‹ Traité de la menstruation; ses rapports avec l'ovulation, le fécondation, l'hygiène de la puberté et de l'âge critique, son rôle dans les différentes maladies, ses troubles et leur traitementChapitre 25 sur 38 · GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

GÉNÉRALE

f 1. — lie la iiié4ieall«a emiéiiagooe.

La médication emménagogue est d'une date bien ancienne. Comme la plupart des méthodes thérapeutiques, elle repose sur les données de physiologie et de pathologie générales qui dominaient à l'époque où elle avait pris naissance. La science étant restée stationnaire sous ce double rapport jusqu'à la moitié de ce siècle^ la médication emménagogue a pu demeurer intacte dans toute sa simplicité primitive. Sans doute il s'était produit quelques doutes, quelques incertitudes à son égard, à cause des insuccès et des déceptions que l'on rencontrait à chaque pas, en suivant son programme; mais pour ébranler tout à fait la conGance en elle, il fallait qu'il s'opérât une révolution complète dans la physiologie de la menstruation, et dans la manière d'envisager son rôle en pathologie générale.

Au point de vue physiologique, la menstruation était considérée, comme nous l'avons exposé en ses temps et lieu, comme une espèce d'hémorrhagie critique, destinée à débarrasser l'économie du trop-plein de sang. Toutes' les fois, par

conséquent, que ce débouché était supprimé , il semblait nécessaire de chercher à rétablir le flux menstruel. On ne se préoccupait pas beaucoup, alors, s'il y avait ou non quelques états morbides qui eussent pu occasionner l'aménorrhée ; n'importe dans quelles conditions elle se présentait, on n'avait en vue que d'exciter l'utérus, et de le congestionner, pour rétablir le flux sanguin. On croyait d'ailleurs généralement, à cette époque, que la suppression des règles était plutôt la cause que l'effet de différents états morbides. C'est de là que datent encore toutes ces croyances populaires quant aux vertus curatives des règles, ces espérances, que bien des malades atteintes d'affections chroniques arrivées à une période avancée, fondent encore sur le retour prochain de leurs règles.

Il n'est pas étonnant non plus que, s'étant placé à ce point de vue, on ait attaché toujours une si grande importance en médecine, et qu'on en attache encore tant jusqu'à présent, dans les familles, à la première éruption des règles. Comment ne pas se préoccuper de cet acte physiologique, comment ne pas s'efforcer de hâter l'exercice de la menstruation, quand elle était considérée comme une crise favorable, capable d'emporter bien des dispositions morbides antérieures?

Telle est l'origine, telle est la philosophie de la médication emménagogue qui a régné longtemps dans les écoles.

Pour tous ceux qui n'ont pas suivi les progrès de la science en physiologie et en pathologie générales, la médication emménagogue a encore aujourd'hui toute sa force d'autrefois. Provoquer le flux menstruel peut, en effet, paraître une chose facile, lorsqu'on suppose que tout se borne dans ce fait à congestionner l'utérus, et à faire couler ainsi le sang. Arranger une combinaison de médicaments excitants, agissant sur la circulation générale, et sur les organes sexuels, voilà le secret de la médication, et c'est précisément ce qu'on faisait pendant longtemps.

Cependant,^ il y avait déjà des esprits d'élite qui, frappés surtout de nombreux insuccès de la médication emménagogue,

MÉDICATION EimÊNAGOGUE. SOI

assise sur de pareilles bases, trouvaient qu'on avait eu tort de vouloir assimiler rhémorrhagie menstruelle à une hémorrhagie accidentelle. Ces observateurs prétendaient que le fluz menstruel, en sa qualité de fonction de Téconomie, devait exiger certaines conditions physiologiques préalables, que la nature prenait soin de préparer, et qui seules pouvaient décider du succès.

c Remarquons, dit Barbier, qu'en recourant à un agent nommé emménagogue, on veut obtenir un effet qui exige, comme condition indispensable, que Torgane utérin soit actuellement dans une disposition particulière; or, F action de ce médicament ne peut point toujours faire naître cette dis^ position (1). >

Qu'aurait dit ce judicieux observateur, des prétentions extravagantes des anciens thérapeutistes, à l'endroit des emménagogues, s'il avait su, comme nous le savons aujourd'hui, que la congestion utérine qui précède Thémorrhagie menstruelle n'est elle-même que la conséquence de l'ovulation, qu'elle se rattache intimement à sa phase la plus avancée 1

Sans doute, on peut favoriser le développement des vésicules de Graaf ; on peut même hâter, plus ou moins, le moment de la déhiscence spontanée, quand l'ovulation se trouve déjà dans de bonnes conditions pour cela ; m^is vouloir lui commander à volonté, prétendre pouvoir provoquer le flux menstruel de toutes pièces, à l'aide de quelques médicaments, c'est trop présumer de la thérapeutique, c'est méconnaître complètement la nature réelle de la menstruation.

Schevilgué, ayant tenté quelques expériences sur les prétendus emménagogues, a vu de suite que souvent les femmes qui en faisaient usage ne revoyaient pas leurs règles, tandis qu'elles reparaissaient spontanément chez d'autres femmes, c Tous les auteurs conviendraient, dit Barbier, que de tous les médicaments évacuants, il n'en est pas dont Teffet soit

(1) Barbier, Dictionnaire des icienees médicales en 60 volumei , t. XI, p. 549.

503 MENSTRUATIO!! AU POINT Dl fUE DB LA PATHOLOGIE.

moiiiB 8Ùr« moins constant que celni des emménagogaes. >

D'un autre côté, nous avons vu, dans le chapitre précédent, qu'il n'y avait pas à compter sur les effets salutaires des règles, dans les états morbides antérieurs à la première éruption des régies. Nous avons vu également que, dans la plupart des affections chroniques, il était à peu près indifférent que les règles continuent ou qu'elles soient supprimées; que la marche de ces affections ne s'en ressentait pas du tout pour cela. Nous avons vu même, que les accidents consécutifs à une sup« pression brusque des règles restaient la plupart du temps indépendants du flux menstruel, et qu'ils persistaient souvent encore après la réapparition des règles.

