CHAPITRE m
DK l'ÀMÎNORRH&K.
Nous réservons ce nom, consacré par le temps: aménorrhée, en le mettant, bien entendu, en rapport avec les progrès actuels de la physiologie, aux troubles de la menstruation caractérisés par l'absence de l'exhalation physiologique du sang par la tunique interne de l'utérus.
Grâce à cette défmition, nous pouvons élaguer tout de suite du cadre destiné à ce trouble menstruel des faits pathologiques que plusieurs gynécologistes ont envisagés à tort comme des
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Yariétés de raménorrhée, tels que les cas de rétention des règles par des obstacles mécaniques, l'absence de la menstruation pendant la grossesse, l'allaitement, etc.
Nous n'allons pas répéter ici ce que nous avons déjà dit de ce trouble de la menstruation, danft la partie où nous avons envisagé cette fonction au point de vue de la pathologie et de la thérapeutique en général : c'était là la vraie place pour toutes les discussions doctrinales, c'est là que nous avons fait connaître notre manière de voir sur Tétiologie et la nature de tous les troubles menstruels; nous y renvoyons donc pour tout ce qui concerne en particulier l'aménorrhée, en recommandant surtout aux lecteurs le paragraphe de thérapeutique générale relatif à la médication êmménagogue^ 'qui se rattache plus particulièrement à l'aménorrhée. Dans ce moment, nous nous bornerons à rappeler les principales di<> visions qu'on peut établir d'après des considérations étiolegiques, et nous ne nous arrêterons d'une manière particulière que sur celles d'entre elles qui nous auront paru intéresser plus spécialement les praticiens.
On peut diviser V aménorrhée^ au point de vue étiologique, en aménorrhée radicale ou ovarique, et aménorrhée tUérine. Dans la première, il n'est pas question de l'ovulation et l'absence de l'orgasme ovarien entraîne par conséquent, forcément, l'absence des congestions périodiques de l'utérus.
Dans la seconde variété, l'ovulation est en exercice, elle s'annonce même souvent par des symptômes périodiques de molimen menstruel, mais l'utérus ne répond pas à cet appel, et ne se congestionne pas. Cet état peut durer toute la vie, comme aussi la menstruation peut finir par s'établir, surtout à la suite du mariage, ou après les couches, etc., etc., car une semblable disposition de l'utérus n'est pas du tout incompatible avec la conception. Nous avons cité plusieurs exemples de cette espèce d'aménorrhée, dans le cours de cet ouvrage.
L'aménorrhée radicale ou ovarique se laisse ensuite subdiviser en aménorrhée organique et fonctionnelle. Dans la
première, l'ovulation ne s'exerce pas, parce qu'il y a absence, atrophie ou altération profonde des follicules, congénitales ou accidentelles, à la suite des affections directes des ovaires, ou après quelques atteintes profondes de Téconomie, comme, par exemple, dans une période très-avancée de la pbthsie tuberculeuse.
' • L'aménorrhée ovarique fonctionnelle est le résultat de l'arrêt de la marche régulière de Fovulation, par suite de la dépression des conditions vitales inhérentes à son exercice, mais sans l'intervention d'aucune lésion matérielle sensible. Ici, les follicules de de Graaf ayant conservé leurs qualités liistologiques nécessaires, l'ovulation est à même de reprendre sa marche à la première occasion favorable, et l'on peut toujours espérer le retour des règles. Ce que nous voyons se passer" pendant l'allaitement peut donner une idée assez exacte de cette variété d'aménorrhée. Dans ce cas, il suffit que des organes aussi étroitement liés à la reproduction de l'espèce, que le sont les glandes mammaires, détournent vers eux l'énergie vitale qui se concentrait autrefois dans les ovaires, pour que l'ovulation s'arrête pour quelque temps.
Ce qui arrive dans l'exemple que nous venons de citer à la suite d'une révulsion de l'ordre tout à fait physiologique peut se déclarer une autre fois à la suite des influences pathologiques. C'est ainsi que nous avons vu que dans les maladies aiguës graves, telles que fièvres typhoïdes, fluxions de poi« trine, etc., les règles cessaient de paraître dans une période avancée et même pendant la convalescence ; pendant tout le temps, en un mot, qu'il y avait de l'appauvrissement du sang et de Tasthénie à un degré incompatible avec l'ovulation. C'était encore un exemple de l'aménorrhée purement fonctionnelle consécutive à l'élat général de Téconomie.
