L'ÉPOQUE DE LA PREMIÈRE ÉRUPTION DES RÈGLES
Lorsque les jeunes filles jouissent d'une bonne santé, on ne se préoccupe guère, et avec raison, de la première éruption des règles. Tout au plus, commence-t-on à y songer lorsque l'époque ordinaire de cette manifestation de la puberté a été déjà pas mal dépassée sans résultat. Il n'en est pas de même, quand les jeunes filles de cette catégorie paraissent souffrantes; toute l'attention se porte alors du côté de la menstruation ; quel que soit le caractère des souffrances, on est disposé à les atlribuer au défaut du flux menstruel, on le regrette, on l'invoque, et Ton tente tout pour le provoquer.
Ces idées sont aujourd'hui encore très-profondément enracinées dans le public, et sont souvent la cause des entraves au traitement rationnel proposé par les médecins.
Pour se faire une idée juste de l'influence du flux menstruel sur les maladies antérieures à la première éruption des règles, il faut, avant tout, se rappeler que l'établissement de la menstruation n'est pas le seul phénomène biologique important de cette époque de la vie. Bien d'autres changements considérables s'accomplissent alors physiologiquement dans l'organisme, et l'on pourrait, avec autant de droit, les invoquer également pour expliquer certaines modifications favorables dans la santé qu'on remarque à l'époque de la puberté. Il n'est même pas rare d'observer de pareilles métamorphoses au point de vue de la santé, dans le sexe qui n'est pas assujetti au tribut périodique des femmes. C'est, en effet, la période de la vie où la nature déploie le plus d'activité pour les besoins de l'organisation. Avant de mettre enjeu les moyens préparés
378 MBHBTRUATIOlf AU POINT DE TUE DE LA PATMtO&U.
lenlcment pour la reproduction de l'espèce, il faut qu'eUc donne la dernière main à tous les principaux rouages pour assurer l'ensemble et Tharmonie de leurs mouvements.
Dans un moment aussi décisif, si quelques rouages importants étaient entachés d'un vice radical qui a pu rester dissimulé pendant le repos, le mouvement de la puberté ne pourra pas tarder à le faire ressortir, et môme à Taggraver. C'est ce qui arrive, par exemple, pour la diathèse tuberculeuse, qui reste souvent longtemps latente, et qui éclate tout à coup à répoque de la puberté.
Mais toutes les fois qu'il n'y a pas de vices majeurs, l'impulsion vitale qui caractérise l'époque de la puberté s'eAipare de toutes les parties de l'économie, et bien des germes morbides peuvent se trouver ainsi, en quelque sorte, broyés au milieu de ce mouvement. Plus les conditions hygiéniques au milieu desquelles on se trouve alors placé sont favorables, plus ce fait aura de chance à se produire, et plus le résultat sera satisfaisant et durable.
Voilà comment les métamorphoses physiologiques de l'époque de la puberté peuvent contribuer indirectement à l'explosion subite de certaines affections latentes, ou à la disparition plus ou moins complète de quelques états morbides, sans aucune participation de la menstruation.
Signalons encore une autre source d'erreur, qu'il faut tâcher d'éviter, si l'on veut arriver à une solution convenable du problème qui nous occupe. Il s'agit de l'aménorrhée qui coïncide quelquefois avec des troubles fonctionnels de différente nature; tous deux peuvent être la conséquence d'un état général de l'économie qu'on peut guérir. Quoi d'étonnant, si après la gucrison on voit reparaître les règles, et disparaître d'autres troubles qui dépendaient de l'état général. Il faut se garder de prendre le change, et d'attribuer, dans ce cas, les honneurs de la guérison au retour des règles. Malheureusement, c'est ce raisonnement que Ton fait le plus ordinairement dans le pubUc, et c'est ce qui contribue entra
RiU>PORTS DE LA MEIfSTBUATIOlf AVEC OIPrtREHTIS UàUMBB. 379
autres, à perpétuer les errements, quant au rôle que joue la menstruation dans réconomie.
Ayant fait ces réserves, examinons maintenant quelquesunes des affections les plus communes aux approches de la puberté, et voyons comment elles se comportent à Tégard de la menstruation et, réciproquement, ce qu'elles deviennent plus tard sous l'influence des époques menstruelles.
S !*'• — De l^lBUmaee de I» ehliir««« nar rév«««e de I* première éraptlon des rèclen et de l'effet q«e pr^duli mur eette «fleetlea l'étaMlusemenl de I* meiMiraattiiii.