Ainsi, de quel côté que Ton envisage la médication emménagogue, telle qu'on la comprenait autrefois, elle ne peut plus avoir sa raison d'être. Sa base physiologique était entièrement fausse, ses moyens d'action n'avaient aucune communauté thérapeutique entre eux; on la faisait intervenir à tort et à tra<vers, souvent dans des circonstances où il n'y avait absolument rien à en espérer; presque toujours même, le but qu'on se proposait ainsi d'atteindre ne pouvait être d'aucune utilité. Il est bien entendu que nous ne devons pas suivre ces errements.

Faut-il conclure de tout cela qu'il n'y a plus du tout de place en thérapeutique pour la médication emménagogue ? qu'il n'y a plus d'occasion, en pathologie, pour une indication rationnelle, d'un traitement dirigé en vue de provoquer les règles? Hâtons-nous de répondre que ce n'est pas notre manière de voir.

Il est bien entendu que toutes les fois que l'aménorrhée est consécutive à une telle altération des follicules de Graaf, qu'elle annihile la fonction de l'ovulation, il faut laisser la médication emménagogue de côté : elle serait alors sans but et sans résultat. Mais il peut arriver aussi que les vésicules de Graaf n'aient été qu^ suspendues dans leur développement physiologique, et que ce soit la seule raison dd l'aménorrhée.

MfiDIGATION EMMÊNA60GUE. 505

Une suspension plus ou moins longue d'une fonction de cette importance ne nous semble pas devoir être indiiîérente à l'économie ; elle doit être nécessaire à l'équilibre des autres fonctions, d'autant plus que les organes dévolus à son exercice persistent toujours.

Deux cas, surtout, peuvent se présenter dans la pratique, où rintervention de l'art, pour le rétablissement de la menstruation, semble être indiquée. Le premier correspond à ce que Kiwisch avait désigné sous le nom de torpeur des organes sexuels, ou, à ce qu'Aran désignait sous le nom d'aménorrhée par \ asthénie. Ces mots, torpeur et asthénie, dépeignent très-bien Tétat dont nous parlons; seulement, nous voulons qu'il soit bien entendu qu'ils s'appliquent à l'ovulation, et pas à tous les organes sexuels en général. L'aménorrhée chlorotique présente souvent ce caractère, quoique la plupart du temps, elle ne paraisse pas être la cause, mais l'effet, ou du moins une complication, d'un état général particulier. Il y a aussi des asthénies idiopathiques sans complication chlorotique. La plupart des retards ne sont que l'effet d'une torpeur momentanée, qui frappe l'ovulation au moment d'une phase très-avancée de son exercice, et qu'on peut secouer assez facilement.

Un autre état auquel on peut encore appliquer rationnellement la médication emména^ogue, est celui que nous avons désigné sous le nom d*ataxie menstruelle. On voit alors s'opérer anormalement des congestions vers les différents organes, tandis que l'utérus qui devait être congestionné, ne l'est presque plus du tout ou fort peu. Il sera utile d'avoir dans ce cas à sa disposition des moyens capables d'exciter particulièrement l'utérus ; car, à part le traitement général par des calmants, des toniques et des antispasmodiques, il faudra chercher à congestionner davantage cet organe.

Le champ de la médication emménagogue se trouve, par conséquent, sensiblement rétréci de nos jours, par le changement qui s'est opéré dans nos idées sur la nature de la

menstruation, et sur ses rapports avec les états morbides. A part quelques cas exceptionnels, où il n'y a qu'un retard dans l'accomplissement de la fonction, et où il est possible de produire assez promptement l'apparition du flux menstruel, les médicaments les mieux choisis, ne produisent des effets emménagogues qu'à la longue, après avoir modiBé les conditions actuelles de l'ovulation. On ne peut plus admettre aujourd'hui qu'on puisse, dans le cours d'une ancienne aménorrhée, faire venir brutalement les règles, après l'administration de quelques agents énergiques.

Les emménagogues, du grec, E|j.|j.if2va, règles^ et 07^, je />ot/55^, sont des agents delà médication' emménagogue destinés à faire venir les règles.

Parmi les soi-disant emménagogues, on trouve des moyens tellement différents, qu'on serait plus d'une fois tenté de [demander le motif de leur rapprochement sous le même titre ; ce sont souvent des moyens en apparence tout à fait insignifiants, à côté de l'importance du rôle qu'on leur fait jouer. Cette particularité se laisse pourtant expliquer assez facilement. Nous avons dit dans le paragraphe précédent , qu'il y a des cas où l'ovulation ne • semble arrêtée que dans sa phase tout à fait extrême, par suite d'un état de torpeur ou de spasme qui l'empêche d*aboutir à la déhiscence. Dans cet état de choses, il suffit souvent d'une légère excitation pour rompre cette hésitation, et provoquer les règles. Quelques tasses d'une infusion chaude, légèrement aromatisée, peuvent déjà produire cet effet. Tout moyen mis en usage, qui a eu la chance d'être suivi de ce résultat heureux, a été de suite inscrit parmi les emménagogues, de là provient cette grande quantité et cette variété des moyens désignés sous ce titre. Presque tous appartiennent néanmoins à la classe des excitants. Dans le nombre, il y en a, qui sont tout à fait empiriques, et d'autres,

DES EMMÊIiAGOGUES. 505

dont le choix a été plas ou moins raisonné. On peut aussi dis« Unguer parmi eux des excitants généraux, et des excitants spéciaux, qui s'adressent particulièrement à la matrice, et & d'autres organes du bas-ventre, ou qui ont pour eflet d*attirer le sang vers les extrémités inférieures. Enûn, parmi ceux qui agissent sur les organes sexuels, il y en a qui agissent directement, y étant appliqués sous différentes formes, et d'autres qui n'exercent leur influence que par suite d'une vertu spéciale et élective, après avoir passé d'abord dans l'appareil circulatoire.

