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OBSERVATION LVII

Abus des plaisirs vénériens; paralysie incomplète du mouvement des membres supérieurs et inférieurs, sans lésion de la sensibilité; douleurs lombaires légères; absence de symptômes cérébraux ; disparition graduée de la paralysie de haut en bas. Guérison au bout de trois mois.

M. ***, âgé de trente-huit ans, d’un tempérament sanguin et d’un caractère vif, avait toujours mené , jusqu’au jour de l’invasion de la maladie , une vie active et laborieuse. Il a souvent fait des excès de liqueurs spiritueuses, et de café surtout. Presque toujours dans un état d’excitation, il a abusé des plaisirs vénériens, auxquels il avait Fhabilude de se livrer debout. Cependant, depuis deux mois, remarquant que l’excès de ces plaisirs l’épuisait beaucoup, M. *** mettait plus de frein

(i) Journ. génér. de méd. , n° de nov. 1824. (Extrait.)

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à ses désirs, sans cependant renoncer à la position fatigante qu’il prenait dans l’acte vénérien , après lequel il éprouvait une douleur lombaire et un tremblement des membres inférieurs.

Depuis deux mois, il existait une faiblesse générale dans les jambes, et des douleurs vagues qui ne l’empêchaient pas de continuer le même genre de vie, lorsque le i5 avril, à la suite d’un violent accès de colère, il éprouva un tremblement presque universel des muscles. Le 16, après un travail plus fatigant qu’à l’ordinaire , engourdissement de la main droite. Le 17, l’engourdissement persiste. Il fait un trajet de huit lieues à cheval: ingestion de café et de liqueurs pendant la roule, douleurs lombaires ; le soir , brisement de tous les membres. Le 18 au soir, le médecin du malade, M. Boucher, observe une difficulté dans les mouvemens , démarche peu assurée, douleurs vives dans toutes les articulations, fourmillement dans les mains, nulle altération des traits de la face, nulle céphalalgie, respiration naturelle et libre. Le 19, face animée, légère douleur de tète, même état des membres, pouls dur, vif, accéléré (Saignée de bras, bains, petit-lait, limonade gommée). Le 20, même état : nouvelle saignée.

Au bout de quelques jours, MM. Dutrochet et Gendron sont appelés en consultation , et trouvent le malade assis sur une chaise dans l’état suivant : membres supérieurs inertes, pendans sur les cuisses, sensibles au toucher; les doigts des mains remuent imperceptiblement; pour lever le bras et porter la main au front, l’avant-bras décrit lentement un arc de cercle en se

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portant vers le thorax, et la tête s’incline pour aller au devant de la main qui touche à peine la région cervicale; le bras gauche exécute moins bien ce mouvement que le bras droit : ces membres retombent ensuite pesamment. Le malade ne peut rien serrer dans ses mains. Il lève les jambes de six à huit pouces du sol, et aussitôt elles retombent; les doigts des pieds sont immobiles, point de douleurs dans les membres; il y éprouve seulement un engourdissement général, et ce n’est plus qu’après avoir essayé quelque mouvement qu’il y ressent un grand fourmillement. Les mouvemens des muscles de la tête et du cou sont intacts; ceux du dos et des lombes sont anéantis, aussi le malade ne peut rester sur son séant; la partie postérieure du tronc, dans tout le trajet du rachis, n’est le siège d’aucune douleur; il ressent seulement un peu de chaleur au bas de la région dorsale. (Application de vingt sangsues dans ce point.) La peau est dans l’état ordinaire, le pouls lent; la langue sans rougeur, la respiration libre, les battemens du cœur en rapport avec le pouls; quelques coliques légères parcourent l’abdomen ; il y a constipation ; la vessie remplit bien ses fonctions; l’urine est un peu rouge.

Un traitement antiphlogistique fut prescrit sans autre effet que de produire la diminution du nombre des pulsations qui étaient réduites à cinquante par minute au bout de quelques jours ; un ralentissement analogue avait été déjà observé lors des deux premières saignées. Après l’application des sangsues, le malade fut privé tout à coup du peu de mouvement qui avait existé jus-

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que-là. L’idée qu’un epanchemcnt pouvait être alors la cause des accidcns, fit recourir aux vésicatoires volans le long du rachis , et aux toniques à l’intérieur. Peu à peu le pouls revint à quatre-vingts pulsations par minute.

Au bout de quinze jours de ce traitement, le mouvement était revenu sensiblement; quatre vésicatoires avaient été appliqués successivement. Le malade s’opposa alors à ce qu’on en appliquât de nouveaux. Une constipation opiniâtre existait depuis le début de la maladie; on y remédia par des lavemens purgatifs. M. Bretonneau, mandé près du malade, reconnut aussi l’existence d’une paralysie musculaire presque complète, avec conservation de la sensibilité dans toute son intégrité. Il conseilla, ainsi qu’on l’avait déjà fait, l’application des moxas; mais le malade s’y refusa.