Ce qui frappe entre autres, chez les jeunes filles chlorotiques vers l'âge ordinaire de la puberté, c'est qu'elles ont» comme on le dit vulgairement, de la peine à se former, c'est-àdire, qu'elles sont en retard pour les régies. Il n'est pas rare de rencontrer des jeunes filles chlorotiques de quinze et seize ans qui ne soient pas encore réglées, même parmi les enfants appartenant à des familles aisées, et habitant les grandes villes.
La chlorose commence habituellement aux approches de la puberté, mais elle laisse presque toujours des traces pour le reste de la vie. En voyant une femme chlorotique, on peut être presque sûr qu'elle l'était déjà à l'époque delà puberté; aussi, en l'interrogeant sur l'âge correspondant à la première éruption des règles, on ne manque presque jamais de constater un retard plus ou moins sensible. Ayant noté l'âge de la première éruption des régies chez quinze femmes chlorotiques appartenant à la classe ouvrière de Paris, nous n'en avons rencontré que deux qui étaient réglées à treize ans ; deux ne l'étaient qu'à seize ; trois à dix-sept ; une à dix-huit et demi, et une à dix-neuf ans ; ce qui donne pour moyenne de la première éruption des règles, 16,06 ou quinze ans, onze mois et douze jours, c'est-à-dire près de seize ans.
Ainsi la chlorose apporte, en moyenne, environ un an et demi de retard dans la première éruption des règles.
Depuis Hippocrate, du resle, l'aménorrhée des jeunes filles pâles était généralement considérée comme l'effet, et non comme la cause d'un état général de l'économie. Paul d'Égine, au vu'' siècle, et après lui, un autre médecin arabe, Sérapion, s'expriment catégoriquement à cet égard, c Retinentur menstrua quando corpus totwn non est sanum. >
Les travaux chimiques des modernes sont unanimes pour considérer l'appauvrissement des globules comme la principale altération du sang dans la chlorose, comme cela a été d'abord démontré par les travaux de MM. Andral et Gavarrel. Certes, nous ne voulons pas prétendre pour cela que l'atonie primitive des ovaires ne puisse jamais, en réagissant sur l'organisme, devenir le point de départ de la chlorose ; mais à quoi bon nous perdre dans les hypothèses, quand nous avoDs sous nos yeux une altération constante du sang, Vaglobulie^ qui rend suffisamment compte des symptômes observés dans la chlorose, et en particulier de Vaménorrhée,
L'observation clinique nous apprend, d'un autre côté, que toutes les fois que des conditions suffisantes pour amener l'appauvrissement du sangse présentent, on aperçoit tout de suite la diminution des règles, et qu'elles peuvent même manquer pendant quelques époques. C'est ce qui a lieu après les fièvres graves et après toutes les affections aiguës de longue durée, où l'économie est affaiblie par la nature de la maladie et par le traitement.
Partout, dans ce cas, l'ovulation suspend sa marche périodique jusqu'au rétablissement des forces. Pourquoi le même résultat ne se produirait-il pas dans la chlorose, où la diminution du chiffre des globules est encore plus prononcé que dans aucun autre état morbide ?
Inutile donc de changer de rôle, et de s'efforcer à faire venir les règles aux jeunes filles, dans l'intention de faire disparaître les accidents chloroliques ; il vaut mieux chercher à guérir tout de suite la chlorose qui en est la cause.
L'absence des règles est si peu capable d'occasionner l'état
HAPPOHTS Dfe LA MENSTltUAtlON AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. 36i
^blorotique^ que sur cinquante Temmes, chez qui nous avons noté la nature des accidents éprouvés à la suite d*une sup- )ression brusque du flux menstruel, nous n'en avons pas ren- ;oDtré une seule chez qui cet accident eût occasionne la chlorose.
Chez la plupart des jeunes filles chlorotiques qui sont en raitement, en supposant celui-ci rationnel, les régies paaissent au bout d'un certain temps. Il est rare qu'elles s'établissent d'emblée, comme cela a lieu à l'état de santé, car ces eunes filles n'ont pas cessé pour cela tout à coup d'être iblorotiques. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'apparition du lux menstruel ne juge pas la chlorose. Bien au contraire, il l'arrivé que trop souvent que l'état chlorotique n'ayant été lombattu qu'en partie lorsque la menstruation a paru, le flux Denstruel, s'il est trés-abondant, amène un nouvel appaurrissement des globules, avec une nouvelle aggravation de la hlorose.
