‹ Traité de la menstruation; ses rapports avec l'ovulation, le fécondation, l'hygiène de la puberté et de l'âge critique, son rôle dans les différentes maladies, ses troubles et leur traitementChapitre 20 sur 38 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

nCJtSt DE L'AGE ht U Xt^OPACSC OC 5E L'ACl CIITIQCI.

De tout t^mps, on attachait dans le monde une grande importance à lliygiëDe de Fâge criUqne. On pourrait dire presque qu'on s'en occupait peut-être darantage qne de rby^iéne de la puberté, ce qui se laisse jusqu'à un certain point jfisti6er. En effet, la physiologie de Tépoque de la puberté est restée longtemps fort peu arancée; on ne connaissait pas les côtés faibles de l'organisme, et Ton ne savait pas ce qu'il fallait favoriser, et ce qu'il r avait i éviter i cette époque. Dés que l'hémorrhagie menstruelle, qui seule préoccupait les esprits, marchait régulièrement, on était satisfait, on n'en demandait pas davantage.

Il n'en était pas tout à fait de même quant i l'âge de b ménopause. Ici, les personnes chargées de l'application des mesures hygiéniques étaient directement intéressées à leur conservation, et comme on leur avait singulièrement exagéré le danger de cette traversée, elles veillaient sur elles avec on soin tout particulier, afm d'écarter tout ce qui paraissait menaçant pour l'avenir et prévenir le danger.

Beaucoup d'auteurs avaient regardé comme si dangereox pour les femmes le passage de la vie reproductive à la ménopause, qu'ils ravaient même désigné sous le nom à'enfét de$ femmes. Nous pouvons affirmer que, dans l'ordre naturel, U cessation des régies n*est pas du tout dangereuse par ellemême, et ne doit être considérée que comme une disposition nouvelle conforme aux lois de l'organisation.

L'hémorrhagie menstruelle étant un des attributs d^une fonction dont rexercice n'a lieu (|ue pendant une certaine période dfî la vie, cette fonction ayant cessé, rien de plus naturel que la disparition de Thorizon physiologique de l'hémorrhagie qui en dépendait. U n'y a donc que des femmes réellement

BTGltSNC DE LA MÉHOPACSE. S&9

pléthoriques, celles dont l'économie se trouvait à son aise i'avoir pu se dégager périodiquement du trop-plein de sang à Toccasion de Tovulation, qui pourraient se trouver mal de cette suppression.

Beaucoup de femmes, comme Ta déjà remarqué Fothergill, se portent au contraire mieux après la cessation des régies que pendant toute la période menstruelle de leur vie. De ce nombre sont surtout les femmes délicates qui étaient abon-* dammeut réglées. Ces hémorrhagies mensuelles affaiblissent considérablement la constitution, et les femmes ne peuvent que se trouver fort bien de leur cessation (1) .

Guyetant dit avoir connu des femmes qui avaient obtenu dans cette révolution une amélioration notable de la vue et de l'ouïe (2).

Lieutaud pense qu'il n'y a que des femmes affectées autrefois de virus vénérien qui courent du danger à l'époque de l'Age critique : Lœta ventre Venus, tristis abire solet. Sans admettre aussi, dans un sens absolu, cette manière de voir, nous pensons qu'on peut dire, avec Lamaze(3), que l'âge critique n'est, la plupart du temps, orageux que pour des femmes élevées dans la mollesse, habituées à la profusion des mets, à l'abus des parfums, des liqueurs fernientées et des plaisirs vénériens.

€ Comme la jeunesse de ces femmes, dit ce médecin, eut plus d'éclat et leur vie plus de volupté, leur âge mûr amène plus communément à sa suite bien plus de maux à craindre, de regrets à former, de soins à prendre, de privations à s'imposer.

€ Si chez les femmes, dit H . Lamaze, qui ont franchi heureusement l'âge critique, la dernière saison de la vie n'est pas pour elles l'âge des plaisirs les plus vifs, elles goûtent au moins un

(1) Fotbergill, C<m$^ a\àx femmes deàbàbO ans, trtd» par PetiURidd .

(2) Guyetant, Médecin de Vdge de retour^ etc.

(3) Henri Lamaie, Essai sur la cessation du fiux menstruel. Paris, au XIII, thèiM d« U racttlté, n» â82.

bonheur tranquille, que ne viennent plus troubler les tempêtes des passions et les désordres des sens

> La femme qui a eu des enfants, qui en a pris soin ellemème, satisfaite alors d'avoir rempli les pénibles fondions que lui imposa la nature, n'a plus qu'à jouir en silence des droits sacrés qu'elle a acquis à l'estime publique et à l'amitié sainte de tous les élresqui l'environnent. Il n'appartenait quà des peuples barbares d'être inhumains à l'égard des femmes parvenues à cet âge. »

Muret, dans son travail sur la population du pays de Vaud, ne trouve pas plus critique pour les femmes l'âge de quarante à cinquante ans que celui de dix à vingt.

M. Constant Saucerolte a prouvé également, par des recherches statistiques faites sur une très-grande échelle, que la mortalité est plus grande chez les femmes entre l'âge de trente à quarante ans que de quarante-six à cinquante ans.

M. Benoiston de Châteauneuf a démontré, de son côté, dans un mémoire lu à l'Académie des siences en 1818, que du A8* au 60* degré de latitude, l'âge intermédiaire entre quarante et cinquante ans est plus critique pour les hommes que pour les femmes.

M. Lachaise donne des résultats semblables dans sa Topographie de Paris.

Enfin M. Finlaison, archiviste du bureau delà dette publique en Angleterre, conclut, d'après de nombreuses statistiques, qu'après l'enfance la vie des femmes est proportionnellement plus longue que celle des hommes.

Rien ne justifie, par conséquent, les frayeurs répandues trop légèrement sur les dangers de cette époque de la vie. En parlant de la symptomatologie delà ménopause, nous avons eu l'occasion de rapporter des statistiques qui prouvent que des affections, telles que des inflammations chroniques de l'utérus, des cancers, etc., etc., sont infiniment moins communes et font des progrès moins rapides après l'âge qu'on avait considéré comme critique pour les femmes, qu'avant

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ia cessation des règles. Les femmes qui approchent de cet âge peuvent donc se rassurer complètement à cet égard. Au lieu d*ètre fatalement condamnées à courir les risques de graves maladies, elles ne font qu'entrer dans une nouvelle phase de la vie, où il y a bien moins à redouter pour elles, tant sous le rapport matériel que sous le rapport moral. Si elles ont su élever convenablement leurs enfants, Teslime, Taffection et la considération qu'elles auront méritées leur seront d'autant plus précieuses, qu'elles ne seront point détournées de leur douce jouissance par des succès frivoles auxquels on sacrifie quelquefois les devoirs et les joies de famille dans la jeunesse.

