OBSERVATION LXI
Douleurs dorsales vives sans exaspération parla pression; accélération du pouls ; accroissement des douleurs ; convulsions. Mort le sixième jour. Congestion hémorragique; hématorachis (1).
Miss D***, âgée de quatorze ans, réclama les secours de la médecine le 26 février 1812, pour une douleur qu’elle ressentait dans la tête et dans le dos. Un purgatif et l’application de vésicatoires derrière les oreilles diminuèrent la céphalalgie ; mais la douleur du
(0 Méd. cliir. transact. , tom. 3, an. i8i5. Obs. de M. Th. Chevallier.
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dos augmenta, et la malade éprouvait des nausées et plus de malaise lorsqu’elle voulait se mettre sur son séant. Le 3 mars, les douleurs dorsales devinrent plus vives : c'est alors que je fus appelé; il n’y avait aucune difformité, et aucune partie du dos n’était sensible à la pression. La malade ne pouvait se tenir assise ; le pouls était régulier, et battait cent vingt fois par minute. Je fis appliquer quelques sangsues près du point affecté, et je fis faire ensuite une lotion opiacée; trois grains de poudre antimoniale avec un sel neutre toutes les six heures : la malade ne se souvenait pas d’avoir éprouvé précédemment aucune violence extérieure. A peine étais-je sorti , que la douleur augmente subitement d’intensité; des convulsions se manifestent, durent cinq ou six heures et se terminent par la mort.
Autopsie cadavérique.
Le 6 mars, je fis l’ouverture en présence de M. Jonhston qui avait donné des soins dès le commencement.
Tête . Rien de remarquable.
Rachis. La colonne vertébrale est sans aucune altération. J’enlevai le corps des vertèbres lombaires pour ouvrir le canal vertébral vis-à-vis le lieu qui était le siège de la douleur. Je trouvai ce canal rempli d’un sang vermeil, qui couvrait l'origine des nerfs sacrés } nommés improprement la queue de cheval. La cavité vertébrale paraissait contenir aussi du sang extravasé beaucoup au-dessus de la partie que j’avais ouverte. Le siège de la douleur me conduisit naturellement à pen-
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ser que la rupture des vaisseaux avait eu lieu à la naissance clu faisceau des nerfs sacrés, et que 1 épanchement ne s’étendait pas au-delà des vertèbres dorsales; car en examinant le cerveau, je n’aperçus point de sang extravasé vers le grand trou occipital. Le sang, quoique veimeil, n’était pas partout d’une teinte égale, et il n était qu’imparfaitement coagulé. Ainsi, il est probable que l’hémorragie interne s’est faite dès le commencement de la maladie, et qu’elle a eu lieu de nouveau dans un espace plus étendu lorsque les convulsions se sont manifestées.
Quelqu’incomplets que soient les détails de 1 autopsie, cette observation ne présente pas moins beaucoup d’analogie avec les précédentes, sous le rapport des phénomènes qui ont existé pendant la vie, et des circonstances dans lesquelles la congestion rachidienne s’est manifestée, quoiqu’on ne fasse pas mention de l’état antérieur delà jeune malade: cependant, en considérant son âge , on voit qu’il est très-probable que les accidens se sont développés à l’époque où la menstruation allait s’établir, et dans les deux autres cas que j’ai rapportés, ils se sont aussi manifestés à l’occasion d’un retard et d’une suppression des règles. Ces observations semblent donc prouver que les congestions rachidiennes sont d’autant plus graves, qu’elles résultent du trouble apporté dans une évacuation sanguine habituelle. Lorsque la congestion hémorragique est trèsrapide, elle peut causer la mort presque instantanément. Le fait rapporté par Duverney en offre un exemple remarquable. .
