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MÉNINGITE RACHIDIENNE , OU INFLAMMATION DES MEMBRANES DE LA

Il est rare de trouver l’inflammation des enveloppes membraneuses de la moelle bornée à la seule étendue du canal rachidien : le plus souvent, on voit en même temps les membranes du cerveau plus ou moins enflammées. Cette phlegmasie est caractérisée sur le cadavre par une exsudation d’un blanc jaunâtre, opaque, membraniforme, offrant une épaisseur et une consistance variables, tantôt continue dans toute la longueur de la moelle, tantôt formant des plaques interrompues de distance en distance. Cette exsudation est ordinairement située entre l’arachnoïde et la pie-mère de la moelle : de sorte qu’en incisant la dure-mère, la moelle épinière semble au premier aspect augmentée de volume, et convertie en une matière couenneuse et jaunâtre : tel est, pour ainsi dire, constamment le siège de cette couche puriforme qui est toujours plus épaisse en arrière qu’en avant de la moelle. Quand on absterge ou qu’on râcle cette matière concrète, on voit qu’il existe en même temps épaississement et injection du tissu cellulaire sous -arachnoïdien qui est évidemment enflammé, tandis que l’arachnoïde elle-même n’offre ni injection, ni opacité. II y a habituellement aussi

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dans la portion lombaire du canal rachidien au-dessous un liquide séro-purulent, plus ou moins trouble, et en quantité assez considérable.

J’insiste avec intention sur tous ces détails, parce qu’on dit assez généralement que Ton trouve alors l’arachnoïde enflammée et sa cavité remplie de matière purulente. Cette assertion est fausse , et résulte de l’attention superficielle qu’on a apportée dans l’examen de cette altération. Toujours l’exsudation puriforme est sous-jacente à l’arachnoïde qui conserve ordinairement son poli et sa surface lisse; et quand la. cavité de cette membrane séreuse est tapissée de concrétions analogues, ce qui est fort rare , il y a toujours en même temps une exsudation purulente entre la pie-mère de la moelle et le feuillet arachnoïdien correspondant, c’està-dire dans l’espace qui est rempli dans l’état normal par le liquide rachidien. J’ai trouvé plusieurs fois les parois ventriculaires de l’encéphale tapissées aussi d’une couche pseudo-membraneuse semblable.

La méningite rachidienne aiguë ne laisse pas toujours les mêmes traces chez les individus qui succombent à la suite de cette inflammation. Quelquefois elle donne lieu à une hydropisie aiguë (i); les membranes ont une teinte rouge, violacée, évidemment causée par l’injection des vaisseaux sous-arachnoïdiens, et le feuillet séreux est rendu opaque par l’épaississement du tissu cellulaire avec lequel il est immédiatement contigu.

D’autres fois on voit des points isolés plus ou moins in -

(i) J. Frank, Praxeos mecl. , etc. , de rachialgite , pag. 80.

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jectés et rouges, qui sont des traces évidentes d’inflammations locales; on les observe surtout lorsqu’il y a carie d’une ou plusieurs vertèbres vis-à-vis la portion altérée du rachis. On observe rarement ces phlegmasies circonscrites quand il n’existe aucune altération des os : j’en rapporterai un exemple. Quelquefois la cavité des méninges est remplie d’un sang fluide, produit d’une exhalation accidentelle. On n’a pas toujours rencontré chez les sujets morts à la suite d’une méningite rachidienne, les traces de cette inflammation dans l’intérieur des enveloppes membraneuses de la moelle. Bergamaschi (i) cite un exemple où l’on ne trouva qu’un épanchement séreux entre le tube osseux du rachis et la dure-mère; il en rapporte un autre, ainsi queM. Lallemand (2), où l’on vit dans cette même partie un épanchement de sang assez considérable, et j’ai observé le même phénomène dans la région cervicale chez un individu qui avait en même temps un ramollissement aigu cl’une portion du renflement cervical.

Les vaisseaux des enveloppes de la moelle sont en général plus ou moins injectés , mais particulièrement ceux du rachis et de la pie-mère. Tantôt la substance de cet organe est plus molle que dans l’état naturel; tantôt elle negiréscnte aucun changement appréciable ; quelquefois elle offre une dureté extraordinaire (Bèrgamaschi) ; d’autres. fois elle èiFevidemment ramollie. En un mot, l’inflammation des membranes

(1) Giornalc clella Soc. med. chir. diParma , giugno, 1810.

