OBSERVATION LXXVII
Céphalalgie qui dure pendant quelques jours; fourmillement dans le» membres du côté droit, puis dans ceux du côté gauche; paralysie complète des quatre membres; ramollissement de la portion cervicale de |a moelle épinière.
Marguerite Maréchal, veuveMasson, âgée de soixantedix-neuf ans, d’une constitution forte, et d’une santé assez bien conservée pour son âge , entra à l’infirmerie ,
DE LA MOELLE ÉiUNlEllE. 627
fo 26 janvier 1822, avec les symptômes d’un catarrhe pulmonaire. Quelques jours après, elle commença à se plaindre d’une céphalalgie violente occupant toute la tête, mais plus intense dans la région frontale. Toutes les fonctions volontaires, examinées avec soin, 11e présentaient aucun trouble; il n’y avait pas d’ailleurs de phénomènes généraux assez marqués pour faire croire à l’existence d’une maladie grave. On pensa que le cerveau était le siège d’une congestion légère , que des boissons laxatives, quelques purgatifs appliqués sur le gros intestin , et la diète, suffiraient pour la détruire. Ces moyens n’apportèrent aucune modification daiis l’état de la malade ; la céphalalgie persista toujours. Bientôt aussi des fourmillemens très-incommodes se développèrent dans le bras et la jambe du côté gauche, dont les mouvemens devinrent difficiles. Ce n’était qu’avec la plus grande peine que la malade pouvait <les mouvoir. Si on lui disait de porter le bras gauche à la tête, elle le prenait de la main droite, et l’approchait de son front; mais ses efforts étaient inutiles lorsqu’elle ne s’aidait pas du bras resté sain. Les mouvemens du bras droit ne tardèrent pas à s’engourdir aussi , la céphalalgie persistant constamment : il devint en même temps le siège de fourmillemens très-prononcés. L’intelligence était assez obtuse, mais ne présentait aucun trouble récent, et paraissait être l’effet graduel des progrès de l'âge. Les phénomènes généraux n’augmehlaient pas d’intensité; néanmoins la langue était couverte d’un enduit assez épais , brunâtre ; l’abdomen -un peu douloureux ii la pression, la peau sèche, le poids tumul-
MYÉLITE 01/ INFLAMMATION
tueux, irrégulier, sans beaucoup de dureté. Bientôt les phénomènes locaux firent de sensibles progrès; la paralysie la plus complète des deux membres thoraciques et abdominaux se manifesta, et la malade mourut.
L’examen des symptômes fît penser que la maladie était un ramollissement cérébral; son début, sa marche, sa terminaison appuyaient cette opinion, et l’on crut trouver son siège dans les deux hémisphères, ou dans une partie centrale, 'comme la protubérance annulaire. A l’ouverture du crâne, on vit une infiltration assez considérable de la méningine. Le cerveau, disséqué avec soin , ne présenta aucun ramollissement : sa consistance générale était médiocre; quelques rougeurs s’observaient dans différentes parties, particulièrement dans les corps striés. Ces altérations ne paraissant pas correspondre exactement aux symptômes observés pendant la maladie, on ouvrit le rachis, et l’on vit que la moelle épinière , dans la partie supérieure de sa région cervicale, présentait un ramollissement qui s’étendait à presque toute son épaisseur, occupant une longueur d’un pouce et demi environ. La couleur de cette partie ramollie était jaunâtre; sa consistance était celle de la bouillie. Aucune trace de l’organisation primitive ne subsistait. Cette observation, recueillie par M. Foville, alors interne à la Salpétrière, m’a été communiquée par M. Rostan.
Les phénomènes de la paralysie se sont aussi développés chez cette malade, d’abord dans les membres d’un côté, puis dans ceux du côté opposé , et pourtant le ramollissement pultacé du tissu de la moelle épinière
occupait toute l’épaisseur de ce cordon nerveux. Il est donc évident que cette désorganisation n’existait d’abord que dans une moitié de l’organe, et qu’elle s’est ensuite étendue à l’autre. L’inflammation semble bornée , dans certains cas , par la demi-cloison de la pie-mère , qui pénètre jusqu’au centre de la moelle, et l’observation xxxi nous a fourni un exemple de cette sorte d’isolement de cette phlegmasie; car, chez ce sujet, le tissu de la moitié droite du renflement lombaire était entièrement liquide, tandis que la moitié gauche, quoique ramollie, offrait encore une consistance assez grande. G’est spécialement quand ses progrès sont rapides, que la myélite devient la cause de phénomènes sympathiques qui peuvent simuler, comme nous l’avons déjà vu, une affection tout-à-fait différente par son siège. Le fait suivant en offre un exemple remarquable.