OBSERVATION LXV1I
Douleurs lombaires habituelles avec gêne et engourdissement des membres inférieurs ; accroissement de ces accidens à la suite des succussions du tronc. Mort presque subite.
M.***, âgé de soixante ans environ, avait éprouvé depuis un an et demi une douleur accompagnée d’un sentiment de pesanteur dans la région lombaire, et dans le commencement il avaitexistéune paralysie incomplète des membres inférieurs qui s’était dissipée peu à peu au bout de deux mois. Chaque fois qu’il faisait un voyage en voiture, quelque petite que fût la distance, lorsqu’il descendait à terre, il ressentait toujours une douleur plus vive dans la portion lombaire du rachis, et les membres inférieurs étaient dans un état de stupeur telle, qu’il restait quelque temps avant de pouvoir marcher. Cet individu avait fait part de cette incommodité au docteur Bellingeri, avec lequel il voyageait dans ce moment, se rendant d’Alexandrie à Turin, où ils arrivèrent le lendemain matin, après avoir passé toute la nuit en voiture. ,
Il descendit cette fois sans éprouver rien de semblable aux accidens dont il avait parlé; il passa la journée dans la ville, où il fit ses affaires, et le soir il rentra à l’hôtel, se plaignant d’un léger malaise. Il prit un potage, et
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fut se coucher dans la même chambre qu’un de ses amis qui l’accompagnait. Le lendemain matin on le trouva mort , et déjà froid.
Cette observation est rapportée par M. Bcllingeri (i), qui pense que les efforts continuels des muscles des lombes chez ce malade, qui s’était tenu presque toujours le corps fléchi en avant pendant le voyage, joints aux secousses et à l’agitation que recevait le rachis dans cette position , ont dû favoriser l’afflux du sang dans une région déjà affectée, et accélérer les progrès de l’altération préexistante de la moelle épinière. Quoi qu’il en soit, ce fait est très-analogue au précédent, et il est probable que la cause de la mort a été la même.
Quant aux règles de traitement dans les congestions rachidiennes en général, les faits que je viens de rapporter offrent suffisamment les indications qui peuvent diriger le médecin dans l’emploi des moyens thérapeutiques. Lorsque la congestion est accompagnée de chaleur et de douleurs dorsales plus ou moins vives , les saignées générales et locales, les ventouses scarifiées le long du rachis, les sangsues à l’anus, sont évidemment les moyens les plus avantageux; et, dans le cas contraire, des topiques irritans en frictions sur la région dorsale, tels que la pommade cl’Antenrieth , les vésicatoires, etc., etc., des purgatifs doux et répétés, des lavemens légèrement stimulans, doivent contribuer à hâter la disparition des accidens.
Je terminerai ici ce que j’avais à dire sur les congestions sanguines rachidiennes et les épanchemens qui en
(i) Annali univ. di med. Oit. et noy. 1824-
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sont la suite. Je les ai étudiées de manière à montrer successivement leurs divers degrés d’intensité, depuis la congestion veineuse simple jusqu’à l’hémorragie qui détermine la destruction du tissu de la moelle. Je me bornerai à l’exposition des faits, sans vouloir généraliser quelques-unes des conséquences qu’on peut déduire de ces diverses observations. Ce point de la pathologie de la- moelle, qui jusqu’alors avait été peu étudié, fournira sans doute des notions intéressantes sur les affections du système nerveux en général; mais l’on doit attendre de nouvelles recherches pour en tracer une histoire plus complète.
Fluide gazeux dans la cavité des membranes de la moelle ou pneumalorachis.
L’étude des phénomènes qui accompagnent et déterminent le plus ordinairement les épanchemens séreux et sanguins dans la cavité des méninges rachidiennes, me conduit naturellement à parler d’un phénomène que j’ai observé seulement sur le cadavre, et que je n’ai pu jusqu’à présent rattacher à aucune altération particulière de la moelle ou de ses membranes; je veux parler du pneumatorachis (i).