(2) Deuxième lettre sur l’encéphale , obà. n°3o, pag. 3o5.

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peut exister avec ou sans inflammation de la substance

Jusqu’à présent les recherches anatomiques n’ont pu faire découvrir de vaisseaux dans l’arachnoïde, et cependant tous les auteurs parlent de son inflammation ; mais il est évident qu’on a considéré comme les vaisseaux de cette membrane ceux qui lui sont sous-jacens. La teinte rouge et l’épaississement qu’elle offre alors, sont dus, comme je viens de le dire, à l’injection de ces mêmes vaisseaux, et à l’infiltration ou à l’épaississement du tissu cellulaire sous-séreux.

L’arachnoïde, dit Béclard (1), a bien la même con- . formation que les autres membranes séreuses, mais sa consistance est très-molle, sa ténuité extrême, sa texture impossible à déterminer; elle semble homogène; on nj rencontre point de 'vaisseaux , même dans l’état de maladie. La plupart des phénomènes morbides qu’on lui attribue se passent dans le tissu susjacent à la pie-mère : elle semble enfin former un genre à part. Telle est la cause de l’aspect opaque et blanchâtre que présente souvent l’arachnoïde cérébrale dans une parLie de son étendue. Si l’on examine cette membrane avec attention dans ces différens points, on ne tarde pas à reconnaître que sa densité plus grande, probablement due à une phlegmasie chronique, est produite par l’épaississement du tissu cellulaire qui l’unit à la pie-mère, avec laquelle on la trouve alors quelquefois immédiatement adhérente. L’inflammation qui détermine ces changemens dans l’arachnoïde cé-

(1) Auat. gén. , pag. 201 , ir“ édil. ; et pag. 214 de la 2e édit. 182 6.

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rébralea le plus souventsuivi une marche chronique; ce qu’il est rare d’observer dans la méningite rachidienne, dont les progrès sont le plus ordinairement rapides : cette circonstance est sans doute la cause pour laquelle on ne rencontre pas souvent de semblables opacités dans l’arachnoïde vertébrale.

Une seule fois j’en ai trouvé une très-considérable, résultant de l’union intime de l’arachnoïde et de la pie-mère de la moelle , et s’étendant dans une longueur de trois pouces au-dessous du renflement cervical. Les deux membranes réunies formaient une surface blanchâtre et opaque. La meme altération existait dans l’arachnoïde et la pie-mère de la moitié supérieure des deux lobes cérébraux. L’individu était mort dans la division des aliénés à Bicêtre, et je ne pus obtenir aucun renseignement sur son état antérieur.

Les effets les plus ordinaires de la méningite rachidienne chronique sont des adhérences entre le feuillet séreux qui tapisse la dure-mère, et celui qui correspond à la pie-mère de la moelle rachidienne. J’en ai observé assez fréquemment, et particulièrement dans la phlegmasiede ces membranes qui se développe consécutivement à une lésion des vertèbres. Une autre altération de jj l’arachnoïde rachidienne, et qui lui est particulière, consiste dans la présence de lamelles cartilagineuses, hérissées d’aspérités du côté de la cavité arachnoïdienne: ces lamelles, développées primitivement en dehors du feuillet séreux, sont-elles le résultat d’une phlegmasie chronique? Jusqu’à présent il est difficile de déterminer quelle peut être la cause première de leur formation;

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cependant on en trouve assez souvent chez des individus qui ont offert pendant la vie des phénomènes résultant d'une irritation chronique du centre cérébrorachidien.

•T’ai observé plusieurs fois des in jections partielles de l’arachnoïde rachidienne , qu’on aurait pu considérer, d’après un examen superficiel, comme ayant leur siège dans l’arachnoïde meme. Mais, en la séparant de la dure-mère , il était facile de reconnaître que les vaisseaux injectés étaient situés au-dessous de la membrane séreuse dont la ténuité et la transparence extrêmes laissaient distinguer les ramuscules vasculaires les plus déliés. Ces injections partielles forment quelquefois de petites plaques rouges, ponctuées, qui semblent être dans l’épaisseur du feuillet séreux qui offre alors un épaississement réel, et que des filamens celluleux plus ou moins nombreux unissent souvent alors avec le feuillet qui tapisse la dure-mère. M. Ribes(i) pense aussi que le siège de l’inflammation n’est pas dans l’arachnoïde spinale, mais dans la dure-mère qui reçoit un grand nombre de vaisseaux, dans la pie-mère qui en contient également beaucoup , et dans lesvaisseaux qui, de cette membrane , pénètrent dans l’intérieur de la moelle. Les cas où l’on a trouvé une quantité abondante de sang ou de sérosité entre le tube osseux du rachis et la dure-mère , viennent à l’appui de cette opinion. Quoi qu’il en soit, les traces les moins équivoques de la méningite rachidienne consistent dans une exsudation puriforme située entre la pie-mère et l’arachnoïde.

