OBSERVATION LVI1I
Accouchement naturel ; suppression des lochies le troisième jour, convalescence sans retour de l’écoulement ; au bout d’un mois, fourmillement dans la main et le pied du coté gauche , puis du côté droit; pai'alysie presque subite du mouvement des quatre membres; conservation de la sensibilité; nulle lésion des fonctions intellectuelles ; dyspnée de plus en plus grande. Mort par asphyxie le deuxième jour. Congestion peu marquée des vaisseaux rachidiens ; cerveau et moelle épinière intacts.
Miclète (Adèle), âgée de trente-un ans, domestique, d’une constitution robuste , d’un embonpoint ordinaire, fut apportée le 2 avril 1825 à l’Hôtel-Dieu (salle Sainte- Monique) , dans un état de paralysie générale : il n’existait aucun trouble des facultés intellectuelles. Elle était accouchée depuis un mois, le 2 mars; la grossesse et l’accouchement avaient été fort heureux. Le troisième jou£,Ia fièvre de lait se développâmes seins se gonflèrent considérablement, les lochies furent supprimées complètement, et depuis cette époque ne reparurent plus. Cette circonstance ne sembla pas influer sur la santé de la nouvelle accouchée , qui sortit de la Maternité le douzième jour. Elle avait repris au bout de huit jours du Service dans une nouvelle maison , lorsque le i'r avril, après s’être bien portée en apparence jusque-là, et étant occupée à faire le lit de son maître , elle
CONGESTIONS SANGUINES
ressentit tout à-coup des fourmillemens (c’est son expression) très-forts, d’abord à l’extrémité des doigts de la main gauche, puis à l’extrémité des orteils du pied du même côté , et une demi-heure après , les mêmes fourmillemens, d’abord aux extrémités des doigts de la main droite, puis aux orteils droits.
Malgré cette sensation incommode , celte femme continua de marcher jusqu’à trois heures de l’aprèsmidi, et alors elle fut obligée de s’asseoir, ses membres ne pouvant plus la supporter. Elle resta ainsi sur une chaise jusqu’à sept heures, et la fatigue des membres augmentant, elle ne put gagner son lit, où il fallut la porter. La nuit fut assez calme; il y eut du sommeil; la malade ne fut incommodée que du fourmillement dont nous avons parlé. Le 2, même degré de la paralysie ; à cinq heures du soir, la malade offrait les symptômes suivans: Décubitus sur le dos, face assez colorée, quoique la malade eût naturellement peu de couleurs; physionomie assez tranquille, et nullement souffrante; fonctions intellectuelles intactes : c’est elle-même qui a donné tous les renseignemens qui précèdent. Elle n’est point sujette aux maux de tête, mais elle avait eu la v^lle, dans la soirée , une légère céphalalgie ; fourmillemens incommodes à l’extrémité des doigts et des orteils ; impossibilité absolue de lever volontairement les membres qui retombent sur le lit quand on les soulève. Cette paralysie est plus complète du côté gauche que du côté droit, car la malade peut remuer légèrement la main droite, et plus faiblement les orteils du côté droit; mais elle n’exécute aucune espèce de mouvement
ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS. /[^
avec la main et le pied gauches. Les membres n'ont aucune roideur, ils sont flexibles à volonté. Les pieds sont plus froids que le reste du corps , et la malade a la conscience de cette sensation.
La sensibilité n’est nullement diminuée dans aucun point du corps; le plus léger contact des membres est perçu; les doigts sontdemi-fléchis, et la malade ne peut les étendre. La respiration se fait avec une sorte d’effort ; on voit qu’elle ne peut dilater suffisamment sa poitrine qui résonne partout à la percussion; mais l’auscultation fait reconnaître un raie léger et ronflant, un gargouillement dans les bronches produit évidemment par le mucus qui y est amassé, et que la malade ne peut rejeter parce que les mouvemens nécessaires à l’expectoration sont impossibles (Jusque-là la toux avait toujours été facile). Langue humide et pâle, coliques légères depuis une heure ; il n’y a pas eu de selles depuis l’invasion de la maladie ; cependant elle a uriné volontairement dans la journée. La température de la peau est tout-à-fait naturelle, le pouls plutôt faible et lent que fort et fréquent; appétit, aucune sensation incommode dans aucune partie du corps, à l’exception des fourmillemens dont nous avons parlé. Aucune douleur le long du rachis dont la conformation est régulière, et sur lequel on peut exercer une pression sans causer de douleur. Les mouvemens de la tête sur le cou sont parfaitement libres (Saignée de trois palettes, écoulement difficile et lent du sang, parce que la malade ne peut remuer son bras).