11 en est encore de même dans la chlorose -, les follicules de de Graaf peuvent ne pas trouver dans les conditions présentes de cette affection assez de stimulant pour continuer à fonctionner, mais ils n'ont pas perdu pour cela la faculté de re-
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prendre leur marche régulière, dès que ces conditions seront remplacées par d'autres plus favorables.
Enfin, la dépression vitale que nous avons vue jusqu'à présent entraver la marche régulière de l'ovulation, consécutivement à d'autres états morbides, peut être locale et primitive, ou idiopathique ; c'est une espèce de torpeur qui frappe plus ou moins directement l'ovulation, sans aucune maladie préalable. L'aménorrhée qui en résulte peut être plus ou moins longue; lorsqu'elle n'est que commençante, et que tout porte à croire qu'elle ne doit pas être de très-longue durée, elle constitue ce qu'on appelle vulgairement : des retards.
D'après ce qui précède, il est facile à voir qu'il n'y a que Xaménorrhée ovarique fonctionnelle qui peut intéresser les praticiens ; c'est la seule variété où il peut y avoir quelque chose à faire, puisque c'est la seule où il y ait encore à espérer le retour des règles.
Nous n'avons pas besoin de répéter ce que nous avons dit déjà dans des considérations du ressort de la pathologie générale, quant au traitement de l'aménorrhée fonctionnelle consécutive aux différentes maladies aiguës. Ce traitement peut se résumer dans une bonne direction de la convalescence, dans le régime tonique et analeptique, dans des conditions hygiéniques convenables au point de vue de l'air, du soleil, de l'habitation, etc. En général, ces moyens sont suffisants pour remettre en vigueur l'ovulation et faire revenir les règles. 11 est trèsrare que l'on soit dans l'obligation de faire quelque chose de plus, pour stimuler plus ou moins directement les organes sexuels. En tout cas, il faudra toujours, avant d'entreprendre quelque chose dans ce genre, s'assurer bien de la nécessité de cela. Nous pouvons affirmer que l'indication des emménagogues ne se laisse justifier, en cette circonstance, que dans un très-petit nombre de cas ; nous la réservons, en général, pour les femmes qui, d'habitude, s'étaient toujours bien trouvées du flux menstruel avant de tomber malades, à qui les règles semblent manquer évidemment pour qu'elles se portent aussi
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bien que par le passé. Ces considérations s'appliquent à tontes les aménorrhées fonctionnelles consécutives aux différents états morbides. On n'aura presque jamais à s'occuper que de ces états» mais il faut s'en bien occuper jusqu'au rétablissement complet de la santé, et ne pas s'inquiéter du retour des régies.
Les soi-disant emménagogues ne sont dans ce cas indiqués que d'une manière tout à fait exceptionnelle.
Il n'en est pas de même dans l'aménorrhée fonctionnelle idiopathique y celle qui semble provenir d'une certaine torpeur Awsens génital qui préside à l'ovulation. Ici, à part le traitement général consistant dans l'application des conditions hygiéniques les plus aptes à relever la vitalité, il peut être nécessaire de stimuler plus ou moins les organes sexuels pour provoquer les régies. On peut donc avoir recours à quelques légers emménagogues dès que l'absence des règles paraît contrarier les malades, ce qui peut déjà suffire pour les empocher de se porter tout à fait bien.
C'est dans des cas de cette espèce que l'on conseillera Téquitation, des bains de siège d'une minute dans l'eau froide à 16* on 18*, l'èlectro-magnétisme, l'hydrothérapie, la décoction de l'ei^got ou l'ergutine Bonjean, la sabine, l'apiol, notre sirop emménagogue, des injections ammoniacales dans le vagin, des lavements aloétiques, des sinapismes aux cuisses, et bien d'autres moyens encore dont nous nous sommes déjà occupé dans le paragraphe relatif aux emménagogues envisagés au point de vue de la thérapeutique générale.
Il nous reste à dire quelques mots des retards^ forme d'àménarrhée fonctionnelle j qui se présente le plus souvent dans la pratique.
La menstruation est soumise à certaines lois qui ne sont pas ignorées du public, et auxquelles il n'aime pas la voir déroger. Ainsi, les femmes savent généralement que les règles commencent dans notre climat, en moyenne entre quatorze et quinze ans, que le flux périodique recommence ordinairement six semaines après l'accouchement ; que l'intervalle de deux épo«
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qoes meDStruelles ne dépasse pas un mois. Or, dès que les choses ne se présentent pas comme on supposait qu'elles devaient tou" jours se présenter, on s'en préoccupe, et Ton s'empresse de consolter le médecin.
