‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 37 sur 84 · OBSERVATION LXXXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXXI

Epileptique depuis cinq ans ; convulsions développées subitement avec secousses continues du tronc ; pouls fréquent et irrégulier ; respiration difficile. Mort le troisième jour. Congestion sanguine rachidienne très-considérable; ramollissement borné à la portion thoracique de la moelle épinière.

FclicieLcpoigny, d’une constitution sanguine, réglée à onze ans, s’était toujours assez bien portée jusqu’à sa

de la moelle épinière.

quinzième: année. A celte époque, vivement effrayée de l’entrée des Russes dans son village et des poursuites acharnées de l’un d’entre eux, elle fut atteinte d’accès épileptiques , d’abord assez éloignés , mais qui devinrent de plus en plus fréquens; ses facultés intellectuelles s’affaiblirent assez rapidement. Elle fut conduite à la Salpétrière en 1816, dans un état complet d’idiotisme, compliqué d’épilepsie dont les attaques revenaient tous les quatre à cinq jours. Pendant quatre années, on n’observa presque aucun changement dans son état. Les 7 et 8 janvier 1820, les accès épileptiques devinrent très-fréquens, et firent augurer aux filles de service que la malade approchait de sa fin : cependant ils s’arrêtèrent , et pendant quinze jours reprirent leur type ordinaire ; mais le 23 janvier les convulsions se renouvellent et se succèdent avec une rapidité inconcevable; la face est rouge, injectée; les yeux convulsivement et inégalement contractés; secousses convulsives et continues du tronc ; mouvemens convulsifs et ondulés des parois abdominales; mouvemens incohérens, mais non convulsifs, des membres; anéantissement du sentiment et des facultés intellectuelles; pouls fréquent, irrégulier, déprimé; respiration courte et luctueuse.

Les secousses convulsives et les autres symptômes persistent avec la même intensité le 24. Le 25 au soir, la malade succombe.

Autopsie cadavérique trente heures après la mort. Extérieur. Les traits de la face sont convulsivement,

Myélite ou inflammation

mais également contractés; le visage est rouge, les capillaires gorgés de sang; la membrane hymen parfaitement intacte et très-apparente.

Tête. Crâne épais, injecté, dur à casser; dure-mère adhérente à la boîte osseuse dans la fosse pariétale droite; l’arachnoïde est saine, mais injectée. La substance cérébrale, d’une consistance et d’un aspect ordinaires , n’offre à noter qu’une injection générale de ses vaisseaux sanguins, et le peu de capacité des ventricules qui contiennent une petite quantité de sérosité: le cervelet est mollasse, mais sain.

Le rachis, ouvert dans toute son étendue, offre une injection très-forte de ses vaisseaux veineux; la substance médullaire est le siège, vers la région dorsale, d’une désorganisation semblable à celle qui a été rencontrée dans la première observation ; le ramollissement pultacé commence supérieurement à la région cervicale, au-dessous de l’origine des plexus nerveux des membres thoraciques, et s’arrête inférieurement à la région lombaire ; entre ces deux points, la pulpe nerveuse est réduite en une bouillie jaunâtre et diflluente; au-dessus etau-dessous, la substance médullaire reprend sa consistance ordinaire.

Thorax. Les poumons sont sains; le droit présente une cicatrice à la partie moyenne de sa face costale. Les viscères abdominaux n’offrent rien de particulier.

Nous retrouvons dans cette observation beaucoup d’analogie avec la précédente, sous le rapport de la marche rapide des accidens et des principaux symptômes observés dans le cours de la maladie. Ainsi,

DE LA MOELLE ÉPINIÈHE. f)3p

mêmes secousses convulsives et continues du tronc, auxquelles ne participent pas les membres, dont les mouvemens automatiques et sans but étaient néanmoins libres, et l’on a vu que la désorganisation de la moelle n’atteignait pas les deux renflemens; même fréquence et irrégularité du pouls. Ici, la sensibilité était anéantie, fait qu’on n’a pas noté dans l’observation précédente , tandis qu’il n’est pas question de l’état des fonctions de la vessie et du rectum qui étaient abolies chez l’autre malade. Mais la mort également rapide chez l’une et chez l’autre, et l’existence d’une inflammation de la moelle épinière dans une étendue à peu près semblable, sont deux circonstances dignes de remarque. On ne fait pas mention dans les deux observations de la douleur dorsale, soit qu’il n’en ait pas existé, ou que l’affection cérébrale dont les deux malades étaient atteintes les ait empêchées de la ressentir ou de s’en plaindre. Enfin, je ferai remarquer que la dernière était épileptique, et nous avons vu que le sujet de l’observation lxxvii était aussi affecté de cette maladie.

La myélite aiguë est ordinairement accompagnée d’une douleur dorsale plus ou moins étendue qui peut jusqu’à un certain point indiquer la portion de moelle qui est le siège de l’inflammation.

M. Goupil a rapporté succinctement (i) l’observation d’une malade qui, après un mois de maladie, succomba dans le courant de mars 1822, et offrit à l’ouverture du corps un ramollissement de la moelle épinière et des traces bien prononcées d’inflammation des mem-

(0 Extrait «lu ic>' n" du Journal «les prog. des sc. et iuslit. méd.

MYÉLITE OU INFLAMMATION

G/jo

branes qui l’entourent clans une étendue de quelques pouces, vers le milieu de la région dorsale. Une douleur vive dans cette région , se propageant toutefois au reste des vertèbres dorsales, fut le premier symptôme de cette maladie, qui plus tard donna lieu à des mouvemens convulsifs dans les bras, avec flexion non continue, mais violente, du corps en avant, des vomissemens de plus en plus fréquens, de la dyspnée et de la toux. Aucun signe de gastrite ni de pneumonie n’avait précédé , ni accompagné la douleur dorsale dans son début, et cependant l’estomac ainsi que les poumons présentèrent des signes non équivoques d’inflammation 5 la douleur dorsale persista jusqu’à la mort.

Les faits nombreux que j’ai rapportés jusqu’à présent ont prouvé combien est grande l’influence que la moelle exerce sur les organes intérieurs, et les lésions qu’on observe ordinairement sur le cadavre achèvent de démontrer la réalité de ces liaisons physiologiques et pathologiques : aussi cet exemple ne peut-il que confirmer une semblable vérité. Mais si l’affection de la moelle épihière se répète en quelque sorte sur les viscères des autres cavités splanchniques, il n’est donc pas étonnant de remarquer des phénomènes inverses, c’est-à-dire l’affection des organes thoraciques ou abdominaux déterminer secondairement des symptômes qui annoncent l’altération de la moelle épinière, ou bien les deux ordres de symptômes se manifester en même temps. C’est ce que nous allons voir dans l'observation suivante. • /

Page 1