Au bout d’une heure, la respiration est devenue plus
474 CONGESTIONS SANGUINES
pénible ; la poitrine ne se dilate qu’imparfaitement ; gargouillement bronchique plus marqué. A huit heures du soir, dyspnée plus grande, contractions prononcées des muscles scalènes à chaque inspiration ; même impossibilité de l’expectoration. La malade se fait soulever par des oreillers (Sinapismes aux pieds). A dix heures, suffocation un peu moins imminente, efforts de toux toujours incomplets. Insomnie pendant toute la nuit ■avec persistance des mêmes accidens.
Le lendemain matin , 3 mars , la paralysie semble avoir augmenté dans la main droite dont les mouvemens sont moins libres que la veille; persistance de la sensibilité au même degré; même sensation de fourmillemens à l’extrémité des doigts et des orteils seulement, et de plus, douleur par élancement qui revient de loin en loin dans le talon et le gros orteil du coté droit. Respiration un peu plus libre, disparition du gargouillement muqueux et de la toux incomplète observés la veille. La malade a uriné volontairement; continuation de la constipation, face moins rosée, et qui se couvre de veinules noirâtres, surtout aux lèvres et aux pommettes; même température de la peau; pouls plus fréquent et plus fort, mais régulier, environ cent pulsations par minute; la déglutition est devenue difficile; les facultés intellectuelles sont toujours intactes, membres toujours flasques , sentiment de fatigue dans la région lombaire attribué à la même position que conserve forcément la malade (Tisane de tilleul et de fleurs d’oranger, lavement purgatif, sinapismes aux pieds, frictions sur les bras avec l’éther acétique).
ET ÉpANCHEMENS RACHIDIENS.
Dans la soirée , la difficulté de la respiration augmente de plus en plus; les inspirations sont courtes et pénibles, la face d’un rouge violacé, la peau couverte de sueur, le pouls plus fréquent (cent vingt ou cent trente pulsations ). Battemens du cœur forts et tumultueux; du reste, même état de paralysie. A huit heures du soir, saignée de deux palettes, dyspnée toujours croissante, sueurs froides et générales, facultés intellectuelles intactes ; la malade ne se plaint jusqu’à la fin que de la suffocation. A neuf heures, la circulation se ralentit progressivement, le pouls devient insensible, la mâchoire inférieure s’abaisse , la bouche est béante, les traits de la face sont fixés en haut, les paupières à demi-closes , la malade expire à neuf heures un quart.
Autopsie cadavérique.
Le 5 avril , à sept heures du matin , l’examen du corps fut fait par M. Dance. On ouvrit avec les plus grandes précautions les cavités du crâne et du rachis , de manière à ne léser aucunement les membranes du cerveau et de la moelle épinière. Il existait un engorgement assez prononcé des vaisseaux situés à l’extérieur de la dure-mère cérébrale, et de ceux qui viennent du diploë, surtout le long des sutures, ce qui donnait à cette membrane une teinte violacée assez prononcée. L’arachnoïde et la pie-mère n’offraient aucune altération appréciable , sans épanchement , infiltration ou congestion plus marqués que dans l’état sain; les vaisseaux qui rampent à la surface des circonvolutions n’étaient
CONGESTIONS SANGUINES
guèrcs plus engorgés que dans l’état naturel; le cerveau consistant et coupé par tranches, n’a offert aucune trace d’altération, soit dans sa couleur, soit dans sa fermeté et ses autres qualités physiques ^seulement on remarquait à la surface de chaque section des points rouges assez nombreux , qui annonçaient un léger engorgement sanguin de ce viscère. Les ventricules contenaient à peine une cuillerée à café de sérosité; le cervelet était entièrement sain.