Tout ce qui augmente la chaleur du corps et accélère la circulation, joue d'abord le principal rôle dans la médication emménagogue. Ainsi on conseille généralement, pour favo« riser les règles, le séjour au lit dans une chambre bien chaude, avec des bouteilles d'eau chaude aux pieds, des boissons chaudes, légèrement stimulantes. On ne sait vraiment de quelle utilité pouvait être de coucher à deux, avec une autre femme ayant ses règles, comme l'avait conseillé Himly, et après lui Rauschoif (1). Si cette méthode procurait quelque avantage, ce n'est probablement que celui d'augmenter la chaleur du lit.

Certaines plantes, comme Tarmoise, l'absinthe, la fleur de sureau, les feuilles de cassis, les roses trémières noires, le safran, etc., jouissent, sous ce rapport, d'une vogue spéciale; leur réputation varie d'ailleurs selon les pays. Dans le Nord, on conseille quelquefois dans le même but de la bière, dans laquelle on fait macérer à froid des rognures de raifort pendant vingt-quatre heures. On prend 80 grammes de cette racine, pour un kilogr. de bière. Après avoir passé la macération, on la sucre, et on boit cette quantité dans la journée.

Le safran, qui jouit sous ce rapport d'une assez grande ré* pulalion, a été d'abord conseillé par Hahnemann, Dreysig, et Tommasini, à la dose d'un gramme à deux, uni à du fer (2).

Les Japonaises non-seulement croient fermement aux vertus

(1) RauschoflT, Dissert, de catameniis. Gœltingue, 1818 ; cité par L. A. Sierleckiin Dictionnaire abrégé de thérapeutique^ t. I, p. 16.

(2) Hahnemann, Apotheker Uxicon, Leipûg^, 1793, U I ; J<mm. he6d., 1830.

506 MENSTRUATIOII AU POIIIT DB TUE M Là PATHOLOGIE.

emménagogues de l'ananas» mais le considèrent même comme capable de provoquer ravortement. C'est pour cette raison, aussi, que Rumpf place ce fruit parmi les emménagogues (1).

Nous en aurions encore pour longtemps, si nous voulions énumérer tous les moyens proposés empiriquement comme emménagogues, principalement à cause de leurs propriétés plus ou moins excitantes, capables d'accélérer le mouvement circulatoire.

n y a eu des médecins qui conseillaient, dans le même but, l'usage de bains de vapeur jusqu'à trois fois par jour; d'autres, faisaient ajouter aux tisanes chaudes : de l'acétate d'ammoniaque, de Tammoniaque liquide, etc., etc.

Dès l'apparition des travaux de Coindet, sur l'iode, la thérapeutique s'est emparée immédiatement de ses préparations pour l'emménologie.

Brera, Sablairolles, et plus récemment Récamier et Trousseau, etc., avaient conseillé comme emménagogue la teinture d'iode, à la dose de 16 à 72 gouttes par jour, dans une tisane que Ton devait prendre par tasses dans la journée, à l'époque présumée du retour des règles.

Ce que nous venons de dire de tous les moyens empiriques, en général, est applicable aux préparations d'iode. On peut voir quelquefois revenir les règles, à la suite de leur usage, mais cela est si peu constant et si peu régulier, qu on est toujours en droit de se demander, si c*est bien réellement à elles qu'on doit attribuer ce résultat.

A côté des excitants généraux, on conseillait de stimuler les organes sexuels et d'irriter les membres inférieurs, afin d'attirer le sang en bas et congestionner l'utérus, à l'aide de sinapismes ou de vcsicatoires appliqués à la partie supérieure des cuisses. On prescrivait aussi des ventouses sèches aux cuisses, ou les ventouses Junod, embrassant toute la longueur des membres inférieurs.

(i) Pharmac. CentrtMatU Berlin, 1834.

DIS EMMÉMAGOGUBS. 507

Le docteur Andrieux (de Brioude) avait imaginé une espèce de ventouse pouvant s'appliquer sur le col de l'utérus lui-même.

Il faut citer, à côté de ces moyens, des fumigations sur les parties sexuelles, à l'aide de la vapeur, des infusions chaudes de certaines plantes aromatiques, à l'aide de l'eau chaude, additionnée de vinaigre, ou avec la vapeur d'une infusion de farine de moutarde, etc., etc. L'usage de ces fumigations remonte jusqu'à Hippocrate, qui conseillait de diriger la vapeur jusque dans l'intérieur des organes sexuels, à l'aide d'une calebasse évidée, dont on couvrait un vase rempli de liquide bouillant, tandis qu'on introduisait la partie mince du couvercle dans le vagin (1).

D'autres, conseillaient des injections plus ou moins irritantes dans le vagin. Lavagna insistait sur l'usage de l'ammoniaque liquide, que l'on ajoutait à la dose de 10 à 12 gouttes pour deux cuillerées de lait chaud, destinées pour une injection ; on en faisait ainsi deux et même trois dans la journée (2). Nieato ajoutait AO gouttes d'ammoniaque pour &00 grammes de décoction d'orge, et 16 grammes de mucilage ; ce mélange devait servir pour quatre injections par jour. Cette pratique a été ensuite adoptée en France.

L'électricité a été recommandée dans l'aménorrhée asthéniqne, par C. M. Clarke (8), Aldini, Andrieux (&), Mojon (5). Golding Bird dit avoir eu vingt succès, sur vingt-quatre cas d'aménorrhée, attribuée à la torpeur des organes sexuels. Chez dix de ces malades, l'aménorrhée durait déjà depuis six mois à un an (6).

(1) Hippoerato, (Euvre$ eomplètei^ traducUou LHtré. Parii, 1851^ t. VII : De la nature de la femme.

(2) Lavagna, Efficacia delT ammoniaca neW ammorrea (Ànnali univerti di medicina, vol. XXV. Milano, 1823.)

(8) Charles Manifleld Clarke, Obter, on tfèêtô dUeatei of femalei which are nWtmfffrf by discharges, Londou, i£l21.

(A) Andrieux, Journal des connaissances médicales, 1834.