Voilà ce que nous apprend l'expérience, quant aux rap- K>rts de la chlorose des jeunes filles avec la menstruation h 'époque de la puberté. Nous ne trouvons aucune chance d'à- Délioration pour la chlorose de la part des règles, et par conéquent aucun motif pour favoriser leur éruption. Ce qu'il y a le plus clair, au milieu de tout cela, c'est que la chlorose rearde l'établissement de la menstruation.
§ II. — lies rapporta de la eaehexie «erofinleuM de Vemimmee
mwee la puberté.
Ce que nous avons constaté pour la chlorose, nous allons le clrouver dans l'étude de la cachexie scrofuleuse. Pas plus |ue les attouchements des anciens rois de France, Tétablisemcnt de la menstruation ne guérit point les écrouelles. Souenl la cachexie continue à faire des ravages après Tappaition des règles, sans qu'il soit juste de lui imputer celte iggravation. D'un autre côté, si au moment du grand mou- 'ement organique qui caractérise la puberté, les écrouelles se
382 lIBNSTftUATION AU POINT DE YUB DB LA PATOOLOGIB.
trouvent placées dans d'excellentes conditions hygiéniques, on peut observer quelques guérisons pour ainsi dire spontanées. Dans ce cas, l'ovulation ne fait que participer à l'amélioration générale, et la menstruation, qui s'était fait attendre, s'élablil sans qu'elle soit pour rien par elle-même dans ce résultat. 11 n'est pas rare non plus d'observer de pareils exemples de guérison spontanée, à l'époque de la puberté, chez les jeunes garçons. Comme le dit fort judicieusement Baudelocque : c La même raison qui fait que les écrouelles se développent facilement et rapidement dans l'enfance, difficilement et lentement dans l'âge adulte, fait aussi qu'elles guérissent plus rapidement et plus sûrement dans l'enfance, plus lentement et plus difficilement dans l'âge adulte. La guérison n'est complète, que quand les molécules qui composent tous les oi*ganes ont été remplacées par des molécules de meilleure qualité. Plus la nutrition sera active, plus le mouvement de composition et de décomposition sera rapide, plus vite la guérison s'opérera (1). » Tous les grands développements de la machine humaine s'accompagnent, du reste, comme l'avait iait observer Baumes, d'une grande amélioration ou d'une grande détérioration dans la santé.
Si l'établissement de la menstruation n'exerce par lui-même aucune influence favorable sur la marche ou l'intensité de l'aff'eclion scrofuleuse antérieure à la première éruption des règles, nous pouvons affirmer que la cachexie scrofuleuse exerce une influence incontestable sur l'âge qui correspond à la première menstruation.
Baumes, qui avait prétendu que les jeunes garçons scrofuleux dénotaient de très-bonne heure des témoignages de virilité, et qu'ils étaient doués d'une salacité remarquable, avait déjà fait, sous ce rapport, l'exception quant aux jeunes filles. a La menstruation s'établit, dit-il, péniblement chez les jeunes
(1) Études sur les causes, la nalure et le traitement de la tnaladie scrofuleuse* Paris, 18A1.
RAPPORTS DE lA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALAMES. 383
filles scrofuleuses, et le sang des règles, qui sont en petilc
quantité, donne un liquide mal assimilé, et dans lequel on trouve, à l'examen, beaucoup de substance muqueuse (1). 9
Ayant questionné, en 1840, un certain nombre de femmes scrofuleuses à Thôpital Saint-Louis, nous en avons trouvé pas mal qui n'ont été réglées qu'à dix -sept et même dix-huit ans. Chez deux jeunes filles de seize ans, il n'y avait encore aucun prodrome menstruel; chez les femmes qui étaient déjà réglées, les menstrues venaient assez irrégulièrement. Toutefois, à côté de ces femmes, nous en avons trouvé d'autres, en petit nombre il est vrai, qui avaient été réglées pour la première fois à treize ou quatorze ans. Mais celles-là même offraient également, comme les précédentes, beaucoup d'irrégularité dans le retour périodique des époques.
En 1856, M. Albert Munilla, alors élève à l'hôpilal Saint- Louis, aujourd'hui un des chirurgiens distingués de l'armée, a eu la bonté de questionner, sur notre demande, vingt femmes atteintes de lupus, sur l'époque de la première menstruation. Sur ce nombre, il y en avaient sept qui n'étaient pas encore réglées, quoique quatre d'entre elles avaient atteint déjà quinze ans,etles trois autres, dix-sept ans. Sur treize femmes déjà réglées, une n'a été menslruée qu'à dix-neuf ans; deux à dixhuit ; trois à dix-sept ; une à seize et demi^ une à seize ; deux à quinze; une à quatorze; une à treize et une à douze ans.