Dans le rachis, le tissu cellulaire extérieur à la duremère spinale était légèrement infiltré de sang, surtout inférieurement ; les vaisseaux extérieurs à la moelle n’étajent pas plus apparens que dans l’état normal. La moelle épinière, examinée dans toute son étendue, fendue d’abord longitudinalement , puis transversalement par 'petites tranches, n’a pas offert la moindre altération ; sa couleur était naturelle ; sa consistance était plutôt augmentée que diminuée, car elle était dure à la pression ; les deux substances dont elle est composée étaient bien distinctes; son volume était normal. L’arachnoïde vertébrale était saine.
Quant aux vertèbres, elles étaient saines; celles de la région cervicale étaient seulement un peu plus mobiles; mais il n’y avait aucun déplacement dans les os. Les nerfs des membres et le grand sympathique n’ont offert aucune lésion appréciable.
Les poumons étaient entièrement libres d’adhérences, crépitans, sains, et moins gorgés de sang que le genre de mort ne pouvait le faire présumer. Le cœur, sans aucune altération, contenait un sang fluide et liquide. La
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membrane muqueuse gastro-intestinale était, dans toute son étendue, d’un blanc rose, sans injection ou altération. Le foie, les reins, la rate étaient également sains; l’utérus, quoique revenu sur lui-même, avait conservé encore un peu plus de volume que dans l’état naturel; son tissu n’avait pas toute la densité qui le caractérise, sa cavité était tapissée par un mucus rougeâtre.
Les diverses circonstances de cette observation intéressante cessent de présenter autant de singularité quand on la rapproche des exemples qui précèdent, et surtout de ceux qui vont suivre. Nous verrons en effet que les congestions sanguines vertébrales , chez les femmes, sontleplus souvent causées par la suppression d’une évacuation habituelle , et il est d’autant plus probable qu’ici la suspension brusque des lochies a été la cause première , quoique éloignée , de tous les accidens qui ont été si rapidement suivis de la mort, que M. Dance m’a dit avoir observé plusieurs fois à l’Hôtel- Dieu les mêmes accidens chez les femmes en couches, à la suite de semblable suppression , ou bien de celle du lait, de la transpiration cutanée , etc. Ajoutons encore une remarque qui peut servir à expliquer l’invasion brusque de la paralysie : c’est que c’est justement un mois après la suppression des lochies qu’on voit survenir les premiers symptômes, époque où dut exister le mouvement périodique sous l’influence duquel les règles reparaissaient habituellement, coïncidence qui peut expliquer la rapidité de la congestion rachidienne.
Mais, dira-t-on, cette concentration du sang dans le système vasculaire rachidien n’a été accompagnée
47^ CONGESTIONS SANGUINES
d’aucune douleur dorsale, et la marche de la paralysie qui commence par la main gauche , puis le pied gauche , et de là s’étend aux mêmes parties du côté opposé, n’est pas non plus analogue à celle dont je viens de décrire les symptômes. Ces différences existent en effet; mais cette accumulation rapide des fluides n’a-t-elle pas été annoncée par l’état du pouls qui cessa d’être déprimé aussitôt que la saignée eut diminué les premiers accidens de la suffocation , et qui devint fréquent et rapide en même temps .que les phénomènes de la congestion active des vaisseaux rachidiens augmentaient d’intensité? Cette fièvre violente n’a pu être le résultat de l’altération d’aucun autre organe, puisque tous étaient parfaitement sains. Quant à la marche singulière de la paralysie, elle ne prouve point que ce symptôme ne dépendait pas d’une simple congestion vasculaire; car il suffit d’envisager un instant l’ensemble de la circulation rachidienne, pour voir qu’elle peut être le siège de congestions partielles plus ou moins circonscrites, avant que la congestion sanguine ne devienne générale. Dès-lors s’explique l’engourdissement d’un membre isolément, puis d’un autre, etc.
