‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 26 sur 84 · OBSERVATION LXIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXIX

Douleurs dorsales; contractions tétaniques revenant par accès irréguliers. Mort le neuvième jour. Inflammation du cervelet; méningite rachidieiine sans altération de la moelle; exsudation pu ri forme au-dessous de l’arachnoïde spinale.

François Sabotier,' âgé de vingt-huit ans, maçon, fortement constitué, n’ayant jamais eu que quelques lé- ( gères affections rhumatismales, éprouva dans les derniers jours de novembre 1824, sans cause connue, un sentiment profond de lassitude et de faiblesse dans tous les membres. Il entra à l’IIôtel-Dieu le icr décembre.

Le 2, nuit bonne, sommeil tranquille; ligure un peu animée, pouls fréquent, quatre-vingt-dix pulsations. (Saignée du bras de quatre palettes.) Le caillot est épais, solide, sans couenne. Le soir, face rouge, moite; yeux saillans, injectés; dyspnée; pouls plus fréquent; douleur dorsale. (Pédiluves sinapisés, vingt sangsues à l’anus.)

Le 3, nuit mauvaise, agitation; le matin, le calme renaît; douleur du dos plus vive et plus étendue; elle

K occupe même le bassin et le haut des cuisses. Le soir,

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RACHIDIENNE.

opisthotonos, convulsions partielles de la face; sueur générale; ventre tendu, dur, indolent; constipation. (Lavemens, cataplasmes sur l’abdomen.)

Le 4 au matin , rémission complète. A midi, tous les symptômes reparaissent avec plus de force; tremblement général; ballonnement du ventre; roideur générale avec perte de la sensibilité aux jambes et aux cuisses; crampes; constipation permanente, malgré les lavemens; distension de la vessie par l’urine; le pénis est gros à peine comme le petit doigt, dur, roide, caché en entier par les poils du pubis : on eut peine à opérer le cathétérisme, parce que la verge ne pouvait se prêter à la courbure de la sonde.

Le 5 , paroxysme à dix heures du matin ; il fut moins violent : une saignée de pied avait été pratiquée à neuf heures; pendant la nuit, le malade, très-agité, paraît prêt d’expirer.

Le 6, prostration excessivè , coma, pouls petit et iréquent, cent vingt pulsations; pieds et jambes froids et insensibles, quoique agités de légères convulsions (trente sangsues le long du rachis, nouveau cathétérisme); même état de la verge; pas de selles.

Le 7 , rien de nouveau ; la langue rougit et se sèche; les lèvres et les dents s’encroûtent ; dyspnée plus forte.

Le 8, augmentation de tous les symptômes; sueur générale et très -copieuse;, délire fugace, loquacité, crampes générales, subites, et de courte durée. De temps en temps la connaissance revient, elles réponses sont assez exactes.

MÉNINGITE

Le 9, on continué l’usage des émollicns et des dérivatifs à l’extérieur. A dix heures du matin, le malade s’agite, se lève, fait quelques pas, tombe : il expire à midi, au milieu de violentes convulsions accompagnées de cris. Les pupilles sont très-dilatécs , et le coups inondé de sueur.

Autopsie cadavérique vingt heures après la mort.

Sinus veineux du canal vertébral gorgés de sang; dure-mère dans l’état naturel; l’arachnoïde spinale opaque, d’un blanc jaunâtre, recouvre un fluide laiteux, purulent, qui remplit tout l’espace compris entre elle et la pie-mère. Cette dernière est très-injectée, et recouverte immédiatement par une exsudation albumineuse concrète , dont l’épaisseur est souvent de deux lignes, et dont la largeur varie comme la moelle même. Elle règne dans toute l’étendue du canal. Toutes ces parties exhalent une odeur de gangrène très-remarquable. Quant à la substance médullaire, elle n’offre aucune altération sensible. L 'arachnoïde cérébrale est saine, excepté aux environs de la protubérance annulaire, où elle est un peu opaque, mais sans fausse membrane.

Le cervelet présente sur la membrane séreuse qui le revêt une multitude de poin ts rouges, gris, bruns, d’une largeur variable, ce qui donne â cet organe un aspect très-singulier. 11 est impossible désoulever la membrane séreuse sans enlever la substance médullaire sous-jacente, qui est molle, diffluente, comme sanieuse.

RACHIDIENNE. DO7

Son tissu tout entier est ramolli; il s’écrase avec la plus grande facilité; il répand l’odeur de gangrène la plus caractérisée qu’on puisse rencontrer. En le divisant, il parait formé d’un mélange de matières blanches, noires, jaunes, ce qui formé une teinte d’un brun sale.

La substance blanche du cerveau est ponctuée; la corticale est dans l’état naturel.

Le troisième et le quatrième ventricules contiennent un peu de liquide trouble, semblable à celui qui remplit le canal vertébral. Les ventricules latéraux sont vides.

Thorax. Rien de remarquable.

Abdomen. L’estomac et les intestins grêles offrent des plaques rouges ponctuées ; la membrane muqueuse est rugueuse et épaisse ; le mucus est tenace et abondant; il y a beaucoup de lombrics dans le duodénum; la vessie est distendue et rosée à l’intérieur. Les autres viscères sont sains.

L’altération du cervelet qui existait chez ce malade doit avoir influé sur la marche des phénomènes résultant de la méningite : était-elle la cause de la perte de la sensibilité qui est ordinairement plus vive, et rend les douleurs plus aiguës, ce qui semblerait pourtant avoir eu lieu dans le cours de la maladie, puisque les premiers jours et la veille de la mort, le malade éprouvait des crampes générales et subites? Quoi qu’il en soit, nous voyons ici, comme dans l’observation précédente, la maladie se développer sans cause appréciable, mais annoncée par un sentiment profond de lassitude et de

MÉNINGITE

faiblesse dans tous les membres ; le surlendemain , douleur dorsale et assez étendue, se continuant dans les membres inférieurs; le troisième jour, des contractions tétaniques et la roideur du tronc, la paralysie de l’intestin et de la vessie ; les membres inférieurs n’ont point été frappés de paralysie, puisque dans le délire de la fièvre le malade s’est levé et a fait quelques pas peu d’instans avant sa mort, mais ils ont été le siège de crampes douloureuses. La maladie est à peu près aussi rapide dans sa marche , et l’autopsie nous fait voir une couche puriforme entre l’arachnoïde et la pie-mère de la moelle épinière dont le tissu n’offre également aucune trace d’altération; la membrane muqueuse gastrointestinale présentait des traces d’une phlegmasie analogue à celle qui existait chez le sujet de l’observation qui précède, et développée probablement de la même manière. Voilà donc encore un exemple d’inflammation bornée aux membranes de ce centre nerveux, qui a donné lieu à des symptômes qui sont pour la plupart les mêmes que ceux sur lesquels nous avons insisté particulièrement ; seulement ils se sont manifestés par accès, et ont été interrompus par de véritables rémissions, ainsi que nous allons le voir encore dans l'observation suivante que je dois à l’obligeance de M. le docteur Champion , médecin à Bar-le-Duc.

RACHIDIENNE.

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