‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 30 sur 84 · OBSERVATION LXXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXIV

Douleurs brûlantes dans toute l’étendue du rachis ; trismus ; agitation des membres ; constipation; écoulement involontaire de l’urine; disparition des accidens par un traitement antiphlogistique énergique.

Un capitaine, âgé de quarante-deux ans, d’un tempéramenl. sanguin et bilieux, sujet aux douleurs rhumatismales et hémorroïdaires , adonné aux boissons alcooliques, fut pris tout à coup, dans la soirée du 2 mars

(1) Praxeos med. , etc. de rachialgitc. Taurini, 1822.

RACHIDIENNE.

1819, d’un refroidissement avec horripilation , auquel succéda bientôt une chaleur brûlante accompagnée de douleur dans la région lombaire. Dans le courant de la nuit, cette douleur continue s’étendit en haut jusqu’à l’occiput, et acquit graduellement une intensité excessive. J. Frank fut appelé le lendemain , à cinq heures du matin , auprès du malade qu’on avait peine à contenir dans l’extrême agitation où il se trouvait. Il poussait des cris violens, et était couché sur le ventre, les membres inférieurs alongés ainsi que- les membres supérieurs, qui étaient placés le long du corps. Interrogé sur ce qu’il ressentait, le malade répondit d’une voix entrecoupée qu’il souffrait dans tout le corps; qu’il ne pouvait entr’ouvrir les paupières; qu’une douleur atroce resserrait toutes les dents les unes contre les autres, et qu’il pouvait à peine mouvoir la mâchoire inférieure; qu’une douleur brûlante et pulsative s’étendait depuis l’occiput jusqu’au bas de la colonne vertébrale. Les extrémités, et principalement les inférieures, étaient privées de sensibilité, mais agitées : il existait une telle constriçtion de la poitrine, que la respiration pouvait à peine s’effectuer. Le ventre était dans un état de contraction très-pénible, et le malade présumait, d’après la prostration de ses forces, que sa mort était prochaine. Il y avait constipation, écoulement de l’urine (urina excretci), le pouls mou, insensible, offrait cent pulsations, et le cœur , des palpitations violentes; la peau avait une chaleur brûlante.

Frank pratiqua une saignée du pied , et tira par ce moyen une livre de sang ; dans l’espace de vingt-quatre

MÉNINGITE

heures, douze sangsues furent appliquées autour de l’occiput, et autant de ventouses scarifiées sur les côtés du rachis : on fit boire au malade en même temps une décoction de tamarins. Ces seuls moyens suffirent pour le rappeler complètement h la santé en peu de jours. La saignée produisit ici une interruption presque subite des accidens; car peu de temps après qu’elle fut pratiquée, le mouvement des paupières devint facile, ainsi que celui des mâchoires; le sentiment reparut dans les membres, et la douleur dorsale diminua considérablement cl’intensité. •

Quoi qu’il en soit, la marche de la méningite rachidienne est ordinairement rapide, et sa terminaison funeste. Il résulte des observations que j’ai rapportées, que cette inflammation j teutse prolonger jusqu’au trentième jour environ ; d’autres fois, les malades succombent le neuvième, le dixième, le quinzième ou le vingtième jour, quelquefois le quatrième ouïe cinquième jour. En général les phénomènes morbides suivent une marche ascensionnelle , de sorte qu’on voit la roideur et la douleur musculaires, ainsi que la difficulté des mouvemens, se manifester graduellement dans les membres supérieurs, après qu’on a observé ces symptômes dans les membres inférieurs et le reste du tronc; les lésions cadavériques prouvent que l’inflammmation des méninges rachidiennes, dont ces phénomènes sont le résultat, a suivi de même une progression ascendante. Enfin , quand cette phlegmasie est chronique, elle ne donne lieu le plus souvent qu’à des douleurs dorsales sourdes, accompagnées d’engourdissement profond dans cette

RACHIDIENNE.

