‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 39 sur 84 · OBSERVATION LXXXIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXXIII

Gastro-entérite avec iclère ; pétéchies ; vomissemens répétés ; crampes douloureuses dans les membres inférieurs; accroissement progressif des accidens. Mort le huitième jour. Ramollissement et disparition d’une partie de la moelle épinière dans la région dorsale.

A. -H. Dubois, âgé de vingt-deux ans, caporal au 2e régiment du génie, en garnison à Barcelonnc, tempérament nervoso-sanguin, éprouve en sortant du lit, le 12 octobre 1825, des vertiges et des nausées. Vers midi, il a des frissons qui sont bientôt accompagnés de vomissemens, de toux, et d’une douleur pongitive au-dessous de la mamelle droite.

Le lendemain , il se trouve mieux.

Le i4, au matin, les symptômes s’étant reproduits avec plus d’intensité que le 12, le malade se détermine à entrer à l’hôpital militaire de Barcelonne. Il présenta ce qui suit : céphalalgie violente; tristesse et morosité; yeux déprimés, regard incertain; haleine chaude et fétide; langue sèche, jaune au milieu, rouge sur les bords et à la pointe; soif ardente; respiration gênée, anxiété, toux sèche, fréquente; douleur fixe, pongitive au-dessous de la mamcllç droite; décubitus

(1) l'elronclli , obs. et réfiex. sur quelques lésions de la moelle épinière, etc. ; Disserl. inaug. Montpellier, 18-26.

de la moelle épinière.

sur le dos; épigastre et hypocondre droit sensibles au tact; articulations douloureuses au moindre mouvement; crampes aux jambes; peau sèche et chaude; ictère très-prononcé; pétéchies d’un rouge brun; vomissement de matière verdâtre; épistaxis qui commença à paraître le malin (du même jour; pouls fréquent et concentré. (Eau gommée, saignée du bras de seize onces, lavement émollient.)

Le i5, au matin, nous apprîmes que la nuit avait été très-agitée; teint jaune plus foncé; pétéchies plus nombreuses; persistance de la soif et du point de côté; cessation des vomissemens; diminution de la céphalalgie; crampes moins fréquentes; pouls plus développé. (Limonade gommeuse , nouvelle saignée du bras de seize onces, lavement émollient.)

Le 16, continuation de la soif; épigastre plus sensible : on croit remarquer de l’amendement dans les autres symptômes. (Limonade gommeuse , trente sangsues sur l’épigastre, bain tiède.)

Le 17 , couleur de la peau plus foncée, celle des pétéchies restant la même; l’amendement des autres phénomènes semble continuer. (Limonade gommeuse, lavement émollient.)

Le 18, un épistaxis avait eu lieu la nuit précédente; nouvelles crampes aux jambes; difficulté d’uriner; hvpogastre douloureux. (Limonade gommeuse, vingt-cinq sangsues sur Phypôgastre , bain tiède.)

Le 19, nous apprîmes que, la nuit précédente, le malade avait eu plusieurs vomissemens de matières couleur marc de calé, qui parurent le soulager. Il ma-

C>H MYÉLITE OU INFLAMMATION

infestait de l’indifférence, sinon de la stupidité; pétéchies dont les unes étaient noirâtres et les autres d’un jaune livide; respiration lente; soif ardente; envie fréquente d’uriner et d’aller à la selle : le malade se lève lui-même pour satisfaire à ces besoins; il demande un bouillon , qu’on lui accorde. (Limonade gommeuse, sinapisme aux jambes, poLion gommeuse bis.)

Le 20, mort à cinq heures et demie du matin.

Autopsie cadavérique.

Le cadavre fut ouvert dix heures après la mort, en présence dé MM. Vinciguerra, médecin en chef; Roques, chirurgien en chef; Antonini, médecin chargé du service des fiévreux, auquel Dubois avait été confié.

État extérieur. Taille moyenne; embonpoint ordinaire ; hâbitude jaune.

Tête et rachis. Le cerveau, le cervelet et leurs méninges n’offrent aucune trace de lésion. Le prolongement rachidien présente, au niveau de la sixième vertèbre dorsale , une interruption complète dans sa continuité ; de sorte que les deux bouts qui en résultent, coupés en biseau aux dépens de leur face postérieure, laissent entre eux un intervalle de neuf à dix lignes antérieurement, et d’un pouce et demi environ postérieurement : dans cet intervalle, est épanché un liquide d’une couleur jaunâtre et légèrement trouble. Les deux bouts correspondans à la portion de la moelle détruite sont ramollis dans l’étendue d’une à deux lignes, et ont une teinte grisâtre; le reste de la moelle

n’est nullement àùéré ni clans sa couleur, ni dans sa consistance; l’arachnoïde est un peu injectée.

Poitrine. Poumons adhérens à la plèvre costale, mais ayant leur parenchyme sain.

Abdomen. Adhésion de matières brunâtres aux parois gastrique etduodénale; muqueuse digestive offrant des plaques d’un blanc sale dans l’estomac ; tandis qu’ailleurs elle parait plus pâle que dans l’état normal. Quelques légères injections sc remarquent pourtant sur la muqueuse intestinale. Le foie, plus volumineux qu’à l’ordinaire, adhère fortement par sa face convexe au diaphragme; son tissu est injecté. La vésicule biliaire contient une bile épaisse et noirâtre. La vessie urinaire est rétractée.

Les symptômes offerts par ce malade sont peu en harmonie avec une altération aussi rapide et aussi profonde de la moelle épinière; et comme l’attention était plus particulièrement fixée sur l’ensemble des phénomènes qui rappelaient la fièvre jaune, on aura peut-être négligé quelques circonstances qui pouvaient ne paraître qu’accessoires. La myélite ne semble avoir donné lieu d’abord qu’à des crampes douloureuses dans les membres inférieurs, mais la difficulté cl’uriner et d’aller à la selle, observée le sixième jour, dépendait sans doute de cette cause : on ne dit pas s’il y eut quelques évacuations involontaires dans les derniers momens : mais la persistance du mouvement volontaire dans les membres inférieurs, malgré la rapidité de la désorganisation qui a trappé la moelle épinière, est un phénomène bien plus singulier, et dont on a peu d’exemples. Une

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