‹ Traité de la menstruation; ses rapports avec l'ovulation, le fécondation, l'hygiène de la puberté et de l'âge critique, son rôle dans les différentes maladies, ses troubles et leur traitementChapitre 6 sur 38 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

conformément au programme que nous leur avons donné. Les renseignements ainsi obtenus nous ont permis d'étudier rinfluence de la latitude géographique et de la température moyenne de l'année sur 25 590 femmes, depuis 25* de température moyenne de Tannée (Asie méridionale), jusqu'à + 2%2 et même 0* (Kazan et Laponie) (1).

Parmi les modificateurs qui, en dehors delà température, influent sur l'âge de la puberté, nous n'en avons trouvé aucun dont l'action fut plus générale et plus constante que celle de la position sociale. Dans toutes les grandes villes où il y a des classes bien distinctes, la classe aisée et celle des travailleurs, gens qui fatiguent beaucoup, qui se nourrissent d'une manière insuffisante, et sont mal logés, nous avons remarqué une différence de plusieurs mois, quelquefois même de plus d'un an, dans l'âge moyen correspondant à la puberté. Partout Tinfluence hyposthéni santé de la pauvreté se fait sentir à cet âge, en apportant un retard dans la première éruption des règles. Cet effet est tellement général qu'il se présente aussi bien sous les tropiques que dans les contrées glaciales de la Russie septentrionale et en Laponie. Et comment s'étonner de ce résultat, puisque la physiologie expérimentale nous apprend, comme cela a été signalé par MM. Coste et Longet, que le régime seul peut déjà influer sur la vigueur de l'ovulation, que les animaux qui à Tétat sauvage n'avaient qu'une ou deux portées par an, en avaient plusieurs à l'état de domesticité, étant mieux et abondamment nourris.

Mais tout en tenant compte de l'influence de divers agents extérieurs, il ne ressort pas moins de nos recherches que le plus grand nombre des femmes du globe arrivent à la maturité entre treize et seize ans. En serait-il ainsi, si la menstrua-

(i) Voyei le Tableau synoptique de Ut première menstruation, page 200.

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tion était, comme on Ta cru pendant si longtemps, le résultat d'une pléthore relative? ne devrail-elle pas alors être susceptible d^ éprouver des variations infinies selon les pays et même selon les localités? Tout ce qui peut ralentir, ou accélérer la circulation aurait-il manqué de s*y faire sentir?

Cette uniformité des résultats au milieu des circonstances climatériques ou autres, souvent si opposées, doit déjà faire présumer que la menstruation dépend de certaines conditions tenant à Torganisation même. Leur puissance est si énergique, si vitale, qu'on la voit tout au plus fléchir un peu sous l'influence des modificateurs extérieurs agissant en sens contraire ; jamais elle ne peut être complètement anéantie. Il n'y a pas de pays, tel froid soit-il, où le flux périodique des femmes puisse s'arrêter, comme on Ta dit, par la rigueur du climat.

Les conditions anatomiques dont nous parlons consistent dans la présence et le développement progressif des vésicules de de Graaf. La vigueur plus ou moins grande que la nature déploie dans ce développement constitue ce que nous avons appelé, dans ce Traité de la menstruation^ le sens génital (page 169).

L'énergie du sens génital constitue tantôt le don individuel delà nature, tantôt elle se répand davantage et peut constituer un des caractères propres aux femmes d'une population tout entière, à une race.

Comme don individuel, le sens génital est la principale cause de très-grandes variations que l'on remarque souvent dans l'âge de la puberté chez les femmes habitant le même pays ; toutes les fois que les influences extérieures agissent conformément aux instincts du sens génital, les résultats sont considérables, parfaitement accentués ; ils ne sont au contraire qu'une espèce de métisj lorsque le mode d'action des

XII INTRODUCnON.

influences extérieures est opposé aux tendances naturelles du sens génital.

On a remarqué déjà depuis longtemps que parmi les animaux il y en a qui, de génération en génération, conservent la faculté de se reproduire plus souvent que d'autres appartenant au même genre. Dans l'espèce humaine on a vu également que certains peuples, comme les anciens Juifs, montraient relativement plus de précocité dans la menstruation et plus de fécondité. Cette particularité tient-elle tout simplement â rinfluence du climat et de la température, ou y aurait-il, chez les Juives, des dispositions organiques spéciales pour cela, pouvant se transmettre aussi de génération en génération, constituant par conséquent les caractères de race?

Le meilleur moyen, à notre avis, d'arriver a une solution satisfaisante de cet intéressant problème, était d'étudier les femmes juives dans des pays habités déjà depuis longtemps parleurs ancêtres et situés sous une latitude différente et dans un climat tout opposé à celui de la Judée. Si nous arrivons ainsi à démontrer que, nonobstant ces conditions climatériques, les Juives conservent néanmoins leur précocité relative comparativement aux femmes du même pays, mais d'une autre origine, il sera impossible de se refuser à l'influence des races. Il ne faudrait pas cependant exiger, pour admettre cette influence, que les caractères primitifs des Juives se montrassent avec toute leur intégrité. Il ne faut pas perdre de vue que la précocité relative des femmes de la Judée tenait probablement aux deux causes à la fois ; à leur sens génital plus vigoureux et à la température du pays. Dans leurs nouvelles conditions, le sens génital abandonné à lui-même et contrarié visiblement, au lieu d'être favorisé dans ces impulsions, par reflet hyposthénisant du climat, ne pourra jamais atteindre les résultats observés chez les femmes des premières

INIRODUCTION. JUJU

dérations. Par conséquent une différence même assez ère, mais constante entre les femmes juives et celles ine autre origine, rendrait déjà Tinfluence de la race incontable.

