‹ Traité de la menstruation; ses rapports avec l'ovulation, le fécondation, l'hygiène de la puberté et de l'âge critique, son rôle dans les différentes maladies, ses troubles et leur traitementChapitre 9 sur 38 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

de Torgasme menstruel ou à celle de la tunique interne de la matrice. Dans ce cas, la dysménorrhée se complique de symptômes propres à ces affections et constitue des variétés distinctes que nous avons désignées sous le nom de dysménorrhée congestive et inflammatoire.

Le fait d'exfolialion pathologique de la tunique interne de la matrice, dans certaines formes de dysménorrhée inflammatoire, ne peut plus être mis en doute. Toutefois cette complication est fort rare; elle a été souvent confondue avec des pièces anatomiqucs appartenant à des avortemenfs des germes qui avaient cessé de vivre au bout de quelques jours de la gestation. On a vu aussi des concrétions sanguines prendre Taspect membraneux, après être restées collées pendant quelque temps contre les parois de l'utérus. Nous avons insisté longuement sur la description de ces états, pour faciliter leur diagnostic différentiel et pour mieux établir, par la même raison, le fait de Texfoliation pathologique de la tunique interne.

Le traitement de la dysménorrhée doit être toujours subordonnée à sa nature. Mais quelle que soit sa forme, on peut toujours espérer beaucoup de l'action du bromure de potammn sur les fibres musculaires qui sont contractées spasmodiqucment. Les propriétés amyosthéniques de cette préparation nous ont paru, dans ce cas, évidentes. Toutes les femmes atteintes de dysménorrhée à qui nous Tavons prescrite se trouvaient notablement soulagées en peu de temps.

Fidèle à la théorie de la menstruation qui ratl^jche cette fonction à Tovulation, nous avons réservé le nom A'aménorrhèe aux troubles caractérisés par l'absence de Texhalation physiologique du sang par la tunique interne de l'utérus, et nous l'avons divisée en deux principales catégories : aménorrhée radicale ou d'origine ovarique, et aménorrhée d'origine utérim. Dans cette dernière, l'ovulation continue sa marche

DITKOINIGnOir. XXI

physiologique, mais l'utérus ne répond pas, par son consensus synergique habituel, à Tappel de Torgasme menstruel des ovaires et ne se congestionne pas assez pour donner lieu àrhémorrhagie.

Nous avons distingué Taménorrhée d*origine ovarique en aménorrhée organique contre laquelle toutes les prétentions emménagogues doivent forcément échouer, et aménorrhée fonctionnelle, qui peut être tantôt consécutive à un état général de réconomie, tantôt idwpathique . Cette dernière consiste dans une espèci*. de torpeur qui frappe plus ou moins directement l'ovulation. Iiorsque l'aménorrhée de cette espèce n'est que commençante, et que tout porte à croire qu'elle ne doit pas être de longue durée^ elle constitue ce qu'on appelle vulgairement des retards. L'aménorrhée ovarique fonctionnelle idiopathique est pour ain^i dire la seule où l'emploi des emménagogues peut être indiqué.

Nous avons insisté longuement sur les retards, car c'est une des formes de l'aménorrhée pour laquelle les médecins sont le plus souvent consultés. Dans le nombre, il y en a une qui avait attiré déjà depuis assez longtemps noire attention et à laquelle nous avons même consacré, il y a trois ans, un travail spécial publié dans les Archives de médecine; nous voulons parler de Y aménorrhée par causes physiques.

C'est un fait vraiment curieux, mais réel, que cette immixtion des opérations de l'esprit et de l'âme dans l'exercice des actes de la vie organique et en particulier de ceux qui sont relatifs à la reproduction. Les beaux et intéressants travaux de M. le professeur Claude Bernard relatifs a l'influence du cerveau à travers les ramifications du grand moteur orga* nique, sur les organes et leurs fonctions, peuvent seuls rendre intelligibles ces phénomènes qui, sans cela, seraient restés incompréhensibles. Ainsi une simple préoccupation d'esprit peut empêcher^ chez l'homme, des érections, comme une

XXfl LVrRODUCTION.

simple crainte cVelre grosse, aecompagnée des inquiétudes sur l'apparition des règles à Tépoque voulue, peut frapi)er (l*alonie l'ovulation et retarder l'érection ovarique qui accompagne chaque déhiscence spontanée.

