‹ Traité de la menstruation; ses rapports avec l'ovulation, le fécondation, l'hygiène de la puberté et de l'âge critique, son rôle dans les différentes maladies, ses troubles et leur traitementChapitre 23 sur 38 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

APRÈS LA PURERTÊ.

Nous venons d'étudier quelle pouvait être l'influence de différentes affections chroniques antérieures à la puberté sur l'âge de la première éruption des règles, et quel effet pouvait produire la menstruation sur ces affections. Actuellement, nous allons nous placer sous un autre point de vue. Nous supposons que la menstruation est déjà bien établie, et nous voulons savoir :

l"* Une maladie étant donnée, ce que devient la menstruation? suit-elle, nonobstant cela, sa marche régulière; est-eDe plus ou moins modifiée, est-elle supprimée?

2'' Les régies étant venues dans le cours d'une maladie, quelle est leur rôle par rapport à celle-ci? Son intensité s'en trouvera-t-elle modifiée, sa durée sera-t-elle abrégée? Le médecin pourra-t-il se reposer sur cette hémorrhagie, et compter sur ses bons effets? Devra- t-il, au contraire, passer outre, et agir selon les exigences de la maladie et des malades, sans tenir compte du flux menstruel?

Pour procéder avec méthode, nous allons diviser les maladies par groupes pathologiques, tels qu'ils sont généralement

£APPOirrS DB Ul IIEMSTRUATION AVBC DIPrÊREirrES ■ALABIBS. Wi

admis. Noos n*aTons pas la prétenlion de dire toujours des choses absolument nouvelles li-dessus. Bien loin de là, nous craignons plutôt que plusieurs de nos conclusions ne passent, aux yeox de quelques personnes, pour des banalités. Mais , au risque d'encourir ce reproche, nous ne pouvions guère nous dispenser de présenter, dans un ouvrage spécial comme celuici^ l'ensemble de la question, en l'appuyant sur l'observation clinique. Toutes les opinions concernant la pratique médicale qui ne reposent pas sur cette base solide sont contestables. N'en avons-nous pas vues qui, après avoir traversé des siècles sans rencontrer d'opposition, étaient venues ensuite s'écrouler, comme des châteaux de cartes, au premier contrôle sérieux au lit des malades? Nous ne voulons pas nous exposer à un pareil sort Au risque donc d'arriver quelquefois à des résultais déjà prévus ou connus de tout le monde, nous allons soumettre la question du rôle de la menstruation dans les maladies même les plus communes, à l'épreuve d'une démonstration clinique. ^ quelques praticiens consommés n'auront aÎBsi souvent rien à apprendre, notre démonstration pourra toujours profiter aux jeunes médecins, qui sont privés de bouslole, et ne doivent pas savoir se conduire. C'est en vain que Ton chercherait un travail dogmatique sur le rôle de la menstruation dans la pathologie et la thérapeutique générales, même dans les traités les plus modernes.

Les ouvrages qui touchent à cette question ne renferment, sn grande partie, que des opinions jetées au hasard, et par conaéquent le plus souvent erronées. Void, par exemple, ce (ju'on lit dans le Compendium de médecine pratique. € Il serait impossible de dire à quelle période des maladies l'aménorrhée la déclare. Si les organes lésés ont, avec Tuiérus, une étroite 8]fmpathie, que ce soient par exemple l'estomac, la cerveau, le cœur, le dérangement survient de très-bonne heure (1). >

Nous sommes très-fâché d'être obligé de dire qu'il n'y a pas

(1) Ccmpmdtwm de médecine praligiM, 1. 1, p. 63.

un mot d'exactitude dans cette phrase. On aurait dû nous apprendre, au moins, comment on s'y est pris pour faire cette grande découverte que les affections du cœur dérangent la menstruation plus tôt que celles de la peau ou des organes respiratoires. Tout à Theure nous allons déiQontrer, par des faits cliniques, que, lorsque les affections du cœur dérangent les règles, ce qui arrive rarement, cela a lieu, au contraire, beaucoup plus tard que dans certaines affections des organes respiratoires, comme, par exemple, dans la phthisie pulmonaire. Et qu'on vienne dire , après cela , que la démonstration clinique de ce genre des faits est une chose superflue ou qu'il soit impossible de dire quelque chose làdessus qui ne soit connu de tous les praticiens (1).

Les anciens, qui considéraient la menstruation comme une évacuation critique destinée à éliminer de l'économie des principes nuisibles, devaient la juger, à plus forte raison, trèsfavorablement, lorsqu'elle venait dans le cours d'une maladie aiguë. Faut-il suivre l'exemple des anciens, et compter sur les effets salutaires de cette crise, ou bien rejeter cavalièrement leur opinion comme une exagération, sans se soucier des preuves? Ce serait vouloir éterniser l'anarchie qui régnait à cet égard jusqu'à présent dans la science, tandis que notre but est de l'asseoir sur des bases solides, en attendant de nouveaux progrès.

Faute d'avoir suivi scrupuleusement les enseignements cliniques, beaucoup de médecins, fort distingués d'ailleurs, prêtent encore aujourd'hui au flux menstruel la merveilleuse vertu de pouvoir juger les maladies.

« L'apparition des règles, dit M. Brierre de Boismont (2), est à ce point favorable dans le cours des maladies aiguës, qu'on l'a vu exercer une heureuse influence sur la fièvre jaune^ dont elle a quelquefois décidé la solution la plus désirable. >

(i) Courly, Traité pratique des maladies de Vulérus, 1866, p. 335. (2) De la menstruation. 1842, p. 474.

Si l'opinion de notre honorable confrère était réellement fondée sur l'observation, à combien de merveilles de ce genre ne devrions-nous pas nous attendre dans nos fièvres typhoïdes, ou dans les fluxions de poitrine, affections comparativement moins graves que la fièvre jaune. Cependant, ces merveilles ne se produisent guère. Sans aller aussi loin que le médecin que nous venons de citer, M. Bouchut parait également assez disposé à accorder à Thémorrhagie menstruelle certain pouvoir critique, c Le flux menstruel, dit-il, est une crise qui se montre dans un certain nombre de maladies aiguës, et dont l'apparition est généralement favorable (1). >

Nous nous bornerons à ces citations, mais nous pourrions produire bien d'autres noms encore, non moins autorisés, en faveur de la même thèse. D'un autre côté, beaucoup de médecins également recommandables, nient cette vertu curalive de la menstruation proprement dite. Comment concilier des opinions aussi diamétralement opposées? Il n'y a qu'un seul arbitrage qui puisse convenir dans ce cas, c'est l'enquête clinique. Aussi, n'hésitons-nous pas à l'adopter, et à lui donner le plus d'extension possible.

§ I''''. — Aircetlonfl des ovAireii.

La menstruation étant sous la dépendance d'une fonction dévolue aux ovaires, il était facile à présumer qu'elle pouvait être dérangée par suite des affections de ces organes. C'est ce qui a été confirmé par l'expérience; le résultat se trouve seulement modifié par le plus ou moins de gravité des désordres apportés par ces affections dans l'exercice de l'ovulation. 11 suffît de se rappeler les nombreux exemples d'atrophie, ou de dégénérescence des ovaires, que nous avons cités dans le cours de cet ouvrage (voyez pages 3(5, 87, etc.), pour s'assurer que, partout où il y avait absence des follicules de Graaf, ou leur

(1) Bouchut, Traité de pathologie générale, p. 307.

394 MENSTRUATION AU POINT DE VUE DE LA PATBOUjOGIE.

dégénérescence, il y avait comme conséquence (c'est la règle sinon absolue, du moins générale) une suppression complète de rhémorrhagie périodique par les organes sexuels; que l'absence des vésicules de Graaf ait été primitive, ou qu'elle ait succédé à l'extirpation des ovaires, le résultat était toujours le même.

On a vu encore la même chose à la suite de l'airopbie, ou des désorganisations de ces organes. L'observation de Lisfranc, que nous avons rapportée (p. 36) est remarquable sous ce rapport, en ce que la malade qui a été bien réglée jusqu'alors, avait été prise subitement de symptômes d'une métro-ovarite violente. A partir de cette époque, quoiqu'elle avait repris tous les attributs d'une excellente santé, elle n'a plus jamais été réglée. Ce n'est que dix ans après, qu'elle mourut de cancer du cerveau : les ovaires furent trouvés complètement atrophiés.

Ce que nous venons de dire de l'atrophie des ovaires, et particulièrement de celle des vésicules de Graaf, s'applique encore à la transformation des vésicules en kvstes muliilocalaires. Une fois que cette transformation est complète, la véritable menstruation n'existe plus, comme nous avons eu l'occasion de le constater une fois sur une fille publique, âgée de quarante ans, qui n'avait plus ses règles depuis cinq ans, et dont les ovaires formaient deux grosses tumeurs, ayant l'aspect de grappes de raisin. Mais comme les ovaires sont au nombre de deux, l'alléralion, telle profonde qu'elle soit de l'un d'eux, n'empêche pas l'autre de continuer sa fonction ovulaire, et, dans ce cas, les règles peuvent paraître comme d'habitude. Nous dirons même plus : les follicules de Graaf, qui se trouvent, comme on le sait, en nombre considérable dans chaque ovaire, paraissent jouir, sous ce rapport, d'une indépendance complète les uns vis-à-vis des autres. De cette manière, comme l'avait déjà remarqué Morgagnî, il sufpi que Vun des ovaires soit sain dans une petite partie aussi peu considérable que celle qui appartient à une vésicule j pour

RAPPORTS UR UL MRUSTRUATIOH AVRG OIFTÊRRHTES MALADiES. 595

que la conception et, par la même raison, la menstruation paissent avoir lieu (1).

