, huitième édition. wds, iSkà, p. 868.
nature, que là puissance de Thérédité serait déjà par elle-même capable de le faire hériter de leur organisation. Loin de là, il faudrait chercher par tous les moyens rationnels à établir un contre-poids à ce fâcheux précédent, et celui que rexpérience nous donne dans ce cas comme le plus efficace, consiste précisément dans un régime tonique, et même jusqu'à un certain point excitant. Cet enfant doit habiter toujours un lieu sain, bien aéré, et, préférablement à tout autre, la campagne ; il sen soumis de bonne heure, et surtout les dernières années qui précédent l'époque de la puberté, à un régime composé de bons bouillons, de viandes rôties, de plantes amères, comme lachi* Corée, le pissenlit, le cresson, etc., etc.; on lui donnera habituellement du bon vin à ses repas; on évitera de le fatiguer par des études trop assidues; enfin on cherchera à seconder les effets de cette médication par la gymnastique, en lui donnant le plus d'extension possible. Ainsi on essayera de forcer en quelque sorte l'économie, par des promenades à pied ou à cheval, par des courses ou d*autres moyens convenables, à subir des pertes abondâmes par hi transpiration et la fatigue, dans Tintentioa de les remplacer par des éléments de bonne qualité, et de substituer ainsi progressivement une organisation ferme à une constitution molle et apathique, une chair coulante^ pleine de vie et de force, à une sévc épaissie et visqueuse.
Supposons maintenant qu'il soit question d'une jeune fille née d'une mère très-nerveuse, exaltée, passionnée, maniaque ou atteinte d'alicnalion mentale; Téducation de cette enfant ne doit-elle pas être l'objet d'une attention toute spéciale et d'une surveillance des plus actives? Depuis le choix de la nourrice, qui doit fournir les premiers matériaux de son alimentation et communiquer les premières impressions à son système nerveux, jusqu'à l'éducation qui précède son émancipation dans le monde, son entrée dans la société, tout ne doit-il pas être fait pour elle sous l'influence de celte pensée immuable, de cette volonté persévérante, qu'il faut détruire chez elle â tout prix cette fâcheuse disposition congénitale, ce triste héri-
ige des vices de rorganisation de sa mère, et en empêcher Dsi la propagation à la génération suivante?
Oui, tel doit être le but continuel de nos efforts, le centre srpétuel de toutes les préoccupations, et surtout pendant les mées qui précèdent l'époque de la puberté, le système ner- $ux prenant alors une large part dans la production de tous s actes de la vie. Alalheureusement les maisons d'éducaon, comme elles sont organisées aujourd'hui, ne donnent pas D tout la possibilité de remplir ce but. Les jeunes filles y sont sçues sans qu'on exige des parents les moindres renseigne*» leuis sur leur constitution, leur tempérament, leurs diathëses, IDS qu'on ait pris connaissance non moins indispensable de ^ors dispositions morales, de leurs qualités et de leurs déluts.
Ou*un médecin attaché à un hôpital, après avoir reçu un ertain nombre de malades dans ses salles, veuille les souleitre tous au même traitement, on ne tarderait pas à s'y pposer de toutes ses forces, en motivant sur le simple bon fins la crainte pour le sort de ces malheureux. Hais qu'un erlain nombre de jeunes filles arrivées dans un pensionnat fcc les dispositions les plus opposées, les caractères les plus ontraires et les conditions organiques les plus dissemblables, oient assises toutes à la même table, se livrent toutes aux lémes exercices, dorment toutes le même nombre d'heures et oient toutes soumises aux mêmes études, on ne verra aucun liai à cela.
Nous sommes même assez simples pour nous flatter qu'en pérant ainsi une fusion de tant de dispositions et de qualités lifférentcs, en un amalgame, et en ne faisant aucune applicaion de l'esprit d'analyse qui, seul, ayant une fois bien apprécié es individualités, peut tirer du fonds de chaque organisation DOS les profits qu'elle peut produire, nous sommes assez simples, dis-je, pour croire qu'en procédant ainsi nous contri- Nions au perfectionnement de l'espèce 1
On ne cesse pas un £eul instant de faire des efforts pour
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perfectionner les races dans les différentes classes d'animaoL Les gouvernements stimulent le zèle, excitent réraulation et récompensent plus ou moins largement les progrès dans l'art d'élever les bestiaux, tandis qu'on ne fait rien de semblabk pour la race humaine. La culture de Tesprit, envisagée d'une manière absolue, constitue en quelque sorte notre préoccopition exclusive, et nous négligeons complètement les soins i l'aide desquels on pourrait arriver à restituer à notre espèce sa beauté et sa vigueur primitives, corriger ou même effiuxr totalement les différents vices héréditaires, qui sans cela finii> sent par se perpétuer, en passant de la mère aux enfaoti, et ainsi de suite d'une génération à l'autre. Comme l'a bit observer Hipp.- Royer-Collard, combien de formes ou de degrés divers de la santé seraient heureusement modifiés paru régime systématique qui n'exigerait d'un côté qu^une surveillance active et intelligente, et de l'autre que de la patience et de la soumission! Combien aussi d'états morbides contre le»* quels la thérapeutique épuise souvent mal à propos tant de recettes impuissantes ou dangereuses (1) !
Hygiène au point de vue de l'esthétique. — Après avoir organisé savamment et consciencieusement le régime alimentaire de chaque jeune personne au point de vue de la santé, on pourrait ensuite songer à y introduire quelques modificitions en vue d'embellir les formes. A part les déviations de k taille qui, à côté des moyens hygiéniques, exigent encore ni traitement orthopédique spécial, il y a deux états qui préoccupent souvent beaucoup les jeunes personnes et leurs parents, et qu'un régime convenable peut modifier, ce sont : Teoibon* point excessif et trop de maigreur.
Nous ne saurions trop nous élever contre la fâcheuse coutume qu'ont souvent les jeunes personnes de boire du vinaigre ou du jus de citron pour se faire maigrir. Si l'on réussit quel*
(1) Hipp. Royer-Collard^ De Vorganoplastie hygiénique, au euai d^AyfilM cofnparéOj mémoire lu dans la séance annuelle de 1S42 de l'Àcadéniieroiiltà médecine. {}tétn(Hres de V Académie impériale de médecine, Paris, 1843, L Xf p. 479.)
Bfois à perdre de celte manière l'excès d'embonpoint, c'est ^sque toujours au détriment de la santé. Depuis longtemps déjà on possède dans l'industrie les moyens ngraisser ou de faire maigrir les animaux. L'espèce hulîne serait- elle seule condamnée à ne retirer aucun bienfait I conceptions de son génie, du travail de son intelligence? n, ce n'est pas possible; cela est d'autant moins probable, e c'est le choix des substances alimentaires qui constitue en inde partie le secret de l'engraissement. Aussi n'hésitonsos pas à partager la maxime du célèbre auteur de la Physiope du goût : c Tout ce qui mange peut s'engraisser^ pourvu te les aliments soient bien et convenablement choisis. > La maigreur est un malheur effroyable, comme le dit Brillat- Yarin, pour les femmes; la toilette la plus recherchée, la aturiére la plus sublime, ne peuvent masquer certaines ■ences, ni dissimuler certains angles ; et l'on dit assez com- Doément qu'à chaque épingle qu'elle ôte, une femme maigre, lelque belle qu'elle paraisse, perd quelque chose de ses larmes.
Pour donner l'idée jusqu'à quel point l'art peut modifier à lire gré, par un régime convenable, les différentes dispositions ■ganiques de l'économie, nous allons rapporter quelques lemples tirés du régne animal. Nous ne saurions mieux faire le de citer textuellement les passages relatifs à ce sujet, de Atéressant Mémoire de Royer-Collard , que nous avons ippelé tout à l'heure :
< Notre savant et si obligeant collègue, M. Duméril, a eu la )Dté de me communiquer divers détails qui prouvent quels langements peut apporter telle ou telle sorte de nourriture ins les formes et les proportions des insectes. Je me bornerai quelques mots sur les abeilles. La forme sexuelle, chez ces limaux, dépend, comme on sait, de leur mode d'habitation' l de l'alimentation particulière qu'ils reçoivent. Parmi les inres destinées à devenir des femelles, quelques-unes seulelent acquièrent les attributs de leur sexe, les autres restent
2jÎ RTOlfc^E ce l\ PCÏllTt ET De Ll St^OTArSC
n«iufr^:. Lr5 '^Tir.ÂriT^.^ r :st i .^j-^e* dsos iji» cellules plas larges, pla-! épâî-i^T, :l l'.r' ditTérentei de celles des antres; là, les fjuvr'ikr^,^ Ir jf ap-: rter.t une touiliîe oo pâtée, dont la couleur el !a savKi^r 5* :nt toutiçs 5p4».ia]*?s, dont la quantité est trèsabon'lante. O^t (rincîpalem'rnt cette alimentation qoi développe le> rr;r'ir*eî de la génération chez les reines ou femelles féconde: des aheillei. A cOté des cellules habitées par ces dernières, se trûuv':nt d'aii très cellules habitées par d*autres larves; cell';s^i, sans devenir précisément des femelles, profitent cependant du bénélice th: ce voisinage; elles prennent plosde volume que les neutres proprement dites, et pondent plus tard quelques œufs, dont les larves deviennent des mâles. Arrive-t-il par accident que les larves des reines périssent dans la mche, les ouvrières, lorsqu'elles ne peuvent pas émigrer, s'occupent sur-le-champ de réparer cette perte : elles agrandissent les cellules de deux ou trois larves, et leur apportent la nourriture rovale; ainsi se forment de nouvelles femelles. 1
M. Edwards est parvenu à empêcher les têtards de devenir grenouille?, et les a forcés de s'arrêter au premier degré de leur développement, en les privant d air et de lumière, ce qui ne les empêchait pas pourtant de grossir et de prendre même un volume monstrueux.
Il y a un siècle, TÂngleterre n'avait point d'agriculture et pour ainsi dire point de bestiaux. Un simple fermier de la paroisse de Dishiey, Bakewell, après de longues études et nombreuses expériences, créa des races tout à fait nouvelles, incomparables pour la boucherie, c Après quinze années d'essais, ditHoyer-Collard, il put montrer une race nombreuse de bœufs dont la tète et les os étaient réduits aux plus petites dimensions, les jambes courtes, la panse étroite, la peau fine et souple, tandis que la poitrine était vaste, l'intervalle qni sépare les hanches largement développé, et les masses musculaires si considérables, qu'elles formaient à elles seules plus des deux tiers du poids total de l'animal. Bakewell jugea que les cornes des bœuTs étaient inutiles et souvent dangereuses; il
créa des espèces complètement dépourvues de cornes. C*est encore à lui que l'Angleterre doit cette belle race de gros chevaux qui font le service du roulage de Londres. La réforme des bèies à laine fut, sans contredit, la plus difficile de ses entre^ prises et le plus beau de ses triomphes. Lui seul est parvenu à obtenir chez ses moutons de Disbley la réunion de deux qualilés que certains agronomes regardent encore comme presque incompatibles : la finesse de la laine et le développement des parties charnues. La graisse, concentrée dans ces parties, s'y immasse sous forme de pelote serrée et communique à la viande vie saveur très-remarquable. Du reste, le procédé suivi par Bakewell dans ces expériences consistait dans l'emploi simultané de deux moyens : l'accouplement des animaux de choix dans la génération ^ et, plus tard, un régime convenable. Son art, purement empirique, était devenu un système entre ses mains» et il l'avait réduit en principes.
< Que de sagacité, de tact, et, en même temps, d'activité, d*obstination ; que de génie, en un mot, n'a-t-il pas fallu pour concevoir, pour diriger, pour achever avec succès une œuvre tt prodigieuse ! »
D'après ce qui précède^ il ne faut pas désespérer totalement de pouvoir appliquer, au moins en partie, à Tespcce humaine ce que nous avons vu réussir si bien chez les animaux. Sans doute, dans l'état actuel de la société, nous ne pouvons guère ' songer à tirer tout le parti qu'on pourrait tirer des alliances raisonnées au point de vue de l'hygiène et de la supériorité des races. Pendant longtemps encore, sinon toujours, des considé* rations financières ou celles de caste passeront avant les autres. Mais tâchons de profiter au moins de ce qu'on peut obtenir par le régime, puisque, comme nous l'avons vu, il peut déjà faire . beaucoup par lui seul; agrandissons les habitations, comme font les abeiUes pour celles d'entre elles qu'elles destinent à propager l'espèce; donnons aux jeunes filles délicates h nourriture royale spéciale conforme à leur constitution. De tout temps déjà on a remarqué que certaines substances,
quand on en fait un long usage, ont pour effet d'augmenter les proportions de graisse et d'embonpoint.
Les plats de prédilection des obèses sont en général les substances farineuses, telles que le riz, les pommes de terre, les haricots, les fèves, etc., etc. Ils aiment aussi par-dessos tout les mets fortement assaisonnés de beurre ou d'huile, les œufs, la pâtisserie, les amandes, les noisettes, la crème, toutes les substances, en un mot, qui renferment beaucoup de matières grasses. Singulier spectacle que celui de ces gens qui, non contents de poursuivre partout la graisse, semblent vouloir en former des dépôts dans les différentes parties du corps, on dirait, dans la crainte d'en manquer jamais.
La plupart des gens gras ont l'habitude de boire beaucoup; la distension démesurée de la cavité de l'estomac par l'abm des liquides, et particulièrement des boissons gazeuses, augmente sa capacité et permet ensuite d'ingérer plus d'aliments, ce qui contribue à augmenter Tembonpoint. L'absorption de beaucoup de liquides a également pour conséquence la distension plus grande du système veineux, et ajoute au volume de toutes les parties.
Nous ne voulons pas dire pour cela que le régime jouit dans ce cas d'une sorte d'omnipotence, et qu'on peut toujours loi faire faire ce qu'on veut. 11 n'y a pas le moindre doute que les dispositions primitives de l'organisation de chaque personne, jouent d'abord sous ce rapport le rôle le plus important B y aura toujours bien des personnes grasses que Ton aura de la peine à faire maigrir, et beaucoup plus encore de maigres qu'on ne pourra pas parvenir à engraisser. Quoi qu'il en soit en persévérant, on peut encore obtenir d*assez curieux résultats. Plus d'une fois les données de la science, étant convenablement appliquées, seront à même de seconder les dispositions naturelles, et souvent aussi il leur sera permis d'enmodi* fier d'autres dans le sens favorable à nos désirs.
