OBSERVATION XCII
Stupeur et refroidissement de la main droite; gêne des mouvemens; plus tard, roideur qui s’étend au reste du membre , puis au pied et à la jambe; après plusieurs années, mêmes phénomènes dans les mêmes parties du côté opposé; paralysie incomplète de tout le corps ; douleurs thoraciques et abdominales. Mort au bout dequinze ans. Induration et tuméfaction de la portion cervicale de la moelle épinière ; atrophie et endurcis setnent du reste de cet organe.
M. ***, âgé de vingt-neuf ans, éprouva en i8o4, à la suite d’un refroidissement étant en sueur, une faiblesse dans les mouvemens de la main droite , accompagnée d’une légère stupeur, de diminution de chaleur. Cette sensation insolite, qui s’était développée sans céphalalgie appréciable ni douleur à la nuque et dans le rachis, fut suivie au bout de quelque temps d’un sentiment de roideur dans l’avant-bras et le bras : la santé générale était d’ailleurs très-bonne. Cette incommodité persistait depuis cinq ans , lorsque M. *** consulta , en 1807, le doct. Sonnenkalb qui, présumant qu’il existait une lésion delà moelle épinière dans la région cervicale, conseilla successivement les vésicatoires, les douches locales, les embrocations irritantes, l’électricité; mais l’emploi de tous ces moyens pendant deux ans fut sans effet.
L’insensibilité et la roideur des doigts avec diminution de température, n’en persistèrent pa£ moins, et les mêmes phénomènes se manifestèrent plus tard dans le pied du même côté. Nonobstant cette incommodité, M.*** se maria dans l’été de 1812. Les années suivantes
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n’apportèrent aucune amélioration; le peu de mouvement et d’agilité des membres affectés était remplacé par un état de roideur et d’insensibilité de plus en plus prononcé. Dans l’année 1816, on fil usage des bains et des douches ù Tœplitz, où l’on avait conduit le malade qui parut dans le commencement en retirer quelque avantage; mais l’hiver suivant, les mêmes phénomènes se développèrent dans la main et le pied du côté gauche , qui devinrent insensiblement plus roides , plus froids. Il écrivait plus difficilement ; sa marche était plus gênée, incertaine et chancelante; à cet accroissement des accidens, se joignirent des douleurs dans la poitrine et la région hypogastrique, souvent de la toux suivie d’expectoration , tuméfaction du ventre , perte de l’appétit.
En 1 8 1 7, on renouvela l’emploi des douches sur toute la longueur du rachis, et pendant leur application la situation du malade fut sensiblement améliorée : il put se promener, avec peine il est vrai , mais sans soutien. Cet amendement ne fut que momentané, et l’hrver suivant ramena tous les accidens, qui furent cette fois accompagnés de douleurs dans la nuque et le cou , analogues à celles que détermine uii rhumatisme. Cependant le malade pouvait encore faire quelques pas dans la chambre, aidé d’un soutien. Les membres inférieurs étaient toujours le siège de crampes, tantôt de contractions douloureuses, tantôt de mouvemens ou de tremblemens involontaires; en même temps que l’affaiblissement général augmentait, les douleurs de la nuque et du cou devenaient aussi plus fortes : d’ailleurs, toux
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fréquente, crachats quelquefois sanguinolens, perte d’appétit , digestions difficiles , obstructions , œdème des jambes, insomnie, nuits rendues pénibles par l’impossibilité de se réchauffer. Dans le courant de 1818, il alla prendre les bains et les eaux à différentes sources, et sembla encore une fois acquérir de nouvelles forces, que l’hiver fit disparaître, en rappelant la paralysie à peu près complète des extrémités, et les douleurs thoraciques et abdominales.
Dans le mois de juin, le malade se rendit aux bains de Sainte-Marie, en Bohême, espérant y trouver quel- , que soulagement.' Mais à son arrivée il fut pris d’une fièvre violente, avec dyspnée, à la suite d’un refroidissement, et pendant plusieurs jours il cracha du pus en abondance. Ces accidens calmés , il manifesta le désir de revenir chez lui, où il arriva vers le milieu du mois de juillet; et les fatigues du voyage, entrepris par un temps très-chaud, augmentèrent rapidement l’intensité des symptômes qui avaient existé jusque- là. Des escarres gangréneuses se formèrent sur plusieurs points du rachis; la toux, la dyspnée, les crachats purulens, le trouble des fonctions digestives, tous ces accidens s’exaspérèrent ; l’excrétion de l’urine et des matières fécales devint involontaire; des spasmes convulsifs agitaient la poitrine; le marasme fît de rapides progrès, et le malade succomba le i5 août 1819, quinze arts environ après l’apparition des premiers symptômes de cette maladie.