(5) Mqjon, Hevue médicaie, mars 1836.

(6) Golding Bird, cité par Aran, £eponi 9W Ui moiocUei de ViHérui. Paria, iS58, p. 317.

Nous avons indiqué tous ces moyens, parce qu'ils peuvent réellement être» dans quelques cas, avantageusement employés. Toutefois, il ne faut jamais perdre de vue que leur succès est entièrement subordonné à l'état de l'ovulation. L'excitation que tous ces agents sont à même de provoquer dans la matrice peut se propager aux ovaires, et remettre en mouvement le développement des follicules de Graaf, arrêté depuis quelque temps. Dans ce cas, la congestion utérine, qui n'est d'abord, pour ainsi dire, que traumatique, peut finir par prendre des proportions physiologiques, et se terminer par l'hémorrhagie menstruelle. Hais il ne faut jamais compter sur le résultat emménagogue, lorsque l'ovulation est déjà définitivement arrêtée, comme, par exemple, à une période avancée de la pbtbisie tuberculeuse, ainsi que dans la plupart des affections chroniques. En insistant dans ces circonstances sur le traitement local excitant, on pourrait quelquefois produire des inflammations de la matrice, mais jamais de menstruation.

Les bons effets qu'on obtient, dans ces aménorrhées asthéniques, de l'électricité proviennent sans doute de l'action des courants électriques sur les fibres musculaires, qui se trouvent en grande quantité dans les ovaires. Ces fibres composent, pour ainsi dire, à elles seules, comme l'a démontré M. le professeur Sappey, ce qu'on appelait jusqu'à présent la tunique fibreuse Aq l'ovaire, et c'est dans leurs intervalles que se trouvent placées, dans la portion bulbeuse, les follicules de Graaf, qui ont déjà acquis un certain volume. Il est facile de comprendre que la contraction de ces fibres, se répétant souvent, peut ranimer la vitalité des vésicules un peu engourdies, et influer ainsi favorablement sur le retour des règles. Dans tout cas, l'efi^et emménagogue de l'électricité ne peut se produire qu'à la longue. On aurait tort de croire qu'on puisse faire couler le flux menstruel à volonté, et à un moment donné exprimer le sang des vaisseaux de l'utérus, à force de provoquer les contractions des éléments musculaires.

Je ne sais même pas jusqu'à quel point on peut considérer

DES EMMÉNAGOGUES. 509

comme sérieuse rexpérience dont parle Mojon, qui prétend qu'après avoir fait passer un courant électrique à travers Tutérus d'une femme morte, injecté préalablement avec l'encre, il a pu faire couler une espèce de rosée noire à travers la tunique interne de la matrice. Cet effet, produit par les cou< rants électriques sur le cadavre, nous étonne passablement. Mais quoi qu'il en soit, lors même qu'il serait prouvé que l'électricité puisse produire quelque chose de semblable sur l'utérus d'une femme en vie, on ne pourrait jamais comparer l'hémorrhagie produite de cette manière au flux menstruel proprement dit.

On a employé divers procédés pour appliquer Téleclricité comme emménagogue. Andrieux plaçait les malades dans un fauteuil, dont la partie antérieure était garnie d'une boule en cuivre, qui communiquait par une tige métallique, parfaitement isolée, avec un plateau métallique sur lequel on posait les pieds. Les malades glissaient leur siège sur le fauteuil, de manière à placer la boule entre les cuisses. Au moment d'appliquer l'électricité, on mettait le plateau qui supportait les pieds, en communication avec une machine électrique en mouvement, et la malade ne tardait pas à recevoir des décharges sur l'intérieur des cuisses et les organes sexuels externes.

Lorsque nous jugeons nécessaire d'avoir recours à l'excitation électrique, nous employons de préférence l'électromagnétisme. On peut appliquer l'extrémité d'un réophore alternativement sur la colonne vertébrale, ou sur l'une des régions iliaques, tandis qu'on promène l'autre sur la région suspubienne, le périnée et la vulve. Si l'on veut produire plus d'excitation, on introduit un des réophores dans le vagin, jusqu'au col de l'utérus.

Il est bien entendu que, dans ce cas, la tige métallique reste isolée dans une gaîne, mauvais conducteur, et qu'elle n'agit sur les organes sexuels que par le bouton final qui touche au col. M. le docteur Francis Demouy, qui s'occupe avec

beaucoup de succès de Tapplication de rélectricité, sous toutes les formes, aux dilTérenles maladies, a fait confectionner, dans ce but, des conducteurs de différentes formes et grosseurs, qu'on peut introduire au besoin dans la cavité de Tutérus, et qu'on peut appliquer sans inconvénient, même chez les jeunes personnes. Le concours de ce cher et honorable confrère nous a été très-utile dans bien des circonstances.

Le docteur Simpson eut l'idée de construire une espèce de pessaire, composé de deux métaux, dans le but de dégager constamment l'électricité pendant qu'il se trouve placé dans le vagin et dans le conduit cervical de l'utérus. Cet instrument consiste en une boule ellipsoïde, en cuivre creux, munie de deux ouvertures ; celle d'en bas est destinée à recevoir une tige qui facilite son introduction. A Touvérture supérieure est adaptée une tige ayant 0 à 7 centimètres de longueur, composée de cuivre dans sa partie inférieure, qui touche à la bouche, et de zinc, dans sa moitié supérieure, qui s'engage dans le conduit utérin.

On peut trouver ce procédé assez ingénieux; mais en supposant même qu'il soit prouvé que cette espèce de pile soit capable de dégager assez d'électricité pour congestionner l'utérus et les ovaires, son action sera toujours inférieure à celle des réophores du docteur Demouy, qui s'appliquent à volonté aux appareils à courant continu ou intermittent, et qui, ne restant que peu de temps dans la cavité de la matrice, n'exposent pas au danger qu'on peut toujours redouter, et à bon droit, des tiges métalliques laissées à demeure dans la cavité de Tutérus.

