‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 15 sur 84 · OBSERVATION L1X · texte numérisé non relu

OBSERVATION L1X

Suppression des règles; douleurs dorsales avec trouble des différentes Jonctions intérieures; exaltation de la sensibilité dans les membres ; mouvemens pénibles. Guérison à la suite d’évacuations sanguines répétées.

Mllc A., âgée de vingt-deux ans, eut à la suite de chagrins et de contrariétés, une suppression des règles. Bientôt elle fut atteinte de céphalalgie avec des douleurs vers le milieu de la région rachidienne, dont l’intensité causait souvent une interruption momentanée de la respiration , qui était suivie de syncopes. La circulation et les fonctions digestives participaient au trouble général. Bientôt succédèrent à ces premiers accidens des douleurs lombaires tellement aiguës dans certains jours, que la malade ne pouvait quitter son lit ni sa chaise. Plus tard, se développèrent des douleurs dans le dos, qui s’étendaient de la tête au sacrum , et se propageaient latéralement à droite et à gauche jusqu’à l’épigastre. Tous les appareils organiques manifestaient leurs souffrances. Respiration difficile, sentiment d’oppression, toux sèche, mouvemens du cœur violens et tumultueux, efforts de vomissement, coliques , constipation; les membres avaient une sensibilité morbide, et les douleurs résultant des moindres contractions les tenaient dans une sorte d’immobilité; on ne pouvait les toucher sans faire crier la malade; elle y éprouvait des frissonnemens , une fatigue singulière.

Plusieurs applications de sangsues furent laites sur

5oo

CONGESTIONS SANGUINES

la longueur du rachis; on activa l’écoulement du sang par les ventouses : ce moyen soulageait la malade d’une manière très-marquée, et chaque lois on procurait une amélioration notable dans les accidens. On employa les bains, les fomentations émollientes sur toutes les parties. Les médicamens excitans produisaient toujours de l’exacerbation dans les accidens. Malgré un traitement aussi rationnel , l’état de souffrance persista assez long-temps, surtout les douleurs dorsales et lombaires; mais enfin elles disparurent entièrement (i).

Ces douleurs générales annoncent évidemment que

la concentration active des fluides sur le système vas-

culaire rachidien est accompagnée quelquefois d’une excitation notable de la moelle épinière elle-même. Il parait, en effet, qu’ici tous les accidens résultaient de l’exaltation de l’influence nerveuse, au lieu de l’affaissement et de la stupeur que la congestion simple produit ordinairement. Cette différence résulte-t-elle de ce que le sang aborde également dans le centre nerveux et ses enveloppes, et détermine des phénomènes d’irritation, tels que l’accroissement morbide de la sensibilité , la douleur des mouvemens , etc. ? Quant au trouble des autres fonctions, il est la conséquence des liaisons nombreuses qui unissent les organes intérieurs à la moelle épinière.

J’ai déjà fait remarquer que la difficulté de la respiration, occasionnée par une congestion rachidienne d’abord légère, doit agir secondairement sur celte accu-

(i) Barbier, Traité élément, de mat. méd. , tom. 2, pag. 274 - ( Extrait.)

ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS. 5oi

mulation du sang, et tendre à l’accroître : de sorte que l’épanchement de liquide, qui augmente en raison directe de l’obstacle plus grand apporté à la circulation , vient encore ajouter à la compression de l’axe nerveux et de ses nerfs ; mais si la fluxion des liquides augmente rapidement, si elle existe chez un sujet pléthorique, éminemment sanguin ^ il peut arriver que le sang lui-même vienne à s’épancher; une véritable congestion hémorragique a lieu , et cause promptement la mort.

Page 1