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Autopsie cadavérique.
État extérieur. Marasme complet; toutes les saillies osseuses se dessinent sous la peau ; œdème des mains et des pieds. Trois escarres gangréneuses considérables existent dans la longueur du dos.
Cavité encéphalo-racliidienne. Os du crâne trèsdurs, compactes, pesans ; cerveau et méninges dans l’état sain , exsangues : les vaisseaux offrent dans plu- . sieurs points une apparence de dilatation. Le rachis, ouvert avec le plus grand soin, mit à nu la moelle épinière, qui était dure, atrophiée et renflée dans la région cervicale, au niveau des troisième, quatrième et cinquième vertèbres, où elle offrait une tuméfaction compacte ,' du volume et de la forme d’un œuf de pigeon : l’intérieur de ce renflement était composé d’un tissu résistant , à fibres rayonnées. A la terminaison de la moelle épinière, existait une vésicule hydatidiforme remplie d’un liquide limpide , et de la grosseur d’un pois.
Thorax. Poumons adhérens à la plèvre costale , remplis de tubercules de dimensions variables, trèsintimement unis au tissu pulmonaire qui était vide de sang; plusieurs étaient entièrement ramollis. Les nerfs pneumo-gastriques étaient durs et augmentés de volume; le cœur était petit, mou, affaissé, vide de sang; concrétions fibrineuses résistantes dans les gros troncs vasculaires ; péricarde rempli de cinq à huit onces de sérosité.
ue la moelle' ÉpiNn\r.r. 68t)
Abdomen. Organes digestifs mollasses, sanls Consistance, exsangues -, décolorés; vésicule biliaire remplie de calculs; conduits biliaires très-dilatés} système de la
veine-porte exsangue , plusieurs branches- et ramifications très-dilatéés. i Ji \ *• u.u ' "V 111
Les symptômes qu'a présente'sjfcé malade bnL beaucoup d’analogie avec ceux du sujet de l’observation précédente; comme chez lui, lès aéddëns s'é Sdnt développés d’abord dans un des membres süpérieiirs, puis dans le pied cl: la jambe du même côté; ;en£uïté les mêmes phénomènes se sont répétés dans le côté opposé également de haut en bas; Enfin', chei: leis'dèux , l’endurcissement occupait particulièrêmehii la région cervicale ; seulement ,- dans le- dernier, lé tfesttr de la moelle épinière était atrophié ët endüréi, fait dont il n’ëst pas question chez le premier; ajô'üt'ods aüsèi qu’ici la durée de ia^ maladie a été beaucoup plus considérable , et cette diminution' du Volume de ;l’orgahé!ëntier a pu résultée de l’faàbtioh!îà pèu pr’ès ’cbfhplète dans laqüellë il èst resté 'pendant tant 'd’annéës'.' 'L’aspect fibreux du tissu dè la jpbCtibn èërviêàlë résultait-il simplement de là Coupe o pétée' par l’instrument-) o'u de la disposition réelle de la dégé'fiéresdende? Là description en est trop concise pour qu’bh pfiiése1 juger ' s’il y avait une transformation fibreuse ou une tumeur de cette nature développée au centre de la moelle. Cependant il me semble qu’il existait une simple induration de la substance médullaire.
Une circonstance que nous ne devons pas omettre, c’est que la paralysie n’a point été aussi complète qu’elle
fij}0 MVÉL1TE OU INFLAMMATION
l’est ordinairement dans la myélite qui donne lieu au ramollissement pultacé de la substance médullaire; en outre , l’abolition des fonctions de l’intestin et de la vessie n’a existé que dans les derniers temps; maison a dû remarquer qu’il y a eu pendant tout le cours de la maladie des symptômes qui annonçaient l’état de souffrance des o,rganes thoraciques et abdominaux ; l’induration et l’hypertrophie des nerfs pneumogastriques annoncent en niême temps que l’affection des poumons peut bien avoir été consécutive à l’altération de la .moelle épinière. Il ne paraît pas que les organes de l’abdomen aient été altérés profondément , ce qui doit faire penser que leurs fonctions n’étaient troublées que, sympathiquement. .Enfin, dans les trois exemples Rendurcissement de la moelle épinière, dont je viens de dpjnne.r la description.,; endurcissement qui existait chez lçs trois malades dans la région cervicale, et qui était accompagné chez de u?; d’une hypertrophie locale lrès:prpnoncée, on, n’a point observé de contracture des membres comme daiis les cas où la myélite chronique dcJenmine le ramollissement du tissu nerveux; d’ailleurs, les autres phénomènes ont été les mêmes, ainsi qu’on a pu le yqyv, et que va le prouver encore l’observation suivant^, mo
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