OBSERVATION LXXIX
Céphalalgie depuis deux mois ; développement subit de convulsions violentes qui reviennent par accès; battemens du cœur tumultueux et très-forts, suivis, le troisième jour, de la paralysie du sentiment et du mouvement, et de la mort. Congestion sanguine cérébrale et rachidienne; ramollissement de la moelle épinière dans le tiers supérieur de la région dorsale.
Une jeune fille, âgée de seize ans, entra à L’Hôtel- Dieu d’Amiens au commencement de novembre 1822, pour des céphalalgies qui la tourmentaient depuis deux mois : elle n’était pas encore réglée, et avait été prise subitement la veille de convulsions violentes qui ve-
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liaient par accès, et qui se répétaient environ de deu:i heures en deux heures 5 elje éprouvait des secousses comme galvaniques de tout le corps. Elle avait toute sa connaissance; les facultés intellectuelles paraissaient dans toute leur intégrité. L’abdomen était gonflé, les mouvemens de la respiration gênés; les battemens du cœur étaient tumultueux, durs, très-étendus : cet organe semblait remplir toute la poitrine; il soulevait le sternum; le pouls était inégal, très-irrégulier ; la déglutition se faisait avec beaucoup de peine.
Le lendemain , il y avait dans la situation extérieure de la malade un grand changement : état comme apoplectique; perte du sentiment et du mouvement; difficulté extrême de respirer; battemens du cœur aussi forts, aussi désordonnés que la veille; pouls tendu, très-vif, très-irrégulier. Elle mourut dans la journée.
A l’ouverture du cadavre, on trouva le cœur un peu plus volumineux que dans l’état normal; son tissu était sain , et cette augmentation légère de volume ne pouvait expliquer les palpitations violentes et le désordre qui existait dans les contractions de cet organe. Les poumons étaient dans l’état naturel.
On ne vit dans l’abdomen qu’une distension, un gonflement de tout le canal alimentaire; la couleur de sa membrane muqueuse était telle qu’on la trouve dans l’état sain.
Ce fut l’appareil cérébral qui fixa surtout l’attention : il y avait un engorgement du cerveau. Les vaisseaux qui rampent à sa surface étaient gonflés, distendus par le sang; Ceux qui pénètrent cet organe étaient dans le
même état, et en coupant la substance ceiebiale, le sang qui remplissait leur intérieur venait s’épancher au dehors , et la ponctuait de rouge. Les vaisseaux sanguins qui recouvrent la moelle épinière étaient plus développés, et vers les premières vertèbres dorsales, il y avait, dans la longueur de trois, travers de doigt, un ramollissement complet de la matière médullaire avec du sang infiltré , répandu tout autour de cette partie du prolongement rachidien (i).
L’éruption difficile des règles parait avoir été la cause déterminante des accidens qui ont été si rapidement suivis de la mort, et c’est à cette concentration active du sang dans toute l’étendue de l’axe cérébrospinal , qui n’a pas eu lieu seulement dans les vaisseaux de ses enveloppes , mais bien dans ceux de la substance du cerveau et de la moelle épinière , qu’il faut attribuer les mouvemens convulsifs qu’on a observés avant l’apparition de la paralysie. La myélite résultant dé cette congestion rapide n’a donc été précédée ici de phénomènes d’excitation aussi violens, qu’en raison de l’afflux rapide du sang dans toute l’étendue des centres nerveux. Nous avons vu tout à l’heure l’inflammation de la portion cervicale de la moelle épinière déterminer des symptômes qui simulaient une angine ; ici la même altération, mais dans la portion thoracique, influence tellement l’organe central de la circulation , que la violence et l’étendue de ses mouvemens pouvaient faire croire, dans le principe, qu’une lésion de son tissu était
(i) Barbier, Traité élém. de mat. de rnéd. , lom. 1, pag. 49° > deuxième édit.
MYÉLITE OU INFLAMMATION
la cause des désordres fonctionnels que présentait la malade. En faisant ce rapprochement, je ne prétends pas considérer ces phénomènes comme caractéristiques de la myélite de telle ou telle portion du centre nerveux rachidien, puisque plusieurs cas de ramollissement dans la région cervicale n’ont rien offert de semblable. Cependant, il esta remarquer que l’inflammation aiguë de sa portion thoracique détermine le plus souvent un trouble sensible dans les fonctions de l’appareil circulatoire. Chez un individu dont l’histoire est rapportée par M. Serres (i), et chez lequel il existait avec une altération organique des membranes de la moelle un ramollissement de sa moitié antérieure dans la portion thoracique, on observa également dans le commencement des mouvemens du cœur tellement violens et étendus, qu’on avait diagnostiqué d’abord une dilatation avec hypertrophie des cavités gauches du cœur qui fut trouvé sain et sans aucune apparence anévrysmatique. Les deux observations suivantes , que je vais rapporter d’après M. Pinel fils (2), vont nous offrir quelque chose d’analogue, en même temps qu’un tableau des symptômes de la myélite aiguë dans la portion dorsale de la moelle.
(1) Journ. de physiol., lom. 5. Juillet 1825.
(2) Idem, tom. 1. Janvier 1821.