Ce résultat vient confirmer celui de nos premières observations, et autorise à conclure que la diathèse scrofuleusc, de même que la chlorose, mais à un degré plus prononcé encore que celle-ci, ralentit Vovulation et retarde la première éruption des règles.
Nous avons en vain cherché jusqu'à présent, parmi les affections chroniques antérieures à la première éruption des
(1) Œuvres méd. ou Recueil de prix en diverses Académies^ par Baumes. 1789, t. I. p. Ai.
38/i MElfSTRVATrON AU POINT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
règles, celles sur qui l'établissement de la menstruation eût exercé une influence favorable. Nous avons remarqué, au contraire, que les premiers flux menstruels ne servaient souvent qu'à aggraver la position de certaines jeunes filles chlorotiques. Dans le paragraphe suivant, nous allons voir des exemples bien autrement accentués de l'aggravation des états morbides antérieurs à l'époque de la puberté, par le fait de la menstruation. Que penser alors de cette vertu curative que beaucoup de médecins attribuaient à la menstruation ? de ces prétendus privilèges de pouvoir juger les maladies antérieures à la première éruption des règles? C'étaient évidemment de simples rêveries, des théories sans fondement, qui ne supportent pas un examen tant soit peu sévère, s'appuyant sur l'observation clinique. Mais il suffit que ces idées se soient maintenues traditionnellement à travers tant de siècles, pour qu'elles tiennent encore par de profondes racines dans les masses, qui conservent sous ce rapport la plupart de ces préjugés. En traitant de la menstruation au point de vue de la thérapeutique générale, nous aurons l'occasion de faire passer sous les yeux des lecteurs bien d'autres preuves de cetle ténacité ; nous verrons qu'à chaque instant, le médecin, qui ne peut agir pourtant que dans Tintérét de ses malades, est exposé à lutter contre des idées préconçues, contre des préjugés; heureux encore si, après avoir lutté, il peut leur faire au moins une partie du bien qu'il aurait pu faire, s'il avait été libre.
§ ■■■• — Ita rdie de la menstniAtlaB dans !«« «ffeetlam da mjMèwÊ^
■erveas antérfeareii à la pateerté.
Rarement on voit des affections du système nerveux commencées dans l'enfance, et qui ont persisté au moment de la puberté, cesser assez promptement, après la première éruption des règles, pour qu'il soit rationnel d'attribuer ce changement favorable à Tinfluence des premiers flux menstruels. Il arrive, au contraire, bien plus souvent que ces aflections s'ag-
^vent après rétablissement de la menstruation. La plupart rentre elles ne commencent, d'ailleurs, qu'après l'accomplisse- Tient de ce changement organique. Si nous ajoutons à cela que presque toutes les affections nerveuses s'aggravent chez la femme adulte, pendant les époques menstruelles, comme nous aurons roccasion de le prouver dans le chapitre suivant, et l'on ne pourra pas douter, je crois, de l'erreur de ceux qui fondent les plus grandes espérances sur les effets salutaires de cette évacuation.
D'après les recherches de Beau, enlevé si prématurément à la science , l'époque correspondant à la première éruption des règles est celle où Ton voit débuter le plus souvent l'épilepsie (1). Sur 109 épileptiques qu'il a eu l'oc^^asion d'examiner, ce médecin a trouvé i3 cas qui avaient débuté de six & douze ans; k9 de douze à seize ans; et 17 seulement qui avaient commencé entre seize et vîîigt ans.
D'après le relevé fait par M. Briquet (2), sur 821 hystériques dont les observations ont été recueillies par ce médecin, par Beau, Georget et Landouzy, cette affection a commencé :
Avant 10 ans, chez 71 femmes.
De 10 à 15 ans, chez 157 —
Sans doute, nous ne voulons pas tout attribuer, dans la fréquence relative de l'hystérie aux différents âges, à l'influence de la menstruation. 11 est bien certain que, pendant plusieurs années qui suivent le début de la puberté, il s'opère dans le
(1) Beau, Recherches stcUistiques pour servir à Vhisloire de Vépilepsie et de Vkystéfie {Archives générales de médecine, juillet, 1836, t. XI, p. 343).