Il faut rendre cette justice à la médecine et à la chirurgie françaises, qu'elles préfèrent généralement se maintenir dans les limites tracées par la prudence. On peut ainsi compter moins de succès extraordinaires, qui excitent peut-être plus d'étonnement que d'admiration, mais on n'a pas non plus tant de morts ou de conséquences graves à déplorer. On se rappelle l'opposition qu'avait soulevée, il y a quelques années,

DES EMMÊNAGOGUES. 511

au sein de rAcadémie de médecine de Paris, la méthode de redressement mécanique par des tiges métalliques, laissées à demeure dans la cavité de l'utérus, qu'on venait de proposer, à l'exemple des médecins écossais, comme traitement des flexions de l'utérus. Il a suffi de quelques cas d'accidents fort graves, bien constatés, à la suite de l'application de cette méthode, pour la condamner. Le pessaire galvanique du docteur Simpson paraît présenter les mêmes inconvénients; ce serait donc payer trop cher les faibles avantages qu'il peut montrer dans quelques rares occasions.

D'autres agents excitants n'agissent, comme nous avons dit, qu'indirectement, après avoir été absorbés, et après avoir passé dans le sang. Il y a longtemps, déjà, qu'on avait constaté, par exemple, que la rue {Rtita graveolens)^ introduite dans l'estomac, avait une action spéciale sur la matrice. Elle irrite, bien entendu, la muqueuse de l'estomac et du duodénum; mais, en même temps, son action abortive parait être incontestable (1).

La Sabine agit dans le même sens, de même que tous les conifères en général. Ainsi, on a remarqué que des juments pleines avortaient souvent après avoir mangé des feuilles de cyprès. La sabine produit facilement, dans l'espèce humaine, des congestions de la matrice, qui vont quelquefois jusqu'aux violentes ménorrhagies (2).

Ces effets, une fois bien reconnus, il était permis de suppo« ser à ces plantes la puissance emménagogue, surtout à l'époque où la menstruation était considérée comme une simple hémorrhagie utérine. On prescrit, dans cette intention, la rue, en poudre, à la dose de un gramme à deux par jour. Onen fait aussi une infusion, en mettant quatre grammes d'herbe dans un kilogramme d'eau. L'extrait de rue se pres-

(1) Th. Uélie, De Vaction vénéneuie de la rue et de son influenoe sur la grot' sesse (Annales d'Hygiène publique^ 1838, t. XX, p. 180).

(2) Les effets abortifs de la sabine ont été bien étudiés (lar Ambroise Tardieu dans son Étude médico-légale siw l'avortmnentp 2* éditioii, 1868.

crii à la dose d'un gramme à deux ; Thuile essenlielle, à la dose de cinq a dix gouttes sur du sucre.

La Sabine se donne en poudre, jusqu'à deux grammes par jour ; on la prescrit aussi en infusion, à la dose d'un ou de deux grammes pour un kilogramme d'eau. Il serait imprudent de dépasser ces doses. Dans les limites que nous venons de poser, ces substances congestionnent modérément l'utérus, et Texcitation peut aussi se communiquer aux ovaires. Si Fovulation se trouve dans une période assez avancée, ce stimulus artificiel peut quelquefois précipiter la déhiscence spontanée, et provoquer le flux menstruel, mais combien sont peu nom* broux ces exemples, en comparaison des insuccès. De sorte qu'ici, encore, malgré l'action incontestable de ces substances sur la matrice, leur puissance emménagogue est entièrement subordonnée à Télat de l'ovulation, et ce serait à tort qu'on les considérerait comme des emménagogues absolus.

Toutes ces réflexions s'appliquent également au seigle ergoté. Son action sur l'utérus, pendant l'accouchement, ayant été mise hors de doute, on a supposé qu'il pouvait également agir sur l'utérus à Tétat de vacuité, et le congestionner. Hais ceci a été contesté. Il parait démontré par l'expérience que, pour que l'ergot soit à même d'exciter d'assez fortes contractions dans les fibres musculaires de l'utérus, il faut que celles-ci se trouvent déjà dans certaines conditions.

Si son action est sensible pendant le travail de l'accouchement, et même à partir de la seconde moitié de la grossesse, elle est à peine marquée au début de la gestation, et à plus forte raison à l'état de vacuité. Le docteur Lalesque (1) cite Tobservalion d'une femme grosse de deux mois, que l'on croyait tout bonnement atteinte d'aménorrhée asthénique, et qui prenait tous les jours, comme emménagogue, une pinte de décoction de seigle ergoté, préparée avec 15 grammes d'ergot frais et concassé, pour un litre d'eau, que l'on faisait bouillir

(i) Lalesque, Journ» hebd.^ t. XH, p. 245.

DES EMMÉNAGOGUES. 5i3

jusqu'à la réduction d'un tiers. Cette femme n*ayait commencé à éprouver quelques contractions utérines qu'après trois semaines d'emploi de ce breuvage. Ce n'est qu'alors qu'on avait reconnu l'erreur de diagnostic, et l'on a bien vite renoncé à l'emploi de Tergot.

Ce qui arrive pour l'action obstétricale de l'ergot semble également applicable à sa puissance emraénagogue; cet effet ne se produit d'habitude, promptement, que lorsque tout était prêt à la déhiscence au moment de l'administration du médicament. Dans le cas contraire, il faut presque toujours en continuer l'usage pendant longtemps, avant d'avoir la satisfaction de voir venir les règles. Dans un fait cité par M. Lalesque, la menstruation n'a reparu qu'au bout de deux mois de traitement; et la malade avait pris tous les jours, pendant ces deux mois, deux tasses de décoction préparée avec 8 grammes d'ergot. L'auteur fait néanmoins observer qu'au bout de huit jours de ce traitement, la malade avait déjà remarqué une amélioration sensible dans son état, et que cellerci n'a pas cessé, depuis, de faire toujours de nouveaux progrés.