On trouve dans les auteurs un grand nombre d’exemples de collections gazeuses dans les diverses parties de l’économie animale; mais parmi les observations qui constatent l’existence de ces pneumatoses dans les cavités séreuses, il n’y en a aucune où l’on fasse men-
(0 nvrv/ta , «r5ç? air, rachis.
et épanchemens rachidiens.
tion des méninges racliidiennes. Ce développement de fluides élastiques, qui est assez commun dans la cavité cérébrale, ne paraît avoir, au moins le plus souvent, aucune influence sur la formation des collections de gaz' qu’on trouve au-dessous de l’arachnoïde spinale ou dans l’intérieur de sa cavité; car je n’ai jamais remarqué une seule buile d’air dans les membranes cérébrales des sujets chez lesquels j’en ai observé dans la gaine méningienne du rachis. Néanmoins, on conçoit facilement que ces deux phénomènes peuvent être quelquefois dépendans l’un de l’autre.
Il n’est pas très-rare de trouver la portion lombaire du canal méningien gonflée plus ou moins par un fluide gazeux, inodore, incolore, et qui ne peut être attribué exclusivement à la putréfaction , puisque j’en ai vu dans le canal rachidien de sujets morts récemment, tandis qu’il n’en existait pas sur un grand nombre d’autres qui étaient morts depuis quelques jours : je n’ai pas remarqué que ce dégagement de gaz eût lieu plus particulièremeût à la suite de certaines maladies. Je vais indiquer succinctement les cas où je l’ai observé.
Sur une femme, âgée de soixante-cinq ans, morte à la suite d’une péritonite chronique , je trouvai la région lombaire du canal méningien très-gonflée par un gaz qui s’échappa aussitôt que j’eus fait une ponction à la dure-mère avec la pointe du scalpel , et cette membrane revint graduellement sur elle-même. Le tissu lamineux existant sous l’arachnoïde qui recouvre les racines des nerfs lombaires, contenait une infinité de bulles très-
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tenues, qui surnageaient la sérosité limpide épanchée dans cette partie du canal; les vaisseaux rachidiens n’étaient pas injectés.
Cette femme était morte depuis vingt-deux heures : le cadavre, qui était très-gras, n’offrait aucun signe de putréfaction commençante : c’était dans les premiers jours d’octobre 1822. Je trouvai sur le même sujet un emphysème du tissu cellulaire sous-jacent à la membrane muqueuse de l’estomac qui était boursouflée et trèspale. L’infiltration gazeuse cessait à deux ou trois travers de doigt du pylore; elle était surtout très-marquée vers le grand cul-de-sac de l’estomac.
Sur une autre femme, âgée de quarante-cinq ans, qui avait succombé à la suite d’une colite chronique, la sérosité qui remplissait la portion lombaire du canal était écumeuse; l’arachnoïde offrait une multitude de petites plaques cartilagineuses don t je parlerai plus tard ; les vaisseaux des enveloppes de la moelle étaient très-injectés. Je fis l’ouverture du cadavre vingt-quatre heures après la mort ( mois d’octobre).
Sur un homme, âgé de cinquante-six ans, mort d’un anévrysme énorme de la courbure aortique, je trouvai dans la portion lombaire une sérosité d’un blanc louche, et surnagée par une multitude de bulles miliaires, qu’on retrouvait aussi dans le tissu lamineux sous-arachnoïdien de la terminaison de la moelle. J’avais fait l’ouverture du cadavre trente-trois heures après la mort (mois de décembre).
Sur une petite fille, âgée de trois ans, morte d’une hydrocéphalie aiguë , la dure-mère rachidienne était
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gonflée dans les deux tiers inférieurs de son étendue par un fluide gazeux qui s’échappa au moment où j’incisai cette membrane. Il n’y avait aucune trace de sérosité à l’intérieur de l’arachnoïde, qui était séparée postérieurement de la pie-mère de la moelle par une infinité de bulles miliaires situées dans les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien.
Je trouvai la même distension de la dure-mère rachidienne et l’infiltration spumeuse sous-jacente à l’arachnoïde qui recouvre la pie-mère , sur un petit garçon, âgé de cinq ans, mort d’une phthisie tuberculeuse. L’ouverture de ces deux derniers sujets lut faite vingt-quatre heures après la mort, dans le mois de lévrier ( 1 8a3 ).
J’ai rencontré encore cette vapeur écumeuse entre la pie-mère de la moelle et l’arachnoïde, sur le cadavre d’une femme morte d’un cancer de l’utérus, et sur un homme qui avait succombé à une pneumonie au troisième degré, tous les deux ouverts vingt-deux heures après la mort , dans le mois de mars ( 1823 ).