En examinant un jour les ovaires d'une femme morte le sixième jour d'une métro-péritonite puerpérale, nous avons trouvé un de ces organes transformé entièrement en un kyste globuleux du volume d'un gros œuf de poule. Occupé de la recherche du corps jaune, nous avons cru tout naturellement devoir porter toute notre attention sur l'ovaire sain, et ce n'est que lorsque nous n'y avons rien rencontré de semblable, qae nous avons poussé l'examen jusqu'à l'ovaire malade. Celui-ci était au premier aspect complètement transformé en kyste, et ce n'est qu'après bien des recherches que nous avons trouvé dans un point des parois de cette poche quelques traces de l'ancien stroma, au miheu duquel nous avons découvert le corps jaune parfaitement formé. Ainsi donc, cette petite portion de l'ovaire, conservée au milieu d'une désorga* nisation générale, continuait encore & fonctionner et aurait pu suflire pour entretenir la menstruation, et rendre la conception possible, quand même Fautre ovaire aurait été complètement atrophié I Le dessin de cette curieuse pièce figure sur les tableaux représentant les difTérenls aspects des mètoarions chez la femme et les mammifères domestiques, dont nous avons fait présent à la Faculté de médecine pour le musée Orfila.

n va sans dire que si l'afiection avait continue à faire des progrès, les dernières traces de l'ovaire auraient ainsi disparu. Si une pareille altération s'était portée sur l'autre ovaire, il serait arrivé nécessairement un moment où les deux ovaires étant entièrement atrophiés sous le progrès de la transformation morbide, la menstruation aurait cessé en même temps que l'aptitude à la reproduction.

Quand on sait ce qui se passe dans les ovaires pendant les époques menstruelles, on est tout naturellement porté à se

(1) Morgagni^ De sedibia et cauiis morb.j lettre d6.

demander ce qui peut arriver au milieu de tout cela, à la suite d*une inflammation aiguë de ces organes. L'orgasme vasculaiie, qui caractérise cette période de l'ovulation, va-t-il s'élever seulement un peu, ou peut-il être porté jusqu'au degré d'une forte inflammation? L'hémorrhagie, elle-même, que va-t-elle devenir; l'augmentation de l'orgasme va-t-elle la rendre plus abondante, ou va-telle, au contraire, Tarrèter, en détournant la congestion qui avait lieu dans l'utérus?

Toutes ces questions off'rent assez d'intérêt ; malheureusement, elles ne sont pas si faciles à résoudre, comme on pourrait le croire ^ car les phlegmasies aiguës des ovaires, autres que celles qui coïncident avec Tétat puerpéral ou qui sont consécutives au travail de l'ovulation, sont très-rares. Nous pouvons nous féliciter d'avoir eu une fois l'occasion d'observer un cas d'ovarite blennorrhagique qui s'était déclarée à l'époque voisine des règles. Comme la malade n'avait jamais souff'ert pendant la menstruation, lorsqu'elle se portait bien, cela nous permettait déjuger en quoi ce nouvel apport patho* logique de nature inflammatoire pouvait déranger le travail physiologique de l'ovulation qui était en train de se faire. Voici cette observation :

Observation. — Ovarite blennorrhagique compliquée d'accès de névralgie iléo-lombaire. Guérison par résolution, suivie de près de Thémorrhagie menstruelle, venue deux ou trois jours à Tavance.

P..., âgée de trente ans, bien portante et toujours bien réglée, contracta, il y a douze jours, une blennorrhagie de son mari, malade lui-même depuis vingt-quatre heures. Pendant les premiei's jours, la malade n'avait éprouvé d'autres symptômes qu'un écouleiTVînt verdàtre très-abondant cttrcs-âcre, corrodant la partie supérieure et interne des cuisses. Au bout de huit jours, elle ressentit une douleur dans la région iliaque gauche, s' exaspérant à la pression. La palpation permettait d*y constater non-seulement un peu d'empâtement, mais une véritable tumeur à l'endroit de l'ovaire. La perças-

EAPPOBTS DE LA SIENSTRCATION AVEC DIFFÉRENTES HALADIES. 397

sion y rendait un son plus obscur qu'à l'ordinaire. Depuis que ces derniers symptômes se sont déclarés, la malade a cru remarquer de la diminution dans l'écoulement vaginal. C'était donc en quelque sorte un véritable pendant de l'orchite blennorrhagique dont nous avons constaté la présence chez son mari. (Douze sangsues sur l'endroit tuméfié; cataplasmes émollients; lavement de graine de lin ; repos absolu ; chiendent; deux bouillons.)

L^ lendemain, diminution de la tuméfaction et de la douleur. (Cautérisation du vagin et de la cavité du col avec une forte solution de nitrate d'argent ; bain de son.)

Le troisième jour, il y avait un mieux notable. (Un autre bain de son.)

L'ovarite blennorrhagique ne parait pas avoir occupé chez cette malade l'ovaire qui se préparait pour l'époque menstruelle. Â en juger par l'apparition des douleurs du côté droit, deux ou (rois jours avant l'éruption des règles, on est autorisé à penser que l'acte menstruel de l'ovulation s'opérait cette fois à droite. Mais, quoique l'ovaire droit n'ait pas été le siège do l'ovarite blennorrhagique, tout porte à croire qu'il a pu être plus ou moins impressionné par l'affection du vagin, et c'est à cette particularité, je pense, qu'il faut attribuer les vives douleurs que la malade avait éprouvées avant l'arrivée des règles, sous forme névralgique. L'effet aurait été évidemment beaucoup plus sensible, si l'inflammation, au lieu d'envahir l'ovaire droit, s'était introduite dans l'organe déjà travaillé par l'orgasme menstruel ; les douleurs auraient été sans doute alors incomparablement plus vives et plus continues. 11 ne faut pas su le dissimuler, en effet, les prodromes de la déhiscence spontanée des vésicules de Graaf, la rupture elle-même des enveloppes, touchent de bien près à l'inflammation ; le degré de celle-ci peut sans doute varier ; ce n'est presque rien à l'état tout à fait physiologique, mais il faut souvent peu de chose pour faire dépasser à cette légère phlegmasie les limites tout à fait normales.

La connaissance exacte des dernières phases de rovnlation nous met à mèmey en quelque sorte, d'assister à la naissance de certains états pathologiques jusqu'ici mal expliqués. Ces états étaient confondus la plupart du temps avec d'autres, dans le groupe appelé dysménorrhée^ ne sont tout bonnement que la conséquence de Ywarite mcnstruelky laquelle n'est elle-même que l'exagération de l'état normal.

Quand on pense qu'à chaque époque menstrueUe, un des ovaires devient le foyer d'une surexcitation nerveuse et d'une congestion sanguine active, et que c'est au milieu de ces conditions que s'opère la rupture du follicule, il est permis d'admettre que cet état puisse s'élever parfois jusqu'au degré d'une véritable plilegmasie, et occasionner au moins une ovarite partielle. Des prédispositions individuelles, la constitution, le tempérament ou certaines dispositions locales, tenant i quelques changements pathologiques dans l'organisation des ovaires ou des follicules, peuvent contribuer pour beaucoup i ce résultat.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est pas rare de voir se déclarer, aux époques des règles, des symptômes d'une véritable ovarite aiguë, aussi bien caractérisée que celle dont nous venons de citer un exemple. Les malades souffrent alors beaucoup dans le bas*ventre, et particulièrement du côté de l'un des ovaires. Grâce à de nombreuses ramifications des plexus nerveux de cette région, et à leurs anastomoses étendues, il survient souvent une foule de troubles sympathiques, tels que des douleurs de reins, des envies fréquentes d'uriner, des douleurs névralgiques dans les cuisses, des migraines, des vomissements, etc., etc. Le phénomène qui domine le plus est la douleur; elle est quelquefois tellement vive, que les malades se tordent dans leur lit ou se tiennent courbés en deux. Chez les sujets nerveux et très-irritables, ces symptômes acquièrent une telle intensité que, vu le peu de fièvre ou même l'absence de mouvement fébrile, on serait tenté de regarder tout cela comme purement nerveux. Cependant, en examinant

RAPP0VT8 mt LA MEITSTRUATION AVEC DlFPËREimS MALADIES. 399

ittentivementi on manque rarement de découvrir la véritable XMarce de ces accidents. Plusieurs fois, il nous est arrivé de [Mnivoir déterminer, par la palpation ou la percussion, quel était l'ovaire qui était le point de départ de tous ces troubles. La douleur était généralement plus vive à l'endroit correspondant, et augmentait sensiblement à la pression. Cet état précède ordinairement l'éruption des régies, mais il est rare qu'il continue pendant toute la durée de Thémorrhagie menstruelle. La plupart du temps, l'hémorrhagie est peu abondante tant que durent les douleurs. Cependant, nous avons vu une malade, iljy a deux ans, chez qui les symptômes parfaitement caractérisés de Yovarite menstruelle^ telle que nous venons de la décrire, étaient accompagnés d'une véritable perte.

M. Ghéreau, que nous avons eu déjà l'occasion de citer, rapporte deux observations de dysménorrhée qui lui semblent constituer des exemples d'ovarite menstruelle. Dans une de ces observations, l'auteur dit avoir senti distinctement, dans la région iliaque gauche, une petite tumeur paraissant avoir le volume d'un petit œuf de poule jtmissant d'une certaine mo^ Hlité et excessivement douloureuse à la pression. Un traitement anliphlogistique assez énergique (une saignée au bras, quinze sangsues aux aines) a été immédiatement appliqué. Les accidents diminuèrent notablement, et les régies parurent dés le lendemain même, et continuèrent pendant trois jours et en plus grande abondance que d'habitude. Le gonflement de la région iliaque gauche ne disparut graduellement que le quatrième jour (1) .

Nous avons vu avec plaisir M. le docteur Rossignol adopter nos idées là-dessus. Cet honorable confrère cite, dans son excellente thèse, quelques faits Yovarite menstruelle^ ou, comme nous l'avons appelée en premier lieu, d'ovarite fol^ liculeuse (2). Tant il est vrai qu'il suffît qu'un fait, tel rare

(1) Ouvrage cité, p. 126.

(2) Kaciborski, Du rôle de la menstrucUkm dans la pathologie, nov. 1856.

qu'il paraisse, soit bien observé et bien déterminé pour que d'autres ne manquent pas de le remarquer à leur tour. Il peut même arriver qu'on peut finir par croire, à force de constater le même fait plus souvent, qu'il est devenu plus fréquent qu'autrefois, tandis qu'en réalité, il n'est que plus appréciable, parla raison qu'on a appris à le mieux connaître.

Depuis la publication de nos idées là-dessus en 1856 (1). Négrier a public son travail : Recueil des faits^ pour servir à rhistoire des ovaires et des affections hystériques chez la femme (2), où il fait jouer aussi un rôle assez important à la vésiculite menstruelle.

On voit ainsi se confirmer, à propos de l'ovulation, une des lois générales de l'organisme, que l'exercice des fonctions dévolues aux organes est déjà, par lui-même, une des causes prédisposantes de leurs altérations et de leurs souffrances.

