DEUXIÈME CATÉGORIE : TUBERCULIS AVEC EXCAVATIONS
15 mois 10 mois.
2 ans 18 —
18 mois 16 —
1 an 1 an.
5 mois 5 mois.
2 ans 3 —
1 an 1 an.
16 mois 7 mois.
1 an 2 —
5 mois 5 —
2 ans 5 —
7 mois 5 —
1 an 3 —
5 mois 4 —
Il résulte de ce tableau que, dans la plupart des cas, la suppression des règles ne commence que plus ou moins longtemps après les premiers symptômes de la phthisie.
Cinq malades seulement avaient rapporté à la même époque le commencement de la toux et la suppression des règles.
Trois malades étaient enceintes à Tépoque de Torigine de la
RAPPOm 1» L4 MEaSTlUATKIN AVEC DIFFAREETCBS WàLàmWi 4Si
ton, et la menstniation ne reparut point depuis leurs cêvches.
Chez toutes les autres malades, la suppression des règles arrivait ordinairement d'autant plus tard que la marche de la maladie était plus lente, et que l'affection tuberculeuse était moins profonde. Ainsi, en prenant la moyenne des faits de la première catégorie, c'est-à-dire celle où les tubercules étaient encore disséminés, nous trouvons trois mois d'aménorrhée pour quatorze mois de tubercules, c'estrà-dire que, règle générale, la suppression des menstrues n'arrive, dans des cas semblables, que vers le onzième mois de la maladie. L'examen des faits de la deuxième catégorie nous donne au contraire comme moyenne 5 à 6 mois (||) d'aménorrhée pour un pea phis de 9 mois ({f ) de maladie ; c'est-à-dire que, dans l'affection tuberculeuse qui suit une marche ordinaire et qui ofEre dans l'espace de quelques mois les signes du ramollissement, la suppression des règles aorrive généralement vers le qua* triéme mois de la maladie.
Chez une seule malade, l'aménorrhée a précédé environ de deux mois la toux. Cette malade était d'une constitution détlicaAe et d'un tempérament lymphatique.
Une seule malade attribuait l'affeetion de poitrine à la suppression des règles occasionnée par la peur. Mais, comme la malade n'a été soumise à l'influence de cette cause que pliH sieurs jours après sa dernière époque menstruelle, il nous semble qu'il ne serait pas rationnel d'admettre soa explication, et que, dans ce cas encore, il faudra regarder l'aménorrhée plutôt comme le résultat que comme la cause de l'affection tuberculeuse.
Cependant, lïous sommes loin de vouloir nier d'une manière absolue que la suppression subite des règles ne puisse jamais favoriser le déyeloppement de la phthisie. Tous les jours, on voit la suppression brusque de l'éyacuaiion menstruelle occasionner des congestions dans les différents organes, et en particulier dans les poumons ; or, nous ne voyons pas pourquoi
tlZ2 MENSTRUATION AU POINT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
des congestions de ce genre ne pourraient pas quelquefois faire éclater la phthisie tuberculeuse chez des femmes qui seraient déjà précédemment disposées à cette afiection. Ce que nous avons voulu seulement constater, c*est que, parmi les malades qui se sont présentées à notre observation, la phthisie n'a jamais été TefTet, mais toujours la cause de Taroénorrhée.
Dans la plupart des cas, la suppression des règles chez les femmes phthisiques s'opère lentement et progressivement. D'abordy c'est l'abondance du sang qui diminue; plus tard, le sang devient plus pâle que de coutume ; il survient ensuite quelques irrégularités, enfin l'évacuation menstruelle est entièrement supprimée.
L'aménorrhée étant un des résultats les plus communs des tubercules pulmonaires, nous avons cru qu'il devait être intéressant de rechercher les rapports qui unissent si intimement ce trouble de la menstruation à la phthisie.
La marche chronique des tubercules pulmonaires suffiraitelle pour expliquer l'aménorrhée? N'y aurait -il là rien autre chose que ce qu'on voit ordinairement dans toutes les maladies .de longue durée, où les malades sont soumises pendant longtemps, à des évacuations plus ou moins abondantes, et à un régime affaiblissant? Telle était la question qui s'était présentée en premier lieu à notre esprit.
Ce qu'il y avait de mieux à faire, selon nous, pour répondre à cette question, c'était de comparer Tinfluence qu'exerce sur la menstruation la phthisie, avec celle qu'exercent sur cette fonction d'autres affections chroniques des organes respiratoires. Nous avons recueilli dans ce but six observations de catarrhe chronique avec emphysème plus ou moins prononcé. Quatre malades furent obligées de recourir aux émissions sanguines pour trouver du soulagement. Une d'elles avait gardé le lit pendant un mois, avait eu deux applications de vésicatoires sur la poitrine, et avait pris pendant huit jours le tartre stibié. Nous ne vîmes, chez aucune de ces malades, de sup-
BAPP0RT8 DE LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. ftSB
pression totale de la menstruation. Chez cinq, les règles ivaient continué à revenir, pendant tout le cours de la maadie, comme à l'état de santé. Une seule a offert une suppresion de trois mois. Cependant, ses règles avaient repris ensuite eor marche ordinaire, et avaient continué ainsi encore pen* lant un an jusqu'à Fâge de quarante-cinq ans, époque où elles )nt entièrement cessé. Tout nous porte à croire que la sup- )ression de trois mois que nous avons notée dans cette circonstance était due tout simplement à l'influence de Tâge clima* érique. II n'est pas rare de voir cette sorte d'irrégularité dans a menstruation aux approches de l'âge critique.
Il résulterait donc, de ce que nous venons de dire, que l'inluence exercée par la phthisie tuberculeuse sur les règles ]iffére complètement de l'influence qu'exercent sur cette fonction d'autres affections chroniques des organes respiratoires, st que, par conséquent, la marche seule de la phthisie ne mffit pas pour rendre compte des troubles de la menstruation ûiez les femmes affectées de cette maladie.
Selon M. Louis, dans le cas où la phthisie avait une marche lente, on n'a pas pu trouver la cause qui relardait ou accélérait la suppression du tribut périodique; mais quand elle arrivait au terme fatal en moins d'une année, cette suppression coïncidait dans la plupart des cas avec le début de la fièvre, c'est-à-dire avec une époque à laquelle l'influence de la maladie principale sur les fonctions des différents organes devenait plus évidente et plus réelle (1).
Nous avons été plus d'une fois à même de constater la justesse de l'observation de M. Louis. De même que ce médecin distingué, nous avons remarqué que, chez la plupart des femmes phthisiques qui avaient continué à être réglées pendant les premiers mois de leur maladie, la menstruation se supprimait entièrement à l'époque où la fièvre hectique prenait plus d'intensité. Mais, d'un autre côté, il est également bien dé-
(1) Louis, Recherches sur la phthisie»
RACIBORSKI. 28
USà jtensnuATiON au point db vu£ db ll pathouol
montré pour. noue que, dans d'autres cas, au moins aussi nombreux, la menstruation se trouve troublée pour ainsi dire dès le commencement de la maladie, quoiqu'il n*y ait encore qu'à pveine un léger mouvement fébrile.
Si à ces faits nous en ajoutons d*autres, tels que les exemples de phlhisies développées aux approches de la puberté, et qui empêchent dans ce cas constamment Téruption des règles, nous serions disposé à reconnaître que c'est plutôt dans la nature même de la phthisie tuberculeuse, que dans la Corme de sa marche, qu'il faut chercher la raison de l'anénorrhée qu'on observe si souvent dans le comrs de cette affection.
Nous avons appris également par nos recherches que ks ovaires, qui sont très-étroitement liés à la menstruation, sont toujours chez les phlhisiques plus ou moins atrophiés. Noos n'avons trouvé dans aucune autre affection l'atrophie aussi prononcée que dans la phthisie tuberculeuse. On reconnaît cet état à l'extérieur, à l'aspect très-ridé et à une sensation de dureté presque cartilagineuse, qui fait contraste avec l'élasticité des ovaires à l'état normal.
D'un autre côté, chez presque toutes les femmes phthisiques qui ont succombé après une aménorrhée plus ou moins prolongée, nous avons remarqué des cellules très-petites en grande partie vides et pâles, au lieu de vésicules ovariennes distendues par le liquide.
À ces altérations, nous devons ajouter l'anémie générale des organes génitaux. Les parois de l'utérus incisées ne font sortir généralement que très-peu de sang à la pression, et leurs sinus paraissent presque vides.
Enfin, chez plusieurs femmes mortes à la suite de la phthiâie tuberculeuse, nous avons noté une altération des cellules ovariennes semblable à celle qu'elles subissent à l'état normal à l'époque de l'âge critique.
Il résulte de ce que nous venons de dire, qu'il y a une grande différence entre l'influence qu'exerce sur la menstruation la
RAPPOBTSU IJl MENSTRUATION AVEC DIFPÉBENTBS llAI«âlliES. f&S5
phthisie ou les différentes formes de catarrhe chronique. La première de ces affections donne lieu presque constamment. à Taménorrhée, tandis que les affections purement catarrhales occasionnent rarement des suppressions permanentes des régies. Ce caractère distinctif pourrait» par conséquent, senrir de moyen de diagnostic dans certains cas où les signes physiques ne suffiraient pas pour décider la question (1).
Pour terminer ce que nous avions à dire des rapports qui existent entre la phthisie et la menstruation, il nous reste à examiner quelle peut être l'influence des régies sur la marche de l'affection tuberculeuse.
Nous avons vu plus haut que, parmi les femmes dont nous avons recueilli les observations, il y en avait quelques-unes «hez lesquelles la menstruation continuait pendant tout le cours de la maladie, et d'autres chez lesquelles l'aménorrhée ne se manifestait qu'à une époque plus ou moins avancée de l'affections des poumons. Nous avons cherché avec la plus grande attention quelle pouvait être, dans ces cas, l'influence de cette hémorrhagie périodique, et nous sommes arrivés à cette conclusion qu'elle n'exerçait pas la moindre influence salutaire sur la marche de la phthisie. Nous ferons même remarquer que chez plusieurs femmes qui avaient continué à être réglées, les désordres locaux étaient plus profonds que chez d'autres, chez lesquelles il y a eu aménorrhée.
Deux femmes nous ont assuré avoir constamment éprouvé une augmentation sensible dans la toux et l'oppression aux époques des règles.
(1) H. le docteur Hérard a eu, depuis, roccasion de mettre deux fois à profit le caractère distinctif que nous venons de signaler. « Dans deux cas de pneumonie mal caractérisée, dans lesquels les crachats n'étaient pas sanguinolents^ ]m phénomènes stéthoscopiques incertains, nous pûmes^ dit ce médecin distingué, d'tprès l'état de la menstruation, présumer qu'il s'agissait (ce que l'observation ultérieure démontra) d'une inflammation du poumon et non d'une phthisie pulmonaire, comme le pensaient les médecins éclairés qui donnaient des soins à ce? deux malades » (a).
[a) Ik l'influcnve de$ maladies aiguës fébriles sur les régies et réciproquetnent, Paris, i851, \k 14.
Une malade a vu reparaître ses règles une fois après quatre mois d'aménorrhée. Cependant, il n'en est résulté aucun bien; la maladie avait continué ses ravages. Que conclure de ces faits, sinon que les malades que l'on voit souvent réclamer instamment l'administration des emménagogues, dans l'espoir de guérir après le retour des règles, s'abusent sur leur position, et que toutes les tentatives de ce genre seraient absolument inutiles, sinon dangereuses?
M. Brierre de Boismont parait, sous ce rapport, plus heureux. « Deux fois, dit cet honorable médecin, on constata des phénomènes absolument analogues à ceux qui signalent la présence des tubercules; la menstruation se rétablit et les femmes guérirent. »
Nous regrettons vivement que M. Brierre de Boismont n'ait pas donné une description détaillée des phénomènes qui, selon lui, étaient absolument analogues à ceux qui se présentent dans la phthisie. La chose en valait bien certainement la peine; caries exemples de guérison de la phthisie sont par trop rares pour que la science ne les recueille pas avec empressement. Tout nous porte à croire que notre honorable confrère s'est laissé induire en erreur par l'apparence des symptômes généraux. Les erreurs de ce genre ne sont pas trèsrares ; mais souvent elles passent inaperçues. A une certaine époque, on a vu publier un grand nombre d'observations, comme exemples de guérison de la phthisie par des fumigations chlorurées. Or, nous croyons avoir, pour ainsi dire, mathématiquement démontré, dans le travail qui a obtenu une médaille en 1841 à l'Académie royale de médecine, qu'il n'y en a aucune, parmi ces observations, qui soit relative i la phthisie. Aujourd'hui, nous croyons également devoir maintenir nos conclusions à l'égard de Tinfluence des règles sor cette affection. Nous défions qu'on puisse citer un seul exemple authentique de phthisie pulmonaire, jugée par l'évacuation menstruelle.
§ IV. — Fièvre typhoïde.
On chercherait en vain, dans les auteurs, des documents relatifs à l'influence de la menstruation sur la marche de la fièvre typhoïde, et réciproquement. Les auteurs du plus grand mérite n'ont pas daigné s'arrêter sur ce point intéressant de la pathologie et de la thérapeutique générales. L'ouvrage remarquable de M. Louis, consacré à l'étude de la fièvre typhoïde, contient plusieurs observations de femmes, mais on n'y trouve même pas de mention de leur évacuation périodique. Celles qui sont consignées dans les leçons cliniques de H. Chomel, ne peuvent guère servir à éclairer cette intéressante question. Nous avons noté l'état de la menstruation chez douze malades affectées de fièvre typhoïde. Voici le résumé de chacune de ces observations :
La malade de la première observation était déjà indisposée depuis quinze jours, en arrivant à l'hôpital, et alitée depuis huit jours ; c'est une femme de vingt-huit ans. A notre première visite, nous avons noté : 100 pulsations, peau chaude, taches rosées lenticulaires en assez grand nombre, et tous les autres jymptômes de fièvre typhoïde bien caractérisée. On a pratiqué à la malade deux saignées, et fait une application de ventouses scarifiées sur l'abdomen, les deux premiers jours de son séjour à l'hôpital La maladie s'est terminée d'une manière heureuse. Les règles sont venues à leur époque, le sixième jour de la maladie, et ont duré huit jours, comme d'habitude, jusqu'à la veille de son entrée à Thôpital. La malade, se trouvant bien, demanda sa sortie le seizième jour.
La malade de la deuxième observation était âgée de vingtquatre ans, habituellement bien réglée. En entrant à l'hôpital de la Charité, salle Sainte-Madeleine, elle était malade depuis trois jours. Elle avait la peau chaude ; lOA pulsations; vomissements bilieux assez souvent répétés depuis le commencement de la maladie ; diarrhée après deux jours de constipa*
lion; gargouillement iléo-caecal; plus tard, nombreuses tachos typhoïdes. (20 sangsues sur la région sou»-ombilicale, la veille de son entrée à la Charité ; une saignée et trois applications de ventouses scarifiées sur Tabdoraen pendant les premiers jours de son séjour dans cet hôpital.) Le troisième jour du séjour à rhôpital, les régies sont arrivées à peu pris à leur épo()tie, mais elles n'ont duré ipxe deux jours au lieà' de huit.
La malade est restée encore pendant six semaines dans la sâHe, saDis avoir eu de nouveau ses régies.
Le fait capital qui ressort de ces deux observations, au point de vue qui nous occupe, est que les régies étant venues n'oM rien changé à la maladie, et qu'elle a pu se développer successivement. Nous ferons remarquer que la menstruation est arrivée, dans les deux cas, à peu prés à son époque. Si, cher la deuxième malade, les règles n'ont pas duré aussi longtemps que d'habitude, cela pourrait être moins l'effet de la maladie que des émissions sanguines qui ont été pratiquées presque simultanément. Enfin, nous fixons l'attention sur l'absence des règles à l'époque suivante, car c*est une particularité que nous verrons se reproduire à peu prés constamment dans dés circonstances analogues.
La troisième malade, âgée de vingt-quatre' ans, était déjà malade depuis quinze jours, en arrivant à Fhôpital. Nous avons remarqué chez elle de la prostration, du dévoiemenl, d« taches typhoïdes, des escKares au sacrum-, en un mot tout ce qui caractérise la fièvre typhoïde. Le troisième ou le quatrième jour de sa maladie, les règles sont arrivées à peu près à lèfor époque, et ont duré huit jours comme d'habitude. La maladie a marché comme de coutume. Plus lard, la malade est restée encore pendant trois mois sous nos yeux à l'hôpital, et man*geait déjà les trois quarts de portion par jour, sans avoir en d*àutres règles jusqu'à sa sortie.