La noix vomique, administrée par doses graduellement augmentées jusqu’à trente-six grains par jour, produisit seulement un fourmillement très-vif dans les membres, et une agitation légère pendant quelques nuits. Le malade se plaignait parfois de douleurs vives » dans les talons; enfin, ennuyé de ne voir aucun changement notable dans son état, il se. décida à ne plus prendre de médicamens; seulement quelques frictions sèches furent faites de temps en temps sur le rachis et sur les membres; peu à peu les mouvemens des membres supérieurs devinrent plus sensibles : le malade pouvait se servir de ses mains pour manger, mais ses jambes ne pouvaient le soutenir : il pouvait bien se lever et se tenir sur son séant sans être fatigué; mais à peine, lorsqu’il voulait marcher , pouvait-il faii;e trois pas d’une

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manière lourde et embarrassée , à l’aide de béquilles. Enfin, après environ trois mois de maladie, la santé de M. *** s’est parfaitement rétablie, et la paralysie des membres a complètement disparu.

Il serait difficile d’admettre, d’après Pertsemble des symptômes observés sur ce malade, que la cause de la paralysie ait consisté en une inflammation de la moelle épinière ou de ses enveloppes. A l’exception de la douleur légère fixée dans la portion lombaire, où sans doute s’effectuait plus particulièrement la congestion sanguine lors du coït, on ne voit aucun phénomène qu’on puisse rattacher à une irritation bien marquée. Tout, au contraire, annonce une cause qui produisait secondairement la torpeur, et non l’excitation du centre nerveux rachidien 5 et cette cause me paraît avoir consisté dans une congestion sanguine dont les récidives fréquentes ont influé sur l’exhalation du liquide vertébral dont la quantité a progressivement augmenté : cependant l’engourdissement survenu dans le membre supérieur droit à la suite d’efforts violens, et lorsque déjà la faiblesse des membres inférieurs était manifeste , semblerait prouver que l’afflux du sang n’a pas eu lieu d’une manière uniforme dans tous les points du système vasculaire rachidien. Il est très- probable aussi que la position dans laquelle cet homme exerçait habituellement le coït, et la contraction générale des muscles qui devait en résulter, n’ont pu que favoriser la congestion rachidienne.

On a du remarquer aussi l’affaiblissement singulier de la circulation après l’emploi d’un traitement anti-

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phlogistique, circonstance qui vient également démontrer qu’il n’y avait pas là une concentration active des fluides, comme dans l’inflammation. Peut-être aussi l’action énervante des excès vénériens avait-elle affaibli l’influence que la moelle épinière exerce sur l’appareil circulatoire , et cette cause ajoutait-elle aux effets de la compression exercée sur ce centre nerveux? Est-ce à cette même circonstance, ou bien plutôt parce que le siège de l’altération n’était pas dans le tissu même de la moelle, que la noix vomique n’a produit pour ainsi dire aucun résultat?

Mais comment la paralysie du mouvement peut-elle avoir lieu sans altération de la sensibilité, en admettant que ces accidens soient le résultat d’une congestion sanguine plus ou moins forte et de l’accumulation d’une plus grande quantité de liquide dans le canal vertébral ? Si l’on considère ce phénomène morbide dans son ensemble, on conçoit difficilement que le mouvement ou la sensibilité puisse être alors aboli isolément , puisque la moelle doit se trouver également comprimée dans tous les points de sa surface. Cependant, quand on réfléchit à sa position dans le canal rachidien , on voit de suite que sa partie antérieure est maintenue presque immédiatement appliquée contre la face postérieure du corps des vertèbres par les racines rachidiennes, tandis que la partie postérieure est éloignée de cinq ou six lignes de la face correspondante du canal. Il résulte de cette disposition que, si un liquide vient s’interposer autour de la moelle, il exerce une compression plus forte sur sa partie antérieure, par la raison qu’elle est maintenue

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dans un plus grand rapprochement de la partie résistante de son canal. D’un autre côté , s’il existe en même temps une congestion dans les vaisseaux de la pie-mère qui rampent à la surface de la moelle, l’effort de dilatation de ces vaisseaux agissant en totalité sur la face antérieure du cordon nerveux qui ne peut laisser entre elle et le rachis qu’un petit intervalle, les faisceaux antérieurs sont plus spécialement comprimés : de là vient que la paralysie frappe plus particulièrement le mouvement.

Je conçois que cette explication, toute rationnelle qu’elle paraisse, aurait besoin d’être appuyée sur les résultats d’autopsies cadavériques; mais il est difficile que de semblables phénomènes , qui ne peuvent exister que sous l’influence de la vie , puissent persister après la mort. Cette remarque est surtout applicable aux lésions si nombreuses du système nerveux, et c’est avec raison que M. le professeur Lallemand a dit (i) « que les altérations pathologiques du cerveau , de la moelle et de leurs membranes, sont plus difficiles à apprécier que celles des autres organes parce que, indépendamment des précautions particulières qu’exige leur examen, une inflammation violente produisant plus promptement la mort, y laisse des traces moins évidentes; parce qu’une inflammation légère peut produire plus facilement des symptômes graves; parce qu’étant l’aboutissant de toutes les sensations, ce centre nerveux est plus susceptible qu’un autre d’être irrité sympathiquement; et c’est à cette difficulté de retrouver après

(i) Lett. i, sur l'Encéphale, etc., préface, pag. Tij.

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la mort les traces des affections qui y avaient leur siège pendant la vie, qu’il faut principalement attribuer l’état arriéré de nos connaissances sur ces maladies. » Le fait suivant, que m’a communiqué M. Dance, va prouver toute la justesse des observations de M. Lallemand.

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