«Si j'avais été médecin avec diplôme, dit spirituellenieill Brillât-Savarin, j'aurais d'abord fait une bonne monographie
de robésité; j'aurais ensuite établi mon empire dans ce recoin de la science, et j'aurais eu le double avantage d'avoir pour malades les gens qui se portent le mieux, et d'être journellement assiégé par la plus jolie moitié du genre humain; car, avoir une juste portion d'embonpoint, ni trop, ni trop peu, est pour les femmes l'étude de toute leur vie. >
L'expérience nous a appris qu'en général, les personnes disposées à l'embonpoint, se trouvent bien, en se privant des choses que nous avons énumérées tout à l'heure et qu'aiment ordinairement les gens obèses. Ainsi on doit boire peu aux repas, et jamais dans leur intervalle. Les boissons gazeuses doivent être complètement supprimées. On mangera peu de soupes , Irès-peu de légumes, et de préférence les viandes. Nous avons l'habitude de ne pas permettre de sucre, et au lieu de café Bocré à la crème, nous conseillons de substituer l'usage de café k Feau sans sucre.
Ce régime doit être accompagné de beaucoup d'exercice, de promenades journalières à pied, de quelques purgations en pilules, et, si cela se peut, on doit suivre un cours de gymnastique cadencée pendant deux ou trois mois consécutifs.
Si avec ces moyens on n'atteint pas le but désiré, on peut prendre pendant quelque temps, tous les jours, un gramme de bicarbonate de soude dans un peu d'eau.
Dans des cas rebelles, lorsque la disposition à l'embonpoint est fortement prononcée, on peut ajouter à tous ces moyens quelques gouttes de teinture d'iode, avec 15 ou 20 centi* grammes d'iodure de potassium pour une "bouteille de vin ; on boit de ce vin comme on avait l'habitude d'en prendre aux repas.
La graisse, au lieu de se répandre également partout, offre quelquefois la prédilection pour certaines parties, ce qui devient un motif de gêne. Nous avons été plusieurs fois consulté pour de jeunes personnes qui étaient loin d'être grasses, mais (Aet qui les seins semblaient attirer vers eux la plus grande portion de graisse et devenaient monstrueux. Dans deux cas
de ce genre des frictions avec la teinture d'iode, pratiquées à l'aide d'un pinceau en poil de blaireau, ont produit un excellent résultat.
La maigreur résiste, en général, davantage aux moyens hygiéniques. 11 faut, avant tout, s'assurer qu'elle ne tient à aucun état morbide et constater particulièrement l'intégrité des fonctions digestives. Lorsque tout fera présumer qu'il s'agit réellement d'une maigreur que l'on pourrait appeler essentielle^ on s'occupera de maintenir l'appétit à un degré convenable et à l'exciter même un peu, si cela était nécessaire. On conseillera ensuite de boire chaque matin une bonne tasse de lait, de prendre aux repas de la bonne bière pure oa coupée avec quelque eau gazeuse agréable, telle que Teau de Seltz, de Vais, de Soultzmatt, etc., etc. Les jeunes filles disposées à être maigres, devraient se coucher de bonne heure et rester au lit plus longtemps que les autres. Dans le régime alimentaire, on peut leur accorder largement ce que nous défendions à celles qui avaient de la disposition à engraisser trop.
Ainsi des soupes, des pâtes, des macaronis^ des marrons,da riz, de la pâtisserie, tout cela est parfaitement indiqué. On doit aller passer l'été à la campagne ou aux bords de la mer, sans s'y livrer à trop d'exercice ; profiter de la possibilité d'y trouver de bon lait, et en boire un bol deux fois par jour. 11 est rare qu'à Taide de ce régime on ne s'aperçoive pas dans l'espace de deux ou trois mois d*un notable changement. Les mères qui se proposent de marier leurs filles, feraient bien, lorsque cellesci sont maigres, de leur faire subir ce régime préparatoire au
moins pendant la dernière belle saison qui doit précéder le mariage.
Quelques personnes attachent une importance particulière à certains mets, tels que la farine de maïs, de fèves, etc., etc. On peut préparer avec la farine de maïs des soupes, à l'instar des gaudes des Bourguignons études Franc-Comtois, on des entremets, comme la rnamaliga des Moldo-Valaques. On appelle ainsi un mels préparé avec de la semoule excessivement fine de
mais, que Ton verse en quantité suffisante dans une casserole remplie à moitié d'eau, de manière à en faire une pyramide qui doit s'affaisser lentement d'elle-même pendant l'ébuUition el former une pâte épaisse. On évite avec soin d'y loucher et surtout de remuer avec une cuiller. Ce n'est qu'au moment de servir, qu'un Théocharide quelconque verse cette espèce de gâteau dans un plat, et l'apporte tout chaud à table. Faire une grande excavation au centre et la remplir de beurre frais de première qualité, n'est que l'affaire d'un instant. En quelques secondes, le corps gras disparait et on le voit ruisseler à la surface, après avoir traversé les couches les plus profondes , sous l'aspect de larmes dorées qui font le bonheur des gourmets du pays. II faut avoir goûté à ce mets pour l'apprécier; au lieu d'être lourd, comme on aurait po le craindre, il est exquis et facile à digérer. Nous, qui avons eu l'avantage de faire sa connaissance dans quelques excellentes familles moldaves à Paris, nous avons eu soin d'en demander la recette pour en recommander l'usage aux jeunes personnes qui désirent gagner un peu d'embonpoint, et nous n'avons qu'à nous féliciter d'avoir eu cette idée. La physiologie comparée ne peut d'ailleurs que disposer favorablement l'esprit à l'égard du maïs, comme moyen d'engraisser. Si quelqu'un osait prétendre le contraire, toute TAlsace se lèverait, j'en suis sûr, comme un seul homme, pour protester.
L'augmentation de l'embonpoint à la suite du régime consistant dans l'usage habituel des mets renfermant des matières grasses, ne surprendra pas du tout ceux qui connaissent les expériences faites à ce point de vue par MM. Dumas, Boussingaull et Payen. D'après ces savants, de même que tous les principes immédiats, la graisse n'est pas du tout créée de toutes pièces par les animaux, mais elle arrive déjà toute formée avec les aliments, de telle sorte qu'aucun animal ne peut contenir plus de graisse que ce qu'il en prend avec sa nourriture.
M. Liebig a essayé, il est vrai, de combattre cette opinion
en citanl l'exemple des quadrupèdes qui s'engraissent en vivant de foin et de maïs, substances qui ne contiendraient, suivant le célèbre chimiste de Giessen, que des traces de matière grasse.
MM. Dumas et Payen répondent à cela qu'en se servant de leur procédé, on peut trouver dans le foin 2 pour 100, et dans le maïs 10 pour 100 de matière grasse. Il résulte des recherches de ces chimistes distingués que la proportion de graisse que peut fournir une volaille après avoir été soumise pendant quelque temps à l'usage du maïs, est presque exactement la même que celle qu*aurait fournie le maïs qui a été employé pour l'engraisser. Ils ont constaté aussi que la quantité de beurre que peut fournir une vache dans un temps donné esi toujours en proportion des matières grasses renfermées dans les substances qui lui ont servi de nourriture. Ces faits une fois bien connus, il sera facile de comprendre pourquoi le régime qu'on appelle le maigre est souvent le meilleur moyen pour opérer Tengraissement et pourquoi en particulier le clergé compte généralement tant de gens obèses. Espérons que la possibilité de l'engraissement artificiel dans l'espèce humaine, déjà entrevue par Brillât-Savarin et rendue plus probable encore par les travaux des savants chimistes que nous venons de citer, finira par être mise hors de doute, et que les données de la science pourront servir une fois de plus l'humanité.
Tympanite par faiblesse musculaire. — Avant de terminer ce que nous avons cru avoir à dire de Thygiène, au point de vue de l'esthétique, à Tépoque de la puberté, nous voulons encore fixer un instant l'attention sur une difformité peu étudiée jusqu'à présent, qui préoccupe en général beaucoup le
(1) Nonobstant cela, il y a des sa^'ants qui, tout en professant beaucoup d'estime pour les travaux de MM. Dumas, Boussingault et Payen, ne veulent pas déposséder la machine vivante des droits qui émanent directement du principe vital. D'après cas savants, on ne doit pas refuser à réconomie, d'une manière absolue, la faculté de créer quelquefois la graisse de toutes pièces; ils se bornent à dire que toutes les fois que Téconomie trouve le» matières fprasses toutes ûdtes, elle s'en •oqiare et s'évite ainsi la peine de les préparer.
beau sexe^ et pour laquelle nous avons été assez souvent consulté : il s'agit du ballonnement du ventre. Les auteurs qui ont écrit sur la tympanite en avaient admis plusieurs variétés, dont les principales sont : tympanite symptomatiquey tympanite accidentelle et tympanite essentielle, La première, la plus commune de toutes, est le résultat d'un obstacle mécanique au cours des matières, et la distension gazeuse des intestins est limitée dans ce cas à toute la portion située au-dessus de Tobgtacle. La tympanite accidentelle est généralement passagère; elle est presque toujours le résultat de Tingestion de quelques aliments flatulents, et se dissipe d'elle-même par des soupapes naturelles de sûreté. La tympanite essentielle est considérée comme le résultat de l'eihalation anormale des gaz en quantité considérable. Quoiqu'elle n'ait pas été admise par tous les auteurs, rien, je crois, ne s'oppose à son admission dansTétat actuel de la science. Mais n'est-on pas allé un peu trop loin quand on a dit que quelquefois l'exhalation des gaz peut être tellement abondante qu'elle peut occasionner la mort? Bricheteau et Pinel citent deux exemples de ce genre dans le Dictionnaire des sciences médicales en soixante volumes ^ d'après Smedns et Fabrice de Hilden ; mais il est bien à craindre que quelque obstacle matériel au cours des matières n'ait échappé dans ce cas à l'attention au moment de l'autopsie; d'autres observations plus détaillées seraient encore nécessaires pour juger définitivement cette question (1).
La tympanite par faiblesse musculaire ^ dont nous nous , occupons pour le moment, n'a rien de commun avec les variétés précédentes ; c'est une variété à part qui a ses caractères particuliers qui la distinguent des autres. La quantité des gaz intestinaux n'est pas précisément augmentée dans cette forme de tympanite. Si le ventre est gros, c'est que les muscles des parois abdominales et ceux des parois des intestins sont
(i) Nous laissons de cdté la question relative à la tympanite péritonéale primitht admise par quelques auteurs et non acceptée par d'autres.
frappés d'atonie el n'offrent plus de résistance suffisante à la force expansive des gaz. Ce qui prouve qu'il en est ainsi, c'est que le ventre, tout volumineux qu'il paraisse, n'est jamais aussi tendu que dans les tympanites occasionnées par l'accumulation anormale des gaz ; il est possible encore de le déprimer, les personnes étant couchées, et on est même presque surpris de lui trouver encore tant de souplesse à côté du volume considérable qu'il paraissait avoir.
La percussion produit un son clair que donnent à l'état normal les intestins contenant des gaz, mais il n'y a rien d'exagéré dans le ton, comme cela se voit dans les vraies tympanites.
En déprimant les parois abdominales, on ne sent aucune tumeur sur le trajet du tube intestinal ni du côté des ovaires.
La tympanite par faiblesse musculaire est assez commune chez les femmes qui ont eu des enfants, et on peut la rapporter avec beaucoup de vraisemblance à la distension extrême des muscles abdominaux pendant la grossesse. Cette ceinture fibreuse ayant perdu ainsi sa fermeté, n'offre plus assez de résistance aux gaz et se laisse distendre presque autant qu'elle était distendue pendant la gestation ; sa contractilité musculaire est évidemment diminuée.
Il n'est pas rare de voir un état analogue chez les jeunes filles à l'époque de la puberté. Ici, la contractilité musculaire s'affaiblit dans les muscles abdominaux comme elle s'affaiblit souvent dans d'autres muscles, sous l'influence de la croissance ou de l'état chlorotique, etc. Ainsi, il n^est pas rare de voir de jeunes personnes qui ont des omoplates très-mobiles et leurs angles inférieurs trés-saillants, sans que cela dépende de la déviation de la colonne vertébrale ou de la déformation consécutive des côtes. Cet état tient uniquement à l'affaiblissement de la contractilité musculaire de certains muscles, mais particulièrement du grand dentelé, qui s'attache, comme on sait, en dehors, tout le long du bord spinal de l'omoplate, depuis la face interne de l'angle supérieur jusqu'à la face interne de
Tangle inférieur de cet os, où a lieu le point d'insertion de la portion inférieure.
Cette espèce de paralysie locale des muscles abdominaux est donc la cause réelle de la tympanite dont nous parlons et qu'il sera toujours facile de distinguer des autres variétés, par les caractères que nous lui avons assignés.
On peut dire qu'on ne se doutait presque pas jusqu'à présent de la nature de cette afleclion chez les femmes; et, comme il n'y avait aucuqe cause matérielle à invoquer pour s'en rendre compte chez les jeunes filles, on n'y faisait pas attention ou on attribuait le volume du ventre à trop de graisse.
Pour obvier à cet inconvénient chez les femmes, on se bornait ordinairement à conseiller l'usage d'une ceinture, dans rintention de maintenir les parois abdominales. Ce moyen ne remplit jamais le but, mais il apporte souvent du soulagement en empêchant la grande mobilité et le ballottement des parois du ventre, qui est très-désagréable et quelquefois même douloureux pendant la marche. Nous avons eu plusieurs fois l'oocasion d*être consulté uniquement pour cet inconvénient, et toutes les malades nous ont avoué qu'elles se sentaient mieux en portant la ceinture, cependant leur ventre restait toujours gros.
Si Ton veut réussir à diminuer dans ce cas le volume du ventre, il faut exciter la contractilité musculaire dans les parois abdominales. Nous employons avec succès, dans cette occasion, le massage, des frictions sèches avec des brosses en bois (1), et l'électro-magnétisme, qu'on peut remplacer avan-
(i) Les Anglais ont inventé un système de brosses en bois qui répond parfaitement k l'indication dont il s'agit dans ce moment. C'est une espèce de botte ayant environ 18 centimètres de longueur et 10 de largeur sur d de hauteur. Une des bces de la botte est percée de six ou huit ouvertures, auxquelles correspondent dans l'intérieur de la botte six boules rondes également en bois, dépassant i peine les ouvertures par un segment de leur circonférence et roulant facilement sur ellesmêmes à la moindre pression du doigt. En promenant cette plaque sur les parois abdominales, les boules tournent sur elles-mêmes, appuient lur les muscles et pro-
302 HTGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET DE Lti MÉNOPAUSE.
tageusement par rurtication suivie de frictions à Taide de brosses en bois.
Chez les jeunes filles, la faiblesse musculaire ne proyenant pas d'une cause locale, mais plutôt de l'état général du système, il faut employer avant tout un traitement qui agit sur l'économie entière et particulièrement sur le système musculaire. L'air de campagne, les promenades au grand air, les bains de mer et la gymnastique manquent rarement de faire disparaître le gros ventre de cette espèce. On peut associer tous ces moyens, en cas d'anémie, à Tusage de ferrugineux à l'intérieur. Pour stimuler encore davantage la contractilité musculaire, nous prescrivons souvent en même temps un peu de nux vomica. Il faut veiller également à ce que les évacuations alvines soient régulières, et ne pas souffrir de constipation, qui favoriserait encore davantage la distension des intestins.