Il ne serait pas impossible que la puissance emménagogue de Tergot, qui a été constatée depuis par d'autres observateurs (1), dépendit un peu de son action sur les fibres musculaires qui enveloppent de toutes parts les vésicules de de Graaf, et contribuent même dans l'état physiologique à leur déhiscence. Ces fibres plates, ayant beaucoup d'analogie avec celles de l'utérus, il est plus que probable qu'elles doivent être impressionables de la même manière, et être sensibles aux mêmes excitations. Si elles se trouvent dans des conditions voulues pour la déhiscence, et que le retard de celle-ci soit seulement accidentel et momentané, l'ergot, administré dans un pareil moment, pourra exciter quelques bonnes contractions, et pousser l'ovule au dehors. 11 n'en sera pas de même, lorsque par suite d'une asthénie prolongée, les fibres musculaires elles-mêmes

(1) Rollet, Journ, hebdom.j 1834, t. IV.

MCIBORftU. 33

participent à l'état général du système musculaire de la vie organique ; dans ce cas elles peuvent rester longtemps peu sensibles à l'action de ce médicament, et ce n'est qu'après en avoir prolongé l'usage» lorsque, surtout, l'économie entière aura gagné en force et en énergie, qu'on pourra voir se réaliser les espérances au point de vu» des règles.

Ce qui a dû compromettre le plus la réputation plus ou moins motivée de quelques emménagogues, c'est que, comparant l'hémorrhagie menstruelle à une hémorrhagie ordi* naire, on demandait toujours à ces médicaments des effets prompts et pour ainsi dire immédiats. Dés que cela manquait, le médicament cessait d'inspirer la confiance, et l'on courtiit k la recherche d'autres, en se guidant d'après les analogies ou d'après quelques théories plus ou moins hasardées. C'est la principale raison du grand nombre de soi-disant emménagogues, dont fort peu justifient, et encore en partie seulement, la réputation qu'on leur a faite.

Tous les médecins reconnaissent à l'aloès une action sur le gros intestin, et particulièrement sur le rectum. Qui n'a pas vu survenir d'hémorrhoîdes après son usage prolongé? Comment résister d'après cela à l'envie d'essayer les vertus emménagogues de ce médicament, surtout quand le flux hémorrboïdal et le flux menstruel étaient considérés comme deux états pleins d'analogie, avant la théorie de l'ovulation.

Schœnlein a proposé d'administrer, comme emménagogue, 10 grammes d'aloès dans un lavement, avec 32 grammes de mucilage. 11 aurait bien fait de faire connaître les résultats de cette méthode de traitement, pour qu'on sache à quoi s'en tenir sur le compte de l'aloès.

Quelques auteurs avaient pensé qu'il y aurait peut-être avantage à exciter sympathiquement les organes sexuels, par l'intermédiaire des glandes mammaires. C'est de là qu'est venue l'idée, d'essayer de faire venir les règles en appliquant des sinapismes aux seins (1). D'autres conseillaieut, dans le

(i). GazeUe médicaU de Paris^ aoOt 1885.

DES EMMÊNàGOGUES. 515

même but, une application de deux sangsues, tous les deux jours, à la partie inférieure de chaque sein (1).

Depuis quelques années on a vanté Tapiol retiré par MM.Homolle et Jorei de Y Apium petroseltnum (2). Il ne serait pas étonnant que Yapiol pût agir sur l'ovulation, en stimulant le sens génital. Jusqu'à présent l'observation ne parait pas défavorable à l'emploi. Lorsqu'il s'agit de simples retards, quand tout est prêt pour la déhiscence, une légère excitation, une sorte A'étemument folliculaire, peut suffire déjà pour amener l'hémorrhagie vésiculaire et utérine, qui terminent l'orgasme menstruel des vésicules de de Graaf. C*est dans ce sens que pourrait agir Yapiol. Plusieurs fois, nous avons vu ainsi paraître les règles, qui étaient en retard de quelques jours, en faisant prendre deux capsules d a/^io/par jour, pendant quatre ou cinq jours consécutifs. Dans les aménorrhées plus anciennes, l'apiol n'aurait pas évidemment une grande puissance, mais dan^ ce cas même, il peut encore servir d'excellent adjuvant emménagogue, dont le moindre avantage serait de ne jamais faire de mal. Nous prescrivons dans ce but un sirop composé de décoctions de seigle ergoté, de racines sèches d*ache et de persil, de graines de persil et de safran. Ce sirop emménagogue, agréable au goût, se prend à la dose de trois cuillerées à bouche par jour, dans l'aménorrhée asthénique, et peut être continué pendant assez longtemps sans inconvénient. Il est rare qu'en peu de temps on ne s*aperçoive pas d'une amélioration notable dans l'état général de l'économie, et que les règles tardent beaucoup à reparaître.

Des bains de siège quotidiens dans Feau froide nous ont

(i) Desportei, Jowrn. hebd,^ 1833.

(2) Joret, De Vaménorrhéô ei de la diysménorrhéet de la diversilé des tncUcalions thérapeutiques qu'elles réclament et particulièrement de Vemploi de l'apioi contre ces deux affections, {Bulletin de thérapeutique^ 1860, t. LIX^ p. 97.) — > Baillot (de Bar-le-Duc), Nouveaux faits à V appui de Vemploi de Vapiol dans le traitement de Vaménorrhée ei de la dysménorrhée^ (BuUetin de thérapeuUque, 1S61. t. LX, p. 217.)

516 MENSTRUATION AU POINT DE TUE BE LA THÊRAPEnTIQUE.

plusieurs fois paru avantageux dans des cas pareils à ceux dont il a été question. Cette immersion du bassin ne doit pas se prolonger au delà de deux ou trois minutes tout au plus. Elle est généralement suivie de réaction, accompagnée de sensation de chaleur dans le bas- ventre, qui ne peut que favoriser la congestion des ovaires et de Tutérus. Il est indispensable que les malades se donnent, immédiatement après, du mouvement, qu'elles marchent vite, courent, et même dansent, pour faci* liter la réaction, qui est le but final de ce traitement.