Quant aux retards dans la première éruption des régies, nous n'aurons rien à ajouter à ce que nous avons déjà dit là-dessus dans la partie relative à Thygiène de la puberté, et dans la troisième partie, au chapitre relatif à rinfluence de la menstruation sur les maladies antérieures à la première éruption des règles. On y trouvera tous les éléments nécessaires pour préparer les réponses aux questions qui pourraient être adressées là-dessus aux médecins, ainsi que tous les rensei* gnements quant aux indications thérapeutiques qui peuvent se présenter en cette circonstance.
S*il est vrai que la plupart du temps les régies reparaissent au bout de six ou sept semaines après l'accouchement, il se présente néanmoins à ceté^ard d'assez nombreuses exceptions. Les retards sont dus en général, sous ce rapport, à l'état anémique et à l'affaiblissement, qui succèdent ordinairement à chaque accouchement laborieux, surtout quand il a donné lieu à une grande perte de sang. Il suffit de faire bien comprendre tout cela aux malades, pour qu'elles ne s'inquiètent pas d'une position qui n'a rien d'extraordinaire. Le régime tonique, analeptique, des conditions hygiéniques favorables, certaines préparations de fer, suffisent presque toujours pour rétablir dans ce cas la santé, et alors les règles reviennent d'elles-mêmes, sans aucune intervention des emménagogues , lesquels , dans ce cas spécial , pourraient avoir encore plus d'inconvénients que jamais, à cause de la susceptibilité des organes sexuels après un accouchement encore
récent.
Les retards pour lesquels les médecins sont peut-être le plus souvent consultés sont ceux relatifs aux retours menstruels des règles ; quelques jours de retard dans l'apparition du flux menstruel sont déjà souvent, pour certaines femmes» autant de
jours d'angoisses, lorsqu'elles ont des raisons de craindre d'être grosses.
En nous occupant^ dans la partie physiologique de cet ouvrage, de la marche des époques menstruelles, pour éviter, comme toujours, les expressions d'une très-grande précision, quand cette précision n'est pas possible, nous nous sommes contenté de dire que les régies revenaient une fois par mois, à peu près tous les vingt-huit ou tous les trente jours. Il est bon de savoir pourtant que, même dans l'état tout à fait physiologique, cet écart peut aller plus loin. Clos, cité par M. le docteur Béclard dans son Traité de physiologie, a publié l'observation d'une femme qui a eu soin de noter les époques de ses règles pendant 27 ans, soit 295 époques ; sur ce total, il y a eu :
2 intervalles de 24 jours.
On voit d'après cela, que même dans l'état physiologique, les intervalles qui séparent les retours menstruels ne sont pas toujours exactement pareils, et qu'il peut y avoir une différence de quelques jours entre les époques. Cependant, ces retards peuvent devenir, beaucoup plus longs sous l'influence de quelques dispositions morales, et particulièrement lorsque les femmes ont eu à se reprocher certains écarts de conduite qui leur font redouter d'être devenues enceintes. La même chose se voit quelquefois chez les femmes mariées qui, après être restées longtemps stériles, désirent vivement avoir des enfants. C'est ce que nous avons appelé aménorrhée par causes psychiques.
Voici deux exemples de cette curieuse indisposition, que
(1) Béclard, Traité élémentaire de physiologie, 4« édit,, 1862,
DE L AMÉNORRHÉE. 577
nous rapportons d'après le mémoire que nous avons publié sur ce sujet, dans les Archives générales de médecine (1).
