‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 46 sur 84 · OBSERVATION XC · texte numérisé non relu

OBSERVATION XC

Chute sur le cou ; faiblesse et atrophie du membre thoracique gauche ; engourdissement des membres du coté opposé , sans paralysie des membres inférieurs. Mort subite au bout de quatre ans. Endurcissement et hypertrophie de la portion cervicale de la moelle ; épaississement considérable de ses membranes.

Le comte de Lordat fut renversé de sa voiture de telle sorte que la tête frappa contre l’impériale, et que le cou fut courbé de gauche à droite. Il ne se plaignit alors que d’une légère douleur le long du côté gauche du cou, qui disparut en peu de jours. Six mois après, légère difficulté dans la prononciation , faiblesse du bras gauche pendant près d’un an. Pendant six mois, ces symptômes n’augmentèrent pas d’intensité; mais alors, atrophie du bras, aphonie, mouvemens convulsifs involontaires de tout le corps. Après un autre long intervalle , engourdissement du bras droit , respiration pressée, grande difficulté d’avaler, diarrhée, urine naturelle , intégrité des facultés intellectuelles ; mort subite quatre ans après les premiers accidens. Les extrémités inférieures avaient été pendant un temps considérable atteintes seulement de faiblesse, mais non de paralysie; car il se promenait d’une chambre à l’autre, en s’appuyant sur le bras d’un aide quelques heures avant sa mort.

A l’autopsie, la moelle épinière dans la région cervicale fut trouvée très-ferme, résistant à la prçssion comme un corps calleux. Les membranes de cette portion étaient si denses, qu’on ne pouvait les inciser qu’avec

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peine. La moelle alongée parut un tiers plus large que dans l’état naturel. On trouva près de la faux cérébrale quelques traces de suppuration; les ventricules étaient pleins de sérosité; les nerfs brachiaux et linguaux étaient à leur origine très-compactes et presque tendineux ; l’épaisseur des nerfs cervicaux provenait de la densité de la membrane qui les couvrait (i).

L’endurcissement de la portion supérieure de la moelle épinière n’est pas l’altération qui doit exclusivement fixer l’attention ; car si cette induration a contribué à déterminer quelques-uns des phénomènes qu’on observa pendant la vie du malade, on ne peut douter que l’augmentation d’épaisseur et de densité des méninges correspondantes n’ait pas aussi concouru puissamment à produire l’affaiblissement et l’engourdissement progressif des membres supérieurs , et l’atrophie. Il est à remarquer, en effet, que l’épaississement était surtout considérable autour des nerfs cervicaux, et que, par suite de cet accroissement de volume, ils se sont trouvés fortement comprimés à leur passage par les trous intervertébraux. Je rapporterai plus loin une observation de paralysie d’un bras uniquement due à semblable cause. Enfin, nous devons noter que, malgré cette induration de la portion cervicale de la moelle épinière, les membres inférieurs n’ont éprouvé qu’un peu de faiblesse, mais point de paralysie : néanmoins, la progression des accidens a eu lieu évidemment de haut en bas. Le fait suivant offre beaucoup d’analogie avec celui-ci. • '

(i) Abercrombie, loc. cil.

DE r,A MOELLE ÉPINIÈRE.

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