Ce n'est que comme palliatif qu'on peut ajouter à tous ces moyens Tusage d'une ceinture bien confectionnée qui soutienne le ventre sans exercer de forte pression.
Dyspepsie des jeunes filles à f époque de la puberté^ et son traitement. — Le manque de l'alimentation suffisante ne provient pas toujours des privations imposées par la misère ou de maladroits calculs de la coquetterie. Sous l'influence de la perturbation profonde que subit l'économie à l'époque de la puberté, il peut survenir des troubles fonctionneb du côté de l'estomac qui rendent la digestion difficile, occasionnent de l'inappétence et même du dégoût pour les aliments. Sans exagérer, comme on a essayé de le faire dans ces derniers temps, l'importance de la d\'spepsie considérée comme cause de différents états morbides, on ne peut pas disconvenir qu'elle ne soit, à cet âge, le point de dê^uirt assez fréquent des troubles de la nutrition, de la circulation et en particulier de l'ovulation et de rbémorrhagie menstruelle. Dès que, par une cause ou une autre, les
diiîaeiil une espèce de iii;is$afe, s^iis râccher U peau, comaie cela se feii sovveot avec k» brv68c« onliiuîre». Cei înstnuMfit est coouu sous le oom de ce qui veut dire
aliments ne profitent plus à réconomie, il en résulte un affaiblissement de la constitution dont toutes les fonctions se ressentent. L'ovulation, dans ce cas» n'est pas une des dernières à en éprouver les effets, comme nous aurons l'occasion de le démontrer cliniquement dans une autre partie de cet ouvrage, en traitant du rôle de la menstruation dans la pathologie.
Plus d'une fois, l'art est obligé d'intervenir alors pour combattre la dyspepsie, exciter l'appétit et aider lassimilation.
L'usage de quelques boissons amères, telles que Tinfusion de petite centaurée^ de germandrée ou de chicorée sauvage, à la dose de deux tasses par jour, un quart d'heure avant chaque repas, produisent dans des cas de ce genre un trés-bon effet. Souvent nous faisons ajouter aux plantes destinées à cette infîision de petites quantités d'écorce d'oranges amëres (curaçao) sèches, ce qui donne au breuvage un goût moins désagréable et agit encore mieux sur l'estomac. Aux repas, nous avons l'habitude de faire boire de l'eau dans laquelle on fait macérer à froid du bois de quassia amara ou des morceaux de racine de gentiane. On peut la prendre, selon -le goût des malades, pure ou coupée avec du vin ou de la bonne bière.
Quand des moyens si simples ne suffisent pas, nous ajoutons un peu de pepsine pure, dont on prend une pincée dans la pre* mière cuillerée de potage. Quelquefois nous la donnons associée à du fer réduit par l'hydrogène, en pilules.
Il y a encore un moyen hygiénique que nous employons depuis quelques années avec assez de succès pour exciter l'appétit, c'est du porter. Nous en donnons aux jeunes personnes un verre à deux verres à vin de Bordeaux, à chaque repas, seul si on le supporte bien, ou coupé avec les eaux minérales de Vichy (source Lardy), de Vais, de Bussang, de Saint-Galmier, de Gouzan, etc., etc. Le choix de ces eaux doit dépendre un peu du goût des malades, mais aussi de leur prix, qui doit être en rapport avec la position des familles. Leur mélange s'opère très-bien avec le porter et n'enlève rien à ^e%
SOft HYGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET DE LA MÊlfOPADSB.
propriétés; elles ne font que dissimuler un peu l'amertume naturelle de cette boisson.
Un des grands avantages du porter ainsi administréi c'est de faciliter les évacuations alvines. En effet, la constipation est un des symptômes habituels de la dyspepsie de Tépoque de la puberté. On dirait que tout l'appareil digestif se trouve alors dans un état de constriction spasmodique, depuis TestomaCy les conduits biliaires jusqu'aux intestins. La digestion s'y fait lentement; le peu de matières ingérées séjournent trop longtemps dans le tube gastro-intestinal, oiiil n'y a pas de mouvements péristaltiques sufGsants et où la membrane muqueuse ne se trouve pas convenablement excitée par le sucgastrique et la bile. Il n'est pas étonnant alors que le besoin de reprendre d'autres aliments ne se renouvelle pas si souvent. Si l'on ne remédie pas à cela, toute l'économie pâlit; bientôt, sous l'influence de Taffaiblissement consécutif à l'insuffisance de la nourriture, on perd les forces, on se sent peu disposé aux exercices, on reste renfermé chez soi au lieu de respirer le boD air qui pourrait'au moins remplacer en partie ce qui manque du côté des aliments, et l'on prépare ainsi peu à peu les éléments de certaines diathèses, comme : albuminurie^ tuber* culesy leucocythémie^ etc., etc. On ne saurait donc, par conséquent, déployer trop de zélé pour ramener la digestion à l'état normal. Les préparations ferrugineuses semblent généralement exciter un peu l'appétit, surtout étant associées à la pepsine; mais dans bien des cas les malades ne les supportent pas bien, s'en dégoûtent sans obtenir aucun avantage. Le principal motif, je crois, de cet insuccès, c'est que le fer constipe ordinairement encore davantage. Quelqu'un qui n'a pas l'habitude de voir beaucoup de malades de ce genre, ne pourrait pas se figurer jusqu'à quel point peut aller le dégoût pour la nourriture et jusqu'à quel point les jeunes personnes peuvent supporter l'abstinence, sans qu'en apparence la nutrition générale semble en souffrir. Nous avons vu des jeunes filles qui ne se nourrissaient habituellement que de potages, de quelques
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légumes, de la salade et de fruits, qui avaient la viande en horreur, à qui, en fait de substances animales, on pouvait tout au plus faire ingérer un peu de poisson. Comme nous l'avons > dit, la plupart du temps cette dyspepsie est accompagnée de constipation opiniâtre. Lorsque les moyens précédemment indiqués n*ont pas été efficaces, on doit passer aux évacuants, de manière à agir lentement, mais continuellement, sur Tappareil digestif resserré spasmodiquement. Il ne s'agit pas ici de porgations proprement dites, dont on ne pourrait pas continuer l'usage tous les jours sans inconvénients. Nous employons de préférence des infusions améres, légèrement purgatives, dont les malades boivent deux ou trois tasses tous les jours pendant une quinzaine de jours. On force de celte manière la bile à reprendre son cours libre ; on excite le mouvement péristaltique des intestins, et souvent il n'en faut pas davantage pour que l'appétit revienne et pour changer complètement l'état des choses. Deux grammes de séné convenablement préparé, pour qu'il perde les principes acres qui occasionnent des coliques, mêlé à h grammes de bourrache et un peu de badiane et de semences de carvi^ suffisent pour une dose à prendre en vingtquatre heures. 11 ne faut pas que cela procure plus d'une selle ou tout au plus deux selles dans une journée. En répétant ainsi tous les jours l'usage de ce thé dépuratif ^ on fait couler la bile dans le tube intestinal dégagé du spasme et de matières stagnantes-, le besoia de prendre de la nourriture se réveille, et tout peut rentrer dans l'ordre. En biologie, plus peut-être que partout ailleurs, des causes en apparence très-légères ont souvent des conséquences importantes. La digestion est une des fonctions fondamentales de notre économie, on ne saurait donc prendre la dyspepsie en trop sérieuse considération, et h plus forte raison la dyspepsie des jeunes filles à l'époque de la puberté, lorsqu'elles se forment pour être aptes h perpétuer l'espèce. La constitution de toute la génération future peut dépendre des conditions hygiéniques au milieu desquelles elles se trouvent alors. C'est la principale raison qui nous a engagé
HÀOBOBSU. 20
i insister sur la dyspepsie de cet Age, qui n'a pas encore été envisagée à ce point de vue par les auteurs.
Hydrothérapie. — Bains de mer. — Natation. — Eaux minérales. — Mais à côté, de tous les moyens qui constituent en quelque sorte le traiiement local» il ne faut pas négliger les conditions générales de l'économie, et en particulier celles du système nerveux, qui demande à être surveillé particulièrement à cette époque de la vie. Un des meilleurs moyens de relever l'énergie vitale, lorsqu'elle tombe en défaillance à cet âge, où elle devrait être au contraire très-prononcée, consiste, à notre avis, à employer cpnjointement avec tous les autres moyens que nous venons de conseiller, des ablutions journalières pratiquées sur tout le corps, avec l'eau à 22 degrés ou 15 degrés, pendant deux minutes. Chez les personnes lymphatiques, de constitution molle, on peut remplacer de simples ablutions par des douches d'eau froidë^ous forme de pluie. U est indispensable que le corps soit bien essuyé ensuite, afin de ne pas laisser la moindre humidité, et que la jeune malade s*habille promptement pour pouvoir faire immédiatement après une promenade à pied de vingt minutes à une heure, pour provoquer la réaction.
Lorsqu'on habite une ville où il y a des établissements hydrothérapiques, le mieux sera de suivre ce tiaitement dans l'un d'eux. Cependant, depuis que la pratique de Thydrothérapie a été répandue, on fabrique divers appareils qui peuvent être parfaitement utilisés pour ce traitement. Enfin, étant à la campagne, on peut improviser au besoin un traitement hydrothérapique suffisant pour la circonstance. On place la malade debout sur une planche, appuyée contre une échelle, puis on y fait monter une personne chargée d'un seau ou d'un arrosoir rempli d'eau froide, qu'on vide doucement pendant une minute sur la nuque et tout le long de la colonne vertébrale*
Si nous sommes entré dans ces détails, c*est pour simplifier autant que possible Tapplication de l'eau froide, moyen hygiénique d'une grande utilité, qui nous rend tous les jours de
fiYGlÈllE DE LA PUBERTÉ. 107
très-grands services. En général il ne faut pas que les malades soient rebutés par les difTicultés d'application du traitement qu'on leur prescrit, car ils ne l'exécuteraient pas du tout ou ils l'exécuteraient très-mal, ce qui ne servirait qu'à compromettre la miédication et même la réputation du médecin. Pour beaucoup de familles, l'obligation de conduire les jeunes personnes dans des établissements hydrothérapiques spéciaux, serait déjà une raison suffisante pour renoncer au bénéfice de la médication. Nous avons préféré faire connaître en même temps des procédés tout à fait simples et à la portée de tout le monde, afin de répandre partout les bienfaits de ce mode de traitement.
Les bains de mer constituent également un excellent moyen hygiénique que l'on ne saurait trop conseiller aux jeunes personnes à l'époque de la puberté. Nous voyons avec plaisir le goût de la mer se répandre tous les jours; on ne saurait pas, en vérité, employer mieux le temps destiné aux vacances pour la jeunesse des deux sexes, mais particulièrement pour les jeunes filles, dont le rôle dans la société commence relativement plus tôt. L'air marin, par ses propriétés toniques, contribue puissamment à fortifier la constitution. Les bains, accompagnés de l'aC' tion stimulante des vagues et de quelques exercices de natation de courte durée, accompagnés du repos de l'esprit, des promenades* ont une action on ne peut plus salutaire sur l'économie et peu vent réparer le mauvais effet des veilles, des fatigues, des émotions, etc., etc., qui ne manquent pas dans les grandes villes.
Il serait à souhaiter que les classes aisées ne soient pas les seules en possession des avantages si précieux pour la santé, surtout quand il s'agit d'un moyen à Taide duquel on pourrait puissamment contribuer à l'amélioration des races. Mais quand on fait partie d une grande nation comme la France, surtout lorsqu'elle est gouvernée d'après les principes démocratiques, il ne faut pas désespérer de l'avenir. Le moment n'est pas éloigné peaWétre où ce nouveau progrès pourra s'acoomplir. L'admi-^
nistralion centrale de Tassistance publique semble déjà avoir ouvert la marche dans cette voie en fondant à Berg un établissement hospitalier maritime pour les enfants malades des familles pauvres. L'empereur, qui a pris la glorieuse initiative de fonder les magnifiques établissements de Vincennes et du Vésinet pour les convalescents des deux sexes sortant des hôpitaux de Paris, pourra un jour porter de nouveau le bonheur au sein des familles peu aisées de la capitale, en ouvrant aux jeunes filles de quatorze à vingt ans, de petits employés et d'ouvriers de bonne conduite, des maisons d'hygiène où elles pourraient passer successivement leurs vacances pendant quelques semaines. Ces établissements, dirigés par des religieuses ou par des fonctionnaires civils honorables, dans le genre des dames de la maison impériale de Saint-Denis, pourraient rendre ainsi d'immenses services à la société au point de vue de la santé des jeunes filles et de leur future génération. L'honorabilité des personnes placées à la tète de ces établissements étant notoirement connue, les parents n'auraient pas de crainte d'y envoyer leurs enfants. Nous sommes persuadé que les compagnies des chemins de fer s'empresseraient de prêter dans cette circonstance leur concours, l'impulsion philanthropique étant partie du chef de l'État lui-même.
A défaut de bains de mer, les bains d'eau douce, et particulièrement l'exercice de la natation, sont très-bien indiqués chez les jeunes personnes de quatorze i dix-huit ans. Dans certains cas de surexcitation du système nerveux, que les médecins sont seuls à même d'apprécier, ils sont même préférables à Teau de mer, dont il est prudent dans ces cas de s'abstenir.
Nous ne voulons pas terminer cet article hydrologique sans appeler l'attention sur les avantages de certaines eaux miné« raies.
Les jeunes filles atteintes d'affections de poitrine, de rhumatismes, de maladies de peau, etc., etc., peuvent être traitées comme tout le monde par les eaux minérales, qui réussissent généralement dans des cas pareils. Nais id nous ne voulons
BYGifeME OE LA PUBEETÊ. S09
nous occuper que des eaux minérales particulièrement applicables aux états morbides qui se rattachent à Tappauvrisseroent du sang, à Taffaiblissement de la constitution, si communs i l'époque de la puberté. De ce nombre sont les eaux de Pyrmont, de Spa, de Schwalbach ; et en France, les eauxferro-manganésiennes de Luxeuil, qu'on n'apprécie pas assez, celles de Cranzac, LaMalou, d'Auteuil,etc.,etc. Ces eaux, prises sur lieu en boisson, sous forme de bains, et surtout sous forme de douches, à l'instar de l'hydrothérapie, agissent admirablement bien chez les jeunes personnes de constitution molle ou sujettes aux hémorrhagies menstruelles abondantes et trop rapprochées, qui affaiblissent la constitution. Comme les soins hygiéniques de l'époque de la puberté doivent se prolonger pendant quelques années consécutives, on peut alterner le traitement par les eaux minérales dont nous venons de parler, avec les bains de mer. Cette association produit généralement d'excellents résultats.
Vêlements. — L'époque de la puberté ne présente guère d'indications spéciales quant aux vêtements. Tout ce que commande l'hygiène bien entendue, en général, est applicable en cette circonstance; seulement l'impressionnabilité étant plus grande à cet âge, exige que l'on soit encore plus sévère qu'i un âge plus avancé, dans l'observation des règles hygiéniques.