On ne peut pas admettre que la paralysie ait été produite chez cette malade par la congestion cérébrale, qui était très-faible, ainsi qu’on a pu en juger d’après l’état des facultés intellectuelles qui sont restées intactes jusqu’au moment de la mort. Enfin, la dyspnée , de plus en plus grande, déterminée d’abord par la gêne des fonctions de la moelle épinière, est devenue à son tour, comme je l’ai déjà dit, une des causes qui ont
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concouru à entraver davantage l’action de ce centre nerveux. Ici s’élève une objection, en apparence trèsforte, contre les diverses explications que je viens de donner : c’est qu’on n’a trouvé sur le cadavre que des traces légères de la congestion sanguine à laquelle j’attribue tous les accidens qui se sont présentés. Sans doute ces traces étaient légères; mais est-il étonnant qu’une congestion sanguine aussi rapide, et qui a déterminé la mort dans un si court espace de temps, ne laisse pas plus de vestiges de son existence? Doit-on être surpris qu’un phénomène entièrement vital disparaisse avec la cessation de la vie? Cependant l’infiltration sanguine du tissu cellulaire extérieur a la duremère , réunie aux symptômes offerts par la malade , l’atteste suffisamment. On ne pourrait pas objecter contre cette opinion les résultats de l’autopsie que j’ai rapportée plus haut; car, dans cette circonstance, le malade avait été affecté pendant long-temps de la paralysie du mouvement dans le tronc et les membres, et les congestions sanguines répétées avaient dilaté insensiblement les vaisseaux rachidiens ; ce qui contribua à favoriser la stase du sang dans leur intérieur après que cet individu eut succombé. Ici, au contraire, l’invasion de la paralysie a été subite , et sa durée très-courte ; en outre, la mort ayant été le résultat d’une véritable asphyxie, le sang est resté liquide, ainsi que nous l’avons vu , circonstance qui doit encore avoir contribué à faciliter le retour de ce liquide vers les parties centrales de l’appareil circulatoire, dans les derniers momens de l’agonie.
400 CONGESTIONS SANGUIN'ËS
L’influence de la circulation veineuse sur la moelle épinière a été signalée par P. Frank (i), qui a fait à ce sujet des réflexions fort justes et bien fondées. La quantité assez considérable de sang que l’on trouve fréquemment dans les veines et les sinus du rachis; la distribution de ces vaisseaux dans lesquels le sang circule contre son propre poids et sans être secondé par l’action de valvules, tandis que son cours est libre et facile dans le thorax et l’abdomen, sont autant de circonstances qui avaient fixé son attention. Est-il donc étonnant, dit-il, que la suppression d’un flux habituel, comme les règles ou les hémorrhoïdes, soit souvent accompagnée de douleurs dorsales et lombaires plus ou moins grandes, et qu’on observe le même phénomène dans les derniers temps de la grossesse, dans certaines affections chroniques du ventre, dans l’inflammation de l’utérus, dans sa chute, son renversement, dans le squirre du même organe, et dans certaines coliques spasmodiques? N’est-ce pas encore à la congestion et à la distension des sinus vertébraux et des veines vertébrales qu’il faut attribuer certaines douleurs du dos et des membres inférieurs, quelques névralgies sciatiques, certaines claudications, divers tremblemens et mouvemens convulsifs, la stupeur ou la paralysie de ces membres, ainsi que plusieurs phénomènes épileptiformes et tétaniques? -
Telle est la cause de ces paralysies incomplètes et passagères qui se manifestent chez certains sujets affectés d’hémorrhoïdes fluentes, un peu avant leur appari-
(i) Delect. opuscul. , toni. u ; de vert, column. , etc- , an. 1792.
ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS. 4^1
tion , et signalées par Hippocrate (i); Aretée (a) a obsédé lès mêmes phénomènes après la suppression d’une liématurie périodique; F. Hoffmann (3) a vu le même accident à la suite des effor'tscle l’accouehement 5 Van- Swiéten (4) a fait remarquer que les vomissemens produisaient des effets analogues; Frank a vu une paralysie des deux bras survenir après un mouvement violent, et se dissiper spontanément au bout de quelques heures. Les congestions sanguines rachidiennes ont encore lieu, suivant ce dernier auteur, lors du frisson de la fièvre, ou consécutivement à une irritation vive des intestins, à un engorgement considérable des viscères, à un rétrécissement de l’aorte, ou par suite d’un anévrysme de ce vaisseau : quelquefois alors elles sont accompagnées d’une douleur notable dans les régions dorsale et lombaire. Je suis presque certain , ajoute Frank, que les effets de la respiration sur la moelle épinière sont les mêmes que sur le cerveau, et que les veines et les sinus vertébraux doivent éprouver le même gonflement, la même dilatation : d’où il suit qu’il existe dans le canal rachidien , comme dans le crâne, une pléthore momentanée, lorsque les poumons éprouvent dans leur action une gêne plus ou moins prolongée.
On voit combien sont justes les différentes réflexions deP. Frank, et qu’elles s’accorder^ parfaitement avec les
(1) Coac. prænot. , n° 3/j6, in Foës édit, pag. 172.
(2) De morb. diuturn. , c. 3.
(3) Méd. rat. syst., part. 4 , p. m.
(4) Comment. , tom. 5 , pag. 266.
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observations qui précèdent. Cette dernière remarque, relative à l’influence de la respiration, est confirmée, comme nous l’avons vu, par les expériences physiologiques modernes et par des faits pathologiques assez nombreux. Quant aux congestions rachidiennes produites lors du frisson de la fièvre, je ne doute pas qu’elles ne soient aussi la cause de plusieurs autres phénomènes qu’on observe assez communément dans les accès fébriles, comme la chaleur et les douleurs dorsales, le sentiment de fatigue, les douleurs contusives et les engourdissemens passagers des membres, etc.; phénomènes dont l’intensité est d’autant plus grande, que la congestion sanguine existe en même temps dans le tissu de la moelle elle-même.
J. Frank (1) a dit aussi quelques mots relativement à l’influence que les congestions sanguines peuvent avoir sur la moelle épinière et ses fonctions. II fait voir que « la circulation artérielle et veineuse du rachis et de la moelle épinière doit éprouver de nombreuses modifications, dans le cas où il existe quelques engorgemens chroniques des viscères abdominaux, ou lorsque l’utérus est distendu par le produit de la conception, ou que des efforts répétés agissent sur la respiration : d’un côté, parce que chaque branche intercostale et lombaire de l’aorte envoie dans le canal vertébral un rameau qui s’anastomose avec les artères spinales, qu’on a quelquefois trouvées dilatées et comme anévrysmatiques (2); de l’autre côté, comme beaucoup des veines
(1) Praxæos med. uuiv. , Præcepl. ,tom. 6 , pag. 26 . Torino , 1S22.
(a) Malacarac , encetalolomia nnova univ. Torino, 1780.
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du canal vertébral s’ouvrent dans les intercostales, lesquelles se terminent par l’intermédiaire de la veine azvgos dans la veine cave supérieure, on conçoit que toutes les altérations des poumons ou des cavités droites du cœur, qui peuvent apporter quelque obstacle à la circulation, doivent déterminer dans le rachis une pléthore veineuse ( vulgo hœmorrhoïdalem ). Ainsi s’expliquent les affections de la moelle épinière qui surviennent à la suite d’une suppression des règles, d’un flux hémorrhoïdal, ou de toute autre hémorragie habituelle. »
Ludwig (i) avait émis depuis long-temps dés idées analogues à celles de Pierre Frank et de Joseph Frank; voici comment il s’exprime à ce sujet dans le chapitre intitulé, Tractatio de doloribus ad spinam dorsi : « Les' douleurs dorsales très-grandes qui existent si souvent dans les coliques intestinales portées à un haut degré, dépendent de l’affection de la portion lombaire de la moelle épinière; ce qui arrive par sa communication avec les nerfs du grand sympathique. Cet organe est encore le siège de ces douleurs qui semblent remonter le long du dos dans certains cas d’hémorrhoïdes, dans le squirre et le cancer du rectum. Ler sentiment de tension dans le dos et les lombes, accusé par les femmes chez lesquelles l’éruption des règles est difficile, de même que dans certaines' grossesses , résulte aussi, selon le même auteur, d’une irritation analogue de la moelle épinière. Enfin, il pense ( ibid., pag. y3o ) que, dans le début des fièvres, les lassitudes spontanées,
(i) Advers. mcd. pract. , lom. i , pag. 71 1. Leips. , 1770.