Envisagé sous ce point de vue, le rôle des retours périodiques de l'orgasme menstruel serait déjà très-important dans l'économie. Mais, comme nous avons eu l'occasion de le signaler en plusieurs endroits, les efiets de l'état physiologique qui accompagne la déhiscence spontanée ne se bornent pas à être locaux; ils réagissent souvent au loin, particulièrement sur le système nerveux, et contribuent ainsi à aggraver les différents troubles qui existaient déjà, ou en produisent de nouveaux. Ainsi, l'abstraction faite de Thémorrhagie menstruellc, les époques des règles, intéressent déjà au plus haut degré le pathologiste sous d'autres points de vue.

§ II. — AffeetlOBn de la matrlee.

D'après ce que nous avons dit dans le précédent paragraphe, on ne peut pas être étonné de voir rapporter des observations des femmes qui, à côté l'absence congénitale de Tutérus, ou après Tablalion de cet organe, avaient éprouvé

(1) Thèse de Paris, 1856, t. XV, n» 71.

(2) Paris, 1858, un vol. in-8.

(APPORTS DE LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. /iOl

)lus OU moins régulièrement des symptômes de molimen nenstruel. Cela n'avait eu lieu que parce que, chez toutes ces emmes, il y avait des ovaires qui fonctionnaient. Il serait nutile de nous étendre davantage là-dessus ; passons tout de mite à l'examen successif de différentes affections de l'utérus în commençant par les plus simples. Parlons d'abord des douleurs liystéralgiques idiopathiques.

Une dame de trenle-cinq ans environ a été, pendant dixmois, tourmentée de tranchées utérines qui se répétaient périodiquement tous les soirs. Les règles, malgré ces souffrances, n'éprouvaient aucun dérangement, bien que la malade fût tombée à la fin dans un grand état de faiblesse. Les narcotiques et les antiphlogistiques furent employés; la maladie s'est dissipée complètement par suite d'une commotion morale occasionnée parla mort subite d'une personne de la maison (1).

M. Duparcque cite l'observation d'une femme chez qui les douleurs hystériques ont paru le premier jour des règles, qui eurent lieu après huit jours de fêtard. Ces douleurs avaient le caractère tout à fait propre aux névralgies. L'utérus n'offrait aucune lésion. Les accès se sont répétés tous les» jours, et ils devenaient de plus en plus intenses. Les menstrues, qui ont paru simultanément avec les premiers accès, se sont prolongées pendant tout le cours de la maladie. Dans l'intervalle des accès, le sang coulait en petite quantité, mais durant l'accès l'écoulement devenait très-abondant. Les antiphlogistiques ont échoué contre cette affection, et elle a été parfaitement guérie par du sulfate de quinine. En même temps que les accès ont disparu, l'écoulement sanguin a cessé de couler (2).

Les faits de cette nature, quoiqu'ils ne soient qu'au nombre de deux, permettent néanmoins déjà de faire quelques réflexions qui ne sont pas dépourvues d'intérêt. Nous voyons en premier lieu que les souffrances idiopathiques de l'utérus, loin

(1) Pauly, ouvrage cité.

(2) Duparcque, Traité ihécique et pratique sur les altérations organiques de (a matrice.

EAaBORSkl. 26

kOi M^STilUATION AU POINT DE VUE D£ LA FAIBOMGIS.

(le supprimer les régies, semblent plutôt favoriser l'hémorrhagic menstruelle en y appelant le sang davantage. Les névralgies utérines ressembleraieat donc en cela à d*autres né* vralgies, et particulièrement aux névralgies faciales» dont les accès sont généralement caractérisés par une congestion sanguine active vers les parties traversées par la douleur. Chez la malade de M. Duparcque, les règles» qui étaient déjà huit jours eu retard , ont commencé à couler le jour même du premier accès, et elles ont été chaque fois plus abondantes pendant les crises. L'effet exercé par la douleur sur la menslnuh tion serait donc susceptible de varier selon que la douleur occupe les parties voisines de Tutérus ou l'utérus même. Ici, la douleur rend la menstruation plus abondante ; le résultat, au contraire, le plus ordinaire des souffrances abdominales qui accompagnent quelquefois le travail de l'ovulation, est, comme nous l'avons vu tout à l'heure, la diminution ou même la suppression de l'hémorrhagie. Il en est encore de même dans les douleurs intestinales qui caractérisent la colique de plomb. Tanquerel parle d'une femme chez qui les règlea, étant venues au début de cette affection, se sont arrêtées subitement, et iront reparu que le mois suivant, lorsque la malade était dôji\ guérie. Dans deux autres cas, les règles ont manqué complètement à l'époque de Tinvasion de U colique saturnine. Ce résultat est assez significatif, quand on l'oppose sorlout ii ce qui a lieu ordinairement lorsque la douleur occupe rulôrus même. On dirait presque que la douleur a pour effet d*allirer toujours le sang vers les parties qui en sont le siège, et ({u'au moment des règles elle produit l'action révulsive sur lu uiatrice, (|uand elle occupe un organe qui en est plus ou ntoins éloigné. Quand, au contraire, la douleur occupe lutéros lui-même, sa puissance d'attraction ne fait qu'augmenter les elVels de la congestion physiologique qui s'opère déjà dans cet organe, cl rend ainsi l'hémorrhagie menstruelle plus facile et plus copieuse. Prenons note de cette particularité qui pourra jeter du jour sur la nature de certaines formes de Dysniémr-

RAPPORTS MS ftA MENSTRIIATIOM AVEC DIFFtREIfTBR MàWJLmwtfL &03

rbée et des ménorrhagles, et passons maintenaiit aux déplacements de l'utérus.

Nous avons noté vingt fois l'état de la menstruation dans des cas de prolapsus à différents degrés, d'antéversion et de rétroversion de l'utérus. Ces déplacements étaient quelquefois accompagnés de rougeurs ou d*érosions superficielles au col. Malgré cette légère complication, nous n'avons pas remarqué que la marche de la menstruation ait été influencée d'une ma* nî^re sensible.

Sur vingt et un cas d'antéversion ^ Valleix n'a vu les règles diminuer qu'une seule fois; chez deux autres malades, elles étaient, au contraire, plus abondantes, et ont même pris une fois les caractères d'une véritable métrorrhagie (1). Nous ferons remarquer que la malade de cette observation (observa* tion lY) nous semble avoir été atteinte en même temps d'une métrite, ce qui rendrait compte de ses pertes. Nous lisons, en efiGet, qu elle éprouvait en même temps des douleurs danâ les seins et la fosse iliaque droite, et que la douleur s^est étendue ensuite jusquà Vhypogastre. La malade s'est trouvée trèsbien d'une applicàtiot) dé ventouses scarifiées, qui lui a été faite dans le service du docteur Heurteloup.

Si les déplacements de l'utérus n'influent pas d'une manière sensible sur la marche de la menstruation, en est-il de même des flexions ? Dans l'opinion générale, on est en quelque sorte persuadé que les flexions de l'utérus doivent gêner la menstruation, la rendre moins abondante, occasionner des souffrances pendant les époques menstruelles, et empêcher la fécondation. Pour ce qui regarde la menstruation, qui est la. seule qui doit nous occuper dans ce moment, nous pouvons affirmer que cette opinion n'est rien moins que fondée. Avant même de consulter les faits, si l'on avait pris seulement la peine d'examiner de plus près les modifications physiques amenées par l'antéflexion dans le conduit utérin, on se serait

(i) Jki dMalUmt de VuUrm^ leçons cUniques CutM à rMpital de U Pitié, recueillies et rédigées par Th. Gallard, in Union médicalSy 1852.

tout de suite aperçu que les obstacles au cours du sang menstruel, qu'on y supposait, ne sont rien moins qu'imaginaires. Est-ce que la courbure normale de Turèthre chez l'homme a jamais été considérée comme un obstacle à l'écoulement des urines ? Cette disposition aurait-elle même existé, si elle avait pu gêner la sortie de ce liquide?

Or, l'antéflexion de l'utérus rappelle précisément très-bien, par sa disposition anatomique, la courbure normale dent nous parlons. La matrice est penchée en avant sur la vessie, el, comme le museau de tanche continue de rester à sa place, les cavilés de Tutérus et du col forment nécessairement un conduit représentant une courbure à concavité antérieure. Mais ce conduit n'en est pas moins libre, et ne peut gêner en rien l'écoulement du sang menstruel. En 1852, est morte à la Pitié, dans le service du docteur Aran, une femme atteinte de phlébite suppurée. Cette femme avait en même temps une antéflexion de l'utérus très-prononcée. L'ouverture du col^ étroite et régulière^ admettait néanmoins la sonde^ qui pénétrait facilement dans la cavité de FutéruSy sans être arrêtée ni au niveau de t orifice interne du coU ni au niveau de la flexion (1) .

Scanzoni cite l'observation d'une demoiselle âgée de trentedeux ans, morte subitement de typhus, c Elle avait toujours joui de la santé la plus parfaite j n* avait jamais souffert d'anomalies de la menstruation, etc. (2). » A l'autopsie, on trouva une antéflcxion assez prononcée.

Une autre malade de Scanzoni avait en même temps une affection de la vessie. « Les fréquentes explorations qu'exigeait la maladie de la vessie nous firent découvrir, dit ce gynécologisle distingué, la présence d'une antéflexion que Kiwisch avait également reconnue. Jusque peti avant sa mort y la malade fut réglée d'une manière très-régulière. Seulement^ Vécou^

(1) Valleix, Dct déviations utérines, p. 93.