Mais, si les femmes n'ont rien de grave à craindre pour leur santé, par le fait de la cessation des règles, il ne s'ensuit pas de là que cette époque de transition doive leur être indiffé* rente, et qu'elle puisse se passer impunément d'une sage direction hygiénique. Bien au contraire, et nous ne saurions trop insister là-dessus, toute femme qui aspire à une vieillesse tranquille au point de vue de la santé, doit commencer à se croire vieille de bonne heure, c'est-à-dire une fois passé Tàge de quarante ans. C'est le meilleur moyen de ne pas se laisser surprendre, au milieu des illusions, par une triste réalité. Plus la vie a été remplie d'émotions et de plaisirs, plus il faut avancer le moment de la retraite.

Il y a longtemps déjà qu'on a fait cette réflexion, à l'occasion de certains hommes qui s'étaient couverts de gloire à une époque de leur vie, et qui avaient vécu ensuite encore assez longtemps sans éclat et presque dans l'oubli, qu'il était faucheux pour eux de ne pas avoir su mourir à propos.

A plus forte raison pourrait-on en dire autant, en péri«phrasant un peu, des femmes qui ne savent pas arrêter leur jeunesse à Tâge voulu ; généralement, elles se préparent ainsi des déceptions, un avenir plein d'orages, sans préjudice du ridicule, qui ne manque jamais en cette circonstance ; c'est Tombre, on peut dire, d'une femme qui s'efforce de pa* raitre jeune quand elle ne Test plus. Il vaut mille fois mieux

savoir s'arrêter à temps, au milieu de toute la splendeur de ses succès légitimes, et commencer de gaieté de cœur la nouvelle ère de l'existence, laquelle, étant bien remplie, peut devenir encore une source abondante de satisfactions, On s'éviterait ainsi bien des ennuis dans la vie; que de migraines, que d'irritations, que de suffocations, que de dyspepsies de moins après Tâge critique I

En s'efforçant à prolonger les succès mondains au delà des limites naturelles, on excite d'abord la jalousie de toutes les jeunes femmes, qui ne pardonnent guère qu'on prétende usurper ce qu'elles considèrent comme leur droit exclusif; leur opposition sera d'autant plus énergique et habile, si elles s'aperpoivent qu'on cherche à effacer la distance par le luxe et l'éclat des toilettes qu'elles ne peuvent pas se permettre. Ce sera alors une guerre à mort; l'imprudente rivale doit succomber sous les coups du ridicule, à moins qu'elle ne préfère, en s'obstinant à continuer la lutte, de mourir des maladies occasion* nées par le chagrin, les regrets et de désespoir. C'est une des sources d'une foule d'anecdotes, d'épigrammes, de chroniques scandaleuses et de lettres anonymes, qui défraient les causeries des salons, que les flatteurs et les courtisans colportent avec empressement, et la visible intention de les faire arriver aux oreilles de la victime, pour l'irriter, et l'obliger à la fin, à force de vexations, à prendre sa retraite. Je n'oublierai jamais l'impression que j'ai éprouvée un jour dans une pareille circonstance, en allant faire ma visite médicale à une dame d'infiniment d'esprit, et à qui j'avais eu tort de ne pas supposer alors assez de bon sens, tandis qu'elle m'a prouvé depuis qu'elle n'en manquait pas non plus, seulement, c'était du bon sens à l'état latent. La dame dont nous parlons avait déjà quarante-deux ans, mais il faut reconnaître, pour être juste, qu'on ne les lui aurait jamais donnés, si ses trois filles, déjà grandes, n'avaient pas été là pour défendre la loyauté de l'employé de l'état civil chargé de rédiger son acte de naissance, que Ton aurait été tenté d'accuser de complaisance.

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L'amour du monde était devenu chez cette dame une passion. Tous les jours, elle avait à répondre à quelque nouvelle invitation, ou elle recevait chez elle; ce mouvement lui. était indispensable, disait-elle, elle ne supportait pas le repos ; à l'entendre, c'était sa mort. Elle aimait si passionnément la danse, qu'elle était toujours la dernière à quitter les bals. Cela allait presque jusqu'à l'aberration mentale. Un jour, elle disait que ce qu elle désirait vivement, c'est de mourir en valsant I Bien des fois, nous avons essayé de détourner cette pauvre femme, remarquable d'ailleurs sous tous les rapports, comme intelligence et comme cœur, dans une direction plus conve* oable pour son âge ; mais que pouvaient faire tous les raisonnements en présence d'une pareille disposition de l'esprit? Et pourtant, les occasions ne manquèrent pas pour se recueillir et prendre nos avis en considération. Tous les ans, à la fin du carnaval, il fallait payer les folies de Thiver : c'étaient des bronchites, des fluxions de poitrine, (fes courbatures, résultat des foUgues continuelles, conséquence des nuits passées aux bals, suite d'un refroidissement, etc., etc.

C'est à peine si la malade voulait prendre du repos strictement nécessaire pour se soigner. Quelquefois, se croyant plus dangereusement malade qu'elle ne Tétait réellement, elle promettait de changer de vie, de renoncer aux agitations du monde; mais c'étaient des serments auxquels elle nous a accoutumé à ne plus croire du tout.

Voici, maintenant, le côté le plus piquant de cette intéressante observation. Un jour, on nous prie de nous rendre auprès de la malade le plus tôt possible. Nous la trouvons au lit, accablée de fatigue, dans un état de prostration extrême, ne parlant qu'à voix basse, se plaignant d*un point de côté au-dessous du sein gauche, d'une toux sèche, et d'un mal de tète constant. A côté de cela, il n'y avait point de fièvre; l'auscultation n'a fourni rien d'anormal, la percussion non plus, sinon qu'elle était douloureuse à l'endroit du point de côté.

Il n'y avait pas de chaleur à la peau, et 68 pulsations par minute. Nous nous sommes empressé de rassurer la malade, qui paraissait découragée ; nous lui avons promis un assez prompt rétablissement, attribuant en grande partie ses souffrances à l'état nerveuse, conséquence probable des fa* tigues, du refroidissement, et peut-être aussi, ce qui n'était pas difficile de supposer chez elle, à quelque vive contrariété. La malade, qui s*était exagéré le danger de sa position, était visiblement soulagée et satisfaite de notre diagnostic, %i se mit à nous raconter ce qui lui était arrivé la veille, c Vous êtes je crois dans le vrai, docteur, me dit-elle ; j'attribue ma maladie à une vive émotion. Vous savez combien, nous, pauvres femmes, nous sommes exposées dans le monde à être poursuivies par la jalousie ; nos prétendues amies nous pardonnent rarement le plus petit succès; vous savez, cher docteur, que c'était mon lot depuis quelque temps ; mais, de ma vie, je n'ai jamais éprouvé un affront pareil à celui qu'on m'a fait subir

hier en public, au bal costumé du ministre de J'avais une

toilette ravissante : robe fond blanc, recouverte de feuilles de lierre, un brillant à chaque principale branche ; j'étais coiffée de même ; tout le monde m'en faisait des compliments, et j'ai eu même un instant la faiblesse de croire à leur sincérité. Au plus beau moment de mon triomphe, je vois passer un domino bleu qui, m'ayant aperçue, s'arrêta devant moi, fit mine de m'examiner de la tête aux pieds, et se mit à dire à haute voix : Aujourd'hui, ma belle, votre toilette est irréprochable comme goût, tout y est en harmonie avec la personne : le lierre 1 partout du lierre! cela sied si bien aux ruines!.. Je n'ai pas besoin de vous dire ce que ces paroles acerbes et impertinentes, prononcées méchamment en public, avaient produit sur moi ; je crois que des coups de poignard au cœur ne m'auraient pas fait souffrir davantage.