(2) Briquet, Traité clinique et thérapeutique de V hystérie. Pari», 1859, p. 72,
RACIBORSKl. 2^
3K6 M£1ISX1UATI0N AU POINT DE ^VE DE LA PATHOEOGB.
système nerveux des femmes des changements si importants, qu'il semble impossible que, par cela seul, les affections nerveuses dont nous parlons ne soient pas alors plus fréquentes. Mais, quand on rétléchit qu'après la ménopause on aperçoit & peine quelques exemples d'affections nerveuses de cet ordre, qui se raltacbenl plus particulièrement au système nerveux cérébro-spinal ; quand on pense que très-souvent les accès de ces affections reviennent précisément aux époques des règles, ou qu'ils sont alors plus fréquents, il est impossible de ne pas entrevoir de corrélation entre l'orgasme menstruel et l'excitabilité du système cérébro-spinal. Il est évident que, dans certains degrés d'impressionnabilité de ce système, l'élément nerveux de l'orgasme menstruel produit sur lui une excitation qui peut aller jusqu'aux mouvements convulsifs. Ce fait est déjà assez curieux par lui-même, mais son intérêt va encore augmenter, par ce que nous apprendrons dans le paragraphe suivant, sur l'influence réciproque de certaines excitations de la moelle épinière sur les ovaires et particulièrement sur Torgasme menstruel.
Il y a évidemment, entre ces deux points de l'organisme, lorsqu'ils fonctionnent, une espèce de double courant en sens inverse que nous ne manquerons pas de mettre à profit dans la thérapeutique de différents troubles de la menstruation.
§ i¥. — Des rapport* des dé¥lAiloiiii de la eolanne Terlébrale
A¥ee la menstniAlloB.
Tous les observateurs sont d'accord sur ce point, que les déviations scoliosiques de l'épine dorsale commencent ordinairement chez les jeunes filles aux approches de la puberté. Ce qu'il y a de certain, aussi, c'est que celles de ces difformitéi qui avaient déjà existé avant cette époque, reçoivent alors une nouvelle impulsion et font des progrès sensibles. Plusieon auteurs, et nous pourrions citer dans le nombre des médecins fort distingués sous tous les rapports, frappés de cette particularité, étaient disposés à attribuer cette aggravation à Tin-
RAPPOBTS DE Là MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. 387
fluence hyposlhénisanle du flux menstruel. Telle est, entre antres, Topinion des auteurs du Compendium de chirurgie pratique^ qui pensent que la fréquence relative et l'aggravation des déviations de Tépine dorsale, après la première éruption des règles, est le résultat des premiers flux menstruels opérant dans Torganisme une sorte de révolution qui affaiblit le système osseux et musculaire.
Nous ferons remarquer que la plupart du temps, quand on observe bien, on ne tarde pas à se convaincre que les difformités en question existaient déjà avant rétablissement de la menstruation. Si, après l'apparition des règles, les déviations deviennent plus prononcées, on ne peut guère expliquer ce fait par raffaiblissement que pourrait produire l'hémorrhagie périodique ; car, à part quelques rares exceptions, les premiers flux menstruels sont peu abondants. D'un autre côté, on voit souvent des jeunes filles de quinze ou seize ans qui perdent beaucoup de sang à chaque époque menstruelle, et dont Tépine dorsale n'en est pas moins, pour cela, parfaitement droite.
Nous croyons que ce n'est pas du tout dans cette source qu'on peut trouver une explication plausible de la fréquence relativement plus grande des déviations de la taille à l'époque de la puberté. Il semble bien plus probable qu'elle tient plutôt à des modifications défavorables dans la nutrition du système osseux qui, à cette époque de croissance rapide, éprouverait plus facilement le tassement et des torsions. Enfin, l'action réflexe des nerfs des ovaires, s'exerçant périodiquement sur la moelle épinière, comme nous l'avons constaté dans le paragraphe précédent, à l'occasion de certaines névroses, pourrait aussi compter pour quelque chose dans ce phénomène, soit en produisant la contraction spasmodique de quelques muscles du dos, soit, ce qui paraît plus vraisemblable, l'afiTaiblissement de certaines cordes musculaires. En tous cas, c'est d'une manière indirecte que la menstruation contribue à aggraver tes déviations de la taille à l'époque de la puberté, et jamais par l'affaiblissement occasionné par l'hémorrhagie.
