‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 19 sur 84 · OBSERVATION LXIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXIII

Hémorragie cérébrale ; épanchement sanguin consécutif dans le

canal vertébral.

Anna Walterin, âgée de soixante-dix ans, était habituée à se faire saigner fréquemment, selon l’usage du pays. Le i3 juin i655, le sixième jour delà pleine lune, j ayant été pour ramasser du bois autour de sa maison, on fut surpris de ne pas la voir arriver à la nuit. Le lendemain, elle fut trouvée morte avec une très-légère J blessure à la tempe gauche. J’en fis l’ouverture en présence du magistrat. La plaie ne pénétrait pas jusqu’à l’os, de manière qu’il fut évident que la mort était produite par une cause interne. Ayant ouvert le crâne, je renversai le cerveau du côté droit en coupant les nerfs, afin de mieux examiner sa base, etjetrouvai entre la piemère et le cerveau un énorme épanchement de sang. En devant, il s’étendait au-delà de l’entre-croisement des nerfs optiques; en arrière, il remplissait le canal vertébral jusqu’au sacrum , et les deux côtés de l’hémisphère. Ce sang provenait des radicules des filamens artériels qui partent des carotides et des vertébrales , et qui environnent la base du cerveau (i).

(i) Bonnet, Sepulcliret. , lib. x , sect. 1 1 , pag. 83.

et épanchemens rachidibns.

Morgagni ( i ) donne l’observation d’une femme morte à la suite d’une attaque d’apoplexie, chez laquelle toute la surface des lobes cérébraux était recouverte de sang coagulé, qui s’était écoulé par la rupture extérieure d’une grande cavité formée. dans l’épaisseur même du lobe. Il y avait du sang autour de la moelle de l’épine, dans le canal vertébral, à toute la profondeur où l’œil pouvait apercevoir.

Ces épanchemens consécutifs aux lésions du cerveau ne sont pas rares, car on trouve le plus souvent du sang épanché dans les méninges rachidiennes, lorsqu’il y a eu dans le crâne un épanchement sanguin abondant. J’ai fréquemment remarqué à Bicêtre, chez les vieillards morts à la suite d’attaque d’apoplexie, que la sérosité ^rachidienne est sanguinolente , coloration due évidemment à l’écoulement d’une partie du sang résultant de l’hémorragie cérébrale.

On a dû voir par ce qui précède, que les congestions sanguines rachidiennes peuvent avoir lieu également dans les méninges et dans la moelle qu’elles enveloppent, mais elles donnent rarement lieu à une hémorragie semblable à celles qu’on observe si souvent; dans le cerveau; la moelle alongée est le seul point du centre nerveux rachidien où l’on ait encore trouvé des épanchemens sanguins circonscrits, comme si la moelle épinière participait d’autant plus aux memes altérations du cerveau, qu’elle se rapproche davantage de cet organe. Ordinairement ces épanchemens accompagnent une hémorragie cérébrale, et l’on conçoit que

• (0 setb et caus. , epist. 1 1 1 , sect. ?..

5l6 ' CONGESTIONS SANGUINES

dans ce cas leur présence ne peut apporter le plus souvent aucun changement appréciable dans les symptômes qui résultent de l’apoplexie.

Ces petits épancliemens sanguins produits par une ? hémorragie circonscrite (hématomyélie(i)), sont quelquefois assez nombreux Sur une vieille femme morte à la Salpétrière, et dont la partie antérieure des deux lobes cérébraux était convertie en une masse encéphaloïde, je trouvai trois petits épancliemens récens dans l’épaisseur du bulbe céphalique de la moelle ; ils étaient situés transversalement : deux occupaient le centre de la moitié droite, et étaient placés l’un au-dessus de l’autre : leur plus grand diamètre était transversal. Le a troisième occupait le centre de l’autre moitié du bulbe. •< Ces trois déchirures offraient à peu près la même étendue, et pouvaient contenir chacun une petite lentille. I La malade était morte à la suite d’une attaque d’apo- { plexie.

En ne considérant ici que le genre d’altération en lui- > même , je rappellerai que dans les contusions de la ;• moelle produites par l’écrasement des vertèbres , on peut observer aussi un épanchement circonscrit dans sa substance. J’en ai rapporté un exemple (2) d’après * sir Ev. Home, où l’on a vu que dans ce cas il existait au centre de la moelle épinière, dans le point correspondant au déplacement des vertèbres, une masse de sang * coagulé , de deux pouces de longueur environ , sans aucune lésion extérieure de l’organe. ^

(1) A sang, /j-'jtïoç , moelle.

(2) Foy. pag. 255.

Page 1