(2) Traité pratique des maladies des organes sexuels, trad. ptr les docteun Dor et Socin. Paris, 1858, p. 77.

lement était de temps en temps peu abondant; elle rC avait jamais eu à se plaindre^ ni de coliques utérines^ ni de leu-^ corrhée^ etc. (1). »

Aussi, pour rillustre professeur de Wûrzbourg, < la flexion pure et simple, sans complications, peut exister, si ce n'est toujours, du moins souvent, sans suite fâcheuse pour la santé. Une foule d'observations nous ont appris, dit-il,' qu'elle ne provoque de phénomènes notables, soit locaux, soit généraux, que lorsqu'il vient s'y joindre une tuméfaction inflammatoire du corps de l'utérus, un relâchement et un ramollissement très-prononcés avec hypersécrétion de la muqueuse, des ulcérations profondes du museau de tanche, et des péritonites partielles réitérées (?). »

Le même auteur cite encore une observation qui nous semble être très-concluante sous ce rapport. Il s'agit d'une malade atteinte de flexion de l'utérus qui, pendant longtemps, n'avait éprouvé aucune indisposition du côté des organes sexuels. Cependant, à la suite d'un refroidissement, les menstrues se sont supprimées pendant quelque temps. Plus tard, elles avaient reparu ; mais Vhémorrhagie fut précédée^ peu* dani plusieurs heures ^ de douleurs intenses analogues à celles de t enfantement j et siégeaiit à Vhypogastre et à la région sacrée. Scanzoni trouva le museau de tanche considérable' ment tuméfié^ ramolli et relâché; l'orifice externe était asse ouvert pour permettre à l'extrémité de Findex de pénétrer avec facilité. Ces signes évidents de l'inflammation expliquaient suffisamment la ménorrhagie et les douleurs qu'un médecin moins exercé aurait peut-être été disposé d'attribuer à la flexion. Un traitement antiphlogistique bien ordonné ne tarda pas à faire disparaître cette complication, et la menstruation redevint normale. < Depuis ce temps-là, deux années se sont écoulées, et elle a toujours joui d'une

(1) Ouvrage cité, p. 78.

(2) Ouvrage dté, p. 79.

A06 HENSTBU4TI0N AU POWT DE TUB OE lA PATHOUOGII.

santé florissante. Cependant, la flexion existe toujours, et n'a subi aucun changement (1). »

Sur quatre cas d'antéflexion et deux de rétroflexion, où nous avons noté l'état de la menstruation, nous avons vu la menstruation chaque fois continuer. Trois malades offraient en même temps des symptômes de métrite ; aussi perdaient-^Ues habituellement beaucoup de sang, et semblaient-elles avoir de véritables pertes.

Sous ce rapport, notre observation est entièrement conforme à celle de Yalleix. Sur onze cas d'antéflexion observés par ce médecin, la menstruation n'avait été irréffulière qvB dans deux cas^ une malade ayant une dysménorrhée habituellcj l'autre ayant eu une suppression momentanée des règleSy qui avaient depuis longtemps repris leur cours régulier quand F œité flexion s est produite (2). Le même auteur dit que, dans la rétroflexion, l'état de la menstruation ne diffère point de celui qu'elle offre dans d'autres déviations.

C'est dans Uippocrate qu'on trouve Torigine de Topinien qui considère les déplacements de l'utérus, et surtout ks flexions, comme une cause mécanique de la gêne au cours da sang menstroel. « Lorsque l'orifice de l'utérus se replie sur lui-même, disaitril, la femme n'a point de règles, ou bien elle en a peu, de mauvaise qualité (3). » Nous croyons avoir prouvé suffisamment que cette opinion est entièrement dénuée de fondement.

Le docteur Courty s'exagère, à notre avis, TimportaAce étiologique des flexions de l'utérus sur la dysménorrhée {k), A moins de cas rares de rétrécissements réellement fibrem, durs comme le tissu cicatriciel au jiiveau de la courbure, la flexions de l'utérus envisagées en elles-mêmes, ne doivent pis gêner en général beaucoup l'écoulement du sang. Qa peut, je

(1) Ouvrage cité, p. 79.

(2) Ouvrage cité, p. 83.

(3) Ouvrage cité.

(4) Courly, Traité pratique des maladies de l'utérta, p. 773.

RAPPORTB M U MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALÂbtES. Ml

crois, admettre en principey qae toutes les fois qu'une femme chez qui on avait constaté une flexion, souQre beaucoup pendant les régies dans le bas-ventre, on peut supposer qu'il existe en même temps chez elle, ufie fnétrite. Il n'est pas difR*ciie de comprendre que l'inflammation du tièsn utérin puisse aggraver alors le rétrécissement, parle gonflement qu'elle prô* dait dans les parties malades. Mais il n'est tnéme pas absoltl<> ment nécessaire que l'écoulement du sang en soit considéfStblement gêné pour expliquer les souffrances. Les conditions dynamiques de l'ancienne inflammation à laquelle s^ajoute tout d'un coup une nouvelle congestion provoquée par l'orgasme ovarien, suffisent déjà pour l'intelligence de ce fait, saAs qu'on ait besoin d'invoquer le concours d'ude cause mécanique. L'hémorrhagie menslrnelie qui, au bout du compte, né consiste le plus souvent que dans une espèce de filtrage (stillicidium), n'a pas besoin d'un conduit tellement gros pour Se fVayer lé passage.

Si nous insistons sur ce point de pathologie, c'est qûMl doit intéresser au plus haut point les praticiens. Depuis quelque années, on s'est beaucoup occupé des flexions de l'utéfus, que l'on suppose infiniment plus fréquentes qu'on ne le croyait autrefois. Abstraction faite d'un peu d'exagération, on peut considérer ce fait d'anatomié pathologique comme étant assez commun. On a inventé, pour trniter les flexions, des procédés de redressement mécanique, dont quélqttes^ins ofTrent ilil danger sérieux. Dans quel but tout ^ela, demaildons*^nous? On nous répondra peut-être, que c'est poui* guériï* ladystoétlôt*rhée consécutive, et pour combattre la stérilité»

Nous n'avons jamais douté que les flexioilS, et suftout léB torsions de l'utérus sur son axé, puissent être la cause de te stérilité absolue ou relative en occasionnant des fausses couches. Mais comme il n'entre pas dans notir^ plan de nous en occuper dans ce livre, nous laisserons de côté la discussion sur l'op^ portunité du redressement dans des cas pareils ; nous ne cbet^ cherons même pas à établir un parallèle entre cette méthode

et d*autres proposées plus récemment parles chirurgiens amé* ricains.

Il n'en est pas de même pour la dysménon^hee. Nous avons tenu à prouver que les flexions occasionnent rarement la dysménorrhée, et nous croyons avoir rendu ainsi un véritable service aux médecins et aux malades. A quoi bon, en effet, tourmenter les pauvres malades, et les exposer sans motif aa danger du redressement mécanique, si leurs souiïrances ne tiennent pas au vice de conformation de la matrice auquel on l'attribue. L'expérience ayant appris que les douleurs dysménorrhéiques étaient dues presque toujours alors à une complication inflammatoire, c'est contre cette complication, surtout, que nous devrions tendre tous nos efl*orls. La dernière observation que nous avons empruntée à la pratique du docteur Scanzoni est une preuve des plus manifestes de l'efficacité de cette manière d*agir en de pareilles circonstances. Tous les redresseurs du monde ne feraient, au contraire, que rendre la menstruation plus douloureuse encore et plus difficile.

La métrite aiguë, par la nature même des causes qui la produisent, telles que des accouchements, des fausses couches, etc., etc., donne rarement Toccasionde suivre la marche de la menstruation.

C'est en l'étudiant dans la métrite chronique ou subaiguë, que l'on peut surtout conriprendre jusqu'à quel point il est nécessaire de séparer ce qui appartient, dans la menstruation, aux ovaires, de ce qui appartient à l'utérus. Règle générale, dans toutes les formes de métrite chronique ou subaiguë, Tacte physiologique de l'ovulation continue, tant qu'il ne subit pas la loi générale que nous développerons par la suite, en vertu de laquelle il s'arrête sous l'influence de l'action prolongée des causes aiTaiblissantes telles que : une longue diète, des pertes de sang considérables, différentes aff'ections chroniques accompagnées d'abondantes évacuations et conduisant au marasme, etc.

Toutefois, les conséquences du molimen menstruel provoqué

pbysiologiquement par les ovaires ne sont pas absolument les mêmes dans les différentes formes de métrite et sont subordonnées à l'état anatomique de l'utérus.

M. Duparcque a le premier décrit avec soin les deux principales formes anatomo-pathologiques auxquelles on peut réduire la plupart des variétés d'engorgement utérin, et en particulier l'engorgement inflammatoire. Il les distingue sous le nom d'engorgement mou ou hémorrhagique^ et sous celui d*engorgement dur (1) .

Daos l'engorgement mou, le tissu de l'utérus, ou, ce qui arrive peut-être plus souvent, celui du col, parait d'un rouge foncé; il semble que le sang coule de sa surface comme par regorgement ou par expression. Dans une période plus avancée, lorsque Taffection passe décidément à l'état chronique, la portion malade est changée en quelque sorte en un tissu caverneux dont les aréoles sont remplies de sang. Le parenchyme utérin est réduit en une masse de filaments fibro-celluleux et vasculaires se déchirant avec la plus grande facilité, perdus au milieu du sang coagulé qui s'y est infiltré.

Nous avons recueilli six observations de cette forme de métrite subaiguë. Cinq fois l'aflection paraissait être bornée au col. Dans toutes ces observations, les règles étaient plus abondantes que de coutume et duraient plus longtemps. La moindre excitation locale, une simple exploration des organes sexuels à l'aide du spéculum, quelquefois même le toucher seul, suffisent déjà pour faire couler le sang. Une simple émotion morale peut produire d'aulres fois le même effet. Dans ce c^y il sunit que le véritable molimen menstruel ne s'annonce pas chaque fois avec ses caractères bien tranchés, pour qu'il ne soit plus facile de reconnaître la véritable menstruation au milieu de toutes ces hémorrhagies se répétant avec tant de facilité, et qu'on la confonde ainsi avec les pertes ordinaires. Lei^ malades font encore plus facilemebt cette confusion, seu-

(i) Traité théorique 9l pratique sur les altérations organiques simples et canehtuses de la matrice, Paris, 1839.

4!0 MENSraCATION AU POINT DE VUE DE LA PATOOUXîIB.

lement elles la font dans un sens inverse y elles croient que ce sont leurs règles qui reviennent à chaque instant.

L'étal de l'utérus, qu'on a décrit dans ces dernières années sous le nom de fongosités de la cavité utérine^ pourrait bien n'être autre chose qu'une des formes de l'altération que nous venons de décrire ; les parois de l'utérus y sont également ramollies et imprégnées de sang ; les malades ont des pertes abon* dantes et répétées, de sorte qu'il est aussi très-difficile de distinguer au milieu d'elles les véritables époques menslniellcs. Ce qui semble prouver que dans cet état de l'utérus il doit y avoir également de la diminution de consistance dans les pâroiSy c'est la facilité avec laquelle on réussit parfois à enlever, par le grattage, des parcelles de la membrane interne imbibée de sang.