Cette malade offre, comme il est facile de voir, plusieurs points de ressemblance avec les précédentes. Ici encore les
RAPPORTS m Là ttNSTRrATIOfN AVEC DIPPÊBENTBS WÈSJgKm, ^M
règles sont venues à peu près & l'époque habituelle, sans rien changer à la marche ordinaire de la maladie. Nous ferons observer que la malade a été soumise à Fexpectation. SeraitH^e à cette circonstance qu'il faudrait attribuer cette particularité que les règles ont duré, dans ce cas, huit jours comme de coutume, tandis que chez^ la précédente malade, qui avait été largement saignée auparavant ou simultanément, elles n'avaient duré que deux jours au lieu de huit ? Cette conclusion paraîtrait assez rationnelle. Il est vrai que la malade de la première observation avait été aussi saignée largement, et que ses règles avaient duré huit jours; mais le traitement énergique n'avait commencé chez elle qu'à l'hôpital, tandisque le s régies étaient terminées de la veille. Ainsi, loin de F infirmer , cette circonstance donne encore phis de poids à cette conclusion. De même que les deux autres malades, celle-ci n'a en qu'une fois ses règles au début de la fièvre typhoïde, et nous notons ensuite l'aménorrhée pendant au moins trois mois.
Les mêmes particularités vont encore se rencontrer dans l'observation suivante :
La quatrième malade, âgée de trentenleux ans, était malade depuis dix jours en arrivant à la Charité. La fièvre typhoïde a revêtu chez elle une forme des plus graves, et a donné lieu à de profondes ulcérations du sacrum. (Trois saignées coup sur coup en arrivant; deux applications de ventouses scarifiées sur l'abdomen.) Les régies sont venues le troisième jour de la maladie à peu près â leur époque^, et ont duré trois jours comme d'habitude ; mais elles ne se sont plus montrées depuis, pendant deux mois que la malade avait passés à rhôpital.
On a dû remarquer que toutes les fois que nous avons noté Parrivée des règles, dans le cours de la fièvre typhoïde, nous nous sommes toujours contenté de constater si elles étaient venues kpeu près à leur époque. Il est impossible d'exiger i cet égard plus de précision des malades des hôpitaux, quand
la plupart des femmes du monde ne tiennent que rarement un compte exact de leurs époques menstruelles. Les règles reviennent d'ailleurs rarement juste après un mois d'intervalle. Le plus couvent, cet intervalle n'est que de vingt-sept à vingtsix joursy ce qui fait dire à la plupart des femmes, qu'elles avancent chaque mois de quelques jours. Il est difficile de comprendre comment, avec de pareilles conditions, M. Hérard ait pu établir une loi : que toutes les maladies aiguës fébriles provoquent prématurément le retour du flux menstruel. Qu'il ait dit cela à l'occasion des fièvres éruptives, cela se comprendrait davantage ; mais cela ne s'applique guère à la fièvre typhoïde.
Dans les observations que nous venons de citer, Tinvasion de la maladie précédait ordinairement de quelques jours seulement l'époque présumée des règles. Aussi l'hémorrhagie menstruelle avait-elle lieu d'abord à peu de chose près comme d'habitude, et ne manquait qu'à l'époque suivante. Nous allons voir maintenant ce qui arrive quand le début de la fièvre tjphoïde coïncide avec la fin, ou lorsqu'il a lieu quelques jours après répoque menstruelle.
La cinquième malade est une fille âgée de vingt-trois ans, affectée de fièvre typhoïde parfaitement caractérisée, qui avait débuté sept ou huit jours après la dernière époque menstruelle. Elle est entrée à l'hôpilal le vingtième jour environ de sa maladie. Jusqu'alors, la malade a été soumise à la méthode expectante, et on lui avait appliqué seulement quinze sangsues à l'anus. À son arrivée, nous avons constaté : peau chaude, 100 pulsations, langue sèche et encroûtée, ainsi que les lèvres, gargouillement iléo- caecal, quelques taches typhoïdes, dévoiement un peu moindre depuis quelques jours. Quatre jours avant d'entrer à Thôpital, par conséquent le quinzième jour environ de la maladie, les règles sont arrivées à peu prés i leur époque, mais elles se sont arrêtées au bout de quelques heures. Cependant, une application de quinze sangsues à l'a* nus les a fait revenir le même jour, et elles ont ensuite con-
RAPPORTS DE Lk XIEKSTBUATION AVEC DIFPÊBENTES MALADIES. A41
linué et duré deux jours comme de coutume. Nous avons cessé de suivre plus tard la malade, et il nous est impossible, par conséquent, de rapporter les détails ultérieurs de sa maladie.
Dans cette observation, nous voyons que quinze jours de maladie n'avaient pas encore suffi pour amener Taménorrhée. Les règles sont arrivées à leur époque ; seulement, Vbémorrhagie menstruelle, peu abondante d'abord, n*a repris son abondance et sa durée habituelles qu'après avoir été favorisée par une application de sangsues à l'anus. L'observation qui va suivre offre avec celle-ci quelques points de ressemblance.
La sixième malade est une fille de dix-neuf ans, habituellement bien réglée pendant quatre à cinq jours. Elle est venue à l'hôpital atteinte de fièvre typhoïde grave, qui s'est terminée par la mort. Au moment de son entrée, la maladie avait déjà trois semaines de durée. Elle a eu ses dernières règles huit jùurs avant de tomber malade. La malade n'a pris que des tisanes rafraîchissantes, et de temps en temps, un peu de bouillon qu'elle prenait avec dégoût. Malgré la longueur de la maladie, les règles sont revenues à peu près à leur époque, deux jours avant l'entrée de la malade à Thôpital, c'est-à-dire vers le seizième jour de la maladie; mais elles n'ont duré que vingtquatre heures.
Nous avons vu, dans cette observation, que les règles ont pu encore revenir à leur époque le seizième jour de la fièvre typhoïde. Toutefois, de même que dans l'observation précédente, elles ont été peu abondantes et ont duré fort peu de temps, ce qui peut très-bien s'expliquer par cette circonstance, que l'économie a subi, dans ces deux cas, l'influence hyposthénisante de la fièvre typhoïde, pendant bien plus longtemps que dans les observations précédentes. L'observation suivante, que nous empruntons à l'ouvrage de M. Chomel, vient à l'appui de cette manière de voir; nous n'en donnerons que l'analyse.
^42 MElfHTlItATION AU POINT DE VUE DE LA PATHOLMIL
La septième malade, âgée de vingt-six at», est entrée i THôt^l-Dien, salle Saint-Lazare, le seizième jour d'une fièvre typhoïde très-bien caractérisée. Elle a été saignée une fois, et on lui a mis soixante-dix sangsues en deux fois sur l'abdomeDy avant son entrée à l'hôpital. Le lendemain de son entrée, ou le dix-septième jour de la maladie, les règles, qui étaient n retard de plusieurs jours, ont paru pendant lanuit^ maïs nfont pas continué de couler. La malade allait chaque jour mieux; cependant, la convalescence s*est prolongée, et la malade n'a quitté rhôpital qu'au bout de six semaines, probablement avec l'aménorrhée, puisque M. Ghomel ne fait aucune autre men^ tion des règles.
Plus l'espace de temps pendant lequel l'économie subit Finfluence de la fièvre typhoïde est grand, moins il y a de pro** habilité pour le retour de la menstruation à l'époque suivmte. Les observations que nous allons citer vont nous le prouver d'une manière on ne peut plus convaincante.
La huitième malade, atteinte de fièvre typhoïde, est tombée malade le dernier jour de ses règles. La maladie a pris son de* veloppement ordinaire. Entrée quatre jours après à l'hôpital de la Charité, la malade a été saignée trois fois coup sur coup; on lui a appliqué trois fois des ventouses scarifiées et soixantedix sangsues sur l'abdomen. La maladie s'est terminée par nne guérison complète, et la malade a quitté l'hôpital au bout de six semaines. Pendant tout ce temps, il n'y avait pas la moindfre apparence de menstruation.
La neuvième malade, âgée de dix-sept ane, habituellement bien réglée, est entrée à la Charité dans la sixième semaine d'une fièvre typhoïde grave. Elle est tombée malade deux ou trois jours après avoir eu ses dernières règles. Avant d'entrer à l'hôpital, la malade a été saignée trois fois, a eu deux applications de sangsues, une au cou et l'autre à l'anus, et a pris une potion purgative. Al'hôpital, on lui a mis deux vésicatoiras aux cuisses. La convalescence a été longue et difficile; la malade n'a quitté Thôpital qu'au bout de deux mois et dtemi.
RAPPORTS DB £A MENSTRUATION AVEC DlfFÊREim» BUOAtMIB. 6&3
Pendant tout ce temps, il n'y avait pas la moindre apparence de menstruation.
La dixième malade a été atteinte an moment même des règles, qui ont duré un jour de moins que d'habitnde. La fièvre typhoïde, assez bénigne, a parcouru toutes ses périodes sous Pittfluence de Texpectation et d'une seule application- de huit sangsues aux cuisses. Six semaines après, h malade a été en pleine convalescence ; cependant, ses règles n'avaient plus reparu jusqu'à cette époque, et nous l'avons perdue de vue.
Nous allons terminer par deux observations de fièvre typhoïde, traitée principalement par les purgatifs, pour faire juger mieux quelle part peut revenir au traitement dans les résnitats que nous venons de constater.
La onzième malade est une jeune fille de dix-neuf ans, autrefois chlorotîque, actuellement bien portante et bien réglée, fifuit jours après ses dernières règles, elle est tombée atteinte de fièvre typhoïde. La maladie s'est présentée sous une forme assez grave ; elle a parcouru toutes ses périodes. Le vingtième jour, il est survenu une parotidite suppurée accompagnée d'une surdité à peu près complète. La malade a pris un vomitifle deuxième jour de sa maladie, et une bouteille d'eau de Sedlilz' d'e 50 grammes le lendemain ; les jours suivants, elle prenait chaque jour un verre ou deux de la même eau, pendant une huitaine de jours. Au bout de six semaines, elle est entrée en convalescence et a pu aller à la campagne. Pendant toute la maladie, il y a eu l'aménorrhée ; les règles n'ont reparu qu'au bout de trois mois.
La douzième malade, une demoiselle de vingt et un ans, est tombée malade dix jours après avoir eu ses règles. La maladie a été très-grave, elle était accompagnée longtemps de délire, de surdité et d'un vaste phlegmon du côté du grand trochanter droit. Elle a été traitée par des évacuants, de la même manière que la malade de la précédente observation. En outre, elle a eu deux vésicatoires aux jambes, a pris des toniques, des antispasmodiques, etc. La malade n'est entrée en convales-
cence qu'au bout de six semaines, et est allée passer un mois à la campagne. Pendant tout le cours de la maladie, il y a ea raménorrhée. Trois mois après le début de sa maladie, les règles ont reparu et ont repris depuis leur marche normale.
D'après ce qui précède, il est évident que l'aménorrhée, qui constitue le phénomène le plus ordinaire et le plus frappant dans une période avancée de la fièvre typhoïde, n'est point l'effet du traitement mis en usage, mais le résultat de la maladie. Nous l'avons observée aussi bien chez les malades traitées par des évacuants, et même par des saignées coup sur coup, que chez celles qui ont été traitées par l'expeclation.
Les émissions sanguines abondantes pratiquées simultanément avec les règles, ou quelques jours auparavant, paraissent seulement avoir pour résultat la diminution dans la durée et l'abondance de rhémorrbagie, comme cela parait avoir eu Heu chez la troisième malade. Le genre de traitement peut aussi avoir quelque influence sur l'époque du retour des règles. Ainsi, il ne serait pas du tout étonnant que, toutes choses égales d'ailleurs, les malades qui ont été saignées abondamment exigeassent ensuite plus de temps pour le retour de la menstruation ; que cette fonction se rétablisse plus tôt chei les femmes à qui leur position de fortune permet de se procurer une bonne nourriture ou respirer l'air de la campagne dans la convalescence, que chez celles qui sont obligées de passer cette convalescence à l'hôpital ou de reprendre les travaux habituels avant d'être complètement guéries.
Si la fièvre typhoïde n'est pas la seule, parmi les affections aiguës, qui suspende à la fin le travail physiologique de Tovulation et produise l'aménorrhée, elle est toujours du nombre de celles qui, A cause de son génie hyposthénisant, produit cet effet le plus constamment, et celle où l'aménorrhée consécutive dure le plus longtemps.
Ainsi, sur dix malades dont nous avons donné l'histoire, pas une seule n'a eu ses règles dès que la maladie a été déjà un peu avancée, tandis que, sur trois pleuro-pneumonies où M. Hérard
BAPPORTS DE LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. llU5
a pu constater Tctat de la menstruation à pareille période de la maladie, les règles n'ont manqué qu'une seule fois; les deux autres fois elles ont paru, seulement le sang était extrêmement pâle et la quantité diminuée. Dans deux cas de bronchites observées par le même auteur, il n'y avait point d'aménorrhée ni dans le cours de la maladie ni pendant la convalescence (1).
Enfin, la fièvre typhoïde est une des affections qui disposent assez aux hémorrhagies. Tout Te monde sait combien les épistaxis sont communes surtout au début de cette maladie. Mais il n'est pas non plus sans exemple d'y voir des hémorrhagies utérines. Celles qui se présentent le plus ordinairement sont de courte durée, et il faut éviter de les prendre pour l'hémorrhagie menstruelle. En voici un exemple :
La treizième malade, âgée de vingt-deux ans, bien réglée, est entrée à la Charité le huitième jour d'une fièvre typhoïde grave. La veille de son entrée, et dix-neuf jours après la dernière époque menstruelle, la malade avait eu une hémorrhagie assez abondante par le vagin, qui s'est terminée au bout de quelques heures. Loin d'avoir été influencée favorablement, la maladie n'a fait que s'aggraver tous les jours, et s'est terminée dix jours plus tard d'une manière funeste.
Des phénomènes semblables se laissent remarquer également dans toutes les maladies aiguës fébriles. Sous l'influence de l'excitation du système circulatoire général qui caractérise l'état fébrile, les membranes muqueuses se congestionnent facilement, et quelques-unes d'entre elles, surtout celles du nez et des organes sexuels, peuvent devenir facilement le siège des hémorrhagies. M. le docteur Hérard, qui a insisté avec talent sur cette particularité, attribue avec raison, à celte circonstance, l'avancement des règles, qu'il a signalé comme un phénomène général dans les maladies aiguës fébriles, lorsqu'elles débutent aux approches de l'époque présumée de la menstruation. Cependant, M. Hérard est-il encore dans le vrai, lorsqu'il considère toujours comme règles^ des hémorrhagies qui se
(1) Ouvrage ci'.é, p. 28.
UUQ M^SXEUAXION AU POINT D£ VUE DE I^ P4THOMfiIf5.
répètent jusqu'à trois fois dans l'espace d'un mois (1)? Nous livrons cette question aux méditations de notre savant confrère. Nous espérons que l'auteur aura changé d'avis, s'il nous fait l'honneur de lire ce que nous avons dit 1^-dessos, dans plusieurs endroits de cet ouvrage.
M. Gubler a fait paraître, depuis la publication de notre travail sur le Jtole de la menstruation dans la pathologie^ etc., un très-bon mémoire sur les hémorrhagies utérines qui se déclarent quelquefois dans le cours des affections fébriles, et les désigne, avec esprit, sous le nom d'épistaxis utérines^ pour les distinguer du véritable flux menstruel (2).
De tout ce que nous venons de dire de la fièvre typhoïde, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :
l'' Que la fièvre typhoïde n'a rien dans sa nature qui soit précisément contraire à Tovulation et à l'hémorrbagie menstruelle; mais, à une période avancée de la maladie, l'one comme l'autre cessent presque toujours, et leur retour se fait attendre ordinairement trois à quatre mois.
2"* Règle générale , toutes les fois que la fièvre typhoïde débute peu de jours avant l'époque menstruelle» celle ci vient et se passe comme de coutume. Mais il n'en est plus de même aux époques suivantes, où Ton observe généralement l'aroénorrhée.
3<> Lorsque le début de la fièvre typhoïde coïncide avec la fin d'une époque menstruelle, les règles ne reparaissent pas onlinairement à l'époque suivante, et il peut même être utile d'avertir d'avance la malade que l'aménorrhée pourrait se prolonger surtout si, comme cela arrive souvent, elle se préoccupait beaucoup de ses règles.
A"" Dans les cas où les règles paraissent chez une malade affectée de fièvre typhoïde, elles n'impriment aucune influence notable sur la maladie. Qu'elles viennent au début ou dans
(1) Ouvrage cité, p. 28.
(2) Des épistaocis utérines simulant les règles au début des pyrexies et desphleg' masies (Gazette médicale de Paris , 1862^ et Mémoires de la Sooiéié d» bMogie)»
RAPPOftSS W Là MENSIBUATIOSi AT£C DIPFÉRSSiTBS IULAUES. 447
one période plus avancée de la maladie, on ne peut rieh en conclure de favorable ni de défavorable pour l'avenir. Dans l'un comme dans l'autre cas, la fièvre typhoïde poursuit sa marche ordinaire ; elle peut guérir ou se terminer d'une manière funeste.
§ ¥. — Flè¥re« érapllYe* ; érymlpèle de la ffaee^ dartres.