Mais, que la moelle épiniére soit irritée consécutivement à l'activité vitale des ovaires, ou directement par le déplacement des vertèbres, cette irritation semble réagir à son tour sur les ovaires ; elle rend la marche de l'ovulation plus rapide, et hâte l'éruption des règles. Ce qu'il y a de remarquable dans ce fait, c'est que, dès qu'il y a une amélioration dans les dispositions de la colonne vertébrale, et par conséquent dans celles de la moelle, l'ovulation rentre dans l'ordre normal, et le flux menstruel trop précoce s'arrête.
« L'expérience nous a appris, dit Delpech, que, en général, les jeunes personnes du sexe qui sont atteintes de difl'ormité de Vépine sont réglées de bonne heure et à une époque ou le développement du corps est loin d'être complet; que même l'évacuation a quelque chose d'exagéré, soit pour la fréquence de son retour, soit pour sa durée, soit pour la quantité du sang perdu, soit par les effets débilitants qu'elle laisse après elle.
9 II est rare, en cflTet, qu'un traitement, s'il est efficace, s'il produit évidemment une amélioration réelle et sensible, ne supprime pas bientôt celle fonction intempestive. L'observation a dû être plus remarquable pour nous que pour tout autre, parce que nos malades ne sont pas condamnés à un repos aussi rigoureux, et que, si le phénomène eût été un défaut, les exercices que l'on pratique chez nous auraient dû nous en affranchir. Mais une observation plus remarquable encore, poursuit le célèbre professeur de Montpellier, est que de jeunes personnes, que des règles anticipées et démesurées tenaient dans un état de maladie, lequel provenait manifestement de leur organisation, ont acquis une santé bien plus solide, se sont fortifiées en s'affranchissant d'un aussi puissant motif de débilité. Après la restauration des formes et des forces, après le développement entier du corps et de la constitution, les règles se sont rélablies sans provocation artificielle : nous n'avons eu garde d'en pratiquer aucune; nous en avons été détourné par l'amélioration progressive de la
sanlé et par la démonstration bien complète que la fonction supprimée n'était qu'une déperdition onéreuse. Cet établissement intempestif d'une fonction déplacée tient-il à Féducalion molle qu'ont reçue en général les jeunes personnes déformées, ou bien faudrait-il admettre que des changements apportés à l'état normal de la moelle épinière, à l'occasion des difformités de l'épine, donnent une activité démesurée aux organes sexuels ? ou bien cette même activité proviendrait-elle de l'altération des autres organes intéressés dans ces difformités et agissant sympalhiquement sur les organes sexuels? Quelle que soit la vraie, dit Delpech, parmi ces suppositions, il n'en découle pas moins la conséquence du besoin de surveiller les enfants des deux sexes par rapport au vice ruineux auquel les mêmes circonstances peuvent les conduire, et qu'il serait plus important que jamais de prévenir ou de corriger en pareil cas (1). »
Conclusions. Il résulte des études auxquelles nous venons de nous livrer sur la menstruation, par rapport aux affections chroniques antérieures à son établissement :
!• Que l'hémorrhagie périodique des femmes n'exerce par elle-même, au moment de s'établir, aucune influence avantageuse sur les affections de l'enfance. Que, si quelquefois on observe à cette époque une amélioration dans la santé, ou même la guérison pour ainsi dire spontanée de certains états morbides, cela ne tient pas du tout au flux menstruel, mais aux modifications favorables qui se sont accomplies dans l'organisme, sous l'empire des conditions hygiéniques favorables.
2" Que beaucoup d'affections s'aggravent, au contraire, sous l'influence de la menstruation. De ce nombre sont quelquefois la chlorose, et presque toujours les névroses. Dans le premier cas, l'aggravation n'a lieu qu'autant que les premiers flux menstruels sont très-abondants, et augmentent l'appauvrissement des globules. Les névroses, au contraire, semblent
(1) De r or thomorphie par rapport à Vespècs hutiuûne, i82â, t. I, p. 368.
devenir plus communes, et leurs accès plus fréquents, sous rinfluence des réactions de l'élément nerveux de l'orgasme ovarien de l'ovulation sur le système cérébro-spinal ;
S"" Les déviations scoliosiques de l'épine dorsale s'aggravent généralement à Tépoque de la puberté, et hâtent la première éruption des règles. L'un et l'autre de ces faits semblent être le résultat des réactions réciproques entre Tinnervation des ovaires et celle de la moelle épinière ;
i* La chlorose et les scrofules frappent d'atonie Tovulation, et retardent la première éruption des règles.