» J'étais pâle d'indignation et de colère, j'ai eu à peine la force de faire encore quelques tours, et je me suis fait immédiatement reconduire chez moi pour me mettre au lit, saisie de

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frissons, de maux de tête et d'un serrement au cœur qui ne m'ont pas quittée un instant. Comme vous, je pense que c'est 3ette profonde commotion nerveuse qui est la cause de mes souffrances ; mais je ne me dissimule pas pour cela la gravité le ma situation. Si vous croyez, docteur, le miracle possibloi aites-le ; sauvez-moi pour mes pauvres filles, dont je ne m'oc* sapais pas peut-être assez. Si je ne meurs pas, je renonce à ce |u*on appelle les plaisirs du monde, et ce sont elles qui se* 'ont Tunique objet de mes préoccupations ; je profiterai à l'avenir, je vous promets, des conseils que vous avez bien voulu ne donner si souvent; je n'estimerai le monde que pour ce {u'il vaut, et je tâcherai d'inculquer à mes filles le goût d'une rie sérieuse. Je ne veux pas qu'elles ne connaissent que le nonde riche et élégant, où elles pourraient être tentées de chercher comme moi à briller, principalement par l'éclat de leurs personnes ; je veux qu'elles voient d'assez près les privalions et les misères chez d'autres, pour se sentir davantage [)ortées à faire le bien ; je veux qu'elles apprennent que le plus grand de tous les bonheurs est celui que Ton fait aux lutres. >

J'étais vraiment surpris de trouver tant de bon sens chez une |)er8onne àqui, peu d'instants auparavant, je n'étais pas disposé \ en accorder beaucoup. Depuis lors, cette pauvre femme ne manqua pas à une seule de ses promesses. Ses fillesi dont elle recoupait avec un soin remarquable et intelligent^ firent 8uc<* ^essivement de superbes mariages; quant à elle-même, elle a BU le mérite d'organiser plusieurs associations de bienfaisance» 9b elle déploie une grande activité ; les pauvres la bénissent et l'appellent leur providence ; les riches, loin de la jalouser el la n'itiquer, cherchent à l'imiter ; tout le monde l'aime et la con«* sidéré; quant à la santé, elle n'a jamais été meilleure. Mais si j'ai perdu ainsi auprès d'elle pour longtemps, j'espère, ma qua« lité de médecin, elle me considère toujours et avec raison comme son véritable ami.

Quelques personnes trouveront peut-être ces détails trop

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longs; mais il ne faut pas perdre de vue que, sous des apparences légères, nous faisons ici un cours de clinique sur les affections des femmes du grand monde. L*observation qu'on vient de lire n'est qu'un fait détaché sur mille autres analogues qui passent sur le panorama de la vie mondaine des grandes villes, et qui sont méconnus de la plupart des médecins. Pour en donner l'idée, pour en faire apprécier comme il faut l'importance au point de vue étiologique, on ne peut pas être trop minutieux. Ce n'est que par l'enchainement des détails que l'esprit peut s'élever progressivement jusqu'au fait général. Comment prouver autrement que c'est au milieu des circonstances en apparence tout à fait insignifiantes de l'âge mûr qu'on découvre souvent la source de divers troubles nerveux qu'on observe plus tard, et qu'on met d'habitude légèrement sur le compte de l'âge seul, qui a été, à cause de cela, qualifié injustement du nom à'âge critique.

Ce n'est qu'en s'y prenant de bonne heure que les médecins hygiénistes peuvent, par leurs sages avis, prévenir Fexplosion de divers accidents de cette époque ou atténuer au moins ceux qui doivent fatalement succéder aux changements pbysiolo* giques qui s'accomplissent à cette époque.

Comme nous avons dit dans le chapitre précédent, les principales indispositions qui se rattachent à la ménopause reconnaissent cette double origine : le système circulatoire et l'innervation du système nerveux ganglionnaire. Les femmes qni étaient habituellement réglées en abondance et qui s'en trouvaient bien, doivent, en prévision de la ménopause, rendre leur régime moins nourrissant déjà à partir de quarante à quarantedeux ans, éviter les excitants tels que : le thé, le café, supprimer les vins forts, des liqueurs, manger moins, remplacer en grande partie les viandes fortes par des viandes blanches, les légumes etc. etc. On doit avoir de temps en temps recours aux purgatifs, par exemple une fois tous les deux ou trois mois; augmenter le nombre des promenades, passer l'été à la campagne et s'y livrer à beaucoup d'exercices; aller aux eaux de

Hombourg, Niederbronn, Uriage^ etc., toutes plus ou moins purgatives et par conséquent décongestionnantes.

Les femmes qui ne peuvent pas aller aux eaux se trouveront bien de l'usage de certaines eaux purgatives prises à domicile, en petite quantité à la fois, mais d'une manière suivie. Nous avons l'habitude de conseiller après la cessation des règles, tous les mois pendant trois ou quatre jours consécutifs, un verre d'eau minérale de PuUna, de Birmensdorf ou de Friedrichshall.

Cette médication, qui réussit généralement, est encore plus impérieusement indiquée chez les personnes qui sont habituellement constipées.

Dès qu'il y a appareni^ du flux hémorrhoïdal après la ménopause, il sera bon de le favoriser. Des préparations d'aloës en petite quantité, continuées pendant assez longtemps, produisent dans ce cas de bons effets. Les pilules connues dans la phar* macie française sous le nom de Grains de santé du docteur Franck peuvent rendre dans cette circonstance un véritable service, à cause de la facilité avec laquelle on les prend. Voici leur composition :

^ Aloès sttccotrin & gram.

Jalap à —

Rhubarbe 1 -»

Sirop d'absinUie Q. s.

F. des pilules de 10 centigram.

En prenant deux de ces pilules dans la première cuillerée de soupe, on peut généralement compter sur une selle le lendemain matin. Selon les indications individuelles et les effets qu'elles produisent, on peut aller jusqu'à trois à la fois, et on en continue ainsi l'usage tous les jours pendant une quinzaine de jours à un mois. Lorsque le flux hémorrhoïdal est déjà bien établi, on cesse l'emploi des pilules ou du moins on les suspend pendant quelque temps.

Il n*est pas rare de voir survenir après la cessation des règles quelques éruptions cutanées, particulièrement Veczéma.