Quand on se rappelle ce que nous avons dit de la membrane interne de Tutérus aux époques menstruelles, de l'état de coih gestion, de boursouflement, et de la diminution de oonsis* tance, que chaque orgasme menstruel y produit, on se rend facilement compte de ces ménorrhagies abondantes dont nous venons de parler. Il doit suffire pour cela que la membrane interne de Tutérus se trouve enflammée. Dans de pareilles conditions pathologiques, on voit cette tunique, déjà ramollie sous rinflucnce de l'orgasme menstruel, devenir encore plus mollasse par suite de l'inflammation, et se détacher par lam* beaux pendant les époques menstruelles. Ce sont de» cas trèsrares, il est vrai, intiniment plus rares qu'on ne le croit, mais qu'on ne peut pas, pourtant, mettre en doute. Seulement, ati lieu d'en faire la cause des soufl*rances, et une variété à paît de dysménorrhée» comme on a voulu le faire, il importe, je crois, de rattacher ce fait à Ihistoire de la métrite chronique, et surtout à l'inflammation de la membrane interne de l' utérus.

Les retours périodiques du raolimen menstruel ajoutofit chaque fois une nouvelle excitation» font aflluer daynntage le sang vers les parois de l'utérus, et alimentent ainsi le mal C'est là un des efl^els les plus évidents de la menstruation sur le

RAPPORTS Dl LA VBIISTMTATION AVEC DIFPÉKKWTBS MALADIES. Hi

Goors de la métrite; les règles donnent ainsi souvent le signal do retour des hémorrhagies, qui semblaient déjà Touloir s*arréter depuis quelques jours.

D'après ces considérations, il n^est pas sans intérêt pour un praticien d'étudier attentivement la marche des époques menstruelles. Dès qu'on s'aperçoit que le molimen menstruel est suivi d'une perte, et que cet état de choses prend encore du développement à l'époque suivante, il faut se hâter d'opposer un traitement convenable, capable de rendre aux parois de l'utérus leur tonicité, et d'arrêter l'hémorrhagie à son début. Le seigle ergoté, et surtout l'ergotine, associée à quelques préparations astringentes, nous a été plusieurs fois d*un grand secours dans les circonstances semblables.

Profitant de ce que nous avons appris précédemment de bons effets des bains tièdes au début de l'ovarite foUiculeuse, accompagnée de symptômes de dysménorrhée, nous avons voulu étudier leur action dans des pertes utérines, qui semblaient être favorisées par l'état de l'utérus que nous venons de décrire. Aussitôt qu'après une plus ou moins longue suspension de la perte, nous voyions que le sang recommençait à couler, et que nous croyions pouvoir Tattribuer au réveil périodique de l'ovarite foUiculeuse, nous prescrivions un bain tiède dans l'espoir de calmer l'orgasme nerveux et inflammatoire qui accompagne l'ovulation, et diminuer ainsi l'impulsion du sang vers l'utérus. Ce traitement était continué pendant deux ou trois jours de suite. Nous n'avons eu qu'à nous louer de ce procédé, lequel n'a jamais eu d'ailleurs de suites fâcheuses.

Au lieu d'offrir cette diminution de consistance qui fait que ses parois se laissent infiltrer de sang, et qu'il coule avec la plus grande facilité au dehors, la matrice présente quelquefois une disposition inverse, c'est une espèce d'exagération de consistance normale qui rend son tissu plus ferme au toucher. Cet état, désigné par M. Duparcque sous le nom à'tngùrge-^ ment dur^ est propre surtout à certaines formes de congestion

de Tutérus, mais il peut aussi accompagner la métrite chronique. Ici les vaisseaux de Tutérus sont très-gorgés de sang, surtout aux époques des règles, mais les parois de Torgane offrent tant de rigidité que le sang coule à peine dans sa cavité. Souvent cet état congestif occasionne beaucoup de douleur et constitue à lui seul une cause de dysménorrhée. On a vu l'hémorrhagie menstruelle manquer ainsi complètement pendant toute la vie et tout se borner aux symptômes de molimen, comme par exemple, dans l'observation suivante, que nous empruntons à Touvrage de M. Duparcque.

)> Mademoiselle L présente, dès Tâge de quinze ans, le

développement extérieur qui caractérise l'entrée en puberté. Les phénomènes qui préludent d'ordinaire à l'apparition des régies se manifestent, pendant quelques mois, à des époques irrégulières, mais sans écoulement de sang; chaque fois, des .douleurs de reins et de bas-ventre, une leucorrhée modérée, delà courbature, un malaise général, la retiennent au lit pendant deux ou trois jours. Plus tard, ces phénomènes affectent une marche périodique trcs-réguHère, et deviennent de plus en plus intenses et d'une plus longue durée. A la neuvième époque, l'engorgement prend le caractère de métrite aiguë : douleurs hypogastriques et sacro-lombaires, très-violentes, tension de l'abdomen, vomissements spontanés, délire, fièvre, etc. Ces accidents cèdent à un traitement antiphlogistique prompt et actif.

» Les époques menstruelles suivantes reviennent avec le même appareil de symptômes, tantôt plus, tantôt moins violents. Des phénomènes nerveux s'y joignent sous forme de suffocations, de palpitations, de convulsions, et parfois de catalepsie.

» Des traitements rationnels et empiriques furent successivement, alternativement et simultanément mis en usage, mais sans succès. Les émissions sanguines, pratiquées au début des accidents, ont toujours été, de tous les moyens employés, celui qui a le plus eiScacement prévenu leur recrudescence.

lAPPORTS DE LA MENSTRUATIOIN AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. MZ

» On pense enfin que le mariap^e pourrait être avantageux; il milieu à l'âge de vingt ans : loin d'en être diminués, les phélornènes pathologiques sévirent avec plus de violence.

> Cette dame avait vingt-trois ans, lorsque je fus appelé pour mlever les accidents auxquels elle était alors en proie : c'était lu commencement de juillet 18'29. Elle était levée, mais ne )Ouvait se redresser à cause des douleurs qu'elle ressentait Jans le bas-ventre, et qui se prolongeaient dans les reins, les lines, les fesses et la partie antérieure des cuisses; elle se >laignait d'élouCfements, de céphalalgie; le pouls battait cent lîx fois par minute; il était dur et concentré; le teint général îlait frais et la figure animée. Le toucher me fit reconnaître le îol de l'utérus court, épais, et s' élargissant en se confondant ivec le corps de l'organe, que je pouvais sentir à travers la )aroi vaginale en promenant le doigt autour du col ; il me pa- •ut développé comme à deux mois de grossesse ; son orifice îlaît entr'ouvert et rempli par une matière visqueuse.

> Je pus saisir le fond de l'organe, en appliquant la main ^uche au-dessus du pubis, et refoulant la paroi abdominale ?ers le bassin; il était régulièrement sphéroïdal, et à peu prés Ja volume d'un œuf d'oie. Cet examen ne put se faire sans lugmenler les douleurs : un accès d'hystérie en fut le résultat. [Saignée d'une demi-livre, répétée le soir; cataplasmes, bains.) Je voulus essayer ce que produirait un traitement anliphlogistique et résolutif prolongé et rigoureux ; mais la malade s'y refusa ; l'insuccès de tout ce qu'elle avait pu faire l'ayant persuadée que son état pouvait être seulement pallié, mais non guéri.

> La malade avait été admise à l'Hôtel-Dieu, puis à la Charité, et là on s'était assuré, par l'introduction d'un stylet qui avait pénétré jusque dans la cavité utérine, que l'aménorrhée et les accidents consécutifs n'étaient pas occasionnés par une imperforation; la même exploration me fournit les mêmes résultats (1). »

(i) Ouvrage cilé, p. 22.

^1/i MENSTECATiON AU POINT OE VUE DE LA PATHOLOGIE.

Il n*y a pas le moindre doute que chaque retour de molimen menstruel ne peut qu'ajouter à l'état de congestion de l'utérus. L'influence défavorable de la menstruation est encore ici on ne peut pas plus évidente.

Des corps fibreux, des polypes et d'autres tumeurs plus oo moins analogues, qui se développent dans les parois ou dans la cavité de l'utérus, n'amènent pas ordinairement de troubles notables dans la menstruation proprement dite. Cepeih danl, il est important de faire observer que cette question a été rarement jugée à son véritable point de vue. La plupart du temps, les tumeurs dont nous parlons, irritant sans cesse l'utérus par leur présence, provoquent des hémorrhagies plus ou moins abondantes. Aux yeux de ceux qui confondent k menstruation avec toute autre hémorrhagie, ces tumeurs semblent, par conséquent, modifier la menstruation elle-même, la rendre abondante et irréguliére. Mais les ouvertures des cadavres ont prouvé suffisamment que les produits morbides dont nous parlons peuvent séjourner quelquefois pendant assez longtemps dans la matrice, sans qu'on ait observé pendant la vie d'autres hémorrhagies utérines que rhémorrhagie menstruelle parfaitement caractérisée. D'un autre cdté» quand on examine avec attention, il n'est pas rare de pouvoir suivre, au moins pendant quelque temps, au milieu de nombreuses hémorrhagies pathologiques, la marche assez régulière des époques menstruelles. Les malades, elles-mêmes, savent trèsbien faire cette distinction ; la confusion n'arrive forcément qu'à une époque avancée de la maladie. Alors il peut même arriver que le travail de l'ovulation, subissant la loi commune» arrête son développement périodique sous l'influence de Tappauvrissement du sang et de l'afiaiblissement progressif de l'économie, et que T hémorrhagie menstruelle disparaisse dans ce cas complètement pour être remplacée par des hémorrhagies pathologiques.

Ce que nous venons de dire s'applique également aux affections cancéreuses de l'utérus. Nous avons vu plus d'une fois le

RAPPORTS m L4 MENSTRUATION AVKG DIPFÊREXTE& MAUAUS. M5

cancer fs^ire déjà des ravages considérables avant que le moindre trouble de la menstruation en eût fait soupçonner l'exis^ tence. Le cancer de l'utérus n'est donc pas opposé par sa na^ ture au travail de l'ovulation ; et si cette opinion avait encore besoin de nouvelles preuves, nous n'aurions qu'à rappeler des exemples assez nombreux des femmes qu'on a vues devenir enceintes, malgré l'état squirrbeux déjà trés-avancé du col de la matrice.