CONGESTIONS SANGUINES
« Un magistral illustre étant mort presque subitement d’une espèce particulière d’apoplexie, à ce qu’on croyait, mais qui ne lui avait pas du tout ôté la connaissance, M. Duverney en lit l’ouverture, et y trouva que les parties principales étaient fort saines, qu’il n’y avait aucun dérangement dans le cerveau, sinon quelques gouttes de sang extravasé; mais ayant renversé le corps, il sortit une grande quantité de sang du côté de la moelle épinière. M. Duverney croit qu’il y a eu quelque éruption de sang dans cette partie, d’où sortent une grande quantité de nerfs qui fournissent des rameaux au nerf intercostal. C’est pourquoi tous les mouvemens des parties qui servent à la circulation avaient cessé, sans que le cerveau parût attaqué. M. Duverney prétend qu’il y a plusieurs apoplexies qui viennent de cette cause (i). »
Cette opinion sur l’effet des congestions rachidiennes qui s’opèrent rapidement, a été émise à peu près dans les mêmes termes par Frank; voici ce qu’il dit à ce sujet (2), après avoir parlé des effets do l’apoplexie cérébrale : « In ipsa xertebrali specu talia contigisse , qualia y si ad caput accidissent , apoplecticum morbum dicernemus ; nec certè hune ipsum à paralysi , quam semper Hippocrates apoplexiam vocavit , nisi gradu différée videmus : ut ex solà cruoris in spinam effusione, apoplexiam Duhamelius obseivaverit. »
L’hémorragie rachidienne ou hématorachis a été observée également chez plusieurs tétaniques, soit à
(1) Hist. (le l’Acad. des sc. , tom. 2 , pag. 47 , au 1688.
(2) Delect. opuseuî. , loin. 1 1 , pag. 54-
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l’intérieur , soit à l’extérieur des membranes de la moelle épinière, et elle résulte sans doute alors de la concentration active du sang vers cette partie du système nerveux, ainsi que l’annoncent les phénomènes qui caractérisent cette maladie dont les progrès augmentent quelquefois rapidement d’intensité par suite de la gêne de plus en plus grande de la respiration. Je reviendrai sur ce sujet dans le dernier chapitre de cet ouvrage. On trouve aussi quelquefois le liquide vertébral coloré par le sang, chez les individus qui ont succombé après une agonie longue et pénible dans laquelle tout annonçait l’embarras de la circulation pulmonaire.
Lorsque la congestion sanguine existe déjà, ou que le sujet est dans une condition qui l’y prédispose, il suffit d’une cause légère pour déterminer promptement un afflux considérable des liquides, et quelques-uns des phénomènes qui caractérisent l’inflammation, une douleur vive, par exemple. G. Baillou (i) a donné l’observation d’une femme enceinte de sept mois, qui éprouvait une douleur très-aiguë un peu au-dessous du niveau de la douzième vertèbre dorsale. Ce qu’il y avait de particulier dans ce symptôme, c’est que la douleur était bornée à la colonne vertébrale, et ne s’étendait point dans le voisinage des côtes. La couleur de l’urine était d’un rouge vineux , comme si elle eût été mélangée de sang. D’après cette dernière circonstance, Baillou vit dans la maladie un exemple de celle quTIipipocrate a désignée sous le nom de pleurésie dorsale.
(0 Posterions afFectus descriptio qui pleuritidis dorsajis iiomine ‘donatur ; in Opuscula medica, pag. ‘284. Paris, 16/fî.
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CONGESTIONS SANGUINES
Des évacuations sanguines, abondantes et répétées, firent cesser tous ces accidens. Voici ce qu’Iiippocrate dit au sujet de cette affection : « lu pleuritide ad dorsum, dit-il^ hoc aliis prœstat , dorsum velut ex plagâ dolor occupât , ingemiscit , confesùm respirât , confesùm pauc a expuit , et corpus lassitudine vexatur. Tertio aut quarto die, urinam velut suheruentam saniem reddit ;ferè quiuio die moritur, sin minus septimo , quos si effugerit , vivit. Hic morbus mitis est, minusque lethalis. Ohservandus tamen ad decimum quartum0 post quem sanescit (i). » On trouve encore quelques symptômes analogues à ceux-ci dans la maladie qu’il décrit sous le nom de (2). Je ne <
chercherai point à commenter ce passage des écrits du père de la médecine; j’ai voulu simplement le citer, pour qu’on puisse juger jusqu’à quel point il est applicable à l’histoire des phénomènes que nous venons d’examiner, et parce qu’il est signalé par Frank comme étant spécialement relatif aux congestions rachidiennes actives {ad spinœ plethoram ) qui précèdent l’inflammation de la moelle ou de ses membranes.
Les épanehemens sanguins dans le canal vertébral, de même que les épanehemens séreux, peuvent résulter aussi d’une lésion du cerveau ou de ses membranes : cette hématorachis consécutive peut-elle donner lieu à ■ quelques symptômes particuliers pendant la vie? Les' faits observés jusqu’à présent fournissent peu de lumières sur ce sujet; quoi qu’il en soit, je vais en rapporter un
(1) De morb. , lib. 1 1 1 , pag. 4g3 , édit. Focs.
(2) Ibid. , lib. 2.
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exemple qui offre d’ailleurs quelque intérêt sous plusieurs rapports.