(i) Dict. des sc. méd. , art. Vertèbre ■

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J’ai déjà dit que la méningite rachidienne existait rarement sans qu'il y eût en même temps une inflammation plus ou moins étendue des membranes cérébrales : de là la difficulté d’apprécier avec exactitude les symptômes qui appartiennent spécialement à la phlegmasie des méninges spinales. Comme les exemples en sont peu fréquens, et qu’ils peuvent seuls fournir des indications précises sur le diagnostic de cette affection, je vais rapporter d’abord dans’ tous ses détails une observation de ce genre, recueillie par M. le docteur Dance, aide de clinique à PHôtel-Dieu. Le tableau des phénomènes observés dès l’invasion de la maladie et pendant son cours, est tracé avec la plus grande exactitude, et les lésions rencontrées après la mort offrent avec les symptômes un rapport remarquable qui ajoute encore à l’importance de ce fait intéressant.

OBSERVATION LXVÏII.

Phénomènes obscurs dans le début de la maladie; constipation; rétention de l’urine ; le cinquième jour, paralysie du mouTement des membres inférieurs avec exaltation morbide de ta sensibilité ; roideur du cou et du tronc accompagnée de douleurs dans la longueur du rachis quand on veut soulever le malade ; le septième jour, mêmes phénomènes dans les membres supérieurs, mais à un degré moindre ; ils deviennent un peu roides; persistance des accidens qui augmentent graduellement d’intensité. Mort au commencement du dixième jour. Exsudation puriforme entre l'arachnoïde et la piemère de la moelle; injection desvaisseaux cérébraux; sérosité trouble dans les ventricules.

Gabriel François, âgé de vingt-quatre ans, cuisinier, d’une constitution assez robuste , entra à l’Hôtel-Dieu le 19 octobre 1823, se disant malade depuis cinq ou

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six jours seulement. Il n’accusait point particulièrement une partie comme étant le siège de douleurs plus vives; le malaise semblait général, mais détail léger: cependant la physionomie était souffrante, les réponsps lentes; les lèvres étaient agitées de ce mouvement qu’on observe quand une personne va pleurer; aucun phénomène fébrile appréciable; chaleur de la peau naturelle, aucuns symptômes d’irritation gastro-intestinale. Deux jours se passent sans apporter de changement dans cette situation. Le malade se lève, se promène dans la salle; mais l’urine n’étant pas rendue depuis son entrée à l’hôpital (trois jours ) , on pratique le cathétérisme : la vessie était très-distendue. Enfin, le 24 octobre (cinquième jour), M. Dance examine plus particulièrement ce malade : l’expression de la figure est toujours celle de la souffrance; il semble toujours être sur le point de pleurer; réponses lentes et vagues quand on le questionne sur son état; il ne donne pas davantage de renseignemens.

En exploran t l’abdomen , on trouve encore la vessie remplie d’urine ; on veut soulever les membres inférieurs, et le malade pousse des cris, se plaint de souffrir, surtout quand on remue le membre abdominal droit; le pincement est également perçu dans l’un et l’autre membres; il sent aussi vivement, mais il lui est impossible de les soulever lui-même; il ne peut pas même les étendre après qu’on les a fléchis; ils retombent sur le lit comme des masses inertes, si on les abandonne à leur propre poids; enfin, ils sont privés du mouvement, et non de la sensibilité. M. Dance examina

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alors la région vertébrale qui ne présentait aucune saillie contre nature, aucune trace de contusions, et il remarqua que le malade ne pouvait pas se redresser lui-même sur son séant, qu’il souffrait à la moindre flexion du rachis, que le cou était légèrement renversé en arrière : si on cherchait à le reporter en avant , ori n’y parvenait que jusqu’à un certain degré, et en faisant souffrir le malade. Les résultats de cette exploration font adresser de nouvelles questions au malade qui y répond toujours lentement, quoique avec justesse : il est pleureur, très-irritable.