Avec les progrès de la maladie, il survient souvent des mé* trorrhagies abondantes qui peuvent devenir presque continuelles, mais ici également ces pertes de sang n'ont rien de commun avec l'hémorrhagie menstruelle proprement dite. H. Brierre de Boismont a évidemment confondu ces deux choses, tout à fait distinctes, quand il dit que : c le squirrhe, le cancer, les champignons, les ulcérations cancéreuses, oy^ren/ è uf» haut degré les troubles de la menstrttation ; quelquefois même ce désordre est le seul, dit cet honorable confrère, qui nenne révéler, avec la rapidité de la foudre, l'existence de cette affreuse maladie. Quel est le praticien, poursuitM. Brierre de Boismont, qui n'a vu la perte utérine se montrer au milieu de toutes les apparences de la santé, et le toucher révAer, mais trop tard, une désorganisation arrivée au dernier terme (1). »

Oui, certainement, presque tous les praticiens ont dû voir des cas semblables à ceux auxquels fait allusion M. Brierre de Boismont. Mais ces faits parlent précisément, mieux que tout ce que nous aurions pu dire,^ en faveur de la longue neutralité des affections cancéreuses de l'utérus à l'égard de la menstruation. Puisque la désorganisation a pu arriver au dernier terme j au milieu de toutes les apparences de la santé y cela fait doBc voir que pendant une bonne partie de son développement, le cancer de l'utérus n'avait dérangé en rien l'ovulation, et qu'elle continuait sa marche régulière. Plus tard, la désorganisation ayant touché à ses dernières limites, il se déclara

(i) Rrierre de Boismont, De la menstruatianf p. 510.

t;.-.* -ry.'.rr.-* ;f»r-î. E -r f^^'ï^It ïccore âla rigacur être pro- ^'.•jZ'^ r^- ^-î'r»-^'^'^ T-rSitrTz^L maîs raltératioii seule de b rcitrii-t rt-.-'îi:: :-. » ?^r* f*:ar la produire par elle-

Lîs «ii^:rj*'^'Ç2ti ini^i-'zinïatoires »l'j col, les ulcérations, les ^ac^Iâtkni. ^t-:.. 'i<:r^rct dérangera plus forte raison, rarement, cotnmc oa iiiît le présumer, la marche de l'ovulation. Op^cdant, t>:T:trs r^ aârrctî«:*ns entretiennent constamment rirrilati:*n dans ralên?. ) appellent incessamment le sang, et ont plrjtAt de la tendance â rendre le flnx menstruel plus abondant. C'est dans 4es cas de ce genre qne Ton voit souvent le gang couler a des intenralles plus rapprochés que de coutume. Ces flux sumumérnires Si>nt probablement indépendants de Tovulation. Souvent, il suffit alors de la plus faible excitation, d'une exploration par le toucher, pour amener un peu de sang. Ces flux sanguins, quand ils durent pendant plusieurs jours consécutifs, peuvent être facilement confondus avec les règles proprement dites, et il faut avouer que, dans beaucoup de cas, il serait impossible d'avoir de la certitude à cet é|{ard.

Somme toute, à part quelques cas rares, comme dans les aflections décrites par M. le docteur Duparcque sous le nom A' engorgement dur^ les affections de l'utérus en général disposent plus ou moins aux mctrorrhagies. Celles-ci se manifestent d'abord sous l'influence de l'impulsion physiologique partie de Tovulation. Le flux menstruel a l'air de devenir seulement ])!us abondant et dure plus longtemps que de coutume. Bientôt les métrorrhagies n*ont plus besoin absolument de cette impolsion ; celle qui appelle le sang vers l'utérus, et qui part de l'altération anatomique du tissu utérin, suffit pour les provoquer. Enfin il arrive un moment, surtout dans les aflections organiques, où l'irritation est constante et profonde, que les pertes de sang deviennent presque continuelles. Il n*est plus possible de distinguer au milieu de tout cela le véritable flos menstruel. L'économie étant affaiblie par suite de ceshémor rhagies, tombe dons l'état anémique facile à reconnaître et

il est plus que probable «que Tovulation devant être arrêtée alors dans sa marche, tout le sang que l'on continue à perdre encore est tout à fait étranger à cette fonction.

Tant qu*il n'y a pas d'anémie, l'ovulation résiste même aux ravages des afTectious organiques, et continue sa marche habituelle. Mais cette faculté, loin d'être favorable aux affections de la matrice, leur est tout à fait contraire. A chaque époque de déhiscence spontanée, l'utérus se congestionne en effet physiologiquement, ce qui ne peut que contribuer à augmenter le mal. Tous les médecins qui ont l'habitude de voir beaucoup de maladies des femmes sont unanimes à cet égard, et loin de redouter la ménopause, ils la souhaitent plutôt pour les femmes qui souffrent du côté des organes sexuels.

M. Duparcque avait déjà fait observer que les affections de l'utérus avaient ordinairement, à partir de cette époque, une marche plus lente, et qu'elles semblaient réagir moins sur l'économie (1).

c Après la ménopause, dit M. le professeur Courty, de Montpellier, les maladies utérines, outre qu'elles sont rares, peuvent exister depuis longtemps, sans déterminer de vives douleurs, sans provoquer des troubles sympathiques, et rester indéfiniment, pour ainsi dire, à Tétat latent (2). >

Nous voyons avec un véritable plaisir ces vrais principes de pathologie générale, que nous avons un des premiers hautement proclamés en 1856 dans notre travail : Du rôle de la menstruation dans la pathologie et la thérapeutique^ se propager ainsi de plus en plus ; ils détruisent à tout jamais les anciens errements sur Vinfluence favorable des règles sur les maladies et sur les dangers de la ménopause.

Aran s'exprime très-catégoriquement à cet égard, en parlant des rapports de la menstruation avec les différentes affections de l'utérus. c( Tant que dure la période menstruelle, dit-il, chaque mois, chaque époque, par Teffet du travail de l'ovulation et de

(1) Ouvrage cité, p. 54.

v2) Courly, Traité pratique des maladies de Vutérus, p. 282.

BAOBOBSU. 27

/ii8 MU»TUIATIOM AU P01?iX DE VUE DE, LA PATHOLOGIfi.

congestion qui raccompagne, amène j^ne aggravation de l'état local ; du moins, l'oscillation que ce travail imprime à la mar ladie est bien rarement favorable. D'une époque à une antre il y a du mieux; une guérison apparente peut même avoir lieu, mais les règles arrivant, des douleurs se manifestent, et si les règles passées, on vient à examiner l'état de rorgane, on trouve que la plupart des phénomènes se sont aggravés.... Il n'y a donc de guérisons certaines et durables que celles qui ont été soumises à l'épreuve du temps, et de plusieurs époques menstruelles (1) . >

Les affections cancéreuses ne font pas du tout exception à cette bl générale. Sans doute, on les croyait plus fréquentes à l'âge de la ménopause, mais c'était par suite d'une fausse interprétation des faits. Si l'on examine attentivement, et sans idées préconçues les statistiques qui ont été faites là-dessos, on les trouve tout à fait d'accord avec nos observations, et tout à fait conformes à nos idées.

Sur ik09 cas d'affections cancéreuses de l'uténis, notées à la Maison Royale de santé dans l'espace de deux ans par madame Boi vin, il y en avait :

12 au-desaous de 20 ans.

83 do 20 à. 30 —

102 de 30 à 40 —

106 de 40 à 45 —

95 de 45 à 50 —

7 de 50 à 60 —

4 de 60 à 70 —

La conclusion la plus simple, la plus naturelle, la plos logique que l'on puisse tirer de l'examen de ce tableau, peat être formulée en ces termes : les affections cancéreuses àe l'utérus, rares au début de la période menstruelle de la vie, deviennent de plus en plus fréquentes à mesure qne cette période s'avance, et que les ovaires, comme l'utérus, jouent un rôle

(1) Aran, Leçons cliniques sur les maladies de l'utérus, Paris, 1858, p. 156.

(2) Dugès et M*"*" Boiyiii, Traité pratique des tnotodiot de Vutéru» eld» iet annexes. Paris, 1832, 2 vol.

RAPPQMTB mi. LU MBNSTRUimON AV£C:DIFPÉREMTB»BlLLABnBS. M9

plus aciif. Elles diminuent ensuite- progressivement à partir de quarante-six ans, c'est-à-dire Tâge où, comme disentles auteurs du tableau statistique que nous venons de rapporter, TutéFUS est tombd dans Tinertia à laquelle la condamne la stérilité.

I IIL. — Des rapporte des mMemUmmm des orga^ew reflpiraiolres

•▼ee la menstriuittOM (1).

Affections aiguës des orgcmes re&piratoires. — Quelle est rinfluence des inflammations aiguës des organes respiratoires sur la menstruation? Pour répondre convenablement à cette question, nous, avons divisé les affections, aiguës de poitrine ea trois ordres : l"* bronchite.; 2? pleiirésie ; 3° plenro-pneamonie.

Nous avons recueilli douze observations de bronchite aiguë, dont six appartiennent à Tépidémie de la grippe. Chez six maladeSy l'affection était assez intense el accompagnée de fièvre ; chez toutes d'ailleurs elle était caractérisée par des signes stéthoscopiques, tels que les différentes formes de râle bullairCy râle muqueux, sous-crépitant, crépitant, les râles sibilant, ronflant) etc.

Nous n'avons remarqué chez aucune, da ces malades d'influence notable de la part de Uafiection. des bronches sur Tévacuation menstruelle. Les règles sont venues, chez toutes à leur époque ordinaire, et si quelquefois il y avait un peu de difiCérence dans la durée ou dans L'abondance de cette évacuation périodique, cela pouvait être toujours expliqué par des circonstances étrangères à la maladie. Ainsi, généralement, cette modification n!a été observée que chez les malades auxquelles on avait pratiqué quelques saignées avant l'arrivée des règles, ou chez celles qui avaient gardé le lit pendant toute la durée de l'évacuation menstruelle.