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les douleurs vagues dans les membres et dans la région du dos, dépendent de la difficulté de la circulation du sang dans les vaisseaux de la pie-mère, du cerveau et de la moelle épinière.
Ces diverses citations suffiront pour prouver que l’attention des observateurs s’était déjà fixée sur les phénomènes qui résultent plus ou moins directement des congestions sanguines rachidiennes, et sur les causes qui peuvent concourir à produire ces congestions. Les observations que je rapporte confirment en effet ces diverses opinions.
J’ai déjà fait remarquer que l’effet le plus ordinaire des congestions veineuses en général est deproduire, comme le ralentissement ou la suspension du cours du sang dans les veines d’une partie, une hydropisic plus ou moins circonscrite , suivant que l’obstacle agit sur un ou plusieurs points de la circulation veineuse. Ce phénomène pathologique, dont on trouve de nombreux exemples dans le précieux recueil de Morgagni (i), et que des faits plus récemment observés par M. Bouillaud (2) ont encore démontré, suffirait donc seul, si des observations ne le prouvaient pas , pour faire admettre que lorsque par une cause quelconque le sang veineux rachidien est retardé dans son cours, ou que cette portion du système vasculaire devient le centre d’une fluxion active, mais modérée, et souvent répétée, la quan-
(1) Dcsed. et caus. , epist. 7 ; epist. 3g , sect. 3,4; ^-5 epist. 4o, sect. 26 ; id. , epist. 49, sect. xo ; ici. , epist. 5o, sect. 55 ; id. , epist. 56, sect. 10, etc., etc.
(2) In arcliiv. g<5n. deméd. , loin. 3 et 4-
ET ÉPANCHEMÉNS rachidiens. 488
tité du liquide vertébral augmente, et doit produire une compression plus ou moins forte sur la moelle épinière.
J’ai en effet souvent observé avec une congestion sanguine très-prononcée dans les veines de la moelle et de ses membranes, une plus grande quantité de sérosité dans la cavité de ces dernières. Plusieurs fois aussi j’ai trouvé des épanchemens rachidiens considérables sur des vieillards morts à la suite d’attaque d’apoplexie; chez quelques-uns la sérosité était sanguinolente, ce qui résultait de l’écoulement d’une partie du sang épanché dans la cavité crânienne. La collection séreuse rachidienne qui est située, comme je l’ai déjà dit (i), entre la pie-mère et le feuillet arachnoïdien interne , est toujours assez abondante sur le cadavre, puisqu’elle distend toute la gaine méningienne pendant la vie : aussi cette circonstance, sur laquelle M. Magendie vient d’appeler particulièrement l’attention, rend plus difficile l’appréciation d’une hydropisie rachidienne postérieure à la naissance, quand on la recherche après la mort. J’avais déjà fait remarquer dans la première édition de cet ouvrage (a), que la quantité de cette sérosité est toujours, relativement à l’étendue des surfaces, plus abondante dans les méninges rachidiennes que dans les autres cavités séreuses.
La présence d’un liquide abondant, qui remplit habituellement tout l’espace compris entre la moelle épinière et ses membranes , a été observé et décrit depuis
(1) Voy. pag. 22, §. 2.
(2) Page 268.