L'érysipèle a incontestablement plus d'un point de contact avec les fièvres éruptives, «t cette analogie est loin d'avoir échappé à l'attention des praticiens. L'étude de la menstruation dans ses rapports avec les maladies, nous ayant permis de dé^ couvrir quelques nouveaux points de rapprochement entre ces affections, nous avons cru devoir les examiner comparativement dans le même chapitre.
Nous avons recueilli huit observations de variole, six appartenant à la variole proprement dite, et deux à la varicelle.
La première malade était atteinte de petite vérole assez discrète. Les règles ont paru le premier jour de l'éruption, et ont continué comme d'habitude, sans avoir fait subir la moindre influence à la marche de la variole.
La deuxième malade est une fille de vingt-cinq ans, afiTectée de variole confluente, habituellement bien réglée. Le jour de son entrée à l'hôpital de la Charité, sa maladie avait déjà huit jours de durée. Après avoir éprouvé pendant vingt-quatre heures de la fièvre, accompagnée de courbature, la malade a consulté un médecin qui lui a pratiqué une saignée ; le môme jour les règles sont arrivées à peu près à leur époque ; le lendemain l'éruption s*est montrée pour la première fois, et a suivi sa marche régulière. Les règles ont continué pendant quatre jours comme de coutume.
La troisième malade est une fille âgée de vingt-trois ans, bien réglée habituellement. En entrant à l'hôpital de la Charité, elle était malade depuis trois jours. C'est le même jour, le matin, qu'elle s'était aperçue pour la première fois de l'éruption variolique. Le soir, ses règles sont venues à peu près a
tiUS MENSTRUATION AU POINT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
leur époque, et malgré la saignée qu'où lui avait pratiquée en arrivant, elles ont continue pendant les premiers joure de l'éruption, et ne se sont arrêtées qu'au bout de trois jours, comme d'habitude. La petite vérole a suivi toutes ses phases avec la plus grande régularité.
La quatrième malade, après avoir offert pendant trois jours les symptômes d'invasion, a vu, le quatrième, paraître l'éruption des boutons de la petite vérole. Le cinquième jour de l'éruption, les règles sont arrivées à peu près à leur époque. La malade prétend qu'elles se sont supprimées quelques heures après l'application de quinze sangsues au cou, mais qu'elles ont reparu ensuite et ont duré comme d'habitude, sans avoir modifié en rien la marche de la maladie.
^La cinquième malade, habituellement bien réglée pendant six, huit et même dix jours, après avoir présenté les symptômes d'invasion pendant deux jours, a vu se déclarer l'éruption delà petite vérole. La veille de l'éruption, on lui a tiré environ un verre de sang. Le second jour de l'éruption, il a paru du sang par les organes sexuels sous l'apparence des règles, et cette hémorrhagie a continué pendant trois jours. La malade, qui considérait cette hémorrhagie comme ses règles, en a paru étonnée, car elle était toujours régulièrement menstruée, el ses dernières règles avaient seulement fini dix jours auparavant, après avoir duré six jours, comme cela arrivait le pins souvent. La maladie a suivi exactement sa marche habituelle. Vingt jours plus tard, la malade étant déjà convalescente, les règles sont revenues de nouveau, par conséquent à leur époque, el ont duré également six jours.
La sixième malade, âgée de vingt ans, bien réglée, venait d'avoir ses règles, lorsque le lendemain elle fut prise de rhumatisme articulaire aigu général. Depuis son entrée à Thôpilal de la Charité, on lui a fait une saignée de 500 grammes le premier jour; le lendemain deux autres saignées de AOO grammes chv^cune, et dans l'intervalle, une application de ventouses scarifiées autour du genou et de la main du côté droit. Le
BAPP0RT8 DE LA MENSTBUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. ft&9
iroisîènie jour, une nouvelle saignée de trois palettes ; le qua- .riémejonr, une saignée encore de deux palettes; deux jours iprès, quinze sangsues à l'épaule, et autant au coude gauche. !]!hose remarquable, malgré un traitement aussi affaiblissant, ]ui a donné lieu à Tétat anémique, caractérisé par le bruit de diable dans les carotides, il est survenu chez la malade, le vingtquatrième jour de son séjour à l'hôpital, une éruption de petite vérole, pour laquelle M. Bouillaud lui a prescrit encore une nouvelle saignée. Nonobstant tout cela, le troisième jour de l'éruption et le lendemain de la saignée, les régies ont paru à peu près à leur époque, et ont duré quatre jours comme de coutume. L'éruption a été bénigne et s'est présentée sous forme de varioloïde.
La septième malade était affectée de varicelle; ses règles sont venues le premier jour de l'éruption, mais elles n'ont duré que deux jours au lieu de quatre. Entrée le deuxième jour de réruption à l'hôpital, elle a éprouvé une vive impression de se voir entourée de beaucoup de malades, et attribue à cela la suppression de l'écoulement menstruel, qui a été suivie de quelques douleurs dansl'hypogastre et les reins. Celte seconde maladie a duré comme de coutume.
La huitième malade, après avoir éprouvé pendant trois jours de la fièvre avec céphalalgie, et sentiment de courbature, est entrée à la Charité. Le jour de son arrivée, on lui a pratiqué une saignée, et le même jour, dans la soirée, ses règles sont venues» un peu en avance, d'après ce que supposait la malade qui attribuait ce résultat à la saignée. Le lendemain, il s'est déclaré une éruption [de vésicules caractéristiques de la varicelle, mêlées de quelques pustules ombiliquées de la varioloïde. Les règles ont duré cinq jours comme d'habitude, et la maladie, nonobstant cela, poursuivit sa marche ordinaire.
Les observations que nous venons de citer ont un cachet tout particulier qui les rapproche les unes des autres, et qui en fait, pour ainsi dire, un groupe à part, distinct de ce que nous avons vu jusqu*à présent. Dans toutes les observations de
EACIBORSU. 29
450 MENSTRUATION AU POINT DE VUE DE Là PàTBOLMÎÈ^
bronchite aiguë, de pleuro-pneumonie, et même dans celles de fièvre typhoïde, où il nous a été permis de suivre la marche de la menstruation, les règles venaient presque indistinctement à toutes les périodes de la maladie. La seule chose, par conséquent, dont nous ayons eu à nous occuper, c'était de constater si les règles étaient venues à peu près à leiir époquei et si elles avaient exercé quelque influence sur la marche des maladies.
Dans les observations de la variole que nous venons de citer, il y a quelque chose de plus qui frappe l'attention. Ua fait nouveau semble dominer dans cette affection ; c'est la coïncidence fréquente de la fièvre d'invasion ou du début de l'éruption variolique, avec les règles. Sur huit malades, deux fois les règles sont venues la veille de l'éruption (deuxième et huitième), trois fois elles sont venues le premier jour de l'éruption (première, troisième, septième), enfin, trois fois également les règles ont paru le troisième et le cinquième jour de l'éruption (quatrième, cinquième, sixième).
Nous avons déjà fait sentir plus haut combien il est difficile de se rapporter aux renseignements fournis par des malades d'hôpitaux, lorsqu'il s'agit de savoir si les règles que l'on ob^ serve chez elles sont venues précisément à leur époque, oa quelques jours en avant ou en retard. La plupart du temps on doit se contenter d'un à peu prés. Mais quand on voit que sor huit malades atteintes de variole ou de varicelle^ les rè^ sont venues sans exception chez toutes pendant la fièvre d'invasion ou dans les premiers jours de l'éruption, on est presque forcément porté à entrevoir quelques rapports entre des phénomènes qui se manifestent simultanément avec une pareille constance. 11 n'y a que deux manières de se rendre compte de cette particularité : ou bien la variole, comme la varicelle, fa* voriseraient Téruplion des règles et les feraient ordinairement paraître, quelques jours avant l'époque où devrait avoir lieu rhémorrhagie menstruelle; ou bien, c'est l'approche des époques menstruelles qui serait une condition favorable au
RAPPORTS OB LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MAIUUMIS. Ui
développement de la variole, abrège la durée de son incubation, et en rend l'invasion plus prompte. La première de ces deux hypothèses nous parait la plus probable. Cependant, dans ce cas encore» contrairement à l'opinion de notre honorable confrère, le docteur Hérard, le mouvement fébrile ne suffit pas, à notre avis, pour expliquer à lui seul la particularité que nous signalons. Plus d'une fois, en effet, dans les bronchites aiguës, dans les fluxions de poitrine, et même dans les fièvres typhoïdes, nous avons remarqué le mouvement fébrile au moins aussi prononcé que chez les malades affectées de petite vérole ou de varicelle, sans que pour cela nous y ayons ren* contré cette coïncidence de l'apparition des règles avec le début de la maladie.
Un instant, nous avons supposé qu'on pourrait peut-être expliquer cette circonstance par l'extension de Tinflammation éruptive de la peau à la muqueuse du vagin et l'excitation locale des organes sexuels. Mais nous nous sommes aperçu que la coïncidence que nous signalons était encore peut-être plus frappante dans l'érysipèle de la face; il a fallu donc renoncer à cette explication, et attribuer plutôt la particularité dont il s'agit, à la nature même de l'affection variolique.
Chez la cinquième malade, il est survenu sous l'influence de la fièvre éruptive, dix jours après la fin de la dernière époque menstruelle, une hémorrhagie vaginale qui a duré trois jours. Cet accident, assez commun dans le cours des affections aiguës fébriles, et surtout dans les fièvres éruptives et dans la fièvre typhoïde, ne doit pas être confondu avec la menstruation proprement dite. On peut plutôt comparer ces hémorrhagies à des épistaxisj qui se manifestent aussi, assez souvent, dans de pareilles circonstances. Un mois après la véritable époque menstruelle, et vingt-quatre jours après cette hémorrhagie accidentelle, la malade a eu de nouveau ses règles, qui ont duré six jours comme d'habitude.
De toutes les malades dont nous venons de rapporter les observations, une seule (la cinquième) est restée assez long-
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temps à rhôpilal pour nous donner l'occasion de la suivre jusqu'au moment de la prochaine époque des règles. Ce moment venu, rhémorrhagîe menstruelle h paru, et a dure six jours comme de coutume; en eût-il été de même si la malade eût été saignée abondamment dans le cours de sa maladie ? Cela parait peu probable, mais nous manquons de faits pour répondre directement à cette question.
Nous terminerons par faire observer qu'il y a une variété de variole, désignée sous le nom de variole noire^ dans laquelle il y a une profonde altération du sang qui le rend plas liquide, et le fait transsuder avec la plus grande facilité au travers des vaisseaux de toutes les muqueuses. Les malades qui sont atteints de ce mal, rendent du sang par la bouche, parles intestins, par les urines, et les femmes en rendent sous forme de métrorrhagies. Il faut se garder de considérer ces hémorrhagies comme des règles, et rendre ainsi la menstruation responsable de l'issue presque toujours funeste de cette espèce de petite vérole.
Nous aurions désiré étendre nos recherches à d'autres fièvres éruptives, mais malheureusement nous ne possédons pas assez de faits. Dans deux cas de scarlatine, et un cas de rougeole dont nous avons pris des notes, la maladie a toujours commencé plusieurs jours après les règles. Une femme atteinte de scarlatine, devait avoir ses règles dans six jours, au moment de tomber malade. Cependant l'afTection a été si grave, qu'elle a succombé au bout de soixante heures. Chez deux autres malades, la seule chose que nous avons été à même de constater, c'est que, la maladie une fois terminée, les règles sont revenues à leur époque habituelle.
Érysipèle de la face. — Nous avons pris des notes chez six femmes affectées d'érysîpèle à la face.
La première malade, âgée de vingt-six ans, bien réglée habituellement, est tombée malade deux jours avant d'entrer à l'hôpital, et, le même jour, ses règles sont venues à peu près à leur époque. A notre première visite, nous avons constaté :
rougeur et gonflement des pommettes,! s' étendant jusqu'au bas du front, avec quelques phlyctènes sur les joues; gonflement de la glande sous-maxillaire droite ; 116 à 120 pulsations. Malgré cet état, les règles ont continué, et ne se sont arrêtées que le soir, après avoir duré trois jours comme d'habitude. La maladie s'est bornée aux parties indiquées.
La deuxième malade, âgée de vingt-six ans, d'un embonpoint excessif, bien réglée habituellement, a commencé par éprouver, comme cela arrive le plus souvent, des frissons suivis de gonflement de la joue droite et de l'aile du nez. Le même jour, les règles ont paru. Le lendemain, elle est entrée à rbôpital. L'érysipèle s'est étendu jusqu'à l'œil correspondant, qui était entièrement fermé par les paupières ; 84 pulsations (35 sangsues sous l'angle droit de la mâchoire inférieure) . Les règles ont coulé pendant trois jours comme d'habitude.
La troisième malade, âgée de vingt ans, était accouchée quatre mois auparavant. Deux mois plus tard, elle a eu une ophthalmie pour laquelle on lui avait pratiqué une saignée, fait une application de sangsues, et plus tard celle d'un vésicatoire à la tempe gauche, qu'elle avait gardé pendant un mois. Deux jours après la suppression de ce vésicatoire, elle a commencé par éprouver un peu de gêne dans la déglutition, et, quatre jours plus tard, il s'est déclaré un érysipèle occupant tout le côté gauche de la face, depuis l'oreille, où il avait débuté, jusqu'au nez. Les règles ont paru le jour môme de Fapparition de l'érysipèle, et ont duré quatre jours comme à l'ordinaire.
La quatrième malade était âgée de dix-neuf ans. Après avoir passé la journée au bois de Boulogne, ou elle s'est promenée longtemps à cheval, et a pris de la limonade- froide et des glaces, elle se sentit indisposée en rentrant. Le surlendemain, elle éprouva des frissons, et le nez commença à être rouge et douloureux. Bientôt l'érysipèle gagna successivement les deux côtés de la face, où l'on remarquait plusieurs phlyctènes ; —
65!i MENSTRUATION AU POINT DE VUE DE LA PATBOEjOGIB.
106 pulsations. (Une saignée le jour de son arrivée, et une autre le lendemain, ainsi qu'une application 'de trente sang* sues au cou.) Les régies sont venues à leur époque le jour de Térysipéle, et ont coulé abondamment ; elles ne se sont arrêtées que le cinquième jour, comme de coutume, et n'ont pam avoir aucune influence sur la marche de la maladie, qui s'est terminée le onzième jour par desquamation.
La cinquième malade, affectée d'érysipèle de la face, a va également arriver ses règles en même temps que Térysipèle k la figure ; elles ont duré comme d'habitude, sans avoir influé d'une manière sensible sur la marche de la maladie, laquelle ne s'est terminée que quelques jours après par desquamation.
La sixième malade a eu toute sa vie une singulière disposition à l'érysipèle de la face. Elle en a été déjà atteinte avant la première éruption des règles. Plus tard, ses règles se sont arrêtées pendant près de deux ans, et dans cet intervalle elle a eu de nouveau l'érysipèle de la face à plusieurs reprises. Lorsque la malade venait d'être prise du dernier érysipèle, elle n'avait pas été menstruée depuis six mois. Cependant l'érysipèle a été très-intense, a envahi toute la figure, les oreilles et la partie supérieure des épaules. La malade, malgré sa constitution en apparence déUcate, a été saignée quatre fois coup sur coup. Chose remarquable, malgré une aménorrhée aussi prolongée, les règles sont arrivées au début de l'érysipèle, et se sont passées comme d'habitude sans avoir eu aucune hifluence sensible sur la maladie. Vingt-huit jours après, une autre époque a eu lieu encore à l'hôpital, mais les règles ont duré moins que d'habitude, et le sang était pâle et peu abondant. Les émissions sanguines répétées, qu'on a cru devoir pratiquer à la malade dans l'intervalle des deux époques, rendent suQisamment compte de cette particularité.
Ainsi, dans six observations d'érysipèle de la face prises au hasard, sans aucun triage préalable, nous avons va les régies arriver chaque fois pendant la fièvre érysipélateuse et le phis
RAPPOITB DE ta, MENSTRUATION AVEC DIPPÊRENTES MALADIES. 655
souvent dès le début de Téruption. Ce résultat est vraiment remarquable. Nous sommes loin, certes, de prétendre qu'il doive en être toujours ainsi. Toutefois, ce que nous venons de voir autorise déjà à présumer que la même chose doit arriver au moins dans Timmense majorité des cas. La fièvre érysipélateuse aurait donc décidément, de marne que la fièvre variolique, la faculté de favoriser Thémorrhagie menstruelle ; ce résultat a été on ne peut plus palpable chez la dernière malade, chez laquelle, après six mois d'aménorrhée, les règles ont reparu sous TinQuence de Térysipèle, et sont revenues encore à l'époque suivante. Cependant la même chose n'était pas arrivée dans le cours d'autres érysipèles que la malade avait eus pendant l'aménorrhée précédente, ce qui prouve déjà que, tout en constatant dans l'érysipèle de la face une disposition favorable pour l'hémorrhagie menstruelle, il faudrait se garder de le considérer en quelque sorte comme un emménagogue infaillible.
