C 0 N G ES T 1 0 N S SAN GH IN ES
pas si grand, ‘les mouvemens des doigts plus forts. La lièvre et la douleur du dos étaient bien moindres. Insensiblement, les membres supérieurs reprirent leur première force; l’état de stupeur de la peau devint de moins en moins marqué en suivant une marche véritablement descendante, et le 4 mars, Desurmont sortit de l’hôpital ayant repris des forces et de l’embonpoint, et ne ressentant plus qu’un peu de faiblesse dans les membres inférieurs, laquelle a disparu depuis complètement.
N’est-il pas très-vraisemblable que les phénomènes présentés par ce malade ont été le résultat d’une congestion rachidienne très-active, car on ne voit rien ici des symptômes qui caractérisent une méningite? D’un autre côté, si l’on considère les liaisons multipliées de la moelle épinière avec les viscères intérieurs, on sera moins surpris de voir une affection de ce centre nerveux à la suite d’une irritation gastro-intestinale vive et prolongée. Cette affection secondaire a été en quelque sorte confirmée par la formation rapide de l’escarre légère du sacrum, phénomène qu’on n’avait pas observé jusque-là, et qui est généralement commun dans les altérations de la moelle rachidienne ou de ses enveloppes. Il est probable que l’accumulation du sang eût été moindre , si l’on eût appliqué un grand nombre de sangsues ou des ventouses scarifiées le long du rachis, au lieu des moyens irritans qu’on a mis en usage dès le début. Y a-t-il eu en même temps un surcroît d’exhalation séreuse, et résorption progressive du liquide? Cette supposition est assez fondée.
ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS. /\55
J’ai déjà fait remarquer combien la respiration exerçait d’influence sur la circulation veineuse du rachis. Il est donc aisé de concevoir que s’il survient chez un individu disposé à ces sortes de congestions quelque altération profonde des organes respiratoires, les accidens peuvent augmenter d'intensité; la congestion sanguine devient de plus en plus forte , contribue elle-même à accroître la gène de la respiration causée par l’affection pulmonaire, et le malade succombe dans un état analogue à l’asphyxie. J’ai ouvert avec M. Ménière le cadavre d’un individu qui avait été affecté d’une paralysie incomplète du mouvement du tronc et des membres, avec exaltation morbide de la sensibilité de la peau. Cette paralysie, qui avait suivi dans sa marche la progression que j’ai indiquée, avait diminué graduellement, et était à peu près disparue, lorsqu’elle se manifesta de nouveau , en même temps qu’une pleuro-pneumonie. Cette dernière maladie fit des progrès assez rapides, et l’on vit la paralysie augmenter successivement jusqu’à la mort; de telle sorte, que peu de jours avant de succomber, ce malade était retombé dans le meme état de paralysie, avec sensibilité extrême des tégumens. Les membres supérieurs et inférieurs exécutaient seulement de légers mouvemens de totalité; la respiration était extrêmement pénible, et l’on n’observait que des mouvemens presque insensibles de la poitrine. Il mourut en. conservant jusqu’à la fin le libre exercice de ses facultés intellectuelles.
A l’autopsie, nous trouvâmes une pneumonie et une pleurésie assez étendues du côté droit; il existait en
CONGESTIONS SANGUINES
même temps une congestion considérable de sang dans toutes les veines méningo-racliidiennes qui étaient manifestement dilatées, et particulièrement les branches qui traversent les trous de conjugaison. Les cordons nerveux étaient enveloppés d’un lascis veineux trèsgorgé de sang, qui comprimait évidemment chaque nerf rachidien à sa sortie du rachis; circonstance qui rendait parfaitement raison des phénomènes observés pendant la vie. Il y avait peu de sérosité épanchée. La moelle épinière et ses enveloppes n’offraient aucune autre trace d’altération, non plus que le cerveau et ses membranes.
Cette congestion sanguine du système veineux rachidien était d’autant plus remarquable, que chez un autre sujet que j’ouvris immédiatement après , et qui avait succombé à une encéphalite accompagnée d’une méningite rachidienne caractérisée par une exsudation puriforme entre la pie-mère et l’arachnoïde de la moelle, les veines rachidiennes n’offrirent point un engorgement semblable, et cependant l’afflux des liquides qui avait dû exister pendant le travail inflammatoire, ne pouvait que causer une congestion analogue à celle que nous venions
d’examiner. 11 parait évident qu’elle seule a suffi pour
produire la stupeur générale dont le tronc et les membres avaient été frappés, car il n’existait point une accumulation de liquide assez abondante pour qu’on pût attribuer à cet épanchement les phénomènes observés pendant la vie. Ils dépendaient donc seulement de la congestioh vasculaire, et en grande partie de celle qui comprimait les nerfs à leur sortie des trous intervertébraux.
ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS.
N’est-ce pas a une cause analogue qu’il faut attribuer les accidens survenüs chez le sujet de l’observation suivante qui m’a été communiquée par M. le docteur Fouilhoux?