1 CONGESTIONS SANGUINES
]°n- teinPs par Cotugno (i), qui s’exprime ainsi à ce aijel, . « Quidquid ctiiiem spcitii est inter vaginam durœ matns , et medullam spinalem , id omne plénum eticini semper est : non rnedulla quidem ipsa in vivent ib us turgidiori :, non nube vaporosâ , quod , in le ad hue obscurci, suspicantur sunimi viri (2); secl aqua^ ei quidem simili , quàm circa cor continet pericardium , quee caveas cerebri ventriculorum adimplet , quee auris labyrinthum ^ quee reliqua tandem complet corporis cuva , libéra aeri nequaquam adeunda. » Ce liquide, ajoute-t-il, ne remplit pas seulement toute la gaine rachidienne depuis l’occipital jusqu’au sacrum; il reflue encore dans la cavité crânienne, où il s’épanche dans tous les intervalles qui existent entre la dure-mère et le crâne : sa quantité relative augmente avec l’âge; de sorte que chez les vieillards il est plus abondant, parce que chez eux le cerveau et la moelle ont évidemment un volume moindre.
Après avoir fait remarquer que les procédés vicieux emplqyés pour pratiquer l’ouverture des cadavres sont la cause pour laquelle les anatomistes n’ont pas indiqué ce liquide abondant qui entoure le cerveau et la moelle épinière, Cotugno indique avec une précision remarquable les movens qu’il faut employer dans les autopsies cadavériques, afin de l’observer. Sur vingt sujets adultes environ, dit-il, dont j’ai fait la dissection avec
(1) De Ischiade nervosâ Çorament. , m.Sandifort , Thcsaur, Dissert. , tom. 2 , pag. 4.1 1 et suiv. 1 764*
(2) Cotugno fait sans doute allusion ici à l'idée émise par Haller, et. que j’ai rappelée précédemment , pag. 38 et suiv. *
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soin à différentes époques, j’ai pu retirer quatre et quelquefois cinq onces de liquide du canal spinal : il est souvent très-limpide et légèrement jaunâtre chez les adultes, et chez les fœtus qui succombent à la suite d’un accouchement laborieux , je l’ai toujours trouvé rougeâtre et trouble, quelque petite que fût sa quantité. On ne peut pas admettre que ce liquide n’existe qu’après la mort, et qu’il soit le résultat de la condensation d’une vapeur humide qui remplit ces cavités pendant la vie; car je l’ai observé sur plusieurs poissons vivans, et sur une tortue du poids de quinze livres, que je disséquai vivante.
Quant aux sources de ce liquide, ajoute Cotugno , ce son t les, extrémités capillaires artérielles qui le sécrètent, tandis que les radicules veineuses l’absorbent, et maintiennent ainsi sa quantité dans des proportions qui sont constamment les mêmes; en outre, il est augmenté de celui qui est exhalé dans les cavités ventriculaires du cerveau, qui s’écoule par le canal de Sylvius et le quatrième ventricule, et dont la nature est la même, ainsi qu’il dit l’avoir reconnu par diverses expériences dont il fait mention. Cet écoulement est surtout favorisé par la situation déclive du canal vertébral, relativement à la cavité crânienne.
L’exactitude de ces observations importantes qui paraissaient avoir été oubliées, se trouve confirmée par les recherches curieuses et récentes de M. Magendie, qui a remarqué le premier que ce liquide est véritablement sous-arachnoïdien , c’est-à-dire qu’il est contenu entre la pie-mère et le feuillet interne de l’arachnoïde. Quant à la communication de ce liquide avec celui du cerveau ,
4^8 CONGESTIONS SANGUINES
elle a lieu par une petite ouverture que cet habile physiologiste vient de décrire (i), et qui est située au niveau de la terminaison du quatrième ventricule. C’est par-là que le liquide peut s’écouler des ventricules cérébraux dans le canal spinal, et réciproquement de ce canal dans les ventricules. Quant au liquide lui-même, M. Magendie a fait plusieurs remarques, dont quelquesunes sont semblables à celles de Cotugno.