M. le docteur Francis Demouy, frappé de cette particularité, a bien voulu faire de son côté quelques recherches à cet égard. Sot dix malades affectées d'érysipèle de la face, qu'il a eu Foc* eaaion d'examiner, la maladie avait commencé, chez deux, trois ou quatre jours après les règles, de sorte que ces faits n'avaient plus d'intérêt pour l'étude qu'il a entreprise. Chez trois malades, les règles ont paru le jour de l'invasion de la maladie ou deux jours après. Chez une malade qui n'avait pas ses règles depuis cinq mois, l'érysipèle de la face n'a eu aucun effet emménagogue. Ces faits ne modifient pas sensiblement les eonclusions auxquelles nous étions arrivé de notre côté.
Il n'y a rien d'étonnant, du reste, que tout étant prêt à la déhiscence spontanée, l'excitation fébrile détermine la crise hèmorrhagique qui se prépare, et qu'elle la précipite même un peu, puisque, sans cette disposition physiologique préalable, nous voyons survenir dans le cours des affections fébriles, des hèmorrhagies à travers la muqueuse du nez ou celle des organes sexueb. Mais ce qui prouve que les hèmorrhagies dont nous
parlons sont de vrais flux nicnslruels, c'est qu'elles ont lieu juste à l'époque habituelle des règles, et qu'elles ressemblent, par leur marche et leur durée, aux hémorrhagies physiologiques. Notons, en passant, cette influence favorable de Texcitation fébrile sur le retour des règles; nous en reparlerons en son temps.
Dartres. — Les différentes formes d'affections de la peau connues sous le nom de darireSy s'éloignent tellement parleurs caractères, de la variole, de la rougeole, de la scarlatine et de rérysipèle, que la plupart des pathologistes modernes ont jugé convenable de rayer ces dernières du cadre des affections cutanées où elles ont été comprises autrefois. S'il fallait de nouveaux motifs pour justifier cette séparation, on pourrait déjà en trouver dans la différence que présente Texamen comparatif des rapports de ces maladies avec les époques menstruelles. Au lieu de cette influence si marquée et si caractéristique que les fièvres éruptives ont paru avoir presque constamment sur les époques menstruelles, nous ne rencontrons rien de semblable dans les autres maladies de la peau. Après avoir interrogé un grand nombre de femmes affectées d'impétigo, de gale, d'eczéma, de lichen, de psoriasis, etc., nous n'avons rien troufé de particulier à noter. Dans toutes ces maladies, les règles continuaient leur marche normale, et n'ont paru avoir aucune influence sur la maladie. Sur dix malades affectées d'eczéma, une seule s'était aperçue d'une légère modification dans ses règles, facile d'ailleurs à expliquer par Tancienneté de l'affection. Cette femme portait depuis deux ans un eczéma à la tête, aux oreilles et au cou. Depuis plusieurs mois, ses règles étaient devenues moins abondantes, et n'avaient duré qu'un jour ou deux, au Heu de six jours comme avant d'avoir été malade, et sans qu'il y eût eu d'autres motifs pour cela. Quelques malades affectées de lichen ou de prurigo nous ont déclaré avoir presque toujours éprouve un sensible surcroit de prurit aux approches des règles, tandis que nous n'avons rien rencontré de semblable chez les galeuses. A part ces légères
RAPPOITS 0£ LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉREMTIS MALADIES. &57
influences, nous n*avons rien renconlré qui ait mérité d'être signalé.
§ TI. — Angine t«B«lltalro.
Nous avons recueilli cinq observations relatives à Tangine tonsillaire.
Chez une malade, les règles sont arrivées le troisième jour; chez une autre, le sixième; chez une autre encore, le douzième. La quatrième femme avait eu quinze jours de retard le jour où elle est tombée malade. On lui ût une application de quinze sangues & la vulve et de trente au cou ; immédiatement après, les règles arrivèrent et durèrent pendant quatre jours comme d'habitude. La cinquième femme était chloro tique et mal réglée ; lorsqu'elle est tombée malade, il y avait déjà deux mois qu'elle n'avait pas eu ses règles. Quoi qu'il en soit, Tinflammation des amygdales ayant été assez intense, on lui pratiqua une saignée. La nuit suivante, les règles ont paru, mais n'ont duré qu'un jour.
Faut-il attribuer le retour des règles chez ces deux femmes plutôt à l'influence de la fièvre qu'à celle des émissions sanguines ? C'est ce qu'il nous est difficile de décider ; il ne serait même pas impossible que chacune de ces influences ait eu sa part dans l'effet que nous signalons. Nous ferons observer que dans aucun cas la durée des règles n'a paru être modifiée par l'influence de l'inflammation tonsillaire, et que cette dernière, de son côté, n'avait subi aucune modification sensible de la part des règles.
i ▼■■• — niiHnatlAiiie artlevtalre. — AlVeetloiM orcanlqae* tfn eiewr.
Nous avons recueilli dix-neuf observations relatives au rhumatisme articulaire, dont dix appartiennent au rhumatisme articulaire aigu ou subaigu, et les autres au rhumatisme chronique.
La première malade, âgée de trentensept ans, bien réglée,
A58 mHflrntuATioif au point de vue de la pathough.
était affectée, pour la troisième fois (les autres attaques eurent lieu à vingt-trois ans et à vingt-cinq ans) , de rhumatisme articulaire datant de vingt jours, occupant presque toutes les grandes articulations. Le neuvième jour de cette attaque, les règles sont arrivées à leur époque et ont duré huit jours comme d'habitude, sans avoir eu aucune influence sensible sur la maladie. Depuis son entrée à l'hôpital, la malade a été saignée deux fois, a pris des opiacés, et on lui a appliqué un vésicatoire sur l'épaule droite. Un mois après sa dernière époque menstruelle, les règles ont reparu. La malade n'était pas encore guérie, éprouvait des douleurs dans plusieurs articulations et avait le genou gauche encore gonflé.
La deuxième malade, âgée de vingt et un ans, habituellement bien réglée, est entrée à l'hôpital le neuvième jour d'un rhumatisme articulaire aigu occupant la plupart des grandes articulations. La maladie a débuté quelques jours après la fin de l'époque menstruelle. Vu sa constitution assez délicate, elle n'a été saignée qu'une fois. A l'époque suivante, ses règles ont reparu à leur date et ont duré comme d'habitude. La malade était alors guérie de sou rhumatisme.
La troisième malade est la même dont nous avons parlé dans le chapitre destiné à la variole. (Voyez la sixième malade dn chapitre IV.)
La quatrième malade, âgée de trente ans, était affectée de rhumatisme articulaire très-intense, datant de huit jours an moment de son entrée à l'hôpital. Le même jour, on lui a pratiqué une saignée. Le lendemain ses règles sont arrivées i deux jours près à leur époque. Cependant une nouvelle saignée les a arrêtées; le troisième jour, on a répété encore la saignée. La malade est restée ensuite pendant vingt-sept jours à l'hôpital sans que les règles fussent revenues.
Ce n'est pas la seule fois que nous avons vu la saignée influer sur l'hémorrhagie menstruelle; rien de plus commun, au con* traire, que cette influence ; mais elle ne se traduit pas toujonn de la même manière. 11 arrive souvent que lorsqu'on pratique
BAPPORTS DE LA MENSTRUATION ATEG DIFFÉRENTES tf AIA01ES. 659
ane saignée du bras à une femme qui attend ses règles sous peo.rhémorrhagie se déclare immédiatement et devance ainsi son époque habituelle. L'effet n'est pas le même quand la saignée est pratiquée au moment même des règles; dans ce cas, il n'est pas rare de voir Thémorrhagie menstruelle se supprimer tout d'un coup pour quelques heures ou même définitivement.
Ce fait se représente plus d'une fois dans les observations citées dans ce travail. Nous nous bornerons, pour le moment, à le constater, en nous proposant d'y revenir plus tard dans un chapitre spécial destiné à l'étude des causes et des symptômes de la suppression brusque des règles.
La cinquième malade, âgée de trente-sept ans, était affectée de rhumatisme articulaire aigu occupant plusieurs grosses arti* cnlations. Le troisième jour de la maladie, on lui pratiqua une saignée du bras et l'on appliqua quelques sangsues à l'anus. Deux jours après, ses règles sont arrivées à leur époque et ont duré comme d'habitude. La malade est entrée à Thôpital le huitième jour, et on lui a pratiqué, dans l'espace de deux jours, quatre saignées coup sur coup et fait une application de ventouses scarifiées à l'un des genoux. Malgré un traitement aussi hyposthénisant,les règles sont revenues encore à l'époque suivante, seulement elles ont duré à peine la moitié de ce qu'elles duraient habituellement.
La sixième malade, âgée de trente-six ans, est entrée à l'hôpital de la Charité, le vingtième jour d'un rhumatisme articulaire aigu. A son entrée, la plupart des articulations étaient encore malades ; cependant il y avait peu de fièvre. Ses règles sont venues, à leur époque, le jour de son entrée à l'hôpital, mais une saignée qui lui a été pratiquée en arrivant les a arrêtées immédiatement ; elles ont reparu le lendemain, mais elles étaient peu abondantes.
La septième malade, âgée de dix-sept ans, bien réglée, était malade depuis un mois environ. Dix ou douze jours après être tombée malade, elle a eu ses règles comme d'habitude. Huit
Il60 MENSTapATJON AU POIJNT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
jours plus tard, le rhumalisme étant devenu plus aigu et la fièvre plus forte, on a jugé nécessaire de pratiquer une saignée; le même jour, la malade a vu survenir une hémorrhagie semblable en tout à ses règles et ayant duré, comme celles-ci, pendant quatre jours. Nonobstant cela, la malade a eu de nouveau ses règles à Tépoque ordinaire ; seulement elles étaient moins abondantes et n*ont duré que deux jours.
Dans cette observation, nous voyons un nouvel effet de la saignée sur lequel il est bon de nous arrêter un instant. Il arrive très-souvent, lorsqu'on pratique une saignée à une femme qui vient d'avoir ses règles depuis peu de jours, que cela fait revenir l'hémorrhagie utérine; celle-ci peut même avoir l'apparence, quant à Tabondance et la durée, d'une véritable hémorrhagie menstruelle ; mais il suffit de réfléchir un peu pour reconnaître combien celte manière d'apprécier est inadmissible. Il est bien évident que la saignée ne peut avoir, dans ce cas, aucun rapport avec l'ovulation, qu'elle ne peut surtout agir de manière à précipiter ses phases; tout porte, au contraire, à croire que son influence doit être entièrement renfermée dans le système circulatoire. L'efi'et immédiat d'une saignée est un ébranlement général dans la masse du sang. Se trouvant entraîné dans un sens opposé à l'utérus, le sang peut donc reprendre quelquefois plus d'aisance dans les vaisseaux auparavant trop congestionnés, y circuler plus librement et couler ainsi plus facilement au dehors. C'est, à notre avis, la seule manière rationnelle de se rendre compte pourquoi la saignée occasionne quelquefois des métrorrhagies quand on la pratique peu de jours avant ou après Tépoque des règles, et pourquoi, au contraire, elle fait cesser souvent l'hémorrhagie» étant pratiquée au moment même des règles.
Chez la malade de la dernière observation, non-seulement les règles n'avaient eu d'abord aucune influence favorable sur la marche du rhumatisme, mais même l'hémorrhagie, qui s'est déclarée huit jours plus tard à la suite d'une saignée, hémorrhagie dont on aurait, autrefois, espéré beaucoup, que
l'on aurait considérée comme critique, n*a absolument rien produit de favorable.
La huitième malade était âgée de trente-sept ans, et sujette au rhumatisme, dont la dernière attaque commença deux mois avant notre visite et occupait plusieurs articulations. On s'est contenté d'appliquer des ventouses scarifiées aux genoux et aux pieds. Pendant toute la durée de la maladie, les règles sont venues chaque fois à leur époque, durant comme d'habitude, sans aucune influence sensible sur la maladie.
La neuvième malade, âgée de trente ans, a éprouvé d'abord des douleurs dans plusieurs articulations, mais la maladie ne tarda pas à se concentrer sur l'articulation du genou gauche. Les règles sont d'abord arrivées le septième jour de la maladie cl ont duré deux jours comme de coutume. Plus tard, on lui a pratiqué deux saignées, fait deux applications de ventouses, une application de sangsues, et, & la fin, on a mis un large vé' sicatoire suivi de moxas.
Pendant tout ce traitement, qui a duré plus de deux mois, il y avait aménorrhée. Plus tard, la malade est arrivée à un état très-satisfaisant, et reprenait chaque jour ses forces et son embonpoint. C'est sous l'influence de cette amélioration gênéraie que ses règles sont revenues à la troisième époque, quoique la malade ne se levât pas encore ; elles sont revenues encore un mois plus tard, et la malade est sortie après très-bien guérie.
La suspension des règles, pendant deux époques, que nous avons observée chez cette malade, doit être évidemment attribuée à l'immobilité, à la diète prolongée, aux émissions sanguines, ainsi qu'aux douleurs du vésicatoire, des moxas, etc. ; l'afTection rhumatismale n'y a été évidemment pour rien. Dès que l'influence de toutes ces causes réunies a cessé, dès que la malade a repris ses forces, les règles ont reparu et ont suivi leur marche habituelle, quoi qu'elle ne fût pas encore entièrement guérie.
La dixième malade était aifectée de douleurs rhumatismales
ft02 MBNSTltJAtlON AD POINT OIS VCB DE LA PAtHOLOGlL
depuis deux mois ; les douleurs étaient peu intenses au corn* mencement, et la malade se contentait de pratiquer quelques frictions calmantes. Après son entrée à l'hôpital, on lui fit une application de ventouses scarifiées et de sangsues sur les articulations les plus douloureuses. Depuis le commencement de la maladie, les règles venaient toujours à leur époque, et duraient chaque fois huit jours. A la première époque qui a suivi les émissions sanguines pratiquées à Thôpital, les règles sont venues en temps convenable, mais elles étaient accompagnées d'un peu de coliques, et n'ont duré que trois jours.
Les observations de rhumatisme articulaire aigu, que nous venons de citer, offrent toutes cela de remarquable, que lei règles paraissaient non-seulement au début de la maladie, mais qu'elles revenaient encore à Tépoque suivante, vers son déclin. C'est ce que nous n'avons vu que rarement dans d'autres maladies aiguës fébriles, et jamais dans la fièvre typhoïde. Ce n'est que lorsque le rhumatisme articulaire a duré longtemps, et a exigé un séjour prolongé au lit, que nous avons remarqué la diminution dans l'abondance et la durée des règles, et même l'aménorrhée.
Che2 neuf autres malades, le rhumatisme chronique occupait surtout les articulations, et quelquefois en même temps différentes parties fibreuses. Toutes ces malades vaquaient généralement à leurs occupations et ne s'alitaient qu'à de rares intervalles. Chez toutes, les régies continuaient comme d^habitude. Cependant, si laffection rhumatismale n'avait cheÉ elles aucune influence sensible sur la menstruation, il n'en a pas été toujours de linéme de l'influence réciproque de celle-ci. Deux malades nous ont assuré positivement avoir généralement souffert davantage aux approches des règles,, et d'avoir pu ainsi prédire leur arrivée deux ou trois jours d'avance. Nous notons cette particularité, car elle relie, en qudque sorte, le rhumatisme chronique, où domine la douleur, i certaines névralgies où nous verrons la même particularité se reproduire. On peut, par conséquent, admettre que sî la sur^
lUPNMM In là lÉfiNSTRUATlON AV£G DlFPÉRBKTBS MâLADIBS. &63
excitation physiologique da système nerveux, qui accompagne presque toujours le molimen menstruel, passe souvent inaperçue, elle manque rarement de retentir sur la sensibilité gênérale,quand celle-ci a été déjà préalablement tant soit peu excitée. Nous avons vu déjà quelque chose de semblable chez les malades affectées de lichen, affection dont le siège principal paraît exister dans les papilles nerveuses. En dehors de cet élément^ les affections chroniques apyrétiques n'impriment aucune modification sensible à la menstruation, et ne se trouvent pas non plus influencées par elle. Nous pourrions citer beaucoup d'autres exemples à Fappui de ce que nous venons de dire, mais comme cela ne nous parait pas du tout nécessaire, nous nous bornerons seulement à dire encore quelques mots des affections organiques dn cœur.
Affections organiques du cœur. — Nous avons pris des notes sur rétat de la menstruation chez huit femmes ayant des affections organiques du cœur.
La première avait une hypertrophie du cœur, avec induration et épaississement des valvules gauches, insuffisance de la valvule mitraie et rétrécissement de Tôrifice correspondant.
La deuxième, hypertrophie moyenne et générale du cœur, avec induration, épaississement et déformation des valvules gauches.
La troisième, hypertrophie moyenne, avec épaississement et induration des valvules gauches, mitraie surtout à la suite de rhumatisme articulaire.