Aucun pays ne pouvant nous donner les mêmes garanties la pureté de la race sémitique parmi les Juifs, que la Popie, c'est du côté de ces contrées que nous avons dirigé turellement nos recherches. Ayant fait prendre, déjà en 139, des notes sur cent Juives et sur autant de femmes d'o- ^e slave, de la même classe de la société, à Varsovie, nous ons trouvé que la moyenne de la première éruption des gles était de trois mois et quatre jours inférieure chez les ives. Cette différence, quoique faible, indiquait déjà une cerne tendance à la précocité menstruelle chez les femmes de race sémitique. Pour écarter plus sûrement l'influence une grande ville, et dans Tespoir de rencontrer la race seitique encore plus pure, nous nous sommes adressé à . le docteur Dropsy, un des médecins les plus instruits de Yolhynie, résidant dans une petite ville, Zaclaw, où il y a »iucoup de Juifs, observant encore toute la pureté de leurs œurs, se nourrissant mal, se logeant misérablement, vivant i un mot dans des conditions hygiéniques inférieures à celles IX milieu desquelles vivent les paysans de la même contrée. otre livre était déjà presque terminé lorsque cet estimable infrère nous a envoyé des notes en réponse à nos questions; ms saisissons donc cette occasion pour en faire connaître s principaux résultats.

M. Dropsy eut l'obligeance de questionner sur l'âge corspondant à la première éruption des règles : 100 Juives, liant de paysannes de la même contrée, d'origine slave, et ) femmes appartenant à la noblesse, vivant dans une très- *ande aisance.

D'après ses noteS; l'âge la première éruption des règles

Xlt IlCÎBOUtjCflON.

correspond , dans le pays où il observa , en cAoyenné :

Ghet les Juives, à. < i 4, |â «ni 9 lÉokr fl5 JMn»<

Chez les paysannes, à 15 — 10 — 9

Dans la noblesse, à. 13 — 11 — 15

Ainsi il y aurait, entre la moyenne représeiitant TAgë dé là puberté cbesles paysannes et dans la noblesse, une différence d'un an dix mois et vingir-quatre jours. Ce résultat n^a rieti de surprenant et ne fait que confirmer la loi générale qde nous avons établie, quant à la différence qu'il y a entre Tâge correspondant à la première éruption des règles chez \ti femmes de la classe aisée et celles qui appartiennent k la classd pauvre.

Mais ce qu'il y a de plus frappant dans le» recherches statistiques dont nous parlons, c'est la différence entre les Juives et les paysannes. Ces deux classes vivent à peu près dans les mêmes conditions, sinon que les paysannes respirent au moins un air sain, tandis que les Juives, mal logées, misérablement nourries et respirant l'air malsain, se trouvent certainement placées dans des conditions hygiéniques plutôt plus fâcheuses. Nonobstant tout cela, la première éruption des règles a lieu chez les Juives un an six mois et quatorze jours plutôt que chez les paysannes. Les filles nobles vivant dans une grande aisance n'ont que quatre mois dix jours d^avantage sur les Juives.

Ce résultat est significatif et semble parler en faveur de la conservation des dispositions primitives à la précocité, dans la race sémitique.

L'âgeccwespondantà la ménopause diffère à peine dans ces trois classes de la société. Mais quant à la fécondité, clic a comparativement beaucoup plus de puissance chez les Juives que dans les deux autres classes. Dans les familles d'origine sémitique^ M* Dropsy a trouvé en moyenne un [)eu plus

INTHODÙCnOW. XV

de 8,60 d'énftnts par ménage, chez les paysans il n'y en avait que 7»/iO et dans la noblesse sculefflenl 4,44.

Ces documente semblent fendre on ne petit plus manifeste rinfluence de la race sur le sens génital et en particulier sur la précodté des règles et sur la fécondité.

iM follicules de de Graaf qui constituent les or^es de la menstruation subissent d'importantes modiflcattons vers Tâge de la ménopause, comme cela a été du reste signalé déjà p«r Repérer. Nous n'avons pas manqué de ftiire eonnaître ces diangements, puisqu'ils sont le signal de la Cessation physiologique de l'ovulation et apportent ainsi un nouveau témoignage en faveur de la justesse de la théorie moderne de la menstruation.

Deux sources semblent surtout fournir des éléments pour la symptomatologie de la ménopause : l"" le système sanguin, à cause de la cessation de Thémorrhagie habituelle; 2^ le système nerveux ganglionnaire, par suite de la cessation de sa participation â Torgasme périodique de l'ovulation.

Contrairement à l'opinion générale, nous avons trouvé que les troubles de ce dernier ordre étaient incomparablement plus fréquents â cette époque de la vie que ceux qu^on aurait pu raisonnablement attribuer à la suppression de la perte habituelle de sang. Nous avons désigné l'état général qui semble donner naissance à ces troubles sous le nom de pléthore nerveuse^ par opposition â la pléthore sanguine à laquelle on les attribuait d'une manière trop absolue. Cette distinction fondée sur Tobservation est d'un immense intérêt pratique. La plupart des mesures hygiéniques les plus appropriées à cet âge> ainsi que les indications thérapeutiques, en dépendent.

La SECONDE PAfttrE de cet ouvrage est consacrée à Vhygiènc fie la puberté et de Vâge critique. C'est aux approches de la puberté surtout que les lumières d*un hygiéniste peuvent c^trc à chaque instant mises à profit. Il eût été à désirer que les

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