Les jeunes fiUes doivent être toujours vêtues avec prudence, de manière k pouvoir supporter sans inconvénient les transilions du chaud au froid. L'été pendant les journées chaudes, il sera bon d'ajouter quelque chose pendant les promenades du soir aux légers vêtements du jour, surtout si l'on doit se livrer à quelques jeux où il faut faire beaucoup de mouvements en plein air. Cette précaution deviendra encore plus indispensable si l'on habite les bords d'une rivière, le voisinage de la mer ou des forêts. Des chemises de flanelle rasée et, par conséquent, très-légère, n'embrassant que le haut des bras et descendant jusqu'aux genoux, seraient un vêtement très-commode
310 HYGIÈNE DE LA PIIBBiTÉ BT DB LA MÉHOPAirSE.
et tr黫utiie, qui devrait faire partie de la toilette de chaque jeune personne et être réservé pour les cas dont nous parlons. On doit les mettre sur la peau, au-dessous de la chemiBe ordinaire. Ce serait un excellent moyen d'éviter le refroidisse* ment. La peau étant stimulée par le contact de la laine, sa circulation serait plus animée; la transpiration ne se trouve* rait pas exposée à être supprimée par Taction directe et bruBqiie du froidy étant absorbée par la flanelle; on n'aurait pas non plus à redouter des congestions vers rintérieur, des douleurs rhumatismales, etc.
Un pantalon de percale s'ouvrent sur les odtés et pouvant se rabattre aisément par devant, comme par derrière, est un vêtement parfaitement convenable à cet âge et trés-hygiénique.
Depuis les Grecs et les Romains de l'antiquité jusqu'à nos jours, on n'a pas cessé de fulminer contre le corset (1). Qu'en est-il résulté? C'est que son usage est devenu général. Abstenonsnous donc de déclamations inutiles ; acceptons le corset puisqu'on ne peut guère s'en passer. Et, en effet, c'est un vêtement très-utile ; pour bien des femmes, il est presque indispensable. HAmons seulement l'abus et Texagération. Un coreet bien fiut donne de la souplesse à la taille, de la précision et de la solidité aux mouvements du corps ; il remplit en quelque sorte l'office d'une aponévrose, ou au besoin de bas élastiques. Mais son rôle doit se borner h cela, et ne jamais dépaBBer les limites d'une' légère compression. On ne doit jamak l'envisager comme un instrument destiné à rendre la lalUe fine ou à arrêter le développement des seins. Les dangers de cette folle pratique seraient d'autant plus préjudiciables i l'époque de la puberté, que la digestion et, par conséquent, la nutrition
(!) Le corset proprement dit partit tiroir été introduit en frtnee par CiflMite de Médids, et il a passé easuite dans la «enda aotîBr. Tostafiiis» lea tauMa àm aacâeai Grecs portaient babitnellement, ^omme le bit remar^aer Bleffiné-iariif , le téfoâosnê^ et les femmes romaines, le eosfiila, qui reapliasaiest VêÊlk^ da conat (BeTeulé-rarise, aliNiaf mr rMflMM.)
seraient les premières à en soufiVir, tandis que c'est à cette époque dq la vie qu'elles sont destinées à rendre les plus grands et les plus durables services.
Que Ton demande plutôt aux médecins ce que devient Testomao chez des personnes qui se serrent trop la taille à Taide du corset. Comprimé latéralement et par devant, cet organe change littéralement de place, de direction et de forme. Au lieu d'une vaste poche capable de contenir une assez grande quantité de substances. alimentaires, il ne représente, le plus souvent, qu'un canal étroit, à peine plus gros que celui des intestins. Ajoutons, qu'au lieu d'être couché horizontalement sur le plan le plus élevé du paquet gastro-intestinal, il affecte presque toujours une direction verticale et plonge par son extrémité pylorique dans la partie supérieure du bassin.
Qu'on juge des troubles que doit occasionner dans la digestion une semblable disposition. D'un côté, les aliments ne peuvent être introduits dans Testomao qu'en petite quantité à la fois; de l'autre côté, leur chymification est rendue pénible et insuffisante par suitç de changements des rapports normaux de cet organe avec le duodénum. N'est-ce pas plus qu'il n'en faut pour expliquer ces maux d'estomac, ces dyspepsies, ces faiblesses, etc., etc., que l'on observe si souvent chez les jeunes filles qui font tout pour avoir la taille très-mince?
C'est en vain que l'on chercherait pour tous ces maux des remèdes dans la pharmacie. Il faut avant tout avoir assez de courage pour secouer le joug pesant de la mode, et briser les chaînes dont elle cherche presque toujours à asservir la na*ture, en faisant disparaître les attributs du beau réel sous les apparences d'une beauté de convention.
Nous allons arrêter ici nos considérations hygiéniques sur les vêtements des jeunes personnes envisagés au point de vue physique. Mais si nous ne craignions pas d'empiéter sur l'éducation envisagée au point de vue moral, nous aurions encore bien des réflexions à faire relativement a& luxe que l'on introduit follement de nos jours dans la toilette des jeunes fiUe3.
Nous ne serions pas, je crois, le seul de notre avis, en proclamant hautement que les filles de nos ancêtres étaient plus sagement élevées sous ce rapport que nous n*éleYons les nôtres aujourd'hui. Il y avait alors plus de simplicité et plus de candeur chez les jeunes personnes, mais aussi plus de satisfaction et plus d'illusions chez les femmes mariées, moins chez celles-ci de déceptions et d'irritations, moins d'ambition, mais plus d'attachement et de vrai bonheur.
Que peut rêver aujourd'hui dans le mariage une jeune fille habituée depuis longtemps à briller dans le monde par Téclat de sa toilette? Les velours, les étoffes de soie, les dentelles? elle en est déjà blasée. Il lui faudra des choses extraordinaires pour la satisfaire : des bijoux d'un prix élevé, des cachemires des Indes. Bien des maris dans des positions trés-honorables ne pourraient pas suffire à tant de dépenses, surtout s'il fallait remplacer souvent ces objets, d'après le goût capricieux et changeant de femmes si mal élevées. C'est une des sources des plus grandes perturbations dans les familles au point de vue financier, moral et psychologique. Si le mari est trop faible, il risque de se laisser entraîner et perdre non-seulement la fortune mais même Thonneur. S'il résiste, il peut amener une explosion scandaleuse, ou Ton tournera la difficulté, pourvu qu'on arrive à satisfaire la passion du luxe et la coquetterie, dont on a pris la malheureuse habitude étant j^une fille. Voilà comment une mauvaise éducation peut entraîner souvent à sa suite des malheurs irréparables dans la vie conjugale, conduire au déshonneur, au crime, à la folie ou au suicide. Voilà comment Thygiéne a le droit de s'élever contre l'abus du luxe qui s'enracine de plus en plus, et dont le médecin psychologiste ne saurait trop se préoccuper.
Exercices gymnastiques. — Danse. — Équitation. — Tous les exercices physiques conviennent aux jeunes filles à l'époque de la puberté ; ils facilitent la répartition des forces vitales, la rendent plus uniforme et régularisent le jeu des fonctions, là gymnastique en général, mais surtout la gymnastique cadencée,
HTGlfell£ M LA PUBKRTÊ. 343
OÙ les exercices ont lieu au commandement , a encore cet avantage, qu'elle exige plus (rattention pour parvenir au but dans un temps donné, ce qui peut être d'une grande utilité dans certaines conditions nerveuses, telles que la disposition à la mélancolie, aux mouvements choréiformes, etc. n s'opère alors forcément un déplacement salutaire de l'innervation, du centre cérébro-spinal vers la périphérie, qu'on ne pourrait obtenir que très-difficilement par tout autre moyen.
Nous avons obtenu souvent des améliorations remarquables dans certains états du domaine de l'innervation, en faisant suivre aux jeunes filles les exercices au gymnase Triât. M. Blache en a retiré, de son côté, d'admirables résultats , à l'hôpital des Enfants malades, chez les jeunes filles atteintes de chorée. Bien des déviations commençantes de l'épine dorsale peuvent être de cette manière arrêtées ou même guérir. Mais il ne faut jamais que les familles prennent sur elles de décider si l'on doit, ou non, faire suivre aux jeunes filles des exercices gymnastiques, sans consulter là-dessus un médecin compétent. C'est que non-seulement il y a des états morbides, comme certaines affections du cœur, qui contre-indiquent l'emploi de la gymnastique, mais même parmi les difformités de la taille, toutes ne supportent pas cette médication ; il y en a dans le nombre qui ne manqueraient pas de s'aggraver par les exercices de ce genre.
Nous n*avons aucune objection sérieuse à faire contre l'équitation chez les jeunes filles, tant qu'il n'y a pas chez elles d'inflammation des organes sexuels. C'est un bon exercice, pouvant donner un peu de stimulant direct aux organes sexuels, et dont on peut tirer parti chez certains enfants de constitution apathique, chez qui Tovulation est paresseuse et chez qui la menstruation se fait longtemps attendre. Dans ce cas, l'équitation peut servir d'excellent emménagogue, aider l'action des moyens hygiéniques qui s'adressent à la constitution, et précipiter l'éruption des règles à laquelle on attache généralement beaucoup d'importance dans les familles. Nous permettons
3U HYGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET Dl Lk MÉNOPAUSE.
presque toujours de monter à cheval aui jeunes filles que nous envoyons aux bains de mer ou aux eaux. L'abondance des règles n'est pas du tout à nos yeux une contre-indication pour cela. Il est bien entendu qu'on ne monte pas à cheval pendant les époques; mais, dans l'intervalle des régies, on peut le faire. La plupart du temps, en effet, les ménorrhagies de cet âge sont la conséquence du relâchement des appareils érectiles des organes sexuels; Téquitation doit au contraire tendre plutôt à provoquer la contractilité de Vêlement musculaire de ces appareils, ainsi que la constriction des vaisseaux sanguins qui entrent dans leur composition.
La danse est un exercice d'autant plus précieux qu'elle offre en général beaucoup d'attrait aux jeunes filles. Il n'y a pas de doute qu'elle contribue particulièrement à donner de la grâce aux mouvements. Mais nous désirerions que pendant longtemps on ne se livrât à cet exercice qu'en petit comité, entre frères et sœurs, ou entre de jeunes gens tout à £iit intimes. Une jeune personne ne devrait être conduite dans les grandes réunions, aux bals, que vers dix^huit ou dix-neuf ans. Comme le fait remarquer très-bien le docteur Cerise, on songe rarement à toutes les circonstances que le bal réunit, et aux troublés dont il est la source, c Remarquez, dit-il, ce costume qui permet à de jeunes et pudiques filles de faire violence à leur pudeur, et de soutenir les regards d'un nombreux entourage d'hommes , à la clarté de mille bougies, sous l'empire d'un orchestre qui dirige tous les mouvements, sous le prestige des parures et des flatteurs inaccoutumés 1 Voyex cette dama qui rapproche les sexes, qui aventure une jeune fille dans les bras d'un jeune homme, à la causerie d'un inconnu I Assistes h ces apprêts de toilette qui causent tant d'insomnie; songes à ces anxiétés que fait naître l'attente d'un spectacle dans le* quel on a un rôle à jouer, à ces hommages, à ces succès qu'on espère et qu'on redoute si vivement de ne point rencontrer! Et ces déceptions améres qui viennent souvent troubler le moment d'un triomphe trop désiré ; et ces souvenirs qui pn*
longent de eaisantes douleurs toujours soigneusement cachées I »
Comment supposer que tant dVmotions ne laissent pas de traces de leur passage sur le système nerveux, qui est trèsimpressionnable à cette époque? Une mère doit être très-attentif e à ces premières impressions, mesurer les effets produits sur sa fille par son entrée dans le monde, et régler d'après cela sa conduite vis-à-vis d'elle. Ceci nous mène tout naturellement à parler de la direction morale et intellectuelle.
L'éducation morale et intellectuelle mérite une attention toute particulière delà part des parents. Les bons conseils d'un médecin expérimenté, ami de la famille, peuvent être, dans cette circonstance, d*une très-grande utilité. Lui seul peut tenir compte des dispositions naturelles, héréditaires , ou acquises dans la première enfance, qu'il a été à même de suivre. Mieux que lef parents eux-mêmes, il connait les endroits faibles et aperçoit las points noirs, ce qui lui permet de diriger, avantageusement réducation» d'éclairer la marche à suivre et assurer le snpcèi.
Il ne faut pas perdre de vue que c'est l'intervalle compris Mtre douze et dix-huit ans qui est en grande partie consacré aux études, et c'est juste l'époque où le système nerveux change complètement de sa manière d'âtre et de sentir. Les sensations deyiennent alors beaucoup plus vivef , les impressions plus profondes; l'imagination, de vagabonde qu'elle était dans l'en-* fapce, commence à se fixer davantage ; c'est l'âge où arrivent des illusions et où il faut se préparer aux déceptions. Tout cela oiérite une sérieuse attention. Il faut-bien peser les dispositions individuelles de chaque enfant pour savoir quelle direction donner aux études, quelles sont les parties qu'on peut chercher à développer» quelles sont» au contraire» eellas où il serait bon
de mettre de temps en temps une sourdine. Tout cela doit se faire avec habileté et avec beaucoup de ménagement; il ne faut pas oublier un instant qu'une violente résistance pourrait souvent avoir de fâcheuses conséquences.
Ce sont toutes ces considérations qui nous font préférer avant touty pour les jeunes personnes, l'éducation privée sous la direction d'une mère instruite et intelligente, à Téducation publique ou celle des pensions.
t La mère éclairée, dit madame de Rémusat, représente à l'égard de sa fille l'une de ces divinités surveillantes que le» anciens plaçaient auprès des mortels. C'est la sagesse, c'est la prudence, sous des traits plus doux et plus chers que ceux de Mentor. >
Tous les bons esprits sont unanimes à cet égard, c J'estime fort l'éducation des bons couvents, disait Fénelon, mais je compte encore plus sur celle d'une bonne mère quand elle est libre de s'y appliquer. >
Oui, une mère instruite et intelligente aura toujours cet immense avantage sur tous les mentors étrangers, que, connaissant mieux que tout autre les dispositions de sa fille, elle sera plutôt à même d'imprimer une direction convenable k l'éducation de son enfant; celle-ci n'aura pas ainsi besoin de se donner tant de peine pour apprendre, et encore moins de sacrifier à des études souvent complètement stériles, jusqu'au temps qu'il serait bon de consacrer au développement des forces et en particulier aux exercices gymnastiques.