Observation L -^Madame X...., âgée de trente ans^ ordi-» nairement bien portante et très-régulièrement menstruée, ne supportant pas bien le climat d'Afrique où elle avait accompa^ gué son mari, n'a pas tardé de rentrer en France, et elle habitait Paris avec ses parents et ses enfants auxquels nout avons eu l'occasion de donner plusieurs fois nos soinsi après avoir accouché deux fois la mère. Un jour, ayant été mandé pour madame X....^ qu*on nous disait être indisposée depuis quelques jours, nous l'avons trouvée alitée, ayant la peau assex chaude et 90 pulsations ; figure altéréei yeux brillants, et visi* blement agitée» sans accuser aucune souffrance particulière^ Dans l'impossibilité de rattacher ces symptômes à aucune lésion locale, j'ai adressé à la malade des questions sur ses époques menstruelles; mais j'ai bien vu que cela ne faisait qu'atlgmen<* 1er son agitation ; au lieu de nous répondre là-dessus carré* ment, elle dit seulement avec un accent de désespoir : < Ne > m'en parlée pas» c'est précisément ce qui fait mon malheur. » Il n'en fallait pas davantage pour me faire supposer la cause réelle de son indisposition. Elle ajouta alors qu'elle était réglée avec la plus grahde exactitude, mais que cette fois il y avait eu déjà huit jours de retard, ce qui la mettait au désespoir, car elle craignait d'être grosse pour une seule fois qu'elle a manqué à les devoirs depuis la dernière époque menstruelle» Cet aveu nous étonna, car madame X^».. paraissait être attachée à son mari, et quoique jeune et très^jolie elle semblaitme^^ ner une conduite très-régulière sous la tutelle de sa mère. Elle nousdit alors qu à son dernier voyage en Afrique, elle avait fait en revenant, pendant la traversée, connaissance d'un marin qui, s'étant épris d'elle, avait sollicité et obtenu la permission de correspondre avec elle. Cet état de choses avait duré depuis plusieurs mois, lorsque le jeune officier, ayant reçu l'ordre de
(1) ÀrûMvês géfiéraUt de médecine^ 1SS5, numéro du moii de mai.
RACIBORSXI. 37
partir avec son bâtiment pour une expédition lointaine, craignant de ne plus la revoir, vint à Paris pour lui faire ses adieux. Un rendez-vous fut demandé et accordé, et c'est là que la pauvre femme nous dit avoir succombé, luttant jusqu'à la fin, au moins physiquement, sinon moralement. Depuis, ce n'étaient que des pleurs et des préoccupations ; la crainte d'être enceinte la poursuivait sans relâche, et cette crainte se changea en désespoir, depuis qu'elle n'a pas vu ses régies à l'époque où elle comptait les avoir.
Notre premier soin était de chercher à rassurer la malade, et c'est toujours par là qu'il faut commencer, surtout dans des cas pareils. L'examen attentif de tous les détails de la confession de cette pauvre femme, fortifié par l'expérience, nous faisait d'ailleurs tout de suite présumer que nous n'avions pas affaire à une grossesse, mais plutôt à un simple retard par cause psychique. Nous lui avons donné à entendre que des exemples de pareils retards étaient assez fréquents à la suite de vives préoccupations morales, et qu'il était peu probable qu'une grossesse en fût la cause. Â Tinstant la physionomie de la malade avait pris un tout autre aspect. Au traitement moral, nous avons ajouté de légers narcotiques joints à quelques faibles excitants, tels que : bains de pieds sinapisés ; quelques tasses de tilleul avec une quinzaine de gouttes d'acétate d'ammoniaque par chaque tasse, etc., etc. Deux jours après, Tapparition des règles leva toutes les inquiétudes de la malade, et elles avaient duré comme de coutume. L'ayant revue quelques jours après, elle nous a déclaré qu'on ne pouvait pas se figurer le bonheur qu'elle a éprouvé lorsque nous l'avons rassurée, en admettant difficilement une grossesse, et elle a promis qu'elle ne s'y exposerait plus jamais de la vie.