J’ai depuis observé plusieurs fois cette pneumatose des enveloppes rachidiennes , et mes observations ne m’ont pas conduit à un résultat plus satisfaisant, quant «à la connaissance de la cause de ce .dégagement gazeux. M. Calmeil (1) ne paraît l’avoir remarqué qu’une fois dans le grand nombre d’autopsies dont il a rapporté les détails : la membrane propre de la moelle était séparée de l’arachnoïde par une légère couche de sérosité mêlée de bulles gazeuses : il y avait chez ce sujet des traces
(1) Loc. cit. , obs. 36, pag. 176.
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non équivoques d’une gastro-entérite assez intense. Les 1 echerches de M. Calineil sont faites avec le plus grand soin, et annoncent un observateur attentif : aussi je n’hésite pas à considérer ce fait comme prouvant que la présence d’un fluide élastique dans les méninges rachidiennes n’est pas le résultât de la pénétration de l’air lors de l’ouverture de la colonne vertébrale , puisque ce médecin ne l’a observé qu’une fois sur les nombreux sujets qu’il a examinés en prenant toujours les mêmes précautions.
M. Billard m’en a communiqué un nouvel exemple, qu’il a observé à l’hôpital des Enfans nouveau -nés : chez un enfant qui succomba quatre jours après la naissance, on trouva une gastro-entérite, et ce ramollissement du cerveau et de la moelle épinière dont j’ai déjà parlé (i); la substance cérébrale était jaunâtre, ramollie , répandait une odeur légère d’hydrogène sulfuré; un épanchement sanguinolent avec ramollissement de la pulpe cérébrale, occupait la partie antérieure de l’hémisphère droit; les méninges étaient gorgées de sang, la moelle épinière très-molle, presque diffluente et jaunâtre, avec épanchement abondant de sang le long du rachis et congestion vasculaire des méninges. Une infiltration séreuse avec dégagement de gaz soulevait l’arachnoïde et la séparait de la pie-mère. Il y avait eu pendant la vie des convulsions générales, qui avaient diminué peu à peu d’intensité jusqu’à la mort. Cette sorte de décomposition du tissu nerveux semblerait devoir expliquer ici le dégagement d’un fluide élastique
(1) Voy. pag. 21 5.
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entre la pie-mère et la moelle; mais pourquoi ne Pa-t-on rencontré que cette seule fois, tandis qu’il est assez commun d’observer cette inflammation et ce ramollissement du centre cérébro-spinal chez les enfans naissans, sans qu’il existe aucun gaz dans ses enveloppes ?
On ne peut pas supposer que l’air pénètre par le trou occipital pour former ainsi cet emphysème, car on l’observerait toujours, et cela n’est pas : d’ailleurs, je l’ai trouvé le plus souvent sans avoir ouvert le crâne avant de faire la section du rachis. Comme cette infiltration gazeuse, intermédiaire à l’arachnoïde et à la pie-mère, n’existe qu’à la. face postérieure de la moelle, je crus d’abord qu’elle dépendait de la manière dont j’ouvrais le rachis, et des succussions plus ou moins violentes que je déterminais alors. Mais une simple réflexion détruisit cette idée : n’aurais-je pas dû la trouvér sur tous les cadavres, puisque sur tous je prenais les mêmes précautions pour ouvrir ce canal?
L’existence d’un fluide gazeux dans les méninges du rachis avait été remarquée par Cotugno (i),qui fait observer que la présence de ce gaz pourrait faire penser que les cavités qu’on trouve vides sur le cadavre, sont remplies pendant la vie par une vapeur élastique, ainsi que quelques auteurs l’ont avancé. Il combat cette opinion en attribuant ce phénomène à l’introduction de l’air extérieur par le trou occipital à mesure que le liquide rachidien s’écoule au dehors après l’ablation du cerveau. Sans doute cette explication est fondée dans le
(i) Loc. cit. , pag. 4i3.
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cas où l’autopsie est laite de cette manière, et encore l’infiltration gazeuse, sous-jacente à l’arachnoïde, se remarque-t-elle principalement alors dans la portion cervicale du rachis, et nou dans la région lombaire. Mais chez les différons sujets sur lesquels je l’ai observée, j’avais eu soin d’ouvrir le rachis avant le crâne afin d’éviter cette source d’erreur.
