MYÉI.ITE OU INFLAMMATION DE I.A MOELLE EPINIERE
Les auteurs qui ont écrit sur l’inllammation de la moelle épinière lui ont donné diverses dénominations qui sont plus ou moins exactes. Quelques-uns ont pensé que c’était cette maladie qu’Hippocrate avait désignée sous le nom de pleuritidis dorsalis : j’en ai parlé à l’ar-
ticle des congestions rachidiennes. D’autres l’ont appelée rachialgis ou rachialgite , nom que le professeur Bréra a récemment employé pour indiquer le mal vertébral de Pott. Plusieurs médecins français nomment cette inflammation spinitis ou spinite; désignation impropre, et qui est bien plus applicable à l’inflammation de l’assemblage des vertèbres. F. Ilildebrandt (1) la désigne sous le nom de notœomjelitis oç voTcuoy ^ moelle dorsale); Harles (2) et Klohss (3) sous celui de myélitis. Je regarde cette dernière dénomination, à cause de sa brièveté, comme étant la plus convenable, et suffisamment exacte pour éviter toute espèce d’équivoque. J’appellerai donc myélite l’inflammation du tissu de la moelle épinière, de même qu’on désigne sous le nom d’ encéphalite celle de la substance du cerveau.
(1) Institut, pratico-med. , tom. 3, pag. 98.
(2) Uber die eutzundung des rückenmarks.
(3) Dissert, de myclilide. Ilalis Saxon. 1820.
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'Dans beaucoup d’observations rapportées comme exemples de cette maladie , on n’a pas indiqué d’une manière précise quel était le siège de l’inflammation : de sorte qu’on ignore si la substance propre de la moelle était seule affectée, s’il n’y avait que ses membranes, ou bien si ces deux parties l’étaient en même temps; 'mais il est bien certain qu’on a décrit sous le nom d’inflammation de la moelle épinière plus d’une méningite rachidienne. Enfin, plusieurs auteurs n’ont fait aucune distinction de ces deux maladies, quoiqu’elles aient l’uné et l’autre des symptômes très-différens: J. Frank les confond sous le nom de rachialgitis (i).
Les caractères anatomiques de l’inflammation du tisâu de la moelle épinière ne sont pas toujours les mêmes : en général, ils consistent dans le ramollissement Ou l’endurcissement de la substance médullaire. Le plus souvent on trouve la moelle ramollie, plus ou moins désorganisée, quelquefois réduite en un fluide jaunâtre analogue au pus : tantôt le ramollissement comprend toute l’épaisseur de la moelle, tantôt il n’occupe qu’une de ses moitiés latérales dans une étendue variable ; d’au** très fois il est plus marqué du côté de sa face postérieure que de sa face antérieure, et vice versa; mais constamment le centre est plus ramolli queda circonférence; ce qui résulte, comme nous allons le voir, de ce que l’inflammation débute dans la substance grise, et qu’amsi le ramollissement s’étend du centre à la circonférence. Ce ramollissement peut exister, isolément dans la portion céphalique , ou dans les ponWohs cervi-
(i) Praxeos med. , etc. ,( ni , !
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cale, dorsale ou lombaire, et rarement dans toute la longueur de la moelle. Quelquefois il y a augmentation de volume de là moelle dans le point ramolli; ce phénomène moins apparent dans l’encéphale, parce que cet organe remplit exactement la cavité du crâne, peut devenir au contraire très-manifeste dans la moelle épi— niçre qui est renfermée dans un canal osseux très-large qui ne s’oppose point â l’expansion de son tissu.
Plusieurs médecins, et M. Récamier entre autres, regardent ces ramollissemens de la substance du cerveau’et de la moelle comme une altération particulière du système nerveux tout-à-fait indépendante de l’inflammation. A la vérité, l’on trouve assez fréquemment des ramollissemens de la substance de la moelle sans aucune trace apparente de congestion sanguine locale ; mais souvent aussi les enveloppes membraneuses voisines du siège de l’altération sont rouges, épaissies; leurs vaisseaux sont injectés, gorgés de sang; il arrive même que ceux qui pénètrent dans la substance de la moelle, et qui ne sont pas visibles dans l’état naturel, le deviennent alors, et lui donnent une couleur rouge et fonc ée.Çvoy. obs. xvm, xxxi, etc.). On ne peut douter alors que le ramollissement soit le résultat d’une véritable phlegmasie.
f JEn outre, on remarque que de toutes les parties de la moelle épinière, le renflement lombaire est le point qu’on a trouvé le plus souvent ramolli, désorganisé : le renflement cervical est ensuite •celui où l’on a observé le plus de fois cette altération : or, ces deux parties de la moelle sont celles où il existe une quantité plus grande
Ï)E LA MOfcLLÉ ÉPINIÈRE.