Quelquefois ces éruptions s'annoncent alors pour la première fois, mais bien plus souvent ce n'est que le réveil d'une ancienne diatbése restée pendant plus ou moins de temps endormie et qui a reparu sous Tinfluence de la ménopause. Dans ces cas particuliers» nous recommandons surtout les eaux d'Uriage sous fot*me de bains et en boisson, à cause de leur vertu purgative. 11 faut éviter avec soin tous les médica* ments externes à l'action répercussive; leur effet serait encore plus désastreux à cette époque de la vie qu'à tout autre mo« ment.

Si, avec tous ces symptômes, il s'en présentait d'autres da côté des organes sexuels qui soient positivement l'indice des congestions, il serait nécessaire de faire de temps en temps une application de quelques sangsues en haut des cuisses. Ce moyen serait d'autant plus indiqué, si après la suppression des règles il survenait presque périodiquement des épistaxis, des crachements de sang, des maux de gorge, des opbthalmies palpébraies, des conjonctivites, etc., etc. A moins de circonstances tout exceptionnelles, il est rare que l'on soit obligé d'avoir recours à la phlébolomie; il vaut toujours mieux combattre dans ce cas la pléthore par des applications de sangsues, la diète et les purgatifs, sur lesquels on peut revenir sans inconvénient plus souvent et qui ne font pas autant contracter l'habitude.

Eu nous occupant des symptômes de la ménopause, nous avons fait observer que rhémorrhagie périodique physidogique ne cessait pas ordinairement tout d'un coup, el qu'elle faisait place souvent à des métrorrhagies plus ou moins abandantes, se répétant irrégulièrement à des intervalles plus oa moins rapprochés ou durant même quelquefois continuellement. Quand cela arrive, les malades s* en tourmentent ordinairemeut, et effectivement elles auraient grandement tort de ne pas s'en préoccuper. S'il est vrai que ces pertes n'ont pas souvent beaucoup d'importance, et qu^elles s'arrêtent d'elks-mémes sans avoir apporté aucoa pnudki i

HT6IËNE DE LA MÊIIOPAUSB. SS7

]a santé, il est certain aussi qu'elles peuvent déranger les bonnes conditions de Téconomie par leur abondance, produire l'anémie, troubler l'exercice de la digestion, nuire à la nutrition et prépai^er ainsi progrâ3sivement des désordres plus graves. D'un autre côté, ces hémorrhagies peuvent être entretenues par d'anciennes affections du col, qui après être irestées longtemps stationnaires et presque latentes se compliquent de métrorrhagies après la cessation du flux menstruel propre ment dit. De ce nombre, sont surtout certains engorgements mous du col ayant l'aspect fongueux, qui saignent au moindre attouchement et qu'il n'est pas toujours facile de distinguer de certaines formes de cancer. Nous en avons vus, sur la nature desquels il ne nous a pas été possible de nous prononcer avant d'avoir constaté une amélioration réelle à la suite du traite* ment mis en usage.

Il est donc indispensable de ne pas taxer légèrement les md* trorrhagies de l'époque de la ménopause. Dès qu'on en a con-^ staté la présence, il faut sans hésiter procéder à l'exploration des organes sexuels par le toucher et à laide du spéculum. Si le col est sain, si rien ne fait présumer que l'hémorrhagie soit occasionnée par quelque affection du col ou du corps de l'uté^ rus, on se bornera à chercher à les modérer. C'est dans ce cas surtout que peut se présenter l'occasion de pratiquer une fois ou deux, une petite phlébotomie révulsive, lorsque la personne est d'une constitution forte et pléthorique. A part cela, on peut se contenter de prescrire le repos et la position horizontale, une nourriture légère, des bouillons froids, des viandes froides, des limonades, de l'eau légèrement rougie, etc., etc. Tout cela doit être subordonné, bien entendu, aux forces du sujet. Chez des personnes déjà affaiblies, il y aura à employer une nourriture plus substantielle et même un peu de vin généreux.

Si tous ces moyens étaient iiicflicaces, on administrerait des. préparations d'ergot à l'intérieur, et particulièrement l'ergotine Bonjean. Voici une formule que nous employons sou* vent dans ce cag avec succès.

358 HTGIÈlfE DE LA PnBBBTÊ ET DE LA MtoOPAUtt.

^ Ergotine Bonjean à gram.

Extrait alcoolique de noix vomique • 25 centifr.

Mucilage adragant. Q. i .

F. t. a. des pilules n* 36.

Prendre trois pilules le matin, à midi et le soir.

Il est rare qu'on ne parvienne pas à arrêter ainsi les pertes ménopausiques dont il est question. Si elles résistaient encore à ces moyens, on ajouterait à ce traitement des applications hémostatiques dans l'intérieur du vagin, ayant soin de les mettre en contact avec le col de Tutérus.

Quelques médecins avaient proposé pour cela d'introduire dans le vagin des mèches de charpie imbibées de liquides hémostatiques. C'est une très-bonne chose en principe ; nous avons même adopté la méthode de pansements journaliers dans le traitement de beaucoup d'affections de la matrice. Mais, telle qu'on l'applique ordinairement, elle ne peut compter quelques succès que dans les hôpitaux. Là, le médecin voit ses malades tous les jours, il peut donc changer les pièces de pansement toutes les vingt-quatre heures, et au besoin, il y a des aides intelligents qui peuvent le faire dans l'intervalle. Dans h pratique privée, cela ne pourrait guère se faire. Il n'y a pas beaucoup de médecins occupés qui puissent faire ces pansements tous les jours, et à plus forte raison s'il fallait les changer plusieurs fois en vingl-quatre heures. D'un autre côté, les mèches dont nous parlons ne [leuvent pas être introduites et être placées convenablement par soi-même, à moins de se servir d'un spéculum. Tels qu'on les pratique généralement, ces instruments ne peuvent pas être maniés par les malades elles-mêmes. C'est pour obvier à tous ces inconvénients, et pour permettre aux malades de venir en aide au médecin dans l'intervalle de ses visites, que nous avons imaginé ce que nous avons appelé à cause de cela V auto-spéculum (fig. 2, S). C'est un spéculum en gutta-percha, rappelant par sa forme l'axe du bassin et en particulier la direction du Vagin. Étant ainsi disposé et d'une seule pièce, on l'introduit très-facilement. Pour

rendre rintroduction plus facile, nous avons fait ajouter à l 'extrémité antérieure un bout arrondi fixé à un mandrin en acier, que Ton relire ensuite à volonté pour faire place à la mèche de pansement. Il n'y a pas une seule femme qui, après une courte explication, ne saisisse à Tinstant le moyen de s'en servir.

On peut confectionner là mèche extemporanément en charpie, que l'on met autour d'une baguette en baleine légèrement recourbée dans le sens de la direction du vagin, par l'action de la chaleur. Il suffit de fixer la charpie autour de cette tige par quelques tours de fil et laisser dépasser un peu la baleine en avant pour qu'on puisse la retirer facilement.