D*un aulrecôtè, nulle autre éducation ne peut dérouler aussi habilement, aux yeux de la jeune personne, le tableau séduisant du monde. Une mère seule est à même de lui épargner les mauvais effets des impressions brusques, en cherchant & l'accoo-' tumer de loin à les recevoir. Ici encore nous dirons avec Fénelon : « 11 vaut beaucoup mieux qu'une fille s'accoutume peu à peu au monde auprès d*une mère pieuse et discrète, qui ne lui en montre que ce qu'il lui convient d'en voir, qui lui en dé* couvre les défauts dans les occasions et qui lui donne l'exemple
mrGlÈNE DE LA PUBERTÉ. 317
(le n'en user qu'avec modération pour le seul besoin (4). »
Mais, il faut malheureusemenile reconnaître, les mères comme les dépeignent Fénelon et madame de Rémusat ne sont pas en très-grand nombre. Bien des femmes ne comprennent pas assez rimportance de leur rôle dans la famille quand leurs filles arrivent à répoque de la puberté. Se sentant jeunes encore, elles ne pensent en grande partie qu'à leurs propres plaisirs et à leurs succès dans le monde, et oublient que c'est le moment où il faut donner l'eicemple à leurs filles. Si elles n'osent pas braver l'opinion des gens sages en les conduisant de bonne heure au bal, elles les font assister à d'autres spectacles qui sont encore peutêtre plus dangereuic. Bien des soi-disant petites réunions où l'on passe le temps à écouter le récit des scènes scandaleuses ou à une table de lansquenet ou de baccara, ne servent qu'à initier intempestivement les jeunes filles aux émotions inutiles, à développer chez elles la passion du jeu, à leur faire attacher tantôt trop, tantôt pas assez d'importance à l'argent, à les dis* poser à considérer souvent plus les positions dues aux hasards de la fortune que celles qui sont acquises par le travail et le vrai mérite.
Les mères qui ne savent pas mieux diriger l'éducation de leurs filles devraient y renoncer complètement; les maris de telles femmes feraient très*sagement d'envoyer plutôt leurs filles au couvent.
On doit être très-sévère dans le choix des livres dont on permet la lecture aux jeunes personnes. La lecture des romans doit être proscrite d'une manière absolue jusqu'à l'âge de vingt ans, puisqu'on l'interdit jusqu'à cet âge, même aux jeunes gens, dans les bibliothèques publiques, c Si votre fille, a dit Tissot, lit des romans à quinze ans, elle aura des vapeurs à vingt ans. »
Toutes les fois que l'on ne tiendra pas compte de cela, on pourra s'attendre à de grandes perturbations du système ner*
(1) AvU à uM dam de qitaUté iur Véd^catUm de ta fiUe.
veux. Plus d'une fois aussi on peut se trouver ainsi poussé vers le libertinage, une foisqu*en envisageant de près la réalité de la vie, on no rencontre plus que des déceptions et pas du tout ce qu'on avait rêvé, c Une pauvre fille, comme le fait irés-bien observer Fénelon, pleine du tendre et du merveilleux qui l'ont charmée dans ses lectures, est étonnée de ne point trouver dans le monde de vrais personnages qui ressemblent à ses héros; elle voudrait vivre comme ces princesses ima ginaires qui sont, dans les romans, toujours charmantes, toujours adorées, toujours au-dessus de tous les besoins. Quel dégoût pour elles de descendre de l'héroïsme jusqu'au plus bas du ménage I >
Il y a plus : la plupart des prétendues qualités dont sont douées les héroïnes de romans sont des vices dissimulés, c Souvent, comme le fait observer avec beaucoup de justesse le docteur Cerise, derrière ce brillant et trompeur cortège dont le poêle entoure ses principales créationsi se cache une immoralité honteuse, une immoralité que le poëte semble vouloir rendre gracieuse et aimable. Le héros ou l'héroïne triomphent, Tamour leur sourit, la foule les admire et les fête ; on se sent entraîné vers eux par une secrète et puissante sympathie; le lecteur ou le spectateur, placés sous le joug du poëte, se trouvent, sans s'en douter, jetés sur le terrain glissant des passions, séduits par la forme adorable et gracieuse dont les excès les plus graves sont revêtus. C'est ainsi qu*un roman célèbre de Goéihe (Werther) a rendu pendant plusieurs années les préoccupations du meurtre et du suicide inséparables des émotions de l'amour. C'est ainsi que le drame de Schiller (les Brigandi) a fait rechercher les triomphes du désir .de plaire et de Taraour dans la vie aventureuse des expéditions qui conduisent i l'ècha^ faud. C'est ainsi que l'école littéraire dont Byron fut le maître et dont Oberman fut un chef-d'œuvre a placé dans le domaine de l'amour les émotions voluptueuses réunies au meurtre de son semblable et à celui de soi-même. »
Onn'apas été toujoursd'accord surl'influencequepeulexercer
la musique sur le système nerveux à l'époque de la puberté. Â entendre J. J. Rousseau, on ne devraft permettre aus jeunes personnes que de la musique harmonieuse ; la musique à inflexions expressives et parlantes devrait leur être complètement interdite. En traitant, dans le chapitre précédent, de l'influence de la musique sur l'époque de la puberté, nous avons laissé une assez large part à son action sur l'économie; nous avons même admis que son exercice habituel pouvait favoriser le développement des follicules de Graaf et précipiter la marche de Tovulation, puisque chez les éléphantsjcertains airs joués provoquaient des manifestations erotiques. C'est mâme ainsi que nous avons été conduit à admettre que l'éducation musicale, qui est généralement répandue dans les classes aisées de toutes les villes^ pourrait être une des principales causes de la précocité relative des jeunes filles dans les grandes cités, quand on les compare aux filles des campagnes Mais il ne fallait voir en cela qu'une explication d'un fait physiologique bien constaté, une hypothèse, si Ton veut, qui réunissait en sa faveur pas mal de probabilités. Il n'y avait dans cette opinion aucun reproche, même implicite, à l'adresse de l'éducation musicale, qui nous paraissait exempte de tout danger. En serait-il autrement chez les jeunes personnes plus avancées en âge, qui auraient déjà dépassé l'époque de la première éruption des règles? Bien peu de jeunes filles, à moins de ces dispositions extraordinaires qui font des artistes de premier ordre, sont aptes à exécuter de grands morceaux d'ensemble capables d'émotionner vivement le système nerveux. Aussi sommes-nous plutôt disposé à considéreti avec M. Briquet, les craintes du célèbre philosophe de Genève comme un peu exagérées.
c II suffit, dit M. Briquet, d'avoir vu les jeunes personnes à leur piano et d'avoir été témoin de la propension qu'elles ont à y aller prendre séance, pour être assuré contre le danger de trop émouvoir la sensibilité. A cet âge, la musique est un travail et une étude qui demandent l'exercice de l'attention et celui de la patience à un degré suffisant pour empêcher toute
autre sensation. Aussi ferais-je une recommandation dans le genre de celle de Tissot : Si vous voyez une jeune fille rêver et se lancer dans le pays des chimères, faites-la se metti*e au piano, les châteaux en Espagne tomberont bien vite (1). »
Je crois que, généralement parlant, M. Briquet est dans le vrai. Cependant toutes les organisations ne se ressemblent pas. Si pour la pluralité des jeunes personnes la musique est une pure distraction, pour beaucoup néanmoins c'est une véritable passion à lac|uelle elles se livrent avec bonheur, étant naturellement organisées pour cela. Si cette heureuse disposition tombe sur une nature très-nerveuse, excessivement impressionnable, l'exercice continuel de la musique pourrait exalter la sensibilité jusqu'au degré de maladie.
M. Boubaud, dans ses Meckerches médico-philosophiques sur la mélancolie^ dit avoir connu une dame à qui plusieurs airs de l'opéra Ni7ia avaient provoqué, à trois époques éloignées, une vive commotion du système nerveux, suivie de délire accompagné de penchant au suicide.
D'après M. Falret, qui cite ce fait, les annales de l'art compteraient plusieurs exemples de suicide amenés par X harmonica (2). Toutes les fois donc qu'il s'agit de jeunes personnes dont les mères étaient hystériques, névropathes, extravagantes, le médecin de la famille, étant consulté sur la direction à donner à réducation, agira prudemment en engageant les parents à ne pas pousser trop loin l'éducation musicale. Les filles nées de pareilles mères ont besoin du calme, elles doivent être élevées à l'abri de vives émotions; la vie de campagne leur convient mieux, et il serait même préférable qu'elles fussent réglées relativement plus tard, afin de ne rien ajouter du côté de Torgasme ovarien de la menstruation aux dispositions naturelles à la surexcitation nerveuse.
L'éducation religieuse elle-même doit se faire, en pareil cas, dans la plus grande simplicité. Les prières doivent être dites
(1) Briquet, Traité de Vhystérie, p. 608.
(2) Falret, De Vhypochondrie et du suicide. Parb^ 1822, p. 24.
HYGlkNE DE LA PUBERTÉ. 321
d'après un livre, réduites au degré purgatif ; on ne doit jamais aller au degré illuminatify et à plus forte raison au degré unitif (1).
Si les jeunes filles nées avec de pareilles dispositions ne peuvent pas rester dans la maison paternelle sous la dircclion d'une habile institutrice, il vaudra mieux les placer clans un pensionnat laïque bien dirigé que dans un couvent. Nous avons la plus grande estime pour Téducation des couvents, et nous la croyons applicable à la plus grande majorité des jeunes filles; pour beaucoup de jeunes personnes, ce sera une éducation cent fois préférable à celle des pensions et même à celle de la famille lorsqu'il y aurait à craindre quelques mauvais exem* pies ; mais chez les jeunes filles dont nous parlons, naturellement trés-impressionnables et disposées aux perturbations nerveuses, la vue journalière des pratiques religieuses, de la contemplation continuelle, des aspirations incessantes vers un autre monde, infiniment supérieur, incomparablement roeil-* leur que celui où nous vivons, peut déjà faire une vive impres* siDU sur l'imagination, lui laisser subjuguer la raison et faire prendre aux idées une tournure dangereuse, ou du moins contraire aux intentions des parents.
Partout, comme il est facile de le voir, on rencontre dans l'éducation intellectuelle des jeunes filles des écueils qu'il faut savoir éviter si Ton veut leur épargner plus tard des désordres dans les sensations, Timagination et le jugement. Partout, également, se fait sentir la nécessité de Tintervention d'un médecin éclairé pour déterminer les cas où il pourrait être utile de sacrifier certaines dispositions, jusqu'aux certains talents naissants, à la santé générale et à l'harmonie de toutes les fonctions. Tout ce que nous avons dit là-dessus justifie pleinement l'opinion que nous avons exprimée au commencc-
(1) Pour mieux faire comprendre à quel poinl Toraisoii mentale, poussée au degré Uluminatif et unilif^ peut disposer les personnes très-impressionnables aux hallucinations et aux conceplions délirantes, voyez Touvrage de Liouret : FraÇ" ment$ psychologiques sur la folie»
RAUBOBSKl. 21
ment de ce paragraphe, sur l'opportunité du poste hygiénique des médecins dans les familles. Bien des maladies de Tàge mûr ne sont que le développement des germes qu'on n'a pas su détruire par une bonne direction hygiénique à l'époque de la puberté.
Mais l'utihlé de ce poste spécial de .toute confiance ne se borne pas encore à cela. Aussitôt l'âge de la puberté sonné, on commence à agiter dans les familles la question du mariage. Il est impossible qu'elle puisse être résolue d'une manière satisfaisante sans le concours éclairé du médecin de la famille. C'est encore un objet d'études fort intéressant pour un hygiéniste, et nous ne pouvons pas clore le chapitre relatif à l'hygiène de l'époque de la puberté^ sans traiter cette question d'une manière spéciale.
{in. De l'âse le pin* eonveiuible aa Miarlace de» Jevae» avee dlfféreiiles eennldéralleBS hjgkém^u^m à l^eecasl riace.
Le mariage a été de tout temps en honneur chez presque tous les peuples. Les célibataires étaient toujours mal vus. Chex les Romains, on ne les admettait pas pendant longtemps comme témoins. Les Spartiates avaient constitué une fête spéciale destinée à faire fustiger les célibataires par les femmes sur une place publique. En Allemagne, les hommes non mariés ne pouvaient pas disposer de leurs biens, qui appartenaient da droit à l'État. Les Chinois, les Hindous et les Persans marient leurs enfants mort-nés, afin que leurs âmes ne soient pu obligées ensuite d'errer sur la terre comme expiation du célibat.
L'âge auquel on doit procéder au mariage a été l'objet d'incessantes méditations de la part des économistes, des mora* listes et des médecins. Les premiers envisageaient cette question au point de vue de la population et de la subsistance, les seconds eu égard aux mœurs, les derniers enfin sous le rapport des intérêts hygiéniques et en particulier sous le rapport de la constitution et de la vigueur des peuples.
HTGIÈME DE LA FUBERtt. 323
Certains éeonomistes ont cherché, à Texemple de Malthns, à reculer autant que possible l'époque du mariage dans les deux sexes. Les statisticiens prétendent, en effet, que la population double environ tous les vingt-cinq ans, uniquement comme TefTet de la procréation, et que son augmentation a lieu dans une proportion géométrique, ou comme i, 2, i, 8, 16y 32, etc., tandis que les subsistances, malgré les plus grands perfectionnements et les plus belles applications de la chimie à l'industrie agricole, ne peuvent augmenter dans le même espace de temps que dans la proportion arithmétique, ou comme 1, 2, 8, i, 6, 6, 7, etc.
D'après ce calcul, cent acres de terre des plus productifs, qui peuvent suffire aujourd'hui à la subsistance de cent personnes, ne seraient capables de produire dans trois cents ans d'ici que la subsistance de douze cents individus, tandis que dans le même espace de temps, la population issue de ces cent individus, croissant dans la proportion géométrique, arriverait à A09y600. Quelle triste perspective !
Une semblable disproportion méritait certainement d'attirer l'attention des économistes, car il ne s'agissait de rien moins que de prévenir la misère et la famine, résultat inévitable de cet accroissement rapide de la population.
Apporter un peu de retard dans Tépoque du mariage, était sans contredit un moyen assez puissant à opposer à ce déluge de consommateurs; du moins, ce remède valait-il déji infiniment mieux que tant d'autres, comme, par exemple, celui d'étouffer dans des bottes remplies d'acide carbonique, chaque troisième ou quatrième enfant nouveau-né, le projet d'émasculation, etc., que plusieurs chauds partisans de Malthus osaient proclamer comme les plus pratiques et les plus eflicaces. Toutefois, il y avait à craindre que, sans pouvoir parer complètement au mal provenant de l'accroissement excessif de la population, ce nouveau remède n'eût pour effet d'amener la dégradation morale, mille fois plus outra* géante pour rhumanité que la misère physique, la disette
326 HYGlkNE DE L\ PUBERTÉ ET DE LA MÉNOPAUSE.
(le sentiments généreux qui se développent au sein des familles unies, et la dissolution complète des mœurs.
C'est précisément cette inquiétude qui a décidé les moralistes à rejeter le conseil donné par Malthus, de renvoyer les mariages dans les deux sexes jusqu'à l'âge de vingt-huit on trente ans, et à proposer d'unir les sexes dés le commencement de l'époque de la puberté, par des fiançailles, et à l'âge de vingt et un ans par la cohabitation.