i-éoion . et d’un sentiment de fatigue dans les membres, n 7 ^ %

Les malades éprouvent de temps en temps de légères exacerbations dans ces douleurs, qui peuvent se dissiper après plusieurs mois; d’autres lois elles deviennent aiguës, et les malades succombent en offrant tous les accidens qui viennent d’être décrits : l’observation de M. Koreff en offre un exemple. En général, cette phlegmasie chronique est toujours d’un diagnostic obscur, à cause des phénomènes plus apparens produits par les organes qui se trouvent excités sympathiquement. Je ferai remarquer qu’on n’observe pas, dans ce cas, ces escarres profondes du sacrum si communes clans les lésions qui intéressent le tissu de la moelle.

Causes.

ij|

il est le plus souvent difficile de déterminer quelles peuvent être les causes sous l’influence desquelles la méningite rachidienne se développe spontanément; cependant les faits assez nombreux que j’ai rapportés en traitant des congestions rachidiennes, peuvent jeter quelque jour sur cette étiologie. Les individus sujets aux affections rhumatismales paraissent être plus exposés à cette inflammation qui peut être aussi déterminée, suivant Vogel, par la suppression des règles ou des hémorrhoides fluentes. Elle est souvent consécutive à une méningite cérébrale. Enfin, les contusions violentes, les piqûres ou les déchirures des enveloppes de la moelle, l’altération des vertèbres, produisent également cette phlegmasie, et il paraît que les efforts ont quelquefois causé le même effet.

MENINGITE

Traitement.

On doit recourir dès le début aux saignées générales abondantes, surtout chez les sujets jeunes et vigoureux. A ces évacuations sanguines répétées, il faut joindre les saignées locales, soit par le moyen des sangsues, soit à l’aide de ventouses scarifiées, qu’on applique en grand nombre sur toute la longueur de la colonne vertébrale et des deux côtés de la saillie des apophyses épineuses. Je ne pense pas que les praticiens suivent le conseil de M. (josse (i), en faisant « des incisions profondes dans » les muscles le long des gouttières vertébrales, dema- » nière à ouvrir les veinules qui communiquent direc- » tement avec le canal rachidien. » Il faut également insister sur les bains entiers modérément chauds, et les disposer de manière à ce que les malades puissent y rester chaque fois plusieurs heures, si toutefois ils peuvent y être placés.

Les affusions froides et les applications de glace , si avantageuses dans la méningite cérébrale, doivent être également efficaces dans une phlegmasie dont le siège est dans des parties semblables, mais seulement à une plus grande profondeur. Quoique ce moyen ne paraisse pas avoir été encore employé, je n’hésite pas à le conseiller, parce qu’il n’agit pas comme les autres méthodes perturbatrices qui produisent ordinairement une exaspération dans les accidens; on peut le mettre en usage lorsque les antiphlogistiques ont été réitérés sans amé-

(i) Des mal. rhumatoïdes , pag. 23i. Genève, 1826.

RACHIDIENNE.

Gc>7

lioration notable : on peut maintenir la glace contre le rachis à l’aide de vessies longues. Enfin, quand l’inflammation est chronique, les rubéfians, comme les pommades ammoniacales, stibiées, et les vésicanssont utiles, ainsi qu’on a pu le voir dans l’observation lxxiii ; on les applique sur les points qui ont été plus particulièrement affectés. Il en est de même des cautères et des moxas, dont l’action plus énergique peut avoir beaucoup d’efficacité.

La diète la plus sévère est impérieusement prescrite pendant les premières périodes de la maladie, et l’on fait boire abondamment au malade des tisanes émollientes, délayantes et un peu laxatives; de légers purgatifs en lavemens peuvent produire une dérivation avantageuse. Il est surtout important de prévenir la distension de la vessie par l’urine , en sondant le malade plusieurs fois dans la journée.

MYÉLITE OU INFLAMMATION

-% VWW»\viW\VVlM«Vt\M\ii\vV«

Page 1