Pour avoir un instrument de pansement tout prêt, nous avons eu l'idée de fabriquer des cylindres en duvet des massettes (famille des Typhacées) {fig. 1, p. 360). M. Phélebon, pharmacien à Paris, imagina un ingénieux procédé de séparer en masse le duvet de la tige, ce qui permet de conserver aux cylindres la forme et l'aspect qaturel des typhas. Les massettes ont cet avantage que le duvet n'absorbe pas beaucoup de liquide, ce qui n'expose pas tant les malades à être constamment mouillées. Quant aux propriétés astringentes que quelques auteurs avaient attribuées aux typhas, nous n'en faisons pas grand cas, ayant la faculté de les imbiber de toutes sortes de liquides ayant la même propriété et moins contestables.

Ainsi, encore une fois, la composition de la mèche est une chose presque accessoire dans notre méthode; son principal mérite consiste dans l'idée de F auto- spéculum ^ qui permet aux malades d'appliquer elles-mêmes tous les jours, sous forme de pansements, les médicaments prescrits. Quant aux hémostatiques, nous faisons l'usage le plus souvent, dans les hémorrhagies ménopausiques ou autres, du perchlorure de fer neutre, tel que le préparent en gros, MM. Adriah à Paris, et Dubuisson à Lyon. Le perchlorure acide ne pourrait pas être employé assez longtemps, il corrode la muqueuse

300 HTGifeNE DB Ll PVBBBTft ET DE LA. VÉKOPIIISZ.

vaginale et celle des lèvres, et read ensuite rintroduclioo etcesnTement douloureuse.

Fie. 2. Auto-tpiculum réduit il U moitié de ii frftndeur naturelle; e, etIrMU ■ntérimm arrondie, «jant au Mmmet un petit fodet deatiné 1 receToir le botf en gutta du peuaire ; f, extrémité postérieure servant à Tcnner Je tube da ijiculum pour oe former qu'un seul corps facile à taiiir k pteiae nuiti.

Fie. 3. c, d, lube du spéculum.

Ces trois instruments n« doivent £lre lavés qu'A Tean fhtide.

HT6IÈ1IE DB LA MtlfOPAUSE. SBl

Valcoolature de brou de noix^ telle que nous la prépare chaque année M. Phélebon, est également une excellente pré* )aration pour ce genre de pansements. Non-seulement elle irrête souvent les hémorrhagies essentielles, mais, dans les lartes symptomatiques d'une ulcération fongueuse du col, elle nodifie avantageusement les tissus malades par son contact >rolongé ; nous nous en servons avec succès dans l'intervalle les cautérisations qui sont aloi*s nécessaires.

Lorsque les hémorrhagies de l'âge critique ne sont pas essentielles, mais symptomatiques; lorsque le spéculum permet le découvrir au fond, sur le col, un engorgement molasse et oignant, comme cela arrive le plus souvent, le meilleur moyen le les faire cesser, sera de guérir l'affection qui les entretient, ^our cela, il n'y a pas à hésiter, il faut pratiquer des cauté* isations. Le fer rouge peut avoir souvent de bons résultats ; nais de tous les caustiques, celui qui nous a toujours le mieux *éussi, est l'acide chromique, employé d'après le procédé du locteur Marion Sims(l). On l'emploie dissous dans une quanité égale d'eau distillée. Une goutte de cette solution, portée kdeux ou trois reprises sur différents points de l'engorgement i l'aide d'une baguette de verre plein, suffît pour chaque cau-^ irisation. Immédiatement après, nous versons de Teau dans e spéculum, afm que quelques parcelles du caustique ne se épandent pas sur les parois du vagin. L'application de ce laustique n'est pas du tout douloureuse; quelquefois elle prooque un peu d'hémorrbagie; mais, en général, celle-ci est noins abondante qu'après l'application du fer rouge, et même iprès d'autres caustiques moins énergiques. On recommence a cautérisation tous les quatre ou cinq jours, et on ne tarde las à s'apercevoir de l'amélioration locale et de la diminution les pertes.

Si Ton négligeait de s'assurer de l'état des organes sexuels, i Ton considérait légèrement toutes les pertes de l'âge cri- Ci) Marion Simi, Notés cliniques sur la chirurgie utérine, trad. de Tanglaii par B doeteur Lhéritier. Paris, 1866.

^2 HTGIÈHE DE LA PUAEBTÊ ET DE LA MiROPADSB.

tique comme innocenles, parce que, quelquefois, elles cessent sans aucun traitement, beaucoup de malades ne tarderaient pas à être épuisées, et tomberaient tôt ou tard victimes de leur incurie. Il faut faire bien comprendre aux malades que les affections cancéreuses de la matrice ne sont pas les seules qui puissent entraîner la mort, et qu'on meurt très-bien des affections chroniques non organiques, lorsqu'elles provoquent des pertes abondantes et prolongées.

11 y a encore une affection qui mérite de fixer notre attention à l'occasion de la ménopause, c'est la goutte. Au dire de quelques auteurs, elle aurait des rapports particuliers avec le changement physiologique qui s*opére alors dans l'économie. Sans prétendre, à l'exemple d'Hippocrate, que les femmes ne soient sujettes k la goutte qu'après avoir cessé d'être réglées, on ne peut pas disconvenir que cette affection est infiniment rare chez les femmes avant cette époque. 11 est même permis de supposer que les exemples qui ont été cités comme appartenant à cette affection, auraient été peut-être encore moins nombreux, si l'on avait fait toujours le diagnostic différentiel entre le rhumatisme dit goutteux et la goutte proprement dite.

Depuis les travaux de Garrod (1), il est parfaitement établi que la goutte consiste dans la présence d'urates dans le sang, tandis que rien de semblable ne se voit chez les rhumatisants.

Dès qu'il y a quelque disposition héréditaire ou acquise i la goutte, la surabondance d'urates dans le sang pourra la faire éclater. Les femmes qui ont, sous ce rapport, quelques précédents de famille, doivent faire attention à leur régime, longtemps avant d'arriver à la ménopause; mais, à plus forte raison, doivent-elles être sobres après cette époque.

\oQS ne savons pas au juste quels sont les rapports du Qux niBKtniel avec la goutte; nous ignorons complètement s'il se

La §9uUê ei le rhumatisme goulteuXj traduit de TangUis par par i. Charcot. Paris, 1867.

sépare par là ou non des urates chez les femmes atteintes de diathëse goutteuse , car nous n'avons jamais eu l'occasion d'expérimenter avec le sang menstruel ce que Garrod appelle le procédé du fil (1). Mais que la goutte vienne aux femmes à l'âge critique par ce fait, ou d'une autre manière» il su£St qu'elle soit alors relativement plus fréquente, pour qu'on profite des renseignements de Thygiàne pour Téviter. Une nourriture succulente, composée de viandes noires, de gibier, de vins généreux, de liqueurs, doit être supprimée de bonne heure, et remplacée par un régime simple et plutôt rafraîchissant. Les excès de table augmentent généralement les proportions d*urates; les liqueurs alcooliques en empêchent l'excrétion par les voies urinaires ; il en résulte que le sang s'en trouve nécessairement plus chargé.