En résumé, la matière médicale est loin de posséder autant d'agents thérapeutiques capables d'exciter directement l'ovulation que pourrait le faire supposer le nombre des médicaments désignés sous le nom à^ emménagogues . On peut distinguer dans cette catégorie :

l"" De simples excitants généraux. Ces moyens peuvent certainement être suivis quelquefois de Tapparition des régies, lorsqu'il n'y avait qu'un peu de retard dans le dernier acte de l'ovulation. L'augmentation de la chaleur, un peu d'accélération de la circulation, peuvent suffire alors pour briser les capillaires gorgés de sang, sous l'influence de l'orgasme déjà commencé, qui n'a été qu'arrêté.

S"" Des substances médicinales ayant une action spéciale sur la matrice, le rectum ou la vessie, comme la sabine, la rue, l'aloès, les cantharides, etc. L'excitation que ces médicaments produisent sur les organes voisins des ovaires peut facilement s'étendre à ces derniers. Que cela coïncide avec des conditions de l'ovulation, pareilles à celles que nous venons de supposer, et cette excitation pourra déjà suffire pour faire déborder le vase plein, et provoquer l'hémorrhagie menstruelle. Tous ces soi-disant emménagogues constituent en quelque sorte des stemutatoires des ovaires. Ils ébranlent plus ou moins ces organes, et la secousse qu'en ressent Tovulation peut achever en très-peu de temps la phase finale ou hémorrhagique. Mais c'est à cela que se borne leur participation à la menstruation; ils exigent toujours des cas faciles*

ras BiniÊNAGOGUES. 517

S"* Des agents qni semblent agir plus ou moins directement sur l'ovulation. Nous devons placer à leur tête : la température élevée du pays qu'on habite, le contact avec les hommes , lecture des romans, excitations sexuelles» etc., etc.

Parmi les agents du ressort de la matière médicale, plusieurs semblent pouvoir atteindre, jusqu'à un certain point, le même but -, tels sont , dans Tordre de leur puissance, selon toutes les probabilités : l'électricité, appliquée sur la colonne vertébrale et aux organes sexuels, l'ergot de seigle, et peut-être le principe de différentes variétés à^apium. Il y aurait encore, en poursuivant le même ordre d'idées, à faire de nouveaux essais avec la noix vomique et la strychnine. Depuis que nous savons que la tunique externe des ovaires est entièrement composée de fibres musculaires, et que les vésicules de de Graaf les plus avancées en sont entourées dans la portion bulbeuse, il est permis de compter sur les bons effets emménagogues de ces préparations, qui pourraient donner de la vigueur à la contractilité musculaire, lorsqu'elle est frappée d'atonie, et agir favorablement sur Tovulation. Quelques essais assez heureux, qui ont déjà été tentés, au point de vue empirique, en Angleterre , par Bardsley (1) et Churchill (2), avec la strychnine, contre l'aménorrhée, semblent devoir encourager ces tentatives (3). L'espoir de les voir réussir nous parait encore plus fondé, depuis que nous-même nous avons obtenu de fort beaux résultats de l'emploi des préparations strychniques dans les métrorrhagies, qui semblaient tenir en grande partie au relâchement des fibres musculaires des appareils érectiles de la matrice.

(1) James Bardcley, London medkal JournaU vol. I^ p. 93 ; vol. 11, p. 230.

(2) Churchill (Fleetwood), Traité fn'otique des maladiM des femmes^ hors l'état de grossesse, pendant la grossesse et après raccouchement, par Fleetwood Churchill, professeur d*accouchements, de maladies des femmes et des enfanta à l'Université de Dublin. Traduit de l'anglais sur la cinquième édition, par MM. Aleiandre Wieland et Jules Dubrisay, anciens internes des hôpitaux, et contenant l'fixpofé des travaux français et étrangère les plus récents. Paris, 1866^ p. 202.

(3) Sierleeki, Dietitm, abrégé de tkérap., 1. 1, p. 11.

} 3. — Béflexl«B« à pr«p«« île l'admliilJiiratUB éem méiU^MMMite

•a momeiii îles rèslen.

La question de savoir quelle est la conduite que Ton doit tenir à l'égard des médicaments au moment des règles est d'une très-grande importance. A chaque moment, il peut arri^ ver que le médecin soit questionné là-dessus ; il faut donc qu'il soit préparé à donner une réponse satisfaisante, fondée sur sa conviction.

La menstruation ayant été considérée comme une fonction régulatrice, destinée à éliminer le trop-plein ou le nuisible, on a cru devoir la respecter, quand même, et l'on évitait le moindre prétexte de son dérangement. Il était naturel, d'après cela, qu'on eût craint de prescrire des médicaments pendant les règles, et qu'on eût même conseillé de suspendre alors tout traitement. C'était en même temps le moyen de se ménager les mouvements critiques naturels, car il ne faut pas oublier qu'on attribuait également aux régies une influence favorable sur le cours des maladies, et même la puissance de les juger.

Cette opinion avait tellement pris racine, que la plupart des malades ne semblent même pas avoir le moindre doute à cet égard. Lorsqu'on leur a prescrit un traitement à suivre pendant quelque temps, elles le suspendent presque toujours de leur propre chef, dès que les règles ont paru, et ne le reprennent que lorsqu'elles sont tout à fait passées.

Une autre fois, on veut prescrire à une malade une saignée ou une potion quelconque, que sa position semble réclamer. On ne doit pas être surpris si elle fait de la résistance, par le motif que, devant avoir sous peu de jours ses règles, elle craindrait de les empêcher ainsi de venir. L'expérience nous a appris que les bains tièdes, au moment des règles, produisent quelquefois d'excellents effets dans certains troubles de la menstruation; or, nous ne nous rappelons pas qu'il nous soit arrivé de rencontrer une seule malade qui ne nous ait bit d'à-

RÊFLBlimS A raOPdS DE L'ADMINISTBATION DBS MtDIGAIIKim. 519

bord d'objections à cet égard ; nous en avons même vues qui, malgré la plus grande confiance qu'elles avaient en nous, étaient tout à fait inflexibles sur ce chapitre, et ne se gênaient pas pour nous désobéir.