€ Comme les sentiments d'un vertueux attachement se développent souvent, dit M. Loudon, avant l'âge nubile ou la puberté, comme la presque identité d*âge conduit au bonheur dans l'union conjugale, et qu'une affection commencée dans la jeunesse a toujours une tendance à garantir la moralité, nous serions d'avis que l'on consacrât l'usage des fiançailles d'après des principes de simple utilité ; oui, je dirai même qu'il est impérieusement réclamé dans tous les états de la société où il est difficile que tout le monde se marie à l'âge de puberté. Le devoir des fiançailles a été sanctionné par le plus grand de nos moralistes, par le théologien de tous les siècles. L'Ancien et le Nouveau Testament nous en fournissent plusieurs exemples* et notamment l'Evangile nous apprend que Marie, la mère du Christ, a été fiancée. Nous ne saurions donc asseoir trop tôt les fondements de la vertu et du bonheur de nos enfants.
> Aucune excuse, poursuit M. Loudon, ne peut justifier les moyens employés pour la non-conception et l'avortement, et il est presque superflu d'ajouter que rien ne saurait pallier le crime d'infanticide et de l'exposition des enfants. La prolonga* tion de la vie est un devoir évident et indispensable pour chaque membre de la société, il doit être le grand but de toute législation; même on peut dire que le législateur qui a réos» à prolonger la durée moyenne de la vie des habitants de la contrée à laquelle il impose ses lois, a donné la meilleure preuve possible de la sagesse de son administration (l).i>
(1) Solutkm du problème de la popu/af Joii et delà itMifoiiee, par le dodaar Qi, Uvdoa. Piuris, 1842.
HYGIÈNE DE LA PUfiBUTÉ. 325
En conseillant l'usage des fiançailles dès le début de la pubertéy et quelques années plus tard, le mariage, les moralistes avaient eu surtout pour but d'empêcher la prostitution et de rétablir dans les familles le sentiment du vertueux attachement qui doit unir les époux entre eux, et qui doit rendre doux tous les devoirs réciproques des parents et des enfants (1).
Après ce court exposé des considérations économiques ou morales, il nous importe dans ce moment de discuter la question au point de vue hygiénique, et de déterminer quel est l'âge le plus convenable pour le mariage des filles.
« Les lois civiles, comme le fait très-bien observer M. le iocteur Alex. Mayer, ont fixé les mariages les plus précoces à l'âge de la manifestation des facultés reproductrices, parce qu'elles étaient obligées d'avoir égard aux cas possibles dans lesquels le développement complet coïnciderait exceptionnellenent avec cette époque, qui est marquée à treize ans pour les emmes, et quinze ans pour les hommes dans la loi romaine ; i quinze ans pour les femmes, et dix-neuf ans pour les hommes m Prusse ; à dix-huit ans pour les hommes et quinze ans pour es femmes en France; à vingt ans pour les hommes, et seize ins pour les femmes en Autriche (2). »
Nous connaissons l'âge moyen auquel les jeunes filles arrivent à la puberté dans les différentes parties du globe (voyez 6 grand tableau n* 2, placé à la page 200). C'est cet âge qui i été généralement adopté par les législateurs comme limite ixtrême pour autoriser le mariage. Bien entendu ils ne pouvaient pas tenir compte des exemples exceptionnels de mens-
(1) Au dire de Dionysius Ualycarnassus, dans les premières années de la réubiique, chaque citoyen de Rome était obligé de se auurier de bonne heure et 'élever ses enfants. Cet usage paraît avoir si bien contribué au perfectionnement es sentiments, et en particulier de celui de la lidèlité conjugale, que, nonobstant i promulgation de la loi sur la liberté du divorce, il ne s'est pas présenté un seul as d'adultère jusqu'à Tan 420 de la fondation de Rome. Plus tard, on a perdu habitude de se marier de bonne heure ; aussi, sous le règne de Sévère, il y avait •lus de trois mille plaignants inscrits sur les listes pour demander le divorce.
(2) Al. Mayer, Des rapports conjugaux sous h triple point de vue de ta popu* ofion, de la santé et de la morale publique, Paris, 1860, p. 473.
i26 HYGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET DE LA MÉNOPAUSE.
truation trèa-précoce. Il n'y a pas le moindre doute que la première éruption des règles peut être considérée comme un des signes extérieurs les plus certains de Taptitude à la fécondation. Mais la possibilité de la conception n'est pas encore la preuve de la réunion de toutes les conditions nécessaires pour la reproduction de Tespéce. Parce qu'une femme peut, rigoureusement parlant, concevoir, ce n'est pas encore une raison pour qu'on la considère comme apte à la reproduction convenable de l'espèce.
€ La véritable maturité, qu'on désigne sous le nom de nubi* litéj diffère, dit Burdach, de la puberté. Il faut que la puissance existe pendant quelque temps sans entrer en exercice, pour qu'elle puisse se développer parfaitement, déployer en entier ses effets et se répandre sur tout l'ensemble de l'organisme (1). >
Fixer légalement la plus basse limite pour contracter le mariage à l'âge moyen de la puberté apparente, c'est tout ce qu'on pouvait faire de plus raisonnable et de plus pratique. On ne pouvait pas laisser une décision aussi emportante à l'arbitraire, ou juger de l'aptitude au mariage d'après la menstruation, car, d'un côté, on aurait pu empêcher de contracter le mariage un bon nombre de jeunes filles capables, quoique non réglées, de se reproduire, et d'un autre côté on aurait souvent nui à la reproduction en autorisant le mariage de très-jeunes enfants par cette seule considération qu'elles étaient déjà réglées. Les rapprochements sexuels prématurés sont (àcheux, aussi bien dans l'espèce humaine que dans les animaux et les végétaux ; ils ne sont pas seulement préjudiciables aux producteurs, mais en même temps aux produits.
Les jeunes arbres périssent facilement quand ils portent dei fleurs de trop bonne heure. Les animaux n'acquièrent ni la taille ni les formes qu'ils auraient pu avoir quand on leur permet d'obéir aux premières impulsions de l'instinct de reproduction.
(1) Burdach, TrcUlé de phytiologie considérée comme loîmot d'àktênNâlm, traduit de rallemind par Jourdan. Paris, iS89, U V,p. 43.
La brebis reste ordinairement chétive, comme le fait remarquer Burdach, si on la livre au mâle avant sa troisième année. Les chevaux qui s'accouplent dès Tâge de trois ans restent pe* tits et faibles. Il en est de même des vaches, des chèvres, des truies, etc., etc.
D*un autre côté, les animaux issus des rapports trop pré-» coces présentent aussi un cachet particulier qui témoigne de la faiblesse et de Tétat imparfait de leurs parents. Généralement, il suffit qu'un seul individu soit privé des conditions exigées pour Taccoroplisseroent de la maturité pour que la génération qui en sort se ressente de cet état d'imperfection. Toutefois, et ceci est important pour notre question, le degré des forces physiques d'un enfant semble tenir dans la règle, comme l'ob* serve Marc, plutôt de la mère que du père. Ainsi, par exemple, les œufs des poulettes sont généralement très-petits, quelle que soit la vigueur du coq qui les a fécondées. Il en est de même pour les produits des jeunes juments, des génisses, etc.
Les femmes qui se marient trop jeunes restent souvent stériles pendant les premières années de leur mariage, ou ne font que des enfants petits et chétifs, et sont très-sujettes à l'avortement.
D'après Sadler, chaque ménage dans les familles des pairs d'Angleterre donne h.liO enfants, lorsque la femme est au-dessous de seize ans; &,63 depuis cet âge jusqu'à vingt ans; 5,21 depuis vingt, vingt-trois ans, et 5,A3 depuis vingt-quatre an jusqu'à vingt-sept.
La mortalité est, toutes choses égales d*ailleurs. beaucoup plus grande parmi les enfants issus de femmes très-jeunes que parmi ceux dont les mères ne se sont mariées qu après vingt ans.
M. le docteur S. A. Rossignol a publié des renseignements pleins d'intérêt sur les conséquences des excitations vénériennes prématurées, d'après les observations recueillies sur de jeunes prostituées de la maison de détention de Saint-Lazare, à Paris. Si des rapports sexuels, commencés avant l'âge qui correspoi^fl
336 HYGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET DE T.A IIÊtfOPAUSE.
ordinairement h la première éruption des règles, ont eu dans ce cas une action emménagogue incontestable, il est évident aussi qu'ils étaientla cause des inflammations de Tutérus auxquelles on pouvait rationnellement attribuer des souffrances que ces malheureuses créatures éprouvent habituellement pendant les règles.
€ Chez les jeunes filles livrées à la prostitution longtemps avant l'époque ordinaire de la puberté, on voit que le coil répété, que l'habitude en quelque sorte native de la masturbation, déterminent vers les organes génitaux un afflux sanguin prématuré, une surexcitation qui hâte, qui devance pour l'établissement de la menstruation, le temps fixé par la nature. Sur 58 filles qui se sont livrées au coït entre 9 et 11 ans, 27 ont été réglées avant 10 ans; 19 avant la onzième année révolue, 10 avant la douzième, et 2 seulement avant la treizième. Chez 33 de ces filles, ce fut après quelques rapprochements sexuds; chez les autres, après quelques mois; sur ces filles, réglées prématurément et du fait même de l'excitation des organes génitaux, 37 ont éprouvé des douleurs, des accidents au début, et la plupart, âgées aujourd'hui de 18 à 25 ans, en éprouvent encore à chaque époque menstruelle (1). »
11 résulte de ce qui précède que c'est après l'âge de vingt ans que les femmes de nos climats semblent le plus aptes à la reproduction ; que les produits de la génération présentent alors plus de vigueur et plus de chances de viabilité.
L'intervalle compris entre la vingtième et la vingt-quatrième année parait, à notre avis, le plus convenable pour le mariage des femmes en France.
Fodéré, qui conseille de marier de bonne heure les garçons afin qu'ils trouvent dans le mariage le contre-poison de la passion tyrannique de l'onanisme, condamne l'usage de marier les filles trop jeunes. € La, dit-il, où règne plus constamment un état passif, et j'en appelle sur ce point au témoignage des
(1) s. A. Rossignol, Aperçu médical sur /a maUon de Saint'Lazare, Thèses de Paris, 4856, t. XV, n« 71.
épouses qui ne sont pas dissolues, on peut et Ton doit attendre rentier développement de toutes les forces, ce qui arrive de dix-huit à vingt ans, nonobstant toutes les marques de puberté, et avec d'autant plus de raison, que j'ai toujours vu les femmes mariées trop jeunes n'éprouver que des peines sans plaisir, tomber dans des maladies de langueur et n'avoir qu'une chétive postérité (1). >
On peut ajouter à ces considérations physiques qu'en reculant l'époque du mariage jusqu'à l'âge de vingt et même vingtquatre ans, on donne auxljeunes personnes plus de temps pour acquérir de Texpérience et pour connaître davantage le monde, qualités précieuses sans lesquelles une femme peut fort rarement être heureuse dans son ménage.
c Nous marions nos filles si jeunes, dit madame de Rémusat, qu'elles n'ont pas eu réellement le temps de rien regarder. Si les habitudes reçues pouvaient se rompre tout à coup et que l'on consultât la nature, je crois que l'âge de vingt-cinq ans serait celui qu'elle prescrirait pour le mariage des filles; mais nos mœurs s'opposent à des transitions si brusques ; au moins pourrait-on bien attendre qu'une fille ait dépassé sa vingtième année, et ne rien épargner jusque-là pour hâter la maturité de la raison. >
Suivant quelques auteurs, reculer le mariage des femmes au delà du terme que nous venons d'indiquer, ce serait les exposer à un autre inconvénient. Les organes de la génération ayant perdu, disent-ils, progressivement la souplesse et Télaslicité qui leur sont propres dans la jeunesse, pourraient apporter quelques difficultés dans la reproduction et nuire à la santé de la mère ou de l'enfant.
D'après Ricke, les cas dans lesquels les primipares mariées vers l'âge de vingt ans ont réclamé le secours de l'art n'ont été à ceux de primiparité en général que comuie 1 : 28^ tandis qu'ils étaient comme 1 : 9 pour les primipares qui ne se sont mariées que vers l'âge de trente ans.
(1) Dictionnaire des iciences médicalet^ t. XXXI.
Cependant cette proportion doit avoir quelque chose d*ei8* géré. Pour notre compte, nous avons eu l'occasion d'accoucher des femmes qui ne se sont mariées qu'à vingt-huit ou trente ans, et chez lesquelles néanmoins le travail n'avait rien offert de particulier. Mais nous sommes heureux de pouvoir citer à l'appui de notre manière de voir des autorités obstétricales dont pe^ sonne ne pourra contester la valeur.
c L'âge de la femme n'a pas, dit Cazeaux, sur la durée du travail, même quand elle est primipare, l'influence fâcheuse que lui accordent la plupart des accoucheurs. U a de tout temps régné sur ce point, dit madame Lachapelle, une opinion que je ne puis partager. On croit généralement que la dilatation dei passages est plus difficile chez les femmes avancées en âge ; il n'est pas un accoucheur qui ne redoute un premier accouchement chez une femme de trente ou de trente-cinq ans; il n'est pas une femme qui ne voie avec effroi arriver le moment de sa délivrance. L'expérience m'a trop souvent prouvé la fausseté de ces préventions pour que je puisse les adopter. Sans doute, on voit souvent le travail lent et pénible chez une femme âgée et qui n'a point eu d'enfants ; mais n'en est-il pas de mâme des plus jeunes? La proportion, j'ose l'assurer, est parfaitement égale. Si quatre sur dix ont, parmi les primipares, un accouchement facile, quatre sur dix, parmi les plus âgées, accouchent avec promptitude et faciUté (1). >
Puisque, d'après les témoignages des accoucheurs les plus autorisés, il n'y a pas de danger pour les femmes d'accoucher pour la première fois entre trente et trente-cinq ans, à plus forte raison, ne doit-on rien craindre de ce côté, en fixant l'époque du mariage, comme nous Tavons conseillé, à Tâge de vingt ans.
Nous allons passer actuellement à l'examen d'une question qui intéresse au plus haut degré les familles, sur laquelle il règne encore, jusqu'à présent^ des préjugés qu'il importe d'éclaircir à l'aide des données scientiQques. Il s'agit de sa-
(1) Caxeaux, Trailé d9s accouchêmwU^ 1849, p. 2S6.
HYGlkRB DE LA rUBERTÉ. 881
TOir l'il y a réellement des états morbides où le mariage constitue une véritable indication comme mesure hygiénique, où il serait du devoir du médecin de conseiller aux parents le mariage de leurs filles? A en croire les anciens auteurs, il n'y aurait pas de doute là-dessus. Bien des gens du monde sont encore de cet avis aujourd'hui. Pour ne parler que de 1* hystérie, la plupart des auteurs anciens, comme modernes, l'attribuaient à une souffrance particulière de l'utérus, qui n'était pour eux que le besoin déguisé des rapports sexuels. L'opinion d'Hippocrate est on ne peut plus positive à cet égard, c Fœmina hysterica^ dit-il, eget viri^ ergo vir prat" bendus est. >
Galien, Forestus, Sennert, soutiennent à peu près la même opinion.