Dans les membres supérieurs, le mouvement et la sensibilité n’offrent aucune altération; le pouls a de la fréquence et un peu de dureté; la peau est chaude; la langue ne présente rien de particulier; il n’y a pas eu de selles depuis cinq jours, point de roideur ni de convulsions dans les membres inférieurs. (Saignée de deux palettes, deux lavemens, diète.)

Le 25 au matin, même état, distension de la vessie, pouls fréquent, peau chaude; les membres présentent les mêmes phénomènes, toujours douloureux quand on veut leur faire exécuter quelques mouvemens , surtout celui du côté droit : ainsi paralysie musculaire et conservation de la sensibilité; même état de la face, et lenteur dans I association des idées; même douleur quand on veut tourner le malade, et que quelques mouvemens se passent dans le rachis; le sang retiré par la saignée delà veille n est pas couenneux( Lavemens, tisane raliaichissante). Au soir, nul changement : nouvelle saignée de deux palettes.

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Le 26, continuation des mêmes phénomènes, à l’exception d’une grande petitesse du pouls dont la fréquence est augmentée; d’ailleurs, même état des membres , et distension de la vessie ( Cathétérisme ). L’urine est très-fétide, trouble, rougeâtre, contenant un fluide élastique qu’on entend sortir avec bruit par le pavillon de la sonde, laquelle devient noire pour peu qu’elle séjourne dans la vessie : cette remarque àvait été laite également les jours précédons. Le sang de la dernière saignée est couenneux 5 forme une couche blanchâtre de deux lignes d’épaisseur et relevée sur ses bords.

Dans la soirée, l’intensité des symptômes est augmentée; le pouls est presque entièrement effacé et trèsfréquent: cependant le cœur bat. avec assez de force; ses contractions sont perçues facilement h la partie latérale droite de la poitrine. Les membres abdominaux sont toujours sensibles, mais immobiles et très-douloureux , surtout le droit, quand on veut leur imprimer quelque mouvement. Cette paralysie et cette sensibilité morbide commencent à exister, mais à un faible degré, dans les membres thoraciques qui offrent une légère roideur ; le malade serre la main avec moins de force, et se plaint quand on rèmue les bras, surtout le droit : d’ailleurs, le tronc et le cou sont roides, de sorte que si on soulève le malade par la tête seulement, il se redresse tout d’une pièce, et accuse alors une douleur assez vive. Sa face est toujours triste et souffrante, les réponses lentes, mais justes; langue large, humide; selles rares.

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Le 27, même état que la veille; pouls petit, filiforme; vessie distendue (cathétérisme); urine fétide; les parois de la vessie ont perdu toute contractilité: de sorte qu’après avoir vidé leur cavité à l’aide de la sonde, et si l’on presse sur la région hypogastrique et qu’on relève ensuite la main qui déprime le ventre, on entend l’air s’insinuer dans la vessie à travers la' sonde. Les mouvemens des membres supérieurs qui sont toujours roides, ont perdu davantage de leur force; une selle. (Sinapismes aux extrémités inférieures.)

Le 28, la situation du malade est plus fâcheuse: les symptômes observés les jours précédens n’ont éprouvé aucune amélioration ; le pouls est tellement effacé qu’on ne le sent plus, tandis que le cœur bat encore avec assez de force; la sensibilité persiste toujours dans les membres inférieurs, et lorsqu’on pince le malade, quelques muscles partant du bassin semblent s’agiter. Quant aux membres supérieurs , leur force contractile est évidemment affaiblie; ils sont demi-£léchis, et dans un état de roideur assez prononcée; tout le tronc et le cou sont roides, elles mouvemens imprimés au malade qu on soulève toujours tout d’une pièce, sont également douloureux; il se plaint alors vivement. La tête est légèrement renversée en arrière et à gauche; la physionomie exprime toujours la souffrance; la pupille droite est plus dilatée que la gauche; l’état des facultés intellectuelles est le même que les jours précédens; la respilation lente, les mouvemens des côtes incomplets; même distension de la vessie; sortie de gaz fétides avec

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1 urine par le canal de la sonde; pas de selles. (Fomentations, sinapismes, boissons adoucissantes.)

