OBSERVATION LVI
Paralysie du mouvement dans les membres thoraciques et pelviens ; conservation du sentiment; absence de symptômes cérébraux au début de cette maladie. Guérison au bout de deux mois.
M. Escallier, négociant d’Auxerre, ayant les cheveux noirs, la face colorée, le système musculaire énergique, quoique médiocrement développé, était né de parens dont la santé avait été constamment exempte de toute atteinte. Prompt à s’émouvoir, il est modéré pourtant dans ses passions. Il a eu la variole à cinq ans, la varicelle à sept, et ne se rappelle pas avoir été atteint de la rougeole ou de la scarlatine. A seize ans, il est devenu sujet a de violentes céphalalgies frontales, dont les retours peu réguliers étaient rarement pourtant séparés par des intervalles de plus de huit jours. La durée de la céphalalgie était chaque fois d’une demi-journée environ.
Depuis quatre ans, il sue habituellement et abondamment aux pieds. Cette sueur, lorsqu’elle a lieu librement, soulage les maux de tête. Ordinairement il ne va que tous les trois ou quatre jours à la garde-robe. Les digestions se sont toujours exercées avec régularité. Il était étranger aux affections herpétiques et rhumatismales.
CONGESTIONS SANGUINES
La sueur habituelle des pieds se supprima presque complètement au commcncementdu mois de novembre.
Le 26 décembre matin, M. E., alors à Amiens, éprouve au mollet droit une crampe qui dure deux minutes, et laisse après elle une douleur qui se prolonge jusqu’au soir. La nuit ne présente rien de remarquable. Le lendemain 27 , à huit heures du matin , M. E. s’aperçoit d’une pesanteur dans les bras et les jambes, et d’une difficulté extrême à mettre ses bottes. Il ne peut pas rendre ses urines librement. Un médecin appelé prescrit une émulsion nitrée , et fait appliquer douze sangsues à l’anus. M. E. s’endort à son heure ordinaire, et, jusqu’à cette époque, conserve la faculté de se servir lui-même à boire, et d’agiter la sonnette pour appeler.
Dans la nuit du 27 au 28, à minuit, le malade est réveillé par le froid; il s’aperçoit qu’il est privé de ses couvertures. Faut-il attribuer la chute de celles-ci à leur fixation imparfaite, ou à des mouvemens convulsifs qui auraient eu lieu pendant le sommeil ? Les renseignemens obtenus sont insuffisans pour décider cette question. Quoi qu’il en soit, il n’a pu replacer ses couvertiires , ni agiter la sonnette pour appeler. Il s’est endormi de nouveau, et s’est réveillé au bruit d’un domestique qui entrait dans sa chambre, a fait replacer ses couvertures, et a dormi de nouveau jusqu a huit heures du matin. À cette époque, non plus que pendant la nuit, lors de ses momens de veille, il n’éprouvait ni pesanteur de tête, ni bourdonnemens d’oreille, ni éblouissemens. L’excrétion urinaire était plus facile.