Nous avons admis la mé}iorrhagie symptomatique conséculive aux affections des organes sexuels ou à certaines dispositions générales de l'économie comme étant la plus fréquente. Toutefois, ne serait-ce qu'à titre de pierre d'attente, en est obligé, avons-nous dit, d'admettre également, dans l'état actuel des choses, l'existence de la ménonhojgie idiopathique^ que, faute de mieux, nous expliquons par l'atonie de l'appareil musculaire de l'utérus.

La ménorrhagie, à laquelle on n'attache généralement qu'une médiocre importance au point de vue du pronostic, mérite au contraire de fixer sérieusement l'attention des praticiens. On Ta vue quelquefois, même chez les jeunes filles, devenir tellement abondante, qu'elle occasionnait la mort. Dans le cours des tièvres éruptives, l'exhalation sanguine provoquée par l'orgasme menstruel est parfois si copieuse, que le sang exhalé par la muqueuse des trompes déborde ces conduits et donne lieu à des épanchements pelvien^; mortels. Nous avons cité plusieurs exemples de ces graves complications.

Nous avons donné à la thérapeutique de ce trouble menstruel tout le développement nécessaire que comportait son importance. Parmi les différents moyens de traitement dont nous avons discuté la valeur, nous avons appelé particulièrement l'attention sur l'administration des préparations de nwc vomica dans l'intervalle des époques menstruelles, dont nous avons retiré d'excellents effets. Quoique nous soyons toujours disposé à adopter les médicaments qui guérissent, quand même nous ne pourrions pas nous rendre compte de leur mode d*aclion, nous éprouvons néanmoins une satisfaction indicible

INTRODUCTION. XUIX

Ithaque fois qu'il nous est donné de pouvoir raisonner refficacité des remèdes. Nous attribuons les succès que nous avons obtenus dans les ménorrhagies, à l'aide de la noix vomique, à raclion de celte substance sur les fibres musculaires de l'utérus dont elle provoque les contractions.

Depuis une quinzaine d'années on a fixé plus particulièrement Tatteniion sur des collections sanguines du bassin décrites sous les noms d*hématocèle rétro-utéritte^ péri-utérine ou pelvienpie. Ces dépôts sanguins n'ont pas certes toujours la même provenance, et Ton aurait tort de chercher à faire remonter leur origine exclusivement à Torgasme menstruel. Quoi qu'il en soit, l'influence de cet orgasme n'en joue pas moins un grand rôle dans l'étiologie de ce curieux état pathologique, comme cela a été déjà très-bien établi en premier lieu par MM. les professeurs Nélaton et Laugier. Le paragraphe de notre livre, ou nous traitons cette question, rappelle plusieurs faits qui ne permettent pas do douter de celte corrélation.

Le dernier groupe des troubles menstruels est constitué par ce que nous avons appelé Xataxie menstruelle. Ce nom est nouveau; nous l'avons choisi parce qu'il rend bien notre manière de voir sur la nature des troubles auxquels il s'applique, mais ces troubles sont connus depuis longtemps. C'est ce qu'on désignait généralement sous le nom de règles déviées ou menstmes supplémentaires f menstruatio vicaria.

On est surpris d'entendre soutenir que ce sont les parties périphériques qui attirent le sang vers elles, car c'est évidcnnnent un ma tergo qui pousse le sang vers les différentes parties, sans avoir peut-être le plus souvent d'autre guide, en tout cela, qu*un simple caprice de nerfs. Il en est de ces liémorrhagies comme des manifestations douloureuses dans certaines névroses que l'on voit également envahir différentes parties du corps, sans ((u'aucune prédisposition locale donne

IXIV INTRODUCTION.

raison de leur fixation sur tel ou tel autre organe. De même (|ue la douleur ne se guide, dans des cas dont nous parlons, (]ue d'après les ramifications nerveuses, qu'elle peut atteindii; partout, de même dansTataxie menstruelle, le sang peut être exhalé sur tous les points du corps pourvu qu'il y ait des vaisseaux. Si nous ajoutons à ces considérations, que Tataxie menstruelle ne se manifeste jamais autrement que sous l'influence de l'orgasme qui accompagne la dernière phase de l'ovulation, où l'élément nerveux joue un rôle si considérable, et que, comme la plupart des névroses, elle est accompagnée d'un état anémique plus ou moins prononcé, ce sera je crois assez pour justifier notre manière de voir à cet égard. Pour toutes ces raisons nous avons cru devoir réserver à Vataxie memtruelle une place à part parmi les troubles de la menstruation, et la considérer comme une fiévrose de cette fonc« tion.

Nous terminerons ici le résumé des points qui nous ont paru les plus dignes de fixer l'attention des lecteurs.

Paris, ce 29 mm 1868*

A. RACIB0I5U.

TRAITE

DE

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