Ainsi, il a vu que la quantité de ce liquide n’est jamais, dans l’adulte, au-dessous de deux onces, et s’élève souvent à prés de cinq onces chez les sujets d’une stature élevée, et dont le crâne n’est point rétréci; qu’il est toujours situé en dehors de l’arachnoïde, ainsi que nous l’avons vu ; qu’il est en plus grande quantité chez les vieillards, en raison de l’atrophie sénile du cerveau et de la moelle épinière; qu’il est sécrété par les nombreux vaisseaux de la pic-mère; que la soustraction de ce fluide fait tomber les animaux dans un état d’hébêtement et d’immobilité; que cet état dure plusieurs heures, et ne disparaît complètement qu’après la reproduction du liquide, qui s’effectue rapidement : il ne survient d’ailleurs aucune altération remarquable dans la cavité vertébrale, où cependant l’air extérieur a remplacé le liquide pendant un certain temps. Dans deux expériences seulement, la soustraction du liquide opérée comme dans les autres cas par une ponction , fit tomber les animaux dans un état d’agitation et de fureur qui avait quelque analogie avec la rage.
Ces divers phénomènes ont porté M. Magendie à
(i) .Tourn. de phys. cxp..-, janvier iS2t>.
et épanchemens rachidiens. 489
rechercher si l’influence que ce liquide exerce sur les fonctions du système nerveux dépendait simplement de sa pression, et il a reconnu qu’au-deîà dune certaine quantité, l’accumulation de ce liquide jette les animaux dans un état apoplectilorme, et produit une paralysie générale incomplète qui duré autant que la pression déterminée artificiellement. J’ai déjà fait remarquer cette action de l’épanchement séreux sur la moelle, en traitant de l’hydrorachis, et ce résultat des expériences de M. Magendie vient bien à l’appui des faits et des réflexions qui précèdent. La température du liquide sousarachnoïdien est de trente-un degrés environ; si on le laisse refroidir après l’avoir retiré pour l’injecter ensuite, l’animal éprouve un trouble marqué dansles mouvemens, un frisson général, et même des convulsions; phénomènes qui démontrent également que ce liquide a besoin d’une température déterminée pour remplir ses fonctions. Si on le remplace par un liquide de nature différente, de l’eau distillée, par exemple, il en résulte des convulsions générales, et cependant ces liqueurs n’ont excité qu’une inflammation très-légère des méninges. Enfin ,M. Magendie a constaté que certaines substances introduites dans le torrent de la circulation, passent très-rapidement dans le liquide vertébral.
J’ai cru devoir insister ici sur toutes les particularités relatives au liquide vertébral, tant pour constater sa présence constante que sa quantité, il est donc évident, d’après les observations deCotugno et deM. Magendie, et celles que j’ai faites plusieurs fois sur le cadavre, que dans l’état normal la moelle épinière est entourée d’un
CONGESTIONS SANGUINES
liquide abondant qui distend les méninges rachidiennes. Or , il est aisé de concevoir qu’une légère augmentation dans la quantité de ce liquide, ou qu’une congestion vasculaire peu considérable doit suffire pour déterminer sur le cordon nerveux rachidien une compression qui produit aussitôt un engourdissement, puis une paralysie incomplète des membres. D’ailleurs, ne sail-on pas qu’une cause légère suffit pour apporter du trouble dans les fonctions d’un organe aussi délicat, et avec lequel communiquent tous les nerfs du sentiment et du mouvement? x\insi donc, la présence de ce liquide, nécessaire à l’exécution des fonctions de la moelle épinière, ainsi que le prouvent les accidens qui résultent de sa soustraction, rend en même temps cet organe plus susceptible d’éprouver l’influence de la pression la plus légère.
La rapidité avec laquelle il se reproduit prouve évidemment toute son importance. Nous avons vu les expériences de M. Magendie à ce sujet; voici deux exemples observés chez l’homme qui viennent à l’appui de ces expériences.
«Le nommé Georges Joly, cordonnier, reçut en i j5o un coup violent sur les lombes , à la suite duquel il s’y développa une tumeur carcinomateuse. Cette maladie détruisit les apophyses épineuses des quatre premières vertèbres lombaires, et une partie de la gaine de la moelle épinière. Toutes ces parties nerveuses dilatées en champignons, formaient la tumeur : on l’extirpa en 1751. Le sujet était jeune, courageux et plein de vigueur. Il n’y eut aucune hémorragie; mais il se fit de dessus la moelle épinière un suintement nervo-ljrm-