La quatrième, hypertrophie générale et considérable du cœur avec épaississement, induration et insuffisance des valvules, le tout consécutif à une endocardite rhumatismale.
La cinquième, hypertrophie du cœur, avec induration et épaississement des valvules, consécutives à un rhumatisme articulaire aigu;
La sixième, hypertrophie moyenne du cœur, avec épaississement et induration des valvules gauches, et peut-être quelques fausses membranes dans le péricarde.
66& MENSIfiUATiON AU POINT DE VUB DE LA PAXBCMjOGIB.
La septième, hypertrophie générale du cœur, suite d'une pleurésie du côté gauche, venue à deux reprises, et du rhumatisme goutteux.
La huitième, enfin, une hypertrophie considérable, avec épaississement et induration des valvules gauches, rétrécissement des orifices et Thydropisie consécutive.
Chez toutes ces malades, la menstruation était ordinairement aussi régulière que dans l'état de santé. Une seule malade (la huitième) a été forcée de garder le lit à la fin de sa maladie, à cause de Thydropisic qui avait gagné en peu de temps les membres abdominaux et le ventre, et a nécessité deux ponctions. C'est la seule aussi qui a présenté à la fin de sa maladie, dont elle a été, du reste, victime, quelques irrégularités dans la menstruation. Tout porte à croire que dans cette période de la maladie, les troubles de la menstruation doivent être assez communs; que l'aménorrhée, surtout, ne doit pas être rare, h cause de l'altération consécutive de la constitution et du séjour prolongé au lit; mais il est rare d'observer des affections du cœur aussi prononcées avant l'âge cli mater ique.
Quant à Tinfluence des époques menstruelles sur les affections du cœur, elle se réduit à fort peu de chose. Deux malades, qui éprouvaient habituellement une assez grande gêne pour respirer, nous ont dit souffrir davantage de ce côté aux approches des règles.
§ Vlll. — M rèle de la meantroâttoB à l*és«r« tfe« affeetloM
«ta mymième nerveos.
Jusqu*à présent, nous avons passé en revue les affections dans lesquelles l'élément hémorrhagique de l'ovulation paraît avoir été surtout en jeu. Nous avons vu que la petite perte de sang qui termine périodiquement l'exercice mensuel de cette fonction, n'a aucune influence sensible sur le cours des affections; qu'elles duraient comme si elle n'avait pas eu lieu, et
BAPPOBTS DE Li MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. 665
que, d'un autre côté, ces états morbides n'empêchaient pas l'ovulation de continuer, et les règles de venir toujours à leur
époque, à moins de se prolonger beaucoup, ce qui amenait un affaiblissement général, et consécutivement, une aménorrhée qui durait jusqu'au rétablissement des forces.
Quelques maladies aiguës, caractérisées par l'accélération du mouvement circulatoire et l'augmentation de la chaleur, telles que : les fièvres continues, les flèvres éruptives, quelques phlegmasies accompagnées de beaucoup de fièvre, etc., favorisaient l'hémorrhagie menstruelle, lorsque leur invasion coïncidait avec la période avancée de l'ovulation, quand tout s'apprêtait pour la déhiscence spontanée. Voilà à quoi se borne à peu près le rôle de la menstruation*
Il n'en est plus de même dans les affections du système nerveux. Si elles ne troublent pas toujours l'exercice régulier de l'ovulation, elles reçoivent ordinairement, de la part de chaque époque menstruelle, une certaine impulsion qui les aggrave. Quelquefois même, quand il existe une prédisposition aux névroses, il peut suffire de l'orgasme ordinaire de l'ovulation, seul, ou aidé de quelque influence morale, pour qu'elles éclatent. Souvent dans ce cas elles cessent aussitôt l'orgasme de l'ovulation éteint, et recommencent à l'époque suivante.
Pour bien apprécier le rôle de Ui menstruation à l'égard des affections du système nerveux, il faut se rappeler ce que nous avons dit de la surexcitabilité nerveuse, qui constitue en quelque sorte la partie intégrante des époques menstruelles à Tétat normal. Il ne faut pas oublier qu'au point de vue anatomique et physiologique, la dernière période de l'ovulation se passe au milieu de nombreux plexus nerveux, et que les vastes ramifications et anastomoses de ceux-ci entretiennent de puissantes relations avec d'autres plexus et les ganglions du grand sympathique, ainsi qu'avec le centrexérébro-spinal. Ceci explique déjà la fréquence et la variété des troubles nerveux qui peuvent accompagner les époques menstruelles, sans qu elles sortent, pour ainsi dire, du degré de rezcitalioa nonuale. Sou*
RACDOftSBI. Z9
/i66 MENSTRUATION AU POIMT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
venons-nous encore de ce que nous avons dit, en parlant des symptômes qui accompagnent les époques du rut chez la plupart des femelles des animaux domestiques ; de quelle surexcitation nerveuse ne nous donnent-ils pas alors la preuve? Rappelons-nous, eniln, les changements éprouvés par les femmes au moment des règles. Nous les avons vues pins affectueuses, plus portées à la mélancolie, ou disposées à s'attendrir pour la moindre cause ; d'autres deviennent plus irritables, et sortent, pour le plus léger motif, de leur caractère ordinairement doux; d'autres, dont l'imagination s'exaltait alors, qui parlaient avec volubilité, devenaient animées, colorées et se présentaient sous un aspect tout à fait nouveau. On a cité, à cette occasion, quelques femmes de lettres qui mettaient à profit cette heureuse disposition de l'esprit, pour leurs compositions littéraires.
Jus4u'à présent, l'excitation nerveuse sort à peine des limites physiologiques, mais il n'est pas rare de la voir aller plus loin, et occasionner des troubles sérieux de l'innervation.
Chez quelques femmes, la sensibilité ovarique s'exalte à chaque époque menstruelle \ leurs règles sont alors chaque fois accompagnées de coUques nerveuses violentes donnant lieu parfois à des mouvements convulsifs, et arrachant des cris de douleur. C'est une des variétés de dysménorrhée, dysménorrhée nerveuse.
Au lieu de se concentrer sur la sensibilité des plexus nerveux du bassin, la surexcitation menstruelle retentit d'autres fois sympalhiquement sur les idées ou même sur la locomotion, et occasionne un autre ordre de symptômes plus ou moins
alarmants.
Honoré, au dire de M. Brierre de Boismont, a eu l'occasion d'observer, à l'hôpital Saint-Louis, une iilleqUi tous les mois, aux époques des règles, était prise d'une espèce d'aliénation mentale; ses idées se troublaient, elle ne savait plus ce qu'elle disait, ni ce qu'elle faisait, et cet état d'égarement ne cessait
qu'après l'apparition de Fliémorrhagie, surtout quand elle était abondante. Dans Tintervalle des règles, elle reprenait parfaitement sa raison, et on n'aurait même pas soupçonné le délire que déterminait chaque retour des menstrues.
M. Brierre de lioismont parle d'une fiile de vingt-cinq ans, à physionomie douce, qui, à chaque époque menstruelle, devenait irritable, se mettait en colère, et entrait en fureur pour la moindre objection. Lorsqu'elle était à la campagne seule avec son troupeau, elle déchargeait sa colère sur les animaux confiés à sa garde, les injuriait, les frappait, et n'était satisfaite qu'en les voyant fuir ou en les entendant pousser des gémissements (1).
Leuret nous a dit un jour avoir donné ses soins à une dame riche, qui ne devenait maniaque que périodiquement, aux approches des règles; aussitôt que l'évacuation menstruelle s'arrêtait, tous les désordres des facultés intellectuelles cessaient complètement.
Maisonncuve cite un exemple fort curieux de l'épilepsie, revenant périodiquement à chaque époque menstruelle.
Observation. — Rosalie M...., âgée de vingt-trois ans, d'un tempérament bilioso-sanguin, d'une forte constitution, née à Paris,de parents sains, était fort bien portante jusqu'à onzeans, où les symptômes précurseurs de la menstruation ayant commencé à se manifester, elle fut prise d'accès épileptiques qu'on ne put attribuer qu'à la difficulté que les règles avaient à s'établir. Elles parurent cependant bientôt, niais irrégulières et en très-petite quantité, et chaque éruption fut constamment précédée ou suivie d'accès épileptiques qui ne revenaient qu'à cette époque, tantôt avant, tantôt après, indifféremment le jour ou la nuit, manquant quelquefois cependant, quand les règles coulaient bien. La même chose a lieu jusqu'à présent, malgré plusieurs traitements par les saignées, les sangsues, les
(1) Ouvrage cité, p. 99.
/|68 MENSTRUATrON AU POINT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
vcsicaloires, les anli-spasmodiques. Ces accès s'annonçaient quelques jours d'avance par des coliques dans le bas-ventre et une lassitude extrême. Au moment de leur invasion, la malade éprouve un sentiment de suffocation, puis, deux ou trois minutes après, chute, perte de connaissance; convulsions trèsfortes du tronc et des membres, face rouge, point d'écume à la bouche (1).
Il est à regretter que nous ne connaissions pas la suite de cette intéressante observation. Dans la description de J. G. F. Maisonneuve, l'historique de la maladie s'arrête à l'âge de vingt-trois ans. 11 eût été curieux de savoir si les accès épileptiques continuaient par la suite avec la même régularité, exclusivement aux époques des règles, ou s'ils ont dégénéré en épilepsie ordinaire.
Tissot cite également une observation d'épilepsie que nous désignerons sous le nom à'épilepsie ovariquey car elle parait avoir pris naissance sous la seule influence de Texcitation périodique qui accompagne la déhiscence spontanée. Ce qu'il y a surtout de remarquable dans cette observation, c'est que la malade a été complètement guérie à la suite du mariage.
c Ayant été consulté, il y a trois ans, dit-il, par un jeune homme, sur l'état d'une personne avec laquelle il était prorais, et qui, très-bien portante d'ailleurs, était sujette à l'approche de ses règles, toujours peu abondantes, à des coliques si violentes qu'elles la jetaient presque toujours dans des convulsions, et que trois fois elles lui avaient procuré une violente attaque d'épilepsie, j'osai lui promettre, dit Tissot, que bien loin que le mariage aggravât cet état, il lui ferait vraisemblablement beaucoup de bien, et l'événement a justifié ma promesse : la première coucbe a fait disparaître les coliques et par là même l'épilepsie (?-). »
M. le docteur Marrotte, à qui on doit un très-bon mémoire
(1) J. G. F. Maisonneuve, Hcchcrchcs et observations sur Vépilepsie^ Paris, 1803. (2} Tissot, Des nerfs et de leurs maladies^ édi(. de VEncyclopédiû des sciences médicales, § 27.
BAPPOBTS DB LA MENSTBUATION AVEC DIFFÊBENTES MALADIES. &69
sur les Rapports de lépilepsie avec la menstruation (1) , a publié également un fait fort intéressant d'épilepsie ovarique, qu'il a eu seulement tort, à notre avis, de désigner sous le nom d'épilepsie utérine. Il est de toute évidence que les troubles nerveux que Ton voit accompagner périodiquement chaque travail de déhiscence spontanée, doivent être rapportés aux ovaires et non à l'utérus, qui ne joue là-dedans qu'un rôle tout à fait secondaire. Penser autrement, ce serait ne pas se tenir à la hauteur des données physiologiques les plus certaines, les mieux démontrées.
Voici l'analyse de l'observation rapportée par M. Marrotte :
Observation, — Une jeune fille de dix-neuf ans, réglée tous les mois, mais éprouvant habituellement des coliques, a eu ses règles le 2 juillet; elles avaient été .accompagnées, comme d'habitude, de coliques suivies de l'expulsion de petits caillots. Mais, cette fois, les coliques avaient été des plus vives. Comme à l'ordinaire, les règles étaient peu abondantes le premier jour, mais au lieu d'augmenter notablement au bout de vingtquatre heures, comme cela avait lieu autrefois, Técoulement sanguin était resté dans les mêmes proportions. Le 3 juillet, la malade a été prise, sur les dix heures du matin, de convulsions effrayantes ayant tous les caractères de l'épilepsie. Deux heures après, une autre attaque, et ainsi de suite; la malade en a eu cinq dans la journée. Dans l'intervalle, elle était agitée, offrait une irritabilité extrême et éprouvait quelques coliques. La première menstruation a eu lieu, il y a quatre ans, d'une maflière inopinée. Pendant deux ans encore, la malade n'a souffert en aucune manière. Plus tard, les règles sont devenues plus abondantes; ensuite, il y avait des retards; puis, enfin, l'éruption était accompagnée de coliques vives et de caillots. Cette jeune fille était d'ailleurs d'une constitution robuste, avait les attributs sexuels très-développés et désirait beaucoup le mariage. Elle n'avait jamais ep d'attaques de nerfs jusqu'a-
(1) Marrotte, A^vtie médUxxMrurgicaU^ 1851.
470 MBUtSTRUATlOUf AU POINT DE TUE DE LA PATBOLOGIE«
lors; cependant, elle était sujette à la goutte régulière depuis plusieurs années, maladie a laquelle sa sœur ainée était également sujette, et qui revenait deux ou trois fois par an, et durait chaque fois pendant six à huit jours. La dernière attaque avait eu lieu précisément trois jours avant l'époque des règles. Pendant les trois premiers jours, les douleurs, la rougeur et le gonflement du gros orteil, allaienten augmentant; mais, à partir du (|uatrième jour, tout cela allait en diminuant. Mais la malade avait éprouvé une légère contrariété, de ne pas pouvoir assister à la fête du pays ; c'est ce jour-là qu'elle a été prise do convulsions, ce qui n'a pas empêché ses règles de continuer. A l'époque suivante, la jeune personne a commencé à éprouver des malaises généraux dès le commencement du mois d'août. Le 6, des coliques atroces se sont fait sentir vers l'utérus, et, le 9, il est survenu une fluxion de la face. (15 sangsues à la base delà mâchoire, sinapismes, lavements antispasmodiques.) Le soulagement ne fut que très-léger, et trois jours se passèrent dans l'agitation, souff'rances et insomnie. Les attaques éclamptiques se renouvelèrent alors avec une véritable aiira^ remontant vers la tête pendant quelques secondes avant la perte de connaissance. Une large saignée, pratiquée immédiatement, n'amène d'autre résultat qu'un affaiblissement profond. M. Marrotte, consulté alors, a vu les règles commencer à couler. La malade était très-pâle, et changée comme si elle sortait d'une maladie très-grave. (Régime ferrugineux, bains alcalins, bonne nourriture.) Les deux mois suivants, les règles n'ont pas reparu, ce que M. Marrotte considérait avec raison comme un des résultats des plus heureux. A la troisième époque, elles sont arrivées et ont coulé abondamment.
Il est incontestable que l'observation qu'on vient de lire constitue l'exemple d'épilepsie ovarique ou menstruelle. Nous ne croyons pas devoir attacher une grande importance à la légère contrariété que la malade a pu éprouver de ne pas avoir pu aller à la fête patronale *du pays. Nous n'oserions affirmer que la malade n'ait pas été un peu chlorotique, mais cet
RAPPOBIB DE LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES IIALADIB8. ft71
état ne devait point jouer un grand rôle dans l'étiologie des ac* cidcnts nerveux que nous venons de décrire. La chose capitale pour nous, c'est de constater une grande surexcitation nerveuse ovarique, chez une fille déjà disposés en même temps aux douleurs goutteuses. La malade éprouvait habituellement beaucoup de coliques ovariques à chaque époque menS'* truelle. C'est sous l'influence de cet état» poussé à un degré plus élevé, que les accidents épileptiques ont pris naissance. Ils ont cessé dans l'intervalle pour reparaître à l'époque suivante, et n'ont disparu définitivement qu'après l'eraphi d'un traitement tonique, et surtout du fer, qui produit d'excellents effets dans le traitement de la plupart des aff*ections nerveuses. Une fois les coliques guéries, on n'a plus revu les accès épileptiques, qui n'en étaient que la conséquence.
L'hystérie est probablement celle de toutes les névroses qui se présente le plus souvent aux époques menstruelles. Gomme l'a déjà remarqué le docteur Landouzy, la menstruation, en dehors de toute anomalie, de toute irrégularité, de tout désordre, parait évidemment, chez certaines malades qui y sont prédisposées, la seule cause occasionnelle de l'hystérie (1).
On peut conclure, par conséquent, de tout ce qui précède, que les névroses d'origine menstruelle méritent de former un groupe à part, qu'il est important de savoir distinguer des mêmes névroses venant d'une autre source. Cette distinction est importante, car elle sert de base pour le pronostic et aux indications thérapeutiques. 11^ est incontestable qu'une fois le diagnostic posé dans ce sensi les névroses d'origine essentiellement menstruelle, malgré la gravité apparente de leurs symptômes, pourront être considérées comme étant relativement Hioins graves et plus faciles à guérir.
Sans doute, les faits que nous venons de citer constituent des exemples de surexcitation nerveuse menstruelle poussée au plus haut degré. Mais, étant même maintenue dans ses li-
(1) Landouzy, Trailé complet de l'hyitéri9. Paris, 1846.