Mort le 2g 7 dixième jour de la maladie, à quatre heures du matin , sans phénomènes particuliers.

Autopsie cadavérique ( le 3o , à dix heures du malin ).

État extérieur. Rien de particulier; roideur cadavérique peu marquée.

Cavité encéphalo-rachidienne. Injection et distension assez prononcées des vaisseaux cérébraux, membranes saines, point de sérosité ni d’infiltration à leur surface ; les ventricules latéraux sont trés-dis tendus, et contiennent à peu près trois quarts de verre de sérosité légèrement opaque; les autres ventricules étaient dilatés, et renfermaient aussi une quantité de sérosité proportionnée à leur capacité. La membrane qui les tapisse n’offrait aucune altération appréciable. La substance cérébrale avait sa consistance et sa couleur ordinaires.

Le canal vertébral ouvert dans toute son étendue, on vit à l’extérieur de la dure-mère, dans le tissu cellulaire qui l’entoure, un lacis de vaisseaux injectés de sang. Celle membrane semblait très-distendue, et appliquée immédiatement sur la moelle., ce qui annonçait déjà un développement particulier des parties qu’elle contient. Le dure-mère ayant été incisée dans toute sa longueur, la moelle parut recouverte par une couche gélatiniforme, légèrement jaunâtre, de l’épaisseur de quatre à cinq lignes, qui était immédiatement appliquée

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sur la pie-mère. Cette couche était très-épaisse vers le renflement lombaire de la moelle , et là aussi sa couleur jaunâtre était plus foncée ; elle diminuait graduellement d’épaisseur, en remontant jusqu’au niveau de la troisième ou quatrième vertèbre cervicale, où elle cessait entièrement : il n’en existait pas de trace également sur le faisceau des nerfs qui constituent la queue de cheval ; elle était bien moins épaisse et moins apparente à la face antérieure de la moelle qu’à sa face postérieure. Cette couche gélatiniforme était située entre la pie-mère de la moelle et le feuillet arachnoïdien correspondant : celui qui tapisse la dure-mère était aussi recouvert d’une fausse membrane très-mince, granuleuse, peu consistante. Cette matière puriforme et concrète sous-jacente à l’arachnoïde, n’était point liquide, soit à cause de sa ténacité , soit parce qu’elle était contenue dans les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien.

Ce qui était particulièrement remarquable, c’était, comme nous venons de le dire, l’épaisseur différente de cette couche membraniforme , qui était peu apparente sur la face antérieure de la moelle, très-marquée sur sa face postérieure, très-épaisse en bas de la moelle, où elle lui donnait en apparence un volume considérable, et s’amincissait en remontant : elle avait une consistance assez grande, et se coupait par bandes comme une lanière de cuir : elle ne parut pas plus épaisse à droite qu’à gauche. La partie inférieure du canal spinal, au-dessous de l’arachnoïde, contenait quatre à cinq cuillerées de sérosité opaque. Au-dessous de cette couche, la moelle épinière avait son aspect

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ordinaire; sa consistance était un peu molle, mais son tissu n’était point injecté.

Thorax. Poumons adhérons dans tous les points de leur surface par des brides celluleuses organisées et anciennes: ils étaient crépitans, pénétrés de sang; le poumon droit, dans sa partie postérieure, était évidemment hépatisé au premier degré; son tissu était friable et gorgé de sang. Cœur sain, contenant dans ses cavités du sang liquide et en caillots.

Abdomen. Foie sain, membrane muqueuse de l’estomac plissée, grise, ardoisée, et même légèrement noirâtre dans une grande partie de son écendue; dans quelques points ponctuée de rouge, comme ecchvmosée; celle des intestins était fort injectée, rougeâtre, et l’intensité de cette couleur, qui occupait le quart inférieur de l’intestin, allait toujours en augmentant jusqu’à la valvule iléo-cœcale : ils contenaient des matières jaunâtres. La membrane muqueuse de la vessie était épaissie, rougeâtre, marbrée, ardoisée, évidemment enflammée, et remplie d’urine fétide et épaisse.

