‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 28 sur 84 · OBSERVATION LXXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXII

Contractions tétaniques permanentes accompagnées de symptômes de méningite cérébrale. Moft le neuvième jour. Exsudation puriforme à la base de l’hémisphère gauche et au milieu de la région dorsale sous l'arachnoïde ; infiltration gélatiniforme du tissu cellulaire extérieur à la dure-mère rachidienne.

Le nommé B***, âgé de trois à quatre ans, fut apporté, le 2 février i8a3, à l’hôpital des Enfans-Trouvés. Une très-grande difficulté dans la déglutition , une fixité remarquable des yeux, furent les premiers symptômes que l’on observa , et auxquels se joignirent bientôt des accidens tétaniques : trismus, opisthotonos. L’application répétée de sangsues derrière chaque oreille, des sinapismes aux membres inférieurs, les frictions avec le baume deFioraventi et le laudanum, les bains tièdes ne produisirent aucune amélioration dans les accidens, qui persistèrent toujours au même degré. Le petit malade était dans un état comateux continuel, sans agitation , ne poussant aucun cri, mais offrant une contraction permanente en arrière, qui exista jusqu’à la mort, arrivée le 1 1 février! Tous les jours la même prescription avait été renouvelée , sans que le renversement du tronc cessât un instant.

Autopsie cadavérique.

Cavité crânienne. La substance cérébrale était trèsinjectée , d’une consistance ferme : la substance grise

MÉNINGITE

o! Irait une couleur très-foncée et bien distincte de la substance blanche qui avait un aspect nacré, et dans laquelle on voyait des vaisseaux injectés, surtout aux environs des ventricules qui renfermaient une quantité notable de sérosité : la membrane qui les tapisse était épaissie et injectée. Celle de la partie inférieure de l’hémisphère gauche était recouverte d’une concrétion albumineuse mince, et la même membrane offrait une injection très-vive sur la convexité des deux hémisphères et sur quelques points du cervelet.

Rachis. Au milieu de la région dorsale, il y avait une infiltration rougeâtre, très- consistante, dans le tissu cellulaire qu’on trouve entre la dure-mère et le canal osseux du rachis. Les membranes incisées, on vit que leur cavité était remplie de sérosité ; les vaisseaux qui rampent à la surface de la pie-mère étaient fort injectés au milieu de la région dorsale seulement, où l’arachnoide recouvrait une concrétion albumineuse, dans une étendue de quatre pouces en longueur : celle qui revêt la dure-mère n’offrait aucune altération. La substance de la moelle parut un peu plus injectée que dans l’étal naturel.

Thorax. La plèvre pulmonaire du côté droit adhérait à la plèvre costale et au diaphragme par une fausse membrane épaisse et non organisée. Le tissu des deux poumons était sain.

Abdomen. L’estomac, contracté sur lui-mème, contenait une mucosité écumeuse. La membrane muqueuse qui répond à la petite courbure offrait, dans l’étendue de quatre travers de doigt, la dégénérescence dite gela-

RACHIDIENNE.

Uniforme. Le reste de cette membrane était très-blanc. Il en était de même de celle des intestins grêles , qui était recouverte d’un mucus grumeleux et blanchâtre. Cette dernière présentait en outre, à partir de deux pieds de l’estomac, soixante plaques très-pales. La membrane muqueuse des gros intestins était d’un rouge très-intense dans toute son étendue; elle renfermait des matières blanches, liquides. Les ganglions mésentériques étaient volumineux, mous et très-blancs. Le loie était pâle, exsangue. La vésicule bihaire renfermait une bile fluide, incolore, insipide, et analogue au mucus.

La méningite rachidienne , quoique circonscrite , a sans doute contribué à déterminer la contraction tétanique du tronc qu’on observa jusqu’à la mort chez cet enfant; cependant il faut tenir compte aussi de la méningite de la base du cerveau qui doit avoir également exercé quelque influence sur ce phénomène, attendu qu’elle suffit seule, dans certains cas, pour produire le renversement du cou en arrière. Quoi qu’il en soit, nous vovons que l’inflammation des membranes de la moelle peut être bornée à une partie plus ou moins circonscrite de leur étendue, et je vais rapporter tout à l’heure une autre observation qui achève de démontrer ce fait pathologique. Je ferai remarqueraussi que l’on trouva en même temps une infiltration gélatiniforme et rougeâtre dans le tissu cellulaire extérieur à la dure-mère, parce que cette altération paraît être quelquefois le seul produit des phlegmasies rachidiennes. M. Abercrombie(i) a trouvé ainsi une in-

(1) Loc.cit.

MENINGITE

filtration gélatineuse dans toute l’étendue du rachis , extérieurement à la dure-mère, chez un jeune enfant de deux ans, qui succomba au bout de trente heures à des convulsions générales des membres et du tronc : les membranes et le tissu de la moelle épinière étaient sains. Ajoutons encore qu’il existait chez le sujet dont je viens de rapporter Inobservation , des traces d’une inflammation non moins vive dans les organes thoraciques et abdominaux, coïncidence fréquente dans les affections de la moelle épinière, et qui est la conséquence des rapports physiologiques et pathologiques de ce centre nerveux avec les divers appareils de la vie organique. M. Roux a rapporté (i) un fait qui confirme pleinement cette remarque: la méningite rachidienne, qui était accompagnée d’une gasfro-enLérîte, avait donné lieu à des symptômes épileptiformes, et ne laissa d’autres traces après la mort qu’une rougeur intense des membranes de la moelle sans exsudation membraniforme.

Je viens de dire qu’il était possible que la méningite rachidienne fût bornée à une petite étendue , et je crois qu’on peut citer encore comme exemple l’observation suivante. La persistance de la douleur dans un point seulement de la longueur du rachis, et le résultat de. l’autopsie, me semblent du moins appuyer cette opinion.

(i) L obs, des sc. méd. Janvier 1824 . Marseille.

RACHIDIENNE.

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