Nous ferons d'abord observer, relativement à la saignée, qu'elle peut être pratiquée impunément au moment des ré^ gles ; pourvu qu'elle ait été bien indiquée, la menstruation né Tempêchera en rien de produire les bons effets qu'on en at^ tendait. Van Swieten avoue qu'il n'a jamais été arrêté par la présence des règles, quand il voulait saigner ses malades, et qu'il n'a eu qu*à se louer de cette pratique, c Née abstinui^ dit-il, a venœ sectione^ si respiratio multum impedita erai^ licet menstruœ fluerant^ et bono qui dem cum successu (1). »

On sait que M. le professeur Bouillaud traite toutes les phlegmasies aiguës par des saignées pratiquées coup sur coup. Ayant eu l'occasion de suivre son service, pendant plusieurs années consécutives, nous avons été à même de voir un grand nombre de malades qu'on avait saignées pendant les régies, et jamais il n en est résulté quelque chose de fâcheux. Souvent les régies continuaient après leur marche habituelle, et lorsqu'elles diminuaient ou même s'arrêtaient, c'était toujours sans importance.

Nous avons été à même de prescrire plusieurs fois des vomitifs et des purgatifs au moment des règles, sans qu'il en fût résulté le moindre inconvénient.

En général, nous ne nous préoccupons pas, dans notre pratique, de la présence des règles, quand il faut prescrire un médicament ou pratiquer une saignée. Dans notre conviction, cette particularité n'est jamais un obstacle pour cela. Mais à quoi nous visons toujours, c'est à rassurer complètement les malades à cet égard. Dès qu'elles nous font remarquer qu'elles ont leurs règles, nous cherchons à leur faire comprendre, et même à les convaincre, que l'emploi des moyens conseillés par nous ne peut avoir la moindre conséquence fâcbeuM

(i) Cammênt. in aphurùm., 890, t. HI, p. 35, édiUon de Parii, 1754.

530 lOmniUATKHI AU POINT DE TUE DE LA THÊRAPEimQnB.

pour elles. Dans notre opinion, si jamais les saignées ou les médicaments pris au moment des règles, étaient suivis de quelque perturbation, cela ne pouvait être que d'une manière indirecte, lorsqu'on a négligé de rassurer les malades qui subissaient les prescriptions, étant encore tout effrayées de leurs conséquences. Ce n'est donc pas du tout à l'action intempestive des médicaments mis en usage , mais à des conditions psychiques, et particulièrement à la peur, qu'il faut attribuer les troubles qui peuvent s'être manifestés dans ce cas. C'est dans cette catégorie, je crois, qu'il faudrait placer l'observation citée par Maisonneuve, qui dit avoir vu une femme de quarante ans, d'un tempérament sanguin, née de parents sains, et bien réglée depuis l'âge de dix-huit ans, devenir épileptique après une saignée du bras imprudemment pratiquée pendant Fécoulement des menstrues^ à l'âge de vingt-huit ans. Au dire du médecin que nous venons de citer, la malade aurait éprouvé des accès épileptiques tous les mois, se répétant plusieurs fois dans les deux ou trois jours où devaient couler les règles, qui n'ont plus jamais reparu.

Il suffit de comparer ce fait, unique je crois dans son genre, avec la quantité de saignées que Ton pratique impunément tous les jours pendant les règles, pour qu'on le juge comme nous.

Quoi qu'il en soit, il faut ne pas perdre de vue que les femmes sont plus impressionnables pendant leurs règles. A moins, par conséquent, d'une urgence évidente, il faut s'abstenir de commencer, pendant ces époques, l'usage des médicaments énergiques ayant une action prononcée sur le système nerveux, de pratiquer des opérations, etc., etc.

A plus forte raison doit-on proscrire les bains froids, des injections, et même des lotions d'eau froide. Sans doute, l'habitude joue dans tout cela un grand rôle ; il y a des femmes, comme par exemple des blanchisseuses, qui, tout en ayant leurs règles, continuent à aller laver à la rivière dans toutes

BÉflSXiOllS A PROPOS DE L*ADMINISTRATION DES MÉDICAMENTS. 521

les saisons de rannée, sans en être incommodées. Les baigneuses conduisent également tous les jours, indistinctement, leurs pratiques à la mer, sans se préoccuper de leurs époques. Leurs règles n'en continuent pas moins pour cela, et leur santé n'en éprouve pas la moindre atteinte. Mais les femmes qui n'ont pas pris progressivement cette habitude pourraient quelquefois se trouver fort mal de ces imprudences. Plusieurs fois on a vu survenir, à la suite d'un refroidissement ayant donné lieu à une brusque suppression des règles, des congestions presque apoplectiques des ovaires avec rupture et épanchement sanguin dans la cavité du péritoine. Nous en citerons des exemples en parlant de la ménorrhagie et des rapports de la menstruation avec Vhématocèle pelvienne.

A cause de la congestion utérine qui accompagne les époques menstruelles, il sera bon de cesser tout traitement local des affections de la matrice, déjà aux approches des règles, et ne le reprendre que quelques jours après la cessation du flux menstruel.

Quant aux bains tièdes, ils sont loin d'avoir les inconvénients qu'on leur attribue généralement. Beaucoup de femmes s'imaginent qu'un bain pourrait leur occasionner une véritable perte ; c'est encore le reste des conséquences des idées fausses qu'on se faisaient autrefois sur la nature du flux menstruel, lorsqu'on le comparait aux hémorrhagies ordinaires. Nous ne connaissons pas un seul accident de ce genre, quoique nous ayons eu l'occasion de prescrire, assez souvent, des bains^ au moment des règles. Ce que nous craindrions plutôt, c'est le refroidissement à la suite du bain. Aussi, avons-nous toujours l'habitude de prescrire, dans ce cas, des bains à domicile, excepté pendant l'été. Étant bien indiqués, les bains tièdes pris au moment des règles constituent à nos yeux un excellent moyen thérapeutique dans plusieurs affections des ovaires et de l'utérus, qui donnent lieu à la dysménorrhée.

Page 1