D’après les dillérens cas où j’ai remarqué ce dégagement de fluides élastiques dans les méninges rachidiennes, on voit qu’il peut être indépendant de la putréfaction et du degré de chaleur de l’atmosphère, car je l’ai rencontré assez souvent en faisant des recherches dans la saison la plus froide de l’année. Les observations que j’ai faites sur ce sujet ne sont pas non plus assez nombreuses pour qu’on puisse juger si la nature de la maladie qui a déterminé la mort 'peut influer sur la production de ce phénomène. Cependant je ferai remarquer- que parmi les différens sujets sur lesquels j’ai trouvé cette pneumatose, il y avait chez un assez grand nombre une altération des viscères abdominaux. Quoi qu’il en soit, il est probable qu’elle peut dépendre, comme celles qui existent clans les autres parties, de la putréfaction et du dégagement des gaz contenus dans les liquides épanchés; résulterait-elle quelquefois d’une exhalation analogue à celle qu’on observe dans la cavité gastro- intestinale? Laennec, qui regarde les bulles gazeuses de l’arachnoïde cérébrale comme étant le produit d’un phénomène cadavérique, dit qu’il y a toujours de la sérosité en vapeur dans les cavités sé-
reuses.
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Lorsque le fluide élastique n’est pas contenu dans la cavité de l’arachnoïde rachidienne, mais qu’il forme seulement un emphysème qui soulève et écarte cette membrane de la pie-mère, pourquoi les bulles n’existent-elles qu’à la partie postérieure, et non à la partie antérieure de la moelle? Je crois qu’il n’en est pas de même avant l’autopsie; que cet emphysème occupe primitivement toute la circonférence delà moelle, mais que l’ébranlement imprimé à cet organe, quand on ouvre le canal vertébral , détache les bulles qui se trouvent à la partie antérieure, qui est alors inférieure, lesquelles n’étant contenues que dans les mailles d’un tissu cellulaire très-lâche, gagnent insensiblement là partie supérieure et s’y réunissent. Il est difficile d’expliquer pourquoi cet emphysème se rencontre plus particulièrement dans la partie inférieure du canal rachidien : je ne l’ai trouvé que deux fois se prolongeant jusqu’au tiers supérieur de la région dorsale.
Cette pneumatose peut-elle exister pendant la vie, ou bien n’est-elle qu’un phénomène cadavérique? Bonnet (i) rapporte qu’un noble Béarnais, affecté depuis long-temps d’une maladie chronique (qu’il ne désigne pas), fut atteint d’une inflammation de la gorge, en meme temps qu’il se développa une tumeur dans le dos; il mourut. A l’ouverture du cadavre, on trouva tous les viscères sains : la tumeur disséquée fut ouverte, et il n’en sortit que de l’air. Bonnet attribue ce phénomène à la corruption de la moelle épinière, sans dire d’ailleurs qu’il la trouva réellement altérée : cette ré-
(i) Sepulchrct, tom. 2, pag. 276.
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flexion semble prouver que la tumeur communiquait avec le canal vertébral. Je ne sais jusqu’à quel point cette observation , qui n’est pas présentée avec plus cle détails, pourrait prouver une exhalation gazeuse de l’arachnoïde rachidienne pendant la vie.
Enfin, Spielenberg (i) dit aussi avoir vu une tumeur de l’épine remplie d’air. Le sujet éLait une petite fille, âgée de six mois, qui portait dans la région lombaire une tumeur rénitente du volume d’une tête d’enfant; on l’ouvrit par une incision qui donna issue à beaucoup de gaz en même temps qu’à de la sérosité jaunâtre. Une très-grande prostration des forces suivit cette opération , qui fut suivie de la mort le quatrième jour (167 1). Il est probable que cette tumeur était le résultat d’une hydrorachis avec spina bifida: cependant, ce dégagement gazeux n’en est pas moins remarquable, et semble prouver qu’il peut se former pendant la vie des fluides élastiques dans la cavité des méninges rachidiennes. Je n’ai trouvé dans ifs auteurs aucun autre exemple de faits analogues.
(1) Eph. C. N. déc. x , obs. xo , an. 3.
MÉNINGITE RACHIDIENNE.
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