OBSERVATION LXV
Hémorragie circonscrite dans la moitié gauche de la protubérance intéressant lesfibresdupédoncule gauche ; hémiplégie du coté droit. Mort au bout de deux jours à la suite d’une congestion cérébrale. Cancer du cœur.
Isidore Magny , âgée de quarante-six ans, entra en 1822 à l’hospice de la Salpétrière, pour une hémiplégie complété du côté droit qui existait depuis plusieurs années. Son état n’avait rien offert de particulier, jusqu’au mois de mars 1823, lorsqu’elle éprouva tout à coup un étourdissement avec perte de connaissance. La face était injectée, vultueuse, le pouls développé, etc. : enfin tous les symptômes d’une forte congestion cérébrale se manifestèrent. La malade fut saignée au bras; on appliqua des sangsues au cou, etc. : tous ces moyens ne produisirent aucun effet, les mêmes accidens persistèrent, et elle mourut deux jours après l’apparition des premiers symptômes. Ges détails m’ont été communiqués parM. le docteur Pinel-Granchamp, avec lequel je fis l’autopsie.
CONGESTIONS SANGUINES
Aulopsie cadavérique.
Etat extérieur. Face injectée, violacée de même que la conjonctive et les paupières qui étaient tuméfiées.
Crâne. Les méninges n’offraient aucune altération 5 il gavait beaucoup de sang noir épanché entre l’arachnoïde et la pie-mère cérébrales; la substance grise des circonvolutions était d’une couleur intense; la substance blanche était injectée, et présentait quelques légères marbrures ; les ventricules contenaient une quantité assez abondante de sérosité. En incisant couche par couche la protubérance annulaire, on-trouva au milieu de sa moitié gauche les traces évidentes d’un épanchement résorbé ; cavité circonscrite , remplie d’un tissu filamenteux infiltré de sérosité jaunâtre, et pouvant contenir un haricot ordinaire; son grand diamètre, de cinq lignes environ , était situé presque transversalement, et un peu obliquement de dedans en dehors. Ce foyer d’un ancien épanchement e/n partie résorbé, interrompait évidemment la continuité d’une grande partie des fibres du pédoncule gauche. La substance médullaire environnante avait sa consistance ordinaire. ( Voyez pl. Il ,fig. 3, a.)
Thorax. Les poumons étaient gorgés d’un sang noir et fluide; il existait au sommet de chacun d’eux une dépression irrégulière, mais plus marquée dans celui du côté gauche. Les cavités des plèvres contenaient plusieurs onces de sérosité. Les fibres musculaires des parois du ventricule droit du cœur étaient évidemment
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changées en un tissu blanc jaunâtre, cérébriforme , offrant tous les caractères des productions encéphaloïdes. Cette dégénérescence cancéreuse n’occupait quo la moitié inférieure des parois musculeuses du ventricule droit. Celui du côLé gauche était sain.
Abdomen. La membrane muqueuse de l’estomac était épaissie et d’un rouge brun. Le foie et la rate étaient gorgés de sang; les autres organes dans l’état sain.
Cette observation, curieuse sous plus d’un rapport, prouve donc à la fois que l’hémorragie qui a lieu dans une portion de la protubérance annulaire peut déterminer les mêmes accidens que celle qui s’opère dans les couches optiques et les corps striés d’un côté de l’encéphale, et que de semblables épanchemens, quand ils sont peu étendus, sont susceptibles de résorption comme ceux du cerveau. Rien, à la vérité, ne peut distinguer cette hémorragie de l’apoplexie cérébrale qui donne également lieu à une hémiplégie.
Les paralysies qui résultent d’un épanchement dans la protubérance cérébrale sont toujours bornées au mouvement, parce que la rupture intéresse seulement les faisceaux antérieurs de la moelle. Elles sont susceptibles de guérison comme celles qui dépendent de l’hémorragie qui a lieu dans les autres parties de l’encéphale, et cette heureuse terminaison s’opère par le même mécanisme. L’observation que je viens de rapporter offre un exemple de la résorption progressive du sang épanché, et prouve que les accidens primitifs n’en persistent pas moins lorsque la continuité des
CONGESTIONS SANGUINES
fibres médullaires a été rompue. Je ferai, à cette occasion , une remarque qui est également applicable h l’hémorragie cérébrale : c’est que la paralysie peut disparaître dans les cas où le sang résultant de l’hémorragie s’épanche entre les fibres médullaires, qu’il écarte simplement et qu’il comprime sans les détruire ; tandis que si leur rupture a lieu, la guérison n’est jamais complète, et, quelques moyens qu’on emploie, les accidens persistent. Je ne doute pas que ce soit à cette seule cause, signalée déjà par M. Foville, et non pas à une cicatrisation des fibres médullaires rompues, qu’on doive attribuer la disparition de l’hémiplégie chez certains individus. Il est aisé de concevoir, en effet, que la paralysie qui résulte de la compression que le sang épanché exerce sur les fibres nerveuses en les écartant, diminue à mesure que cette compression cesse par suite de la résorption du sang et du resserrement du foyer apoplectique.
Les hémorragies qui déchirent plus ou moins rapidement le tissu de la moelle épinière, offrent donc les mêmes phénomènes que celles qui font irruption au centre des lobes encéphaliques et cérébelleux. L’altération et le tissu étant de même nature, les effets doivent nécessairement se ressembler : je fais abstraction des symptômes qui diffèrent sous plus d’un rapport dans ces différens cas. Une congestion énergique et subite est suivie d’hémorragie, d’épanchement de sang en quantité variable, et d’une paralysie plus ou moins prompte; mais lorsque la congestion sanguine a lieu moins rapidement, qu’elle est plus continue, le tissu nerveux éprouve une altération intermédiaire à l’in-
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flammation et à l’hémorragie proprement dite; cet afflux continuel des liquides amène peu à peu le ramollissement de la substance médullaire; le sang s’infiltre, se combine en quelque sorte avec elle, et, si la congestion persiste, le tissu nerveux se trouve changé en une bouillie rougeâtre, diffluente, mélangée quelquefois de sang liquide et pur. Dans ce cas, la paralysie ne se manifeste que graduellement, et cette désorganisation de la moelle épinière, préparée en quelque sorte par des fluxions répétées et habituelles, peut quelquefois détruire rapidement ce centre nerveux dans une grande étendue. M. Gaultier de Claubry a rapporté (i) un exemple très-remarquable de cette altération, qui est rare dans le cordon rachidien; je vais le transcrire