‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 36 sur 84 · OBSERVATION LXXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXX

Apparition brusque de convulsions ; trismus ; secousses convulsives du tronc avec immobilité des membres; pouls irrégulier, fréquent, tumultueux; respiration difficile, précipitée; évacuations involontaires. Mort le troisième jour. Ramollissement de la portion thoracique et des renfleineus delà moelle épinière.

Marie Brisset, âgée de vingt-sept ans, ayant toujours joui d’une assez bonne santé, mais d’une susceptibilité nerveuse très-grande, est accusée d’avoir fait un vol dans la maison où elle est domestique : on la renvoie sur de faux soupçons : ses règles , qui coulaient depuis trois jours, se suppriment à l’instant. Profondément affectée du traitement qu’elle ne mérite pas^ elle croit être déshonorée, et ne se présente qu’en tremblant chez ses parens.

Le troisième jour, on la trouve dans son lit dans un état complet d’anéantissement des fonctions des sens et de l’entendement : elle est transférée à l’Hôtel-Dieu. Après un séjour d’un mois et demi, la stupeur a disparu, mais il reste un état de démence qui la fait admettre à la Salpétrière le 1 8 août 1818. Lors de son entrée, elle présente les symptômes suivans : regard étonné; difficulté d’articuler les mots; réponses tardives, pénibles, rarement justes; inertie, mais non paralysie de tous les membres; repos presque continuel, vie automatique ; parlois elle se livre à des accès de colère et cl impatience; les fonctions organiques s’exécutent avec plénitude et énergie. Pendant quinze mois, ces symp-

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tomes n’offrent que de légères variations; seulement Brisset engraisse beaucoup. Le i5 janvier 1820, elle est prise tout à coup le soir de convulsions. Le lendemain , lors de la visite , la bouche est écumeuse , les yeux sont renversés; grincement des dents, serrement tétanique des mâchoires, carus profond, secousses convulsives du tronc, se répétant trois ou quatre fois par minute; les membres sont immobiles, et ne participent juas aux convulsions du tronc; le pouls est développé, fréquent, irrégulier, tumultueux; la respiration courte, gênée, précipitée; les déjections alvines involontaires; tout le corps est couvert d’une sueur abondante, d’une odeur forte et tenace , s’élevant en vapeur de dessus la malade. Pendant trois jours , les convulsions du tronc se répètent continuellement, semblent être plus fortes le jour, et accompagnées d’un paroxysme fébrile; les autres fonctions présentent les mêmes désordres. La malade meurt le 18 janvier au matin, sans qu’aucune intermission soit venue suspendre un instant cette succession rapide des symptômes les plus graves.

Autopsie cadavérique trente-six heures après la mort.

j Extérieur. Embonpoint considérable, muscles de la face non contractés.

Tête. Crâne épais, injecté; dure-mère mince, presque diaphane ; sinus longitudinal gorgé de sang ; l’arachnoïde présente, dans toute l’étendue de la région frontale et pariétale, les traces d’une ancienne inflammation, annoncée par l’épaississement de la méninginc,

par des couches albumineuses , de la seiosite comme purulente, et des adhérences intimes et générales avec la substance corticale. Le cerveau et le cervelet , examinés avec soin, n’offrent rien de particulier; les ventricules contiennent peu de sérosité; la substance cérébrale est ferme et poisseuse.

Le rachis , ouvert avec précaution , ne présente rien à noter pour ses membranes; mais après avoir incisé la dure-mère rachidienne dans toute sa longueur , il est facile de reconnaître, dans la substance même de la moelle , une désorganisation pultacée , commençant vers la quatrième vertèbre cervicale, et finissant vers la première lombaire : dans toute cette étendue, la pulpe nerveuse est réduite en une espèce de bouillie jaunâtre, diffluente, inodore; vers la région lombaire, la substance médullaire reprend sa consistance ordinaire, et est baignée d’un peu de sérosité roussâtre. Les viscères thoraciques et abdominaux présentent une apparence de santé remarquable ; l’intérieur de l’estomac est un peu rosé ; l’utérus est très-petit.

Cette observation, remarquable parla marche rapide des accidens, présente en même temps une série de symptômes dont l’autopsie cadavérique a donné une explication assez satisfaisante. Les secousses convulsives et continues du tronc paraissent, en effet, avoir été produites par l’inflammation aiguë d’une aussi grande étendue de la moelle ; mais il est difficile de concevoir pourquoi les membres n’ont pas éprouvé des mouvemens analogues, puisque la substance médullaire était profondément altérée là où s’insèrent les nerfs des

MYÉLITE OU INFLAMMATION

membres. Cette circonstance est au contraire invoquée parM. Pinel, pour expliquer la résolution des membres chez cette malade. Mais il me semble que si la myélite aiguë développée dans la région thoracique déterminait des secousses convulsives dans les parties qui reçoivent leurs nerfs de cette portion de la moelle épinière, les mêmes effets devaient se manifester dans les membres, puisque le ramollissement occupait également les renflemens brachial et lombaire. Quelle que soit la cause de cette différence, nous voyons toujours ici. avec cette inflammation l’excrétion involontaire des fèces et de l’urine, la fréquence et l’irrégularité du pouls ; une dyspnée toujours croissante, mais point de roideur tétanique, ni d’exaltation morbide de la sensibilité. A la vérité, M. Pinel ne dit pas si l’inertie des membres était avec perte du sentiment et du mouvement; tandis que nous allons voir dans le fait suivant des mouvemens incohérens, mais non convulsifs, des membres , avec myélite bornée à la portion dorsale, et n’intéressant pas les renflemens des membres.

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