&72 MENSTRUATION AU POINT DE VUE DE LA PATH(»jOGIE.
mites presque physiologiques, l'excitation nerveuse qui caractérise les époques des règles joue déjà un rôle assez important dans la pathologie des névroses, puisqu'elle en devient une des causes prédisposantes.
Ainsi, d'après les recherches de Beau, sur 30 femmes épileptiques, sur qui la cause a agi au moment des règles, l'effet a été immédiat chez 17.
Pour l'hyslérie, la cause ayant agi deux fois au moment des règles, a été suivie deux fois d'effet immédiat.
Enfin, cette qualité prédisposante de l'ovulation aux névroses dont nous parlons, s'étend même au delà des époques menstruelles sur une période de plusieurs années qui précèdent et suivent la première éruption des règles, tellement il est vrai que, ce n'est pas le flux sanguin qui est en jeu dans cette circonstance, mais les modifications physiologiques qu'éprouve le système nerveux à l'époque de la puberté. Ces modifications le rendent comparativement plus impressionnable pendant tout le temps qu'elles durent, et, à plus forte raison, au moment où Torgasme de la déhiscence spontanée de l'ovulation apporte une nouvelle source de surexcitation.
Sur 227 femmes épileptiques observées par Beau, il n'y en avait que 82 chez qui la névrose en question eût été plus on moins antérieure à l'établissement de la menstruation. Toutes les autres femnies étaient déjà réglées, lorsque l'épilepsie s'est déclarée ; et, parmi elles, il y en avait 35 chez qui la menstruation et l'épilepsie ont paru dans la même année.
D'après les recherches de Landouzy et de M. Briquet sur l'hystérie, c'est dans l'intervalle compris entre 15 et 20 ans, que cette affection commence le plus ordinairement. Sur 4SI femmes hystériques interrogées par M. Briquet, il y en avait lâO qui sont tombées malades dans cette période de la vie. Sur 135 hystériques examinées par Landouzy, c'est encore l'intervalle compris entre l'âge de 15 et 20 ans qui donne 105, chiffre le plus fort du tableau.
M. le docteur Marrotte, ayant analysé un assez grand nombre
d'observations de l'épilepsie, publiées par les différents auteurs, et surtout par MM. Bouchet et Cazauvieilh, fait jouer également un rôle important à la menstruation dans l'étiologie de cette affection. D'après ce médecin, l'influence de la menstruation peut être appréciée de trois manières difTérentes : 1* la menstruation peut n'avoir concouru en rien à la .production de répilepsie, mais donner néanmoins une impulsion aux attaques^ c'est ainsi, par exemple, qu'une jeune fille commença à avoir des attaques d'épilepsie à neuf ans; de douze à quinze ans, les attaques cessèrent. Cependant, la menstruation s'établit alors, et les attaques épileptiques recommencèrent. M. Marrotte a trouvé quatre cas de ce genre. 2* L'épilepsie, tout étant antérieure à l'établissement des règles, reçoit quelquefois une activité inaccoutumée des retours périodiques de la menstruation, et [ses attaques deviennent plus fréquentes. M. Marrotte a trouvé six cas de ce genre dans les auteurs que nous venons de nommer. 3** L'épilepsie, quoique produite par d'autres causes efficientes que la menstruation, revient néanmoins périodiquement, simultanément avec le retour des règles. Ces cas ont été rencontrés neuf fois dans le travail analytique de M. Marrotte.
Des faits analogues ont été cités à l'occasion de l'hystérie. Lucas Championnière rapporte l'observation d'une femme de vingt-quatre ans, chez qui les accès hystériques s'étant déclarés au moment des règles, à la suite d'une émotion vive, se répétaient ensuite chaque mois, tant que durait le flux menstruel, tandis qu'ils cessaient dans l'intervalle ainsi que pendant la grossesse, jusqu'au moment du retour des règles.
Ce que nous avons remarqué, quant à l'influence de la menstruation sur l'épilepsie et l'hystérie, se retrouve également dans la manie. Règle générale, les époques menstruelles produisent presque toujours plus ou moins d'excitation chez les maniaques, à tel point que lorsqu'on remarque que, sans cause appréciable, il survient de l'exacerbation dans leur état ordinaire, on peut prédire une prochaine apparition des régies.
Ul^ MMIWATW» AU POCIT DC vrz K U FJ
< LVpoque des retours meDitmels est toajoors ob teapson* geijx pour les femmes ali-:r ées, iJil Ei^^airLl. niim^ p:or ceUes rJoni les menstrues ne iont p^'jlnl dêran;êi?s l ►. * Ceile îafluence dei »rpoques mecstraelles est lellerr.eat reouniBable, que presque touli!:s les maniaques qui tombent malades de délire ai^u, affection qui leur est généralement CàUle, gagent cette ^are complication, comme Ta remarqué notre saiaet confrère, le d'.cteur Baillarger, précisément au moment des époques menstruelles '2k D'un autre côté, Es<]uîroi dit a?oir vu des femmes qui, après être restées maniaques pendant la période de la vie destinée à la menstruation, guérissaient spontanément, immédiatement, après Tâge criliqoe.
La surexcitation nerveuse qui accompagne les époques menstruolles, n'est pas généralement indifférente aux femmes qui soufflent des névralgies. Nous avons recueilli huit observations de névralgies : trois relatives aux névralgies de ia cinquième paire, trois à la sciatique, et deux à la névralgie iléolombaire. Toutes les malades nous ont déclaré avoir éprouvé des exacerbations aux approches des règles, et même souvent pendant leur durée.
Ainsi, dans toutes les affections du système nerveux qui ont [)Our caractère Vexcitation^ la menstruation exerce généralement une influence bien marquée et incontestable, caracté* risée par le surcroît de celle excitation. A priori^ ou pourrait déjà présumer qu'il ne devait pas en être de même dans les paralysies.
Ellectivement, nous avons eu l'occasion d'interroger làdessus huit femmes afl'ectées de paralysies : deux d'hémiplégie, trois (le paraplégie et trois de paralysie faciale. Toutes ces femmes avaient èlé habiluellement bien réglées jusqu'à l'invai^iou de la maladie, et continuaient de 1 être ensuite. Pas une seule n'avait jamais remarqué la moindre modification dans son élal au moment des règles.
(1) Ësquirol, Trailé des maladies mentales^ 1838^ t. I, p. 136.
(2) Bailiurgor, Gazette des hô^iitatUt 1855, n** 39, art. publié par M. JudéCi
L'influence des époques menslnielles sur un certain ordre d'affections du système nerveux, est donc un fait désormais acquis à la science. Mais encore une fois, le flux menstruel n'est pour rien, par lui-même, dans les changements éprouvés. L'hémorrhagie a pu subir des variations quant à la quantité ou h la qualité, cela ne modifle pas le résultat; tout se borne aux réactions de l'orgasme nerveux, qui accompagne ladéhiscence spontanée sur le système cérébro-spinal, deveiiu lui-même plus impressionnable pendant la période de la vie, qui correspond h la puberté.
Quelques auteurs ont pensé que le flux menstruel survenu dans le cours des névroses après un certain temps d'aménorrhée, pouvait opérer un changement favorable dans l'économie, et amener une crise salutaire. C'est une question qui est encore bien discutable, et de même que nous l'avons déjà dit, à propos des guérisons de certaines affections de l'enfance, coïncidant avec la première éruption des règles, nous craignons qu'ici l'on ait pris l'effet pour la cause.
M. le docteur Foville nous a dit avoir vu dans ses salles, k l'hospice deCharenton, une éj'ileptique qui, quoique âgée de vingt-six ans, n'avait pas encore été réglée, ce que ce savant médecin attribuait avec raison à sa constitution éminemment scrofuleuse. Après l'emploi habilement dirigé de préparations iodées, cette femme finit par être menstruée. Cependant ce changement, qui s'était opéré évidemment sous l'influence d'une modification favorable de la constitution, n'amena aucune crise heureuse dans le cours de l'épilepsie ; cette maladie a continué sa marche comme avant la menstruation.
Esquirol, qui semble disposé à attribuer la puissance critique au flux menstruel, dans certaines manies, ne cite qu'un seul fait à l'appui de cette opinion. Il s'agit d'une dame de vingt-neuf ans, mère de deux enfants, d'un caractère excessivement jaloux. Elle éprouva un jour, sans cause connue, un violent accès de jalousie ; ses règles se supprimèrent, et furent remplacées par un délire maniaque.
Plusieurs mois de soins assidus ne purent amener aucun changement notable dans l'état des facultés intellectuelles de la malade ; enfin les régies reparurent et coulèrent abondamment; dès lors, toutes les idées sont devenues justes; toutes les préventions se dissipèrent, les hallucinations ont disparu, les excrétions se sont rétablies, et, au bout d'un mois, madame C... était en état de retourner chez elle.
Quoique cette observation semble réunir la plupart des conditions d'une véritable crise, elle ne nous parait pas encore tout à fait concluante. En effet, comme le fait remarquer Esquirol lui-même, déjà depuis trois jours avant l'arrivée des règles, la malade était moins sombre et moins mécontente que d'habitude, ce qui pouvait être attribué, du moins jusqu'à un certain point, à des promenades en voiture qu'Esquirol a fait faire à la malade, pendant ces trois jours, àTépoque du carnaval. Cette distraction a pu être, bien certainement, pour quelque chose dans l'amélioration survenue aussi subitement, et nous sommes tout disposé à croire que le retour des règles lui-même n'a été, dans aucun cas, que la conséquence du retour de la santé.
Nous n'aurons que peu de choses à dire de l'influence des affections nerveuses sur les règles. Si Ton excepte certaines formes d'aliénation mentale, l'ovulation reste indépendante, et continue sa marche périodique dans le cours de ces affections, comme dans toutes les autres, tant qu'il n'y a pas une grande perturbation de l'économie, et un grand affaiblissement des forces.
€ Lorsqu'une disposition héréditaire, dit Esquirol, un vice de conformation, prédisposent à la folie, laquelle éclate par l'effet d'une cause accidentelle, au début de la maladie, les menstrues se suppriment; elles se rétablissent promplement, mais sans soulagement pour la malade. Lorsque les menstrues coulent bien, sans retour vers la santé, alors on doit craindre que la maladie ne devienne incurable; mais tant que les men^ trues ne sont pas rétablies, il est permis de conserver quelque
RAPPORTS OB LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES, hll
espoir de guérison, surtout dans la première jeunesse (1). » Sans doute, tant que la menstruation ne se rétablit pas, on peut toujours supposer que tout n'est pas encore rentré dans Tordre, et il est permis d'espérer une amélioration de Télat mental à la suite de celle de l'état général, mais il serait irrationnel de compter, pour obtenir cette amélioration, sur les règles, et travailler dans ce sens, alin d'en provoquer le retour.
Quant aux idiotes, Tovulation n'éprouve pas la moindre entrave au milieu de leur apathie, et elles sont généralement, régulièrement, et abondamment menstruées.
i 1^. — Ile la iiiii^i^re««i«ii lira«qiie de» rèsle« et de l*«i«xie nienntmelle (déwialion den régies), el en parllcoller dcti rapporlii de la ■lettstraatloB aYee len treoiiles eonséeotlM à la «nppreiislon.
La question que nous nous proposons de traiter dans ce paragraphe n'est, en quelque sorte, que le complément de celles que nous avons examinées dans les paragraphes précédents. Nous avons d*abord cherché à savoir si le flux menstruel avait réellement de Tinfluence, comme on le croyait autrefois, sur la marche et la terminaison des maladies; s'il y avait quelque chose de bon à attendre de son apparition. Nous sommes, je crois, suffisamment édifiés là-dessus, de même que sur l'influence attribuée aux difl*érentes afl'ections sur les règles. Mais, pour juger complètement l'ancienne théorie de la menstruation et ses conséquences pathologiques, il nous reste encore un côté de la question à étudier, à savoir ce qui advient si, par hasard, le sang menstruel se trouve accidentellement supprimé. Quel est le rcMe de ce sang, dans l'étiologie des accidents qui succèdent à la suppression, et quel est le rôle que jouent, en cette circonstance, d'autres éléments physiologiques de la menstruation? Comme toute théorie physiologique reflète forcément ses lumières ou ses errements sur la pathologie et la thérapeutique, les anciens devaient
(1) Lucas Championnière, Joum* de méd. ei de chir^ pral,f 1836, p; 136.
nêcessairemeni faire jouer un rôle imporlant, daus les suppressions du flux menstruel, au sang supprimé, puisque c'esl riiémorrliagie qui constituait à leurs yeux, à elle seule, toute la fonction de la menstruation. On prétendait alors que le sang, dont la sortie était ainsi empêchée, rentrait dans l'appareil circulatoire, et que c'est là dedans que se trouvait le secret de tous les accidents consécutifs à la suppression. D'après les uns, le danger provenait du trop plein relatif qui en résultait. D'autres allaient beaucoup plus loin, et croyaient à un véritable empoisonnement.
Cette singulière opinion a été encore professée, il y a à peine vingt-six ans de cela, dans l'ouvrage sur la menstruation publié par M. le docteur Brierre de Boismont.
« Les accidents déterminés par la rétention sont-ils plutôt dus aux qualités du sang qu'à sa quantité? se demande M. Brierre de Boismont. Beaucoup de preuves semblent parler, dit cet honorable confrère, dont le livre résume parfaitement l'état de la science sur l'emménologie à l'époque où il a été pubhé, en faveur de la première opinion (1). >
L'auteur appuie surtout sa manière de voir sur des faits de cyanose j qu'on a vu survenir quelquefois après une suppression brusque des règles. Ces faits indiqueraient évidemment, d'après M. Brierre de Boismont, une altération du sang analogue à celle qui s'opère dans les asphyxies, et après f empoisonnement par certaines substances narcotiques^ entre autres par l opium. Ce qu'il y a surtout de remarquable, c'esl que c'est après avoir cherché à démontrer, dans la partie physiologique de son livre, que le sang menstruel ne dillëre point par ses qualités du sang artériel, que l'auteur lui attribue ensuite ces propriétés vénéneuses, à l'occasion de la suppression des règles. Chez une malade ainsi cyanosée, on avait trouvé, à l'autopsie, un rétrécissement général du système ortéîneif coïncidant avec un développement marqué du système
(1) Brierro de fioUmont, D« la mcmtruati(m^ Parit » 1830, p. 321.
RAPPOltTS DE LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. A79
veineux jmqxie dans ses capillaires. Il nous semble que celte altération suffît largement, par elle-même, pour expliquer la teinte cyanosée, sans qu'on ait besoin de recourir pour cela à riiypothcse d'empoisonnement par le sang menstruel rentré I
Dans une autre observation rapportée par M. Brierre de Boismont, les règles se suppriment à la suite d'une vive commotion morale, et il survient de la cyanose. L'auteur, sous rinfluence d'une idée préconçue, préfère encore attribuer, dans ce cas, la coloration insolite à la résorption du sang menstruel, (|u'à cette cause morale qui a provoqué la suppression et qui, par son caractère, peut très-bien rendre compte de la cyanose survenue subitement.
Par un hasard singulier, au moment où nous écrivions ces lignes, nous venions de lire, dans un journal de médecine, la description d'un fait tout à fait analogue, publié par M. le professeur Huss, de Stockholm, où, cependant, il était impossible d'invoquer l'empoisonnement du sang par le flux menstruel supprimé, pour expliquer la cyanose (1). 11 s'agit, en effet, d'une jeune fille de .treize ans, encore non réglée, qui était effrayée de se voir poursuivie dans la rue par un homme. Arrivée chez elle, elle a éprouvé un accès de palpitations violentes, avec une grande difficulté de respirer et perte de connaissance. La peau est devenue en même temps bleue sur tout le corps. Cet état ayant continué pendant deux mois, la mère amena l'enfant à Thôpital, où elle était traitée par la diète et le sous-carbonate de fer. Au bout de trois semaines, son état s'était sensiblement amélioré, et elle n'a pas tardé à être complètement guérie.
Voilà comment une simple commotion morale peut arriver à produire une perturbation nerveuse assez vive pour faire ' naitre, par un mécanisme dont le secret nous échappe, une coloration cyanosée. Inutile, par conséquent, d'accuser de cela
(1) Magaus Husi», Gazelle médicale dô PariSj 1843, auméro du il fôvrier.
/l80 MENSTRUATION AU POINT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
le flux menstruel, lorsque la commolion morale a eu lieu pendant les règles, et que celles-ci se sont en même temps supprimées.
Nous n'insisterons pas davantage sur celte théorie, dont l'origine remonte aux Arabes. La théorie moderne de la menstruation, basée sur Tovulation, dispense d'ailleurs coraplélement de relever de pareils errements. Aran n'a pas été plus heureux, à notre avis, en attribuant les accidents qui se manifestent après la suppression brusque des règles, à un raptus sanguin très-intense vers les firincipaux appareils de forga- ?iisme (1).