(1) Ce paragraphe est copié sur rarticlc publié dans la G'axetie médicale âê PariM^ le 25 juin 1842. IfouB le reprodoisons ans amoua changement. U nous eût été facile d'ajouter de nouveaux faits pour corrt borer les opioioos qui s*y trouvent exprimées, mais nous avons mieux aimé de ne faire aucune modiflcation, n'ayant riçn à changer aux conclusions,

D'un autre côté, nous n'avons pas non plus remarqué que la menstruation eût jamais influé avantageusement sur la marche de rafTeclion des bronches. Toutes nos malades continuaient à tousser pendant les règles. Quatre ont déclaré avoir éprouvé plus de malaise et une augmentation dans la toux et l'oppression aux approches des règles, et, pendant les premiei*s jours de leur écoulement. Chez aucune malade, Taffection n'a été jugée par cette évacuation.

Un des problèmes les plus difficiles à résoudre est sans contredit Tinfluence des phlegmasies aiguës intenses sur la marche de la menstruation, et réciproquement l'influence que cette évacuation peut exercer sur ces phlegmasies. La difficulté augmente encore dans les affections telles que : des pneumonies, des pleurésies, etc., lorsqu'on a recours aux émissions sanguines abondantes et répétées, lesquelles pourront déjà, par elles-mêmes, modifier singulièrement la marche de la menstruation et celle des maladies.

Il est indispensable de procéder dans cette circonstance à l'analyse des faits avec une extrême sévérité , perpendendœ sunt observationes ; sans cela, on risquerait d'attribuer à h maladie ou à la menstruation ce qui peut être le résultat du traitement. Aussi, pour ces affections, au lieu de nous borner à des conclusions générales, nous croyons devoir donner une description détaillée de plusieurs observations.

Le premier fait est relatif aune femme de dix-neuf ans, culottière, menstruée régulièrement tous les mois depuis l'âge de dix ans. Ses règles duraient ordinairement quatre à cinq jours et étaient assez abondantes. Sa maladie datait de quinze jours.

A son arrivée à l'hôpital (le 1*' mars 1889), on a trouvé 10&-108 pulsations, et de la crépitation fixée au sommet du poumon gauche en avant et en arriére. Deux saignées de trois palettes furent pratiquées. Le lendemain, cinq autres palettes furent retirées à l'aide de ventouses scarifiées. Le quatrième jour, un large vésicaloire futposé sur le côté affecté de la poitrine.

RAPPOBfS OE LA MENSTRUATION AfBC DIPrÈftBNTES' MALADIES. ftSl

Les règles sont Tenues dans la nait du 6 au 0 mars. Nons aTons constaté par nous-même rexistence de cette éiacuation. Ayant examiné de nouveau la malade, nous avons trouvé que les crachats continuaient encore à être rouilles, et nous avons entendu dislinctementde la crépitation. A partir de la deuxième saignée, il y a eu déjà une amélioration notable. Le 7 mars, on a commencé à donner un bouillon. Les règles ont cessé de couler le 7 au soir.

Cette observation est réellement fort intéressante. A elle seule, elle prouve déjà que les affections aiguës des organes respiratoires n'ont pas une influence aussi grande sur la menstruation, comme on serait porté à le croire. Ce qu'il y a encore de remarquable, c'est que l'évacuation menstruelle n'a pas été modiGée par des émissions sanguines abondantes, et qu'elle n'a pas produit de changement notable dans la ma-* ladie.

La deuxième observation a pour sujet une femme de quarante ans, blanchisseuse, admise à l'hôpital le 2& février 1839, le quatrième jour de sa maladie. Cette femme, de constitution moyenne, était bien réglée toute sa vie, depuis l'âge de qiiinze ans. Ses règles duraient ordinairement deux à trois jours, et étaient peu ïtbondantes. Le deuxième jour de la maladie, on pratiqua une saignée, et l'on fit appliqfuer quinze sangsues sur le côté douloureux.

Le jour de son entrée à l'hôpital, nous avons noté 36-AO inspirations et 100-lOA pulsations par minute, toux augmentant la douleur de côté, matité à la partie antérieure et externe du côté gauche. En arrière, la matité occupait toute l'étendue depuis l'épine de l'omoplate jusqu'en bas, et nous avons entendu distinctement le soufQe bronchique et la bronchophonie avec un peu de crépitation fine. Le sommet du poumon droit était également malade ; nous y avons trouvé de la matité ; dans la fosse sus-épineuse, du soufQe bronchique et de la bronchophonie. Les crachats étaient safranés, gélatiniformes. Une saignée d'une livre a été pratiquée au moment

an IBNSIMUATIQBf AU VOUfT DE TDB IIB ÏJL PAIHOLMII.

de l'arrivée à l'hôpital; le deuxième jour^iine^antre saignée de trois palettes et une application de -ventouses scarifiées de trois palettes également. Le troisième jour, la malade allant sensiblement mieux, on s'est borné à l'application d*un large vésicatoire sur le côté gauche de la poitrine.

Le même jour, le 26 avril au matin, les règles sont Tenaec à leur époque habituelle. Elles ont duré un peu moim que de coutume, et se sont arrêtées dans la nuit du 27 au 28.

Le 2S, on a donné un peu de bouillon, et la malade n'a pas tardé à entrer en convdescence.

La malade de la troisième observati(m est une Femme de chambre, âgée de dix-'neuf ans, affectée depuis trois jours de pleuro-pneumonie du premier au second degré, à la base des deux poumons, mais surtout à gauche. A son entrée à l'hô* pital, nous avons noté l'existence du râle sibilant en avant, des deux côtés ; un peu de râle crépitant à la partie inférieure du poumon droit en arrière ; résonnance faible à la partie postérieure et inférieure du poumon gauche, accompagnée de souffle bronchique et de crépitation bien distincte; erachflts rouilles; 120 pulsations.

On a pratiqué à la malade, le jour de son entrée, une saignée de trois palettes ; le lendemain, une autre saignée de trois palettes, et une évacuation de trois palettes de sang à l'aide de ventouses. Le troisième jour, son pouls était encore à 120 pulsations, et il y avait encore 28-32 inspirations par minute ; les crachats étaient albuminevx, fortement spemeor; cependant il y avaH une grande amélioration dans les signes locaux, et les règles sont arrivées dans la journée.

Le lendemain des règles, les crachai étaient encore spumeux, et il y avait 112-116 pulsations. Le troisième jour des règles, le mieux était notable. Les règles cessèrent vers la Gsï de la journée.

La quatrième malade était âgée de trente ans, toujours ifaten réglée depuis Tâge de quatorze ans. Il s'éUft déjà écoulé à peu près trois semâmes depuis ses dernières rè^es, lonqa'elle

BAPPoms ubia menstruation avec différentes KiLAniES. us

a été prise d'im point de côté à ganche, avec toux et crachats sanguinolents. Nous avons noté, le troisième jour de la maladie, Fexistence de la matité du souffle bronchique, et du râle crépitant à la parlie postérieure du côté gauche. Deux saignées de trois palettes, et une application de quarante sangsues sur le côté douloureux, furent faites les deux premiers jours de son séjour & l'hôpital. Le troisième jour, le mieux était sensible ; les règles ont paru dans la journée et ont continué pendant trois jours.

A ces observations, nous pouvons en ajouter une cinquième, qui nous a été communiquée par Gaultier de Claubry, membre de l'Académie de médecine. Ce médecin distingué, ayant prescrit un jour une saignée à une malade affectée de pleuropneumonie, avait eu à lutter contre une énergique opposition de la part des parents qui, sachant qu'elle se trouvait au moment des règles, avaient jugé la saignée inopportune. Gauthier de Claubry agit, dans cette circonstance, en praticien éclairé. Malgré cette apparente contre-indication, il fît pratiquer immédiatement la saignée, et la fit répéter le lendemain matin. Cependant la menstruation n'avait pas discontinué, et loin de produire les fâcheux effets que Von redoutait, la conduite de notre habile confrère a été couronnée d'un plein succès. La malade n'a pas tardé à être entièrement rétablie.

Examinons actuellement quelques faits relatifs à l'inflam* mation de la plèvre.

Dans une de nos obsci^vatîons, il s'agit d'une domestique, ^ée de vingt-sept ans, habituellement bien réglée, malade c'.éjà depuis deux mois. La malade s'est refroidie, ayant eu chmfl, et a commencé à tousser. La toux, d'abord sèche et sans aucune douleur de côté, a été plus tard accompagnée d'une -expectoration muqueuse et d'un point au-dessous du sein gauche. A son entrée à Thôpital de la Charité (le 16 février 18*9), nous avons constaté ce qui suit : résonnance généralement plus faible en arrière et à gauche qu'à droite, surtout en bas, bruit de frottement pleural, et de temps en temps un pM de

râle sibilant; 8&-88 pulsations. La malade a eu deux saignées, une de trois et l'autre de quatre palettes, une application de ventouses scarifiées, et un large vésicatoire sur le côté affecté.

Dans le commencement de la maladie, lorsque la malade était encore chez elle, les règles avaient déjà paru à leur époque ordinaire, et avaient duré comme d'habitude. Elles ont reparu la veille de l'entrée de la malade à l'hôpital, et nous avons constaté leur existence à notre premier examen. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que, malgré de si abondantes saignées, la menstruation a duré trois jours, comme de coutume, et que nous n'avons remarqué aucune influence salutaire de la part des règles sur la marche de l'affection des organes respiratoires.

Dans une autre observation, il s'agit d'une portière, âgée de trente-quatre ans, affectée depuis six jours de pleurésie» avec épanchement occupant la moitié inférieure du côté droit delà poitrine. Nous avons constaté chez elle : matité, avec absence de la respiration vésiculaire, et souille bronchique près de l'angle inférieur de l'omoplate du côté droit. Cependant les règles sont venues le troisième jour de la maladie à leur époque ordinaire, et ont duré comme de coutume, sans avoir eu aucune influence favorable sur la marche de l'inflammation de la plèvre.

Une autre observation a pour sujet une femme de quarantedeux ans, toujours bien réglée. Sa maladie datait déjà de deux mois, mais elle est devenue évidemment plus aiguë depuis peu de temps. Nous avons trouvé chez elle de la matité dans le tiers inférieur du poumon gauche, avec souffle bronchique, égophonie et 100-10& pulsations par minute. Cette femme eut d'abord ses règles dans le commencement de sa maladie, et la seconde fois, le lendemain de son entrée à Thô* pital. L'évacuation menstruelle n'a montré, à aucune de ces deux époques, d'influence sensible sur la marche de la maladie. A la première époque, les règles ont duré comme d'ba-

RAPPOnS DE LA MENSTRUATION AVEC DIFFÊRENTI8 MALADIES. 625

bitude ; à la seconde, elles se sont supprimées, il est vrai, au bout de vingt-quatre heures. Mais ceci se laisse expliquer à la fois et par l'arrivée récente de la malade à l'hôpital, et par des émissions sanguines qu'on lui avait pratiquées.