Obs. il — Madame Z...., âgée de trente-huit ans, régulièrement menstruée, venait de marier sa fille. Quinze jours plus tard elle comptait avoir ses régies; mais, après six jours d'inutile attente, clic était convaincue d'être enceinte et chargea
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son mari de venir chez nous s'accuser de sa faute, et nous prier de lui faire une visite. M. Z.... nous dépeignit très-bien les dispositions de Tesprit de sa femme ; il nous a affirmé que déjà, depuis longtemps, pour se conformer à son vif désir, il tivait cessé d*avoir des rapports conjugaux pour ne pas l'exposer à avoir un enfant de plus, et nuire ainsi à l'établissement de leur fille qui était bonne à marier. EfTectivement, le mariage projeté depuis quelque temps eut lieu dernièrement. Sous l'influence des idées joyeuses qui n'avaient pas abandonné un instant cette fête de famille, madame Z.... n'eut pas le courage de traiter son mari avec des rigueurs habituelles, et céda un instant à ses avances. Toutefois, d'après les affirmations de M'. Z...., tout se serait passé entre une crainte excessive d'une part et la plus grande circonspection de l'autre, à tel point que pour M. Z.... il n'y avait pas le moindre doute que sa femme ne pouvait pas être enceinte. Mais malheureusement son esprit avait été tellement frappé par cette idée, depuis le mariage de sa fille, qu'elle était au désespoir d'avoir consenti à une seule exception à sa manière habituelle de vivre ; sa conviction devint encore plus forte depuis qu'elle n'a pas vu arriver ses règles à leur époque ; elle n'espérait de trouver un peu de tranquillité que si je réussissais à la rassurer sur sa position. Étant allé voir madame Z.... le lendemain matin, nous la trouvâmes au lit, ne cherchant point h dissimuler sa tristesse ; elle nous affirma de nouveau qu'elle était toujours très-régulièrement menstruée, et que c'était pour la première fois qu'il lui était arrivé d'avoir un retard de sept jours, ce qui lui paraissait significatif. < Vous voyez en moi, ajouta t-elle, une malheureuse créature, mais la faute n'est pas à moi, mais à mon mari qui n'a pas voulu toujours suivre mes conseils. Nous venons de marier notre fille ; les conditions de fortune ont été stipulées et garanties; si j'ai un enfant de plus, ces conditions se trouvent bouleversées 5 mais c'est notre honneur surtout qui en souffrira, car on serait en droit de nous accuser d'avoir manqué de délicatesse. J'ai la plus grande confiance en vous^
ami de toute ma famille depuis si longues années, veuillez me rassurer si vous pouvez le faire consciencieusement, et vous ferez disparaître de mon esprit les plus terribles angoisses. »
J'ai commencé par déclarer qu'il me serait absolument impossible de me prononcer sur l'existence d'une grossesse d'aussi fraîche date, que néanmoins ayant bien écouté et pesé tout ce qui m'a été raconté par la malade et son mari, m*appuyant en même temps sur ma longue expérience, qui m'a permis de voir bon nombre de faits analogues, j'étais tout disposé à croire, avec son mari, qu'elle n'était pas enceinte, et que toutes les commotions morales qu'elle a éprouvées depuis le jour du mariage de sa fille pouvaient rendre suffisamment compte du retard des règles. Nous avons conseillé de garder le lit encore vingt-quatre heures, de prendre quelques tasses d'infusion de fleurs de tilleul et d'oranger. Le soir on devait ajouter & ces moyens une capsule d'apiol et continuer ainsi pendant quatre jours. Le cinquième jour, nous avons trouvé la malade rayonnante de joie; au bout de deux jours de traitement, les règles avaient déjà paru et elles continuaient encore à notre
visite.
Avec un peu d'habitude, il ne sera pas très-difficile de distinguer l'aménorrhée par cause psychique dont nous venons de parler, de l'aménorrhée consécutive aune grossesse. Son caractère dominant est : une crainte excessive de devenir grosse, commandée presque toujours par la position sociale des personnes ou des considérations de famille. Ici les femmes connaissent parfaitement le danger avant de s'y exposer; si elles ont succombé, ce n'est qu'à la suite d'une lutte énergique entre ce sentiment de crainte qui les dominait toujours et un autre sentiment devenu un instant assez fort pour les désarmer. Mais dès le moment où cette crainte est devenue justifiable par les actes, elle prend des proportions exagérées ; on en trouve l'expression partout : dans les traits de la malade, dans ses yeux, dans ses paroles. On ne voit rien de semblable chez des femmes chez qui le retard est occasionné par une
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grossesse commençante survenue en dehors de tontes ces préoccupations d'esprit. Ainsi, chez les femmes mariées qui se conforment résolument à leur destinée, un retard n'est ordinairement accompagné d'aucun sentiment de crainte, et encore moins les voit-on se livrer au désespoir ; tout y est calme et naturel. Si l'on consulte dans ce cas le médecin, c'est uniquement pour savoir à quoi s'en tenir, mais nullement par le besoin d'être rassuré. Il en est de même chez des femmes non mariées dont la position ne commande pas tant de précautions. Si alors les rapports sexuels occasionnent quelquefois des regrets, ce n'est ordinairement que plus tard, lorsqu'il n'y a plus de doute sur la grossesse ; mais la crainte de devenir grosse préoccupe si peu l'esprit qu'on ne redoute pas de s'y exposer de nouveau ; dans l'aménorrhée par cause psychique au contraire, il ne s'agit le plus souvent que d'une seule faute.
Dans les observations que nous venons de citer, nous sommes entré dans bien des détails qui pourraient paraître superflus. Mais il ne faut pas perdre de vue que pour faire apprécier le caractère psychique de l'aménorrhée que nous signalons à l'attention des observateurs, il fallait peindre aussi fidèlement que possible l'état moral des malades ; de là la nécessité d'entrer dans certains détails de la vie qui pouvaient mieux faire juger de l'état de leur esprit et de leurs préoccupations.