Baillou affirmait que l'hystérie n'arrivait qu'aux filles que Ton mariait tard. Le mariage était généralement conseillé à toutes les jeunes hystériques, même par les auteurs qui ont écrit dans ces dernières années sur cette maladie.
M. Briquet a le grand mérite, à nos yeux, d'avoir cherché le premier à éclaircir ce point de la pathologie et de l'hygiène d'une manière clinique, en s'appuyant sur des recherches statistiques bien faites. Ayant noté la marche des accès hys-* tériques chez 08 femmes, il a trouvé que chez 50 d'entre elles, le mariage était nuisible aux malades ; chez 81, il a été sans influence, et chez 17 seulement, il y avait après le manage, soit une amélioration notable, soit la guérison (1).
Bien des gens, voyant ces 17 cas d'amélioration, seraient peut-être disposés à les attribuer à la satisfaction de prétendus besoins. Mais M. Briquet considère, je crois avec raison, ce résultat favorable, comme la conséquence de deux circonstances capitales : c La première est le changement favorable que le mariage a opéré chez la jeune fille qui, malheureuse chez ses parants, a trouvé un mari qui l'a rendue heureuse, en lui donnant soit de l'affection, soit du bien-être; dans ce cas, un sang
(1) BriqiMt, TraMcUmqmMthérapêiêUqu$i$rkyUéri$. Paru. 1859, p. SSS.
332 HYGIÈNE DE LA PDBEBTft ET DE LA MÉNOPAUSE.
meilleur se produit, la menstiaiation se fait mieux ; rembon* point revient et les couleurs reparaissent. La seconde a été l'apparition des menstrues, auparavant nulles ou irréguliéres, laquelle s'est faite soit par l'influence d'un changement favorable dans la position de Thystérique, soit sous l'influence puissante de l'excitation génitale (1) . >
A part ces deux conditions, on chercherait en vain, je crois, dans un mariage précoce le remède contre X hystérie.
On avait pensé à peu près autant de la chlorose^ qui avait été même désignée à cause de cela par quelques médecins sous le nom de fièvre amoureuse^ febris amatoria^ ou amantium icterus.
Ces idées avaient si bien pris racine en dehors du monde médical, qu'on en trouve même des traces dans les vieux proverbes français, celui : La fille pâle demande le mâle en est du nombre. Varandeus cite à cette occasion deux mauvais vers qui expriment la même opinion :
11 faut que dans Tamour une fille amoureuse Soit dedans la pâleur pour être bien heureuse (2).
On ne sait vraiment ce qui a pu donner lieu à cette singulière appréciation des filles chlorotiques. Nos propres observations nous ont conduit, au contraire, à des conclusions com* plétement opposées. Presque toutes les jeunes femmes chlorotiques dont nous avons pu obtenir des confidences à cet égard, loin d'éprouver de vifs désirs, ressentaient plutôt généralement du dégoût pour les rapports sexuels, et ne s'y livraient que par devoir. Comment supposer que dans de pareilles conditions, qui indiquent plutôt une sorte de torpeur du côté des organes génitaux, on puisse raisonnablement penser au mariage et le considérer comme un remède nécessaire !
Nous ne voulons pas dire par là que le mariage soit absolu-
(1) Ouvrage cité, p. 620.
(2) Varandeus, De morbis et a/Tectibas mtUierum libri tres^ Lugduni, 1619; traduit par J. Bonamour, docteur de la Faculté de Montpellier. Paris, 1666»
ment contraire aux chlorotiqùes. Contracté à un âge raisonnable, vers vingt ou vingt-deux ans, il peut sans doute, en stimulant Tovulation, contribuer à opérer un changement favorable dans réconomie; mais les jeunes filles que Ton marierait dans ce cas trop jeunes n'auraient que la chance d'aggraver leur état par des complications d'un autre genre.
Le mariage est-il plus . rationnellement indiqué comme remède chez les jeunes filles chez qui il y a des apparences matérielles des désirs sexuels, comme par exemple chez celles qui se livrent à l'onanisme? 11 faut reconnaître qu'un pareil défaut peut ajuste titre préoccuper les parents. Rien ne semble plus naturel de leur part que de considérer dans ce cas le mariage comme le meilleur moyen de se débarrasser de ce vice? Il est donc important que nous nous arrêtions un instant sur ce sujet, car le médecin pouvant être consulté souvent à cet égard, il faut qu'il soit suffisamment préparé à juger cette question délicate, sur laquelle on chercherait en vain des lumières dans les traités d'hygiène.
L'onanisme n'est pas aussi répandu parmi les jeunes filles qu'il l'est parmi les jeunes garçons, mais on en voit encore malheureusement assez souvent des exemples. Les mères doivent veiller là-dessus, et si elles s'aperçoivent que ce vice existe, chercher à le détruire, car il ébranle le système nerveux, et constitue une des causes prédisposantes des plus actives de différentes affections nerveuses.
Si l'on ne réussit pas par la persuasion, on doit sans retard consulter un médecin. Il arrive en effet, assez souvent, que la masturbation n'est que la conséquence de quelques attouchements instinctifs provoqués par quelque vice d'organisation, comme une longueur démesurée des nymphes ou du clitoris, ou par quelques affections de la vulve, telles que vulvite, eczéma, prurit, etc., etc. Dans des cas de ce genre, un traitement convenable, en guérissant ces états morbides, en fera en même temps disparaître les conséquences.
Si| au contraire, rien de semblable ne justifie ce vice, lorsque
llk HYGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET DE LA MÉNOPAUSE.
des observations affectueuses» voire même des reproches et des punitions sévères ont complètement échoué, doit-on conseiller encore le mariage comme remède? Peut-on espérer de voir enfin disparaître de cette manière cette honteuse habitude? Nous croyons pouvoir affirmer que ce n'est qu'exceptionnellement que l'onanisme de cette espèce nous a paru âtre provoqué par la sensation d'un véritable besoin des rapports sexuels. Dans des cas rebelles, où ce vice a résisté a tout, il nous a semblé qu'il tenait presque toujours à quelques dispositions primitives du système cérébro-spinal. Il n'est pas rare alors, en faisant bien attention, de reconnaître, du côté de cet important appareil, quelques troubles, soit dans les facultés inteliectuelleSi soit dans la sensibilité générale, soit du côté de la locomotion, comme l'idiotie relative, l'exaltation de la sensibilité, l'hystérie, la chorée, des déviations de la colonne vertébrale, etc., qui viennent confirmer ainsi cette manière d'envisager la question. Je sais que beaucoup de personnes, et même parmi les médecins, lorsqu'elles s'aperçoivent de ces compUcations, sont généralement disposées à les attribuer à l'onanisme ; mais quand on examine les choses de près, on finit presque toujours par reconnaître que ce qu'on prenait pour la cause était l'effet, et réciproquement. S'il en est réellement ainsi, quel remdde peut* on espérer d'apporter par le mariage contre l'onanisme de cette nature?
Dans les faits de ce genre, on doit d'ailleurs pouvoir inférer d'un sexe à Tautre, car à part des dispositions locales des organes sexuels capables de provoquer l'habitude de la mastor* bation, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes, on doit toujoun être poussé à ce vice par le même sentiment. Or, si l'on étudie ce vice chez les hommes, on ne tarde pas à s'apercevoir que ce ne sont pas du tout ceux qui sentent le plus vivement les désirs vénériens qui se livrent à la masturbation. Pour ceux-ci, rien ne peut remplacer le coït. Tous les grands sectateurs d'Onan, au contraire, ne recherchent pas du tout la sodété des femmes ; ils ne les aiment pas et sont même gânés par
leur présence. Beaucoup de ces gens-là n'éprouvent même pas d'érections, qui sont ordinairement le vrai thermomètre des désirs.
On peut bien supposer que dans notre pratique, datant déjà de plus de trente-trois ans, nous avons dû avoir d'assez fréquentes occasions de recevoir des confidences à cet égard; nous avons été à même de suivre dans le monde quelques jeunes filles qu'on avait mariées assez de bonne heure à cause de ce vice. Nous pouvons affirmer que ce ne sont pas celles-là qui avaient manifesté le plus d'ardeur ensuite pour les rapports conjugaux, dont elles pouvaient cependant disposer à leur gré. Lorsqu'il s'agissait tout bonnement de l'onanisme vulgaire, provoqué par de mauvais exemples, il cessait ordinairement à la suite des observations des mères avant le mariage, ou, s'il ne cessait pas tout à fait, il suffisait de la présence du mari, à côté de soi, pour qu'on ne fût pas tenté de continuer. Mais, dans le nombre des victimes de cette honteuse passion, nous en avons rencontrées que les devoirs conjugaux ne détournaient pas du vice, et qui continuaient à s'y livrer, quand même, plus ou moins clandestinement. Chose triste à dire, nous avons vu la même chose chez quelques hommes mariés t Tellement il est vrai que la pratique de l'onanisme le plus enraciné ne tient pas autant au sentiment du vrai besoin des rapports sexuels qu'à une véritable perturba* tion de l'innervation, à un désordre* dans les sensations.
Après les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer, que pourrait-on espérer de bon, en conseillant de marier une jeune fille se livrant à l'onanisme avec passion? On peut craindre toujours que ce vice ne Foit déjà la conséquence d'un germe d'une perturbation nerveuse, qui pourrait s'aggraver plus tard. Nous connaissons une dame qui est mariée depuis dix ans; d'après sa mère, elle se serait livrée i la masturbation avec ardeur étant jeune fille ; nous ne saurions pas dire si elle ne continue pas encore cette fâcheuse habitude depuis son mariage. La grand'màre maternelle de
celle personne élait épileplique; sa mère jouit d'une excellente sanlé, mais elle-même éprouve depuis deux ans des verliges épileptiques, qui se repèlent actuellement presque tous les jours, quelquefois même plus d'une fois par jour; il lui arrive souvent de tomber tout à coup au milieu d'une conversation; elle se relève deux ou trois minutes après, sans aucun souvenir de ce qui vient de se passer. La passion d'Onan n'aurait-elle pas été déjà,, dans ce cas, Tavanl-coureur de la disposition héréditaire à l'épilepsie?
Nous pouvons conclure, de tout ce qui précède, qu'il faut être très-réservé lorsqu'il s'agit de se prononcer sur l'opportunité de marier une jeune fille qui se livrait habituellement à la masturbation, et lorsque ce vice a résisté à tout. Il n'y a pas beaucoup à compter, dans ce cas, sur Tinfluence favorable du mariage; et, d'un autre côté, quand on pense qu'on peut faire un très-mauvais cadeau au mari, troubler son bonheur, en lui donnant une femme dans ces conditions, il y a vraiment de quoi réfléchir sérieusement avant de se prononcer. Il vaudrait mieux, je crois, attendre encore quelque temps le résultat des persuasions, poser, au besoin, la cessation de l'onanisme comme une condition indispensable du mariage, si l'on s'apercevait que les idées de la jeune prsonnee inclinent vers ce dénoûment.
11 nous est donc permis de soutenir, en connaissance de cause, qu'on a exagéré généralement l'importance du mariage, en le considérant comme un remède salutaire contre bien des maladies dont peuvent être aflligées les jeunes personnes. Toutefois, parmi ces maux, il y en a qui peuvent tenir à la situation particulière de la jeune personne dans sa famille. Une jeune fille, arrivée à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, peut quelquefois souffrir beaucoup des légèretés notoires ou du mauvais caractère de sa propre mère ; elle peut être maltraitée par une mauvaise belle-mère; sa santé peut se trouver ainsi dérangée, et Ton peut craindre encore davantage'poar elle dans l'avenir si cet état allait se prolonger. Dans de pareilles circonstances, le médecin consulté sur l'opportunité du mariage
loit, à notre avis, donner sans hésiter Tappui de son autorité, 3t aider à la réalisation des vœux de la jeune personne; on pourra même l'excuser s'il aggrave un peu cette situation, car il s*agit réellement d'une bonne action de sa part.
Ce n'est pas le seul cas, d'ailleurs, où le médecin peut conseiller le mariage comme étant parfaitement indiqué. Ne peutm pas supposer, par exemple, qu'il puisse se trouver de jeunes nies chez qui l'ovulation, après s'être exercée pendant quel- ]ues années, finit en quelque sorte par se lasser d'aboutir toujours à une déhiscence spontanée? La conception ne peut-elle pas être pour certains tempéraments un véritable besoin de l'économie?
La physiologie comparée ne semble laisser aucun doute à cet 3gard. Tous ceux qui ont vécu avec les animaux domestiques savent bien qu'il y a des femelles auxquelles on ne peut pas empêcher impunément les rapports sexuels pendant longtemps. Cette privation prolongée les rend d'abord tristes ; elles perdent l'appétit; bientôt la digestion ne se fait qu'incomplètement, la nutrition souffre; elles tombent dans le marasme, deviennent cachectiques et en meurent.
M. Coste rapporte un fait fort curieux à cet égard, qui s'est passé sous ses yeux :
c Deux magnifiques chattes angora, dit ce savant physiologiste, élevées dans un appartement où elles n'avaient jamais été en rapport avec le mâle, commencèrent à entrer en chaleur quand vint l'époque de la puberté. Les signes extérieurs du rut furent d'abord ce qu'ils sont ordinairement toutes les fois que l'organisme subit cette influence périodique. Ils duré* rent huit, dix ou douze jours; mais dans certains cas se prolongèrent bien davantage. Il s'écoulait quelquefois un mois tout entier avant que l'érèthisme s'apaisât. Ces femelles entraient alors dans un état violent ; elles étaient en proie à une agitation nerveuse qui les faisait tomber dans un marasme croissant, et ne reprenaient leurs forces que lorsque le rut avait cessé, c'est-à-dire après la rupture ou la résolution des
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capsules ovariennes dont révolution était trop lente. Enfin l'une d'elles, tourmentée depuis quarante jours par cette ardeur inextinguible, menaçait de périr de consomption. Craignant alors de la perdre, je pensai qu'il n'y avait qu'un seul moyen de la sauver, c'était de déterminer la rupture immédiate des capsules en ranimant une fonction languissante. Pour atteindre ce but, la chatte fut enfermée pendant une nuit seulement avec le mâle, et le lendemain matin tous les signes caractéristiques du rut avaient déjà disparu. L'influence du coït avait triomphé de tous les obstacles et ramené le calme dans Torganisme depuis si longtemps troublé. La chatte épuisée reprit peu à peu ses forces, et, plus tard, éleva ses petits (1). i
Pourquoi n*y aurait-il pas de pareils angora dans l'espèce humaine? Quel médecin n'a pas à sa connaissance d'exemples des maladies, qui reconnaissaient pour cause l'amour contrarié? On n'a pas besoin de remonter pour cela jusqu'à Ëra* sistrate; tout le monde connaît les désastres que peuvent produire dans ce cas les obstacles, et la promptitude avec laquelle on revient à la santé, une fois l'empêchement levé. L'Amour médecin^ sujet traité par plusieurs peintres de talent, est devenu surtout populaire parce que l'art y saisit pour ainsi dire la nature en flagrant délit, et que le public aime à retrouver heureusement rendue par l'art une vérité connue de tous. Dans le fait dont nous parlons, il ne s'agit pas de l'amour; c'est un sentiment qui est loin d'être aussi poétique, mais il n'est que plus profond, car il tient aux entrailles de la bête ; sa voix est par conséquent plus impérieuse encore; jugez si on peut lui désobéir impunémenL Mais cette voix peut ne pas se faire entendre ; la jeune fille elle-même peut ne pas la comprendre. C'est au médecin de savoir deviner la vraie situation de Téco* nomie.