A l'approche de la ménopause, les femmes habituées à la bonne chère qui ont du sang uraté dans les veines et dont les ancêtres souffraient de la goutte, doivent renoncer au madère, au porto, ne boire que très-peu et exceptionnellement du vin de Bourgogne et du Champagne ; on pourra se permettre un. peu plus de vin de Bordeaux. Il faut rayer de sa table le gibier faisandé, les truffes, les pâtés, les jambons, le homard, les champignons, les tomates, la choucroute, etc., etc. L'habitude de ces mets favorise la goutte chez les personnes qui y sont disposées, et nous ne saurions trop les mettre à l'index à l'époque de la cessation des règles.

En nous occupant des symptômes qui caractérisent la ménopause, nous avons fait le tableau des perturbations du système nerveux ganglionnaire, qui se manifestent souvent à cette époque, et que, par l'opposition aux accidents qui peuvent être légitimement attribués à la suppression du flux périodique du sang, nous avons distingués sous la dénomination de plé^

(1) Pour s'assurer si le sang d'une personne renfermait des urates en excès, Gtrrod avait l'habitude de placer un fil dans du sang ou dans la sérosité d'un vésîcstoire. Lorsque le sang renfermait de l'acide urique, il venait se déposer après qoelques heures sur le fil sous forme d'une belle cristallisation. C'est ce qu*U appelait le ^océdé du fU,

S6& HYGIÈNE DE LA PimEHTi ET DE LA MÉNOPAUSE.

thore nerveuse. Ces troubles sont liés généralement à TéUt anémique, qu'il importe de prendre en sérieuse considération, tout en s'occupanl des symplômes qui semblent se rattacher plus particulièrement à tel ou tel autre organe, mais qui tiennent à des conditions générales de l'économie. On dirait presque, comme nous l'avons déjà fait observer, que, dans cet état, rinnervation ganglionnaire, privée de son débouché habituel, du côté de l'orgasme de l'ovulation, déborde sur d'autres fonctions de l'économie et y amène du désordre. C'est en vue de cet important changement que nous avons engagé les femmes à cesser de bonne heure de se mêler aux agitations de la vie mondaine, pour ne pas aggraver, de cette manière, les conséquences naturelles de la ménopause. C'est à la suite de nombreuses émotions, des regrets et des déceptions de toutes sortes que cet état nerveux se déclare le plus souvent.

C'est en vain que Ton chercherait à guérir les névropathies ménopausiques par des antispasmodiques ou des opiacés; ces derniers sont en général mal supportés, et, au lieu de calmer, ils semblent plutôt surexciter encore davantage les malades. L'opium ne fait même pas ordinairement dormir, mais il agite. L'extrait de feuilles de belladone, auquel San* dras accordait la préférence, donne effectivement quelquefois des résultats plus satisfaisants, (i) Nous le prescrivons, associé à la poudre de feuilles de belladone, à la dose de 25 milligrammes de chaque, ce qui fait en tout 6 centigrammes de cette solanée par jour.

Contrairement à ce qu'on aurait pu supposer autrefois, les préparations de fer jouent un rôle important dans la thérapeutique de la ménopause, à cause de la fréquence de l'état anémique qui accompagne les différentes formes de névropathie. Le fer réduit par l'hydrogène de Quevenne, auquel nous sommes resté fidèle depuis vingt-cinq ans, autant par la

(1) Sandras, Traité pratique des maladies nerveuses ^ U U

mémoire de son habile et modeste iuventeur, que nous avons eu rhonneur de compter parmi nos amis, que par sa supériorité incontestable sur beaucoup d'autres préparations fer-rugineuses, a toujours notre préférence. On l'associe aux extraits amers, tels que l'extrait de gentiane, de houblon, de chicorée, de taraxacum; quelquefois à l'extrait de valériane, etc., etc.

Les eaux ferrugineuses de Spa, de Schvalbach, de Bussang, dOrézza, de Passy, d'Auteuil, etc., se trouvent dans ce cas parfaitement indiquées. Chez les malades dont la position de fortune ne permet pas de faire beaucoup de dépenses, on peut remplacer jusqu'à un certain point ces eaux par l'eau ferrée, préparée avec des clous, dont on met 120 grammes dans une carafe d'eau. On doit recommander aux malades d'agiter chaque fois la carafe, avant de verser, afin que le dépôt qui constitue la partie réellement active se mêle à la couche supérieure claire qui renferme nécessairement moins d'éléments ferrugineux.

Comme les préparations de fer rendent les garderobes gé* néralement difficiles, nous avons l'habitude de prescrire en même temps quelques purgatifs légers, de manière à procurer régulièrement une garderobe par jour. Nous donnons dans cette intention, séparément, deux grains de santé dans la première cuillerée de soupe. Cette manière de procéder ne nuit en rien à l'action des ferrugineux, et produit d'exceU lents eflTets. Nous nous sommes aperçu qu'il n'en était pas tout à fait de même en ajoutant les purgatifs, comme l'aloès ou le jalap, à la masse pilulaire, où il entre déjà des prépara* tions de fer.

11 est bon d'avertir les malades que leurs matières fécales deviendront foncées en couleur ou même noires à cause du fer. Cette précaution pourrait paraître de peu d'importance à quelques personnes, mais qu'elles se détrompent là-dessus« On ne saurait trop faire pour inspirer de la confiance aux névropathes; leur prédire un fait qui doit se réaliser ensuite,

c est les disposer à croire davantage à la possibilité de la guérison qu'on leur promet, et dont ils sont d'habitude enclins de désespérer. Il y a des malades que la moindre incertitude inquièle, qui aiment à se rendre compte de tout; il vaut donc mieux prendre le devant, et leur donner des explications qui puissent les rassurer, que de les exposer à en chercher euxmêmes, et à s'égarer au milieu de toutes sortes de suppositions nuisibles à leur état.

Cette précaution est encore plus indispensable envers les femmes, qui sont naturellement plus impressionnables, et dont l'imagination est relativement plus féconde. La moindre apparence de découragement de la part du médecin aurait chez elles d'énormes conséquences. Il ne faut jamais leur donner à soupçonner qu'on est à bout de ressources, mais toujours paraître riche en expédients, sous peine de perdre leur confiance. Voici ce que nous racontait, un jour, une dame qui venait de nous prier de lui donner nos soins. Elle avait eu pour médecin un homme d'un mérite incontestable, un des anciens professeurs delà Faculté. Voyant que la plupart des moyens thérapeutiques qu'il avait mis en usage n'avaient pas opéré de changement, il crut devoir aller au*devant de l'impatience de la malade, et s'exprima à peu près en ces termes : c Si vous aviez eu, madame, une bonne fluxion de poitrine, il y a longtemps que j'en serais venu à bout, mais les maladies comme la vôtre, on ne les fait pas marcher toujours comme l'on voudrait. » Cet aveu, quoique franc, a été on ne peut plus imprudent. Dès ce moment, la malade n'avait plus de confiance en notre confrère; elle s'était persuadée que ce n'est qu'à force de tâtonner, pendant longtemps, qu*il aurait pu finir par trouver le moyen de lui apporter du soulagement.