Cette observation offre , en quelque sorte, l’histoire complète de la méningite rachidienne qui se développe spontanément, et les symptômes de cette inflammation ont été, comme on voit, entièrement en rapport avec les lésions rencontrées sur le cadavre : l’invasion de la maladie a été obscure: le malade est resté quatre jours à l’hôpital avant qu’on ait pu déterminer quelle pouvait être sa maladie, soit à cause de l’absence de phénomènes bien notables, soit par le vague des renseigne-

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mens qu’il donnait sur son état. Cependant il est à remarquer que, les quatre premiers jours, cet individu se levait, se promenait dans la salle : de sorte qu’il est toujours constant que les facultés locomotrices n’ont été altérées que dans la nuit du quatrième au cinquième jour : jusque-là, la paralysie de la vessie et la rétention d’urine ont été le seul symptôme qui eût pu faire soupçonner une lésion de la moelle épinière ou de ses enveloppes; les fonctions de l’intestin étaient abolies en même temps, et nous avons vu la constipation persister à peu de chose près depuis le début de la maladie jusqu’à la mort. La paralysie du mouvement des membres inférieurs avec exaltation morbide delà sensibilité, est le phénomène qui s’est développé ensuite, et auquel se sont joints la roideur du cou, l’inflexibilité du tronc, les douleurs que l’on déterminait dans le tronc et les membres, eu imprimant quelques mouvemens à ces parties. Telle a été la sérié des symptômes qui se sont manifestés successivement, par suite de la méningite rachidienne.

D’un autre côté , si l’on se rappelle l’aspect tout particulier de la face, l’association difficile des idées, la lenteur des réponses, remarques faites dès le commencement, peut-être jugera-t-on que la lésion cérébrale a précédé celle des membranes de la moelle épinière. C’est en effet ce qui me parait avoir eu lieu : mais les altérations trouvées dans l’encéphale , et qui sont aussi l out-à-fait en rapport avec l’état des fonctions cérébrales pendant la maladie, ne sont pas de nature à avoir pu influer sur la marche de la méningite rachidienne ; peut-

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être ont-elles contribué à répandre de l’obscurité sur ses premiers progrès.

Ce qui me porte à penser qu’ils n’ont pu exercer aucune influence sur la marche de la méningite spinale, c’est que cette dernière s’est manifestée par des symptômes qui ont prouvé sa progression ascendante et son début dans la portion inférieure de la moelle. Je ne parlerai pas de la lésion des fonctions de l’intestin et de la vessie, parce qu’on l’observe dans des cas où la moelle épinière est affectée dans sa partie supérieure ; mais je ferai remarquer que c’est consécutivement à la paralysie du mouvement des membres inférieurs que le cou est devenu roide, et que les membres supérieurs ont perdu de leur force. Les mouvemens musculaires étaient anéantis dans la vessie, l’intestin et les membres abdominaux, tandis que les membres supérieurs n’avaient perdu qu’une partie de leur mobilité; et l’on trouva sur le cadavre la couche pseudo-membraneuse beaucoup plus épaisse inférieurement que supérieurement, preuve évidente que l’inflammation avait été, dans cette première région, de plus longue durée, et datait d’une époque moins récente. Un fait non moins digne de remarque, c’est qu’ici la sensibilité avait peiv sisté malgré la paralysie du mouvement, et que les plus légers mouvemens qu’on imprimait aux membres et au tronc, déterminaient des douleurs excessives qui arrachaient des cris au malade : ces douleurs résultaientelles de l’ébranlement ou du léger tiraillement qu’éprouvaient alors les membranes enflammées de la moelle, phénomène qu’on observe si souvent dans la

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pleurésie, où l’on accroît les souffrances du malade par lapins légère pression? Cette explication de M. Dance, qui me semble assez fondée, rend en même temps parfaitement raison de la roideurdu tronc qui existait chez ce malade dès qu’on voulait le soulever ou changer sa position. La contraction involontaire des muscles vertébraux, qui rendait ainsi le rachis semblable à une tige inflexible, n’était-elle pas le résultat de ces monvemens tout-à-fait instinctifs que nous exécutons dans tant de circonstances pour éviter ou prévenir certaines douleurs physiques? Les vertèbres, devenues alors immobiles les unes sur les autres, empêchaient que les membranes qui enveloppent la moelle épinière éprouvassent autant de tiraillement. -