Nous pourrions citer, au besoin, bien d'autres faits analogues. Toutes ces femmes, effrayées des conséquences d'un acte auquel elles n'avaient cédé que dans un moment d'égarement, étaient sans cesse poursuivies par la crainte d'une grossesse, et comptaient avec impatience les jours qui les éloignaient encore de la prochaine époque des règles, en épiant avec anxiété les symptômes qui précédaient habituellement chez elles ces époques. Quoi de surprenant alors, qu'une impression morale aussi profonde puisse opérer sympathiquement dans les ovaires une espèce de syncope, en paralysant pour quelque temps les appareils érectiles qui se préparaient à entrer en mouvement pour les besoins de l'orgasme mens-
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DE l'aménorrhée, 589
înopporlunes, ce qui ne ferait que prolonger son martyre, tandis que quelques paroles douces ne manifestant aucun étonnemenl, adressées en vue de détourner l'esprit de sa préoccupation exclusive, peuvent le faire cesser. L'état matériel qui se produit dans ces défaillances sur les organes sexuels est manifeste ; au lieu de s'épanouir, la verge et les testicules se retirent au contraire sur eux-mêmes ; grâce à l'action sympathique des nerfs vaso-moteurs^ leurs vaisseaux se crispent, se resserrent; le sang reflue vers l'intérieur; la température baisse ; en un mot on voit survenir des conditions tout opposées à celles qui constituent l'érection.
Le traitement qui convient le mieux dans l'aménorrhée par cause psychique de cette espèce consiste, avant tout, en des moyens moraux tendant à rassurer et à calmer les inquiétudes des malades. On peut ajouter à cela le repos au lit, et quelques légers excitants du système circulatoire, tels que des infusions chaudes de tilleul, de sureau, ou notre sirop emménagogue. C'est dans les retards de ce genre qu'on obtient de très-bons effets de l'acétate d'ammoniaque, administré plusieurs fois dans la journée, par 15 à 20 gouttes à la fois dans la tisane. C'est dans de pareilles circonstances que les capsules d'apiol peuvent être prescrites au nombre de deux par jour.
Comme on voit, nous nous abstenons de tous les moyens énergiques qui, en cas de méprise, pourraient agir sur la matrice, et compromettre le sort d'une grossesse commençante. Cependant, en tenant bien compte des symptômes caractéristiques dont nous avons parlé, on sera rarement exposé à de pareils mécomptes.
Il pourra néanmoins arriver que tout en étant réellement de l'ordre psychique, l'aménorrhée en question ne cédât pas devant l'emploi de tous ces moyens, et qu'elle se prolongeât pendant plusieurs mois consécutifs. Ceci pourra se présenter, surtout chez les femmes qui désirent vivement avoir des enfants. Poursuivies constamment par la crainte de rester stériles a jamais, elles s'en préoccupent sans cesse, surtout au
58ft TROUBLES DE Ik MENSTRUATION.
approches de chaque époque -menstruelle; elles se sentent heureuses, toutes les fois qu'elles n'éprouvent alors rien de semblable à ce qu'elles avaient l'habitude de ressentir à de pareils moments; elles espèrent déjà que les règles ne vien* dront pas et qu'elles sont grosses; chaque jour de retard, chaque nouvelle époque passée, augmentent leurs espérances. Cet état peut, de cette manière, se prolonger d'autant plus facilement qu'à chaque époque on s'entoure d'une foule d^at* tentions et de précautions minutieuses, ce que ne font pas du tout les femmes qui redoutent d'être enceintes. Nous sommes persuadé que la plupart des grossesses, dites nerveuses^ dont on trouve des exemples dans les auteurs, n'ont été dans l'origine, que des aménorrhées par cause psychique^ qui se sont prolongées sous l'inQuence de l'idée fixe des malades. Une femme qui, par suite d'une perturbation nerveuse, se croit grosse jusqu'à éprouver des sensations qui se rattachent ordi* nairement à la grossesse, se trouve, à notre avis, à peu près dans le même cas que ces hypochondriaques qui, s'étant imaginé qu'ils avaient un cancer de l'estomac, finissent, en reportant sans cesse leurs idées vers cet organe, par troubler leurs digestions, au point de provoquer même des symptômes qui appartiennent ordinairement à cette affection organique.