ET É PAN CHEM ENS RACHIDIENS
phcitique si prodigieux, que les appareils les plus épais, les plus tamponnés', et les draps en alèze même, en étaient percés : le sujet périt d’épuisement en deux jours (i). »
On trouve dans le même mémoire, page 56, un exemple analogue. «On m’apporta, ditLecat, un enfant de cinq à six ans, qui avait sur l’épine, au-dessus de la nuque, une tumeur produite par une épingle qui avait pénétré jusque dans le canal de la moelle épinière; il en coulait de temps en temps une lymphe pareille à celle que donne le spina-bifida, et l’enfant était tombé dans le marasme. »
Ces deux observations ne laissent aucun doute sur la rapidité de la production de ce liquide, et la seconde montre que ce liquide remplit pendant la vie la totalité du canal spinal. 11 est donc difficile d’apprécier sur le cadavre si la quantité de sérosité qu’on y observe est le résultat d’une hydropisie accidentelle, ou de l’état normal. Morgagni(2) a vu s’écouler du raebis d’une vieille femme hémiplégique depuis trois ans, une telle quantité de liquide, qu’on eût pu en remplir un bocal. Plus loin (3), il parle d’un cas analogue. J. P. Frank (loc. cit.) trouvasur le cadavre d’un individu hydropique qui était presque aveugle de l’œil gauche, et qui éprouvait une difficulté dans les mouvemens de la langue, ainsi qu’une grande faiblesse dans le bras droit, toutes les cavités
(i) Lccat, Traité de l’exist. de la nat. et des propr. du fluide des nerfs , etc. Ouv. couronné , ann. 1^53 , pag. 53»
CO De sed. etcaus. , epist. iij sect. i3.
(3) Ibid. , epist. 37, sect. 2.
4f)2 CONGESTIONS SANGUINES
du corps el le canal spinal remplis d’une quantité considérable de sérosité ; les nerfs étaient plus durs que dans l’état naturel , de même que la portion cervicale de la moelle, qui avait, dans ce point, diminué de volume.
En général, et les deux exemples que je viens de citer le prouvent, une irritation des méninges rachidiennes, soit immédiate, soit consécutive à l’altération des os, contribue également à augmenter cette exhalation. Ainsi, on rencontre habituellementunc collection séreuse abondante dans la cavité spinale, chez les sujets affectés de gibbosité. J’en ai toujours vu alors une quantité remarquable. Ordinairement elle est limpide lorsque la carie vertébrale n’a pas déterminé une phlog ose aiguë des enveloppes membraneuses de la moelle, cardans ce cas elle est trouble. Morgagni (i) cite l’observation d’un homme qui mourut affecté d’une gibbosité, et dont le canal vertébral était entièrement rempli d’une sérosité limpide.
D’un autre côté, on a observé quelquefois pendant la vie des phénomènes qui annonçaient une irritation plus ou moins vive de la moelle ou de ses membranes, chez des individus dont le canal vertébral, ouvert après la mort, semblait contenir une quantité de sérosité plus abondante que dans l’état normal. Bonnet (2) rapporte , avec beaucoup de détails , l’observation d’un individu qui mourut phthisique après avoir été agité pendant douze ans despasmes convulsifs presque continuels du
(x) De sed. et caus. , epist. , io , secl. i3.
(2) Sepulcliret, tom. 1 , pag. 5o5.
ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS. 49^
tronc et des membres qui l’empêchaient de pouvoir conserver à peine une heure la même position : aux accès, qui se renouvelaient incessamment, il succédait une langueur et un affaissement analogues à la paralysie* puis les convulsions reparaissaient. A 1 ouvcituie du corps, il trouva une quantité abondante de sérosité limpide écartant les anfractuosités cérébrales, et remplissant le canal vertébral. La moelle épinière était sensiblement diminuée de volume , ce qu’il attribue à la pression exercée si long-temps par le liquide.