Nous avons pensé qu'il valait mieux laisser de côté toutes les préoccupations doctrinales, et nous mettre à étudier les caractères des accidents qui se manifestent ordinairement après la suppression des règles; c'est le meilleur moyen, je crois, de saisir le mécanisme de leur évolution. Nous y trouverons probablement, en même temps, l'occasion de voir se confirmer ce que nous avons déjà appris sur les conditions physiologiques de la menstruation ; car c'est le propre de toutes les bonnes théories, en physiologie, que, non-seulement elles donnent une explication satisfaisante des phénomènes pathologiques relatifs aux difîérentes fonctions auxquelles elles s'appliquent, mais qu'elles se trouvent sanctionnées, en retour, par les caractères de ces phénomènes.
Parmi les causes qui produisent la suppression brusque des règles, il y en a qui agissent directement sur l'appareil circulatoire, comme, par exemple, la phlébotomie du bras, pendant les règles. Dans ce cas, on, voit rarement survenir d'autres manifestations que la suppression du flux menstruel. La saignée a pour effet de détourner le sang de toutes les régions du corps vers l'endroit où il trouve une issue plus large; rien d'étonnant alors qu'elle puisse faire cesser ainsi le flux menstruel, qui ne s'opère que difficilement à travers les parois des capillaires utérins.
(1) Xran, Uçons sur les maladies de Vulérus, p. 295.
Cette application des lois de l'hydraulique à réconomie, pour expliquer les effets de la saignée» a déjà été faite par Stbal : c .. lUud facile inlellecturum, quod etiam in machina in qua motus humoris undique aequali compressione cohibeatur, si in aliqua ejus parte laxiori eruptioni porta aperiatur, ex universo reliquo circuitu ab illa supposita œquali pressione, redundatio undequaque versus liberiorem exitum ita successurâ sit, ut longe parcior aditus et progressus per isla reliqua humoris diverticula atque receptacula mox ab illo momento subsecuturus sit (1). >
Il y aura bientpt trente ans, M. le docteur Frédéric Dubois (d'Amiens) (2) , secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, se chargea de démontrer la réalité de ce fait d'une manière expérimentale, en piquant les vaisseaux capillaires.
« Quand les perforations, dit ce médecin distingué, intéressent les capillaires, si ces courants sont tels qu'ils ne laissent passer qu'un seul globule de front, ils s'échappent en fusées, en tourbillons, mais sans accélération bien distincte ; que si le capillaire perforé peut livrer passage à plusieurs globules de front, ceux-ci s'échappent avec rapidité, et souvent on peut voir de la manière la plus positive les globules accou" rir de tous les côtés et même dans un sens rétrograde vers l'ouverture artificielle. C'est évidemment, en petit, ce qu'on observe, quand, après avoir ouvert une grosse veine du pied, on vient à plonger le membre dans un bain. »
On peut expliquer de la même manière la cessation brusque du flux menstruel que l'on remarque quelquefois après l'invasion subite de certaines phlegmasies intenses. La congestion inflammatoire, attirant le sang vers l'organe malade, peut, fort naturellement, conformément aux principes hydrauliques que nous venons de rappeler, le détourner de la matrice où il se dirigeait auparavant, sous l'influence de l'excitation physiologique.
(1) Daniel Blegbel, De vmœ seciione; dissert, de Stahl.
(2) fréd. Dubois (d^AmieDs), Préleçons de pathologie expérinu Paris, iSAl.
lAaBORSU. 31
Dans tout autre cas, les causes de la suppression n'agissant pas directement sur le système circulatoire, on voit généralement survenir quelques autres accidents, en même temps que la suppression du flux menstruel. Mais ce qui prouve le mieux que rhémorrhagie supprimée n'est pour rien dans leur production, c'est que la nature de ces accidents varie, et qu'elle est toujours en rapport avec le caractère des causes qui les ont fait naître. Ainsi, on peut être sûr d'avance que, lorsqu'il s'agit d'une frayeur, d'un profond chagrin ou d'une violente douleur, la suppression des règles sera accompagnée de quelques troubles de l'innervation, tels que Thystéralgie, un accès d'hystérie, une attaque épileptiforme, le délire, l'aliénation mentale, etc., etc. Lorsqu'au contraire, la cause qui a supprimé les règles n'a pas, par sa nature, d'action directe sur l'innervation; que ce soit, par exemple* une transition brusque du chaud au froid, l'exposition à la pluie, etc., etc., on ne verra plus survenir d'accidents nerveux, mais des phlegmasies, telles qu'une fluxion de poitrine, une pleurésie, une angine tonsillaire, une métrite, etc., etc. ; en un mot, des affections de la même nature que celles que des causes semblables ont l'habitude de produire, en dehors des époques menstruelles.
L'influence cataméniale ne joue donc d'autre rôle dans cette circonstance, que celui de prédisposer davantage aux maladies, à cause de l'impressionnabilîté plus grande des femmes au moment des régies. Ce qu'il y a encore de remarquable en cela, et tout à fait caractéristique, c'est que le flux menstruel peut reparaître, soit, encore pendant la même époque où il a été supprimé, soit, ce qui arrive plus souvent, à l'époque suivante, sans que ce retour soit subordonné à la disparition des accidents qui avaient paru après sa suppression.
Ainsi, encore une fois, le flux menstruel n'entre pour rien par lui-même dans l'étiologie des accidents consécutifs à la suppression brusque des règles. Il n'en est pas de même d'autres conditions anatomo-physiologiques présentes, au moment
RAPPORTS ra LA MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. 483
de raction de ces causes. Quel que soit Tagenl qui supprime brusquement les règles, il est évident que la congestion qui caractérise les époques menstruelles, dans les ovaires et Tutérus, privée subitement de la crise qui devait la terminer, peut s'élever jusqu'au degré d'une congestion pathologique, et même passer à l'état d'une véritable inflammation. Ceci explique la fréquence des accidents inflammatoires du côté des organes du bas-ventre, à la suite des suppressions brusques des règles.
D'un autre côté, on sait de quelle importance est, pendant la menstruation, l'orgasme nerveux utéro-ovarien, qui entretient des relations avec le système nerveux général. Son moindre et le plus ordinaire effet, c'est de rendre alors les femmes plus impressionnables. Que, dans ces conditions, une violente cause morale intervienne, et il n'y aura rien d'étonnant qu'à part la suppression des règles, et quelques accidents locaux de Tordre nerveux ou inflammatoire, on voie se déclarer quelques perturbations générales. Cependant, telle est au milieu de tout cela, la part de l'orgasme nerveux de l'ovulation, que lors même que le calme revienne au bout de quelque temps, les troubles peuvent reparaître de nouveau, sous l'influence de l'aiguillon d'une nouvelle déhiscence spontanée. C'est ainsi qu'on voit souvent des troubles nerveux tels que : convulsions, délire, névralgies, etc., etc., qui étaient survenus subitement après une suppression brusque des règles, revenir ensuite à chaque époque menstruelle, malgré l'abondance du flux périodique.
C'est ici le moment de fixer notre attention sur un fait pathologique fort curieux, et pour l'explication duquel on est généralement très-embarrassé. Nous voulons parler de ces hémorrhagies périodiques; qui se manifestent chez quelques femmes, et particulièrement chez de jeunes filles, dans les différentes parties du corps, au moment où les règles avaient l'habitude de venir. Tant qu'elles existent, le flux menstruel est généralement diminué, ou il est à peine apparent. On avait
donné à ce phénomène différentes dénominations; ceux qui croyaient qne c'est la menstruation elle-même qui était ainsi remplacée, l'avaient désigné sous le nom de menstruatio vicaria. M. CSourty propose de le désigner sous le nom de règles suppiémentairesy lorsque le flux menstruel n'est pas en même temps entièrement supprimé, et il réserve le nom de règles dévieeSy pour les bémorrhagies pendant lesquelles on ne voit pas du tout paraître de sang par les organes sexuels, etc. Nous ne partageons pas, sous ce rapport, la manière de voir du savant professeur de Montpellier. Il est évident que, dans les deux cas« il s*agit du même état pathologique ; c'est toujours la m<ïme perturbation nerveuse, dont l'efl'et est le détournement ou la déviation du flux menstruel de sa direction normale. La quantité de sang perdu par les voies anormales, ne peut rien changer à la pathogénie de cet intéressant phénomène. En adoptant la division de M. Courty, on donnerait au contraire à supposer qu'il n*est question, dans cet état, que d'un simple déplacement du flux menstruel, tantôt complet, tantôt partiel, ce qui ne serait pas exact. Il n'y a rien dans cet état morbide qui puisse être comparé aux eff'ets physiques d'une pompe foulante et aspirante. Si l'ancienne théorie de la menstruation (H)UYait se concilier en apparence avec ces idées, la thérapeutiqu^es réduit à néant. Pour nous, l'état pathologique dont il est question appartient à l'ordre des névroses. L'orgasme de la déhiscence spontanée produit, dans certaines circonstances, une telle perturbation dans le système nerveux, qu'il se forme dans les parties plus ou moins éloignées de l'utérus, des congestions suivies d'hémorrhagies, comme il n'y en a, dans Tétai normal, que du côté de cet organe ; c'est, si l'on veut bien nous permettre cette expression qui rend bien notre pensée, une sorte A'ataxie menstruelle. En voici un exemple :
« Une demoiselle de vingt-trois ans, étant au moment des règles, lit une chute sur le bras. La suppression du flux menstruel fut l'effet immédiat de cet accident. Le vingt-neuvième jour» cette jeune personne vit à son réveil son bras, qui avait
RAPPORTS DE Lk MENSTRUATION ATEG DIFFÉRENTES MALADIES. &85
supporté reffortde la chute, et qui, jusque-là, n'avait pas présenté la moindre altération, se tuméfier, s'ecchymoser, et se couvrir de varices tellement grosses, qu'il en fut tout déformé. Plus tard, les menstrues reparurent, et l'on ne s'occupa plus que de la compression des varices au moyen d'un bandage roulé. ))
Dans cette observation, la congestion sanguine que l'orgasme accompagnant la déhiscence spontanée devait provoquer dans un des ovaires et dans l'utérus, a été anormalement répétée simultanément, comme une espèce d'écho, dans la partie sur laquelle avait porté le coup (1).
Le plus souvent, la nature semble choisir^de préférence, pour ces exhalations sanguines, des endroits qui étaient déjà plus ou moins congestionnés, tels que des ulcères chroniques, des solutions de continuité formées au moment de l'accident qui a occasionné la suppression, des nsevi, des varices, etc., etc. Bien des fois, cependant, l'hémorrhagie s'opère à travers les membranes muqueuses de la bouche, du nez, des paupières, quelquefois dans la chambre antérieure de l'œil (2), par la peau mince et vasculaire des aisselles, des aréoles des seins, etc., etc.
M. Puech, ayant fait là-dessus des recherches dans les différents auteurs, a trouvé que, sur 200 cas, ces hémorrhagies avaient eu lieu :
Par le cuir chevelu 6 fois.
le conduit auditif 6
les yeux, paupières, caroncules lacrymales. 1 0
les épistaxis nasales 18
les joues 3
les alvéoles dentaires 10
la bouche à
rhômoptysie 2à
rhématémèse 32
les mamelles 25
le tronc, les aisselles, le dos 10
(1) Girod (de Lyon), Joum. de la Soc. de méd.i t. XIX, cahier de uivôse.
(2) Gaz. méd. de Paris, 1862, p. 230.
ix%6 MBNSTMUATION AU POINT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
Par l'ombilic 5 fois.
rbématurie 8
les intestins, hémorrhoïdes 10
les mains et doigts 7
les membres inférieurs 13
les sièges multiples 8 (1).
Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que celle sorle à'ataxie menstruelle fût toujours la conséquence des causes agissant brusquement au moment des règles, de manière à en produire une suppression subite. Comme la plupart des névroses^ elle se présente souvent dans le cours de la chlorose, lorsqu'il y a eu déjà antérieurement une diminution notable dans Tabondance du flux menstruel, nouvelle preuve qu'il ne s'agit pas ici, comme on le croyait, du transport du sang destiné à être évacué, mais d'une véritable perturbation nerveuse, qui opère la disjonction des symptômes appartenant au dernier acte de la déhiscence spontanée, et dirige vers d'autres organes le sang qui ne devait se rendre que vers l'utérus. Au lieu de se faire jour à travers la peau ou les muqueuses, ces exhalations sanguines s'opèrent quelquefois profondément dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou dans les cavités des organes. Nous avons déjà cité un exemple de cette ataxie mefistmelle, où le sang s'épanchait périodiquement tous les mois dans l'intérieur de la chambre antérieure de l'œil. M. Jacquemier parle d'une femme chez qui les hémorrhagies de cette espèce formaient des tumeurs sanguines fluctuantes aux cuisses et au ventre (2).
M. Courly cite un fait fort curieux, dans lequel Thémorrliagie périodique dont nous parlons s'opérait par les parois de Testomac. Ce que ce fait présentait surtout de particulier, c est que le sang restait souvent plusieurs mois dans l'estomac sans être rejeté au dehors. « Il survenait à chaque époque des phénomènes critiques tout à fait caractéristiques, et des altérations profondes des fonctions digestives. Après quelques mois, ces
(1) Gourty, TraUé pratique det maladiet de VtUérw, p. 390.
(2) Jacqueaiier, Manuel des accouchêmenUy 1846.
RAPPORTS DE Là MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. ft87
désordres prenaient une intensité plus grande, une petite saignée devenait nécessaire, pour faire cesser le spasme et provoquer le vomissement; or, dans les matières vomies, se trouvaient diverses couches évidemment superposées, depuis le sang le plus pur jusqu'aux caillots les plus anciens, les plus denses» ou les plus altérés, dans un état analogue à la putréfaction. Il était difficile de douter que ces divers dépôts ne provinssent de l'accumulation successive d'hémorrhagies antérieures, produites à diverses époques, qui, probablement, correspondaient aux époques menstruelles (1) . »
Qui sait si parmi les collections sanguines qu'on rencontre quelquefois dans le cul-de-sac péritonéal du petit bassin, ou dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, décrites sous le titre à' hématocèle réiro-uiéririej il n'y en a pas qui pourraient avoir une origine analogue?
Prétendre avec MM. Scanzoni et Nonat (2), que ces hémorrhagies sont toujours occasionnées par une prédisposition résul^ tant dune anomalie de la structure des organes^ anomalie qui consiste principalement en une ténuité mobile^ et une grande fragilité des vaisseaux^ c'est rapetisser considérablement la question, et la réduire tout à fait à des proportions mécaniques. 11 n'y a pas le moindre doute que ces hémorrhagies n'auront jamais lieu à travers les dents ou les ongles; mais il suffit de jeter un coup d'œil sur le tableau que nous venons de citer, d'après le relevé fait par M. Puech, pour voir à quel point peuvent varier les organes qui sentie siège du flux menstruel dévié; ce relevé démontre que les hémorrhagies en question peuvent se déclarer, sans exception, partout où il y a des vaisseaux plus ou moins déliés, et du tissu cellulaire assez fin, partout, en un mot, où il y a des conditions favorables aux hémorrhagies. Il en est d'ailleurs de cela comme des manifestations douloureuses dans certaines névroses, que l'on voit également envahir différentes parties du corps , sans
(1) Courty, Traité pratique des nuUadies de Vutérui^ p. 290.
(2) IHonat, Traité pratique detmaiadiei del*uiérut, 1860, p. 587. .
&90 MBflSTBnATION AU POIKT DE VUE DE LA PATHOLOGIE.
donner une explicalion rationnelle de la déviation des règles. Quant à Tidée du refoulement du sang supprimé, vers l'intérieur, et de son transport sur d'autres organes, quant à celle de l'empoisonnement de l'économie par le flux menstruel rentré, il faut les considérer comme des opinions surannées, et tout à fait en contradition avec l'observation clinique et l'état actuel de la science.
§ X. — néptumé de non olMiervatlong tmr la BirafllmattoB au point de voe de la paUioleisie sénérale.
Pour bien apprécier le rôle de la menstruation dans les maladies, il faut absolument opérer dans cette fonction une sorte de disjonction^ que la nature se permet d'opérer ellemême dans certaines circonstances. Il faut isoler Tovulation, qui constitue l'acte fondamental, et le but essentiel de cette fonction, de Thémorrhagie finale, qui est provoquée, il est vrai, par l'orgasme de la débiscence spontanée, mais dont l'abondance et même la présence dépendent plutôt des conditions anatomiqucs de l'utérus, ou de l'état du sang.
