OBSERVATION LXII
Coup d’épée dans la région temporale; division de la veine méningée; épanchement de sang dans le rachis et le crâne; convulsions générales. Mort au bout de trois heures.
Dessières, âgé de vingt-six ans, soldat au 44° régiment d’infanterie de ligne , reçut , le 3o novembre 1 822, un coup de fleuret dans la région temporale gauche , et fut renversé presqu’à l’instant même. Lorsqu’on l’apporta à l’Hôtel-Dieu d’Angers , il était dans un assoupissement profond; la respiration était difficile et lente; à chaque expiration , une salive écumeuse sortait de la bouche; des mouvemens convulsifs agitaient les membres. On pratiqua une saignée au bras, qui ne produisit aucun effet sensible. Les accidens continuèrent; la respiration devint de plus en plus lente, et le malade mourut trois heures après l’accident, au milieu de convulsions générales : il n’y eut pas d’évacuation d’urine ni de matières fécales.
IOuverLüre du corps vingt heures après la mort.
Etat extérieur. Cadavre fortement musclé, cheveux noirs 3 large ecchymose sous les tégumens de la région temporale et dans le muscle de ce nom.
Crâne. Perforation arrondie, sans esquilles, de la largeur d’une ligne et demie en tous sens environ , à
CONGESTIONS SANGUINES
l’angle inférieur et antérieur du pariétal gauche, directement dans le sillon qui loge l’artère méningée. Epanchement de sang noir un peu coagulé sur toute la surface des lobes du cerveau, ainsi qu’à la base du crâne, où il y en avait plus abondamment. Les sinus de la duremère étaient remplis de sang noir; le fleuret, en traversant le sillon du pariétal , avait percé la veine méningée, sans intéresser l’artère de ce nom. La substance du cerveau n’était pas sensiblement injectée; l’instrument vulnérant avait pénétré à un pouce environ dans la substance cérébrale. On n’observa pas qu’il eût été enfoncé jusque dans le ventricule de ce côté, dont la cavité, ainsi que celle du ventricule gauche , étaient cependant remplies d’un sang noir fluide.
Rachis. Lorsqu’on pencha le cou du cadavre sur le bord de la table, après avoir enlevé la masse entière du cerveau, je remarquai qu’il s’écoulait du canal rachidien une grande quantité de sang noir très-fluide et encore tiède. Après avoir ouvert le rachis, je trouvai la cavité des méninges rachidiennes encore remplie de ce liquide, quoiqu’il en eût sorti en abondance avant son ouverture. Un sangécumeux et rouge soulevait le feuillet intérieur de l’arachnoïde, qui n’est uni que lâchement par des filets celluleux à la pie-mère. La substance médullaire du prolongement rachidien était blanche, sans aucune injection notable, et d’une consistance ordinaire.
Thorax. Les poumons étaient crépitans et gorgés de sang.
Abdomen. La membrane muqueuse de l’estomac
et épanchemens rachidiens. 5 1 3
était très-rouge et épaissie dans le tiers de son étendue; celle des intestins grêles était rouge dans plusieurs points; ils contenaient des substances chimifiées, d’une odeur très-acide; vers la fin de l’iléon, et dans les gros intestins, on voyait un grand nombre de granulations blanches, espacées, de la grosseur d’un grain de chenevis, et soulevant la membrane muqueuse; un fluide blanc en sortait lorsqu’on les piquait. On n’observait pas à leur sommet une petite dépression, comme en offrent les follicules muqueux lorsqu’ils sont le siège d’un gonflement particulier. La vessie était distendue par une urine claire ; sa membrane muqueuse était blanche, excepté celle qui recouvre le trigône vésical, qui était finement injecté et de couleur violette.
Ce serait sans doute à tort qu’on voudrait tirer de cette observation quelques documens propres à éclairer la symptomatologie de l’épanchement sanguin dans les méninges rachidiennes, parce que la blessure du cerveau, et l’accumulation du sang dans les ventricules et à la surface de cet organe, doivent avoir contribué à produire les accidens qui précédèrent la mort. Cependant je suis porté à penser, d’après les expériences récentes de M. Magendie, que le sang qui s’est écoulé dans la gaine rachidienne peut avoir concouru à déterminer les convulsions générales qu’on a observées; il était épanché, ainsi qu’on l’a vu , en partie entre la piemère et l’arachnoïde , et en partie dans la cavité même de cette dernière membrane, circonstance qui s’explique naturellement par le trajet de la blessure. Ce liquide, bien différent de celui qui remplit naturellement le
CONGESTION? SANGUINES
canal membraneux du rachis, ne peut-il pas avoir agi comme un corps irritant sur la moelle épinière et ses nerfs? De là les mouvemens convulsifs des membres.
Une hémorragie cérébrale, occupant la base de l’encéphale, peut également produire l’hématorachis.