Quant à la persistance de la sensibilité , qui était même exagérée morbidement, elle paraît être, ainsi que nous le verrons, un des caractères de la méningite rachidienne ; cette exaltation de la sensibilité n’était-elle pas la conséquence du siège de l’inflammation qui avait beaucoup d’intensité du côté des cordons postérieurs de la moelle? Suivant M. Lallemand, la sensibilité n’est pas aussi souvent anéantie, parce que les centres nerveux sont dans deux conditions physiologiques bien différentes lors de la production du mouvement et du sentiment : ils sont actifs, ils entrent en action pour l’exécution du premier, tandis que pour sentir, ils sont en quelque sorte passifs, ils né font que recevoir l’impression. Cette explication est ingénieuse sans doute, mais il est difficile de juger jusqu’à quel point elle est fondée, parce que l’action organique qui se passe dans l’un et

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l’autre cas nous échappe complètement, et rien ne prouve que Y apperception d’une impression extérieure résulte d’un travail organique moins énergique que la production des mouvemens soumis à l’influence de la volonté.

Nous avons vu que les membres supérieurs étaient dans un état de roideur avec demi-flexion , iait qui vient à l’appui de l’opinion de M. Lallemand qui considère les convulsions et la rigidité des membres comme un symptôme de l’inflammation des membranes d’enveloppe du centre nerveux; cependant les membres inférieurs ont été ici, dès le cinquième jour, dans la résolution la plus complète , ilasqües , flexibles à volonté, et ils n’ont pas offert un instant de roideur. L’épanchement des cavités ventriculaires du cerveau a sans doute été la cause de cette paralysie des membres.

On a trouvé sur le cadavre des traces d’inflammation dans les poumons, 1 estomac et la vessie; mais il me semble difficile de croire que ces phlegmasies ai.ent été la cause de la mort. L’état des poumons s’explique aisément par la gêne que la respiration éprouvait pendant les derniers jours; celui de l’estomac n’a été annoncé par aucun symptôme particulier, à moins qu’on y rapporte la chaleur âcre de la peau , la soif assez vive qu’éprouvait le malade, dont la langue était d’ailleurs restée toujours large, humide, et sans aucune coloration; la rougeur et l’injection de l’intestin grêle n’avaient donné lieu non plus à aucun phénomène; en un mot, on n’observa pas le plus léger symptôme de gastro-entérite. Ces phlegmasies, qu’on rencontre alors fréquemment,

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sont évidemment l’effet de la réaction sympathique ctdes liaisons si nombreuses qui unissent la moelle épinière aux organes respiratoires et digestifs. Quant à la cystite, elle était due sans doute à la décomposition de l’urine, et au séjour de la sonde dans la cavité de la vessie. Enfin, la circulation à présenté cette particularité, que les pulsations artérielles, médiocrement fortes et accélérées dans le début de la maladie, et constamment régulières, sont devenues excessivement petites et fréquentes les trois derniers jours, insensibles la veille de la mort, et cependant le cœur a jusqu’à la fin battu avec force et avec bruit, au point qu’on entendait facilement ses contractions sur le côté droit de la poitrine. Quoi qu’il en soit , il est évident que cet individu a. succombé à une méningite rachidfenne dont les progrès très-rapides ont causé la mort le cinquième jour, si l’on considère comme le début de la maladie l’époque où l’on s’aperçut de la paralysie des membres inférieurs. Les symptômes observés chez ce malade paraissent avoir été continus, fait qui est en opposition avec la marche la plus ordinaire des phénomènes qui caractérisent la méningite rachidienne. En effet , il existe, dans la plupart des cas, des contractions tétaniques douloureuses qui reviennent par accès irréguliers, interrompus par une rémission plus ou moins complète. Le peu d’exactitude des renseignernens donnés par le malade, les heures de la journée où il fut visité par M. Dance, ont peut-être empêché qu’on ait remarqué quelque exacerbation dans les accidens, s’il en a existé. Je ferai observer que la paralysie de la vessie a persisté jusqu’à la

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fin, tandis que les fonctions de l’intestin, suspendues d’abord, ont recouvré une partie de leur énergie première, puisqu’il y a eu quelques selles dans les derniers jours de la maladie, ce qu’on remarque quelquefois. Nous allons voir dans l’observation suivante, qui m’a été communiquée par M. Ménière , des symptômes analogues, mais plus intenses, et qui ont offert de véritables rémissions.

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