Le fait que nous allons rapporter n'est pas moins concluant que les précédents; c'est par lui que nous allons terminer les observations relatives aux rapports de la menstruation avec les phlegmasies aiguës des organes respiratoires.

Au mois d'août 1837, nous fûmes mandé, par M. le docteur Payn, auprès d*une dame, demeurant rue de Latour d'Auvergne. Nous avons reconnu l'existence d'une pleurésie, avec épanchement remplissant le côté droit, datant de cinq jours. Il y avait lOA-108 pulsations. Avant notre arrivée, on s'était borné à faire une application de dix sangsues sur le point douloureux. Ayant manifesté l'intention de pratiquer immédiatement une saignée, et une autre le lendemain matin, la malade nous fit observer que ses règles avaient paru le jour même, et elle voulait sj^voir si cette circonstance ne devait pas modifier notre prescription. Nonobstant cela, ces deux saignées furent pratiquées. Le lendemain, nous avons trouvé la malade dans un état fort satisfaisant. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cette amélioration subite est survenue malgré que les règles se fussent supprimées après la première saignée.

Ainsi, la suppression des règles, qui aurait pu être considérée autrefois comme une crise fâcheuse dans les maladies aiguës, n'a pas empêché, dans le cas dont il s'agit, la terminaison heureuse de la pleurésie.

A côté de ce fait, nous allons en citer un autre, que nous empruntons à Morgagni. Nous verrons, par l'examen de cette observation, que la réapparition des règles, supprimées d'abord au début des phlegmasies aiguës des organes respiratoires, n'a pas non plus la faculté de juger ces maladies, et qu'elle n'est pas capable de prévenir leur terminaison funeste.

Une servante de dix-neuf ans, fille un peu trop grosse et

625 MEHSTRUATION AU POINT DE TUE DE lA PATBCHjOGIB.

pléthorique^ étant dans ses règles, qui déjà depuis trois mois avaient coutume de couler moins abondamment qu'auparavant, fut prise, après avoir été exposée à un vent froid, d'une douleur pongitive à la poitrine et d'une difficulté de respirer- Cette douleur restait iixe au-dessous de la mamelle gauche, et elle augmentait par le toucher, de sorte que le décubitus sur le côté était impossible.

On a fait deux saignées à la malade; après la deuxième saignée, il s'écoula le même jour par l'utérus un peu de sang, ou plutôt un peu de sérosité, très-légèrement sanguinolente. Tout allant plus mal, et le pouls étant devenu plus profond, oomne si l'artère avait éprouvé une rétraction en dedans, elle mourut au commencement du septième jour, en rendant par la bo«che une humeur semblable à de Teau écumeuse, dans laquelle on aurait récemment lavé de la chair.

Ce fait est d'un très-grand intérêt pour la pratique. Les aiciens, qui regardaient la menstruation comme une crise destinée à débarra5!ser Téconomie de Qjrincipes nuisibles, attribuaient souvent à tort une foule d'indispositions a la suppression de cette hémorrhagie. Comme nous le verrons plus baS) la suppression brusque des règles n'est, dans la plupart des cas, qu*une coïncidence des maladies qu'on lui attribve, el reconnaît avec elles une cause commune, telle que. par exemple, le refroidissement. Le médecin qui, pour guérir la maladie principale, se bornerait, dans un pareil cas, à chercher à rappeler les règles, perdrait son temps et ne réussirait que rarement à sauver son malade.

En résumé, nous pouvons conclure de ce que nous arons dit dans ce paragraphe :

1" Que les phlegraasies aiguës des organes respiratoires n'exercent généralement aucune influence sur la marche 4es règles, el que, dans la plupart des cas, on Toil l'évaciiatîon menstruelle s'opérer comme à l'ordinaire, au début de ces phlegniasies.

2^ Dajis les cas où les phlegmasies aiguës des organes res-

RAPP0BT8 DB I.A MEMSISIIATION ATEG lUFftRElITES MALAIHES. 437

pintoires débatent peu de temps tprès nne -époifiie nen- «truelle, les règles peuvent manquer ou être tràs-peu abondantes i l'époque suivante ; mais ce résultat ne doit pas être attribué à la nature de la maladie, mais aux émissions sanguines et à raffaiblissement occasionné par la diète. La même particularité se représente toutes les fois qu'on a Toccasion d'appliquer ce genre de traitement.

3"* L'évacuation menstruelle qui arrive dans le cours des phlegmasies aiguës des organes respiratoires, n'a aucune infinencesur la marche de ces maladies; par conséquent, on ne doit jamais dans ces maladies chercher à provoquer les règles, ni à favoriser leur retour quand elles ont été supprimées, dans l'espoir d'obtenir une amélioration.

D est Trai que quelques auteurs, et en particulier Forestus (1) , et plus récemment M. Ândral (2), ont cité des exemples de fluxions de'poitrine qui se sont terminées heureusement immédiatement après des hémorrhagies utérines. Mais, comme le fait observer M. Ândral lui-même, il faut se garder de confondre ces sortes de métrorrhagies critiques avec le simple flux menstrueL

A** Que les suppressions des règles, occasionnées par des émissions sanguines, pratiquées pour combattre les phlegmasies aiguës des organes respiratoires, n'ont jamais été suivies de résultats fâcheux, et que, par conséquent, la présence des règles ne doit jamais servir de contre-indication pour les émissions sanguines lorsqu'on les aura jugées nécessaires.

Parmi les aff^ections chroniques des organes respiratoires, les unes, comme la bronchite chronique simple, l'emphysème ne diffèrent des affections que nous venons de passer eu revue que par la lenteur de leur marche et par l'intensité moindre de l'inflammation ; d'autres, comme la phthisie tuberculeuse, en sont entièrement distinctes. C'est un des plus grands nonsens de l'école dite physiologique que d'avoir confondu des

(1) Forestus, lib. I, obs. xx, et lib. XVI, obs. xxxv.

(2) Andral, Cttw. med., 3« édit., t. IV. p. 417.

aifeclions aussi différentes, et d'avoir regardé les tubercules pulmonaires qui résultent d* une altération profonde de Téconomie entière, d'une véritable cachexie, comme une forme de l'inflammation chronique des organes respiratoires.

Une fois qu'on est pénétré de cette vérité, on doit trouver fort intéressant de savoir jusqu'à quel point la différence qui existe entre ces affections peut se traduire dans l'influence qu'elles exercent sur Tévacualion menstruelle.

Nous avons recueilli quarante-quatre observations relatives à la marche de la menstruation chez les femmes phtbisiques. Rapporter ces observations avec tous leurs détails, ce serait nous exposer à nous attirer les reproches qu'on adresse généralement à beaucoup d auteurs modernes, qui, pour faire ajouter plus d'importance à leurs travaux, les grossissent d'uD grand nombre d'observations. Mais comme nous n'écrivons pas pour les gens qui se laissent prendre à ces apparences, comme nous ne cherchons que les intérêts de la science, nous sacrifions à dessein les détails de toutes les observations qui n'auraient même probablement pas l'honneur d'être lues par personne, et nous nous bornerons à en rapporter les conclusions.

Sur quarante-quatre malades chez lesquelles nous avons constaté l'existence de phthisie tuberculeuse à différents degrés, nous avons noté chez trente-huit l'aménorrhée. Chez les six autres, la menstruation continuait à peu près comme à l'état normal.

Une de ces malades ne nous a pas offert, il est vrai, de signes positifs des tubercules ; mais la pcrsistai>ce de la toux pendant un an, les hémoptysies assez souvent répétées, l'amaigrissement de plus en plus prononcé, etc., nous faisaient présumer qu'il y avait réellement une affection tuberculeuse des poumons. Les règles venaient tous les mois et duraient comme d'habitude ; leur abondance était également normale.

Chez la seconde malade, l'affection paraissait remonter à un an ; nous avons reconnu l'existence d'une caverne au

BAPP0HT5 DE LA MfiNSTRUATlOll AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. A2ft

X)minct du poumon droit. Au milieu de ces circonstances, es règles continuaient à revenir périodiquement à l'état lormal.

Chez la troisième malade, nous avons également reconnu 'existence d'une excavation au sommet du poumon droit, ît la maladie paraissait dater d'au moins cinq mois, tandis ]ne la menstruation n'avait pas encore éprouvé le moindre trouble.

Chez la quatrième malade, l'affection tuberculeuse datait léjA de près de deux ans ; nous avons const<ité l'existence f une caverne au sommet du poumon droit. Les règles se sont supprimées une fois pendant quatre mois consécutifs; mais depuis huit mois avant notre examen, elles avaient repris une marche ordinaire et revenaient tous les mois.

Chez la cinquième malade, l'affection tuberculeuse datait déjà de plus d'un an; cependant la menstruation continuait; seulement l'hémorrhagie était un peu moins abondante et le sang plus pâle que dans l'état de santé.

Chez la sixième malade, l'affection datait de plus d'un an; nous avons noté l'existence de cavernes, et la menstruation n'a pas éprouvé le moindre dérangement dans le cours de la maladie.

Deux de ces malades quittèrent Tbôpital, et nous les avons perdues de vue. Chez quatre autres, le diagnostic a été entièrement confirmé par l'examen cadavérique.

Affections chroniques. — Les faits exceptionnels que nous venons de citer prouvent que, malgré la grande tendance que présentent les tubercules pulmonaires à supprimer le flux menstruel, l'aménorrhée n'est pas cependant une conséquence absolue de la phthisie.

L'époque à laquelle arrive la suppression des règles n'est pas la même chez toutes les malades. Le tableau suivant indiquera sommairement les rapports entre le début delà phthisie, et celui de l'aménorrhée.

PBEMIÈRE CATÉGORIE : TUBERCULES DISSÉMIHÉS 8ÂHS EXGATÀTIOKft. • ANCIENNETÉ ANCIENNETÉ

apparente de la maladie. de raménorrhée.

7 mois 2 moii.

3 ans 2 —

8 mois 3 —

1 an d —

il mois 3 —

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