On trouve à la page 3a3 (même volume) une observation dont les détails sont analogues pour l’épanchement séreux, chez un sujet affecté de convulsions auxquelles la paralysie succéda, puis la mort. 11 donne plus loin (pag. 36q et 3yo) deux autres exemples d’hydrorachis avec paralysie : sur l’un des deux sujets, il trouva la moelle diminuée de volume comme dans la première observation. Il rapporte aussi l’histoire d’un homme qui mourut après avoir été atteint d’un tremblement extraordinaire, sans fièvre ni aucun autre accident. A l’ouverture du cadavre, ou trouva une sérosité verdâtre, remplissant la base du crâne et le canal méningien de l’épine. Le tremblement fut attribué à cet épanchement (i). Le changement de couleur du liquide résultait-il d’une altération qui pouvait avoir changé ses propriétés?
La libre communication du liquide crânien avec le liquide vertébral explique très-bien comment il peut survenir après la naissance une hydropisie rachidienne
(i) Sepulchret, tom. i , pag, 3/j.y.
CONGESTIONS SANGUINES
consécutivement à une hydrocéphalie :Morgagni (i) en rapporte un exemple remarquable recueilli par Gcnga.
Un enfant, âgé de quatre ans, fut affecté d’une hydrocéphalie «à la suite d’une contusion de la tête. Un mois après, une tumeur s’étant manifestée au coccyx, on l’ouvrit, et l’on vit la tête diminuer insensiblement de volume, à mesure qu’il s’écoula par la piqûre faite à la tumeur une plus grande quantité d’eau. Genga fit en présence de Lancisi, une expérience très-simple qui prouva d’une manière évidente la nalure de la maladie : il comprima avec la main la tumeur qui existait encore en partie dans l’occiput, et il sortit aussitôt avec impétuosité, par le trou fait au coccyx, un ichor un peu pâle.
Je ne connais pas d’observation où l’on ait constaté par l’autopsie qu’un épanchement séreux peut distendre tout à coup le canal sous-arachnoïdien de la moelle dans le cas d’hydrocéphalie, et causer subitement les accidens de la compression. Cependant M. Itard(a) rapporte un fait dont les détails s’expliquent naturellement par ce déplacement subit du liquide exhalé. En traitant par les frictions de glace un enfant atteint d’hydrocéphalie aiguë, il vit l’assoupissement et le mal delête disparaître subitement, et ces symptômes furent remplacés par une paralysie complète des extrémités inférieures.
Morgagni (3) rapporte plusieurs exemples d’apoplexie
(1) De scd, ctcaus. , epist. 12 , sect. 9.
(2) Dict. des sc. racd. , article Hydrorachis.
(5) De sed. et caus. , epist. 4-
et épanchemens rachidiens. 49^
séreuse avec épanchement dans le canal rachidien épanchement qu’il regarde, dans ce cas, comme provenant de la cavité crânienne. Néanmoins il arrive aussi que l’hydrocéphalie et les épanchemens séreux du crâne ne donnent pas lieu à un écoulement plus abondant de sérosité dans le canal du rachis : c’est ce que j’ai eu l’occasion d’observer plusieurs fois en disséquant des enfans affectés d’hydrocéphalie.
Ce résultat, en apparence contradictoire à ce qui précède , est facile à concevoir par l’observation des phénomènes que produit quelquefois l’hydropisie cérébrale. Il arrive que le liquide, en dilatant les ventricules cérébraux, exerce en arrière sur l’aqueduc de Sylvius une pression assez grande pour fermer ce conduit. Dès-lors, l’écoulement du liquide n’est plus possible dans le canal vertébral. Cet effet a lieu surtout dans le cas où le liquide repousse en arrière le cul-desac formé par la pie-mère, que Bicliat a décrit comme un canal de l’arachnoïde.
Hippocrate (i) attribuait les épanchemens rachidiens à l’écoulement des humeurs de la tète par les veines spinales, qu’il considérait comme la sixième voie des fluxions de la tète. Cette fluxion, dit-il, se jette d’abord dans la colonne vertébrale , se rend ensuite à l’os sacrum, et s’arrête à la cavité de l’ischion. Quand elle donne lieu à la phthisie dorsale, l’homme se dessèche de jour en jour.
Nous venons de voir qu’indépendamment des congestions veineuses qui peuvent augmenter l’accumula-
(i) De glandulis , scct. 3, pag. 275, édit. Fç>ës.