11 ne faut jamais perdre de vue que les troubles ménopausiques sont le résultat d'un état général qu'il faut chercher à modifier. Après avoir essayé de relever le ton, de fixer en quelque sorte l'innervation par des toniques et en particulier par des préparations de fer et de quinquina, il faut s'appliquer

à calmer la surexcitation nerveuse par des bains avec l'addition de 500 grammes d'amidon ou de quelques litres de décoction de racine de guimauve et de tète de pavots. On doit laisser les malades dans ces bains au moins pendant une heure.

Les bains avec l'addition d'infusion de tilleul ou de valériane produisent souvent dans les mêmes circonstances des résultats favorables. Aux malades qui ont de la fortune, il sera préférable de conseiller les eaux minérales sédatives, telles que les eaux de Néris, Plombières, Schlangenbad, Wildbad, Castein, etc., etc. Le changement d'air, l'habitation d'un pays nouveau et agréable aident dans ce cas considérablement à l'action des eaux, en détournant l'attention des malades de l'objet fixe de leurs préoccupations habituelles.

Beaucoup de ces névropathes habituées à courir à la recherche de nouvelles distractions à chaque ouverture d'une nouvelle saison de bains, connaissent déjà les principales stations bydrologiques de l'Europe ; avec celles-ci on est souvent trèsembarrassé, parce qu'elles semblent être lusses de tout, et pourtant il faut absolument trouver quelque chose pour les occuper, vu que c'est surtout dans la distraction qu'on peut trouver le moyen de les soulager. L'hydrothérapie appliquée dans un établissement spécial bien dirigé et agréablement situé peut dans ce cas rendre des services incontestables. Nous connaissons des femmes névropathes qui après un séjour de deux ou trois mois dans un établissement hydrothérapique bien conditionné, en sortaient complètement guéries.

Mais si l'hydrothérapie appliquée dans les établissements ordinaires est susceptible de rendre des services incontestables, dans beaucoup de cas elle exige des conditions particulières pour faire du bien aux névropathes ménopausiques. Après les avoir arrachées, souvent presque de force, aux agitations de la vie mondaine, il serait absurde, en leur conseillant le repos, de les renfermer, immédiatement après, dans un endroit en* nuyeux pour les plonger de temps en temps dans l'eau froide.

368 HY&IÈNE DE Là PUBKRTÊ ET DE LA MÉNOPAUSE.

OU leur administrer des douches dans l'intention de les distraire et de les calmer. L'effet de ce traitement serait tout à fait contraire à ce que nous avons désiré. Pour que l'hydrothérapie produise dans ce cas tout le bien qu'elle peut donner, il faut qu'elle soit secondée par des distractions en rapport avec le goût des malades. L'établissement hydrothérapique de Divonne (Ain) peut sous ce rapport servir de modèle. Sa colonie se compose, à part de vrais malades, de touristes qui revienneot presque chaque année admirer de nouveau la beauté du site ; ce sont des familles connues qui comptent dans leur nombre : des savants, des hommes de lettres, des artistes, tous gens d'esprit. Chaque malade peut trouver à Divonne ce qui lui convient. Le docteur Lubanski, un des maîtres en hydrothérapie, dirige également un établissement modèle en ce genre à Gerardmer, dans les Vosges.

C'est pour des malades de cette catégorie surtout, que l'es* prit poétique de nos voisins de l'Est inventa des stations hygié* niques destinées au traitement désigné sous le nom de cure de petit'laii et de cure de raisin (1). Toutes les naufragées de la vie agitée du grand monde peuvent se jeter sur ses côtes avec sécurité. Yevey se distingue au milieu de toutes ces stations par sa position admirable et son délicieux climat, qui permet aux malades d'y passer agréablement une bonne partie d'automne avant de gagner les quartiers d'hiver.

II faut être excessivement réservé lorqu'on est consulté sur les avantages des bains de mer. Autant ils font de bien en général à 1 époque de la puberté, autant ils peuvent produire de mauvais effets vers l'dge de la ménopause. L'excitation nerveuse et les différents troubles névropathiques de cette époque ne supportent pas bien l'action stimulante des bains de mer. L'expérience nous a appris que généralement il n'y a rien de

(1) Voyelles livres de Curchod, Essai théorique et pnUique sur la cure ai raisins étudiée plus spécialement a Vevey, iuivi de quelques remarqués kygiim* ques de cette ville. Paris, 18G0, et de £d. Carrière. — Les cures de pfîU^làit eiài raisin dans le traitciHent des maladies chroniques en Allemagne «C en Suisse, Paris, 1860.

>on à en attendre. Il n'en est pas de même du simple séjour lux bords de la mer; les mères ménopausiques peuvent donc ifès-bien accompagner leurs enfants ou leurs petits-enfants : la satisfaction de les voir auprès d'elles et de leur voir faire chaque our quelque progrès au point de vue de la santé et de la constitution, Tair tonifiant, des promenades agréables, le repos ]e l'esprit, quand on a su choisir une station convenable pour ;ela, tout, jusqu'aux douces émotions que l'on est à même l'éprouver au milieu d'une population de pêcheurs, constitue autant de conditions favorables pour l'exercice de l'inlervation et contribue à faire disparaître les principaux roubles nerveux qui caractérisent l'époque de la ménopause.

Le traitement, que nous venons de conseiller agit sur l'écodomie de trois manières différentes : l"" en éloignant des maades les causes ordinaires de l'irritation; 2° en calmant directement l'impressionnabilité du système nerveux par l'action sédative de l'air, du climat, de l'alimentation et de l'eau froide ; S* en donnant une nouvelle direction aux idées ; en les détournant de ce qui faisait leur préoccupation ordinaire. Cette troisième indication est de la plus grande importance; lorsqu'elle ^t bien remplie elle assure le succès des deux autres, et ce n'est même qu'à cette condition qu'on peut espérer une guérison radicale. Rien n'est plus nuisible dans des cas pareils comme l'oisiveté; on doit s'efforcer par tous les moyens de la combattre. Les femmes ménopausiques doivent chercher à se créer des occupations convenables qui absorberaient une bonne partie de l'activité nerveuse, qu'elles dépensaient autrefois dans la vie plus ou moins agitée au milieu de laquelle elles sont tombées malades.

D'après les nombreux faits de cette nature qui avaient passé sous nos yeux, nous nous sommes senti suffisamment autorisé pour conseiller, déjà en 1856, aux malades de cette catégorie, de diriger leurs idées vers des œuvres de bienfaisance (1). Mais par les œuvres de bienfaisance, nous n'entendons pas du

(i) Du rùle de la menitruatUm dans la p<U^iologie. Paris, 1856.