Laissons croire aux poètes que c'est en explorant le pouls que Ton peut pénétrer les mystères de ce genre. On ne peut
(1) Coste, Histoire général «1 parltcuJt^ du dév^kppemmi dn étrm orge* nitéi. 1847, tome I, p. 230.
guère tirer parti ici de Texpression de la physionomie, puisque, comme nous venons de le dire, le sentiment naturel dont il est question est même ignoré la plupart du temps de la jeune personne ; sa physionomie ne peut donc pas l'exprimer. On ne pourra presque jamais arriver à le connaître que par la voie d'exclusion. Supposons une jeune fille ayant des parents excellents, vivant au milieu de l'aisance, et pourtant habituellement souffrante, sujette à des indispositions que le vulgaire des médecins serait tenté de qualifier de souffrances sine materia^ qui minent pourtant son existence et augmentent surtout aux époques des règles. Que cette jeune fille sourie en même temps à ridée du mariage, et il sera plus que probable que le mariage produirait un excellent effet sur son organisation. Dans des cas pareils, on peut hardiment se prononcer dans ce sens. Que de fois ne rencontre-t-on pas de jeunes filles chastes et bien élevées chez qui rien n'aurait pu faire même soupçonner quelque chose de semblable, qui étaient cependant maigres et délicates, et que le mariage change de suite on ne peut plus avantageuse* ment au point de vue de la santé. Il n'y a pas le moindre doute que la constitution et le sens génital de ces jeunes filles réclamaient davantage la satisfaction de l'instinct de la reproduction (|ue chez beaucoup d'autres. Ce sens peut varier chez les diflérents individus, mais il peut être quelquefois tellement impérieux chez certaines personnes, que n'étant pas satisfait pendant longtemps, il peut s'ensuivre de véritables souffrances, il faudra beaucoup de tact et de perspicacité de la part du médecin pour diagnostiquer cet état sous des apparences souvent les plus affligeantes^ pouvant faire supposer l'existence de quelques affections organiques latentes; mais c'est précisément ce qui distingue les grands praticiens.
11 y a encore une autre question que nous ne pouvons pas ne pas comprendre dans Thygiéne de la puberté, à l'occasion du mariage ; il s'agit de savoir si une jeune personne peut contracter le mariage sans être réglée ? C'est un sujet très-sérieux qui intéresse au plus haut degré les familles, sur lequel il nous
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est arrivé d*étre plusieurs fois consulté ; nous allons par conséquent lui donner tout le développement que comporte sa gravité.
Nous ferons observer, avant tout, que dans les cas de ce genre il est indispensable de procéder à Texamen des organes sexuels. Ce n'est jamais en effet par la seule considération de l'absence de la menstruation que le projet d'un mariage pourrait ne pas être ratifié, mais à cause des vices de conformation qui accompagnent souvent cette irrégularité, et dont quelques-uns peuvent rendre les rapports conjugaux tout à faits impraticables. Ces défauts de conformation peuvent exister, il est vrai, quelquefois même chez de jeunes filles qui sont réglées, à plus forte raison doit-on redouter leur présence et chercher à s'en assurer, quand il y a déjà l'absence des menstrues, ce qui peut faire craindre quelques autres anomalies du côté des organes génitaux. L'oubli de cette précaution peut avoir des conséquences tellement fâcheuses pour les deux familles, que nous nous sommes même demandé s'il ne conviendrait pas de généraliser pour toutes les jeunes filles la mesure que nous considérons comme obligatoire à l'égard de celles que Ton se propose de marier avant qu'elles soient encore réglées?
Nous savons très-bien qu'il serait difficile et contraire à nos mœurs d'assujettir les familles à présenter officiellement, avant la conclusion du mariage, le certificat de médecin constatant l'aptitude matérielle de la jeune fille à remplir les devoirs conjugaux. Aussi ce n'est pas ce que nous proposons. Ce qae nous désirerions, c'est l'adoption de certaines mesures de prudence, pour éviter aux familles ce qui peut occasionner quelquefois le chagrin de toute la vie. Telles rares que soient les conséquences de la négligence de ces mesures, elles seront encore de trop si elles sont toujours terribles. Pour l'homme, qui est à même d'apprécier sous ce rapport son aptitude, c'est une pure affaire d'honneur et de délicatesse ; ce serait manquer à ce double sentiment que de vouloir se marier étant convaincu de son impuissance. Heureusement pour l'humanité» les forfaits
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de ce genre sont rares. Mais une jeune fille honnête, appartenant à une famille honorable, peut posséder un vice de conformation dont elle et ses parents ne se doutent même pas; ce YÎce, après la célébration du mariage, peut devenir le motif des discussions, des reproches aux parents, et donner même lieu à la séparation. Nous connaissons des exemples de ce genre; ils sont rares, c'est vrai, et ne semblent pas, à cause de cela, motiver assez la mesure préventive à laquelle nous faisons allusion ; mais qu'on interroge les familles à qui un malheur semblable est arrivé, et toutes seraient unanimes pour voter cette mesure. Il suffirait que cela entrât dans les habitudes; les parents, en acceptant le projet de mariage pour leur fille, seraient censés avoir pris toutes les précautions nécessaires pour garantir la possibilité de son accomplissement matériel. La plupart des mères prennent le soin d*initier leurs filles, peu de temps avant le mariage, aux mystères des premiers jours de leur exi$;tence de femme mariée; on pourrait profiter de cette circonstance; en leur faisant connaître le but du mariage, on pourrait leui* faire sentir en même temps la nécessité de s'assurer si ce but peut être rempli. Si l'on craignait de cette manière de blesser la chasteté des jeunes personnes, on pourrait les soumettre à l'exploration dont nous parlons dès l'âge de dix ou onze ans, en donnant à cela un prétexte quelconque qui ne leur ferait attacher à cet examen aucune importance. Mais lors même qu'on ne partagerait pas notre manière de voir là-dessus, il sera toujours indispensable de procéder à l'examen des organes sexuels toutes les fois que la jeune* fille que l'on veut marier n'a pas encore été réglée. Ce n'est que d'après cet examen que le médecin pourra se prononcer en connaissance de cause, si le mariage peut être conclu, s'il doit être différé ou si l'on ne doit pas y songer du tout dans l'avenir.
Plusieurs cas peuvent se présentereh cette circonstance, commençons par le plus simple. La jeune personne pour qui l'on est consulté peut être très-bien portante, bien proportionnée dans sa conformation extérieure; elle a particulièrement : les glandes
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mammaires convenablement développées, le bassin bien conformé, les organes sexuels externes, comme en général chez les personnes de son âge, la fente valvaire perméable. Lorsque tout cela se trouve dans Tétat que nous venons de décrire, il y a déjà beaucoup de probabilité que les ovaires existent, sartout ai, en même temps, la jeune personne éprouve périodiquement, une fois par mois, des symptômes des congestions dans le bassin, des tiraillements dans les reins et le bas-ventre, quelques douleurs dans les régions iliaques, etc. , il sera alors plus que probable que Tovulation a déjà commencé sa débiscence périodique, malgré l'absence de l'hémorrhagie menstruelle.
En général, les ovaires semblent donner le mot d'ordre au développement de tous les autres organes sexuels; lorsqu'ils man(|uent de naissance ou sont profondément altérés, on voit presque toujours un arrêt de développement du bassin, du col de l'utérus et du vagin, et même les glandes mammaires sont dans ce cas très-petites.
Malgré cela, il faut s'assurer ensuite de Tétat des organes plus profondément situés. Supposons que le vagin est pe^ méable, qu'il admet facilement le doigt indicateur (1) , lequel reconnaît très-bien à une profondeur normale le col de Tutérus et le museau de tanche. Supposons encore qu'en poursuivant l'examen par le rectum avec l'indicateur et par la vessie à l'aide d'une sonde métallique, on acquiert la certitude que l'utérus lui-même existe et se trouve situé à sa place habituelle. En présence de cette situation, on peut envisager l'aménorrhée comme étant momentanée, et ne point rejeter l'idée du mariage. La perméabilité du vagin, ses dimensions proportionnées constituent dans ce cas des conditions favorables, puisque lors même qu'il n'y aurait jamais de régies et que la femme n'eût pas d'enfants, elles permettraient déjà de remplir les de- >oirs conjugaux et mettraient tout au plus la jeune femmes en
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prenant les choses au pis, dans le cas de toutes les femmes stériles.
Dans des cas pareils, on peut beaucoup espérer de l'avenir, même pour l'hémorrhagie menstruelle. Nous savons, d'après les dijSTérents documents statistiques, qu'il y a souvent un écart considérable dans l'époque de la première éruption des règles chez les jeunes filles du même pays. Si une jeune fille de dix* huit ans n'est pas encore réglée, elle pourra l'être un an, deux ans, trois ans après et même plus tard. Quelquefois, comme nous en avons vu des exemples, l'ovulation s'exerce déjà régulièrement; les vésicules de Graaf s'ouvrent périodiquement, et les jeunes filles ne sont pas encore réglées. (Voyez page 58.) L'excitation provoquée par des rapports sexuels peut jouer dans cette circonstance le rAle d'un excellent emménagogue. Et d'ailleurs, pourvu que l'ovulation s'exerce normalement, la fécondation peut avoir lieu, nonobstant l'absence des règles. Rappelons-nous ce 'que nous avons dit à cet égard dans plu*sieurs endroits de cet ouvrage. (Voyez surtout page 4.)
Encore une fois, dans des cas pareils, on peut autoriser le mariage, mais la délicatessecommandeque les parents informent le prétendant que la jeune personne, quoique très-bien conformée et bien portante, n'avait pas encore payé le tribut ordinaire de son sexe, et qu'on ne pouvait pas rigoureusement répondre qu'elle pourra avoir des enfants. Cette garantie, on ne peut la donner, il est vrai, à aucune jeune fille qui se marie ; mais, à cause de cette circonstance particulière relative à l'absence des règles, il sera convenable de ne rien cacher au futur mari de ce qu'il peut y avoir d'exceptionnel.
Dans d'autres cas, infiniment plus graves, on peut trouver chez une jeune fille qu'on demande en mariage, à côté de l'absence du flux menstruel, des vices de conformation tels, qu'il lui serait de toute impossibilité d'accomplir les devoirs conjugaux ; ce sera, par exemple, une absence complète du vagin ou une oblitération telle qu'il y aurait à peine, à la place de ce conduit, un petit cul-de-sac d'un centimètre de
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longueur. Il sera nécessaire alors de s'assurer de la présence de l'utérus. Si cet organe existe et semble être bien conformé, on peut différer le mariage à deux ans, par exemple, et attendre patiemment les événements. Si, dans cet intervalle, il survenait des symptômes qui indiqueraient que non-seulement l'ovulation spontanée s'exerce, mais que le sang menstruel s'accumule dans la cavité de la matrice, y étaot arrêté par un obstacle situé dans le vagin, il serait parfaite* ment indiqué de chercher à lui ouvrir l'issue par une opéra* tion convenable. On peut de cette manière, d'un coup enlever l'obstacle, ouvrir une voie libre aux règles, et rendre les rap* ports sexuels ainsi que le mariage possibles.
Mais si, à côté de l'absence des règles et du vagin, on constatait encore l'absence de l'utérus, comme cela nous est arrivé il y a deux ans, dans une consultation, il faut se prononcer carrément contre le mariage, et engager les parents à y renoncer complètement pour l'avenir (1) . Aucune opération n'est dans ce cas proposable. La famille, comme la jeune fille, en étant prévenues dans un moment aussi solennel, s'habitueront plus facilement à l'idée du célibat, et seront moins embarrassées à l'occasion d'autres demandes en mariage, s'il s'en présentait* On pourra ainsi prévenir des malheurs qui seraient sans cela irréparables, tout en observant les convenances, et sans blesser l'amour-propre de la jeune personne. Si ses goûts la poussaient tant soit peu vers la vie de monastère, il serait bon de la diriger de ce côté; ce serait le meilleur moyen de sauver les apparences.
Ce n'est pas une des moindres préoccupations, dans les fa* milles, que de fixer convenablement le jour pour la cérémonie nuptiale. Mais ce dont on se préoccupe presque exclusivement, dans le monde, c'est d'éviter aux maris le désagrément de faire leur première connaissance intime avec leurs femmes
(1) Voyez le compte rendu de cette consultation dans la GoMeUe dê$ hàpUoMXt 1865, n» 31.
au moment des règ^s. Quelques mères, se fiant à la régularité habituelle de ces époques, et connaissant leur durée habituelle, fixent le jour de cette cérémonie à deux ou trois jours après la fin présumée de l'époque menstruelle. Ce n*est pas ce qu'il y a de mieux à faire, et puisque nous avons certaines données scientifiques pour servir les familles dans cette occasion, pourquoi ne pas s*appuyer là-dessus? En fixant pour le mariage un jour très-rapproché de la fin d'une époque menstruelle, on s'expose souvent à voir revenir Thémorrbagie, par suite des émotions motivées par la circonstance, juste au moment où l'on ne voudrait pas la voir ; nous connaissons pas mal de mécomptes de ce genre. D'un autre côlé, il n'est pas à souhaiter que les premiers rapports soient suivis immédiatement de conception, car souvent ils sont suivis d'inflammation, de vaginite, de vulvite, quelquefois même d'abcès. Ces fluxions inflammatoires peuvent déranger le développement naissant du produit de coliception, et occasionner de fausses couches.
Sachant que c'est particulièrement quelques jours avant et après les règles, que les femmes sont le plus sujettes à concevoir, on devrait s'abstenir de destiner à la célébration du mariage les jours compris dans cette période. En fixant la cérémonie au huitième ou au dixième jour après les règles, on agit à notre avis plus sagement. Les premiers rapports seront alors rarement féconds, et il arrivera le plus souvent que si la femme n'est pas encore grosse au moment où l'on comptait sur l'époque suivante, elle pourra le devenir immédiatement après, sans aucun danger. Les accidents locaux qui ont pu arriver après les premiers rapprochements, auront de cette manière le temps de guérir, sans entraver en rien la marche de la grossesse commençante.
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