49Ü congestions sanguines
tiondu liquide dans la cavité vertébrale, l’irritation des membranes de la moelle, et l’existence d’une hydrocéphalie peuvent encore concourir à produire le même effet. Mais quelle que soit l’abondance de la sérosité, elle ne détermine pour ainsi dire jamais de tumeur extérieure, comme nous l’avons remarqué dans l’hydrorachis congénitale. A l’époque avancée de la vie où la collection séreuse se forme alors, l’ossification du rachis est complète, et ne se trouve plus dans les conditions qui favorisent chez le fœtus la déviation et l’écartement des lames vertébrales. Aussi avons-nous vu que dans l’observation de Genga,la tumeur s’est formée dans la région sacrée , là où le canal reste naturellement ouvert. Il n’existe qu’un autre cas analogue, qui a été observé et rapporté par Apinus (1). Cet auteur a vu une femme, âgée de cinquante ans , chez laquelle il se forma tout à coup à l’extrémité de l’es sacrum une tumeur de la grosseur du poing, après un eflort violent qu’elle fit pour soulever un fardeau pesant; il dit aussi avoir observé chez une jeune fille ( hectica ), âgée de vingt ans, une tumeur semblable qui se développa entre les deux épaules. Ces deux observations sont trop incomplètes pour qu’on puisse les considérer comme étant véritablement deux exemples de tumeurs formées par une hydrorachis. En parlant de la première malade, Apinus ajoute seulement que cette tumeur de la région sacrée détermina des douleurs très-vives, et qu’elle renfermait un liquide fétide. Quant à la seconde, il semble assez probable que la tumeur n’élait
(i) Voy. Ch. Fred. Hœchsletter, Dissert, de spinâ bifidà , p. i r.
ET ÉPANCIIE MENS RACHIDIENS. 497
autre chose qu’une gibbosité formée par la saillie de quelques vertèbres.
Enfin, le liquide peut être quelquefois contenu dans l’intérieur même de la moelle, ainsi que j’en ai cité deux exemples (i) : l’un rapporté par Morgagni, et l’autre par M. Portai. Le canal central, qui semble faire suite au quatrième ventricule , peut s’étendre plus ou moins loin dans l’intérieur de la moelle. Cette situation d’une partie du liquide parait être alors favorisée par une conformation anormale de la moelle épinière, résultant probablement de la persistance de l’état embryonaire de cet organe chez quelques individus.
Si l’on a pu juger, d’après les observations et les remarques que je viens de présenter, de la difficulté de trouver sur le cadavre les traces de certaines congestions sanguines de la moelle et de ses membranes qui ont existé pendant la vie, on voit aussi qu’il est le plus souvent impossible d’apprécier si la quantité du liquide est réellement augmentée de manière à constituer une hydrorachis véritable, c’est-à-dire une hydropisie' ra- » chidienne, puisque le canal membraneux de la moelle est entièrement rempli de sérosité pendant la vie, que l’accumulation en est plus considérable dans la vieillesse en raison de l’atrophie sénile des centres nerveux, et qu’il suffit ainsi d’une légère augmentation dans sa quantité pour produire la stupeur ou l’engourdissement du tronc et des membres. Quoi qu’il en soit, il me semble démontré que les congestions veineuses et l’épanchement séreux, soit qu’ils existent ensemble ou séparé-
(i) Voy. pag. 178 et suiv.
CONGESTION SANGUINES
ment, sont, dans certaines circonstances, la véritable cause d’accidens nerveux indépendans de toute altération du tissu de la moelle épinière et des nerfs ou de ses membranes. La méningite rachidienne peut bien aussi donner lieu à une exhalation plus abondante de sérosité, mais on observe alors un appareil de symptômes particuliers; et quoique cette inflammation ne soit en quelque sorte que le même phénomène, différent seulement par la rapidité de ses progrès, j’ai cru devoir l’examiner séparément.
Cette dernière réflexion me conduit naturellement à étudier les congestions sanguines plus actives que celles dont nous venons de nous occuper, et qui, par cela même, sont aussi accompagnées de symptômes d’excitation plus grande. Elles ne sont pas très-rares chez certaines femmes à l’approche des règles, et sont alors assez fréquemment accompagnées de douleurs plus ou moins vives dans la région du dos. L’apparition des . menstrues, ou quelques saignées locales ou générales, suffisent ordinairement pour faire disparaître la faiblesse , l’engourdissement des membres et les autres phénomènes nerveux qu’on observe dans cette circonstance. Le fait suivant en offre un exemple.
et épanchemens rachidiens.