RAaBORSXI. 2A

370 HYGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET DE LA MÊIfOPAUSE.

tout des dons; tels forts qu'ils soient, ils feraient certainement ; du bien aux pauvres, mais ils ne rempliraient pas le but que ' nous nous proposons d'atteindre par là. Nous recommandons les œuvres, qui, à part les sacrifices d argent, réclament beaucoup d'activité et occupent constamment l'esprit. Noug ne saurions mieux faire, disions-nous alors, que d'engager les femmes à l'époque de la ménopause à se consacrer au soulagement des classes malheureuses de la société, de s'en occuper activement, de chercher à faire partie des associations de charité et de bienfaisance, et d'en créer de nouvelles au besoin. Étant obhgées de cette manière d'assister aux malheurs infiniment plus sérieux que les maux dont elles se croient afQigées, elles finiraient par en effacer de plus en plus l'impression douloureuse trop exagérée. La satisfaction qu'elles auraient nécessairement éprouvée d'avoir soulagé chaque jour quelques nouvelles misères ne manquerait pas de remplir leur cœur de joie, et ce serait déjà sans contredit le premier symptôme d'une sensible amélioration dans ce désolant état nerveux qui leur semblait fermer les portes du bonheur à tout jamais. Personne ne saurait d'ailleurs les diriger mieux, disions-nous, dans cette voie, qu'un médecin. D'un autre côté, jamais les médecins ne pourraient trouver une plus belle occasion de démontrer la justesse de la réflexion flatteuse de Cicéron sur la profession médicale : homines enim ad deos nulla re propius accedunt qmwi salutem datido^ qu'en prêtant leur concours à des œuvres pareilles.

Depuis que nous avons donné publiquement ce conseil aux femmes qui souffrent de névropatbies à Toccasioii de la ménopause, nous avons appris de différents côtés que notre remède a été généralement trouvé efficace. Chômai, dans son Traité des dyspepsies, pubUé un an après notre mémoire que nous venons de citer, n'hésita pas un seul instant à donner de semblables conseils aux femmes qui souffrent de la dyspepsie à l'époque de Tàge critique. oJe puis leur affirmer, dit ce célèbre médecin, médicalement parlant, que ce sera temps et

argent bien employés et placé à gros intérêt, surtout si les malades persévèrent dans cette voie, s*ils s'en font une obligation réelle, un devoir quoditien que rien n'interrompt. Ils y trouveront, poursuit Chomel, le meilleur remède possible au défaut d'exercice, à ce désœuvrement de l'esprit et du cœur que nous avons signalé comme une des conditions les plus dangereuses pour tous, et surtout pour les personnes dont le système nerveux est vivement impressionnable et les organes digestifs faibles et irritables (1) .»

Nous sommes heureux de voir notre observation sur ce point important de la thérapeutique de l'âge critique, être confirmé par un praticien aussi éminent. Si nous avons rappelé la date du mémoire dans lequel nous avons exprimé pour la première fois notre opinion là-dessus, c'est uniquement dans la crainte qu'on nous supposât capable de plagiat. Mais nous ne voulons pas prétendre pour cela que Chomel se soit inspiré de notre travail. C'était un trop bon observateur pour que, dans sa vaste et riche clientèle, il n'eût pas été frappé, comme nous, des eflets'du traitement moral dont nous parlons. Nous ne pouvons qu'être fier de la concordance de nos opinions.

Dernièrement, nous avons rencontré chez une de nos malades, une de ses amies, grande dame dans toute l'acception du mot, qui, par sa position sociale comme par sa fortune, et ses agréments personnels, était habituée à de grands succès. L'ayant complimentée sur son excellente santé, elle nous répondit qu'elle ne le devait qu'à la continuation de l'activité qui était l'élément dominant de toute sa vie. Ne pouvant plus prétendre aux succès mondains des jeunes femmes, lesquels n'étaient plus d'ailleurs dans ses goûts, elle a senti qu'avec la bonne volonté et l'énergie elle pouvait encore rivaliser avec bien des femmes en se vouant aux œuvres de charité et de bienfaisance ; qu'il y avait encore, sur ce champ modeste en apparence, bien des palmes à cueillir. L'idée de l'enseigne-

(1) Chomel, Des dyspepiies» Paris, i85T, p. 207.

372 HYGIÈNE DE LA PUBERTÉ ET DE Là MÉNOPAUSE.

ment professionnel pour les jeunes filles, qu*on venaîl de mettre pour la première fois à exécution, Tavait séduite. Elle suivait avec un vif intérêt le développement que prenait tous les jours la grande institution de ce genre qui venait de se former à Paris. Bientôt, malgré son admiration pour ce qu'elle voyait, elle s'aperçoit de quelques points faibles, elle regrette qu'à ces jeunes filles qu'on cherche à préserver de la corruption, on n'inculque pas assez de principes religieux, et, soudain, elle forme le projet de créer un autre établissement analogue qui, dans son idée, devait surpasser l'ancien. Elle met en cela toute son ambition, elle recueille dans ce but des souscriptions, des offrandes; en peu de temps son établissement est fondé, elle s'en fait la directrice ; c'est elle qui se met a la recherche des maîtres et des maîtresses, qui tient à bien les connaître avant de les nommer ; tous ses moments sont pris, elle en éprouve souvent beaucoup de fatigue, mais la satisfaction domine tout le reste, elle est heureuse du bien qu'elle a déjà fait et de Tespoir du mieux. Un pareil emploi du temps ne laisse guère de loisirs à d'autres préoccupations ; la pléthore nerveuse de la ménopause ne saurait rien y trouver pour s'alimenter. La continuation des succès fait du bien ; leur forme peut changer, mais ce sont toujours des succès!

Les occasions ne manquent pas pour se préserver ainsi contre les désordres de la santé, qu'amènent presque fatalement à leur suite l'oisiveté et le désoeuvrement, qui succèdent aux émotions et aux agitations de la jeunesse. Les œuvres de bienfaisance sont heureusement des sources inépuisables. Nous ne saurions trop recommander, sous ce rapport, à nos honorables confrères d'attirer l'attention de certaines clientes, sur V Agence générale des nourrices, qui vient de se constituer sous les auspices de la Société protectrice de l'enfance. Quelle est la mère qui a pu rester insensible à l'éloquent rapport qui a si bien dépeint l'année dernière, au Sénat, la situation déplorable dans laquelle se trouvent placés les enfants que leurs parents son^ obliges de confier aux nourrices mer-

cenaires des campagnes? La plupart de ces pauvres créatures meurent de faim ou faute de soins. Souvent même, on cache leur mort aux parents, pour toucher pendant plus longtemps les émoluments. Que des Agences de ce genre se multiplient, qu'il s'en forme sur tous les points de la France, et Ton verra bientôt disparaître ces détestables abus de confiance, qui font une grande tache à côté d'admirables qualités de ce beau pays. Que les médecins cherchent à utiliser les moments, l'activité et le besoin des succès de leurs clientes ; que les femmes recueillent des souscriptions pour les actions qui sont indispensables pour ces fondations ; qu'elles se chargent de la surveillance des enfants confiés aux nourrices ; qu'elles se fassent intermédiaires entre celles-ci et les parents, les médecins et les Sociétés protectrices de l'enfance ; leur temps, sera admirablement bien employé; elles s'épargneront ainsi bien des souffrances physiques, et vont recevoir les bénédictions des pauvres mères qui leur devront le bonheur de leur existence ; tout cela ne pourra qu'influer avantageusement sur la santé.

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