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de substance grise, et où par conséquent les vaisseaux sanguins sont le plus nombreux. Cette considération est, à ce qu’il me semble, en faveur de l’opinion des auteurs qui regardent le ramollissement comme résultant de l’inflammation. M. Dupuy, professeur à l’école vétérinaire d’Alfort, a remarqué sur les chevaux que les renflemens cervical et lombaire, et surtout ce dernier, étaient aussi le siège fréquent de ramollissemens plus ou moins marqués. De plus, si l’on rapproche de ces observations celles qui ont été recueillies sur la même altération dans le cerveau, on voit que son siège affecte le plus souvent les parties formées par la substance grise. La vascularité très-grande de cette partie du système nerveux paraît donc être la véritable cause de la plus grande fréquence de ce ramollissement, et conduit naturellement à penser qu’il résulte d’une phlegmasie.
D’ailleurs, quand on examine avec attention les ramollissemens de la moelle épinière, on voit toujours que cette altération réside primitivement dans le centre gris de chaque moitié de ce cordon nerveux. Cette observation, dont j’ai déjà cité plusieurs exemples, est surtout facile à vérifier lorsque le ramollissement est borné à l’une des moitiés latérales de cet organe, laquelle offre souvent une fluidité marquée dans son centre. L’inflammation donne aussi lieu à une coloration rosée ou violacée delà substance grise, comme on l’observe dans l’encéphalite. M. Calmeil (i) a rencontré plusieurs fois cette altération de couleur de la substance grise de la
(i) Loc. cil., pag. 284, ,586.
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moelle épinière chez des aliénés atteints de la paralysie? dont j’ai parlé plus haut (i).
L’endurcissement du tissu de la moelle épinière est un autre résultat de la myélite; il a été considéré par quelques pathologistes comme le premier d-egré de l’inflammation aiguë qui produit secondairement le ramollissement (2). Sans combattre ici cette opinion, je ferai remarquer qu’un grand nombre d’observations prouvent que la phlegmasie qui détermine l’induration de la moelle épinière, est bien souvent chronique; il est vrai qu’on observe cet état du tissu nerveux dans l’encéphalite qui se termine rapidement par la mort; mais ne trouve-t-on pas le même endurcissement chez les aliénés affectés de paralysie , chez les épileptiques qui meurent sans offrir dans les derniers temps aucuns des symptômes d’une inflammation aiguë des centres nerveux? Cette augmentation de densité delà substance de la moelle se rencontre aussi avec une méningite rachidienne.
Quoi qu’il en soit, ce changement remarquable a été observé plusieurs fois dans la moelle épinière, avec des traces plus pu moins évidentes de la phlegmasie de ses enveloppes : quelquefois le volume de la moelle est sensiblement augmenté. Bergamaschi (3) a trouvé cet organe d’une dureté extraordinaire, et les artères spinales étaient rougeâtres, très-gorgées de sang. M. Por-
(1) Foy. pag. 45o et 45 1.
(2) Foy. le menu de M. Bouillaud , in Archiv. gén. de mcd. . août jRsS.
(?>) Sulla mielitidc slcnica , etc.
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tal l’a vu une fois très-endurci , ayant une consistance cartilagineuse; les membranes, dans ce point, étaient très-rouges et comme enflammées : je rapporterai cette observation. Àbercrombie (i) cite un fait analogue : la portion cervicale de la moelle rachidienne offrait beaucoup de résistance ; la moelle al.ongée parut un tiers plus large que dans son état naturel. Je reviendrai sur cette observation.
Quand fenclurcissement est très-considéx’ablc , le tissu nerveux est analogue, pour sa consistance , sa densité et son aspect, au blanc d’œuf durci par l'ébullition. On ne voit aucun vaisseau parcourir le centre de l’altération. Dans des cas assez nombreux, on a trouvé aussi l’endurcissement du tissu nerveux sans aucune injection, soit de la substance médullaire, soit de ses enveloppes , qui indiquât que l’altération fût dépendante de l’inflammation. M. Esquirol l’a observé plusieurs fois sur des individus épileptiques. M. Pinel fils a fait des remarques analogues.
J’ai trouvé aussi plusieurs fois cette augmentation de densité sur des épileptiques dont le cerveau n’offrait aucune altération notable. Chez une jeune fille , âgée de vingt-trois ans, dont les premiers accès d’épilepsie s’étaient manifestés en 1 8 1 4 , lors de l’invasion des étrangers, à la suite d’une violente frayeur, et dont je fis l’ouverture dans le mois d’octobre 1822, la consistance de la moelle rachidienne dans toute sa longueur, et séparée de ses enveloppes, était telle, qu’il fut diffi-, cilc de l’écraser entre les doigts en la pressant forte-..
(1) Loc. cil. 1
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ment 5 il n’y avait d’ailleurs aucune rougeur de ses membranes; le tissu nerveux n’était nullement injecté, et comme dans l’état naturel.
Je vais examiner successivement les effets que détermine la myélite, suivant qu’elle occupe la partie supérieure, moyenne ou inférieure de la moelle épinière; et en rapportant les divers phénomènes qu’on observe le plus souvent lorsque l’inflammation a son siège dans tel ou tel point de ce centre nerveux , j’arriverai naturellement à l’exposé général des symptômes qui annoncent cette maladie.