La membrane interne de l'utérus est tellement vasculaire, que de même que la membrane qui tapisse la cavité nasale, et peut-être encore davantage que celle-ci, elle se congestiomie et saigne facilement. L'orgasme de la débiscence spontanée n'est donc pas le seul à produire des hémorrhagies par cette voie. Différentes afl'ections de l'utérus, qui entretiennent continuellement rirritation , peuvent aussi être la cause des bémorrbagies par les organes sexuels. Les conditions anatomiqucs de l'utérus jouent, sous ce rapport, un rôle tellement important, qu'à cause de cela seulement, l'orgasme de l'ovu* lation ne se termine pas chez toutes les femmes par une crise également abondante. Une disposition tant soit peu variqueuse des plexus vasculaires, le relâchement des fibres musculaires qui les entourent de toutes parts dans les appareils érectiles, la diminution plus ou moins grande de consistance
RâPPOSTS DE Là MENSTRUATION AVEC DIFFÉRENTES MALADIES. &91
des parois utérines, tout cela influe sur la facilité de ces hémorrhagies et sur leur abondance.
Souvent, il sufGt de Taccélération du mouvement circulatoire, comme cela a lieu, par exemple, au début de certaines affections fébriles, et particulièrement dans les fièvres éruptives et Térysipèle de la face, pour qu'il survienne de petits saignements utérins, analogues aux épistaxis, que Ton voit souvent paraître au début des mêmes affections ou des ûévres typhoïdes.
Enfm,lc sang n'a qu'à être plus liquide et plus pauvre qu'à rélat normal, que cela peut déjà faciliter son suintement à travers la membrane interne de l'utérus, sous l'influence de la plus légère excitation, quelquefois même sans cause apparente.
Il n'est pas toujours facile de distinguer tous ces écoulements sanguins du véritable flux menstruel. Aussi, lorsqu'il s'agit de se prononcer sur l'influence de différentes maladies sur les règles, il faut être très-circonspect. Cependant, on peut éviter la plupart du temps la confusion, en tenant compte du terme de la dernière époque menstruelle, de l'abondance de l'écoulement, de sa durée et de sa marche.
Si, chez une femme qui est tombée malade vingt-six ou vingt-sept jours après avoir eu ses dernières règles, on voit venir une hémorrhagie par les organes sexuels, le lendemain, ou au bout de deux jours de la maladie, sans qu'elle diffère sensiblement, quant à l'abondance et la marche, de ce qui avait lieu à d'autres époques menstruelles, je crois qu'on sera en droit de la considérer comme le résultat de la déhiscence spontanée, et d'en conclure que l'invasion de la maladie en question n'a pas empêché la ponte de s'effectuer.
La même hémorrhagie, arrivée au début d'une maladie aiguë, trois ou quatre jours en avance, devra encore être, je crois, rapportée à l'ovulation. En effet, que les choses ne soient pas allées jusqu'à la déhiscence, la congestion provoquée par les dernières phases de l'ovulation est déjà dans ce cas assez avancée pour se ler.niner {plus tôt que d'habitude
692 MENSTBUÂTION AU POINT DE YUB DE LA PATHOLOGIB.
par hémorrhagie, à cause de l'accélération de la circulation, sous TinQuence de la fièvre.
On ne pourra plus avoir les mêmes probabilités, si le sang parait dans le cours d'une maladie, dans un moment tout à fait inattendu. Lorsque ce n'est qu'une apparition de courte durée, surtout au début de la maladie, à peine douze ou quinze jours après la dernière époque des règles, il serait peu rationnel de considérer une pareille hémorrhagie comme résultat d'une déhiscence spontanée anticipée; il est bien plus probable qu'elle est tout à fait accidentelle.
Il y a donc bien des hémorrhagies utérines dans le cours des maladies, qui sont tout à fait indépendantes de l'ovulation. Parmi celles qui en dépendent, il y en a qui ne se présentent pas toujours avec la même abondance. Ce n'est donc jamais d*après cette seule considération, que les malades continuent à perdre de temps en temps un peu de sang par les organes sexuels, que l'on devra conclure que l'ovulation ou la menstruation proprement dite continuent dans le cours des maladies aiguës fébriles.
Un exemple tout à fait concluant de disjonction des deux principaux éléments de la menstruation, nous est offert par la continuation de Tovulation, démontrée par la présence dans les ovaires des métoarions menstrtielsy malgré l'absence prolongée, sinon absolue, des règles. Cette variété de disjonction ne peut guère se présenter dans les maladies aiguës. Au début de celles-ci, il y a toujours plutôt de la disposition aux hémorrhagies. Dans une période plus avancée, les ovaires ne fonctionnent plus du tout, du moins pendant quelque temps; ce n'est donc jamais dans le cours des maladies aiguës, que l'on serait fondé à supposer la possibilité de la continuation de l'ovulation, malgré la suppression des règles.
Mais rien ne prouve que cette disjonction ne puisse avoir lieu dans certaines affections chroniques, et en particulier dans la chlorose. On croit, généralement, que dans une certaine période de la chlorose, la menstruation cesse, parce
qu'on voit alors rarement paraître les régies. Il se pourrait bien, pourtant, que chez beaucoup de chlorotiqucs de cette catégorie, Tovulation continuât malgré l'absence du flux menstruel, et qu'il n'y eût pas par conséquent, à vrai dire, de cessation de la menstruation. Ce que nous avons dit dans le paragraphe précédent, de l'existence de métoarions menstruels^ et même des exemples de grossesse chez les femmes atteintes HatcLxie menstruelle^ qui sont presque toujours en même temps chlorotiques, viendrait à lappui de cette manière de voir.
En résumé, il n'est pas toujours facile de dire si l'ovulation continue ou noi» dans tdle ou telle maladie. Nous savons déjà à combien d'erreurs on serait exposé à cet égard, s'il fallait toujours juger cette question d*après les hémorrhagies qui peuvent se présenter dans le cours des maladies. D'un autre côté, l'ovulation pouvant continuer quelquefois malgré l'absence des règles, cela augmente encore les difficultés pour la solution du problème qui nous occupe. Toutefois, il peut suffire d'en être prévenu, la plupart du temps, pour les éviter. Ayant pris toutes les précautions nécessaires à cet égard, et fait des réserves pour des cas douteux, voici ce que nous croyons avoir remarqué, quant à l'influence des maladies sur la menstruation, et réciproquement, quant à l'influence des régies sur les diflérentes maladies.
Nous avons trouvé d'abord qu'il y a dans les maladies une condition indispensable pour l'exercice de Tovulalion, et à son acheminement physiologique vers la déhiscence : c'est que l'afiaiblissement de vitalité qu* elles produisent ne des^ cende jamais au-dessous d'un certain niveau qui parait indispensable pour cela.
Nous croyons qu'il n'y a pas une seule afiection fébrile aiguë, avec laquelle l'ovulation soit absolument incompatible, et qu'elle ne puisse pas souvent se terminer, à son début, par la déhiscence, lorsque tout était préparé pour cela, au moment de l'invasion de la maladie.
Il9ti MENSTRUATION AU POINT DE VUE DB LA PATHOLOGIE.
Mais, à pari celte circonstance toute particulière, il arrive le plus souvent, que, pourvu que les maladies se prolongent un peu, elles amènent un tel affaiblissement dans la constitution, une telle dépression des forces vitales, que l'exercice de l'ovulation reste forcément suspendu, comme on en voit la preuve dans des cas mortels.
Lorsque la mort a eu lieu plusieurs semaines après la dernière époque des règles, on trouve généralement, dans les ovaires, des méloarians menstruels, se rapportant à la dernière dèliisccnce spontanée quia eu lieu peu de jours avant ou au moment de l'invasion de la maladie. On peut même rencontrer des vestiges de métoarions antérieurs, mais jamais la moindre apparence de déhiscence de fraîche date. Les vésicules de Graaf seront peu développées, et ne présenteront pas cette gradation que Ton remarque, par exemple, après des morts subites survenues en pleine santé, qui permet souvent de désigner d'avance, d'après leur volume et leur situation, les vésicules qui étaient destinées à de prochaines déhiscences spontanées.
Dans les cas où les maladies aiguës, quoique graves, se terminent par la guérison, la marche du flux menstruel est tout à fait conforme à ce que nous venons de dire des caractères anatomiques relatifs à l'ovulation. En général, toutes les fois qu'une affection fébrile grave a débuté peu de temps avant, ou peu de temps après une époque des règles, lorsque surtout, on la combattait par des émissions sanguines abondantes, ou une diète prolongée d'après d'autres moyens affaiblissants, le flux menstruel ne reparaît pas à l'époque. Cet effet peut encore se reproduire aux époques suivantes ; l'aménorrhée dure, dans ce cas, d'autant plus longtemps, que 1 épuisement a été plus profond ; aussi n'esl-il pas rare de la voir se prolonger pendant plusieurs mois, à la suite des fièvres typhoïdes.
Les maladies chroniques ne dérangent, en général, la menstruation, qu'autant qu'elles sont parvenues à l'état cachectique, accompagné d'épuisement ou d'un appauvrissemeol
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notable des globules du sang. Quand ce degré arrive, Taménorrhée est la règle, c'est ce que nous voyons dans la phlhisie, dans la plupart des affections organiques, dans les cachexies, etc., etc.
Si Ton excepte la chlorose, Taménorrhée tient, la plupart du temps, dans les affections chroniques, à Tarrêt complet de Tovulation. Quand on examine les ovaires des femmes morte de ces affections, on y trouve à peine quelques vésicules de Graaf peu développées. A côté de cela, on aperçoit des restes d'anciens ??iétoanons (PI. II, fig. 11), mais aucune trace de déhiscence d'une date plus ou moins récente.
Pour que les choses viennent à ce point, il faut absolument que le niveau des forces vitales s'abaisse jusqu'au degré incompatible avec l'exercice de l'ovulation. Sans cela, l'ovulation jouit d'une immunité remarquable, même de la part des affections organiques, telles (|ue le cancer, les tubercules, etc., etc.
Le. cancer a beau même intéresser l'utérus ou les ovaires, que l'ovulation n'en poursuit pas moins sa marche plus ou moins réguUère pendant longtemps. Plus d'une fois, il nous est arrivé de rencontrer des traces des métoarions memtrueh de date récente, ou des métoarions consécutifs à la conception^ au milieu d'un tissu profondément altéré des ovaires, chez des femmes mortes en couches.
Cette grande indépendance de l'ovulalion, au milieu de différents états morbides, mérite d'attirer l'attention des observateurs. Ne semble-t-elle pas déjà faire pressentir l'importance de cette fonction, qui constitue effectivement la base de la reproduction de l'espèce ! Que de précautions la nature ne devait-elle pas prendre, pour assurer ainsi son Ubre exercice, au milieu de tant de perturbations auxquelles est soumise notre économie I Aussi faut-il que la situation soit déjà grave, que le principe vital lui-même tombe en défaillance, pour que l'ovulation cesse sans retour. On dirait que la nature n'a pas voulu que les espèces se reproduisent dans
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CCS conditions. Et quand on voit tout cela si admirablement combiné, si sagement arrangé, on est presque disposé à se demander pourquoi la nature n'a pas posé cette digue i la reproduction de l'espèce, dans tous les cas où l'on pouvait craindre la transmission des dispositions morbides par la voie de l'hérédité. Pourquoi ne pas avoir arrêté l'ovulation, chez toute femme atteinte de diathèse cancéreuse, tuberculeuse, etc., etc.? Cependant, une pareille lacune, à côté de tant de merveilles, permet encore de prendre courage, et de sentir se raffermir sa foi dans l'avenir. Il semble impossible que les affections que nous venons de nommer soient absolument incurables, si la nature n'a pas pris de mesures pour empêcher leur propagation des mères aux enfants. Mais il fallait nécessairement laisser quelques vides à remplir, pour entretenir l'activité du génie de l'homme. Us se remplissent peu à peu par des découvertes; le tour de celles auxquelles nous faisons allusion viendra probablement un jour.
Mais, si les affections de l'utérus, et même des ovaires, n'apportent pas de troubles dans l'ovulation, tant qu'il n'y a pas un grand affaiblissement de constitution, elles ne pouvaient guère rester indifférentes vis-à-vis le flux menstruel, qui termine la déhiscence périodique. On peut même afGrmer d'une manière générale que, si l'on excepte les troubles des règles occasionnés par des états constitutionnels, la plupart du temps les désordres du Qux menstruel sont la conséquence tout i fait naturelle des altérations de la matrice ou des ovaires.
Quelquefois, le tissu utérin n'a qu'à être resserré spasmediquement ou raccorni, que cela peut déjà suffire pour empê** cher la congestion, qui se déclare sous l'influence de l'orgasme de chaque déhiscence spontanée, de prendre un développement suffisant, et pour restreindre de beaucoup la quantité du flux menstruel, ou même l'empêcher presque tout à fait.
Que, maintenant, le tissu utérin se trouve dans un état de relâchement, soit par suite de l'inflammation, soit consécuti-vement à une faiblesse de constitution, le moindre stimalaoty
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soit physiologique, soit pathologique, pourra occasionner des pertes. Non-seulement les règles sont alors ordinairement abondantes, et durent longtemps, mais il survient des hcmorrhagies dans Fintervalle du mois, qui, probablement ne sont plus provoquées par l'orgasme de l'ovulation.
Lorsqu'on veut procéder en sens inverse, et apprécier Fin- Ouence de la menstruation sur les maladies, il est encore plus urgent de faire la disjonction entre ces deux principaux éléments, pour savoir au juste quelle est la part de Tovulation, et ce qui peut revenir au flux menstruel lui-même.
La première éruption des règles, à laquelle on supposait autrefois une grande influence sur la marche des affections de l'enfance, ne possède aucune vertu curative de ce genre. Si l'ovulation, qui a été ralentie dans sa marche par quelquesunes des fâcheuses dispositions de l'économie, acquiert, après un certain temps, plus de vigueur, et qu'elle aboutit à la dé hiscence spontanée, c'est que la constitution générale s'est améliorée, et que le niveau de la vitalité, qui est resté quelque temps incompatible avec l'ovulation, s'est relevé. L'éruption des règles est incontestablement alors de bon augure, mais il faudrait se garder de la considérer comme cause de ce changement favorable.
Quant au flux menstruel lui-même, il ne parait jouer aucun rôle au milieu de tout cela; ou, s'il fallait absolument lui en faire jouer un, ce serait plutôt celui de nuire quelquefois par son abondance aux forces vitales, et de les faire reculer de nouveau au-dessous du niveau compatible avec l'ovulation.
On remarque encore la même chose dans le cours de différentes afi'ections aiguës ou chroniques. Tout ce qu'on avait dit autrefois des crises ou des effets favorables de la menstruation, sur le cours des maladies, n'est qu'une hypothèse tout à fait gratuite. Il n'y a pas un seul fait de ce genre qui soit sanctionné par l'observation clinique. Ce qui est, au contraire, parfaitement bien démontré, c'est l'influence défavorable des époques menstruelles sur certains états morbides. De ce
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nombre, sont surlout les affections du système nerveux, celles (le l'utérus et des ovaires. Ici encore, le flux menstruel n'est pour rien dans l'aggravation que nous signalons et tout doit retomber sur l'orgasme nerveux de l'ovulation.
Il y a des névroses dont les accès ne reviennent qu'aux époques menstruelles, et d*autres, qui se répètent alors plus souvent que dans l'intervalle. Il n'y a pas, jusqu'à la simple exagération de sensibilité qui constitue, par exemple, les démangeaisons dans les affections de la peau, qui n'augmente généralement, au moment du plus fort de cet orgasme.
Toutes les affections de l'utérus s'aggravent généralement aux époques des règles, par l'appel du sang vers cet organe, au moment de chaque déhiscence spontanée. La congestion qui en résulte aurait beau se terminer par des hémorrhagies abondantes, l'excitation que la maladie en a éprouvée ne produit pas moins son effet; les maladies deviennent plus intenses, plus rebelles, et marchent plus vite vers le terme fatal, lorsqu'il s'agit des affections organiques.
Dans cectaines phlegmasies de la tunique interne de l'uténu {endométrite chronique)^ la congestion cataméniale peut faire naître de véritables foyers apoplectiques dans son épaisseur; infiltrée alors de sang, et ramollie, elle finit quelquefois par se détacher de l'utérus.
Une autre fois, la petite inflammation succédant à la solution de continuité qui constitue la déhiscence spontanée, acquiert des proportions pathologiques, et il peut en résulter, depuis des douleurs vives, pendant l'éruption des règles, jusqu'aux symptômes d'une véritable péritonite. On voit de plus en plus combien est faible le rôle du flux menstruel en pathologie ; c'était pourtant au sang qu*on réservait autrefois tous les hon« neurs de l'influence favorable attribuée à la menstruation 1
Lorsqu'il s'agit des suppressions brusques des régies, ce n'est pas non plus le sang supprimé qui engendre les troubles consécutifs dans l'économie. L'impressionnabilité étant plus grande aux époques des règlesi on comprend facilement k
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fréquence plus grande des troubles dans ce moment; mais quant à leur nature, elle est toujours subordonnée à celle des causes qui les ont produits.
Avec toutes ces données de pathologie générale , nous pouvons maintenant aborder, sans hésiter, les questions relatives à la thérapeutique générale, lesquelles sans cela ne pourraient jamais être convenablement résolues.